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Les kolatiers & les noix de kola

TROISIÈME PARTIE.

Reading edition

Étude chimique et pharmacologique de la noix de Kola

CHAPITRE XI.

Composition chimique des noix de Kola.

La noix de Kola ne fut vraiment utilisée d’une façon courante en médecine européenne que depuis la communication de Heckel et Schlagdenhauffen[153] en 1883.

Les recherches chimiques concernant cette drogue sont donc relativement récentes, quoique très nombreuses. Jusqu’à ces dernières années, la composition du Kola fut l’objet de maintes dissertations scientifiques et même de discussions qui attestaient que cette question restait somme toute, fort mal connue.

La faute initiale en revient entièrement à Knebel[154], qui en donnant le nom de Kolanine à un produit extractif, amorphe et nullement défini, a faussé les connaissances de ses contemporains et paralysé l’effort de ceux que l’attrait de la recherche des composés actifs du Kola aurait poussés dans cette voie. Le travail si intéressant de Knox et Prescott[155] n’est pas même arrivé à détruire, dans l’esprit des pharmacologistes, l’impression causée par l’opinion si légèrement avancée par le chimiste allemand[156]. Il importe donc d’exposer rigoureusement l’histoire analytique des recherches chimiques publiées par les divers auteurs.

* * *

L’action physiologique de la noix de Kola, présentant quelques analogies avec celle du thé et du café, amena F. Daniell[157] à y rechercher la caféine et, le premier, il y caractérisa la présence de ce composé xanthique. Il put l’isoler par les procédés employés à cette époque, c’est-à-dire par décoction, précipitation des composés tanniques par l’acétate de plomb et élimination du plomb par l’hydrogène sulfuré. La solution obtenue évaporée donna des cristaux de caféine dont la présence fut confirmée peu après par Liebig[158].

Daniell remit, pour recherches analytiques plus complètes, des matériaux à J. Attfield[159], qui fit une analyse détaillée (voir tableau) des noix de Kola sèches, tout en regrettant de ne pouvoir étudier les noix fraiches dont la composition serait, dit-il, des plus intéressantes.

D’autres chimistes se sont également occupés de la composition centésimale de la noix de Kola ; ce sont tout d’abord Heckel et Schlagdenhauffen[160] (1884), puis Lascelles-Scott[161] (1886), Chodat et Chuit[162] (1888), Uffelmann et Bömer[163], Knox et Schlotterbeck[164] (1895), Kœnig[165] (1904).

Mais ces recherches ont eu surtout pour objectif une détermination quantitative des divers éléments signalés dans la noix de Kola sèche et malheureusement elles laissent beaucoup à désirer au point de vue de la détermination de la nature chronique de ces divers principes.

Par la seule inspection des tableaux ci-contre, on pourra se rendre compte des différences énormes qui existent entre les dosages effectués par les auteurs cités. C’est ainsi que des divergences très grandes peuvent être constatées dans la proportion des substances classées sous la rubrique gomme, sucre, etc. Il en est de même pour celles que ces chimistes ont désignées sous le nom de tanin, rouge de Kola, acide kolatannique.

Peut-être eût-il été préférable d’effectuer seulement des analyses qualitatives, qui eussent sans doute permis de connaître la nature exacte des composés avant de les doser en bloc sous une dénomination n’ayant aucune valeur scientifique.

Ces tableaux analytiques ne peuvent donc pas en général servir à établir des comparaisons réelles des résultats trouvés par les différents auteurs. En un mot, ils doivent se lire de haut en bas et non horizontalement, chaque analyse n’étant intéressante qu’individuellement. MM. Perrot et Goris ne les avaient groupées ainsi que pour mieux faire ressortir la nécessité d’études nouvelles en vue d’une meilleure connaissance des constituants chimiques complexes de la noix de Kola fraîche.

SUBSTANCES ATTFIELD (1864) HECKEL et SCHLAGDENH. (1884) LASCELLES-SCOTT (1886)

Eau 13,65 11,919 Soluble dans l’eau. 09,722

Cellulose 20, » 19,831 27,395

Cendres 03,20 3,395 04,718

Amidon 42,50 33,754 28,990 (amidon), 2,130 (mat. amylacée se colorant par l’iode.)

Gomme » 3,040 04,876

Matières protéiques 6,33 6,760 08,642

Matières colorantes » 2,565 03,670

Glucose, gomme, sucre et autres matières organiques 10,65 2,875 Soluble dans l’alcool. 03,312

Saccharose » » 00,612

Tanin » 1,620 01,204 (ac. kolatannique).

Rouge de Kola » 1,290 »

Huile fixe 0,585 Soluble dans le CHCI³ 00,734

Huile volatile 01,52 » 00,612

Caféine 02,13 2,346 02,710

Théobromine » 0,023 00,084

Azote total » » »

Matières extractives sans azote » » »

Matières azotées » » »

SUBSTANCES CHODAT et CHUIT (1888) UFFELMANN et BÖMER (1895) KNOX et SHLOTTER (1904) KŒNIG (1904)

Eau 11,59 13,35 06,30 12,22

Cellulose 08,67 07,01 » 07,85

Cendres 03,31 02,90 03,35 03,05

Amidon 46,73 45,44 35,26 43,83

Gomme » » » »

Matières protéiques 10,12 05,91 07,225 »

Matières colorantes » » » »

Glucose, gomme, sucre et autres matières organiques » traces 03,872 02,75

Saccharose » traces »

Tanin » » 03,15 03,42

Rouge de Kola » » » 01,25

Huile fixe 00,17 01,35 (extrait éthéré). 00,735 01,35 (extrait éthéré)

Huile volatile » 00,09

Caféine 1,69 à 2,34 } 2,08 01,83 02,16

Théobromine » 00,0357 00,0503

Azote total 02,19 01,53 01,675 »

Matières extractives sans azote » 18,21 » 15,06

Matières azotées » 09,56 » 09,22

L’examen de ces tableaux est très instructif, car les chiffres trouvés par ces différents auteurs variant dans d’assez grandes proportions en ce qui concerne les matières peu actives, telles que la cellulose, l’amidon ; sont, en revanche, sensiblement d’accord quant à la teneur en caféine et théobromine. Ces différences peuvent s’expliquer par l’emploi de méthodes de dosage variant avec les auteurs. La teneur en caféine et en théobromine ne varie jamais d’ailleurs dans de bien grandes limites, ainsi que le prouve cette série d’analyses de J. Jean[166] portant sur des semences d’origines différentes :

Caféine et théobromine Kolanine de Knebel

Noix de l’Inde 1,635 1,640

— du Congo 1,485 1,040

— du Congo A 1,170 1,250

— du Congo B 1,482 0,987

— fraîches (eau 57,35 %) 0,624 0,294

— séchées C 1,464 0,609

— — du Soudan 1,330 1,200

— — du Niger A 1,230 1,006

— — du Niger B 0,902 0,650

— — de Sierra-Léone A 2,273 1,175

— — de Sierra-Léone B 2,410 1,209

— avariées 2,170 0,435

— moisies 1,210 0,067

— moisies 2,029 0,131

— de la Côte d’Ivoire 1,864 1,300

Dohme et Engelhart[167] trouvent des résultats identiques en s’adressant à des noix de Kola d’Afrique et à des noix provenant d’arbres cultivés à la Jamaïque : 2,04 et 2,25 de caféine pour les noix d’Afrique ; 1,75 et 1,95 pour celles de la Jamaïque.

Thomson[168], à son tour, donne les résultats suivants :

Caféine par

H²O Tanin Cendres Chloroforme Ether Méthode Lloyd

Noix sèche 7,55 1,87 3,19 1,22 1,62 »

— sèche 6,95 1,86 3,20 1,84 1,96 1,73

— fraîche 56,65 2,85 3,66 0,59 0,80 »

— en partie sèche 38,50 2,47 3,66 1,08 1,46 1,46

Il n’en est pas de même de Bernegau[169] dont les analyses accusent des écarts assez forts :

Caféine

Botika 1,374

Mayumba Uyanga 1,724

Togo 2,16

Gold-Coast 1,60

Cameroun 0,70

La dessiccation et même la torréfaction amènent peu de changement dans la teneur en caféine, ainsi que le montre le tableau suivant extrait des recherches de Dieterich[170].

Fraiches Séchées Torréfiées

Caféine par éther 01,43 01,777 1,04

— chloroforme 01,15 01,76 1,35

Eau 57,29 13,86 4,42

Matières grasses 03,33 01,67 0,63

Cendres 01,56 02,50 3,86

Carbonate de potasse des cendres 47,55 % 45,55 % 49,16 %

M. Balland[171], pharmacien principal de l’armée, dont les travaux analytiques concernant de nombreuses denrées alimentaires sont bien connus, donne aussi une analyse du Kola, effectuée sur des noix provenant d’Alépé (Côte d’Ivoire) :

Etat normal Etat sec

Eau 011,70 000,00

Matières azotées 010,25 011,61

— grasses 001,25 001,41

— amylacées 064,60 073,16

Cellulose 008,90 010,08

Cendres 003,30 003,74

100,0» 100,0»

Teneur en caféine 002,75 003,11

Cet auteur, avec MM. Knox et Prescott, comme on le verra plus loin, signale une proportion de caféine considérable et dépassant de beaucoup les chiffres obtenus par tous les chimistes qui se sont occupés de cette question ; il est impossible de fournir une explication satisfaisante de cette divergence. Nous nous contentons d’exposer les faits.

Cette teneur en caféine, théobromine et tanin dans les diverses espèces de Kola arrivant sur les marchés, C. acuminata R. Br., et C. Ballayi Cornu[172], a été étudiée par O. Topping[173], qui résume ses recherches dans le tableau suivant :

Alcaloïde total Caféine Théobromine Tanin

C. acuminata 2 cotylédons 1,424 1,384 0,0354 1,226

2 cotylédons 1,123 1,094 0,02805 0,817

C. Ballayi 5 cotylédons 1,240 1,0208 0,0309 3,26

5 cotylédons 0,841 0,8205 0,0209 4,07

5 cotylédons 1,305 1,3508 0,0346 3,27

Des recherches identiques de Knox et Prescott[174] sur la teneur des Kolas frais en caféine libre et combinée ont donné les résultats suivants :

Eau Alcaloïde libre Alcaloïde combiné Total

Kola sec 06,16 1,840 1,820 3,660

Kolas frais, rouges et blancs 53,90 1,158 1,920 3,078

Kolas frais blancs 51,20 1,180 2,085 3,265

Kolas frais rouges 57,20 1,120 1,625 2,745

Kolas frais, blancs et rouges, mais moisis 53,90 1,235 1,854 3,089

L’un de nous a également, depuis quelques années, effectué dans son Laboratoire un certain nombre de dosages de caféine sur des échantillons frais ou secs, d’origines les plus diverses ; en voici les principaux résultats :

Dosages de caféine dans les noix de Kola

(Laboratoire de Pharmacognosie de l’Ecole supérieure de Pharmacie).

Caféine p. 100. de noix sèche

Noix à deux cotylédons (C. nitida et variétés). Kola sauvage de la Côte d’Ivoire (C.rubra) (Envoi Aug. Chevalier) 2,285

Kola rose du Sassandra (C. pallida). (Envoi Schiffer). 1er échantillon 1,460

2e — 1,530

Kola de Madagascar (en moyenne) 1,700

Kola de Java 1er échantillon 1,700

2e — 1,550

3e — 1,590

Kola de la Guadeloupe 1,750

Kola de la Jamaïque 1,580

Noix à plus de deux cotylédons Kola du Congo (Impfondo) (C. Ballayi). (Envoi Baudon). 1er échantillon 1,530

2e — 1,210

Kola du Dahomey (C. acuminata) (Envoi du cap. Courtet). 1,420

Kola mucilagineux du Dahomey (C. verticillata). (Envois Savariau et Noury). 1er échantillon 1,100

2e — 1,130

Les cendres n’ont été analysées que par Heckel et Schlagdenhauffen[175] et par Chodat et Chuit[176] ; les résultats sont peu concordants en ce qui concerne la teneur en base alcaline et alcalino-terreuse.

Analyse des Cendres (Heckel et Schlagdenhauffen.)

Cendres solubles : 2,720 Acide phosphorique 0,386

— sulfurique 0,175

Chlore 0,165

CO² 0,014

Potassium 0,008

Sodium 1,972

Total 2,720

Cendres insolubles : 0,605 Acide phosphorique 0,015

— sulfurique 0,002

Silice 0,004

CO² 0,282

Calcium 0,302

Total : 3,325 Total 0,605

Ce qui fait en ramenant à 100 :

Acide phosphorique 12,05

— sulfurique 5,30

Chlore 4,90

CO² 8,90

Potassium 0,24

Silice 0,12

Calcium 9,10

Sodium 59,40

Total 100,01

Analyses de MM. Chodat et Chuit :

Acide phosphorique 14,62

— sulfurique 8,50

Chlore 1,30

CO² 8,75

Potassium 54,96

Silice 1,07

Calcium traces

Sodium 0

Magnésie 8,54

Oxyde de manganèse 1,29

Oxyde de fer 1,38

Total 100,41

Dans la plupart des travaux, les auteurs ont eu surtout en vue la composition centésimale de la noix de Kola, sans se préoccuper de la recherche des principes actifs autres que les composés caféiniques. En effet, alors que chacun de ces auteurs reconnaît que les noix fraîches ont une activité physiologique différente de celle des noix sèches, presque tous attribuent cette action à la Kolanine (rouge de Kola), qui cependant est un principe, non défini, extrait des noix sèches.

Dans les travaux de Waage[177], Kilmer[178], Poskin[179], Dieterich[180], O. Schumm[181], Thoms[182], Schurmayer[183], Warin[184], nous n’avons guère à relever de faits intéressant la composition chimique du Kola. Notons cependant l’opinion de Waage, qui dit, sans le prouver toutefois, que les noix cultivées seraient meilleures que les noix sauvages, et celle de Poskin prétendant que le goût des noix de Kola fraîches est plus agréable lorsque les nègres les ont enterrées trois semaines à la façon du cacao.

* * *

Après avoir ainsi passé en revue tous les travaux analytiques concernant la noix de Kola, examinons plus spécialement les recherches qui ont eu pour but l’extraction des principes actifs de cette drogue.

