CHAPITRE VI. (continued 2)
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S'il avait tout ce qu'il faut pour trouver méprisable l'affairement de nos quelques ans, il avait en même temps une sagacité et une susceptibilité morales qui devaient lui rendre cruel l'examen du passé. Il avait toujours eu, probablement par suite de l'éducation paternelle, un vif sentiment de ses fautes. Les cris de repentir éclatent à chaque instant dans ses lettres et sont déchirants. Sa conscience avait toujours été pour lui une torture.
Ces regrets, dont sa correspondance est semée, pour sincères qu'ils fussent, manquaient de quelque chose; ils étaient trop personnels. Il paraissait regretter ses égarements, pour lui plus que pour les autres. Mais les approches de la mort ne sont pas égoïstes. Dans le dépouillement progressif de notre individualité, la considération d'autrui prend du relief et s'avance vers nous. Burns put avoir alors le plein discernement des douleurs qu'il avait causées. Hélas! elles étaient nombreuses: les regards attristés de son père expirant, les larmes, à plusieurs reprises renouvelées, de sa mère, le chagrin installé à son propre foyer, des cœurs déchirés, des vies compromises ou perdues, Jenny Clow mourante dans une mansarde, Anna Clark chez sa sœur; par dessus tout l'image de la douce fille des Hautes-Terres, dont il n'avait eu le courage de confier l'histoire à personne. Ce secret surtout était sa blessure profonde. Était-il possible qu'il eût créé tant de douleurs! Est-ce lui qui avait causé ces afflictions? C'est l'instant où nous reviennent les amertumes que nous avons versées aux autres. C'est la défaite de l'homme par sa conscience. Dans la dissolution de son être, il sent clairement la méprise de la personnalité; il est plus près de l'existence commune; elle pénètre et gémit en lui, en sorte qu'il souffre des souffrances qu'il lui a faites. Lamentable aveuglement! C'est donc pour cette figure creuse et fugitive qu'il a infligé ces sacrifices! Et rien, ô cœur désabusé, ô cœur qui s'élargit dans la diminution de sa vie, rien pour compenser ces blessures et ces pleurs, que la poussière d'une bienveillance générale et des souhaits ineffectifs de bonheur universel!
Ses réflexions ne s'attardaient pas dans le passé; elles se tournaient vers le futur immédiat. Dans cette calme crainte, qui est en face de la mort la seule contenance d'une âme courageuse et réfléchie, qui peut empêcher sa pensée de prendre les devants, de le précéder vers ces ombres? Même dans les esprits les plus obscurs et les plus grossiers, même en ceux qui ne se sont jusque-là nourris que de bas réel, il se fait un effort pour rassembler un peu de clarté et de confiance. Ils éprouvent le besoin d'un viatique pour la ténébreuse aventure. Nul doute que, pendant les méditations de ces journées solennelles, Burns n'ait essayé de rassembler ce qu'il pouvait y avoir en lui de croyance éparse et d'en tirer une lumière. Eut-il, avant d'être entraîné, une conviction sur laquelle appuyer son départ de toute chose? Ces heures suprêmes que continrent-elles? la foi? ou une espérance plus vague, un peut-être optimiste? ou les troubles de l'anxiété? ou l'arrêt d'une négation?
Il avait, il le dit lui-même, été très loin dans le doute. Ensuite il s'était rapproché d'un sentiment religieux, qui néanmoins n'était pas la foi. Il ne semble pas avoir cru à la Révélation. Il parle du Christ avec révérence, mais sans adoration. Il le considère comme un intermédiaire d'origine divine. Il n'est pas très aisé de définir clairement comment il le concevait. C'est d'ailleurs une confusion qui existe chez tous ceux qui, sans trancher nettement pour l'humanité ou la divinité, essayent un compromis entre les deux et, substituant au mélange des deux natures, un mélange incompréhensible de termes divins et humains, remplacent la foi par du mysticisme philosophique. Ce n'était pas le cas chez Burns: son esprit était plus simple et moins exercé aux extases. Il est vraisemblable qu'il hésitait à aller jusqu'au bout. Il n'avait pas, du reste, les données du problème. La figure du Christ restait pour lui inexplicable, quoiqu'il lui reconnût quelque chose de surhumain.
Et ailleurs il disait:
Et encore ceci qui est peut-être plus probant:
Manifestement ce ne sont pas là des paroles de croyant. Ce n'est pas ainsi qu'on approche le double mystère de la Trinité et de l'Incarnation, ces ineffables tabernacles de la Foi. Pour les fidèles, la relation du Christ, vis-à-vis du Dieu-Père, est définie, indiscutable comme une lumière, encore que l'intelligence ne comprenne pas comment cette lumière s'est produite. L'homme qui s'exprime ainsi sur Jésus-Christ n'est pas enveloppé du respect terrifiant du dogme; il ne se sent pas en présence du Fils de Dieu, du Sauveur prédit, du Médiateur, de la Victime céleste, de l'Agneau divin; il n'est pas en posture d'adoration. Encore est-il utile de remarquer que ces passages sont écrits à des femmes pieuses, dont il ne voulait pas offenser ouvertement la croyance: le premier à Clarinda, les deux autres à Mrs Dunlop. Ce sont les seuls passages où paraisse le nom du Christ, et ils datent de plusieurs années avant sa mort.
