DEUXIÈME PARTIE. (continued 2)
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Nous avons eu la bonne fortune de retrouver dans les serres du Muséum quelques exemplaires du vrai Cola Ballayi, mis en cultures il y a plus de 15 ans par le Professeur Cornu. Ce sont des arbustes de 2 à 3 mètres de haut ; l’un d’eux s’est ramifié. Nous reproduisons (Pl. VIII) la photographie de l’un de ses rameaux ; il est étiqueté encore Cola Ballayi ; d’autre part, le véritable Cola acuminata à 3 ou 4 cotylédons ne paraît pas exister dans ces serres. On peut donc considérer l’exemplaire photographié comme étant le type même de Cornu. C’est du reste certainement la même plante qui est représentée dans l’ouvrage d’Heckel (Fig. 8) et qui est très reconnaissable par ses faux verticilles de feuilles. Nous avons recueilli exactement la même espèce en fleurs et en fruits dans l’Oubangui, en 1902, et c’est encore elle que E. De Wildeman a décrite et figurée en 1907 sous le nom nouveau de Cola subverticillata De Wild., chose très compréhensible, puisque, sans l’examen du type vivant de l’espèce créée par Cornu, il était impossible de la reconnaître dans les descriptions de Heckel et de K. Schumann.
Types des espèces décrites par K. Schumann, O. Warburg et W. Busse.
La systématique des espèces produisant les noix de Kola était donc très confuse quand K. Schumann entreprit la monographie du groupe.
Il ne réussit pas à y mettre de l’ordre et O. Warburg ne fut pas plus heureux.
En décembre 1902, ce dernier publia une étude sur les noix de Kola du Togo[95], mais ses recherches basées sur des documents incomplets, loin de faire la lumière, ne font qu’augmenter la confusion. Il propose la création d’une appellation nouvelle, Cola sublobata Warb., pour désigner l’arbre produisant le Kola des Achantis qu’il croit différent du Cola vera K. Schum., mais la description botanique qu’il donne s’applique pour les graines au Cola vera et pour les branches florifères probablement au Cola acuminata. Toutefois, d’après Busse, ces rameaux appartiennent à une forme que cet auteur distingue sous le nom de Cola vera K. Sch. var. sublobata (Warb.) Busse.
Sous le nom nouveau Cola astrophora, Warburg a décrit une seconde espèce qui n’est elle aussi que le Cola acuminata avec les fleurs mâles à androcée bien épanoui. Il lui attribue aussi deux cotylédons (Pl. IX).
Warburg, ainsi que K. Schumann l’avait tenté avant lui, essaie de distinguer tous les Autocola (sensu stricto), d’après la disposition et la forme de l’androcée des fleurs mâles ; suivant ces auteurs :
Dans Cola acuminata, l’androcée est une sorte de cupule subsessile.
Dans Cola acuminata var. trichandra K. Schum., c’est une plaque divisée en dessus en 5 lobes bifides, subtomenteux.
Dans Cola sublobata Warb., l’androcée est légèrement lobé et le stipe est à peine ébauché.
Dans Cola astrophora Warb., l’androcée est constitué par une sorte de plaque longuement et finement stipitée, de sorte que « les anthères relativement petites sont disposées par paires sur les lobes de l’androcée, au nombre de 10 environ et de telle façon qu’elles ne peuvent être aperçues du dessus ; tout l’organe est finement velu ».
Enfin le Cola vera K. Schum. posséderait un androcée constitué par une masse capitée non divisée et subsessile.
L’examen de très nombreux matériaux vivants appartenant aux espèces : Cola nitida, Cola Ballayi et Cola acuminata, étudiés sur place et avec des fleurs à tous les états d’avancement, nous a montré que les caractères énumérés n’avaient aucune valeur spécifique. Dans les jeunes fleurs, alors que les loges des anthères sont encore loin de l’époque de leur déhiscence, l’androcée forme une masse arrondie sessile, les loges supérieures sont recourbées sur le disque jusqu’à se toucher, de sorte que l’androcée est alors subglobuleux et sessile ; plus tard, il s’épanouit et prend une forme cupuliforme. Enfin, à un âge avancé, lorsque les loges ont effectué leur déhiscence, le connectif s’étale en disque plan ou légèrement concave et plus ou moins profondément divisé par 10 fentes dont 5 plus profondes. La pubescence de l’androcée et l’allongement du stipe qui le porte quand la fleur est bien épanouie, sont des caractères qui varient d’une fleur à l’autre, parfois sur le même arbre, et nous avons observé ces variations sur toutes les espèces examinées.
Schumann a invoqué d’autres caractères pour distinguer les deux espèces productives de noix de Kola.
Il attribue au Cola vera un calice à 5 lobes, subpulvérulent-tomenteux à l’extérieur, glabre en dedans sauf à la base du tube. Le Cola acuminata aurait un calice à 5 ou 6 lobes et serait subtomenteux à l’intérieur et à l’extérieur.
Le nombre des lobes est généralement de 5 dans toutes les espèces que nous avons examinées, mais il peut être accidentellement aussi de 4 ou de 6 et parfois même de 7 ou de 8.
Quant à la pubescence, elle varie aussi et il n’y a point de différence notable d’une espèce à l’autre.
K. Schumann croyait aussi pouvoir distinguer Cola vera de Cola acuminata par la forme et la disposition des stigmates dans les fleurs femelles. Dans la première espèce, les stigmates seraient courts, obtus et apprimés « stigmatibus latis, appressis obtusis » ; dans Cola acuminata, ils seraient acuminés et recourbés, et distants de l’ovaire, « stigmatibus acuminatis, recurvatis ». Et les figures accompagnant le mémoire de K. Schumann exagèrent encore la description. Elles montrent en effet, chez C. vera (Fig. 25 de l’ouvrage de Schumann), des stigmates dilatés à l’extrémité et apprimés sur l’ovaire, comme s’ils lui étaient soudés dans toute leur longueur. La figure relative à C. acuminata (Fig. 26 de Schumann), montre au contraire des stigmates courbés en crochet, effilés, très aigus et bien écartés de l’ovaire. Ces dessins sont tous les deux certainement inexacts et l’étude de très abondants matériaux dans les herbiers et à l’état vivant ne nous a montré aucune différence notable dans la disposition du gynécée de ces deux espèces.
Enfin le même auteur pensait que, dans Cola vera, il existait toujours 6 ovules par loge, tandis que Cola acuminata en posséderait 10 à 12. Ce caractère différentiel lui-même ne résiste pas à l’examen de nombreux matériaux et, ainsi que nous le verrons, le nombre des ovules — et des graines — se rencontrant dans les deux espèces est sensiblement le même et très variable suivant la robustesse des carpelles et des follicules.
En définitive, le seul caractère valable, mis en relief par le savant botaniste berlinois, est l’existence constante de deux cotylédons dans les graines du C. vera et de 4 à 6 cotylédons dans les graines de son autre espèce. Mais cette différenciation avait déjà été faite par Barter, Cornu et Heckel.
En 1904, W. Busse tente aussi l’étude des Cola de la section Eucola vivant au Togo. Il décrit le Cola Supfiana Busse, qu’il considère comme une nouvelle espèce à plus de 2 cotylédons.
Nous avons pu examiner la plupart des types des espèces dont il vient d’être question. En 1901, le regretté professeur K. Schumann, nous montra les matériaux existant alors dans l’Herbier de Berlin et qu’il venait d’étudier. Il nous encouragea à poursuivre, au cours du voyage que nous allions entreprendre à travers l’Afrique, de nouvelles recherches sur les arbres producteurs de noix de Kola. Il estimait, en effet, que la systématique de ce groupe était encore très confuse.
Comme type de son Cola vera, il cite en première ligne le spécimen récolté par Afzelius à Sierra-Leone et un autre spécimen récolté par Gürich, à l’île Tumbo, en face Bulbiné. Cette île n’est autre chose que la ville actuelle de Conakry, visitée par nous et elle ne renferme à notre connaissance que des Cola nitida s.-sp. C. mixta A. Chev. C’est donc cette forme qu’il faudrait considérer comme étant plus particulièrement le type du C. vera K. Schum. En second lieu, le même auteur cite le spécimen de Cummins provenant de l’Achanti. Il est probable qu’il appartient à la race Cola nitida s.-sp., C. rubra A. Chev.
Aug. Chevalier et Ém. Perrot. Les Kolatiers.

Fig. 26. — Cola Supfiana Busse. Type de l’Herbier de Berlin.
K. Schumann considère naturellement comme type du Cola acuminata, le spécimen de Palisot de Beauvois qu’il n’a pas vu et qu’il indique à tort comme existant dans l’Herbier du Muséum de Paris.
A cette espèce il rattache les 5 variétés suivantes :
α. kamerunensis K. Schum., β. Ballayi K. Schum., γ. grandiflora K. Schum., δ. latifolia K. Schum., ε. trichandra K. Schum.
Nous avons déjà dit ce que nous pensions des variétés Ballayi et trichandra.
La variété grandiflora ne nous parait pas pouvoir être distinguée même comme simple variété, d’après ce que nous savons sur les variations dans la forme des feuilles et dans la dimension des fleurs parfois sur un même rameau. La variété kamerunensis semble pouvoir s’identifier avec le Cola Ballayi Cornu.
Quant au Cola acuminata var. latifolia K. Schum., récolté par Mann à Fernando-Pô et dont nous avons vu un bon spécimen à l’herbier de Kew, il nous paraît mieux caractérisé et nous y reviendrons dans un prochain chapitre.
K. Schumann n’eut pas connaissance de l’existence du Cola acuminata au Togo, du moins il ne l’y mentionne pas dans sa monographie. Dans un rapport du comte Zech[96], le Cola vera est signalé au Togo en 1901 ; le Cola acuminata, au contraire, qui semble être l’espèce dominante cultivée dans cette colonie, n’y est pas indiqué.
