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Oeuvres de Champlain

CHAPITRE III.

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Sur le flot, l'Anglois envoye une chalouppe ayant un drapeau blanc, signai pour sçavoir s'il auroit asseurance de nous venir treuver, pour nous sommer, & sçavoir la resolution en laquelle nous estions, je fis mettre un autre drapeau au fort, leur asseurant qu'ils pourroient approcher avec toute seureté: Estant arrivez en nostre habitation, un gentil-homme Anglois mit pied à terre, lequel me vint treuver, & courtoisement me donna une lettre de la part des deux frères du Général Guer qui estoient à Tadoussac avec ses vaisseaux, l'un s'appelloit le Capitaine Louis qui venoit pour commander au fort, l'autre le Capitaine Thomas Vice-Admiral de son frère, me mandant ce qui s'ensuit.

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Monsieur en suite de ce que mon frere vous manda l'année passée que tost ou tard il aurait Québec, n'estant secouru, il nous à chargé de vous asseurer de son amitié, comme nous vous faisons de la nostre, & sçachant très bien les necessitez extrêmes de toutes choses ausquelles vous estes, que vous ayez à luy remettre le fort & l'habitation entre nos mains, vous asseurant toutes sortes de courtoisie pour vous & pour les vostres, comme d'une composition honneste & raisonnable, telle que vous sçauriez desirer, attendant vostre response nous demeurons, Monsieur, vos très affectionnez serviteurs Louis & Thomas Guer. Du bord du Flibot ce 19. de Juillet 1629.

Ceste lettre leue devant le principal Commis & autres des principaux, il fut resolu de leur faire responce, comme il s'ensuit.

Messieurs la verité est que les négligences ou contrarietez du mauvais temps, & les risques de la mer, ont empesché le secours que nous espererions en nos souffrances, y nous ont osté le pouvoir d'empescher vostre dessein, comme avons fait l'année passée, sans vous donner lieu de faire reussir vos prétentions, qui ne feront s'il vous plaist maintenant qu'en effectuant les offres que vous nous faites d'une composition, laquelle on vous fera sçavoir en peu de temps après nous y estre resolus ce qu'attendant il vous plaira ne faire approcher vos vaisseaux à la portée du canon, ny entreprendre de mettre pied à terre que tout ne soit resolu entre nous, qui sera pour demain. Ce qu'attendant je demeureray Messieurs vostre affectionné serviteur, Champlain, ce 19 de Juillet 1629.

Ledit Capitaine Louis Guer renvoya sur le soir sa chalouppe pour avoir ces articles de la composition, avec asseurance de nous donner toutes sortes de courtoisies, lesquelles articles envoyasmes avec le plus d'advantage qu'il nous estoit possible.

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Il nous fera donné un vaisseau pour rapasser en France tous nos compagnons, & ceux qui ont esté pris par le sieur Général, allant treuver passage en France, & aussi tous les Religieux, tant les Peres Jesuistes que Recollets, que deux Sauvagesses qui m'ont esté données il y a deux ans par les Sauvages, lesquelles je pourray emmener sans qu'on me les puisse retenir ny donner empeschement en quelque manière que ce soit.

Que l'on nous permettra sortir avec armes & bagages, & toutes sortes d'autres commoditez de meubles que chacun peut avoir, tant Religieux qu'autres, ne permettant qu'il nous soit fait aucun empeschement en quelque manière & façon que ce soit.

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Ces choses ainsi resolues furent envoyées aux vaisseaux, où estoient lesdits Louis & Thomas Guer, qui virent ce que nous demandions, & après les avoir considerez ils se resolurent d'y faire response le plustost qu'ils pourroient, ce qu'ils firent comme il s'ensuit.

Articles accorder aux sieurs de Champlain du Pont.

Pour le fait de la Commission de sa Majesté de la grande Bretagne le Roy mon Maistre, je ne l'ay point icy, mais mon frere la fera voir quand ils feront à Tadoussac.

J'ay tout pouvoir de traiter avec monsieur de Champlain, comme je vous le feray voir.

Pour le fait de donner un vaisseau je ne le puis faire, mais vous vous pouvez asseurer du passage en Angleterre, & d'Angleterre en France, ce qui vous gardera de retomber entre les mains des Anglois, auquel danger pourriez tomber.