À défaut d'une foi assurée et précise, il s'était fait une religion à son usage. Il y avait été amené par des considérations à peu près exclusivement humaines, par l'autorité du consentement universel et l'unanimité de la race à imaginer un au-delà.
La Religion, ma chère Amie, est la vraie consolation! une solide croyance en un état futur d'existence; proposition si manifestement probable, que, en mettant la révélation de côté, toutes les nations et tous les peuples, aussi loin que les recherches ont pénétré, y ont cru fermement, d'une façon ou d'une autre, depuis 4000 ans.
Et autre part, il semble moins être frappé de la vérité de la Religion que de son utilité. On dirait qu'il la considère surtout comme une façon de traverser la vie.
De ces motifs s'était formée en lui une croyance vague, conjecturale, née d'aspirations plutôt que de raisonnements. C'était un déisme optimiste, à la façon de celui de Rousseau, moins solide pourtant. Il ne s'était pas organisé en lui: il n'était pas établi sur une analyse psychologique et édifié par une suite de déductions, comme la Profession de foi du Vicaire Savoyard. C'était quelque chose de moins logique, de moins cohérent, de mouvant. C'était un souhait qu'il prenait pour une conviction, sans y apporter de preuves, sans l'essayer même, et autour duquel flottaient par instants comme des lambeaux de la foi de son enfance. Le passage suivant, de beaucoup le plus explicite et le plus complet qu'il ait écrit sur ce sujet, peut être considéré comme l'exposé théorique de sa conception religieuse.
C'est, à première vue, une profession de foi suffisante pour guider dans la vie et soutenir devant la mort. En effet des hommes ont vécu et sont morts fortement avec ce credo. Mais une simple formule ne suffit pas; elle ne prend de consistance que par l'effort de démonstration, et d'étendue que par l'effort d'analyse, auxquels nous la soumettons; elle n'a d'action que par les convictions partielles et les applications quotidiennes que nous en tirons, par les combinaisons que nous en faisons avec les actes de notre vie. Une croyance ainsi obtenue peut avoir des soubassements défectueux; comme ils reposent sur la nature même de celui qui l'a édifiée, elle est pour lui irréfutable, et possède l'autorité et l'effet de la vérité. C'est ainsi qu'une vie peut s'appuyer sur une doctrine incomplète ou fausse et en recevoir son harmonie.
Mais la déclaration religieuse de Burns était loin de remplir ces conditions; elle n'était réellement qu'une formule. Elle manquait de solidité et de cohésion intellectuelles, car elle n'avait été l'objet d'aucun effort, elle n'était étayée sur aucune critique préalable, et soutenue par aucun raisonnement latéral. C'était en somme une idée acceptée par un procédé analogue à celui de la foi, de laquelle il avait élagué ce qui blessait sa raison ou gênait sa passion. Elle manquait d'efficacité morale, et c'était un autre effet de la même cause. N'ayant pas été détaillée, subdivisée, n'ayant subi aucun examen, ni personnel comme celui de certains philosophes, ni collectif et traditionnel comme celui d'une Église, elle restait à l'état nébuleux; elle n'était pas réglementée, pas codifiée; il n'en sortait rien de défini, rien d'impératif, pas un précepte positif, applicable. Elle ne fut jamais pour lui une source d'énergie morale, un livre de discipline, elle fut sans action sur sa vie. À aucune des crises où un contrôle supérieur peut nous soutenir ou nous réprimer, on ne la voit paraître. Elle ne semble pas avoir comporté à ses yeux de sanction bien nette. La sanction du châtiment n'y figure pas. La seule qu'il y introduise est une récompense, tenue en réserve pour ceux qui possédèrent pendant leur vie une bonté généreuse et une certaine disposition bienveillante envers toutes les créatures, quelles qu'aient d'ailleurs été les fautes qu'ils aient commises.
En réalité, c'était simplement une religion d'imagination, moins encore, une aspiration, un souhait. Il n'a fait que demander à un état futur la continuation de la vie présente, de ce mode de vie qui était tout pour lui: l'amour, et après celui-ci, l'amitié. Il avait besoin de croire que les tendresses et les affections d'ici-bas ne périraient pas, et, de ce rêve, il avait fait une religion, ou il avait créé une religion pour réaliser ce rêve. Le dogme principal et on peut dire le dogme unique était cette espérance dans une réunion céleste. Le passage suivant manifeste bien l'origine sentimentale et le champ très limité de cette foi:
Ce n'était guère qu'une façon de prolonger la vie actuelle, la vie terrestre qu'il vivait avec tant d'intensité. On a vu à propos de Mary Campbell combien cette rêverie lui était familière.