L’année suivante, Warburg décrit le Cola sublobata et le Cola astrophora, provenant aussi du Togo et dont nous avons déjà parlé. Dans les matériaux incomplets qui nous ont été communiqués sous ces noms par l’Herbier de Berlin, nous avons cru reconnaître seulement le Cola acuminata. Du reste, W. Busse identifie le Cola astrospora Warb. au Cola acuminata var. trichandra K. Schum. Pour le Cola sublobata, il y a doute dans notre esprit, le spécimen que nous avons vu étant très incomplet.
Le Cola astrophora, dont nous donnons la photographie (Pl. IX), est bien lui-même identique au Cola acuminata.
Quant au Cola Supfiana Busse[97], nous n’avons eu en main qu’un rameau stérile que nous reproduisons (fig. 26). D’après l’aspect et la nervation des feuilles, il ne nous semble point douteux qu’il s’agit du Cola acuminata ordinaire. L’espèce de Busse aurait les rameaux retombants et c’est le caractère le plus important invoqué par son auteur pour la distinguer de celle de Palisot de Beauvois. Or, le véritable Cola acuminata a souvent le port pleureur. Busse indique en outre que sa plante donne des Kolas mucilagineux connus sous le nom de Wasser Kola. Ce dernier caractère ferait penser qu’il s’agit de Cola verticillata, nommé Cola d’eau ou Cola mucilagineux au Dahomey et qui existe probablement aussi au Togo. Toutefois l’exemplaire d’herbier de Busse ne correspond certainement pas à cette dernière espèce.
Nous n’avons pas eu en main le type du Cola subverticillata De Wild. ; toutefois la description très précise de M. De Wildeman ainsi que les deux belles planches qui accompagnent son travail ne laissent aucun doute sur son identité avec le Cola Ballayi Cornu.
L’Herbier du Gabon, de Pierre, renferme de nombreux matériaux relatifs aux espèces Cola acuminata et Cola Ballayi. Cette dernière est étiquetée Bichea sulcata Pierre Mss. Nous nous en occuperons dans un des prochains chapitres.
CHAPITRE VIII.
Etude systématique des espèces de la section Eucola.
Tous les Cola de la section Eucola actuellement connus peuvent se classer de la manière suivante :
A. Graines toujours à deux cotylédons
1 C. nitida A. Chev
Arbre produisant exclusivement des noix rouges
1 a. sub-sp. C. rubra A. Chev.
Arbre produisant exclusivement des noix blanches
1. b. sub-sp. C. alba A. Chev.
Arbre produisant à la fois des noix rouges et des noix blanches et parfois aussi des noix roses
1 c. sub-sp. C. mixta A. Chev.
Arbre produisant de petites noix rose-pâle ou des noix blanches et des petites noix rose-pâle en mélange
1 d. sub-sp. C. pallida A. Chev.
B. Graines toujours à plus de deux cotylédons.
○ Follicules oblongs ou oblongs-allongés avec une crête dorsale bien marquée,
+ Feuilles alternes
2 C. acuminata Schott et Endl.
+ Feuilles verticillées par 3 ou par 4, rarement opposées
3 C. verticillata Stapf.
+ Feuilles subverticillées par groupes de 5 à 15
4 C. Ballayi M. Cornu.
○ Follicules subglobuleux, de la grosseur du poing
5 C. sphærocarpa A. Chev.
Les quatre premières espèces sont aujourd’hui complètement connues.
Pour la cinquième, nous ne possédons encore que des documents incomplets et il n’est pas certain qu’elle doive être maintenue dans la section Eucola, lorsque ses feuilles et ses fleurs seront étudiées.
1. Cola nitida A. Chev. (comb. nov.).
Sterculia nitida Vent. ! Jard. Malmaison (1804) tab. 91, adnot.
Sterculia grandiflora Vent. ! loc. cit., t. 91, adnot.
Sterculia acuminata mult. auct. (non Pal. Beauv.).
Cola acuminata mult. auct. (Masters ! Baillon, etc.), pro parte.
Cola acuminata Heckel ! (non Schott et Endl.,). Ann. mus. Marseille, I (1893), p. 22 et suiv. et fig. 2.
Cola vera K. Schum. ! Notizbl. bot. Gart. Berl., III (1900), p. 10, Monograph. afric. Pflanz. V. Sterculiacæ (1901), p. 124.
Cola sublobata et C. astrophora Warb. pro parte, Tropenpfl., 1902 (pour la description des noix seulement).
Arbre de moyenne grandeur, ayant de 6 mètres à 15 mètres de haut et parfois de 20 à 25 mètres au milieu de la forêt, à tronc de 25 cm. à 50 cm. de diam. et de 3 mètres à 12 mètres de long, souvent bifurquée à mi-hauteur. Branches étalées ou ascendantes.
Jeunes rameaux verts, glabres.
Feuilles grandes, glabres, assez longuement pétiolées, toujours alternes, rarement subopposées, à insertions souvent rapprochées à l’extrémité et formant des rosettes terminales, mais non de faux-verticilles comme dans C. Ballayi.
Limbe coriace-parcheminé, d’un vert mat en-dessus, rarement luisant, oblong, cunéiforme à la base, rarement arrondi, acuminé et obtusiuscule au sommet (acumen plus ou moins long et ordinairement droit), long de 18 cm. à 28 cm., sur 6 cm. 5 à 10 cm. 5 de large. Nervure médiane très saillante sur les deux faces ; nervures secondaires de 5 à 8 paires, très ascendantes. Inflorescences en petites grappes, longues de 2 cm. à 5 cm. pédoncules compris, insérées à l’aisselle des feuilles ou des cicatrices foliaires. Rachis pulvérulent-blanchâtre par la présence de poils étoilés.
Les grappes sont composées exclusivement de fleurs mâles ou comprennent des fleurs mâles et des fleurs hermaphrodites ; parfois les deux sortes d’inflorescences existent sur un même rameau ; dans ce cas, un rameau produit des grappes mâles avant de produire des grappes hermaphrodites.
Pédicelles longs de 6 mm. à 12 mm., blancs-tomenteux. Boutons floraux tomenteux-blanchâtres, subglobuleux. Calice de 15 mm. à 30 mm. de diam. (et jusqu’à 40 mm. pour quelques fleurs hermaphrodites), à tube urcéolé ou subcampanulé de 3 à 5 mm. de long, donnant insertion à 5 lobes (très exceptionnellement 4 ou 6) ovales lancéolés, d’abord soudés par le haut, ensuite étalés, parsemés de poils blancs-étoilés en dedans, couverts en dehors de poils analogues, plus nombreux et formant un revêtement laineux. Toute la fleur est d’un blanc-jaunâtre à l’exception de 15 nervures d’un pourpre noirâtre, très saillantes, s’étendant du fond du tube jusqu’au milieu des lobes (3 nervures pourpres par lobe) ; seule une race peu répandue, a les fleurs entièrement d’un blanc-crême sans stries pourpres.
Fleurs mâles : androcée porté sur un stipe grêle de 0 mm. 5 à 1 mm. 5, terminé en cupule, d’abord subglobuleux, plus tard étalée en disque un peu concave avec 10 dents plus ou moins profondes où s’insèrent au centre 5 stigmates rudimentaires.
Fleurs hermaphrodites : anthères petites sur deux rangs de 10 loges superposées et souvent divergentes, insérées tout au fond du calice, autour de la base de l’ovaire ; celui-ci est subsphérique, à 5 (ou parfois 6) carpelles ovoïdes, blancs ou roux, tomenteux, terminés par autant de styles linéaires, subulés ou obtusiuscules, réfléchis et descendant presque au niveau des étamines mais sans être soudés aux ovaires. Ovules 6 à 12 par carpelle, disposés sur deux rangs.
Jeunes fruits comprenant 4 ou 5 carpelles (rarement 6), ovoïdes, étalés en étoile, parfois un peu pendants ou au contraire ascendants, verts ou blanchâtres, glabres de bonne heure.
Fruits adultes formés de 1 à 5 carpelles oblongs, ou ellipsoïdes, parfois asymétriques, renflés sur les côtés, longs de 8 cm. à 12 cm. sur 4 cm. à 8 cm. de large, d’un vert clair ou lavés de blanc à la base, parfois d’un roux-ferrugineux, très brièvement stipités à la base, terminés au sommet en bec court obtus ou émarginé. Surface supérieure avec crête étroite et très saillante, surface inférieure avec un sillon ventral plus ou moins profond ; péricarpe épais de 6 à 10 mm., à paroi externe lisse ou bombée, parfois scoriacée et couverte de grosses verrues très rapprochées les unes des autres ; paroi interne lisse et blanche. Graines, 3 à 10 par carpelle (très rarement une ou deux), ovoïdes ou subglobuleuses, plus ou moins anguleuses par compression, munies d’un tégument blanc, spongieux, épais de 3 mm. à 5 mm.
Amandes de couleur et de taille très variables suivant les races, mais toujours à deux cotylédons, pouvant peser à l’état frais, de 3 grammes à 100 grammes, prenant en quelques minutes, dès qu’elles sont brisées, une couleur jaune safran. Saveur agréable, d’abord un peu amère, puis sucrée après salivation.
Cette espèce fournit les noix les plus appréciées.
Distribution géographique. — Incontestablement spontané dans la forêt vierge de la Côte d’Ivoire et du Libéria entre le 5e et le 7e parallèles. Les diverses races énumérées ci-après (sauf la quatrième) sont en outre cultivées en grand, non seulement au Libéria et à la Côte d’Ivoire, mais aussi dans la Guinée française (jusqu’à 1200 mètres d’altitude), à Sierra-Leone, dans le Gold-Coast, dans quelques villages de la Nigéria anglaise et au Togo allemand.
