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Paris romantique

XXXVII

Jacques Boulenger translation

UNE LECTURE DES MÉMOIRES DE M. DE CHATEAUBRIAND A L’ABBAYE-AUX-BOIS.

Lors de plusieurs visites que nous avons faites dernièrement à la délicieuse Abbaye-aux-Bois, la question s’est élevée de savoir s’il serait possible que j’assistasse aux lectures des mémoires de M. de Chateaubriand.

Illustration from Paris romantique: Voyage en France de Mrs. Trollope (Avril-Juin 1835)

UNE LECTURE DES Mémoires d’outre-tombe A L’ABBAYE-AUX-BOIS

(Par A. Hervieu) (Extr. de Paris and the Parisians, by Mrs. Trollope)

L’appartement que ma charmante amie et compatriote, miss Clarke, occupé dans cette même exquise abbaye, fut le théâtre de plusieurs de ces angoissantes consultations. A l’encontre de mon désir,—car je n’étais pas si hardie que d’avoir des espérances,—il y avait d’abord que ces lectures si jalousement privées, bien que si célèbres dans le public, étaient pour le moment suspendues: le lecteur lui-même n’était pas alors à Paris. Mais que ne peut le zèle de l’amitié! Mᵐᵉ Récamier prit ma cause en mains et un jour me fut désigné, ainsi qu’à mes filles, pour jouir de cette grande faveur...

La réunion assemblée chez Mᵐᵉ Récamier à cette occasion ne dépassait pas dix-sept personnes, compris Mᵐᵉ Récamier et M. de Chateaubriand eux-mêmes. Plusieurs des assistants avaient entendu les premières lectures. Les duchesses de La Rochefoucauld et de Noailles et une ou deux autres dames de la noblesse étaient présentes. En voyant entrer la petite-fille du général Lafayette, qui est mariée à un gentilhomme que l’on dit appartenir à l’extrême côté gauche, je compris que le génie n’est d’aucun parti car je remarquai qu’ils écoutaient tous deux avec autant d’intérêt que nous les détails émouvants de ce qu’on lisait. Et qui donc aurait pu faire autrement? Cette dame était assise sur un sofa entre Mᵐᵉ Récamier et moi; M. Ampère, le lecteur et M. de Chateaubriand avaient pris place sur un autre sofa, faisant angle droit avec le nôtre; de la sorte, j’eus le plaisir de contempler une des plus expressives physionomies que j’aie jamais vue cependant que l’on nous communiquait ce beau témoignage de sa tête et de son cœur. De l’autre côté de moi était un homme que je fus extrêmement heureuse de rencontrer, le célèbre Gérard, et j’eus le plaisir de causer avec lui avant que la lecture ne commençât. Il est de ceux dont l’aspect et les paroles ne déçoivent pas, quoi que

Illustration from Paris romantique: Voyage en France de Mrs. Trollope (Avril-Juin 1835)

PLAN DE LA SALLE DU PROCÈS MONSTRE

(Extr. du Charivari, 1835)

laisse attendre sa haute réputation. Il n’y avait pas de cercle formé; les dames s’approchèrent du sofa placé aux pieds de Corinne et les messieurs se groupèrent derrière elles. Le soleil pénétrait délicatement dans la chambre à travers les rideaux de soie blanche; des fleurs délicieuses embaumaient l’air; les tranquilles jardins de l’Abbaye s’étendaient sous les fenêtres à une distance suffisante pour nous éviter tout le bruit de Paris; bref, l’ensemble était parfait. Serez-vous étonnée si je vous dis que j’ai été enchantée et si j’ai pensé que ces heures-là resteront l’un de mes plus doux souvenirs?...

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