Il est trop évident qu'au moment des détresses, une religion de cette sorte ne pouvait être d'aucune utilité. Elle manquait trop de précision et de certitude; elle était trop distante et trop vague. Tant que les maux sont éloignés de nous, une foi flottante semble un remède suffisant: l'idée de la foi contrebalance l'idée du mal. Mais quand le mal prend corps, se manifeste en maux particuliers qui nous étreignent, il faut, pour qu'il naisse un soulagement, que cette foi s'exprime elle aussi en actes individuels, et qu'une suite de combats singuliers s'engage entre ses secours et nos souffrances. Cela est à ce point qu'on ne conçoit guère une religion protectrice, sans rite et sans prière. Une âme ne s'appuie pas sur de l'abstrait: elle a besoin d'invoquer quelqu'un. Il faut qu'à ses gémissements une voix réponde, et un écho, fût-il celui d'un monde, ne lui suffira jamais. Et, par ailleurs, il manquait à cette foi plus encore. Elle n'avait jamais eu d'exigence. Pour qu'une croyance fasse quelque chose pour nous, il faut que nous ayons fait quelque chose pour elle. C'est en nous contraignant à ses préceptes que nous avons pris conscience de sa puissance; plus nous lui avons offert, plus elle nous rassure; elle est forte de ce qu'elle a obtenu de nous, et elle nous rend en soutien ce que nous lui avons donné en sacrifice. La croyance de Burns ne lui avait imposé aucun devoir, elle ne pouvait lui fournir aucun refuge.
Encore si cette foi, telle quelle, avait été fixe, invariable. Mais elle était brisée par des fluctuations de doute. C'était une surface, une glace, qui se rompait par moments, quitte à se reformer ensuite.
Et ailleurs:
Dites-nous, ô morts, Aucun de vous, par pitié, ne trahira-t-il le secret De ce que vous êtes, de ce que nous serons bientôt?
Ainsi il ne pouvait attendre de ce qu'il avait de sentiments religieux ni consolation, ni révélation. Le mystère restait pour lui impénétrable; aucune voix ne lui avait révélé ce qui se cache de l'autre côté du voile obscur derrière lequel s'engouffrent tous les hommes. En face de la redoutable épreuve, il arrivait avec les seules ressources de la raison et de l'énergie humaine. Il se présentait stoïquement, avec ce dilemme, qui est comme un pis aller, et qui est le dernier mot de notre intelligence quand nous lui demandons de l'assurance pour nous offrir à la dissolution.
Vous et moi sommes souvent tombés d'accord que la vie en somme n'est pas un grand bienfait. La fin de la vie, aux yeux du raisonnement, est
Sombre comme fut le chaos, avant que le jeune soleil N'ait été ramassé en globe, ou avant qu'il ait essayé ses rayons À travers l'obscurité profonde.
Cette impression se confirme encore lorsque, en lisant ses dernières lettres, on remarque qu'elles sont toutes tournées du côté de la terre, qu'elles ne contiennent que des adieux et pas une lueur d'espérance. On dit qu'il avait emporté une Bible dans cette solitude. S'il l'ouvrit, son esprit ne porta pas vers les chapitres d'une tendre lumière où il est parlé du royaume des cieux; il s'arrêta plutôt au livre douloureux où Job entrevoit:
Et ces derniers jours furent d'une infinie tristesse, devant ce vaste estuaire, où cette rivière, qui a été un ruisseau clair et bondissant, se meurt, lente et trouble, dans les vases et les sables, et disparaît dans l'immense océan, sur le sein duquel les soleils s'éteignent.
Cependant, sans autre soutien que le sentiment de sa dignité, on a vu qu'en présence de la mort, il fut vraiment, bravement et noblement un homme. Toute cette partie de sa vie, si elle est douloureuse à ce point qu'on ne peut la retracer sans émotion, est belle, en vérité. Ce qui frappe dans les souvenirs de ceux qui l'ont connu en ses derniers temps, c'est l'air de bonté avec lequel il regarde ces gens qui vont continuer à vivre. Il semble qu'une grande douceur fût descendue en lui, et que sa sympathie, qui avait toujours en quelque chose de fougueux et de capricieux, fût devenue plus calme et plus régulière. Et dans toutes ses lettres d'adieu, quelle noble et simple façon de prendre congé de la vie! Rien d'exagéré. Il ne dissimule pas la tristesse naturelle à l'homme qui voit arriver sa destruction. Mais la résignation et la fermeté à travers lesquelles elle se fait jour la rendent presque sereine. On voit ici ce qu'il avait de meilleur, le fond de haute humanité qui existait en lui. La souffrance l'avait épuré; la maladie, dépouillé de ses passions; le voisinage de la mort lui donnait un apaisement précurseur du grand repos; il était dans une de ces ombres que projettent devant eux les événements qui approchent. Même les aveux de ses fautes passées deviennent paisibles, comme s'il avait eu confiance dans la mesure qui se ferait entre ses erreurs, d'un côté, et de l'autre les efforts qu'il avait faits pour les éviter et les regrets qu'il avait ressentis de les avoir commises. La seule partie encore tourmentée dans son esprit était l'anxiété pour sa famille.