Depuis quelques années, l’espèce est en outre introduite dans les plantations européennes au Togo, au Dahomey, à Lagos, au Cameroun et au Gabon.
Figures et Planches relatives à cette espèce : Figures 1 (hors texte), 5, 10, 11, 27, 28 (hors texte), 31 et 32 (hors texte).
Planches : I, II, III, IV, V, X, XI, XII, XIII, XV, XVI (3 à 9).
Observations. — Comme toutes les plantes cultivées depuis une époque très reculée, le Cola nitida présente un très grand nombre de variétés, l’organe sur lequel portent les variations étant surtout l’amande. Ces variations sont d’autant plus nombreuses et désordonnées que les indigènes ne savent pas multiplier les variétés pures les plus intéressantes et ne pratiquent ni la sélection méthodique des semences, ni le greffage.
Du reste, ils ne distinguent pas ces variétés et disent que les qualités qu’ils attribuent aux noix de certains arbres sont dues de la nature du sol, au climat, etc. Sur les marchés, les amandes sont classées sous les appellations de Kolas blancs, Kolas rouges, Kolas roses, Kolas verts, petits Kolas, etc. appellations qui ne servent nullement à désigner des variétés d’arbres producteurs, mais exclusivement la denrée commerciale vendue. Pour différencier ces variétés, il faudrait en faire sur place une étude attentive, et encore il serait nécessaire de suivre les mêmes exemplaires à toutes les étapes de leur développement. Cela n’était pas possible au cours des voyages que nous avons effectués, mais toutes les formes que nous avons observées peuvent néanmoins être reparties dans les quatre sous-espèces décrites ci-après (le mot sous-espèce ayant ici plutôt le sens de race culturale) :
s.-sp. 1 a. Cola rubra A. Chev. (s.-sp. nov.)
Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis omnibus purpureis.
Fleurs de taille très variable, à calice constamment strié de pourpre-noirâtre. Urcéole staminal des fleurs mâles lavé de pourpre. Follicules ordinairement gros, renflés, dépourvus de tubercules à leur surface, lisses ou grossièrement bosselés. Amandes, toutes d’un rouge sombre à maturité, prenant avant complet développement une teinte d’un rouge cerise ou carmin. Chair rosée non mucilagineuse. Amandes fraîches ayant un poids variant de 7 grammes à 100 grammes, pesant d’une manière courante 10 grammes à 25 grammes.
Distribution géographique. — Guinée française : quelques exemplaires çà et là dans les plantations du Kissi et des pays Tômas et Manons (région de Lola).
Côte d’Ivoire : assez répandu dans le nord-ouest de la forêt (Pays Diola, Pays Bété). Çà et là dans l’intérieur de la forêt : Pays Los ou Gouros, Pays Abé !
Gold Coast : Pays Achanti où cette race existerait à l’exclusion de toutes les autres.
Noms vernac. — Kola rouge, noix de Gondja, Kola de l’Achanti (Colons), Gonja (dans la Nigéria, d’après Barter).
s.-sp. 1 b. Cola alba A. Chev. (s.-sp. nov).
Floribus integiter luteo-albidis, sine lineolis purpureis, nucleis omnibus albidis.
Cola alba A. Chev. C. R. Acad. Sc., 7 mars 1910.
Cola macrocarpa Barth ; Binger, du Niger au Golfe de Guinée, I, p. 312 (non G. Don), pour les noix de l’Anno.
Fleurs de taille moyenne (18 mm. de diam. environ dans les fleurs mâles) à calice entièrement d’un blanc-jaunâtre sans stries rouges à la base sur la face interne ; lobes formant un bouton subglobuleux avant l’anthèse, couverts de poils blancs étoilés en dedans et en dehors. Fleurs mâles : androcée complètement blanc, porté par un stipe très court ou presque nul, connectif commun terminé par un disque, correspondant aux 10 loges supérieures des anthères. Au centre du disque, le gynécée avorté fait saillie sous forme de 5 petits mamelons accolés et blanchâtres. Fleurs hermaphrodites inconnues.
Fruits mûrs composés de follicules vert-pâle à maturité, ovoïdes-ellipsoïdes, brièvement stipités à la base, terminés au sommet par un bec court et obtus, portant en-dessus un crête dorsale peu saillante et en-dessous un sillon ventral très peu accusé ; la surface du péricarpe est légèrement bosselée, mais non profondément scoriacée-tuberculeuse. Graines 3 à 9 par follicule, assez grosses, avec un tégument peu épais, noix grosses (pesant 25 à 30 grammes en moyenne), toutes d’un blanc de neige lorsqu’elles viennent d’être dépouillées du tégument, prenant longtemps après une teinte blanc sale ou blanc-jaune pâle. Chair blanche non mucilagineuse, prenant une teinte jaune-safran sitôt brisée et exposée à l’air.
Saveur un peu moins âpre que dans la race précédente et dans la race suivante.
Distribution géographique. — Guinée française : Bangadou dans le Kissi ! et dans quelques autres villages de la même région. Cette race est rare et on en rencontre seulement quelques individus dans un petit nombre de points.
D’après des renseignements indigènes, elle existerait aussi dans le Samo et dans le Pays Toma au sud de Diorodougou.
Fig. 27. — Fleurs de Cola nitida A. Chev. — A et A1, sous-espèce C. alba A. Chev. A, fleur épanouie ; A1, fleur en bouton ; B, sous-espèce C. mixta fleur épanouie ; B1 et B2, androcée d’une fleur mâle vu au dessus et de profil ; B3, le même en coupe longitudinale.

Côte d’Ivoire : Daloa dans le Pays Bété (d’après le lieutenant Ripert).
Figure relative à cette sous-espèce : Fig. 27, A et A1.
Observation. — Le Kola blanc du pays des Ngans à la Côte d’Ivoire connu des dioulas soudanais sous le nom de Kola blanc de l’Anno, et sur lequel Binger a le premier attiré l’attention, est produit par un arbre que nous avons étudié sur place et qui se différencie assez sérieusement de la race que nous venons de décrire. Les fleurs ne sont pas complètement blanches, mais le périanthe est strié de pourpre comme dans les autres races. Les follicules mûrs ont la forme de ceux du Cola alba du Kissi et ils renferment aussi de 3 à 9 graines de grosse taille. Les noix sont extérieurement d’un blanc-jaunâtre, plus ou moins lavées d’un vert pâle surtout sur les bords des cotylédons et sur les faces cotylédonaires en contact. Cette teinte verte domine même sur toute la surface quand les noix ont été cueillies avant maturité. Les noix non encore mûres contenues dans le fruit sont entièrement vertes à leur surface, mais blanches à l’intérieur. Certaines amandes mûres sont, à l’état frais, d’un jaune-verdâtre, légèrement lavées de rose. Dans tous les cas, la chair est blanche et très ferme ; brisée, elle prend aussitôt une teinte jaune-safran dans la partie déchirée. L’embryon est constitué par 2 cotylédons légèrement fendus du côté de la radicule. On rencontre accidentellement des noix à 3 ou même à 4 cotylédons mais à peine dans la proportion de 1 pour 1.000. A l’encontre du Kola blanc du Kissi (qui est le plus estimé de tous les Kolas) la noix blanche de l’Anno n’est pas prisée par tous les dioulas et certains affirment qu’elle ne se conserve jamais plus de 2 à 3 mois. Il ne faut pas confondre ces noix blanches avec les petites noix roses de l’Anno, vendues souvent en mélange et dont il sera question à propos du Cola pallida[98].
s.-sp. 1 c. Cola mixta A. Chev. (s.-sp. nov.)
Floribus albo-tomentosis cum lineolis purpureis ; nucleis albidis et purpureis intermixtis in singulos folliculis.
Mêmes fleurs que C. rubra. Follicules ovoïdes, oblongs, tantôt lisses ou un peu bosselés, tantôt assez fortement tuberculeux à la surface. Noix rouges et noix blanches (et parfois des noix rosées) sur le même arbre, ordinairement en mélange dans les mêmes follicules, parfois portées sur des follicules différents.
Distribution géographique. — Cette race est de beaucoup la plus répandue dans les cultures de l’Afrique occidentale (à l’exception de la Gold-Coast où domine C. rubra). D’après le rapport officiel publié dans l’Agriculture pratique des Pays chauds, 1907, 1er sem., elle existe, à l’exclusion de toutes les autres, dans la région littorale de la Guinée française. C’est aussi la seule que nous ayons observée dans les cercles de Faranna ! de Kouroussa ! et Kankan ! Enfin elle domine dans le Kissi ! le pays Tôma ! et dans le Nord-Ouest de la forêt de la Côte d’Ivoire ! Dans le centre et le nord de la forêt, surtout loin des villages, c’est C. pallida qui prend sa place, mais C. mixta s’y rencontre néanmoins.
Observation I. — Dans le Cola mixta, les noix rouges sont en général dans la proportion de 2/3 ou 3/4 ; les noix blanches ou roses ne formant que le tiers ou le quart. Ces proportions se rapprochent de celles qui sont admises pour le retour aux caractères des parents dans les descendants d’hybrides (loi de Mendel). Aussi avons nous récemment émis l’hypothèse que le Cola mixta était un hybride de C. rubra et C. alba. Cependant il convient d’observer que suivant la loi de Mendel, dès la 2e génération, une partie des arbres devraient donner exclusivement des noix rouges et une partie des autres exclusivement des noix blanches. Or, il n’en est pas ainsi puisque presque partout c’est C. mixta qui prédomine. Nous reviendrons sur ce point dans le chapitre relatif à la biologie.
