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Paris romantique

XXXI

Jacques Boulenger translation

PATISSIERS ANGLAIS.—UN ANGLOPHOBE.—EXPÉRIENCE MALHEUREUSE SUR UN «MUFFIN».—LE ROI-CITOYEN SE PROMÈNE.

Nous avons été faire ce matin une tournée dans les magasins, laquelle s’est terminée dans une pâtisserie anglaise où nous mangeâmes des buns. Là, nous nous amusâmes à observer quelques Français qui entrèrent pour faire un goûter matinal de gâteaux.

Ils avaient tous l’air, plus ou moins, d’arriver sur une terre inconnue, laissant deviner leur étonnement à la vue des compositions d’outre-mer qui se présentaient à leurs yeux. Il y avait parmi eux un jeune homme qui, de toute évidence, avait pris à tâche de railler toutes les friandises étrangères que la boutique contenait, considérant certainement que leur importation était une offense aux produits nationaux.

Illustration from Paris romantique: Voyage en France de Mrs. Trollope (Avril-Juin 1835)

LE PATISSIER ANGLAIS

(Par Th. Guérin) (Coll. J. B.)

«Est-il possible! dit-il gravement avec un air indigné et au moment où une des dames qu’il accompagnait parut sur le point de manger un «bun» anglais, est-il possible que vous puissiez préférer à la pâtisserie française ces comestibles étranges à voir?

—Mais goûtez-en! dit la dame en lui présentant un gâteau semblable à celui qu’elle mangeait: ils sont excellents.

—Non, non! c’est assez de les regarder! dit son cavalier en haussant les épaules. Il n’y a dans ces gâteaux aucune grâce, aucune élégance, aucune légèreté.

—Mais goûtez quelque chose, répliqua la dame en insistant.

—Vous le voulez absolument! s’exclama le jeune homme; quelle tyrannie!... et quelle preuve d’obéissance je vais vous donner!... Voyons donc!» continua-t-il, et il approcha de lui un plateau sur lequel étaient empilés quelques véritables «muffins» anglais, lesquels sont, comme vous le savez, d’une fabrication mystérieuse, et, quand on les mange non rôtis, du même goût qu’un morceau de peau de gant. L’infortuné connaisseur en pâtisserie prit ce il qu’il croyait être un gâteau, et s’exclama d’un air théâtral:

«Voilà donc ce que je vais faire pour vos beaux yeux.»

Illustration from Paris romantique: Voyage en France de Mrs. Trollope (Avril-Juin 1835)

LE ROI-CITOYEN EN PROMENADE

(Par A. Hervieu) (Extr. de Paris and the Parisians, by Mrs. Trollope)

En parlant, il prit une de ces pâles et molles choses, et, à notre extrême amusement, essaya de la manger. Tout le monde peut être excusé de faire des grimaces en telle occasion, et, le privilège des Français en ce genre est bien connu; mais ce hardi expérimentateur abusa de ce privilège; il paraissait subir une agonie complète, et ses haut-le-cœur, ses reproches furent si véhéments, qu’amis, étrangers, boutiquier, et tous, jusqu’à une petite bonne qui apportait un plateau de pâtés, furent pris d’un rire inextinguible, que l’infortuné, rendons lui cette justice, supporta avec une extrême bonne humeur, en faisant seulement promettre à sa jolie compatriote qu’elle n’insisterait plus jamais pour qu’il mangeât des friandises anglaises.

Si cette scène avait continué plus longtemps, j’aurais manqué un spectacle auquel j’eusse été bien fâchée de ne point assister, mais je n’aurais certainement pas quitté la pâtisserie avant que la torture du jeune Français fût terminée. Heureusement, nous arrivâmes sur le boulevard des Italiens à temps pour voir le roi Louis-Philippe, en simple bourgeois, passer à pied juste devant les Bains Chinois, mais sur le trottoir opposé.

Excepté une petite cocarde tricolore à son chapeau, il n’avait rien dans sa tenue qui le distinguât des autres passants. C’est un homme entre deux âges, replet, d’un bel aspect, ayant dans sa démarche une dignité qui, malgré l’air bourgeois dont il se promenait, aurait attiré l’attention et trahi son origine, même sans la cocarde tricolore indicatrice. Deux messieurs suivaient à quelques pas derrière lui, qui se rapprochèrent quand nous fûmes passés à ce qu’il me sembla; mais il n’avait pas avec lui d’autres personnes qui parussent être à son service. J’observai que beaucoup le reconnaissaient et que quelques chapeaux se levèrent sur son passage, y compris ceux de deux ou trois Anglais; mais sa présence excitait peu d’émotion. Je m’amusai cependant de l’air nonchalant avec lequel un jeune homme, en grand costume à la Robespierre, se servit de son lorgnon pour examiner la personne du monarque aussi longtemps qu’elle resta en vue.

Le dernier roi que j’avais rencontré dans les rues était Charles X. Il revenait d’un de ses palais suburbains, escorté et accompagné d’une manière vraiment royale. Le contraste entre les hommes et les habitudes était frappant et bien fait pour éveiller le souvenir des événements qui se sont passés depuis la dernière fois que j’ai regardé un souverain de France...

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