INTRODUCTION.
Reading edition
Avant d’exposer méthodiquement, dans les chapitres qui vont suivre, les faits acquis concernant l’histoire naturelle et l’histoire économique et médicale des Kolas, il nous paraît indispensable d’indiquer sommairement les principales questions qui ont sollicité notre examen et les problèmes à l’éclaircissement desquels nous avons apporté toute notre attention.
Première Partie.
Historique général.
Nombreux sont les auteurs qui ont parlé du Kola et des Kolatiers avant le XXe siècle, mais beaucoup n’ont fait que citer, sans en contrôler les sources, les récits plus ou moins fantaisistes rapportés par les voyageurs. Il nous a paru indispensable de compulser tous les vieux textes et de reproduire, chaque fois que cela nous a semblé avoir de l’intérêt, les observations les plus anciennes concernant ce sujet.
Nous avons dû aussi lire toutes les notes des auteurs récents afin de retenir les renseignements encore nouveaux, chaque fois qu’il nous ont paru exacts.
Deuxième Partie.
Etude botanique, géographique et biologique.
Cette partie est incontestablement celle qui nous a fourni le plus d’études et d’observations inédites, exposées pour la première fois dans cet ouvrage. Les principaux problèmes abordés sont les suivants : délimitation de la section Eucola renfermant les vrais Kolatiers ; étude morphologique, anatomique et systématique de ces espèces. Des renseignements sur la biologie des Kolatiers — étude de la plus haute importance pour la culture et qu’aucun auteur n’avait encore abordée — complètent cette monographie botanique.
Mais c’est surtout à la différenciation des diverses espèces de Kolatiers que nous avons apporté la plus grande attention. On savait, depuis la publication de l’ouvrage du célèbre explorateur Barth, qu’il existe en Afrique tropicale diverses sortes de Kola auxquelles les indigènes attribuent des propriétés très différentes, mais les botanistes qui ont abordé l’étude de ces espèces n’ont fourni jusqu’à ce jour que des renseignements incomplets ou erronés. A la monographie de E. Heckel, qui rapportait à une espèce tous les bons Kolas à deux cotylédons (espèce inexactement dénommée Cola acuminata) et à une seule autre espèce tous les bons Kolas à plus de deux cotylédons, ont succédé d’autres études où étaient décrites de nouvelles espèces mal définies, établies à l’aide de matériaux incomplets et qu’il est impossible de reconnaître d’après les descriptions. Des questions de synonymie sont venues s’ajouter à ces difficultés et les botanistes ne sont plus d’accord, par exemple, sur l’espèce qu’il convient de dénommer Cola acuminata. A l’Herbier de Kew, on appelle Cola acuminata l’espèce produisant le vrai Kola à deux cotylédons (Cola vera K. Schum.). A l’Herbier de Berlin, on donne le nom de Cola acuminata à un groupe de deux espèces, dont l’une est le Cola Ballayi et l’autre le Cola acuminata véritable, c’est à dire le Sterculia acuminata Pal. Beauv. Problème encore plus complexe : le Cola acuminata var. Ballayi K. Schum., n’est pas le Cola Ballayi M. Cornu.
Ce dernier doit être identifié au Cola acuminata var. kamerunensis K. Schum.
L’imbroglio est devenu si grand que récemment O. Warburg a considéré comme espèce nouvelle, qu’il nomme Cola astrophora, une plante qui nous semble s’identifier au type même de Palisot de Beauvois.
Pour faire la lumière sur ce sujet il était indispensable :
1o D’examiner les types mêmes des auteurs qui ont créé des espèces de Sterculia ou de Cola rentrant aujourd’hui dans notre section Eucola.
2o Etudier de nombreux matériaux en bon état et si possible à l’état frais, avec des fleurs et des fruits à plusieurs âges de leur développement, afin de définir clairement les diverses espèces ainsi que leurs variations.
C’est ce que nous avons fait et nous pensons avoir mis un peu de clarté dans une question jusqu’alors très confuse.
Enfin, en parcourant plus de 15.000 kilomètres dans les régions où vivent les Kolatiers, nous avons pu indiquer d’une manière précise l’aire où vivent les diverses espèces d’Eucola soit à l’état spontané, soit à l’état cultivé.
Troisième Partie.
Etude chimique et pharmacologique.
Les travaux publiés sur la composition chimique des Kolas, sont excessivement nombreux, mais de valeur très inégale. Il était donc indispensable de les soumettre à une analyse critique très serrée et d’entreprendre de nouvelles recherches. C’est ce que fit A. Goris en 1907, à l’instigation de l’un de nous. Cet auteur est parvenu à isoler des Kolas deux composés cristallisés nouveaux susceptibles de se combiner avec la caféine en donnant des composés solubles. Les travaux de Goris sont dispersés dans plusieurs périodiques scientifiques.
Il nous a donc paru utile de faire ici un exposé méthodique des découvertes les plus récentes relatives à cette question et nous avons indiqué toutes les sources bibliographiques concernant les nombreuses études antérieures.
Les travaux concernant l’action physiologique des Kolas sont eux aussi extrêmement nombreux et nous avons dû nous borner à exposer les plus récents, les travaux plus anciens ayant été longuement analysés par Heckel et Schlagdenhauffen.
Il fallait enfin examiner les formes sous lesquelles le Kola est employé aujourd’hui et les usages auquel il convient.
Quatrième Partie.
Etude économique.
Tout ce qui concernera culture, la multiplication, la production et les maladies des Kolatiers, intéresse au plus haut point l’agronomie tropicale. A ces questions nous avons consacré des chapitres aussi documentés que possible.
Le commerce et la géographie commerciale sur lesquels nous avons aussi recueilli de nombreux renseignements inédits ont été exposés avec un développement en rapport avec leur importance dans nos colonies de l’Afrique occidentale.
Quant aux résultats scientifiques et pratiques découlant de notre travail, nous avons cru utile de les résumer dans des Conclusions générales.
Nous n’ignorons pas que notre étude présente encore des lacunes bien que nous y ayons travaillé presque sans relâche pendant cinq années.
Nous ne voulons pas en retarder davantage la publication, persuadés qu’elle suscitera de nouvelles recherches et que si incomplète qu’elle soit, elle fournira des indications utiles à divers spécialistes et notamment aux fonctionnaires de l’agriculture coloniale et aux industriels et commerçants qui voudront contribuer à vulgariser en Europe un des produits les plus précieux du règne végétal.
Aug. Chevalier, Emile Perrot.
Paris, le 24 avril 1911.
Aug. Chevalier et Ém. Perrot. Les Kolatiers.

Fig. 1. — Kolatier sur une place de la ville de Conakry (Guinée française).