Ayant arresté les articles ils nous r'envoyerent la chalouppe, nous priant de la despescher au plustost, pour sçavoir si nous accepterions leurs articles, à quoy nous advisasmes, nous estant assemblez pour resoudre ce que l'on pourroit faire en ces extremitez, & ne pouvant pas mieux, nous resolusmes de prendre la composition. Le lendemain 20 dudit mois ils firent approcher leurs trois vaisseaux, sçavoir le Flibot de prés de cent tonneaux avec dix canons, & deux pataches du port de quarante tonneaux, chacune six canons, & quelques cent cinquante hommes, ayant mouillez l'ancre devant Québec, je fus treuver le Capitaine Louys, pour sçavoir ce qui l'avoit empesché de ne me permettre 244/1228d'emmener mes deux petites filles Sauvagesses que j'avois depuis deux ans, ausquelles j'avois enseigné tout ce qui estoit de leur créance, & apris à travailler à l'aiguille, tant en linge qu'en tapisserie, en quoy elles travaillent fort proprement, estant au reste fort civilisées & portées d'un desir extresme de venir en France. Je fis tant avec ledit Capitaine Louis que je le relevay des doutes qu'il avoit, me permettant les emmener, ce que sçachant ces filles ils turent fort resjouies.

Je demanday des soldats audit Louis Quer pour empescher que l'on ne ravageast rien en la Chapelle ny chez les Reverends Pères Jesuites, Recollets ny la maison de la veufve Heber & son gendre, ce qu'il fit, comme en quelques autres lieux où il en estoit de besoin, puis il fait descendre à terre environ 150. hommes armez, va prendre possession de l'habitation où estant demanda les clefs au Sous-commis Corneille, & à Olivier qui traittoit avec les Sauvages comme expérimenté aux langues des Montagnais & Algommequins, comme de celle des Hurons, comme fort propre à cela. Il s'acquitta de sa charge en homme de bien, car ledit du Pont, principal Commis, estoit au lict malade des gouttes, & ne pouvoit agir. Louys Quer ayant ces clefs les donne à un François appellé le Baillif natif d'Amiens qu'il avoit pris pour Commis, s'estant volontairement donné aux Anglois pour les servir & ayder à nous ruiner, comme perfide à son Roy & à sa patrie, avec trois autres que j'avois autrefois mené en nos voyages, il y avoit plus de quinze à seize' ans, entre autres l'un appelle Estienne Bruslé, de 245/1229Champigny, truchement des Hurons, le second Nicolas Marsolet de Rouen, truchement des Montaignais, le troisiesme de Paris, appellé Pierre Raye, Charon de son mestier, l'un des plus perfides traistres & meschants qui fust en la bande. Ledit Baillif estoit venu autrefois en ces lieux avec ledit de Caën, qui l'avoit fait un de ses Commis, l'ayant chassé pour estre grandement vicieux. Cestuy-cy entre au magasin, se saisit de tout ce qui estoit dedans, & de trois mille cinq cens à quatre mille castors, qui appartenoient au sieur de Caen, comme de toutes les autres commoditez qui estoient en l'habitation pour servir à icelle.

Louys Quer s'achemine au fort pour en prendre possession, voulant desloger de mon logis, jamais il ne le voulut permettre que je m'en allasse tout à fait hors de Québec, me rendant toutes les sortes de courtoisies qu'il pouvoit s'imaginer. Je luy demanday permission de faire célébrer la saincte Messe, ce qu'il accorda à nos Peres: Je le priay aussi de me donner un certificat de tout ce qui estoit tant au fort qu'à l'habitation, ce qu'il m'accorda avec toute sorte d'affection ainsi qu'il s'ensuit.

Ils se saisirent aussi de plusieurs commoditez appartenant aux Reverends Peres Jesuites & Recollets desquelles choses ne voulurent donner de mémoire, disant, s'il faut rendre (ce que je ne croy pas) il ne perdra rien, cela ne vaut pas la peine de l'escrire ny en faire recherche. Pour les vivres que nous trouvons il ne s'en gastera ny encre ny papier, dont nous n'en tommes pas faschez, vous aymant mieux assister des nostres. Nous vous en remercions bien fort, luy dis-je, il n'y a sinon que vous les faites payer bien chèrement sans pouvoir avoir moyen de les disputer.

Le jour suivant il fut à la maison des Peres Jesuites, lesquels luy monstrerent des livres & tableaux & quelques ornements d'Eglise, en luy offrant s'il vouloit quelques-uns de ces livres & tableaux. Il en prit ce qu'il voulut de ceux qui luy semblerent les plus beaux, comme trois à quatre tableaux, le Ministre Anglois eut aussi quelques livres qu'il demanda aux Peres, après veu la maison & tout le desert qui estoit fort beau, il fut veoir les Pères Recollets, de là s'en retourna à l'habitation.