Les noix rouges et les noix blanches sont disposées sans ordre dans les follicules. Dans une cabosse comprenant 9 graines, nous avons trouvé, par exemple, en allant du pédoncule vers l’extrémité : 1re paire, noix rouge à gauche, noix rouge à droite ; 2e paire, noix rouge à gauche, noix blanche à droite ; 3e paire, noix rouge à gauche et noix blanche à droite ; 4e paire, noix blanche à gauche, noix rouge à droite ; 5e une noix rouge à gauche, rien à droite. Soit 3 noix blanches et 6 noix rouges.
Observation II. — La forme des feuilles varie beaucoup d’un arbre à l’autre. En Guinée française, outre le type (Fig. 2), nous avons distingué deux variations assez différenciées, mais nous ignorons si elles sont héréditaires. L’une, forma angustifolia A. Chev. (Fig. 28 hors texte), observée dans le Haut-Niger (cercle de Kouroussa) a les feuilles étroites, presque oblongues-linéaires ; l’autre, recueillie à Conakry : forma latifolia A. Chev., a au contraire les feuilles larges nettement obovales.
Aucun autre caractère ne nous parait distinguer ces formes.
s.-sp. 1 d. Cola pallida A. Chev. (s.-sp. nov.).
Floribus albo-tomentosis, cum lineolis purpureis ; nucleis minoribus roseo-pallidis, vel roseis et albidis intermixtis.
Race fréquemment dioïque ou plutôt comprenant des individus ne portant que des fleurs mâles et d’autres individus portant à la fois des fleurs mâles et des fleurs hermaphrodites, soit sur les mêmes inflorescences soit sur des racèmes séparés.
Calice ordinairement de petite taille dans les fleurs mâles. Stipe de l’androcée court, disque staminal en soucoupe avec 10 crénelures un peu inégales.
Follicules jeunes presque toujours entièrement couverts d’une pulvérulence blanchâtre disparaissant rapidement ou persistant presque jusqu’à maturité. Follicules adultes d’un vert jaunâtre, de 8 cm. à 10 cm. de long sur 5 cm. à 7 cm. de large, ovoïdes ou oblongs, terminés par un appendice en bec d’oiseau. Les follicules sont ordinairement ascendants et constituent dans leur ensemble un groupe concave en-dessus. Suture dorsale formant une crête faisant saillie de 2 mm. à 5 mm., souvent sillonnée au milieu ; suture ventrale plus ou moins profondément sillonnée au milieu, le sillon étant fréquemment bordé de deux bourrelets peu proéminents et plus ou moins ondulés et mamelonnés. En outre, les bords et la face inférieure présentent des tubercules scoriacés très saillants, réunis les uns aux autres et donnent au follicule un aspect très spécial. Graines, 1 à 12 par follicule et parfois jusqu’à 20, d’après des renseignements d’indigènes (le plus souvent 5 ou 7), à amandes ordinairement d’un rose pâle, parfois rouges comme dans Cola rubra, mais constamment plus petites et dans ce cas ayant une teinte d’un rose-vif avant maturité ; la chair est également d’un rose-vif ou d’un rouge-foncé ; enfin on trouve parfois en mélange de petites noix blanches ou plutôt d’un jaune-verdâtre à l’état frais. Les noix prennent une teinte jaune-safran dès qu’elles sont brisées ; elles pèsent le plus souvent de 3 à 12 grammes. Leur saveur est agréable, mais elles sont pourtant peu estimées par les soudanais.
Aug. Chevalier et Em. Perrot. — Les Kolatiers. 128 bis.

Fig. 28. — Cola mixta A. Chev.
1, forma latifolia A. Chev. avec de jeunes fruits ; 2, forma angustifolia A. Chev. en fleurs. 3, Fleur femelle du précédent grossie.
Distribution géographique. — Côte d’Ivoire : Assez commun dans la forêt, spécialement dans le moyen Sassandra et le moyen Cavally, dans le Pays Abé, le Morénou et dans la région d’Akouakoumékrou sur le moyen Comoë.
Nom vernac. — Oua na (Abé) m. à m. Kola du sanglier (ou du potamochère), à cause de la couleur des noix.
Figures et Planches relatives à cette sous-espèce : Fig. 31 dessins 3 et 4, Planche XII.
2. Cola acuminata (Pal. Beauv.) Schott et Endl.
Sterculia acuminata Pal. Beauv. ! Fl. Oware et Bénin, I (1804), 41, Pl. XXIV.
Sterculia acuminata mult. auct. pro parte, Baillon ! Adansonia, X, p. 69, Hist., Pl. IV, Masters !
Sterculia macrocarpa G. Don, Syst. I (1831), p. 515-516.
Cola acuminata Schott et Endlicher, Meletemata bot. (1832), p. 33.
Cola acuminata R. Brown., pro parte, in Bennett, Pl. Jav. rar., p. 237[99].
K. Schum. ! (inclus. var. Ballayi, grandiflora, trichandra), in Engler, Monograph. Afrik. Pflanz. Sterculiacæ, p. 125.
Cola Ballayi Heckel, pro parte, l. c., p. 33, 101 et 104 et Pl. III.
Bichea sulcata Pierre, Mss. in Herb. Mus. Paris.
Cola sublobata ! et Cola astrophora Warb., pro parte ! Tropenpflanz.
Cola Supfiana W. Busse ! Beiheste Tropenpflanz., 1906, no 4 et 5, p. 63 et fig. 5.
C. thomensis A. Chev. in Almada Negreiros. Colonies portugaises, études documentaires, Paris, 1906, p. 207.
Arbre de 6 m. à 12 m. de haut, atteignant très exceptionnellement 15 m. à 20 m., à tronc de 15 cm. à 40 cm. de diamètre, souvent fourchu à 1 m. ou 2 m. au-dessus du sol ; rameaux étalés irrégulièrement de sorte que le port n’est pas uniforme ; parfois les branches sont en partie retombantes. L’aspect rappelle C. nitida, mais le feuillage est beaucoup plus clairsemé ; jeunes rameaux verts ou parfois glauques, glabres, à entrenœuds courts. Feuilles alternes (ou rarement quelques-unes subopposées), à limbe subcoriace, oblong, ou parfois oblong-linéaire ou elliptique, mesurant 7 cm. à 22 cm. de long et 3 cm. à 10 cm. de large ; base tantôt arrondie, tantôt cunéiforme, parfois très aiguë ; extrémité plus ou moins longuement acuminée (à acumen étroit, obtusiuscule, long de 8 à 15 mm., presque toujours déjeté d’un côté) ; surface supérieure vert-sombre, luisante, l’inférieure vert-pâle ou vert-jaunâtre, également un peu luisante. Nervure médiane saillante des deux côtés ; nervures latérales I, 6 à 10 paires moyennement ou très ascendantes, peu en relief, souvent entremêlées avec des nervures latérales II, non régulièrement arquées, mais souvent en zig-zag à leur extrémité ; réticules assez larges, peu apparents. Inflorescences débutant par des gemmules globuleuses, enveloppées à l’extérieur par de nombreuses bractées ovales-concaves, très imbriquées, promptement caduques ; gemmules disposées à l’aisselle de feuilles inférieures ou des cicatrices foliaires ou insérées sans ordre le long des entre-nœuds. Inflorescences épanouies formant de petits racèmes très rameux dès la base, longs de 4 cm. à 7 cm., à rachis couverts de petits poils blancs très apprimés. Pédicelles de 4 mm. à 10 mm.
Fleurs ordinairement assez petites, d’un blanc-jaunâtre, légèrement verdâtre, à calice rotacé ou subcampanulé, de 12 à 15 mm. de diamètre quand il est épanoui, mais pouvant atteindre une taille beaucoup plus grande, surtout pour les fleurs hermaphrodites, divisé en 5 ou 6 lobes profonds, lancéolés, à bords relevés et très amincis vers le dessus, longs de 5 à 7 mm. portant 3 stries d’un pourpre-noirâtre à la base ; surface externe couverte de fins poils étoilés, l’interne glabrescente ou avec quelques poils blancs entremêlés avec des poils étoilés.
Fleurs ♂ à calice rotacé ; stipe staminal adulte long de 1 mm. à 2 mm., finement pubescent. Androcée d’abord urcéolé, les dix loges supérieures groupées 2 à 2 et incurvées en-dessus de manière à limiter une cupule de 2 mm. de diamètre ; après leur déhiscence, les loges supérieures s’étalent en un disque légèrement concave formé de cinq branches bifides un peu relevées et limitant un connectif commun orbicuforme, pubérulent, au centre duquel se trouvent les cinq pistils rudimentaires.
Aug. Chevalier et Ém. Perrot. Les Kolatiers.

Fig. 29. — Cola acuminata Schott et Endl.
1 à 4, androcée d’une fleur mâle ; 1 et 2, à l’état jeune ; 3 et 4 quand la fleur est épanouie ; 5 et 6, fleur femelle ; 7, disposition des ovules dans une loge carpellaire ; 8, un carpelle isolé ; 9, carpelles ascendants commençant à se développer après la fécondation d’une fleur ; 10, un carpelle coupé transversalement ; 11, carpelles étalés normalement au pédoncule floral et commençant aussi à se développer.
Fleurs hermaphrodites à calice plus ou moins campanulé, pouvant atteindre jusqu’à 25 mm. de diamètre, à 5 (parfois 4) carpelles pubescents-blanchâtres, surmontés de stigmates recourbés, non adnés, étroits, aigus, l’ensemble du gynécée formant une masse ovoïde-tronquée. Etamines composées de 20 loges, à raison de 4 à la base de chaque carpelle, superposées 2 à 2.