Sa vie se serait achevée dans cette tranquillité relative si un dernier accident n'en avait surexcité la fin. Il reçut d'un homme de loi de Dumfries une lettre réclamant le paiement de sept livres dix shellings qu'il devait à un marchand de draps pour son uniforme de volontaire. Il ne semble pas qu'elle contînt aucune menace de poursuites légales; on l'a du moins prétendu depuis. Mais, en Écosse, une lettre de ce genre est généralement considérée comme un commencement d'exécution de la part d'un créancier. Burns en fut extraordinairement affecté. La tristesse de son esprit, le sens d'impuissance que donne la maladie, la souffrance du dénûment dans lequel il se trouvait, tous les cauchemars de la misère, furent exaspérés par cette malheureuse communication. Son esprit malade se peupla de chimères encore plus noires que la réalité. Il perdit la tête, se vit saisi, emprisonné. Les deux lettres qu'il écrivit le même jour témoignent de son affolement. Il écrivait à Thomson:
Et à son cousin James Burness de Montrose, il envoyait le même appel pathétique:
Le jour de son retour, il eut encore le courage d'écrire à son beau-père, Mr Armour, un pressant appel:
Ainsi le tumulte de ces jours tourmentés était abattu, et ce cœur agité en repos, pour toujours. Mais ce paysan était une figure qui devait vivre dans la mémoire des hommes, et sa vie reste un sujet d'étonnement et de réflexions. Elle est souvent mal jugée pour des motifs opposés: par excès d'indulgence ou excès de sévérité.
Certains biographes, soit par candeur naturelle, soit par préjugé national, soit par besoin de prédication, ont tenté de faire de Burns une créature inoffensive et sans souillure. Ils ignorent ou ils cachent ses mauvaises actions. Ils créent un homme vertueux et parfait dont la carrière est exemplaire. Comment n'a-t-on pas vu qu'on enlève ainsi au drame de sa vie sa tragique beauté, son intérêt, sa leçon et une partie de son mérite? Les candides qui veulent ainsi, en dépit de tout, innocenter ceux qu'ils admirent feront bien de ne pas s'approcher de cette existence. Dans un sentiment louable, ils la défigurent et la faussent. Ils se rendent coupables eux-mêmes d'une altération de la vérité.
Comment pourraient-ils parler d'une existence comme celle-ci, pleine de défaillances, mais rachetées par des clartés qu'ils ne perçoivent pas? Elle ne saurait être pour les violents d'entre eux qu'une occasion de scandale, de réprobation et d'anathème; et pour les sournois qu'une occasion de fausse commisération et de fiel doucereux. D'ailleurs, à quelle vie humaine peuvent-ils toucher, puisqu'aucune n'est exempte de faute et qu'une faute aux yeux de ces purs suffit à gâter une vie? À quelle vie peuvent-ils toucher, puisqu'ils ne comprennent pas que le repentir efface et renouvelle tout, comme le printemps change en bourgeons les feuilles mortes amassées au pied des arbres? En vérité, ils ne peuvent parler de rien d'humain; car ce ne sont pas des hommes:
C'est dans d'autres conditions d'esprit qu'il faut apprécier une vie comme celle de Burns et, on peut le dire, toutes les vies. Il est nécessaire d'établir premièrement en soi cette conviction que l'histoire d'un caractère, comme celle d'un organisme ou celle d'un monde, n'est pas une page blanche, un repos de pureté, mais un équilibre oscillant de vie et de mort, un combat de bien et de mal, le pénible dégagement d'un peu de mieux hors de beaucoup de désordre, le mélange d'ombre et de rayons dont sont faites les années et où roule l'univers. Aucune vie, pas plus qu'aucune époque, ne réalise le bien. Elles ont rempli leur office lorsqu'elles ont conquis et légué quelque progrès; ce qui les juge n'est pas l'endroit où elles s'arrêtent, mais ce qu'elles ont fait de chemin. Le vrai jugement sur tout homme, c'est donc que le bien atténue et compense le mal; qu'une faute, plusieurs, ne ruinent pas une âme où les bons efforts dominent; qu'une vie est un ensemble dont il faut prendre l'effet général, l'intention et pour ainsi dire la moyenne.
Au-dessus de cette pensée, il est prudent d'asseoir encore cette réserve qu'une seule action est infinie et le nœud d'une multitude de choses tandis que notre vision est un pauvre instrument, une pince étroite et maladroite, qui accroche à peine deux ou trois fibres, dans cet écheveau, où par milliers se croisent et se mêlent les motifs, les intentions, les illusions, les ignorances, les aspirations, les insuffisances et les fatalités. Nous ignorons les profondeurs d'un acte, ignorées de celui même qui l'accomplit; à plus forte raison, les profondeurs d'une vie. Burns avait compris tout ce qui nous échappe dans la conduite des autres.