La nuict ensuivant ledit Baillif prit audit Sous-Commis Corneille cent livres en or & argent, avec une tasse d'argent, quelque bas de soye & autres bagatelles qui estoient dans sa caisse, ayant esté aussi soubçonné d'avoir pris dans la Chapelle un Calice d'argent doré valant 100 livres & plus, de laquelle chose l'on fit plainte audit Louys Quer qui en fit quelque perquisition, mais nul n'avoua ce sacrilege detestable devant Dieu & les hommes. Ce Baillif accoustumé à renier & blasphemer le nom de Dieu à tout propos en disoit assez pour se rendre innocent: mais comme il est sans foy ny loy, bien qu'il se dite Catholique comme sont les trois autres, qui ne se soucioient de manger de la chair ny Vendredy ny Samedy pour penser favoriser les Anglois, qui au contraire les en blasmoient, & faisoient plusieurs autres choses licentieuses & blasmables, je luy remonstrois assez les deffauts & les reproches qu'un jour il recevroit, desquelles choses il ne se soucioit pas beaucoup, pour l'esperance qu'il avoit de jamais 248/1232ne retourner en France. Toutes les meschancetez qu'il pouvoit faire aux François il leur faisoit: On recevoit toute sorte de courtoisie des Anglois, mais de ce malheureux tout mal. Je le laisseray pour ce qu'il vaut, attendant qu'un jour Dieu le chastie de ses jurements, blasphemes & impietez.

Depuis que les Anglois eurent pris possession de Québec, les jours me sembloient des mois, ce qui me donna subject de prier ledit Louys Quer me permettre m'en aller à Tadoussac, où j'attendrois le depart des vaisseaux, passant mon temps avec le Général qui y estoit, ce qu'il m'accorda, puis que ma volonté n'estoit de demeurer davantage. J'accommoday ledit Louys Quer de quelques commoditez d'emmeublement pour sa chambre qu'il me demanda: & pour le reste de mes commoditez, je les embarquay avec ledit Thomas Quer dans le Flibot avec mes deux petites Sauvagesses. Dupont demeura avec la pluspart de nos compagnons, comme firent aussi tous les Peres, attendant de s'en retourner au second voyage.

Combat des François avec les Anglais. L'autheur est pris en combattant. On le fait parler au sieur Emery. Voyage des François à Tadoussac. Le beau-frere de l'Autheur luy compte son voyage. Emery taschoit regaigner Québec.