Jeunes fruits composés de 3 à 5 carpelles oblongs-linéaires, ordinairement redressés et limitant une sorte d’urcéole ; parfois aussi ils sont étalés dans un plan normal au pédoncule et ils forment ainsi une étoile à 3 ou 5 branches, mais jamais ils ne sont décombants comme dans certaines formes de C. nitida. Follicules jeunes (longs de 6 cm. sur 1 cm. 8 de diamètre) étroitement oblongs, non stipités à la base, plus ou moins atténués au sommet en bec obtus, comprimé, droit, occupant environ le tiers de la longueur totale du follicule. Face supérieure munie d’une crête supérieure peu saillante, un peu sillonnée ; face ventrale avec un sillon évasé peu profond ; faces latérales sans tubercules, plus ou moins lisses, couvertes jusqu’à un âge avancé d’une pulvérulence roussâtre ou cendrée formée de petits poils étoilés. Follicule adulte ovoïde-oblong, pouvant avoir 12 cm. à 20 cm. de long sur 6 cm. à 8 cm. de large au milieu, étalé ou ascendant, stipité à la base, terminé au sommet par un bec très allongé, subtriquêtre, pouvant atteindre 2 cm. à 4 cm. à l’état adulte, d’un vert pâle souvent parsemé de plaques roussâtres à maturité. Face supérieure et face inférieure presque toujours profondément sillonnées (d’où le nom Bichea sulcata Pierre Mss.). Faces latérales à peine bosselées, non verruqueuses, scoriacées. Péricarpe épais de 3 à 5 mm., lisse et d’un blanc légèrement jaunâtre à l’intérieur.
Graines 1 à 9 (le plus souvent 5 à 8) par follicule, insérées sur deux rangs par un hile pouvant atteindre 5 cm. de large, les plus grosses mesurant 5 cm. 5 de long sur 4 cm. de diamètre et pouvant peser de 40 à 60 grammes (tégument compris).
Tégument blanc-jaunâtre à l’extérieur, épais de 3 mm., spongieux. Amandes ovoïdes, polyédriques par compression, pouvant atteindre 3 cm. à 4 cm. de diamètre et un poids de 5 grammes à 50 grammes, roses ou d’un blanc légèrement rosé (dans ce cas, la teinte rose est plus accusée à l’extrémité des cotylédons à l’opposé du hile), les blanches plus ou moins lavées de vert lorsque les graines sont cueillies depuis longtemps ou en voie de germination, ayant toutes 4 à 5 cotylédons avec une fente à leur base de 4 à 8 mm. Chair rose ou d’un blanc très légèrement rosé dans les noix blanches, prenant une teinte violacée quand on les brise puis tournant au brun ferrugineux. Noix à saveur agréable, mais un peu mucilagineuses, beaucoup moins appréciées que les noix de Cola nitida.
Distribution géographique. — Côte d’Ivoire : cultivé sur la côte de Krou dans le Bas-Cavally, depuis la mer jusqu’à Taté et Grabo ! (L’espèce a été introduite depuis quelques années seulement par les Kroumen, retour de San-Thomé et de Fernando-Pô ; mais dans tout le Bas-Cavally le Cola nitida prédomine). — Togo (Comte Zech, W. Busse), — Bas-Dahomey : quelques exemplaires plantés dans la plupart des villages depuis la côte jusqu’au septième parallèle. — Nigéria anglaise : cultivé autour des villages depuis Lagos jusqu’à Ibadan. Bénin (Palisot de Beauvois). Commun depuis le delta du Niger jusqu’à la province de Nupé (Barter !), Old-Calabar ! — Cameroun : A. C. à travers la forêt, parfois planté. — Afrique équatoriale française : C. dans presque tout le Gabon : Libreville ! Mayumbe ! Forme en certains endroits l’essence dominante de la forêt. Fernando-Pô (Barter !) — Ile de San-Thomé, çà et là dans les plantations depuis le niveau de la mer jusqu’à 800 mètres d’altitude. Y semble cultivé et naturalisé plutôt que spontané. — Angola (Welwitsch !).
Noms indigènes. — Kola à 4-5 lobes, Petit Kola du Dahomey, Kola du Gabon (colons), Hobi (nago), Guiti (dahoméen), Kola mâle (indigènes du Dahomey), Abata Kola (Lagos), Fatak (Nigéria, d’après Barter), Ombéné (mpongoué), Abel (pahouin).
Figures et Planches relatives à cette espèce : Figures 13 (hors texte), 25, 26, 29, 30 ; Planches VI, IX, XIV.
Observations. — La plus répandue de toutes les espèces de la section Eucola, elle se rencontre à l’état spontané ou cultivé depuis le 7° de latitude Nord (au Dahomey et au Togo) jusqu’au 4° de latitude Sud (Angola). Dans ces régions, elle présente vraisemblablement les races analogues à celles que nous avons décrites pour le C. nitida, mais elles nous sont encore trop imparfaitement connues pour que nous cherchions à les différencier ici. Au Dahomey, les arbres produisant exclusivement des noix d’un rouge vineux sont les plus abondants, mais on rencontre aussi des Kolatiers dont les follicules renferment des noix rouges et des noix blanches ou d’un rose très pâle. Nous avons observé à San-Thomé, à la roça de San-Miguel, un Kolatier, du groupe C. acuminata, produisant exclusivement de grosses noix blanches à peine rosées. Nous avons figuré deux follicules de cette race (Fig. 30). D’après le P. Klaine, il n’y a pas de Kolas blancs à Libreville, mais il en existe à 15 heures au Nord-Ouest, ainsi que dans le Haut Ogoué (in litt. ad L. Pierre).
Fig. 30. — Cola acuminata Schott et Endl. Forme de San-Thomé. Follicules à deux états de développement vus par la face ventrale ; celui de gauche est encore jeune, celui de droite est presque mûr.

3. Cola verticillata Stapf Mss. (comb. nov.).
Sterculia verticillata Thonning in Schum. Beskr. Guin., II, 1827, p. 14.
Cola Johnsoni Stapf Mss. in Herb. Kew. (olim).
Cola anomala K. Schum. in Engler. Monograph. afrik. Pflanz. v. Stercul. (1901), p. 134 et pl. XVI, fig. B.
Arbre atteignant une grande taille (jusqu’à 25 m. de hauteur), à tronc droit, régulier, de 4 m. à 8 m. de hauteur sans branches et de 30 cm. à 50 cm. de diam. ; branches formant une tête arrondie ; rameaux la plupart pendants. Ramules dressées, vertes, glabres ou présentant de très rares poils étoilés roussâtres ; entre-nœuds longs de 2 cm. à 12 cm. Feuilles verticillées, par 3 ou plus souvent par 4, parfois opposées aux nœuds inférieurs, à limbe subcoriace, oblong ou oblancéolé, parfois obovale elliptique, ordinairement très aigu à la base, terminé au sommet par un acumen très étroit aigu ou rarement obtusiuscule, de 6 à 10 mm. de long, à bords légèrement incurvés en dessous, long de 12 à 25 c., large de 4 cm. 5 à 12 cm., glabre sur les deux faces, à surface supérieure vert-sombre, luisante, l’inférieure d’un vert-jaunâtre, à nervure médiane saillante des deux côtés ; nervures latérales I : 5 à 8 paires, saillantes sur les deux faces, très ascendantes, à courbes régulières, en arceaux à l’extrémité, passant tout près des bords ; nervures latérales II ordinairement absentes ; réticules des nervilles étroits, très apparents en dessous. Pétioles étalés presque horizontalement aux nœuds inférieurs, très grêles, longs de 2 cm. à 5 cm. 5, renflés aux deux extrémités formant un angle très obtus avec le plan du limbe. Stipules linéaires très aiguës, de 5 mm. de long, formant un bourgeon pointu à l’extrémité des rameaux.
Aug. Chevalier et Em. Perrot. — Les Kolatiers. 136 bis.

Fig. 31. — Cola nitida A. Chev.
1, Un follicule de la sous-espèce C. mixta encore fixé à son pédoncule. 2, Autre follicule parvenu à maturité et à valves inégales. 3 et 4, Un fruit jeune de Cola pallida, vu de profil et vu en-dessus.
Aug. Chevalier et Em. Perrot. — Les Kolatiers. 137 bis.

Fig. 32. — Cola nitida A. Chev. s. sp. ; C. mixta A. Chev., forme des Iles Scherbro (Sierra-Léone).
(Follicules presque mûrs communiqués par M. H. Fillot).
Grappes courtes (de 1 cm. à 3 cm. de long), insérées à l’aisselle des feuilles, isolées ou groupées par deux ou trois, à rachis couvert d’un tomentum fauve ; fleurs accompagnées jusqu’à un âge avancé de bractées ovales, aiguës, très concaves ; calice de 12 mm. à 18 mm. de diamètre, à 5 divisions deltoïdes, aiguës, pubescentes des deux côtés. Fleurs mâles à périanthe formant un bouton subglobuleux avant l’épanouissement ; androcée subsessile portant deux rangs de 10 anthères, celles du rang supérieur faisant un peu saillie au dessus du disque en formant 10 petits créneaux. Fleurs femelles à gynécée subglobuleux, pubescent, formé le plus souvent de 5 carpelles ; jeunes carpelles longs de 11 cm. sur 5 cm. de large au milieu, finement rugueux et blanchâtres à la surface par la présence d’un tomentum aranéeux.
Fruits adultes, portés sur des pédoncules de 3 cm. à 4 cm. de long sur 10 mm. de diamètre. Carpelles, 3 à 5, étalés normalement au pédoncule, obovoïdes, ventrus sur les bords, non tuberculeux-scoriacés à la surface, longs de 10 cm. à 14 cm. sur 6 cm. 5 à 8 cm. de large, à peine stipités à la base, terminés au sommet par un bec comprimé obtus de 15 mm. de long. Chaque carpelle à maturité porte sur la face supérieure un sillon très évasé ; la face inférieure est aplatie ou légèrement sillonnée au milieu. Graines 4 à 9 par carpelles, disposées sur deux rangs, ovoïdes-comprimées, ordinairement plus grosses à l’état adulte que les graines de C. acuminata, croissant dans les mêmes conditions ; surface externe du tégument luisante, blanche, marbrée de rose clair. Amandes d’un rouge-vineux, comprenant 3 à 5 cotylédons, dont un cotylédon souvent beaucoup plus court que les autres (parfois atteignant à peine la moitié de la hauteur de l’amande). Chair d’abord rouge-vif, puis devenant violacée aussitôt qu’on la brise, enfin prenant à la longue une teinte d’un brun-ocracé, présentant un liséré blanc sur le bord externe des cotylédons.