Jugez doucement votre frère, l'homme, Plus doucement encore la femme, votre sœur; Encore qu'ils puissent errer un peu, Se dévoyer est chose humaine; Un point reste toujours obscur: Le motif pourquoi ils ont agi; Et tout aussi impuissante êtes-vous à savoir Combien peut-être ils le regrettent.
Il est obligatoire d'apporter, devant un fait moral, au moins les mêmes précautions et les mêmes défiances que devant un fait physique. Dans le plus minuscule de ceux-ci, les dessous sont inscrutables, les racines innombrables. Ce sera peut-être un jour le bienfait spirituel de la science, et sa plus solide contribution à la morale, que d'enseigner au monde social les conditions d'évidence et la timidité d'affirmation.
Et après qu'on aura réfléchi de cette manière et placé son intelligence au véritable point d'où il est permis de considérer son semblable, il est encore au-dessus de tout cela de comprendre que l'indulgence est non-seulement notre plus sage maintien parce qu'il est le plus modeste; mais qu'elle est encore la plus haute position intellectuelle, parce qu'elle est la plus vaste, et que voir une faute dans un horizon de pardon, c'est respecter doublement la vérité, car c'est placer ce que nous savons dans sa relation avec ce qui s'étend ignoré de nous. Heureux et plus clairvoyants encore, et en réalité plus généralisateurs et plus synthétiques, sont ceux qui voient naturellement avec bonté, qui ont reçu la bienveillance comme un génie et une façon d'être, ainsi qu'à d'autres est échue la beauté! Ceux-là seuls sont proches de la vie, et leur discours de pardon est, au-dessus même de la prière, le plus noble des bruits humains actuels. C'est avec une telle préparation qu'il faut juger autrui, à moins d'être un méchant.
Celui qui reposait dans le cimetière de Dumfries avait été un homme dans le sens entier du mot, avec tout ce qu'il entraîne de qualités et de faiblesses. C'était une nature fougueuse, qui se précipitait dans le mal comme dans le bien, par générosité d'âme ou exigence d'instincts. Il avait une personnalité violente et impérieuse, dont le sentiment a eu la primauté sur toute sa vie. Elle se manifestait par deux traits caractéristiques, qu'il avait bien saisis lui-même en lui-même: l'orgueil et les passions, lesquelles furent les maîtresses et les conductrices de sa vie.
Pour modérer et diriger ces violences, il aurait fallu une solide discipline morale. Elle lui fit défaut entièrement: il n'eut pas de doctrine et il n'avait pas de volonté. Il fut constamment le jouet de ses passions. Il ne s'est pas une fois retourné contre elles, pour leur tenir tête. Il n'a jamais eu de consolidation de caractère. Il a été, en somme, une nature de réceptivité, avec des réactions très énergiques. Son cœur a été un carrefour où les vents de tous les horizons ont passé, se sont rencontrés et combattus. La ligne de sa vie est le tracé brisé d'une suite de hasards et d'accidents. La vivacité incomparable de la sensation actuelle, qui est la grande qualité de sa production littéraire, fut le grand vice de sa conduite. Il était saisi, entraîné par elle irrésistiblement. Les émotions, en passant par lui, l'emportaient. Il appartenait toujours tout entier au présent, sans souci de l'avenir et, quelquefois, sans assez de souvenir du passé. De là des moments où il semble qu'il ait eu l'oubli trop facile, des revirements brusques qui ont un air d'ingratitude, comme dans ses vers contre Mrs Riddell. Sa générosité elle-même n'existait que dans ce qu'elle a de spontané et d'impulsif. La générosité prolongée et réfléchie, le sacrifice, n'apparaît pas en lui. À peine peut-on dire qu'elle se fait jour dans son mariage avec Jane Armour. Encore fut-ce là un acte si soudain qu'il peut être considéré comme une impulsion: on sait d'ailleurs ce qu'il dura. Il a été comme un arbre qui jette son feuillage à toutes les rafales, faisant naître de lui-même des tourbillons, dans lesquels il est perdu et qui lui dérobent le ciel.