Attfield fut donc le premier qui en isola la caféine ; Heckel et Schlagdenhauffen, dans leur analyse centésimale, signalent la présence de théobromine. Ce sont les deux seuls corps cristallisés dont la présence fut affirmée jusqu’en 1906.

Il est toutefois à noter que la présence des bases xanthiques a été également signalée dans les feuilles par J. Dekker[185], contrairement à l’opinion émise par Heckel et Schlagdenhauffen (loc. cit., p. 294). Le savant allemand trouve 0,049 % de caféine et 0,101 % de théobromine dans les feuilles jeunes, c’est-à-dire une plus grande proportion de cette dernière base que celle trouvée dans les cotylédons.

Les feuilles âgées ne renferment que des traces de bases xanthiques.

Au cours de leurs recherches, Heckel et Schlagdenhauffen ont également fait mention d’un corps spécial qu’ils désignent sous le nom de rouge de Kola. Il n’est pas inutile de reproduire in extenso la partie de ce travail consacrée à l’extraction de ce composé, à qui l’on attribua pendant longtemps un rôle important dans l’action thérapeutique du Kola.

« En épuisant la poudre de Kola par l’alcool à chaud, on obtient un liquide qui ne fournit que 6 % d’extrait sec. Cet extrait est jaune-clair et renferme une grande quantité de tanin ainsi que des matières grasses et résineuses jaunes. Quand on reprend par l’eau cet extrait alcoolique, on perçoit une odeur très agréable qui rappelle celle du cacao ; la caféine se dissout, et le mélange des matières grasses et résineuses surnage. En traitant ce résidu un grand nombre de fois par l’eau bouillante et en le desséchant au bain-marie, il finit par se réduire en une masse sèche et friable presque insoluble dans le chloroforme, soluble entièrement dans l’alcool et la potasse, qu’elle colore en rouge vif. Soumise à l’action de la chaleur, cette substance laisse dégager des vapeurs empyreumatiques et fournit dans la partie refroidie du tube dans lequel se fait l’essai une abondante cristallisation d’aiguilles de caféine. D’un autre côté, en la traitant par la potasse caustique, on obtient un liquide rouge intense comme avec le tanin. On serait donc tenté de conclure à la présence de caféine, mais il n’en est rien, car l’alcaloïde n’existe que dans la noix de Kola à l’état de combinaison, ainsi que nous le verrons plus tard ; il s’y trouve à l’état de liberté. De ce que les aiguilles de caféine se subliment dans ces conditions, il faut en conclure que l’alcaloïde est retenu mécaniquement par cette matière résineuse. Celle-ci, sans aucun doute, n’est autre chose qu’un produit d’oxydation du tanin et présente la plus grande analogie avec le rouge cinchonique ; nous donnons à ce composé particulier le nom de rouge de Kola et nous indiquons plus loin en quelle proportion il existe dans la graine. »

Plus loin, en effet, MM. Heckel et Schlagdenhauffen[186] reviennent sur le mode de préparation.

Ils épuisent tout d’abord la poudre par le chloroforme, puis après s’être assurés que cette poudre ne cédait plus rien à ce dissolvant, ils l’ont épuisée avec de l’alcool.

La solution alcoolique obtenue est évaporée en consistance d’extrait et reprise par l’eau bouillante qui la dissout presque en totalité, mais abandonne par le refroidissement une grande quantité de flocons bruns (qui constituent le rouge du Kola). La liqueur surnageante renferme du glucose, une petite quantité de sels fixes et un tanin de nature particulière dont l’auteur étudie l’action sur les réactifs des tanins.

« Les flocons bruns qui se déposent par le refroidissement semblent être un produit d’oxydation de tanin et présentent les plus grandes analogies avec le rouge cinchonique. Cette poudre soumise à la dessiccation, se présente sous la forme d’une masse brillante presque noire. Elle est très soluble dans l’alcool, la potasse caustique, la soude caustique et l’ammoniaque. Les solutions alcalines sont brun-rouge ; mais chauffées au bain-marie, elles affectent une couleur rouge-sang. Leur solution alcoolique n’agit pas sur les sels ferriques, mais elle est précipitée en totalité par l’acétate de plomb.

« Pour purifier la substance, nous la dissolvons dans la potasse et nous la précipitons de nouveau par l’acide chlorhydrique faible. Préparée de la sorte et chauffée dans un tube à essai, elle fournit une huile empyreumatique qui se solidifie au bout d’un certain temps sous forme de tables aplaties : On ne reconnait pas trace de caféine dans le produit de la sublimation, elle se comporte donc d’une manière différente de celle du produit brut dont il a été question plus haut.

« Nous donnons à ce composé le nom de Rouge de Kola pour le distinguer de la matière colorante rouge qui est mélangée au ligneux et qu’on ne parvient pas à extraire, même au bout de trois fois vingt-quatre heures, à l’aide de l’alcool bouillant. Ce rouge de Kola renferme une petite quantité de matières grasses que l’on peut enlever par le chloroforme, l’éther ou le sulfure de carbone, après avoir préalablement desséché la matière. L’extrait alcoolique réduit la liqueur cupro-potassique d’une manière notable, « ce qui indique par conséquent la présence d’une certaine quantité de glucose. »

Il est bon de faire remarquer que MM. Heckel et Schlagdenhauffen auraient dû pour cette recherche, déféquer la liqueur, car le rouge de Kola, qui est du groupe des tanins, pouvait de lui-même réduire la liqueur de Fehling. Or, en aucun endroit de cette partie de leur travail consacré au rouge de Kola, ces deux savants ne font allusion à la présence possible de caféine ; ils font même remarquer, au contraire, que le composé obtenu est différent de celui qu’on isole par sublimation et qui, dans leurs premiers essais leur avait donné de la caféïne. Nous verrons tout à l’heure comment Heckel est revenu sur son idée après le travail de Knebel[187].

Quelques années plus tard, Knebel retira du Kola le même produit que Heckel[188] et Schlagdenhauffen et le considéra comme un glucoside de la caféïne. Voici textuellement sa méthode d’extraction :

« La matière finement pulvérisée était d’abord complètement épuisée avec de l’éther qui enlève la matière grasse, la caféine et la théobromine ; on épuise ensuite avec de l’alcool ; la solution alcoolique filtrée est distillée dans le vide jusqu’à siccité. Le produit ainsi obtenu, mélange de rouge de Kola, d’acide tannique, de sucre et de sels, est dissous dans de l’eau additionnée d’un peu de lessive de soude ; on filtre et on précipite par l’acide chlorhydrique. Le précipité est recueilli après filtration, redissous à nouveau dans l’eau alcaline et reprécipité à nouveau. On le sèche finalement sur l’acide sulfurique. »

Pour obtenir ce produit encore plus pur, Knebel emploie la méthode suivante un peu différente :

« La poudre de Kola est épuisée directement par de l’alcool. La solution alcoolique est filtrée, puis distillée dans le vide et évaporée à siccité, on épuise l’extrait par le chloroforme dans un appareil Soxhlet. Le résidu ainsi débarrassé de la caféïne libre est mélangé avec du sable et épuisé avec de l’eau jusqu’à ce que l’eau passe colorée, ce qui a pour but d’enlever le tanin, les matières colorantes, le glucose, les sels ; on épuise ensuite à l’alcool et on évapore à siccité ; on obtient ainsi la Kolanine absolument pure, car dans le premier cas les traitements à l’eau alcaline l’altèrent un peu » (Knebel).

La matière ainsi obtenue (rouge de Kola de Heckel), analogue au rouge cinchonique, est une poudre rouge-brune, amorphe, d’une saveur amère, à peine soluble dans l’eau froide, très peu dans l’eau bouillante, et s’agglomérant pour former une masse résineuse à cassure brillante. En la chauffant fortement il se sublime de la caféine. Knebel admet que cette caféine n’est pas entrainée lors de la précipitation par l’eau, mais forme un composé très stable. Ce composé serait formé de caféïne, glucose et rouge de Kola et constituerait un glucoside que Knebel appelle Kolanine. Le dédoublement de ce composé serait très difficile, on ne pourrait l’obtenir complètement ni par l’eau bouillante, ni par les acides dilués même après plusieurs jours d’ébullition. Il n’y aurait que l’acide sulfurique à 20 % qui puisse décomposer le glucoside après quatre heures d’ébullition. Du produit de dédoublement, l’auteur a pu séparer la caféine, puis le sucre sous forme de poudre blanche, en l’extrayant au moyen de l’alcool méthylique et le précipitant par l’éther. La poudre blanche ainsi obtenue était en faible quantité, mais suffisante d’après Knebel, pour la caractériser comme du glucose.

L’action du chlorure d’acétyle a pour effet de séparer la caféine du rouge de Kola et de former avec ce dernier un dérivé pentacétylé non cristallisé.

Ce rouge de Kola provenant du dédoublement de la Kolanine aurait pour formule C14H13(OH)5 ; fondu avec les alcalis, il donnerait de l’acide protocatéchique. L’oxydation par le permanganate de potasse donne une masse noirâtre qui n’a pas été examinée ; avec l’acide azotique, on obtient de l’acide oxalique.

Pour Knebel, l’identité chimique de la Kolanine ne fait aucun doute, c’est un corps glucosidique se dédoublant d’après l’équation suivante :

Kolanine (rouge de Kola de Heckel + H2O = caféine + glucose + rouge de Kola).

Un ferment existant dans la noix aurait la propriété de provoquer ce dédoublement. Cette opinion est défendue par Schweitzer[189], qui montre que les proportions de caféine et de glucose dans la Kolanine sont en proportions simples et que pour une molécule de caféine et de rouge de Kola, il y a trois molécules de glucose. Il donne à la Kolanine la formule suivante : C40H56N4O21.

se dédoublant comme suit :

(C40H56N4O21 + 4H2O = 3C6H12O6 + C14H13 (OH)5 + C8H10N4O2).

Aussitôt après l’apparition des travaux de Knebel, Heckel reprit la question et admit que la Kolanine de Knebel était bien son rouge de Kola, et que le dédoublement lent par les acides, tels les acides du suc gastrique, devait produire dans l’estomac une certaine quantité de caféine à l’état naissant. Alors qu’il avait écrit quelques années auparavant : « Ce rouge de Kola est un principe mal connu comme fonction chimique, mais d’une préparation facile, il peut être rapproché du rouge cinchonique... » ; il est grand dommage, d’après l’avis de MM. Perrot et Goris, — sans que cela constitue le moindre reproche pour le savant professeur, — que Heckel[190] n’ait pas soumis le travail de Knebel à un examen plus approfondi. Le corps obtenu par Knebel n’était pas cristallisé, donc pas défini ; la présence de glucose, ainsi que l’a fort bien établi Carles[191], n’était pas suffisamment démontrée, et Heckel pouvait aussi bien conclure que le corps trouvé par Knebel n’était en rien différent de son rouge de Kola. Il n’y avait entre les deux travaux qu’une simple différence : Heckel croyait la caféine entraînée lors de la précipitation, tandis que Knebel affirmait qu’elle existait sous forme de combinaison chimique. Dans la Kolanine ou le rouge de Kola, la caféine est fortement retenue, puisque, seule, l’action prolongée des acides peut la séparer, mais de là à conclure à la présence d’un composé chimique scientifiquement établi, il y a loin. La dénomination rouge de Kola donné par Heckel, sans préjuger de rien, était moins prétentieuse que celle de Kolanine, et, tout en exprimant le même fait, la première au moins, n’avait pas l’inconvénient de faire croire à l’existence d’un composé bien défini.

Cette Kolanine de Knebel[192] a de suite été industrialisée et mise sous forme de pastilles de 0 gr. 20 de kolanine, par la maison Krewel et Cie, de Cologne.

G. François, en 1897[193], montra que, contrairement à l’opinion de Knebel, les noix séchées, c’est-à-dire oxydées, n’étaient pas plus riches en principes actifs que les noix fraîches. D’un autre côté, l’individualité chimique de la kolanine fut mise en doute par Knox et Prescott[194], puis par Dieterich[195], qui prétendit même que le produit de Knebel n’était qu’un mélange des principes actifs de la noix de Kola. Ces critiques obligèrent Krewel et Cie[196] à défendre leur produit ; mais cependant ils avouent : « qu’à cause du dédoublement facile de la kolanine, Knebel renonce à donner la description de la kolanine pure et se contente d’obtenir par sa méthode, une kolanine brute qui contient de 80 à 90 % de kolanine pure ».

Une méthode de préparation de la kolanine a été également indiquée par J. Jean[197] ; c’est à elle que Dieterich[198] et Bernegau[199] ont recours pour le dosage de ce produit. « Après avoir épuisé par le chloroforme le mélange de poudre de Kola et de chaux, dans le but d’extraire la caféine et la théobromine, la poudre de Kola est épuisée dans un appareil Soxhlet par l’alcool à 90°. L’alcool dissout la totalité de la kolanine, le tanin et la matière colorante. Pour séparer ces dernières matières de la kolanine, l’alcool est évaporé au bain-marie et le résidu est repris par l’eau distillée bouillante, qui dissout le tanin et la matière colorante. On filtre : la kolanine insoluble reste sur le filtre ; on lave à l’eau chaude. Le filtre est ensuite séché et pesé ».

M. Carles[200] donne un procédé un peu différent : « Pour doser la kolanine dans une graine de Kola ou dans un extrait, on épuise cette graine ou cet extrait par l’eau distillée froide et on continue séparément avec de l’alcool à 70°. L’extrait alcoolique obtenu, lavé de nouveau à l’eau froide, laissera la kolanine brute insoluble ; on devra la dessécher à une douce chaleur jusqu’à poids constant avant de fixer son poids, pour y doser les alcaloïdes, on pèse 1 gr. de chaux éteinte et 3 gr. de carbonate de chaux, on triture avec une trace d’alcool, on dessèche et on épuise au chloroforme alcoolisé d’après la méthode indiquée par l’auteur ».

La kolanine purifiée se présente sous l’aspect d’une substance d’un brun noir amorphe, à reflets brillants, susceptible de fondre à 50°-60° quand elle est humide. Carles[201] se refuse à voir en cette substance un glucoside, et, dit-il, « chaque fois que nous avons agi sur une kolanine purifiée, renfermant de 14 à 20 % d’alcaloïdes, ces alcaloïdes ont bien été séparés par les acides chlorhydrique et sulfurique étendus, avec une merveilleuse blancheur, mais dans la liqueur saturée par la baryte et déféquée par l’acétate basique de plomb, nous n’avons jamais pu déceler, par les moyens ordinaires, aucune trace de glucose ».