Distribution géographique. — Gold-Coast : dans l’Aquapim (Thonning !), environs d’Aburi (Johnson, no 1051 !). Bas Dahomey : environs de la gare de Sakété, dans un îlot de forêt vierge où quelques plantes ont été observées par M. Noury qui nous les a montrées. Forêts de Brouadou et de Saouro dans la même région ! Au dire des indigènes, la plante existerait encore dans les forêts du Mono et des environs d’Allada. Cette espèce se rencontrerait aussi dans la Nigéria du Sud, entre Lagos et la frontière du Dahomey (renseignements d’indigènes). Au Dahomey, la plante croît à l’état spontané le long des cours d’eau et dans les parties marécageuses des forêts. Parfois on rencontre quelques exemplaires plantés par mégarde au milieu des Cola acuminata ; les indigènes les abattent fréquemment.
Enfin nous pensons que c’est à cette espèce que se rapporte la plante nommée par K. Schumann Cola anomala, découverte par Conrau au Cameroun, station de Bangoué ; l’aire serait donc assez étendue.
Noms vernac. — Kola d’eau (colons). C’est probablement le Wasser Kola du Togo. Abidan (nago). Ne pas confondre avec Abidoum qui est le nom de l’amande du Carapa procera au Dahomey. Holovi (dahoméen), mot à mot Kola mucilagineux.
Figures relatives à cette espèce : Figures 3 (hors texte) et 4.
Observations. — L’amande fraîche et non complètement mûre a une saveur qui rappelle la noix de Cola nitida non mûre. Elle est un peu amère, mais laisse une saveur agréable dans la bouche, de sorte qu’elle contient sûrement de la caféine[100]. D’ailleurs quelques dahoméens mangent la noix quand ils la rencontrent, mais elle est considérée comme ayant très peu de valeur et ne se vend pas sur les marchés.
La jeune noix ne paraît pas plus mucilagineuse que les autres sortes de Kolas.
L’arbre même, dépourvu de fleurs et de fruits, se différencie facilement de Cola acuminata, avec lequel il croît souvent, par les feuilles verticillées, les nervures secondaires plus ascendantes et mieux marquées en dessous, à arceaux plus réguliers et plus rapprochés des bords, les réticules plus fins et beaucoup plus apparents.
4. Cola Ballayi Cornu.
Cola Ballayi M. Cornu ! Mss. in Hort. Mus. Paris ; A. Tschirch et O. Œsterlé, Anatomisch Atlas der pharmacog. (1900), p. 347.
Cola Ballayi Heckel, pro parte, l. c., p. 101, fig. 8 et 9 !
Cola acuminata var. kamerunensis K. Schum., l. c., 1901 ! p. 127.
Cola subverticillata De Wild., Etud. fl. Bas et Moy. Congo, II (1908), p. 306 et Pl. XXXI et XXXII.
Arbre de 8 m. à 20 m. de haut, avec tronc de 3 m. à 5 m. sans ramifications, à branches étalées, à rameaux terminaux ascendants, légèrement pubescents à l’état jeune.
Feuilles très grandes, (atteignant de 20 cm. à 50 cm. de long), subverticillées, à faux verticilles composés de 6 à 15 feuilles et souvent rapprochés par deux et alternant avec de longs entrenœuds dénudés.
Limbe trinervié à la base, très coriace, oblong ou oblancéolé, cunéiforme à la base, brusquement acuminé au sommet (à acumen long de 10 à 15 mm., très étroit et aigu), mesurant habituellement 20 cm. à 30 cm. de long sur 7 cm. 5 à 15 cm. de large. Nervure médiane saillante sur les deux faces ; nervures latérales, 7 à 9 paires, assez régulières, ascendantes et formant des arceaux passant près des bords. Réticules très fins, visibles sur les deux faces. Pétioles robustes, très inégaux comme longueur, les uns mesurant 1 cm. à 4 cm., les autres atteignant 10 cm. à 20 cm.
Inflorescences en grappes axillaires robustes, longues de 5 cm. à 12 cm., moyennement florifères, parsemés de poils étoilés roussâtres ; pédicelles grêles pubescents, longs de 5 à 10 mm. Fleurs grandes, à parfum nauséeux, à calice campanulé, de 3 cm. à 4 cm. de diamètre à l’état frais, assez profondément divisé en 5 à 8 lobes, parsemé en dedans et en dehors de petits poils étoilés roussâtres, d’un rose clair en dehors, plus pâle en dedans, avec une tache pourpre-noirâtre au fond, s’étendant sur les 3 crêtes très saillantes de chaque lobe du calice. Fleurs mâles à androcée porté sur un stipe pourpre, grêle et court portant au centre les rudiments de la fleur femelle composés de 5 petites pointes, les loges des anthères divergentes formant, vues par le haut, une sorte de cupule rosée à 10 pointes émoussées. Fleurs hermaphrodites à calice ordinairement plus grand que dans les fleurs mâles, à ovaire tomenteux subglobuleux, composé de 5 à 8 carpelles (ordinairement 6) surmontés de stigmates linéaires aigus, recourbés en hameçon.
Fruits composés de 5 à 7 follicules étalés en étoile, non ascendants, pubescents à l’état jeune, plus tard glabres, dépourvus de revêtement blanc ou de revêtement ferrugineux, ovoïdes-allongés et de la grosseur du poing à maturité, mesurant alors 8 cm. à 14 cm. de long, sur 5 cm. à 8 cm. de largeur et 4 cm. à 5 cm. de hauteur. A complète maturité, ils sont extérieurement verdâtres, plus ou moins teintés de brun-pourpré. Ils présentent sur la face dorsale une large crête peu saillante et sur la face ventrale un léger sillon ; faces latérales dépourvues de verrues ou de tubercules et présentant seulement quelques rides obliques ; sommet terminé par un bec court formé par le prolongement de la crête dorsale, non courbé mais brusquement tronqué suivant toute la hauteur du follicule. Péricarpe vu en section blanc, spongieux, épais de 4 mm. à 12 mm., lisse et d’un blanc légèrement rosé sur la face interne. Chaque follicule renferme 5 à 15 graines (le plus souvent 10 à 13 dans les follicules de belle taille). Graines entourées d’un tégument spongieux, lisse et légèrement jaunâtre (couleur crême) à l’extérieur, avec des plages rosées, moucheté de points noirs sur la face interne, attachées à l’endocarpe par un hile très large, pouvant atteindre 3 cm. de long et 2 cm. 5 de large, blanc avec un liseré rose sur le pourtour de l’insertion. Noix roses à l’extérieur (couleur de radis rose) avec un liseré blanc sur les bords des cotylédons visible à l’extérieur, largement ovoïdes, atteignant dans les beaux spécimens 3 cm. 5 de long sur 2 cm. 5 de diamètre transversal, comprenant 4 à 6 cotylédons un peu inégaux, ayant chacun une fente médiane dans le tiers inférieur.
Chair des cotylédons rose, à saveur agréable, devenant violacée aussitôt qu’on la coupe, puis environ deux minutes plus tard prenant une teinte d’un brun-roussâtre, teinte plus claire (lavée de jaune-roux) près des faces de contact des cotylédons. Parfois les graines sont avortées et le tégument ne renferme plus qu’une masse uniforme brune, plus ou moins sclérifiée.
Distribution géographique. — Afrique équatoriale française : Gabon (Bellay !) Région de Libreville (R. P. Klaine !), mais beaucoup plus rare que le C. acuminata. Pays Batéké (Thollon ! in Herb. Mus. Paris). Youmba, sur les rives de l’Oubangui, près du confluent du Congo par 0° 30′ de latitude N. ! Impfondo, sur les rives de l’Oubangui, par 1° 40′ de lat. N., très commun sur les rives du fleuve et au milieu de la forêt, août 1902 ! Revu en 1910 par M. A. Baudon, qui nous a fait parvenir de là des graines et des échantillons botaniques. — Isasa, sur l’Oubangui par 3° 30′ de lat. N. ! — Bangui, dans le moyen Oubangui, par 4° 20′ et çà et là dans les bouquets de forêts ! Dans les galeries au sud des Sultanats, près du confluent de la Kotto et du Mbomou (par renseignements).
Congo belge : Lindende (sur les rives du moyen Congo ?) (Butaye in Gillet sec. De Wildeman !) C’est vraisemblablement aussi cette espèce qui produit les noix vues par Schweinfurth dans le Haut Ouellé et par Stanley, à l’intérieur de la grande forêt congolaise.
Noms vernac. — Kola de l’Oubangui (colons), Mabérou (Basindji d’Impfondo, d’après Baudon).
Figures et Planches relatives à cette espèce : Figures 6, 7 et 33 (hors texte). Planche VIII et Planche XVI, Figure 2.
Observations. — Les noix ont une saveur assez agréable ; elles sont cependant moins appréciées que les noix de C. nitida par les Sénégalais de nos postes du moyen Congo qui les achètent à défaut d’autres aux Mangala et aux Bondjo. Les Basindji consomment aussi ces noix (Baudon).
5. Cola sphærocarpa A. Chev. (sp. nov.).
Arbor elata..., folliculis subglobosis breviter acuminatis ; seminibus 2-6 pro folliculo, magnis, subrotundis vel oviformibus, cotyledonis 4-5 perfecte discretis munitis ; nucleis albidis.