Comme sa personnalité était forte et dominatrice, cette soumission aux exigences des instincts ou des imaginations l'a souvent conduit dans ce qui fut le défaut de sa vie: l'égoïsme. C'était un généreux égoïste, un homme à tendances dévouées mais à conduite personnelle. Il lui a manqué l'oubli de soi-même, le sens, nous ne disons pas du dévouement, ni même de l'effacement, mais de la subordination de soi. Il n'a jamais su faire céder ses désirs, même légers et passagers, aux intérêts vitaux et durables des autres. Il n'a pas eu entre eux et lui de commune mesure. Et cette absence de préoccupation d'autrui est la cause de ce qui pèse le plus sur sa mémoire: des souffrances infligées. Un ermite, un stylite peuvent se désintéresser du prochain, isolés dans leur grotte ou sur leur colonne. Un homme plongé dans la vie ne le peut; Burns le pouvait moins que tout autre, à cause de l'ascendant qu'il exerçait sur ceux qui l'approchaient. Lui qui avait tant d'extériorité dans l'esprit, au point de créer des êtres, n'en avait pas dans le cœur; en certains cas décisifs, il n'eut pas assez conscience des existences en dehors de lui. Il vécut trop en lui-même et pour lui-même. Il a, il faut le dire, offert les tristesses et les angoisses d'autrui à son besoin de poésie, et nourri de pleurs humains les rêves dont il a fait ses œuvres. Peu de poètes, à y regarder, furent exempts de cette cruauté; peut-être peu d'hommes le sont-ils. Et ceux-ci ne tournent pas à si rare usage les douleurs qu'ils créent, et ne changent point les larmes qu'ils font couler en perles à jamais pures, qu'ils mettent ensuite comme des colliers ou des diadèmes à celles qui les ont répandues. Il fut le premier de cette lignée de poètes modernes qui ont fait de l'amour l'occupation unique de leur vie. Il a été aussi le premier à faire de la passion l'excuse de ses mauvaises actions; et nous ne parlons pas ici d'influence ni même d'inspiration littéraires, mais seulement d'état moral. Là encore, il a devancé Byron et l'école de poètes continentaux sortis de celui-ci jusqu'à Musset et George Sand. On a vu, dans un passage cité à propos de la plus meurtrière de ses fautes, avec quelle subtilité il cherchait à rendre son don poétique solidaire de ses passions, et par conséquent à mettre ses erreurs à l'abri de ses œuvres; à faire de ses fautes une condition de sa gloire et de sa gloire l'absolution de ses fautes.
Il s'était bien jugé lui-même. Dans une prière qu'il a intitulée l'Épitaphe d'un Poète, il a proclamé, avec sa franchise ordinaire, ses torts et ses égarements. C'est un résumé admirablement exact et, par là, touchant de sa destinée.
Existe-t-il un niais mené par des caprices, Trop vif pour réfléchir, trop ardent pour obéir, Trop timide pour chercher, trop fier pour flatter? Qu'il approche d'ici, Et que, sur ce tertre herbeux, il chante dolemment Et verse une larme.
Existe-t-il un poète de chanson rustique, Qui passe obscur dans la foule, Dont chaque semaine s'emplit ce cimetière? Oh! qu'il ne passe pas outre, Mais qu'avec un sentiment fort et fraternel, Il pousse ici un soupir.
Existe-t-il un homme dont le clair jugement Peut enseigner aux autres à diriger leur course, Et qui, lui-même, court follement la carrière de la vie, Effréné comme une vague? Qu'il s'arrête ici, et, à travers une larme naissante, Contemple cette tombe.
Le pauvre habitant ci-dessous Fut prompt à apprendre, sage pour connaître, Et profondément ressentit l'ardeur de l'amitié Et l'autre flamme plus douce; Mais d'imprudentes folies le ruinèrent Et souillèrent son nom.
On ne peut mieux dire et plus juste. C'est un humble et noble aveu, mais dont l'humilité et le courage contiennent le plus éloquent des plaidoyers. Ces vers devraient être gravés sur sa tombe.
Toutefois ce n'est pas là une justice suffisante. Il lui revient davantage. Tous ses défauts, toutes ses fautes pesés, aussi lourdement pesés qu'on voudra, le plateau où est l'or pur l'emporte de beaucoup sur celui où est le plomb vil. L'admiration grandit à mesure qu'on examine ses qualités. Quand on songe à sa sincérité, à sa droiture, à sa bonté envers les gens et les bêtes, à son dédain pour toute bassesse, à sa haine pour les fourberies, qui, à elle seule, serait un honneur, à son désintéressement, à tant de beaux élans de cœur, de hautes inspirations d'esprit, à l'intensité d'idéalité qu'il lui a fallu pour maintenir son âme au-dessus de sa destinée; quand on songe que tous ces généreux sentiments, il les a éprouvés au point qu'ils ont été sa vie intellectuelle, qu'ils sont sortis de lui en joyaux, tant il les ressentait avec flamme et tant son âme était une fournaise où bouillonnaient des métaux précieux; on se dit que ce fut un homme de la plus noble élite humaine et de grande bonté. Quand on se rappelle ce qu'il a souffert, ce qu'il a surmonté et ce qu'il a accompli, contre quelle misère son génie s'est débattu pour naître et pour vivre, la persévérance de ses années d'apprentissage, ses exploits intellectuels, et après tout, sa gloire; on se dit que ce qu'il n'a pas réussi ou pas entrepris n'est rien à côté de ce qu'il a achevé, et que ce fut un homme de grand effort. Et que reste-t-il à penser sinon que l'argile dont il était fait était pétrie de diamants et que sa vie a été une des plus vaillantes et des plus fières qu'un poète ait vécues?