Notes in this chapter

Note 1 · Note 737: (retour) Le titre de cette pièce se lit ainsi dans l'original conservé à Londres (State Paper Office): «Articles demandées estre aNote 2 · Articles [qui seront] accordez par le sieur Guer commendant de present aux vaisseaux qui sont proches de Québec, aux sieurs de Champlain & dNote 3 · Note 738: (retour) L'original porte: «de guerre légitime.»Note 4 · Que le sieur Guer nous fera voir la commission du Roy de la grande Bretagne, en vertu de quoy il se veut saisir de ceste place, si c'est en Note 5 · Note 739: (retour) L'original porte: «en eschange.»Note 6 · Note 740: (retour) Dans l'original, on lit: «sy peu que l'on en a qui est.»Note 7 · Que l'on nous donnera des vivres à suffisance pour nous repasser en France, en change 739 de peleteries, sans que par violence ou autre maniNote 8 · Note 741: (retour) Cet article, en particulier, paraît avoir été revu et corrigé par un autre que par Champlain; le voici comme il est dans Note 9 · Que l'on usera envers nous de traitement le plus favorable qu'il se pourra, sans que l'on fasse aucune violence à qui que ce soit, tant aux Note 10 · Note 742: (retour) «Nous sera donné barque ou vaisseau.»Note 11 · Le vaisseau où nous devrons passer, nous sera remis trois jours après nostre arrivée à Tadoussac entre les mains, & d'icy nous sera donné unNote 12 · Note 743: (retour) «Lepont» dans l'original.Note 13 · Ce qu'estant accordé & signé d'une part & d'autre par ledit sieur Guer qui est à Tadoussac Général de l'armée Angloise & son Conseil, nous mNote 14 · Note 744: (retour) Suivant le témoignage des copistes auxquels nous avons eu recours, il y a dans l'original: «que les Mres,» c'est-à-dire, Note 15 · Et pour le fait des Sauvagesses, je ne le puis accorder pour raisons que je vous feray sçavoir si j'ay l'honneur de vous voir, que pour le fNote 16 · Note 745: (retour) «Louis Kertk» La copie que nous avons de l'original ne porte point cette signature, mais seulement celle-ci: Tho. Kearke.Note 17 · Note 746: (retour) Dans l'original, on lit: «Les suditz six articles.» Et ce qui fait ici le troisième, y est désigné en deux articles séparNote 18 · Note 747: (retour) «Dupont gravé,» dans l'original.Note 19 · Note 748: (retour) L'original porte «Kearke.»Note 20 · Ce que nous promettons faire ratifier par mon frère Général pour la flotte pour sa Majesté de la grande Bretagne, signé L. Kertk745, & plus Note 21 · Les susdits articles 746 accordez avec les sieurs de Champlain & du Pont 747, tant par les freres Louis & Thomas Kertk 748, je les accepte &Note 22 · Note 749: (retour) On peut comparer à ce certificat de Louis Kertk une pièce qui a pour titre Declaration du Sr Champlain soubs serment des Note 23 · J'ay Louys Kertk commandant de present au Fort de Québec en la Nouvelle France pour le Roy de la Grande Bretagne, mon Seigneur & Maistre, ceNote 24 · Note 750: (retour) Le 22 de juillet, qui était un dimanche. «Le dimanche matin, dit Sagard, les Anglois poserent les armes d'Angleterre à l'Note 25 · Le l'endemain750 il fit planter l'enseigne Angloise sur un des bastions, fist battre la quesse, assembler ses soldats, qu'il met en ordre suNote 26 · Note 751: (retour) Gervais Kertk. (State Paper Office, Colonial Papers, vol. VI, n. 15.—Voir Pièces justificatives, n. XVIII.)Note 27 · Lesdits Anglois s'estant ainsi saisis du païs, la veufve Hébert & son gendre ne pensant pas moins qu'à s'en retourner, se saisissant de leurNote 28 · Note 752: (retour) Que l'on rapproche ce que dit l'auteur en cet endroit, de ce qu'il rapporte ci-dessus, p. 174, 202, 204-6; que l'on veuilNote 29 · Ces pauvres familles voyant la condition qu'on leur offroit de s'en retourner en France, après avoir employé quinze à seize ans de leur travNote 30 · Note 753: (retour) Le 24 juillet.Note 31 · Note 754: (retour) Plus haut, p. 10 et 83, il est appelé son neveu.Note 32 · Le 24 dudit mois753 nous levasmes les ancres & mismes à la voile, ce jour fusmes mouiller l'ancre au bord de l'Est Nordouest de l'isle d'OrlNote 33 · Note 755: (retour) Ce récit de Champlain, qui était témoin oculaire peut servir à rectifier la déposition que fit, devant le juge Henry MartNote 34 · Note 756: (retour) Mât d'avant ou de misaine.Note 35 · Note 757: (retour) Jacques Cognard (ou Couillard), sieur de l'Espinay. (State Paper Office, Colonial Papers, vol. VI.)Note 36 · Note 758: (retour) Conf. ci-dessus, p. 10, 83 et 247.Note 37 · Ledit Thomas commanda d'approcher le plus prés que l'on pourroit du vaisseau dudit Emery pour le saluer de quelques canonades755 qui luy furNote 38 · Note 759: (retour) S'aller perdre.Note 39 · L'exécution faite, nous nous en allasmes à la rade à Tadoussac treuver le Général Kertk, où ledit Emery auparavant avoit pensé aller, perdreNote 40 · Note 760: (retour) Les PP. Charles Lalemant et Philibert Noirot.Note 41 · Il me dit que partant de Québec avec les incommoditez qu'ils avoient receues allant à Gaspey, ils rencontrèrent Emery, estant fort resjouis Note 42 · Note 761: (retour) M'avoit.Note 43 · Après tous ces discours passez, & que je luy eu representé la necessité en laquelle nous avions esté laissez, il se délibère de monter au plNote 44 · Note 762: (retour) L'Escoumin, ou les Escoumins.Note 45 · Note 763: (retour) L'île Rouge.Note 46 · Note 764: (retour) Le texte est ici conforme à celui de l'édition originale. Il paraît bien évident que l'imprimeur n'a pas compris le manusNote 47 · Revenons audit Emery, lequel après que Boullé fut party avec sa chalouppe, il leve l'ancre & met sous voiles pour gagner Québec au plustost,
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