La kolanine ne semblerait pas exister dans la noix fraîche et ne prendrait naissance que par dessiccation, sous l’action d’un ferment oxydant (koloxydase).

Le produit comparable de la noix fraiche serait la kolanine vraie, ou rouge kolanique soluble, qui, par oxydation se transformerait en un produit insoluble (kolanine Knebel, rouge de Kola Heckel), produit mort, pathologique et inactif. Cette dernière hypothèse, émise par le pharmacologiste bordelais, a le grand tort de ne pas s’appuyer sur des expériences chimiques et physiologiques précises qui en augmenteraient la valeur.

Outre l’exploitation de la kolanine par la maison Krewel de Cologne, d’autres brevets concernant le rouge de Kola furent pris en Allemagne. Citons celui-ci, pris en 1892, qui visait un procédé spécial d’extraction des substances utiles de la noix de Kola[202]. Il consiste dans les opérations suivantes :

1o On broie à la meule, en évitant le contact des objets de fer, la noix de Kola fraiche et triée, juteuse et colorée ; on obtient un suc rouge trouble et une masse grossièrement concassée que l’on traite dans un appareil à déplacement par l’alcool à 93 %. Après distillation du solvant, il reste un extrait rouge foncé, d’où il se sépare par refroidissement une masse résineuse qui constitue le rouge de Kola. On le purifie par extraction successive au chloroforme, à l’éther, et enfin à l’eau bouillante. Les extraits chloroformiques et éthérés sont traités suivant le paragraphe 2.

Le rouge de Kola ainsi obtenu est exempt de caféine, de théobromine, de tanin, de substances grasses ou cireuses, etc., il est insoluble dans l’eau, l’éther et le chloroforme, neutre aux réactifs colorés, indifférent aux acides étendus, et soluble dans l’alcool seulement en une belle couleur rouge.

2o Le suc obtenu lors du broyage est mis à digérer avec l’éther pendant plusieurs jours ; on agite et on sépare l’éther que l’on distille. Il abandonne une cire que l’on ajoute à celle obtenue par l’évaporation des extraits chloroformiques et éthérés, et une matière colorante jaune que l’on dissout dans l’eau. Elle possède l’odeur, la saveur et le bouquet de la noix de Kola fraiche.

3o L’extrait rouge foncé du paragraphe 1er, d’où s’est séparé le rouge de Kola, est clarifié par filtration, puis évaporé en consistance d’extrait. Il renferme la caféine et la théobromine. Le reste de ces substances s’obtient en traitant par l’eau bouillante le résidu du traitement à l’alcool du no 1.

4o En distillant à la vapeur d’eau la noix de Kola fraiche, on obtient une eau distillée, sur laquelle nage une mince couche huileuse, l’essence de Kola. Cette huile essentielle rappelle par son odeur et son goût l’odeur de l’essence de Sassafras.

Bernegau[203], qui, à son tour industrialisa ses recherches, compléta toutes ses publications par la prise d’un brevet pour l’obtention d’un produit qui serait employé avec les aliments tels que le lait, les jaunes d’œufs, le cacao à titre d’excitant et aussi comme médicament et matière colorante. Il obtient ce produit « en traitant les noix de Kola une heure à l’eau bouillante, séchant et pulvérisant le produit. Le produit est épuisé à l’alcool à 90° jusqu’à épuisement complet. Le rouge de Kola ainsi obtenu est sirupeux et de couleur rubis, soluble dans un peu d’eau, d’alcool et la glycérine »[204].

Beaucoup d’auteurs, et en particulier Siedler[205], n’ont guère cru à l’utilité et à l’emploi de la Kola Bernegau comme aliment.

Toutes les recherches que nous venons de signaler ont été faites en opérant sur la noix de Kola sèche, ou bien encore sur la noix fraiche, sans tenir compte de l’action oxydante d’un ferment existant dans la noix et agissant sur les composés chimiques qui y sont contenus.

En 1896, Bourquelot[206] attirait incidemment l’attention sur l’action de la Koloxydase et montrait qu’en opérant de façon à détruire celle-ci par l’action de l’alcool bouillant on pouvait obtenir un extrait blanc de Kola, que M. Choay prépara également plus tard, en s’inspirant des mêmes principes.

Cette diastase oxydante n’est d’ailleurs pas la seule dont on ait signalé la présence dans la noix de Kola, car M. Mastbaum[207] a trouvé une enzyme dédoublant les graisses, qui se distingue des lipases végétales décrites jusqu’ici, par ce fait, que les acides dilués et même l’eau seule entravant considérablement son action en la détruisant complètement.

Knox et Prescott[208], l’année suivante, opéraient d’une façon identique, employant l’alcool bouillant pour détruire l’oxydase, ce qui permettait de traiter ensuite plus facilement la noix de Kola. Ils retirèrent ainsi de la noix fraiche un composé tannique qu’ils appelèrent Kolatanin. Leur mode d’extraction est le suivant :

« Les noix de Kola fraiches sont coupées et jetées dans l’alcool bouillant, où on les maintient pendant quelque temps. On sèche dans une étuve et on pulvérise. On épuise ensuite avec de l’alcool à 50°. Les liquides alcooliques sont distillés dans le vide pour chasser l’alcool ; on filtre.

« Le résidu insoluble est surtout constitué par du kolatanate de caféine. La solution renferme : caféine, théobromine, kolatanin, kolatanate de caféine, matières grasses, glucose et matières colorantes provenant de la transformation du tanin pendant la distillation de l’alcool. On ajoute du chlorure de sodium à saturation, ce qui fait précipiter le kolatanate de caféine. Le résidu sirupeux rouge introduit dans une ampoule est agité avec du chloroforme qui enlève caféine et matières grasses ; on épuise ensuite à l’éther. Le kolatanin étant insoluble dans le chloroforme et l’éther, il s’enlève peu de ce produit. On agite enfin avec de l’éther acétique à de nombreuses reprises. On réunit les liquides éthérés et on distille sous pression réduite.

« Le tanin obtenu est poreux, blanc rosé, très friable et facilement soluble dans l’eau. On y ajoute une solution de NaCl et on reprend par l’éther acétique. On répète plusieurs fois ce traitement ; finalement l’éther acétique étant distillé complètement, on reprend la masse de kolatanin par l’éther et on le distille dans le vide. Le résidu est séché dans le vide sulfurique ».

Le kolatanin est une poudre crême légèrement rosée, complètement soluble dans l’eau, l’alcool, l’acétone, l’éther acétique, légèrement soluble dans l’éther, insoluble dans le chloroforme et la benzine. Il aurait pour formule C16H20O8. Il colore en vert l’acétate ferrique, précipite en brun le bichromate de potasse, en blanc la quinine ; l’acétate de plomb ne précipite ni l’émétique, ni l’albumine. Avec le chlore et le brome, il donne des précipités blancs ou légèrement jaunes ; avec la formaldéhyde, en présence d’acide chlorydrique comme agent de condensation, il donne un précipité rose devenant rouge. Ces réactions font que ce composé s’éloigne de l’acide gallotanique pour se rapprocher plutôt du tanin de chêne.

Par ébullition avec HCl ou SO4H2 dilué, il se forme un précipité rouge devenant peu à peu noir ; l’analyse montre qu’il ne se forme pas là un composé défini ; il ne renferme pas de glucose. En chauffant le kolatanin dans l’eau à des températures différentes et supérieures à 100°, on obtient une série d’anhydrides.

MM. Knox et Prescott ont fait également avec ce corps une série de composés de substitution, tels que les dérivés acétylés et bromés nombreux, et des dérivés à la fois acétylés et bromés (Pentacétylkolatanin, Hexabromokolatanin, Pentacétyl-pentabromokolatanin, etc.).

Fondu avec les alcalis, ce tanin donne de la phloroglucine et de l’acide protocatéchique.

Pour expliquer ce dédoublement et ses nombreux composés, les auteurs admettent la formule suivante :

[Formule chimique]
[Formule chimique]

qui en ferait un dérivé hydro-benzénique : ce serait un éther de l’acide monométhyltrihydroxydihydrobenzoïque, éthérifié avec un monométhylméthoxydihydrotriphénol.

Malheureusement, tous ces dérivés bromés, acétylés, ainsi que le kolatanin lui-même, ne sont pas cristallisés, et sont d’un intérêt bien limité. Les auteurs n’ont eu entre les mains qu’un mélange de composés taniques, parmi lesquels se trouvait très probablement en grande quantité le corps retiré en 1907, par A. Goris[209], dans le laboratoire de l’un de nous et nommé Kolatine.

Enfin MM. Chevrotier et Vigne, quelques mois après cette découverte, ont prétendu avoir extrait de la noix de Kola, un tannoglucoside, au moyen de l’éther acétique[210]. Ils avouent n’avoir pu retirer le corps signalé par A. Goris ; cependant l’étude faite par ce dernier du tannoglucoside en question, ne permet pas de le considérer comme autre chose qu’un extrait obtenu par une méthode spéciale et renfermant une assez grande proportion de cette kolatine, dont il convient de rappeler la préparation et les caractères chimiques.

Extraction de la Kolatine (Goris).

1o Préparation de la matière première. — Au début de son travail, l’auteur insiste sur ce point, qu’il est indispensable pour ces recherches d’avoir constamment à sa disposition des noix fraîches ou traitées de telle façon que le principe actif ne s’y trouve pas altéré. Il a donc tout d’abord essayé de conserver les noix fraîches pendant un certain laps de temps et de la façon suivante.

Conservation. — Les noix de Kola, exemptes de toutes traces d’altération sont déposées par couches dans des boites en fer blanc de la contenance de 500 à 1.000 gr. que l’on garde dans un endroit sec. Ces graines peuvent ainsi se conserver un laps de temps variable (deux, trois et même quatre mois), pendant lequel on vérifie leur état tous les 4 ou 5 semaines, en ayant soin d’enlever les noix qui commencent à se tacher.

Dans ces conditions d’obscurité, la graine continue à vivre ; elle absorbe l’oxygène de l’air et exhale de l’acide carbonique qui s’accumule dans la boite et ralentit encore la vitalité de ces graines.

A la lumière, dans des flacons de verre bouchés, par exemple, les résultats sont moins bons. Il y a bien, comme précédemment, absorption d’oxygène et mise en liberté d’acide carbonique, mais peu à peu le gaz carbonique est absorbé, et les cotylédons ne tardent pas à verdir.

Lorsque les graines ainsi conservées sont près de mourir, leur transpiration est énorme et les parois des vases ruissellent d’eau ; la mort arrive alors très rapidement, et avec elle apparaît immédiatement la couleur rouge rouille caractéristique des noix de Kola sèches.

Ce mode de conservation n’est pas sans présenter quelques aléas dans la réussite ; de semblables recherches ne pouvaient être poursuivies avec fruit qu’à la condition d’être sûr du réapprovisionnement en noix fraîches, à moins de trouver un procédé amenant leur dessiccation sans ce que ce phénomène fut accompagné d’aucune transformation chimique, ce qui pouvait sans doute être obtenu en détruisant les ferments de la graine. A cette époque, une seule méthode avait été préconisée qui reposait sur l’emploi de l’alcool bouillant, décrite par Bourquelot, puis Knox et Prescott.

Procédé à l’alcool bouillant. — Ce procédé bien connu consiste à laisser tomber les noix de Kola coupées au fur et à mesure dans l’alcool à 95° bouillant.

Mais il n’est pas sans offrir dans la pratique divers inconvénients :

1o la noix de Kola renfermant 50 à 60 % d’eau, le titre de l’alcool se trouve très vite considérablement diminué et on ne saurait atteindre le but poursuivi en opérant en milieu trop aqueux ;

2o ce traitement préalable à l’alcool bouillant crée de nombreuses difficultés quand on veut par la suite faire agir sur les noix de Kola d’autres solvants tels que chloroforme, éther, acétone, éther acétique, etc., car l’alcool a évidemment enlevé aux semences une partie des principes qui y sont solubles.

Il était donc absolument indispensable de trouver une autre méthode et M. Goris pensa dès lors au procédé classique de stérilisation.

Stérilisation (Procédé Goris et Arnould). — Le procédé consiste à détruire, par la chaleur au moyen de l’autoclave, la koloxydase, aussi bien d’ailleurs que les autres ferments qui peuvent exister dans la noix.

Pour cela, les noix de Kola entières et ouvertes (ce qui s’obtient facilement, sans froisser les tissus, en introduisant un petit coin de bois dans la fente cotylédonaire), sont disposées par couches de faible épaisseur dans des paniers en fil métallique. On chauffe un autoclave à 100°, et on laisse fluer abondamment la vapeur. On y introduit alors les paniers, et le couvercle étant revissé, on purge l’appareil d’air[211].

On élève la température à 110°, et, on la maintient pendant 5 à 10 minutes, suivant la quantité de graines introduite. La stérilisation terminée, on retire les noix, on les coupe en menus fragments, qu’il ne reste plus qu’à faire sécher à l’air libre ou à l’étuve. Les noix primitivement blanches gardent cette couleur ; leur surface externe seule est devenue faiblement roussâtre, les noix rouges, au contraire, changent de teinte et deviennent violettes.

Il est indispensable d’effectuer ces opérations très rapidement et d’introduire les noix de Kola dans l’autoclave préalablement chauffé à 100° ; Pour que l’oxydase ne puisse agir, il faut que la température des noix passe rapidement de la température ordinaire, à celle de 70° ; quand la température est de 110° à la surface des graines, elle ne dépasse probablement pas 70 à 80° à l’intérieur des cotylédons ; en tout cas, les principes actifs de la noix de Kola fraîche ne se trouvent pas altérés. C’est avec des noix ainsi stérilisées, que A. Goris a pu préparer, avec aussi bon rendement que par le procédé à l’alcool bouillant, la Kolatine, principe cependant très altérable.

A l’aide de ces noix stérilisées, on peut obtenir une poudre blanchâtre avec les noix blanches, ou rouge violacée avec les noix rouges, mais de conservation indéfinie et constituant une matière première toujours à la disposition du chimiste ou de l’industriel à toute époque de l’année et qui de plus, possède l’avantage de présenter une composition invariable, ce qui ne saurait être assuré par aucun autre procédé de conservation.

Extraction de la Kolatine. — Cette substance fut tout d’abord obtenue par Goris, en traitant les noix de Kola fraîches par l’alcool bouillant, mais l’auteur abandonna presque aussitôt ce procédé, pour des raisons que nous venons d’exprimer et préféra se servir de la poudre de Kola frais stérilisé.

Celle-ci est épuisée par de l’alcool à 80° à chaud, ou mieux encore à froid par lixiviation et, les solutions alcooliques filtrées, distillées dans un courant d’Hydrogène jusqu’à consistance sirupeuse, sans addition de carbonate de chaux (les rendements étant meilleurs en gardant l’acidité naturelle des liqueurs alcooliques) fournissent une colature qu’on introduit alors dans une ampoule à décantation avec du chloroforme. Ce solvant dissout la caféine à l’état libre et une substance résineuse qui nuit à la cristallisation du corps que l’on veut obtenir. On décante et on continue les épuisements jusqu’à ce que le chloroforme ne se colore plus en jaune, ce qui demande trois ou quatre opérations. Finalement on laisse un excès de chloroforme en contact avec la colature et on abandonne le tout au frais. Au bout d’un nombre de jours variable, des cristaux apparaissent dans le liquide sirupeux qui, très rapidement alors, se prend en une masse blanchâtre cristalline. On filtre à la trompe et on lave avec de l’eau légèrement alcoolisée. Le gâteau blanchâtre de cristaux, après dessiccation dans le vide sulfurique, et pulvérisation, épuisé à plusieurs reprises par le chloroforme bouillant, qui enlève très peu de caféine. On le redissout ensuite au bain-marie dans de l’alcool à 30° et on abandonne à la cristallisation sous la cloche sulfurique.

Ce corps blanc cristallisé est une combinaison faible de caféine et de kolatine, désignée sous le nom de kolatine-caféine. Pour en extraire la kolatine, on le dissout, à chaud, dans une petite quantité d’eau, et on épuise ensuite en milieu aqueux par du chloroforme jusqu’à ce que ce dernier n’enlève plus trace de caféine. La solution aqueuse placée dans le vide sulfurique, ne tarde pas à donner des cristaux de Kolatine.

Purification. — On traite la kolatine à purifier par de l’éther rectifié du commerce, qui la dissout, et il reste, à l’état insoluble, avec les impuretés, un autre corps cristallin.

La solution éthérée de kolatine est distillée au Bain-Marie en ayant soin de ne pas aller jusqu’à l’évaporation complète, qui est terminée à l’air libre sans chauffer. On reprend le résidu éthéré par l’eau faiblement alcoolisée et on abandonne à la cristallisation sous la cloche à vide sulfurique. On obtient ainsi la kolatine très pure, que l’on sépare et sèche dans le vide le plus rapidement possible, car humide, elle s’oxyde assez facilement en donnant un rouge phlobaphémique (rouge de Kola).

Propriétés de la Kolatine.

La Kolatine est un composé de formule C8H8O4, elle cristallise en aiguilles prismatiques fragiles. Elle est assez peu soluble dans l’eau, d’autant moins soluble qu’elle est plus pure. Très soluble dans les alcools méthylique et éthylique, l’acide acétique, l’acétone, extrêmement peu soluble dans l’éther, pratiquement insoluble dans la benzine, le chloroforme, la ligroine.

Elle fond à 148° (fusion instantanée au Bloc Maquenne) ; elle ne possède pas de pouvoir rotatoire. Elle est très difficile à purifier, car aucun dissolvant saturé à chaud ne donne la Kolatine par refroidissement et de plus elle reste facilement en saturation.

Par le perchlorure de fer, elle fournit une coloration vert émeraude devenant rouge par l’ammoniaque ou la soude et violette par le carbonate de soude ; cette coloration est identique à celle que donnent les dérivés pyrocatéchiques.

Ce corps n’est pas acide, il ne décompose pas le bicarbonate de potasse en solution, et cependant sa solution aqueuse colore très faiblement le papier bleu de tournesol. Il réduit à froid et complètement le nitrate d’argent ammoniacal ; il réduit également la liqueur de Fehling à chaud.

Fig. 36. — Cristaux de Kolatine (Goris), d’apres une microphotographie.

Illustration from Les kolatiers & les noix de kola

Pur, il précipite l’acétate de plomb, le bichromate de potasse, l’acétate de cuivre ; sans réaction sur l’émétique ni l’albumine. Il précipite la gélatine en solution concentrée, mais le précipité est soluble à chaud ou par addition d’eau. La solution aqueuse absorbe l’iode en le décolorant ; avec le brôme, elle donne un précipité jaunâtre. Contrairement au Kolatanin de Knox et Prescott, il ne précipite pas la quinine. La solution mère d’où est retirée la Kolatine précipite au contraire abondamment cet alcaloïde. Ce fait permet d’affirmer que le produit isolé par Knox et Prescott est un mélange de composés tanniques renfermant ce composé.

La solution aqueuse de Kolatine rougit peu à peu en présence des alcalis, même d’une trace d’ammoniaque.

On sait que la noix de Kola fraîche coupée et abandonnée à l’air ne tarde pas à s’oxyder et à prendre une couleur rouille caractéristique ; nous avons essayé de reproduire cette oxydation in vitro sur la kolatine.

La solution de kolatine additionnée de suc de Russule (laccase et tyrosinase) et de suc d’artichaut (cynarase) et abandonnée à l’air ne se colore pas. La solution reste couleur jaune paille.

Si avant d’ajouter les ferments oxydants, on prend soin d’additionner la solution de kolatine d’un peu de CO3Ca et que l’on filtre, la solution ne tarde pas à rougir et au bout d’un temps variable, quelque fois assez long (plusieurs jours), il se forme un dépôt rougeâtre qui serait un « rouge ».

La formation de ce rouge est encore plus rapide si l’on fait bouillir la solution de kolatine avec une goutte d’SO4H2 ou HCl dilué avant d’ajouter du carbonate de chaux et les sucs fermentaires.

Cette différence dans les réactions ne pourra s’expliquer que lorsque l’on connaîtra la constitution chimique de la kolatine. Or, jusqu’à maintenant, les essais entrepris en vue de l’établissement de cette constitution, n’ont donné aucun résultat appréciable.

On peut seulement dire que la kolatine est un corps à fonction phénolique, se rapprochant des tanins, et que les réactions données par ce corps font envisager la possibilité de le ranger parmi les composés ayant des relations chimiques avec les catéchines[212], dont la formule n’a pas encore été établie d’une façon certaine.

Tel était l’état de la question, il y a quelques semaines encore, lorsque M. Goris isola de la noix fraîche, un deuxième corps cristallisé appartenant comme le premier au groupe des catéchines, la Kolatéine[213]. C’est ce composé qui existait dans la Kolatine et qui restait insoluble en traitant cette dernière par l’éther ; dans ses publications sur la Kolatine, cet auteur avait déjà laissé entrevoir la présence de cette substance qu’il put obtenir cristallisée de la manière suivante :

Dans les eaux-mères de cristallisation de Kolatine abandonnées au repos, il remarqua qu’il se formait une certaine quantité de cristaux volumineux, atteignant jusqu’à un centimètre de longueur et 2 à 5 millimètres d’épaisseur. Ces cristaux groupés en masse volumineuse ont été séparés à la main très facilement. Malheureusement, placés trop précipitamment sous une cloche à acide sulfurique, ils ont effleuri et sont tombés en poussière.

Cette propriété a fait de suite supposer que l’on pouvait être en présence de la phloroglucine, signalée par Bernegau, mais l’étude poursuivie montre que les propriétés de ce corps l’éloignent complètement de ce polyphénol.

Les cristaux étant purifiés soit par cristallisations successives dans l’eau après décoloration au noir animal, soit par dissolution dans l’acétone absolu et addition ménagée de chloroforme, on obtient, dans le premier cas, des cristaux aiguillés analogues à ceux de la Kolatine, dans le second, des prismes assez volumineux.

Ce corps brûle sans résidu, il ne dégage pas de CO2 avec le bi-carbonate de potasse, il précipite par l’acétate de plomb, se colore en vert par le perchlorure de fer et la solution devient rouge violacé par addition d’ammoniaque.

Il est très soluble dans l’eau chaude, moins dans l’eau froide, soluble dans l’alcool, l’acétone, l’alcool méthylique, insoluble dans l’éther, le chloroforme, l’éther de pétrole, le xylol. Il cristallise à l’état hydraté dans l’eau et à l’état anhydre dans l’acétone.

Il se rapproche de la phloroglucine par sa propriété de perdre facilement son eau de cristallisation. De plus, lorsqu’on évapore une solution alcoolique de vanilline et de ce composé en présence d’HCl, le résidu se colore en rouge intense, et enfin le réactif sulfo-vanillique de Ronceray le colore également en rouge comme la phloroglucine.

Mais au contraire il diffère complètement de ce triphénol : 1o par sa saveur amère, celle de la phloroglucine étant franchement sucrée, par la coloration verte qu’il donne avec Fe2Cl6, le phloroglucine dans ces conditions dans une coloration bleu violacé ; par son point de fusion, car la phloroglucine fond nettement à 127°, et ce composé instantanément au bloc Maquenne à 257°-258°. Quand on opère sur le corps hydraté, il commence d’abord par perdre son eau de cristallisation, puis à 240° semble s’altérer, car il se colore en rouge et ne fond instantanément que 20° plus haut. Les deux produits provenant des deux traitements signalés plus haut se sont comportés de la même façon.

La trop petite quantité de produit a empêché M. Goris de pousser plus loin cette étude délicate et de déterminer quelle est la nature exacte de ce composé chimique nouveau pour le Kola. Il n’existe aucun doute que l’on ne se trouve encore en présence d’un corps du groupe des catéchines, entrant dans la composition du complexe actif de la noix de Kola fraiche. Quelles sont ses relations avec la caféine et la kolatine ? C’est sans doute ce que les recherches en cours nous apprendront un jour. En tous cas, la découverte de ces composés du groupe des catéchines permet d’expliquer (ou tout au moins de concevoir) les causes des divergences d’opinion de savants chimistes sur la substance dénommée « rouge de Kola ». Celle-ci ne saurait être autre chose qu’un mélange des produits de dédoublement et d’oxydation de ceux-là et, partant, sa composition et aussi son action, varient avec les méthodes d’extractions et l’état de conservation des noix servant aux expériences.

Fig. 37. — Cristaux de Kolatéine (Goris) d’après une microphotographie.

Illustration from Les kolatiers & les noix de kola

Signalons enfin, pour terminer cet exposé de nos connaissances chimiques sur la noix de Kola, que O. Görte[214] y a signalé la présence de Bétaïne dans la proportion de 0,25 à 0,45 %, fait récemment confirmé par Polstorff[215].

En résumé, on connaît maintenant un certain nombre de corps définis entrant dans la composition de la noix de Kola. C’est d’abord la caféine en proportion variable, généralement de 0,80 à 2,40 %, et une petite quantité de théobromine ; ces deux bases xanthiques se rencontrent dans différents végétaux tous utilisés comme aliments de luxe ou comme médicaments (Café, Thé, Cacao, Paullinia, Maté) et sous des combinaisons présentant les plus grandes analogies[216].

A ces deux corps, il faut ajouter les deux substances découvertes par A. Goris, appartenant au groupe des catéchines, dont le rôle est sans doute de solubiliser la caféïne dans la graine fraîche. La kolatine-caféine se rapproche évidemment des corps étudiés par Brissemoret et tout particulièrement de la combinaison de l’acide protocatéchique avec cette même base.

Ces recherches éclairent d’un jour nouveau la question de l’action physiologique spéciale de la noix fraîche et nous aurons l’occasion de revenir sur ce point important. Il n’est pas non plus jusqu’à la présence de la bétaïne qui ne puisse, sous ce rapport, entrer en ligne de compte.

Quant au rouge de Kola et à la Kolanine obtenue de la noix sèche, en précipitant d’une façon générale par l’eau, l’extrait alcoolique, débarrassé de caféine libre par le chloroforme, ce sont des poudres amorphes formées de substances de la nature des tanins dits phlobaphéniques, insoluble dans l’eau et contenant encore de la caféine combinée. Leur nature glucosidique est plus que douteuse, car il n’est pas prouvé que les sucres réducteurs trouvés, après hydrolyse, par M. Bourdet[217], dans la proportion de 3,25 %, proviennent du complexe renfermant la caféine dans sa molécule.

La nature du tanno-glucoside de MM. Chevrotier et Vigne reste encore à établir, et quant au Kolatanin de Knox et Prescott, on peut le considérer comme de la Kolatine impure, mélangée à d’autres composés tanniques. Il est donc encore impossible d’établir, avec exactitude, la composition chimique de la noix de Kola, on peut seulement résumer ce que nous savons dans les chiffres suivants :

POUR 100 (rapportées à la matière sèche)

Eau 50 à 60 gr.

Cellulose 10 à 12

Cendres 01,5 à 02

Amidon 18 à 25

Sucre réducteur 00,74 (Bourdet)

— (après hydrolyse) 03,25 (Bourdet)

Matières tanniques 01,5 à 02

Kolatine-Caféine 00,60 à 00,70

Kolatéine ? ?

Autres combinaisons de Caféine 00,50 à 00,60

Théobromine traces

Bétaïne 00,15 à 00,45

CHAPITRE XII.

Action physiologique de la noix de Kola.

Les premières recherches sur l’action physiologique de la noix de Kola ont été faites à l’instigation du Dr E. Heckel qui fut, nous l’avons dit, le véritable introducteur de cette drogue dans l’alimentation et la thérapeutique européennes. De nombreuses controverses et parfois même d’âpres discussions se sont élevées dès les premières publications de ce savant, qui eurent un retentissement considérable, jusqu’au sein de l’Académie de Médecine.

Il serait fastidieux de reprendre ici l’historique complet de ces discussions, exposées tout au long dans l’ouvrage du Dr Heckel ; nous les résumerons très brièvement et nous analyserons ensuite les principaux travaux parus depuis cette époque. Hâtons-nous de dire que la question de la pharmacodynamie du Kola doit aujourd’hui se diviser en deux parties, suivant que l’on s’adresse à la noix fraîche ou au produit sec qui, à cette époque, sauf de rares exceptions, parvenait seul sur nos marchés. Ce que nous venons de dire sur les différences de composition chimique, montre qu’il n’y a pas lieu de s’étonner des variations constatées dans l’action de la drogue, et Binger[218] avait certes bien raison d’écrire :

« Jusqu’à présent, les expériences faites en France sur l’emploi du Kola ont donné peu de résultats. Cela tient à ce que l’on se sert du Kola desséché. Il serait cependant bien facile d’en faire venir du frais en se servant de l’emballage de feuilles ».

Ce fut cependant beaucoup plus tard seulement que l’on devait s’apercevoir de la véracité de cette assertion.

Le premier travail d’ensemble sur cette question est dû au Dr Monnet[219], élève de Dujardin-Beaumetz ; quelques années plus tard, parut celui de Parisot[220], élève de Germain Sée. Ces auteurs[221], suivant la pensée de leurs maîtres, ne voyaient dans l’action du Kola que le rôle joué par la caféine et c’est de cette époque que date la principale discussion entre Heckel et Germain Sée, au cours de laquelle le premier dut s’élever avec la plus grande énergie contre les conclusions trop excessives de l’autre. Heckel attribuait au rouge de Kola une activité particulière qui devait s’ajouter à celle de la caféine et les études récentes sur la composition chimique lui donnent évidemment raison, puisque cette substance renferme sans doute encore une petite quantité de caféine combinée au tanin, et que ce composé tannique peut n’être pas sans influence sur l’organisme.

De nombreux essais furent entrepris dès cette époque dans l’armée, dans les clubs d’alpinistes, dans certaines sociétés sportives, et partout on confirma l’action excitante du Kola, qui permet à l’organisme de supporter pendant un temps relativement long des fatigues supplémentaires.

Aux conclusions de Heckel[222], exposées dans différents mémoires, vinrent s’ajouter celles de R. Dubois[223] qui attribuaient au rouge de Kola une action comparative à celle de la caféine, mais bien supérieure, et cela fut encore confirmé par MM. Monnavon et Perroud[224], et ensuite par le Docteur Marie[225], médecin stagiaire au Val de Grâce, et enfin le Dr Kotlar[226], de Saint-Pétersbourg.

Une note un peu discordante fut jetée dans le débat par M. le Dr Rodet[227], mais il ne semble pas que ses conclusions puissent controuver les déductions tirées de ses belles expériences par le Dr Marie.

Le lecteur intéressé trouvera tous détails qu’il serait superflu de répéter ici, dans l’ouvrage de Heckel.

Mosso, le célèbre physiologiste de Turin, prouve également que la noix de Kola, dépouillée de sa caféine, conserve encore une activité manifeste, mais il démontre que la Kolanine et le rouge de Kola sont inactifs, ce qui controuve en partie les faits énoncés ci-dessus et rend inexplicable cette action du Kola privé de sa caféine ; mais on sait aujourd’hui qu’il doit y avoir là une erreur, à moins que Mosso ne se soit adressé à un rouge de Kola préparé de telle façon qu’il ne renferme plus de traces de caféine, ce qui est très peu vraisemblable.

En 1894, Walter Barr[228], de Quincy (Illinois), publie à son tour une magistrale étude sur l’action physiologique du Kola, dans laquelle, influencé par les recherches chimiques de Knebel, il part de ce principe que c’est de la kolanine que dépend l’action physiologique du Kola. Mais, d’autre part, comme il croit aussi à la possibilité de l’action d’autres substances, il emploie pour ses expériences à la fois des noix fraîches ou leurs préparations et des noix sèches ou leurs préparations.

L’action de ces dernières fut, dit-il, de même ordre que celle obtenue des premières, mais cependant plus actives et ce n’est qu’occasionnellement, d’après lui, que l’action bien connue de la caféine s’ajouta à celle du principe actif du Kola. Comme le travail de ce savant thérapeute est peu connu, il nous a paru utile d’y faire de larges emprunts.

W. Barr pense que les résultats contradictoires obtenus, jusque-là, par les cliniciens ne sont en somme « qu’un tissu d’erreurs nettement apparentes et provenant d’une généralisation trop hâtive. Ils confirment cette évidence chimique que la noix de Kola est quelque chose de plus que de la caféine pure et simple ». Mais ces contradictions rappellent à l’auteur celles tout à fait comparables découlant des travaux sur les Pilocarpus avant la découverte de la jaborine, comme facteur de leur pouvoir dynamique.

« Les cliniciens, ajoute-t-il, ont bien noté les effets du Kola sur le fonctionnement du cœur, sur les muscles, sur la tension artérielle, sur son pouvoir de prévenir ou d’amoindrir pour une plus ou moins longue durée, la fatigue, mais ils n’ont fait aucun travail sérieux touchant à l’analyse de son action sur l’économie humaine et spécialement de son effet sur le système nerveux. »

Malgré les difficultés d’une pareille recherche, difficultés que Walter Barr n’ignorait point, il a établi pendant plusieurs années, dans ce but, des séries d’expériences en prenant les plus grandes précautions pour se mettre à l’abri de toute cause d’erreur.

Après avoir choisi un nombre suffisant d’individus de différents types, au physique et au moral, parfaitement éduqués pour servir de sujets d’observation, on leur administra dans des conditions aussi semblables que possible, la même dose et au même moment.

Chaque expérience dura plus d’un mois et l’on s’appliqua spécialement à varier les doses. Aucun sujet ne pouvait entrer en communication avec un autre et chacun adressait à l’auteur un rapport écrit de ses observations de chaque jour. Et, pour bien montrer la valeur de son travail, celui-ci insiste particulièrement sur ce point, qu’il n’eut jamais dans ces rapports à constater d’invraisemblances flagrantes.

Action sur le système nerveux. — « Quand l’expérience fut terminée, on put constater que chaque variation d’effet provenait d’une variation correspondante de dosage, d’une équation personnelle constante de sensibilité, ou de variations de conditions ou de circonstances ».

Un grand nombre d’observations du même genre furent également faites sur des gens sans instruction, qui ignoraient ce qu’ils prenaient : les indications ainsi fournies n’ont fait que confirmer les résultats des expériences et l’on put ainsi établir l’action dynamique du Kola.

Les doses moyennes amènent une stimulation de l’intelligence, légère en ce qui concerne la rapidité et la clarté de la pensée, mais profonde si l’on envisage la capacité de l’effort soutenu. A doses élevées, l’effet est renversé ; on constate dans ce cas, de la fatigue mentale et un malaise célébral, d’où résulte de la paresse mentale ayant un effet frappant sur la mémoire.

« Un sujet à table à qui l’on demandait de passer un plat, se trouvait dans l’impossibilité de se rappeler quel objet on venait de lui demander ; un autre faisait des efforts énormes pour se souvenir d’une ligne lue dans un livre après avoir refermé ce dernier et, il n’y pouvait parvenir ; etc. ».

Mais on n’enregistra jamais de dépression consécutive.

« Depuis quelques années, dit le distingué praticien, j’enseigne que le mot « stimulation » doit être considéré comme exprimant deux idées différentes : soit une suractivité, toujours suivie d’une dépression, soit une action tonique qui accroît la puissance de rendement, mais qui n’est jamais suivie de dépression. Au point de vue du cerveau, la première classe de stimulants amène toujours une « accoutumance » ; la seconde classe, jamais. Le Kola appartient au groupe des toniques cérébraux stimulants (un mot nouveau serait utile) et il n’y a certainement pas trace d’accoutumance dans ses effets.

« Les doses moyennes produisent l’insomnie, sans excitation, par manque du besoin ou du désir apparent de sommeil, ressemblant à l’impossibilité qu’on éprouverait de dormir le matin une heure après son réveil.

« De fortes doses, au contraire, entraînent l’apparition de langueur mentale, de tristesse, d’insomnie suivie d’un sommeil profond, qui n’est pas du tout physiologique et qui dure 12 heures et plus, sans qu’on éprouve ensuite la sensation de repos. Elles produisent également du vertige, des lourdeurs de tête, des migraines, et cela est en rapport constant avec l’importance de la dose ingérée ; bref, une suite de symptômes qui rappellent l’intoxication par la valériane.

« L’acétanilide reste sans effet sur cette douleur qui persiste jusqu’à ce que le sommeil ou l’exercice en amènent la disparition.

« Les réflexes et les désirs sexuels sont augmentés par de faibles doses, mais diminués par de fortes doses ; le désir de fumer est en général amoindri, mais sans répugnance pour le tabac et cela pour ainsi dire sans s’en apercevoir. A doses fortes, le désir de fumer est plus intense, dans le but qui n’est pas atteint, d’arrêter la dépression mentale ou physique.

« Logiquement la drogue agit sur les cellules du cerveau, car les effets ne sont pas du tout proportionnés à ceux qu’on observe sur la circulation et ils en diffèrent totalement. Le sommeil qui en résulte est un coma provenant d’une paralysie succédant à l’excitation exagérée « overstimulation paralysis », ce qui au point de vue thérapeutique est plutôt nuisible. L’action stimulante constatée sur les réflexes et les désirs sexuels est suivie d’une paresse de l’excitabilité et d’une paralysie de certaines parties du système sympathique.

Système digestif. — Deux heures après son administration, le Kola cause une accélération marquée des mouvements péristaltiques comme aussi de la sécrétion ; des doses de plus en plus fortes peuvent amener d’abord de l’effet laxatif, puis purgatif, et même une forte diarrhée avec coliques. Les selles sont normales comme couleur, à la période laxative, plus foncées pendant diarrhée ; la langue est chargée et les symptômes d’une surproduction biliaire apparaissent. L’administration de liqueurs alcooliques ou aromatiques atténue la douleur, mais non la diarrhée. Les effets sont absolument identiques quand le Kola est administré à un estomac vide ou à un estomac plein. Après les repas, l’ingestion de Kola accroît le pouvoir digestif d’une façon manifeste, aussi bien sur les graisses et les matières protéiques que sur les hydrates de carbone.

W. Barr conclut que le Kola affecte les nerfs sympathiques de l’assise musculaire de l’appareil digestif et des glandes sécrétrices. Cette action n’est pas une irritation locale, puisqu’elle ne débute que deux heures après l’ingestion et qu’elle est indépendante de la quantité d’aliments ingérés. C’est sans doute à cette augmentation du pouvoir digestif qu’est due l’augmentation consécutive de l’appétit.

Appareil circulatoire. — Il est manifestement impossible, dit l’auteur, de déterminer par expérience quels sont les effets de la drogue sur les mouvements du cœur de l’être humain. La tension s’accroît notablement ; il n’y a pas d’effet constant sur la température et l’on constate seulement parfois une élévation en rapport direct avec l’augmentation de l’activité cardiaque.

On peut conclure que l’effet du Kola n’est pas centralisé sur le cœur, car cet effet n’est pas proportionnel à l’accroissement cérébral de l’activité fonctionnelle et dure plus longtemps que l’excitation cérébrale. Au point de vue de la stimulation du sympathique, il est probable que les ganglions cardiaques sont le siège de l’action sur le cœur[229].

Système musculaire. — Des doses moyennes amènent la diminution de la fatigue, sans dépression consécutive. On ne constate pas cette augmentation de la puissance que produisent les vrais stimulants, mais seulement une aptitude plus grande à l’activité. La quantité de force par unité de temps n’est pas accrue[230], mais le temps est prolongé. Un fait important est dûment constaté : c’est que l’activité musculaire est le plus grand antagoniste de l’action générale de la drogue. L’effet dynamique est exactement en raison directe de la dose et en raison inverse de la quantité d’activité musculaire dépensée pendant le temps de l’action ; les effets toxiques de doses élevées, au début de leur apparition, peuvent disparaître par un simple exercice violent.

Le volume et la teneur en matières solides de l’urine diminuent et la durée de l’action dynamique de la dose, quoique très variable, est d’environ six heures. Une seconde dose administrée avant que les effets de la première aient disparu, produit les mêmes manifestations qu’une dose double. Plus la dose est forte, plus l’action dynamique dure longtemps, les doses toxiques agissant pendant douze heures et même plus.

L’action du Kola commence environ trente minutes après l’absorption, quand il s’agit de préparations liquides et l’action dynamique atteint à peu près son maximum une heure et demie ou deux heures après.

Doses de Kola à ingérer. — W. Barr se garde bien de donner les poids de Kola administrés ; car, dit-il, cela pourrait induire en erreur et conduire à des expériences dangereuses. Une quantité relativement faible, qui produit chez un individu des effets à peine sensibles, peut provoquer des phénomènes pathologiques chez un autre.

Chez sept personnes prenant la même dose dans les mêmes conditions et au même moment, on a observé sept variations graduées dans l’intensité de l’action. « La dose de Kola pour chaque individu est la quantité suffisante pour produire l’action désirée ; il est inutile d’en dire plus », conclut l’auteur.

Les variations dans l’action du Kola chez différents individus, les conditions d’administration étant les mêmes, sont fréquentes, mais « chacune de ces variations est due à une variabilité de l’intensité de l’action sur une partie quelconque de l’appareil sympathique ». On peut donc prévoir un grand nombre d’actions individuelles.

Une chose importante encore constatée par W. Barr, c’est l’antagonisme de la noix vomique ou de la strychnine[231] envers les effets toxiques de fortes doses de Kola, et l’auteur résume ainsi ses expériences :

« Le Kola a une action spéciale sur les systèmes cérébro-spinal et sympathique, action qui n’est pas du tout celle de la caféine et est due à un autre principe actif. L’action primitive est une augmentation du pouvoir actif du système cérébro-spinal et une augmentation de l’activité du système sympathique ; une hyperexcitabilité renverse l’action, comme c’est la loi en physiologie, mais il n’y a pas de dépression consécutive du système cérébro-spinal, ni du sympathique, excepté lorsque la dose est forte et, dans ce cas, la dépression se manifeste seulement dans la partie la plus sensible à l’action de la drogue (certains réflexes et les désirs sexuels).

« Le ralentissement de l’hyperexcitabilité du cerveau amène des effets physiologiques marqués qui sont dangereux si l’intoxication continue. L’action du Kola sur le système cérébro-spinal retentit nettement sur le système musculaire. L’action sur le sympathique provoque une accentuation des mouvements péristaltiques et une augmentation de sécrétion, ainsi que la contraction des artérioles. L’élévation de la tension sanguine que l’on constate, étant due en partie à cette vaso-constriction périphérique comme aussi à l’augmentation de l’activité cardiaque, qui est elle-même une manifestation de l’excitabilité des ganglions sympathiques.

« Il y a d’abord une augmentation des réflexes et du pouvoir vénérien qui disparaît par suite d’une hyperexcitabilité de cette partie du sympathique avant que les autres portions moins sensibles ne soient déprimées. Il ne se produit aucune accoutumance ; l’euphorie (sensation de bien-être psychique et physique) est marquée ; l’urine est moins abondante et l’élimination de la drogue ne dure guère plus de six heures ».

« Les variations individuelles sont telles qu’aucune donnée posologique n’a pas de valeur pour cette drogue qui doit être employée avec circonspection et peut produire chez certains individus des effets véritablement extraordinaires.

« La mort peut survenir, mais il faut pour cela des doses très élevées et elle provient probablement de la paralysie du cœur.

« Les noix sèches produisent sensiblement les mêmes effets que les fraîches, mais il faut en absorber une plus grande quantité et les effets particuliers de la caféine se manifestent en même temps que ceux du principe actif particulier du Kola. »

Tels sont les résultats des remarquables expériences du docteur W. Barr ; on nous pardonnera de les avoir rapportées en détail, car il semble qu’elles aient, tout au moins en France, passé un peu inaperçues.

Certes, on peut leur reprocher de n’être point rigoureusement scientifiques en se plaçant au point de vue du physiologiste, mais il n’en est pas moins vrai qu’elles présentent un très grand intérêt au point de vue thérapeutique et cela nous suffit.

Somme toute, dans l’étude des phénomènes physiologiques produits par l’ingestion de la noix de Kola et surtout des préparations faites avec la noix desséchée, on retrouve au moins dans l’ensemble, la plupart des caractères pharmacodynamiques de la caféine, il importe donc de rappeler ici brièvement ce que l’on sait de l’action particulière de cette substance.

Action pharmacodynamique de la Caféine. — La caractéristique pharmacodynamique de la Caféine consiste dans l’action toni-musculaire et toni-nervine qu’elle exerce et dont la constatation empirique a été la cause de l’emploi alimentaire des caféiques avant que ceux-ci ne fussent utilisés en médecine. Tout le monde est d’accord sur un point : la caféine facilite grandement le travail musculaire et, dans une mesure également fort appréciable, le travail intellectuel ; elle augmente le rendement énergétique de l’individu, permet la prolongation de l’effort et retarde l’apparition de la fatigue et de l’essouflement ; mais, où les interprétations diffèrent, c’est sur le mécanisme de la production de cet état particulier et cela, parce que, comme toujours en pharmacodynamie, certains expérimentateurs ne se sont pas attachés à spécifier d’une manière assez précise les doses employées, d’autres n’ont pas mis en évidence d’une manière assez nette que les effets obtenus étaient totalement différents suivant qu’il s’agissait de doses faibles ou, au contraire, de doses fortes et même parfois toxiques ; d’autres, enfin, ont appliqué à l’homme des résultats expérimentaux obtenus chez l’animal, dans des conditions tout à fait spéciales et ne permettant pas cette comparaison. Enfin, des questions de théorie pure sont venues se greffer sur cette question, si bien que, pour certains, la caféine est surtout un toni-musculaire, alors qu’en réalité cette action n’est que secondaire et sous la dépendance intime du système nerveux central.

Action de la caféine sur le système nerveux central. — La caféine est surtout un stimulant nervin dont le pouvoir excitant sur le cerveau est surtout évident chez l’homme, alors qu’il est dominé par une exagération du pouvoir excito-réflexe médullaire chez les animaux.

Par suite de cette action cérébrale, la caféine se classe parmi les modificateurs intellectuels et se rapproche de la morphine.

Comme elle, elle est susceptible de déterminer de l’excitation cérébrale suivie de dépression et même de narcose, mais elle s’en différencie nettement par ce fait que l’excitation cérébrale de la caféine est toujours secondaire et précédée d’une période de dépression que, d’autre part, la période de narcose est inconstante et en tous cas toujours plus fugace et moins intense que celle déterminée par la morphine.

Dans la plupart des cas, avec des doses thérapeutiques, même fortes, ce phénomène n’est pas obtenu et l’on n’observe qu’une exaltation de l’excitabilité réflexe plus ou moins intense, ne se transformant en tétanos que chez l’animal.

L’effet des doses utiles de caféine se traduit simplement par l’augmentation de l’excitabilité du système nerveux central retentissant sur l’action musculaire. L’influx nerveux moteur part du cerveau avec une plus grande énergie et vient agir sans résistance sur des centres médullaires plus excitables ; or, en même temps, les muscles sont disposés à passer plus facilement de l’état de relâchement à l’état de contraction, il s’en suit que la caféine se conduit comme un sthénique tout à fait remarquable.

Action de la caféine sur le système musculaire. — L’action musculaire de la caféine est le phénomène qui attire le plus l’attention et qui a été le plus étudié. Il semble qu’à l’heure actuelle le mécanisme de l’augmentation du travail produit soit parfaitement élucidé. Les dernières recherches de Joteyko sur la fatigue musculaire au moyen des courbes ergographiques chez l’homme, montrent que l’action nerveuse est surtout à considérer et qu’à doses modérées, physiologiques, l’action de la caféine sur le muscle se limite à une simple augmentation de l’énergie des contractions. Elle a surtout pour résultat de mettre les muscles dans des conditions meilleures pour, sous l’influence du système nerveux stimulé, passer facilement et rapidement de l’état de repos à l’état d’activité. Elle permet, en outre, d’obtenir un rendement meilleur, l’amélioration de la circulation locale du muscle en travail favorisant à la fois une consommation plus considérable d’hydrocarbonés et un enlèvement également plus rapide des matériaux de déchets, produits de cette combustion.

Si, au point de vue pratique, l’action nerveuse est surtout importante à envisager, il n’en est pas moins vrai que la caféine possède réellement une électivité musculaire très nette se traduisant par action locale par les modifications histologiques de la fibre lisse ou striée et par les phénomènes de rigidité et de contracture qui apparaissent sous l’influence des doses fortes et qui, comme l’ont démontré Paschkis et Pal constituent la caractéristique pharmacodynamique du noyau xanthique.

Action de la caféine sur l’appareil circulatoire. — L’action exercée par la caféine sur la circulation n’est que la conséquence de ses actions toni-nervine et musculaire. Elle se rapproche de celle de la digitaline à l’intensité près, déterminant, à doses thérapeutiques : du ralentissement du poids et de l’augmentation de l’énergie de contraction cardiaque et une augmentation de la tension sanguine ; à doses fortes et toxiques, au contraire, de l’accélération et de l’affaiblissement des contractions cardiaques, de l’arythemie, de la chute de la tension sanguine et finalement l’arrêt systolique brusque par contracture myocardique.

La caféine exerce à la fois une action excitante tonique sur le myocarde et les appareils d’innervation centrale et périphérique du cœur, prédominante surtout sur les appareils accélérateurs et à dose forte sur les ganglions cardiaques.

Les vaso-moteurs sont diversement influencés par la caféine suivant les organes considérés et les doses employées. G. Sée avait montré que des doses thérapeutiques déterminent de la vaso-dilatation des vaisseaux du cerveau ; Plumier constate le même phénomène pour les vaisseaux du rein, mais l’effet inverse se produit pour la circulation périphérique générale et la caféine détermine au contraire, sauf à doses toxiques, de la vaso-constriction des vaisseaux des membres.

L’action excito-sécrétoire de la caféine est essentiellement variable suivant les individus. Son action diurétique provient certainement, comme l’ont montré G. Sée, Schmiedeberg et Anten, de l’action directe de la caféine sur les épithéliums des canalicules urinaires lors de son élimination à l’état de monométhylxanthine par cette voie, mais elle est favorisée également par l’augmentation de vitesse du sang et la vaso-dilatation qui se produit dans cet organe.

Action de la caféine sur l’appareil respiratoire. — Les phénomènes sont parallèles à ceux observés sur la circulation. Des doses thérapeutiques de caféine déterminent du ralentissement et de la régularisation des mouvements respiratoires dus surtout à l’action bulbaire de la caféine. Cette influence est surtout nette sous l’influence du travail, ou, comme l’avaient montré G. Sée, Lapicque, Parizot, l’essouflement ne se produit pas ou se produit plus tardivement par suite de l’amélioration de l’hématose sous l’influence de l’augmentation de la vitesse, du courant sanguin et de l’élévation de la pression sanguine.

Action de la caféine sur les échanges nutritifs. — Depuis longtemps on a reconnu que la caféine modifiait les échanges organiques, mais par suite de la diversité des conditions expérimentales et des doses employées, quelques pharmacologues se sont mépris sur le sens de cette action et ont voulu la considérer comme un aliment d’épargne, comprenant par là qu’elle avait le pouvoir de suppléer à une alimentation insuffisante en modérant les dépenses organiques. Ils avaient cru que, tout en possédant la propriété de stimuler l’organisme et de faciliter le travail nerveux et musculaire, elle réduisait les échanges nutritifs au point d’empêcher les effets fâcheux du jeûne.

Cette contradiction si choquante avec les propriétés générales de la caféine est à l’heure actuelle absolument abandonnée et l’on a reconnu, au contraire, que si la caféine permet d’exécuter un travail plus considérable et plus prolongé, augmentant la résistance à la fatigue, c’est qu’elle permet à l’organisme de brûler plus facilement ses réserves hydrocarbonées, économisant en partie ses albuminoïdes lorsque l’individu est suffisamment alimenté. Dans le cas contraire, lorsque l’albumine doit être consommée, elle lui permet encore de brûler ses albuminoïdes de réserve et même tissulaires ; mais, dans ce dernier cas, l’amaigrissement est rapide et la période de déchéance organique se manifeste avec une intensité beaucoup plus grande qu’à l’état normal. Loin d’être un aliment d’épargne, c’est donc un médicament qui facilite la désassimilation.

Les expériences très précises de Ribaut ont, en effet, montré que, sous l’influence de doses faibles, il se produit toujours une augmentation dans la production de chaleur.

Lorsque l’organisme ne doit pas faire face à ses dépenses uniquement au moyen des albuminoïdes de ses tissus, la caféine abaisse le chiffre de l’urée ; à doses fortes, elle l’augmente, au contraire. L’équilibre azoté normal peut être rompu par la caféine et la durée de la période d’établissement peut être modifié par elle ; le besoin absolu de destruction de l’albumine à l’état normal peut être diminué.

Les pertes en hydrates de carbone sont plus élevées et les pertes en graisses plus faibles. Ces faits expliquent l’augmentation de la production d’acide carbonique exhalé.

En ce qui concerne les éléments minéraux : l’excrétion du phosphore est augmenté par de fortes doses et diminué par des doses faibles ; la quantité de chlorure diminué est généralement moindre[232].

Il faut donc se souvenir que, dans aucun cas, les caféiques ne réparent les pertes de l’organisme ; ils permettent seulement l’utilisation de réserves, lorsqu’on les emploie en temps voulu ; ils conservent l’aptitude à la réintégration et à la reconstitution rapide des réserves, mais cela à une condition indispensable, c’est que l’individu soit suffisamment alimenté, car, dans l’hypothèse contraire, loin de reconstituer ses réserves et de permettre de faire face à un travail déterminé, la caféine amènera, après une phase d’énergie factice, une véritable incapacité de travail, une impotence générale du sujet et en même temps une véritable combustion de l’organisme. L’individu, non alimenté, se consume, sous l’influence de la caféine, beaucoup plus rapidement qu’il ne le ferait dans le cas d’inanition simple.

* * *

Mais les recherches de Goris ont montré que la caféine dans les noix fraîches existait à l’état de combinaison avec des corps du groupe des tanins et il a pu isoler deux de ces derniers, la Kolatine et la Kolatéine, tous deux se rapprochant des Catéchines. Il était donc utile de savoir si ces substances étaient douées d’une action pharmacodynamique propre et l’étude en a été faite par l’auteur en collaboration avec le Dr J. Chevalier au moins pour l’un des deux, la kolatine.

Le deuxième, isolé à l’état cristallisé, il y a quelques semaines à peine, n’a pas été encore soumis à cette série d’investigations ; il nous est donc impossible de rien préjuger, mais nous retiendrons toutefois ce qui a été publié au sujet de la kolatine.

Action physiologique de la Kolatine[233]. — La kolatine est un corps peu toxique, et elle peut être injectée par voie intraveineuse, à la dose de 1 gr. par kilogr. d’animal, sans déterminer d’accidents graves.

Contrairement à la caféine, son action est nulle sur la contractilité musculaire, et la courbe de contraction n’est modifiée ni dans sa forme, ni dans sa grandeur, sous l’influence de doses même fortes, susceptibles de déterminer tardivement la mort de l’animal (injection de 0.02 gr. à une grenouille de 20 gr.).

Fig. 37 bis. — Grenouille 20 gr. Injection de 0,01 gr. de kolatine sous la peau de la cuisse. Arrêt du cœur au bout de 17 heures. Cardiographe Verdin-Vibert.

Illustration from Les kolatiers & les noix de kola

Chez les animaux à sang froid (grenouille), l’injection de la kolatine dans les sacs lymphatiques dorsaux (0,01 gr. pour un animal de 15 gr.) détermine rapidement une augmentation de l’énergie systolique et une légère accélération des mouvements cardiaques ; puis, au bout de peu de temps, l’énergie des contractions cardiaques augmente encore, mais leur nombre diminue, la diastole se faisant d’ailleurs plus lente. Ultérieurement surviennent des pauses diastoliques de plus en plus prolongées et le cœur finit par s’arrêter sans avoir présenté d’irrégularités de rythme, la systole s’effectuant avec une énergie considérable jusqu’à la fin.

Le cœur s’arrête en diastole, il est encore excitable, comme du reste les autres muscles, mais, par contre, les nerfs sont complètement paralysés et ne répondent plus aux excitations électriques.

Fig. 38. — Chien 5 kg. chloralosé. Pression fémorale avec le Kymographion de Ludwig. Injection intraveineuse d’une solution de kolatine dans le sérum physiologique à 37°, 5 gr. de kolatine à intervalle de 40 minutes. Survie du chien.

Illustration from Les kolatiers & les noix de kola

Chez les animaux à sang chaud, l’injection intraveineuse de la kolatine détermine un léger ralentissement des contractions cardiaques, une augmentation de leur énergie et une légère augmentation de la pression sanguine. Ces divers phénomènes persistent plus ou moins longtemps suivant la dose injectée et, sous l’influence de fortes doses (0,60 gr. à 0,70 gr. par kilogramme d’animal), on voit se produire une chute progressive de la pression sanguine ; le ralentissement des contractions cardiaques s’accentue encore à cette période, mais l’énergie cardiaque reste encore supérieure à la normale.

Il est important de remarquer l’espèce d’antagonisme partiel qui existe entre l’action de la caféine et celle de la kolatine, aussi bien sur les muscles que sur le système nerveux central, antagonisme probablement susceptible d’empêcher l’action contracturante des fortes doses de caféine sur les muscles et, en particulier, sur le myocarde, qui constitue l’une des principales contre-indications de son emploi en thérapeutique.

Cette étude montre donc que les composés taniques existant dans la noix de Kola fraîche jouissent d’une activité physiologique réelle et spéciale dont on n’a pas toujours assez tenu compte. Elle apporte aux auteurs qui préconisent l’emploi de la noix fraîche, un précieux appoint en faveur de leur manière de voir.

L’usage qu’en font les nègres qui méprisent la noix sèche est donc tout à fait rationnel au point de vue scientifique.

Ajoutons, pour terminer que MM. J. Chevalier et Alquier[234] se sont occupés de l’action du Kola frais sur le travail et leurs expériences paraissent probantes.

« Des observations empiriques, écrivent ces auteurs, avaient permis de constater que, chez le cheval à l’entraînement, on pouvait sous l’influence de la noix de Kola fraîche augmenter sensiblement le rendement de l’animal et obtenir à la fois une accélération de la vitesse et une augmentation de la résistance à la fatigue et à l’essoufflement. Nous avons repris ces essais et pu constater que, sous l’influence de 100 à 200 gr. de farine de noix de Kola fraîche (préparée par le procédé de Vigne et Chevrottier) soit seule, soit additionnée d’une certaine quantité de sucre, on obtenait une accélération de la vitesse et par conséquent une augmentation du travail fourni dans l’unité de temps sans voir se produire une augmentation proportionnelle des mouvements respiratoires et des battements cardiaques :

« Chez un cheval nivernais, demi-sang, bon trotteur, attelé, à l’état normal, on note au repos par minute 37 pulsations, 10 respirations et une température de 37°,8. Après une course de 4 km. en 13 minutes (soit 333 m. à la minute, 20 km. à l’heure), on note à l’arrivée 87 pulsations, 52 respirations et une température de 39°,2 ; 5 minutes après, 70 pulsations et 40 respirations.

« Deux jours après, le même parcours fut effectué après addition de 150 gr. de farine de Kola à sa ration alimentaire. Les 4 km. furent couverts en 11 minutes (soit 360 m. à la minute, 21 km. 500 à l’heure). On note à l’arrivée 80 pulsations, 46 respirations et une température de 39°,4 ; 5 minutes après, 60 pulsations, 35 respirations. Voulant nous rendre compte nettement de l’augmentation du travail et des conditions dans lesquelles elle s’obtient sous l’influence de cet aliment, nous avons opéré sur des chevaux de trait léger, notablement déprimés, qui exécutaient régulièrement, tous les jours, un travail auxquels ils étaient habitués de longue date. Ils traînaient une certaine charge, au trot, sans que le conducteur intervint pour exciter leur allure, toujours sur la même piste, et pendant exactement 16 km. 500, avec un arrêt de 3 heures environ à la moitié du parcours.

« Ils reçurent durant les essais un mélange alimentaire homogène dont ils consommaient ce qu’ils voulaient et auquel on ajouta à certaines périodes par 24 heures tantôt 100 gr., tantôt 200 gr. de farine de noix de Kola fraîche (2,57 pour 100 de caféine, 48,20 pour 100 d’amidon et de glucose). Ces doses distribuées par moitié au cours de chacun des repas précédant les deux séances quotidiennes de travail ont toujours été intégralement absorbées.

Ces expériences amènent MM. J. Chevalier et Alquier à formuler les conclusions suivantes :

« Sous la seule influence de la noix de Kola fraîche, le travail produit dans l’unité de temps par le cheval, fatigué ou non, augmente, mais ce surcroît de travail se produit aux dépens des réserves de l’organisme (abaissement du poids vif et perte de poids plus élevée pendant le travail lors du régime à la Kola). Cet aliment n’a aucune influence sur la diminution classique d’appétit des organismes fatigués chez lesquels l’apport alimentaire pris volontairement couvre rarement les dépenses nécessitées par le travail produit ; par contre, il augmente la tonicité intestinale. Les moteurs animés soumis au régime du kola travaillent en outre d’une façon moins économique. Chez eux, l’accomplissement d’un travail déterminé s’accompagne d’une plus forte production de chaleur et d’une augmentation de l’évaporation d’eau cutanée et pulmonaire (accroissement de la quantité d’eau de boisson) ; par conséquent, l’énergie disponible de la ration alimentaire se transforme en travail mécanique utile dans une plus faible proportion, et, pour obtenir des résultats réellement utiles, la noix de Kola fraîche ne doit être employée que sur les sujets ingérant une ration appropriée et proportionnée au travail qu’ils effectuent et seulement pendant les périodes courtes de travail forcé ».

« De tous les caféiques, dit le Prof. Pouchet[235], celui qui justifierait le mieux l’appellation d’antidéperditeur, c’est la Noix de Kola fraîche. Sa composition chimique nous montre qu’elle renferme plus de la moitié de son poids de matériaux nutritifs, dont la valeur est d’autant moins négligeable qu’ils sont associés à la caféine et à la théobromine. Chez les indigènes, la noix de Kola est regardée comme un vivre de réserve, un excitant de la marche et un aliment permettant de résister à la fatigue. Les graines fraîches mâchées préservent de la faim et de la soif. On peut, grâce à leur emploi, utiliser les eaux saumâtres pour la boisson. Elles permettent, sous l’influence de l’alimentation et du repos, une prompte et facile réparation de l’organisme ; de plus, tandis qu’un individu, à jeun depuis un certain temps ne peut ingérer sans inconvénient qu’une faible quantité de matières alimentaires, un sujet qui aura fait usage de noix de Kola fraîches pendant la durée de son jeûne, pourra ingérer d’énormes quantités d’aliments sans éprouver la moindre gêne.

« Les expériences de Heckel, R. Dubois et Marie, de Féré, ont de plus montré que le travail, sous l’influence du rouge de Kola et bien plus encore sous l’influence de la noix fraîche, était augmenté dans une proportion beaucoup plus considérable et d’une manière plus durable que sous l’influence de la caféine seule, le dédoublement lent du tanno-glucoside maintenant plus longtemps l’organisme sous l’influence de la caféïne.

« On constate également, avec la noix de Kola fraîche, que l’action excitante commence à se faire sentir plus rapidement qu’avec les autres préparations de caféïques. En définitive, au point de vue pratique, c’est le caféique de choix ».

Sous la réserve d’une interprétation une peu différente en ce qui concerne la composition chimique mieux connue aujourd’hui, nous ne saurions mieux faire, en matière de conclusion, que de souscrire entièrement aux déductions du savant professeur de la Faculté de Médecine de Paris.

Il en résulte que, si l’on veut obtenir la véritable action du Kola, l’on devrait voir disparaître à jamais ou tout au moins restreindre de plus en plus toutes les préparations à base de noix sèches. La thérapeutique ne devrait employer que les noix fraîches ou les remplacer par des noix fraîches stérilisées à l’aide des procédés antérieurement indiqués, puis séchées ensuite convenablement. La preuve semble faite par les études entreprises sur les Kolas frais stérilisés que ceux-ci conservent à peu près intégralement les propriétés des noix fraîches.

CHAPITRE XIII.

Usages du Kola. — Formes pharmaceutiques.

Connaissant maintenant quels effets physiologiques produit la noix de Kola sur l’organisme ; il reste à passer en revue les emplois de la drogue dans l’alimentation et la thérapeutique soit chez l’homme, soit chez les animaux.

Walter Barr, à la suite de son remarquable exposé clinique, n’a pas négligé d’émettre son opinion sur l’usage thérapeutique qu’on en peut faire.

Ce n’est pas seulement, dit-il, un tonique musculaire ; le Kola peut rendre des services dans de nombreux cas pathologiques. D’abord chez les alcooliques, employé à dose normale, il fait disparaître les signes et les symptômes de l’intoxication, et cela plus vite que tous les autres agents préconisés jusqu’alors.

Dans la dipsomanie (satisfaction d’une sensation anormale de soif), il agit utilement par la sensation de bien-être qu’il procure, et aussi par son action bienfaisante sur le pouvoir digestif.

Contre l’abus du tabac, il sera prescrit avec chances de succès, grâce à l’euphorie qui suit son ingestion et qui facilite au patient la perte de sa fâcheuse habitude.

Les crises, dans certains cas de folie, sont vaincues par l’administration du Kola à haute dose qui paralyse les réflexes, mais c’est surtout son action tonique sur le système nerveux qui fait dans ce cas, la grande valeur de ce médicament.

On en fera également usage avec succès dans le traitement de la mélancolie, de la neurasthénie, contre les névralgies, pour combattre les insomnies, en ayant soin de ne pas atteindre la dose qui produit le sommeil comateux dont il a été question dans le chapitre précédent.

Pendant la convalescence de maladies aiguës, l’emploi de la noix de Kola est de réelle valeur, à doses convenables et surtout si on l’associe à la strychnine.

Dans la grippe, administrée avec précaution et en observant la sensibilité du sujet à ce médicament, elle combat utilement la sensation de faiblesse qui est un des symptômes constants de la maladie.

Dans les cas de dyspepsie atonique, c’est, dit cet auteur, « la meilleure drogue simple que l’on possède actuellement : elle accroît la sécrétion et les mouvements péristaltiques, elle relâche l’intestin, fortifie la couche nerveuse de l’appareil digestif ; bref, c’est un médicament parfait ».

Quand elle est bien administrée, la noix de Kola produit des effets des plus heureux dans les cas de fatigue nerveuse profonde issue du surmenage. Prise à petites doses pendant une ou deux semaines, elle fait disparaître, avec tout symptôme nerveux, l’insomnie et l’irritabilité auxquelles fait place une réelle sensation de bien-être en même temps que l’aptitude au travail redevient normale, mais un léger excès ferait du mal, et l’auteur conseille encore l’emploi simultané de la noix vomique ou de la strychnine.

Le savant américain ajoute à cette liste quelques cas dans lesquels l’administration du Kola peut être conseillée avec chances de succès : dans l’état asthénique de la pneumonie, contre certaines diarrhées ou troubles digestifs et termine par quelques considérations sur l’usage qui en est fait abusivement de temps à autre ou tout au moins inconsidérément par les individus faisant profession de l’exercice de sports athlétiques ; il rappelle que si l’usage bien compris du Kola permet incontestablement un effort physique plus considérable, il ne faut pas oublier que, pris inconsidérément, il peut en découler des résultats inverses désastreux.

On nous permettra de ne rien ajouter à cet exposé, tiré du travail de W. Barr ; il ne nous appartient pas de discuter ou d’émettre personnellement une opinion sur la valeur médicamenteuse de cette drogue, ce qui serait d’ailleurs superflu, car à la suite de nombreuses formes spécialisées de médicaments à base de Kola qui existent dans le commerce pharmaceutique, l’usage s’en est répandu de plus en plus et l’on peut dire qu’il est sorti du domaine purement médical pour prendre place parmi ces substances comme le thé, le café, le maté, sortes d’aliments de luxe, que le public consomme aujourd’hui couramment sans aucune crainte ; c’est surtout à cause de ses qualités excitantes et toniques qu’il est universellement apprécié.

Modes d’emploi. — Formes pharmaceutiques. On sait que les noirs africains consommateurs de Kola n’emploient les fameuses noix que fraîches, et en les mastiquant lentement, de façon à mettre peu à peu les principes utiles ou actifs en liberté et à obtenir ainsi, la sensation de bien-être et l’excitation physique qu’ils recherchent. Pour eux surtout, le Kola est un aliment de luxe et dans certains cas spéciaux un stimulant physique de premier ordre.

La difficulté de se procurer, en France, des noix fraîches, autrefois simple curiosité de laboratoire, entraîna les industriels à ne se préoccuper uniquement que des noix sèches et celles-ci, venues du marché africain qui ne savait les utiliser, ont trouvé en Europe un débouché assez important.

La plupart des formes pharmaceutiques actuelles sont donc obtenues à l’aide de noix sèches.

La fréquence et la rapidité des moyens de transport existant actuellement entre la côte occidentale d’Afrique et les ports d’Europe, permet aujourd’hui d’apporter facilement en Europe des Kolas frais en prenant quelques soins dans l’emballage. On peut ainsi utiliser dans la pharmacopée européenne, soit des noix fraîches, soit des extraits de noix fraîches.

Les récentes recherches que l’un de nous a particulièrement provoquées dans son laboratoire montrent, comme il vient d’être établi précédemment, que l’activité des noix fraîches, ne saurait être entièrement comparée à celles des noix sèches ; aussi convient-il de chercher maintenant à obtenir des préparations dont l’action puisse se rapprocher le plus possible du produit frais et ce résultat est actuellement atteint, grâce au procédé de stérilisation de Goris et Arnould qui a permis à l’industrie de fabriquer des produits nouveaux, et d’un gros intérêt économique.

L’industrie pharmaceutique utilise, pour ainsi dire, les amandes de toutes les espèces de Cola de la section Eucola, aussi bien les noix à deux cotylédons (C. nitida), que l’on désigne, du moins en France, sous le nom de Kola-demis, que celles qui présentent plus de deux cotylédons (C. acuminata, C. Ballayi, C. verticillata) connues sous la dénomination de Kola-quarts.

La Pharmacopée officielle française décrit seulement la noix à deux cotylédons, et ne la reconnait comme officinale que si elle renferme 1,25 gr. % de caféine[236].

Les préparations inscrites dans cette pharmacopée sont : l’extrait ferme de Kola, l’extrait fluide, la teinture alcoolique, le vin et le saccharure granulé, mais on peut en faire un grand nombre d’autres suivant les usages particuliers auxquels on les destine.

Extrait de Kola sec. — La préparation de cet extrait, qu’on obtient en épuisant la poudre de Kola par l’alcool à 60°, a donné lieu à de nombreuses controverses dues à l’obligation officielle imposée par le Codex, d’après laquelle l’extrait ferme de Kola doit renfermer 10 % de caféine.

Les études de MM. Warin[237], Javillier et Guérithault[238], Allard[239], ceux du Laboratoire de la maison Boulanger-Dausse[240] à Paris ont montré que, dans la préparation de cet extrait, une partie de la caféine restait dans les résidus et qu’il était impossible d’obtenir, en partant de la noix sèche, le titre exigé par la pharmacopée.

Cela n’a rien qui doive surprendre, puisque l’on a vu que la caféine, combinée à des tanins, se libérait au cours de la dessiccation, d’une façon partielle : une quantité variable avec les conditions de cette dessiccation restant toujours combinée au mélange dit « rouge de Kola », complètement insoluble dans les véhicules employés. Peut-être aussi, comme le pensent MM. Boulanger-Dausse, le mucilage abondant chez certaines sortes de Kolas empêche-t-il le contact intime de l’alcool avec les éléments de la poudre employée.

Notes in this chapter

Note 1 · Heckel et Fr. Schlagdenhauffen. — Des Kolas africains aux points de vue botanique, chimique et thérapeutique. J. Ph. et Ch., 5e série, 1883,Note 2 · Knebel. — Die Bestandtheile der Kolanuss. Inaug. Diss. Erlangen, 1892. — Zur chemischen Kenntniss der Kolanuss. Apotek. Zeit., 1892, VII, p.Note 3 · Knox et Prescott. — The Coffein compound of Kola. Pharm. Review, 1897, XV, pp. 172-176, 191-195, 214-219 et Journ. Am. Chem. Soc. 1907, XIX,Note 4 · La mise au point de cette question a été faite récemment par MM. Perrot et Goris (Bull. des Sc. pharmacologiques, Paris, 1907, XIV, pp. 576-Note 5 · F. Daniell. — On the Kola-nut of tropical West-Africa (The Guru-nut of Soudan), Pharm. Journ., 1864-65, VI, pp. 450-457.Note 6 · Liebig in Rohlfs G. — Reise durch nordafrika vom mittellandischen Meere bis zum Busen von Guinea, 1865-1867, in Knebel, Inaug. Diss., loc. cNote 7 · Attfield. — On the food-value of the Kola-nut. A new source of theine. Pharm. Journ., VI, 1864-65, p. 457-460.Note 8 · Heckel et Schlagdenhauffen. — Loc. cit., VIII, p. 188.Note 9 · Lascelles-Scott. — New commercial plants, 1886. In Heckel, Kolas africains. Ann. Inst. col. Marseille, 1893, I. p. 169.Note 10 · Chodat et Chuit. — Etude sur les noix de Kola. Arch. des Sc. Phys. et nat. Genève, 1888, XIX. p. 498-518.Note 11 · Uffelmann et Bömer. — Die chemische Zusammensetzung der Colanus. Zeitsch. f. angew-Chem., VII, 1894, p. 710.Note 12 · Knox et Schlotterbeck. — Analyse von Kola. Pharm. Rundschau. XIII, 1895, p. 204.Note 13 · Kœnig. — Chemie der menschlichen Nahrungs und Genussmittel. Berlin, Springer, 1903-04, I, p. 1041 ; II, p. 1120.Note 14 · J. Jean. — Les préparations pharmaceutiques à base de noix de Kola. Répert. de pharm., 1896, 3e série, VIII, p. 50.Note 15 · Dohme et Engelhart. — Some observations regarding Kola-nuts. Amer. Journ. of pharm., 1896, LXVIII, p. 5.Note 16 · Thomson. — Estimation of tanin and Alkaloids of Kola. Amer. Journ. of pharm., 1895, LXVII, p. 518.Note 17 · L. Bernegau. — Ueber Kolanüsse. Apotek. Zeit., 1898, XIII, p. 680.Note 18 · Dieterich. — Ueber die Bestandtheile des frischen, getrockneten und gebrannten Kolanuss. Pharm. Centralh., 1896, XXXVII, p. 544.Note 19 · A. Balland. — Les aliments, Paris, 1907, p. 115.Note 20 · C. acuminata est le synonyme de C. nitida et les noix rapportées à C. Ballayi appartiennent probablement au C. acuminata Schott et Endl.Note 21 · Topping. — Examination of Kola. Proced. of the Amer. pharm. Assoc., 1894, XLII, p. 176.Note 22 · Knox et Prescott. — Loc. cit. Journ. Amer. Soc., XIX, p. 74.Note 23 · Heckel. — Les Kolas africains. Ann. Inst. col., Marseille, 1893, I, p. 167.Note 24 · Chodat et Chuit. — Loc. cit., p. 514.Note 25 · Waage. — Ueber Verunreinigungen von Drogen. Ber. d. d. pharm. Gesells., 1893, III, p. 167.Note 26 · Kilmer. — Bissy nuts, the Kola of the West Indies. Amer. Drug. and pharm. Rec., 1894, XXV, p. 356. — Kola and kolanin. Amer. Drug. and pharmNote 27 · Poskin. — Das Rotten der Kolanusse. Journ. der. pharm. von Elsass-Lothringen, 1895, XXV, p. 356.Note 28 · Dieterich. — Ueber Kolanüsse. Apotek. Zeit., 1896, XI, p. 810. — Ueber Wertbestimmung der Kolanus und des Kolaextraktes. Apotek. Zeit., 1897Note 29 · Schumm. — Ueber Prufung von Kolanussen und Kolanussextraken, ihren Gehalt an Gesamtalkaloid. Apotek. Zeit., 1898, XIII ; et Naturf. VersammlNote 30 · Thoms. — Untersuchung eines Bernegau’schen Kolapräparates. Ber. d. d. pharm. Gesells., 1898, VIII, p. 125.Note 31 · Schurmayer. — Ueber die Vervendung frischer Kolanüsse. Apotek. Zeit., 1898, XIII, p. 683.Note 32 · J. Warin. — Dosage des alcaloïdes de la noix de Kola et de son extrait fluide. Journ. pharm. chim., 6e série, 1902, XV, p. 373.Note 33 · J. Dekker. — Untersuchung der Blätter von Theobroma Cacao und Sterculia Cola auf darin enthaltene Xanthinbasen. Schweiz. Woch. f. Chem. u. PNote 34 · Heckel. — Kolas africains. Loc. cit., 159.Note 35 · Heckel. — Kolas africains. Loc. cit., p. 163.Note 36 · Knebel. — Inaug. Diss., Loc. cit., p. 15.Note 37 · G. Schweitzer. — Zur Kenntniss der coffein und theobrominhaltigen Glycoside in den Pflanzen. Pharm. Zeit., 1898, XLIII, p. 380.Note 38 · E. Heckel. — Sur la constitution chimique et l’action physiologique du rouge de Kola ; comparaison avec la caféine. Répert. pharm., 1892, 3eNote 39 · Carles. — Pharmacologie des Kolas. Titrage des Kolas et formes pharmaceutiques. Bull. Soc. pharm. Bordeaux, 1896, XXV, pp. 193-212.Note 40 · Kolanin Knebel. — Apotek. Zeit., 1897, XII, p. 500.Note 41 · G. François. — De l’influence de la kolanine sur la richesse en alcaloïde de la noix de Kola. Journ. de Pharm. d’Anvers, 1897, LIII, pp. 445Note 42 · Knox et Prescott. — Pharm. Rev., loc. cit., p. 215.Note 43 · Dieterich. — Pharm. Zeit., loc. cit., p. 647.Note 44 · Krewel. — Zur chemischen Characteristik des Kolanin Knebel. Pharm. Zeit., 1897, XLII, p. 794.Note 45 · J. Jean. — Les préparations pharmaceutiques à base de noix de Kola. Répert. de Pharm., 1896, 3e série, VIII, pp. 49, 54, 99.Note 46 · Dieterich. — Pharm. Centralh., loc. cit.Note 47 · Bernegau. — Die Kolanuss als Arznei und Genussmittel. Apotek. Zeit., 1897, XII, pp. 404-406. Ueber kolanin. Pharm. Zeit., 1897, XLII, p. 803Note 48 · Carles. — Pharmacologie des Kolas. Journ. Pharm. Chim., 1896, 6e série, IV, p. 104.Note 49 · Carles. — Pharmacologie des Kolas. Bull. Soc. pharm. Bordeaux, loc. cit., p. 205.Note 50 · E. Wilsdorff. — Brev. allemand W. 8382, 1892. Journ. Pharm. Chim., 5e série, XXVIII, 1893, p. 26.Note 51 · L. Bernegau. — Studien über die Kola. Ber. d. d. pharm. Gesells., 1900, X, p. 80. — Mittheilungen über eine Reise nach West-Africa. Apotek. Note 52 · L. Bernegau. — Ueber die Darstellung von Kolarot. Brev. allemand, 137060, 1902. Apotek. Zeit., 1902, XVII, p. 841.Note 53 · Siedler. — Ueber die eingegangener Drogen. Ber. d. a. pharm. Gesells., 1898, VIII, pp. 16-18.Note 54 · Bourquelot. — Ferments solubles oxydants et médicaments. Journ. Pharm. Chim., 6e série, 1896, IV, p. 481.Note 55 · H. Mastbaum. — Chem. Rev. über d. Fett- u. Harzindustrie 1907, IV, p. 1 (d’après Pharm. Centralh. 1907, p. 704).Note 56 · Knox et Prescott. — Pharm. Rev., loc. cit., p. 172.Note 57 · A. Goris. — Sur un nouveau principe retiré de la Kola fraîche. C. R. Ac. Sc., Paris, 1907, CXLIV, p. 1162 et Bull. Sc. pharmacol., 1907, XIVNote 58 · Chevrotier et Vigne. — Sur la noix de Kola fraîche. Bull. Sc. pharmacol., 1906, XIII, p. 620 et aussi : Notes pharmacologiques sur la noix dNote 59 · Goris et Arnould. — Conservation et stérilisation des noix de Kola fraîches. Bull. Sc. pharmacol., 1907, XIV, p. 159.Note 60 · Goris et Fluteaux. — Etat actuel de nos connaissances sur les plantes renfermant de la caféine. Bull. Sc. pharmacol., XVII, 1910, p. 606-609Note 61 · A. Goris. — Sur un second composé cristallisé de nature phénolique retiré de la Kola fraîche ou stabilisée. Bull. Sc. pharmacol., XVIII, 191Note 62 · O. Görte. — Inaug. Diss., Erlangen, 1902.Note 63 · Polstorff. — Ueber das Vorkommen von Betainen und von Cholin in Coffein und Theobromin enthallenden Drogen. Festsch. Otto Wallach, GöttingenNote 64 · A. Goris et Fluteaux. — Plantes renfermant de la caféine. Loc. cit.Note 65 · P. Bourdet. — Les sucres de la noix de Kola fraîche. Bull. Sc. pharmacol., XVI, 1906, p. 650.Note 66 · Binger. — Loc. cit.Note 67 · Monnet. — De la Kola, étude physiologique et thérapeutique. Thèse Fac. Méd., Paris, 1885.Note 68 · Parisot. — Etude de la Caféine sur les fonctions motrices. Th. Fac. méd., Paris, 1890.Note 69 · Dujardin-Beaumetz, dans sa Leçon d’introduction de 1886, passant en revue les médicaments caféiques, signale plus spécialement le Kola, qui Note 70 · E. Heckel. — Sur l’action du Kola à propos des effets de la caféine. Bull. gen. thérap., 1890, CXVIII, p. 345. — Expériences comparatives coNote 71 · R. Dubois. — Action physiologique comparée de la caféine, du Kola et du rouge de Kola sur la contraction musculaire. Ass. Fr. pour Av. Sc., Note 72 · Monnavon et Perroud. — Nouvelles expériences comparatives entre la caféine, la poudre, le rouge et l’extrait complet de Kola. Lyon médical, Note 73 · Marie. — Etude expérimentale comparée du rouge de Kola, de la caféine et de la poudre de Kola sur la contraction musculaire. Th. Fac. Méd., Note 74 · Kotlar. — L’action physiologique de la noix de Kola. Th. Université, Saint-Pétersbourg, 1891.Note 75 · P. Rodet. — De l’action comparée du Kola et de la caféine. Soc. méd. pr., Paris, 1891, pp. 468-478.Note 76 · G. Walter Barr. — The physiological action of Kola. Ther. Gazette, 1896, XX, p. 221.Note 77 · En réalité, l’influx nerveux moteur volontaire part du cerveau avec une plus grande énergie et exerce son action maximum sur les centres motNote 78 · Les travaux récents semblent démontrer qu’il y a non seulement une augmentation de résistance à la fatigue, mais également une augmentation Note 79 · Cela n’a rien d’étonnant étant donné que les phénomènes toxiques déterminés par la noix de Kola se traduisent surtout par de la paralysie buNote 80 · Pouchet. — Précis de pharmacologie et de matière médicale, Paris, 1907.Note 81 · J. Chevalier et A. Goris. — Action pharmacologique de la Kolatine. C. R. Ac. Sc., 1907, CXLV, p. 354 et Bull. Sc. pharmacol., 1907, XIV, p. Note 82 · J. Chevalier et Alquier. — Action de la noix de Kola fraîche sur le travail. C. R. Ac. Sc., 13 janvier 1908.Note 83 · Loc. cit., p. 389.Note 84 · Codex medicamentarius gallicus, Paris, 1908, p. 167.Note 85 · Warin. — Note sur l’extrait de Cola (Codex 1908). J. Ph. et Ch., 1910, [7], I, p. 543 et 1910, [7], II, p. 350.Note 86 · Javillier et Guérithault. — Sur la préparation de l’extrait ferme de Cola. Bull. Sc. pharmacol., 1910, XVII, p. 337.Note 87 · Allard. — Teneur en caféine de l’extrait de Cola. J. Ph. et Ch., 1910, [7], II, p. 122.Note 88 · Boulanger-Dausse. — L’extrait de Kola. Bull. Sc. pharmacol., 1910, XVII, pp. 639-645.Note 89 · N.-B. — Nous devons également signaler les résultats obtenus au moyen d’un procédé spécial, par M. le professeur A. Gautier, dans l’analyse
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