Enfin qui dira s'il n'y a pas, dans l'existence d'hommes tels que Burns, comme dans celles de Rousseau, de Byron, de Musset, de George Sand, et vraisemblablement, si nous les connaissions davantage, dans celle de Shakspeare et de Molière, une utilité profonde qui sort de leurs faiblesses? Elles remplissent une autre fonction qui est non moins indispensable que celles de Dante, de Milton et de Corneille. De celles-ci naissent un exemple austère et le noble plaidoyer du devoir. Mais des autres naissent peut-être des sentiments plus humains: la connaissance des misères des meilleurs d'entre nous, l'impuissance à leur refuser le pardon, et, par suite, la pratique de la pitié. Que ne perdrait point l'âme du genre humain, non pas en beauté et en délice d'art, mais en nécessaire bonté, si ces hommes ne lui avaient fait sentir, par leur séduction, la compassion pour leurs souffrances! Et comment l'auraient-ils fait pleinement, s'ils n'avaient pas, par les plus cruelles souffrances, c'est-à-dire celles qui résultent des fautes, inspiré la plus noble générosité, c'est-à-dire celle qui triomphe d'un blâme. Ce sont eux qui ont en partie donné un cœur miséricordieux à l'humanité. Par un métamorphisme mystérieux, admirable, leurs fautes, leurs souillures même se transforment en clémence, en un baume qui parfume le monde. Les orages particuliers qui ont ravagé leurs âmes retombent en rosée universelle, et c'est la rosée de la compassion. Personne ne fut plus fait que Burns pour contribuer à ce travail sacré. Aussi, malgré la sévérité qui atteint certains de ses actes, le jugement des hommes sera clément pour lui.
Quant à nous, après avoir vécu avec lui, pendant plusieurs années, après avoir suivi ses tracas, ses traverses, ses tourments et ses travaux, assisté à ses crises, sondé son cœur d'une main impartiale si elle est charitable, réfléchi à ses fautes, et pesé avec leurs conséquences leurs causes et leurs excuses, nous avons conçu pour lui une affection compatissante. Notre espoir, au bout de ce long effort pour faire revivre cette âme comme il nous semble qu'elle a vécu, est d'inspirer à ceux qui liront ce livre un peu de ces sentiments pour ce frère si véritablement humain.
Sa vieille mère continua à résider avec Gilbert dont elle suivit la fortune et mourut en 1820, dans sa quatre-vingt-huitième année.
Gilbert resta sur la ferme de Mossgiel jusqu'en 1798. En 1791, il avait épousé une jeune fille de Kilmarnock dont il eut six fils et cinq filles. En quittant Mossgiel, il prit la ferme de Dinning dans la vallée de la Nith, où il resta jusqu'en 1804. Il devint à cette date agent des propriétés de lord Blantyre dans East-Lothian. Ce fut alors seulement qu'il connut un peu d'aisance et de tranquillité. Il avait aidé Currie dans sa biographie et son édition de Burns. En 1820, il revit lui-même cette édition. Il mourut en 1827, après avoir vu partir avant lui cinq de ses enfants.
Des trois sœurs de Burns, l'une, Agnes Burns, mourut en 1834; la seconde, Annabella, en 1832, et la troisième, Isabella, plus connue sous le nom de Mrs Begg et qui a donné quelques détails intéressants sur son frère, mourut en 1858, au milieu des préparatifs faits pour célébrer le centenaire de la naissance de son frère et fut enterrée dans le tombeau de son père, à l'ombre de l'église d'Alloway. Agnes et Isabella épousèrent des nommes qui devinrent gérants de propriétés. Annabella demeura fille et continua de vivre chez Gilbert avec sa vieille mère.
Jane Armour, restée veuve à trente-et-un ans, fut fidèle à la mémoire de son mari. Elle supporta son veuvage, dont la célébrité de son nom et la curiosité dont elle était entourée faisaient une situation plus difficile, avec une dignité qui lui valut l'estime et l'affection de tous. Son esprit s'était formé et assis. Son bon sens et un grand sentiment de tact frappaient ceux qui l'approchaient. Elle avait pris, en vivant près de son poète et en admirant ses œuvres, un goût de choses délicates et brillantes.
Cette Jane Armour n'est pas tout à fait celle que nous avons vue. C'est celle que la vie bien vécue avait fini par faire. Le haut esprit, qu'elle avait compris, en l'aimant, avait, en récompense, rempli cet amour d'intelligence. Elle avait, par la vertu de sa sympathie, mis sa nature à l'unisson avec la sienne, et elle était devenue apte à recevoir toutes choses justes et fines. Elle prit naturellement les délicatesses. Mais cela était comme le fruit lointain de sa bonté et de son pouvoir d'affection. Elle ne quitta jamais la maison où son mari était mort. Son soin était de la tenir en grande propreté et de l'embellir autant que ses strictes ressources le lui permettaient. Là, pendant plus de trente ans, elle reçut, par milliers et milliers, tous ceux, pauvres et riches, qui venaient visiter la demeure du poète. Parfois, pendant les mois d'été, elle était fatiguée de ce défilé incessant. Elle le supportait avec patience. Il lui semblait qu'elle remplissait un devoir en tenant sa maison ouverte et en accueillant ceux qu'avait attirés la gloire de Burns[1412]. Elle conserva très longtemps son élégance de corps, sa démarche gracieuse, un pas léger, des yeux noirs comme le jais, clairs et brillants, et la voix souple et juste dont Burns était fier. Elle mourut le 26 mars 1834.
