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Oeuvres de Champlain

CHAPITRE IV.

Reading edition

Ledit Emery ayant faict la traitte, qui fut l'une des bonnes (qui se fust faicte il y avoit long temps) s'en retourna à Québec le dernier de Septembre de là à Tadoussac porter les pelteries.

Voila tout ce qui se pana jusques au departement des vaisseaux: Nous demeurasmes cinquante cinq personnes, tant hommes que femmes & enfans, sans comprendre les habitans du pays, assez mal accommodez de toutes les choses necessaires pour le maintien d'une habitation, dont je m'estonnois fort comme l'on nous laissoit en des necessitez si grandes, & en attribuoit on les défauts à la prise d'un petit vaisseau par les Anglois qui venoient de 147/1131Bisquaye, comme ledit sieur de Caen me le mandoit, je ne sçay d'où en venoit la faute, plusieurs discours se disoient sur ce subject, quoy que s'en soit il nous fallust passer par de là, il n'y avoit point de remède.

De ces cinquante cinq personnes il n'y avoit que dix-huict ouvriers, & en falloit plus de la moitié pour accommoder l'habitation du Cap de Tourmente, faucher & faner le foing pour le bestial pendant l'esté & l'Automne. Le parachevement de l'habitation de Québec demeure à parfaire, l'on me devoit donner dix hommes pour travailler au fort de sa Majesté, bien que ledit sieur de Caen & tous ses associez l'eussent souscript, & sa Majesté & le Viceroy le desirassent, neantmoins l'on ne le veut permettre, & empesche on tant que l'on peut. On veut que tous les hommes travaillent à l'habitation, il n'y a remède, pourveu que la traitte se face c'est assez, il n'y a personne qui osast entreprendre de nous enlever, c'est en cecy où j'avois beaucoup de peine à faire gouster les raisons pourquoy le fort nous estoit necessaire, tant pour la conservation de leur bien, que celles des habitans du païs: c'est ce qui donnoit du mescontentement à toutes les societés: neantmoins considerant l'importance & la necessité d'avoir u lieu de conserve, je ne laissois de faire ce qu'il m'estoit possible de temps à autre.

Voyant les ordres & commandemens données au contraire de la volonté de mondit seigneur le Vice-roy, je jugeay bien deslors que la plus grande part des associez ne s'en soucioient beaucoup; 148/1132pourveu qu'on leur donnast d'interest les quarante pour cent: j'en avois dit mon sentiment audit de la Ralde, lequel ne me donnoit beaucoup de contentement, d'autant qu'il avoit prescript ce qu'il devoit faire, c'est en un mot que ceux qui gouvernent la bource font & defont comme ils veulent.

Un des deplaisirs que je recognu en ceste affaire estoit fâché que je faisois construire un fort au dessus de l'habitation pour la conservation d'icelle, du païs & des habitans, & cela déplût audit de Caen comme il me fit assez cognoistre par sa lettre, que d'y employer de ses hommes il n'y estoit pas obligé, aussi il ne s'en soucioit pourveu que sa Majesté en fit la despense, en y envoyant des ouvriers pour cet effect: à tout cela je ne peus rien faire pour lors, sinon d'en escrire à mondit seigneur le Viceroy, & luy donner advis de tout ce qui se passoit en ceste affaire, afin qu'il y apportast l'ordre qu'il jugeroit necessaire, & moy de ne laisser, en tant que je pouvois, d'employer quelques hommes au fort, & le reste à travailler à l'habitation.

149/1133

Guerre déclarée, par les Yrocois. Assemblée des sauvages. Assassinat de deux hommes appartenans aux François. Recherche de l'Autheur de ce crime. Le meurtrier amené, ce que les Sauvages offrent pour estre alliez avec les François. L'Autheur veut venger ce meurtre.

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