Arbre élevé. Fruits : follicules subsphériques, de la taille du poing ou même atteignant la grosseur d’une tête d’enfant (mesurant 6 cm. à 12 cm. de diamètre frais et adultes), d’un gris-ocracé, dépourvus de sillons ou de crêtes à la face supérieure et à la face inférieure, s’ouvrant à maturité partiellement ou complètement en deux valves ; paroi externe lisse à l’état frais, puis chagrinée lorsqu’elle se dessèche, paroi interne glabre. Chaque follicule est brusquement atténué à la base en un court stipe articulé sur le pédoncule, au sommet il se termine par un bec aigu droit, long de 8 à 12 mm. Il renferme 2 à 6 grosses graines (le plus souvent 4) insérées sur deux rangs au sommet du follicule, les insertions étant opposées et non alternes. Graines grosses, ovoïdes, arrondies aux extrémités, aplaties sur les faces en contact, entourées d’un épais tégument lisse et membraneux blanchâtre, roussâtre en vieillissant, mesurant 6 cm. de long, 4 cm. de large et 2 cm. 5 à 3 cm. d’épaisseur. Amandes blanches, brunes à l’état sec, formées de 4 à 5 gros cotylédons inégaux, blancs, non comestibles.
Distribution géographique. — Centre de l’île de San-Thomé, à la base du Pico, dans la forêt vierge, entre San-Pédro et Lagua Amélia (de 1200 à 1400 m. alt.), août 1905 : en fruits !
Figures et Planches relatives à cette espèce : Figure 34 et Planche XVI, Figure 1.
Observations. — La plante n’appartient à aucune des espèces connues du genre Cola.
Fig. 34. — Cola sphærocarpa A. Chev. de l’Ile de San-Thomé. Deux carpelles adultes (Coll. Aug. Chevalier).

Les fruits que nous avons décrits étaient tombés sur le sol et l’arbre les produisant était si élevé qu’il ne nous fut pas possible d’en examiner un rameau. Les graines sont bien semblables aux graines des espèces de la section Eucola, mais il est pourtant possible que l’examen des feuilles et des fleurs révèle plus tard d’autres affinités.
Aug. Chevalier et Em. Perrot. — Les Kolatiers. 144 bis.

Fig. 33. — Cola Ballayi Cornu. — Follicules presque mûrs.
1a et 2a, vus par la face supérieure ; 1b et 2b, vus par la face inférieure.
Moyen Oubangui (Herb. A. Chevalier).
CHAPITRE IX.
Distribution géographique.
Dans le chapitre consacré à la systématique, nous avons énuméré après la description de chaque espèce et variété, les pays et les localités où elle avait été observée.
Il convient d’examiner plus en détail la répartition des Eucola dans les diverses colonies du continent africain, ainsi que dans les autres pays où certaines espèces ont été introduites.
On sait que toutes les espèces de Cola sont spéciales à l’Afrique tropicale.
Les cinq espèces de la section Eucola sont localisées dans l’Ouest africain, mais l’une d’elles pénètre fort loin dans le centre de l’Afrique, puisque nous l’avons observée sur les rives du moyen Congo et de l’Oubangui et qu’elle existe probablement beaucoup plus à l’est encore.
Toutes ces espèces sont connues à l’état spontané ; l’une d’elles, Cola nitida, présente de nombreuses races culturales vivant dans les plantations indigènes, au delà de l’aire occupée à l’état naturel, mais elle se rencontre réellement à l’état sauvage dans certaines parties inhabitées de la forêt vierge de la Côte d’Ivoire, par exemple, entre le moyen Sassandra et le moyen Cavally, ainsi que l’un de nous a pu le constater.
En dehors de la forêt vierge, elle n’est nulle part spontanée.
Il en est de même du Cola acuminata. Il est incontestablement spontané (et même parfois abondant) dans certaines parties de la grande forêt vierge équatoriale, principalement au Cameroun et au Gabon. Mais dans les pays de savanes, comme au Togo, au Dahomey, dans la plus grande partie de la Nigéria, à San-Thomé, dans l’Angola, il existe seulement à l’état cultivé ou domestiqué.
Les 3 autres espèces : C. verticillata, C. Ballayi, C. sphærocarpa, peuvent être considérées comme spontanées partout où on les rencontre, quoique quelques exemplaires de C. verticillata et de C. Ballayi soient parfois plantés autour des villages, là où manquent les deux premières espèces.
I. — GUINÉE FRANÇAISE.
Tous les Kolatiers observés dans cette colonie, que l’un de nous a parcourue dans tous les sens, appartiennent à l’espèce C. nitida et la plupart à sa race C. mixta qui est peut-être d’origine hybride, ainsi que nous l’avons déjà mentionné.
Ils paraissent n’exister dans cette colonie qu’à l’état cultivé.
Dans les bouquets de forêts où on les entoure de soins, ils peuvent accidentellement devenir subspontanés, c’est-à-dire que des graines entraînées par les animaux peuvent germer et donner des arbres dans des parties de forêts impénétrées, mais de tels cas sont rares et les Kolatiers ainsi développés sont habituellement presque stériles.
On peut grouper les régions productrices de Kola de la Guinée en cinq provinces principales :
1o Région maritime ou des Rivières du Sud ; 2o Plateau central ou Fouta-Djalon ; 3o Chaîne du Kouranko et cercles du Haut-Niger ; 4o Le Kissi ; 5o Massifs boisés des Pays Tomas et Guerzés. Nous les examinerons à tour de rôle.
1o Rivières du Sud. — Cette province géographique très naturelle borde l’Océan Atlantique depuis la Guinée portugaise jusqu’à la frontière de Sierra-Leone. Elle s’étend à une cinquantaine de kilomètres à peine dans l’intérieur. Certains massifs comme le Kakoulima qui s’avancent à proximité de la mer, appartiennent déjà à la province suivante. La province des Rivières du Sud doit son nom aux fleuves originaires du versant occidental du Fouta-Djalon et qui viennent déboucher à la mer par de larges estuaires : le Rio Compony ou Gogon, le Rio-Nunez, le Rio-Pongo, le Konkouré ou rivière de Dubreka, le Mellocorée, plus au sud encore les deux Scarcies qui ont presque tout leur cours sur le territoire de Sierra-Léone où elles se jettent à la mer.
Le climat est très spécial : la saison des pluies dure de mai à novembre ; pendant les autres mois, il tombe à peine quelques pluies, mais en hivernage les averses sont très violentes, puisqu’à Conakry on enregistre de 3 m. à 5 m. d’eau par an. Les températures moyennes mensuelles dans cette même localité sont comprises entre 25° 5 et 28° 2 ; les minima descendent rarement au-dessous de 20°.
Toutes ces conditions sont favorables au Kolatier. Par contre, la grande sécheresse qui sévit dans la journée en saison sèche, surtout lorsque souffle l’alizé N.-E., lui est défavorable. Aussi pour bien réussir dans cette zône, il doit être cultivé de préférence dans les vallées abritées, dans les petits bouquets de forêts, enfin au-dessous des grands arbres ombrageant les villages. Nous verrons dans un autre chapitre que c’est ainsi que procèdent les indigènes. Dans ces conditions, le Kolatier donne de très belles récoltes et sa culture doit être particulièrement encouragée dans cette province, d’autant plus que la vente s’effectue le long de la côte pour l’exportation par mer dans des conditions très rémunératrices.
Dans cette région, nous n’avons pu observer que les Kolatiers existant à Conakry, à Camayenne et aux îles de Lôs. Ils sont en général robustes, productifs, mais bien souvent atteints d’une maladie occasionnant la formation de balais de sorciers. Dans la ville même de Conakry existent quelques individus donnant de forts rendements, en général tous les deux ans.
Pour les autres cantons de cette zône, des renseignements intéressants ont été rassemblés par les soins de l’administration et publiés en 1907[101] :
« Les districts qui possèdent le plus d’arbres sont dans le cercle de Rio-Nunez : le Mékhiforé, le Bagaforé et le Toubakaye, les deux premiers principalement. Les chefs Mekhiforés et Kansikaïe et de Sanguia, les alcalis Landoumans de Doumaya et de Comené ont de belles plantations. Dans le cercle du Rio-Pongo, tous les villages soussous de Colisakho et du Pongo et les villages Bagas du Manchou, du Bikoré, du Sobaneh et du Coyah, sont entourés d’une enceinte de verdure, formée en moyenne partie par des Kolatiers ; d’après M. l’administrateur Brière, il en existerait 90.000. Le Colisokho est le grand centre producteur. Larata, Thia et Khissing sont aussi bien pourvus. Les Kolatiers remontent la vallée du Fatalla à travers le Lissa jusque dans les Timbis, à moins d’un jour de marche de Télimélé. Il y a peu d’années, les Portugais de Bissao et Boulam venaient en goëlette acheter des Kolas à Toboriah, capitale du Coyah, dont la production n’a baissé que depuis peu de temps.
« Dans le cercle de Dubréka, les Kolatiers existent dans les villages de Foullacoundgi et du Bacoundgi, mais c’est surtout au Fotenta (Bramaya) et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les anciens villages Bagas du Kaloum, des îles de Lôs et de Tumbo en possèdent beaucoup. Sur le territoire de la commune de Conakry, on compte encore un grand nombre de Kolatiers sur l’emplacement des villages de Boulbiné et de Conakry, malgré le nombre de ceux abattus pour le percement des rues de la ville.
