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Paris romantique

XXXIII

Jacques Boulenger translation

DE LA MANIÈRE DE FAIRE L’AMOUR A L’ANGLAISE.—ANECDOTE.

Il arrive parfois que l’on se trouve engagée dans la conversation la plus franche sans avoir eu la moindre intention, en commençant, de faire ou de recevoir des confidences.

Cela m’arriva ces jours derniers, en faisant une visite à une dame que je n’avais vue que deux fois encore et avec laquelle je n’avais pas échangé douze paroles. Mais nous nous trouvâmes à peu près en tête en tête et nous nous lançâmes, je ne saurais dire à quel propos, dans une causerie sans réserve sur les particularités de nos nations respectives.

Mᵐᵉ B... n’est jamais allée en Angleterre, mais elle m’assura que son désir de visiter notre pays était aussi fort que la passion de la découverte qui fit quitter son «home» à Robinson Crusoë pour visiter les...

«Sauvages, dis-je, finissant la phrase pour elle.

—Non, non, non! pour voir tout ce qu’il y a de plus curieux en ce monde.»

Ces mots «plus curieux» me semblèrent bizarres et je le lui dis en lui demandant si elle les appliquait aux musées ou aux naturels.

Illustration from Paris romantique: Voyage en France de Mrs. Trollope (Avril-Juin 1835)

MÉNAGE ANGLAIS

(Par Th. Guérin) (Coll. J. B.)

Elle sembla hésiter un moment à répondre franchement; puis elle dit, mais d’une manière si enjouée et si gracieuse qu’elle aurait désarmé la colère nationale du patriote le plus susceptible:

«Eh bien!... aux naturels.

—Mais nous prenons grand soin, répondis-je, que vous ne manquiez pas de spécimens de la race à examiner et il me semble difficile que vous ayez besoin de traverser le canal pour voir des naturels. Nous nous importons en si prodigieuse quantité que je ne conçois pas que vous puissiez garder aucune curiosité à notre égard.

—Au contraire, répondit-elle, ma curiosité ne s’en trouve que plus piquée: j’ai vu chez nous tant d’Anglais charmants que je meurs d’envie de les voir chez eux, au milieu de ces singulières coutumes qu’ils ne peuvent apporter avec eux, et que nous ne connaissons que par les récits imparfaits des voyageurs.»

Il semblait, à l’entendre, qu’elle parlât du bon peuple de la crique de Mongo ou de la baie de Karakoo; mais, étant curieuse de savoir ce qu’elle entendait par: «Les Anglais chez eux» et par: «Leurs singulières coutumes», je fis de mon mieux pour qu’elle me racontât ce qu’elle avait appris là-dessus:

«Je vous dirai, reprit-elle, que ce que je désire connaître avant toute autre chose, c’est votre manière de faire l’amour tout à fait à l’anglaise. Vous êtes assez polis pour respecter chez nous tous nos usages; mais un de mes cousins, qui était, il y a quelques années, attaché à l’ambassade française à Londres, m’a dépeint votre façon de mener les entreprises amoureuses comme si... si romantique que cela m’a enchantée, et je donnerais le monde pour voir comment cela se fait!

—Dites-moi, je vous en prie, ce qu’il vous a raconté, répliquai-je, et je vous promets de vous dire fidèlement si son récit est exact.

—Oh! que c’est aimable!... Donc, continua-t-elle en rougissant un peu à l’idée, je suppose, qu’elle allait dire des choses bien atroces, je vous répéterai exactement ce qui lui arriva. Il avait une lettre d’introduction pour un gentilhomme de haute situation—un membre de votre Parlement—qui vivait avec sa famille dans un château, en province, où mon cousin adressa sa lettre de recommandation. Immédiatement, il reçut une réponse avec une invitation pressante à venir au château passer un mois pendant la saison des chasses. Rien ne pouvait lui être plus agréable que cette invitation, car elle lui offrait l’occasion la plus parfaite qui se pût d’étudier les mœurs du pays. Tout le monde peut traverser le détroit de Calais à Douvres et dépenser en six semaines la moitié des revenus de son année à se promener à pied ou en voiture dans les larges rues de Londres; mais très peu de gens, vous le savez, obtiennent d’être reçus dans les châteaux de la noblesse anglaise. Donc, mon cousin fut enchanté et accepta sur-le-champ. Il arriva juste à temps pour s’habiller avant le dîner, et quand il entra dans le salon, il fut ébloui par l’extrême beauté des trois filles de son hôte, qui étaient décolletées et aussi parées, m’a-t-il dit, que pour un bal. Il n’y avait pourtant d’autre invité que lui et il fut un peu étonné d’être reçu avec tant de cérémonie.

Illustration from Paris romantique: Voyage en France de Mrs. Trollope (Avril-Juin 1835)

LA JEUNE INCONSÉQUENTE

(Par Devéria) (Coll. J B)

«Les jeunes filles, qui toutes jouaient du piano-forte et de la harpe, enchantèrent mon cousin, qui est très musicien. Si son admiration n’avait pas été si également partagée entre elles trois, il m’assura qu’il fût sans faute tombé amoureux avant la fin de cette soirée. Le lendemain matin, la famille entière se retrouva à déjeuner: les jeunes personnes parurent aussi charmantes que la veille, il continuait à ne pouvoir décider laquelle il admirait davantage. Tandis qu’il s’efforçait d’être le plus aimable possible et de leur parler avec tout le respect timide que les hommes français déploient vis-à-vis des jeunes filles, le père de famille étonna et certainement alarma mon cousin en disant tout à coup: «Nous ne pouvons chasser aujourd’hui, mon ami, car une affaire me retient à la maison, mais vous monterez à cheval dans les bois avec Elisabeth: elle vous montrera mes faisans. Allez vous apprêter, Elisabeth, pour sortir avec monsieur!...» Mᵐᵉ B... s’arrêta court et me regarda comme si elle pensait qu’ici j’allais faire quelque observation. «Eh bien? demandai-je.

—Eh bien! répéta-t-elle en riant; alors, réellement, vous ne trouvez rien d’extraordinaire dans ce procédé, rien qui soit en dehors des habitudes?

—Sous quel rapport? dis-je. Que voyez-vous là qui soit en dehors des habitudes?

—Cette question, dit-elle en joignant les mains, ravie d’avoir fait une découverte, cette question me met plus au fait que tout autre chose que vous me pourriez dire. C’est la preuve la plus forte que ce qui arriva à mon cousin n’avait rien de plus extraordinaire que ce qui se passe chaque jour en Angleterre.

—Qu’est-ce qui lui arriva donc?

—N’avez-vous pas entendu?... Le père des jeunes filles qu’il admirait tellement en choisit une et permit à mon cousin de l’accompagner dans une excursion dans les bois. Ma chère madame, les mœurs nationales varient si étrangement... N’allez pas supposer, je vous en supplie, que j’imagine que tout ne puisse s’arranger ainsi excessivement bien. Mon cousin est un jeune homme très distingué,—caractère excellent, beau nom,—et il aura un jour la situation de son père... Seulement, les manières sont si différentes...

—Votre cousin accompagna-t-il la jeune fille? demandai-je.

—Non, il ne le fit pas: il retourna à Londres sur-le-champ.»

Cela fut dit si sérieusement—plus que sérieusement—avec l’air de trouver cela si difficile à exprimer, que ma gravité et ma politesse m’abandonnèrent à la fois et que j’éclatai de rire.

Mon aimable compagne ne le prit pas mal, elle rit avec moi, et quand nous eûmes retrouvé notre sérieux, elle dit:

«Ainsi, vous trouvez mon cousin très ridicule d’avoir renoncé à cette promenade? Un peu timide peut-être?

—Oh! non, répondis-je, seulement un peu prompt.

—Prompt!... Mais que voulez-vous? Vous ne semblez pas comprendre son embarras?

—Peut-être pas tout à fait, mais je vous assure que son embarras aurait cessé entièrement s’il s’était promené avec cette jeune fille, suivie de son groom; je ne doute pas qu’elle ne l’eût conduit à travers une de ces belles réserves de faisans qui sont si intéressantes à voir, mais elle eût été fort étonnée et surtout embarrassée, si votre cousin avait eu l’idée de lui parler d’amour.

—Vous parlez sérieusement? dit-elle en me regardant en face avec intérêt.

—Très sérieusement, répondis-je, je suis absolument sérieuse et, bien que je ne connaisse pas les personnes dont nous avons parlé, je puis vous assurer positivement que c’est seulement parce qu’il ne supposait pas qu’un gentilhomme aussi bien recommandé que votre cousin fût capable d’abuser de la confiance qu’il lui témoignait, que ce père anglais lui permettait d’accompagner sa fille dans sa promenade du matin.

—C’est donc un trait sublime! s’écria-t-elle. Quelle noble confiance! Quelle confiance dans l’honneur! Cela rappelle les paladins d’autrefois.

—Je crois que vous raillez notre confiante simplicité, dis-je; en tout cas, ne me soupçonnez point, moi, de me moquer de vous; je ne vous ai dit que la vérité pure et simple.

—Je n’en doute pas le moins du monde, répondit-elle; mais vous êtes, en vérité, comme je l’observais tout à l’heure, supérieurement romanesques...»

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