Au moment de sa mort, Burns avait six enfants vivants, quatre légitimes de Jane Armour, quatre fils; et deux illégitimes, deux filles: l'une Elisabeth, l'aînée de tous ses enfants, la fille d'Elisabeth Paton, née en 1784, qui était élevée à Mossgiel, et la seconde, nommée aussi Elisabeth, la fille d'Anna Park, que Jane Armour avait si généreusement recueillie.
L'aîné des fils, nommé Robert comme son père, après avoir commencé son éducation à la Grammar-School de Dumfries, suivit des cours à l'Université d'Édimbourg et à celle de Glascow. Son éducation faite, il obtint un modeste emploi à l'Administration du Timbre à Londres. Il mena une vie de petit employé, augmentant ses ressources en donnant des leçons de mathématiques et de langues classiques. Il était d'une grande intelligence, avec un don de parole remarquable. Il composa quelques poésies auxquelles le mérite ne manque pas. Il semble, par certains côtés de conduite, avoir ressemblé à son père, mais il n'avait pas son énergie. Ce que Burns avait diagnostiqué de lui se trouva vrai; il était fait pour une vie de prélature, nonchalante et aisée. En 1833, il prit sa retraite, avec une petite pension, et vécut à Dumfries où il mourut en 1857. Il avait eu en 1812 une fille, Eliza Burns, qui épousa en 1834 le chirurgien Everitt. De cette union naquit une fille, Martha Burns-Everitt qui ne se maria pas.
Le second, Francis-Wallace, le filleul de Mrs Dunlop, celui dont son père était si orgueilleux, mourut en 1803, à l'âge de quatorze ans.
La destinée des deux derniers est plus intéressante. William-Nicol Burns, nommé d'après le Nicol d'Édimbourg, après avoir reçu son éducation à la Grammar-School de Dumfries, s'embarqua pour les Indes à l'âge de quinze ans, en qualité de midshipman. En 1811, il reçut une commission de cadet. Après trente-trois années de service comme officier dans le 7e régiment d'infanterie de Madras, dont il devint lieutenant-colonel, il prit sa retraite et revint en Angleterre en 1843. Il alla habiter la petite ville paisible de Cheltenham et y mourut presque de nos jours, le 21 février 1872. Il mourut sans enfants.
Le quatrième fils, James-Glencairn, nommé d'après le bienfaiteur de Burns, eut une carrière presque semblable. En 1811, il fut nommé cadet au service de la Compagnie des Indes-Orientales. Il rejoignit à Calcutta le 15e régiment d'infanterie indigène du Bengale. Lorsqu'il vint faire un séjour en Angleterre, en 1831, il fut l'hôte de Walter Scott à Abbotsford. À son retour dans les Indes, en 1833, il fut nommé Juge et Percepteur à Cachar. Il revint définitivement en 1839 avec le grade de major. Puis il alla vivre avec son frère à Cheltenham où il mourut en 1865. Il eut deux filles de deux mariages. La seconde, Anne-Becket Burns, qui ne s'est pas mariée, vivait encore à Cheltenham en 1883. L'aînée, Sarah Burns, épousa un docteur Hutchinson de qui elle eut un fils, Robert Burns-Hutchinson, et trois filles: Annie, Violet et Margaret. Robert Burns-Hutchinson est donc le seul descendant mâle légitime du poète. En 1877, il est parti pour Assam afin de se faire planteur de thé.
Des deux filles naturelles de Burns, l'aînée «la petite Bess» resta à Mossgiel avec Gilbert et la vieille mère jusqu'à l'âge de sa majorité. Elle reçut alors une dot de deux cents livres obtenues par une souscription publique. Elle épousa un nommé John Bishop et mourut à l'âge de trente-deux ans. La seconde continua à être élevée par Jane Armour avec ses propres enfants. À sa majorité, elle reçut également une somme de deux cents livres qui provenait de la même souscription. Elle épousa un nommé John Thomson, soldat retraité, qui travaillait près de Glascow à son métier de tisserand. En 1859, une nouvelle souscription lui assura trente livres de rente viagère. Elle mourut le 13 juin 1873.
Ainsi, plus ou moins largement, la gloire de Burns procura aux siens ce que sa prévoyance ne leur avait pas assuré. S'il avait pu le deviner, sa fin eût été moins cruelle.[Lien vers la Table des matières.]
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE