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Paris romantique

XIV

Jacques Boulenger translation

VICTOR HUGO.

J’ai appris à nouveau quelques détails curieux sur l’état actuel de la littérature française. Je pense vous avoir déjà dit que j’ai entendu uniformément traiter avec mépris l’école du décousu, et cela non seulement par les partisans vénérables du bon vieux temps, mais aussi par des hommes distingués de ce moment, distingués par leur position comme par leur savoir.

Concernant Victor Hugo, le seul de cette école auquel je ferai allusion, parce qu’il a été suffisamment lu en Angleterre pour que nous le regardions comme une célébrité, ce sentiment est plus remarquable encore. Je n’ai jamais parlé de lui ou de ses ouvrages à une personne d’une bonne

Illustration from Paris romantique: Voyage en France de Mrs. Trollope (Avril-Juin 1835)

REVUE SUR LA PLACE DU CARROUSEL

(Par Eug. Lami) (Collection J. B.)

REVUE SUR LA PLACE DU CARROUSEL

(Par Eug. Lami) (Collection J. B.)

morale et d’un esprit cultivé, sans qu’elle se refuse à lui accorder cette estime que nos critiques les plus autorisés lui concèdent. Je peux dire que la France semble être honteuse de lui.

Vingt fois, il m’est arrivé, quand je demandais l’opinion des gens sur ses pièces, de m’entendre répondre:

«Je vous assure que je ne les connais pas; je n’ai jamais rien vu jouer de lui.

—Les avez-vous lues?

—Non, je ne peux lire les ouvrages de Victor Hugo.»

Quelqu’un, qui m’avait entendue à plusieurs reprises persister dans mes questions sur la réputation dont Victor Hugo jouit à Paris comme écrivain de génie et auteur dramatique, me dit qu’il voyait bien que, comme tous les étrangers généralement, et les Anglais en particulier, je regardais Victor Hugo comme une sorte de type de la littérature française du moment.

«Pourtant permettez-moi de vous assurer, ajouta-t-il gravement et avec conviction, qu’aucune idée n’a jamais été à ce point erronée. Il est le chef d’une secte, le Grand Prêtre d’une congrégation ayant aboli toutes les lois «morales et intellectuelles» qui jusqu’ici servaient de règles aux esprits humains. Il a atteint à cette prééminence que pas un autre, j’espère, ne tentera de lui disputer. Mais Victor Hugo n’est pas un écrivain populaire en France.»

C’est ce jugement ou un analogue que, neuf fois sur dix, j’ai entendu prononcer sur lui et ses œuvres quand j’en ai parlé; et je regarde cela comme la preuve d’une intelligence saine et de sentiments droits, état d’esprit extrêmement honorable et plus répandu chez nos voisins français que nous ne le croyons. J’en fus d’autant plus heureuse, que je m’y attendais moins. Il y a tant de faux éclat dans les œuvres de Victor Hugo—d’ailleurs avec de très réels éclats de temps à autre—que je pensais trouver la jeunesse et la partie la moins raisonnable de la population beaucoup plus chaudes dans leur admiration pour lui.

Illustration from Paris romantique: Voyage en France de Mrs. Trollope (Avril-Juin 1835)

VICTOR HUGO EN 1835

(Extr. du Charivari)

Son goût passionné pour les scènes de vice et d’horreur, et son profond mépris pour tout ce que le temps a consacré comme bon, soit en matière de goût soit en

Illustration from Paris romantique: Voyage en France de Mrs. Trollope (Avril-Juin 1835)

STATUETTE DE VICTOR HUGO

(Par Dantan) (Extr. du Musée Dantan)

morale, pouvait, à ce que je pensais, entraîner les cerveaux déréglés de notre temps; et, de la sorte, il ne pouvait manquer d’avoir la sympathie et la louange de ceux qui mettent ses théories en pratique. Mais il n’en est pas ainsi. On reconnaît la vigueur sauvage de quelques-unes de ses descriptions; mais c’est là le seul éloge que j’aie jamais entendu faire de l’œuvre dramatique de Victor Hugo, dans son pays natal.

Les incidents émouvants, hardis, effrayants de ses drames dégoûtants peuvent et doivent exciter un certain degré d’attention quand on les voit pour la première fois et il est évidemment dans l’intérêt des directeurs d’encourager des productions qui peuvent produire ces effets; cela ne peut donc être considéré comme une dégradation systématique du théâtre. C’est un fait que les affiches seules attestent suffisamment, que les pièces de Victor Hugo, quand elles ont épuisé leur première vogue, ne sont plus jamais reprises à la scène; pas une ne reste au répertoire. Ce fait, qui m’avait déjà été signalé par une personne parfaitement au courant du sujet, m’a été confirmé par beaucoup d’autres; et cela en dit plus qu’aucun critique ne le pourrait faire sur le bon sens du public...

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