PRÉFACE.
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Depuis 1898, il ne s’est guère écoulé d’années sans que nous ayons été amené, au cours de nos explorations, à faire quelques observations relatives aux Kolatiers et aux noix de Kola.
En février et mars 1899, nous observions pour la première fois ces arbres cultivés par les indigènes dans les cercles de Siguiri, Kouroussa et Kankan, constituant à cette époque la région sud du Soudan français. Nous fûmes alors frappé de l’intérêt que les indigènes leur attachaient.
Pendant toute l’année 1899 et une partie de l’année 1900, il nous fut donné aussi d’étudier sur place l’importance commerciale de la noix de Kola en observant les transactions auxquelles cette amande précieuse donne lieu sur les grands marchés africains de St-Louis, Dakar, Kayes, Médine, Bamako, Sikasso, Bobo-Dioulasso, Djenné, Tombouctou, Ségou, etc.
Quelques mois après notre retour en Europe, nous fûmes mis en rapport par G. Schweinfurth avec le professeur K. Schumann, de Berlin, qui venait de publier sa belle monographie des Sterculiacées africaines.
Le savant botaniste nous montra dans l’Herbier de Berlin les matériaux restreints qu’il avait eus à sa disposition pour faire l’étude de la section Autocola. Il nous assura que la lumière était loin d’être faite sur ce groupe intéressant et nous encouragea à faire des recherches sur ces plantes au cours du voyage que nous devions effectuer peu de temps après.
Pendant la Mission Chari-lac Tchad (1902-1904), notre attention fut de nouveau attirée sur les Kolatiers.
A notre passage à Conakry, en juin 1902, les beaux exemplaires de l’espèce C. nitida qui sont répandus dans toute la ville étaient en pleine floraison et le marché était bien approvisionné de noix de cette espèce.
Quelques jours plus tard, nous constations à Porto-Novo (Dahomey) la présence presque exclusive sur le marché de cette localité d’un Kola très différent. L’amande était petite, rosée et constamment à 4 ou 5 cotylédons. C’était la graine de l’espèce que nous nommons C. acuminata Schott et Endl.
Sur les marchés indigènes de Libreville, Matadi, Leopoldville, Brazzaville, nous revîmes des noix à peu près identiques.
En remontant le Congo et l’Oubangui, en août 1902, nous rencontrions un Kolatier encore différent de l’espèce côtière et qui s’identifiait complètement avec le Cola Ballayi Cornu, dont les graines avaient été rapportées d’abord du Gabon, excellente espèce que le Prof. K. Schumann avait mal connue.
Malheureusement ce savant allemand venait d’être enlevé à la science au moment où nous nous proposions de lui communiquer nos matériaux, après notre retour en France.
Au cours de notre voyage en Afrique centrale, nous avions aussi constaté que les caravaniers Haoussas continuaient toujours à apporter les noix de Kola au Baguirmi et au Ouadaï. Ce commerce donnait lieu à des transactions moins importantes qu’à l’époque des voyages de Barth et de Nachtigal, le pays ayant été ruiné par des guerres fréquentes ; pourtant la noix de Kola était toujours un article très recherché des peuplades musulmanes.
Mais c’est surtout au cours de nos nouveaux voyages effectués durant les années 1905, 1906 et 1907, puis de 1908 à 1910 que nous avons pu étudier d’une manière plus approfondie les espèces productrices de noix de Kola, leur distribution géographique, leur culture et le commerce auquel les noix donnent lieu.
Pendant un séjour de plus de 10 mois en Guinée française, il nous a été possible d’examiner en détail et à tous les points de vue l’espèce cultivée dans cette colonie par les indigènes et de relever sa distribution géographique.
Un séjour d’un mois en 1905, de 9 mois en 1906-1907, puis de 9 mois encore en 1909, nous a permis d’effectuer une étude analogue à la Côte d’Ivoire, colonie particulièrement riche en Kolatiers cultivés et spontanés.
Dès 1905, nous visitions un certain nombre de colonies étrangères produisant des Kolas.
Un séjour de près d’un mois à la Gold-Coast nous a permis d’examiner les intéressants essais de culture entrepris aux jardins d’Aburi et de Tarkwa.
Continuant notre exploration vers le sud, nous avons été amené à examiner enfin les Kolatiers qui vivent à Lagos, dans la Nigeria du Sud (Old-Calabar), enfin à l’île de San-Thomé. En 1909 nous avons en outre examiné ces arbres dans la partie de Sierra-Leone avoisinant les sources du Niger.
Les spécimens botaniques du genre Cola, recueillis au cours de nos diverses expéditions, remplissent actuellement plus de six gros cartons d’herbier. Nous avons en outre pris sur place de nombreuses notes et nous avons décrit sur le vif les espèces observées.
Mais c’est surtout dans les colonies françaises de l’Ouest africain que nous avons pu faire au cours de notre voyage 1908-1910, d’importantes constatations relatives à la distribution des Kolatiers et à leur culture : la région des sources du Niger, le Kissi, le Kouranko, le Pays des Tômas et des Guerzés, les hauts bassins de la Nuon, du Cavally et du Sassandra, habités par les Dans ou Dyolas et par les Touras, enfin le pays des Ngans sont par excellence les pays producteurs de noix de Kolas, aussi leur prospection botanique a été des plus intéressantes.
Dans le Bas-Dahomey nous avons visité les plantations indigènes de Cola acuminata et observé en outre le rare Cola verticillata, méconnue jusqu’aux dernières années.
Enfin, notre voyage s’est terminé par la traversée du Haut-Dahomey et du Mossi où les noix de Kola donnent lieu à un très grand trafic.
Pour élaborer une monographie complète des Kolatiers et des noix de Kola, il nous a semblé qu’il ne suffisait pas de coordonner les résultats de nos études en Afrique.
Il était tout d’abord indispensable de dépouiller une copieuse bibliographie concernant cette question. L’ouvrage du Professeur E. Heckel, qui constituait une mise au point complète en 1893, a été suivi de la publication de nombreuses notes concernant les Kolas. Dans les périodiques français ont paru les renseignements de Cazalbou, Saussine, Teissonnier, Savariau, J. et H. Vuillet, H. Fillot, etc.
En Allemagne, des observations sur les Kolatiers ou sur les Kolas ont été publiées par K. Schumann, O. Warburg, Bernegau, W. Busse. En Angleterre, le Dr O. Stapf, conservateur de l’Herbier du Jardin royal de Kew a apporté aussi d’intéressantes contributions à l’étude des Cola.
Enfin d’importantes recherches sur la Chimie, la Pharmacologie et la Physiologie des Kolas ont été faites dans ces dernières années surtout en France, notamment par M. Goris, sous la direction du Professeur Perrot.
Personne n’était plus qualifié que ce dernier pour présenter les travaux relatifs à cette branche. Aussi avons-nous accueilli avec joie la collaboration de notre ami, pour cet ouvrage. Les chapitres VI (Anatomie), XI (Chimie), XII (Action physiologique), XIII (Usages et formes pharmaceutiques) ont été entièrement rédigés par lui. Sa collaboration nous a été aussi précieuse pour nous aider à rechercher dans les nombreux travaux antérieurs, tous les renseignements qui paraissaient avoir quelque intérêt. Nous avons donné ainsi à la partie historique une grande ampleur.
Nous espérons que cet ouvrage apportera des données précises aux médecins, aux naturalistes, aux colons et aux fonctionnaires coloniaux qui cherchent de plus en plus à tirer parti des ressources de nos colonies.
Puisse-t-il contribuer à rendre celles-ci plus prospères, et servir à faire mieux connaître un produit dont l’Europe ne tire pas suffisamment parti.
Nous souhaitons aussi qu’il incite les personnes s’occupant d’agriculture coloniale à élucider certains problèmes relatifs à la culture et qu’il puisse enfin servir de guide aux administrateurs et les amener à faire étendre les plantations des indigènes là où elles sont susceptibles de réussir.
Il nous est agréable d’exprimer nos remerciements à tous ceux qui ont soutenu ou aidé les missions au cours desquelles ont été accomplis les travaux exposés ici. Notre gratitude va en outre à M. Clozel, ancien Gouverneur de la Côte d’Ivoire et à son successeur M. Angoulvant. Tous les deux, avec une sollicitude éclairée ont facilité par tous les moyens nos études dans la belle colonie qu’ils administraient, colonie si riche en ressources agricoles et forestières de toutes sortes.
Nous remercions aussi tous les fonctionnaires et officiers de l’Afrique Occidentale qui, par l’autorité dont ils disposent auprès des populations indigènes, nous ont permis d’étendre beaucoup notre documentation sur place.
Aug. Chevalier.