« Sur la route de Kakoulina à la Mellacorée, les gros villages de Manéah, Coïa, Fandia, Forécariah, Farmoréah et Tagbée ont peu de Kolatiers. Ils sont plus nombreux à Mangata et à Dandaya et deviennent très abondants au Samoh. Cette province peuplée par les Mendengués, exporte beaucoup de noix ; les Kolatiers n’y poussent pas à l’état spontané, mais sont tous plantés et cultivés autour des agglomérations. Les Soussous et les Timenés du Benna possèdent moins de ces précieux arbres que leurs voisins Mendengués. On rencontre encore les Kolatiers en bosquets dans le Lumban, resté français, près de Yomaya (Famechon).
« Le Kolatier n’est probablement pas originaire de la côte de Guinée. Les plaines basses qui la bordent sont de formation récente et furent longtemps inhabitées. La première émigration Baga eut lieu au début du XVIIe siècle et seuls les Mendengués s’étaient fixés au Samoh peu de temps auparavant. Venus du Haut-Niger, ces peuples, dont les coutumes et les cultures sont identiques, emportèrent les Kolas du Kouranko où ils se récoltent dans la forêt. Les Mendengués semblent être, comme le suppose M. Famechon, les premiers introducteurs de ces graines ; leur pays s’étendait jusqu’au Kakoulima, et les Bagas, leurs voisins, arrivés après eux, peuvent être leurs tributaires.
« Il est certain que les Soussous, population d’origine Malinké, n’ont pas introduit le Kolatier. Leurs villages, surtout au Colisokho et au Pongo, où ils se fixèrent en premier, possèdent beaucoup de ces arbres.
« Ce sont d’anciennes agglomérations Bagas qu’ils conquirent lors de leurs émigrations successives, et les arbres qu’on rencontre au Calisokho en pleine brousse, occupent certainement l’emplacement de villages détruits. »
En 1907, à notre demande, M. G. Poulet, gouverneur par intérim de la Guinée, a bien voulu de nouveau adresser aux administrateurs un questionnaire relatif à la distribution et à la culture des Kolatiers dans cette région.
Dans le cercle de Rio-Pongo, d’après les renseignements fournis par M. Hauet, les Kolatiers, principalement dans le Koulissokho, forment des plantations de 1.500 à 2.000 pieds autour de chaque village ; dans le Lakhata, le Lisso et la province de Thié, ils sont également nombreux. Dans le Koba, les graines sont envahies par le Sangara, « ver », dont nous parlerons plus loin, qui détruit très rapidement toute la provision de noix. Aussi n’en fait-on pas le commerce ; ce fait nous a été confirmé maintes fois, et malgré cela les indigènes continuent à planter des Kolatiers.
A Boffa, il existe auprès de la Résidence un Kolatier qui n’a jamais produit que des Kolas rouges aussi gros que le poing. Dans la grande majorité des cas, on trouve généralement ensemble, dans une même gousse, des graines blanches et des graines rouges.
Dans le cercle voisin de Dubreka, les renseignements qui nous ont été officiellement communiqués sont identiques ; les Kolatiers ne reçoivent guère de soins et sont peu nombreux, cependant il n’existe guère de famille indigène qui n’ait en sa possession une centaine de ces arbres. La production est, en grande partie, dirigée vers le Fouta, achetée par les caravanes qui descendent la récolte de caoutchouc à la côte. C’est surtout au Fotenta (Bramaya) et au Kabitaye qu’ils sont abondants. Les anciens villages Bagas du Kaloum, les îles de Los et de Tumbo (Conakry) en possèdent encore de nombreux exemplaires.
Pour la Mellacorée, l’administrateur de ce cercle nous écrivait de Benty, en 1905, que les Kolas font l’objet d’un trafic important, mais le plus grand nombre des noix dites Kolas du Samo provient de Sierra-Léone ; elles sont généralement plus petites que celles du pays Toma[102], mais plus lourdes, plus actives et se conservant bien plus longtemps.
2o Fouta-Djalon. — Bien qu’il existe quelques Kolatiers dans beaucoup de villages du Fouta-Djalon (rarement plus d’une vingtaine d’individus par village), la culture du précieux arbre a peu de chances de s’y développer. Les conditions défavorables que nous énoncions pour la région littorale (sécheresse depuis novembre jusqu’à mai, et action du vent d’Est) y sont beaucoup plus prononcées. En outre, par suite de l’altitude, le climat est beaucoup plus froid.
D’après les observations météorologiques encore très incomplètes faites à Kindia, à Kouria, à Mamou et à Delaba, il tombe au Fouta de 1 m. 50 à 2 m. 50 d’eau par an ; la moyenne annuelle des températures est très variable suivant les altitudes ; bien que des observations suivies n’aient pas encore été faites, nulle part, elle n’est pas inférieure, croyons-nous, à 20°.
A Dalaba, à 1200 m. d’altitude, il existe encore quelques Kolatiers produisant des noix de petite taille. A l’Est et au Sud-Est de Timbo, les Kolatiers sont un peu plus répandus, mais on n’en voit encore que quelques exemplaires par village, vers l’ouest, notamment dans la région de Kindia, il en existe aussi mais ils sont peu productifs. En résumé, le Fouta-Djalon est loin de suffire à sa consommation ; le chemin de fer de Conakry y déverse aujourd’hui les noix qui étaient autrefois apportée par les caravaniers du pays soussou ou de Sierra-Léone.
3o Kouranko et région du Haut-Niger. — On donne le nom de Kouranko à un pays très montagneux compris entre 9° 30 et 10° 30 de lat. N. et qui s’étend du 11° au 14° de long. O. de Paris. C’est un peu au sud que le Niger prend sa source. Au sud-est, il confine au Kissi dont nous parlerons plus loin. Les pluies y sont plus précoces qu’au Fouta-Djalon. Le Kolatier est cultivé dans tous les villages du Kouranko, principalement dans le Bamaya. Chez les Lélés, il existe au plus quelques centaines d’arbres par village et un petit nombre seulement sont vraiment des plants de rapport. Ceux qui croissent dans les basses vallées très boisées aux alentours des villages, de 400 m. à 500 m. d’altitude, sont les plus productifs, mais on trouve encore quelques beaux plants vers 700 m. d’altitude, par exemple à Dandafarra, près du Mont Kola. Malgré les faibles rendements de ces Kolatiers, les Kourankos tirent une partie de leurs ressources de la vente des noix de Kola pour l’exportation vers Bamako. On en tire aussi une certaine quantité du district de Kérouané.
Au nord du 10e parallèle, les Kolatiers dans les villages deviennent clairsemés, on en trouve encore çà et là dans le Nord du cercle de Faranna, surtout dans les petits îlots de forêts avoisinant quelques villages.
On en signale aussi quelques exemplaires en plusieurs villages du cercle de Denguiray.
Dans les cercles de Kouroussa et Kankan, des Kolatiers existent dans beaucoup de villages, mais ils sont peu nombreux et donnent de très faibles rendements ; ils sont loin de suffire à la consommation locale.
« Au Sankaran, ils n’existent que dans le Sud de la province, un peu au-dessus du 10°. Les villages des cercles de Kouroussa, compris dans cette zône, qui possèdent les peuplements les plus importants, sont ceux de Sikaro, Bassokouria, Simbo, où l’on peut compter de 150 à 200 arbres, les autres villages n’en possèdent que de 20 à 40. La partie comprise dans les cercles de Kouroussa n’est guère plus riche, on y compte au total 950 arbres, dont 600 seulement sont en rapport ; ils se répartissent ainsi entre les différents districts : Ouroubé 450, Moussadougou 310, Finamora 120, Bassando 25, Dienné 20, Torodougou 20, Divers 20. Les arbres sont surtout nombreux dans le territoire compris entre la frontière du Kissi et l’affluent du Niandan, le Balé. Les principales plantations sont celles de Gualako, 125 arbres, Sirékouroumaya 50, Talikoro 40, Mamoria 25, Koudou 20. » (Rapport du commandant du cercle de Kouroussa, conservé dans les archives du Gouvernement à Conakry où nous en avons eu communication. Ce rapport, en partie publié par l’inspection d’Agriculture de l’Afrique occidentale[103] qui n’en mentionne pas la provenance est probablement dû à M. Pobéguin, qui a rassemblé de 1900 à 1910 de nombreux documents sur la flore et l’agriculture de la Guinée.)
Au cours du premier voyage que nous avons effectué dans ces cercles en 1899, alors qu’ils constituaient encore la région sud du Soudan français, nous avons noté la présence des Kolatiers dans d’assez nombreux villages.
Les premiers que nous ayons vus en venant de Siguiri se trouvaient à Balato, sur les bords du Niger, par 11° environ ; mais, d’après Pobéguin, on en trouverait encore plus au N., au village de Sansando, près du confluent du Niger et du Milo, c’est bien là certainement la limite Nord extrême, non de la culture, car on ne peut dire qu’il y a culture puisqu’il n’existe dans quelques villages que de rares exemplaires constituant une curiosité, mais la limite géographique où peut vivre et fructifier le Kolatier. Plus à l’ouest en effet, à proximité de la mer, le Kolatier ne dépasse pas le Rio-Nunez, dont l’embouchure est située un peu en dessous du 11e parallèle. C’est à tort que Pobéguin le mentionne au Casamance[104]. Il y a peut-être été introduit depuis peu par les Européens, mais il n’y existait pas en 1900.
Plus à l’Est aussi, le Kolatier ne monte pas à cette latitude.
Au sud des pays Sénoufo, Mandé-Dioula et de Kong, on ne le rencontre plus au N. du 8° et même sous cette latitude on ne cultive que de rares exemplaires.
Enfin entre le 10° 30 et le 9° de lat., dans la région du Niger, nous avons encore rencontré des Kolatiers à Babéla (où l’un d’eux est entretenu avec beaucoup de soins par les indigènes qui ont élevé tout autour une levée de terre, (no 371 de notre Herbier), à Kouroussa, à Moussaïa (no 400 Herb. Chevalier), à Saréya, à Diaragouéla, à Ouassaïa, à Kankan, etc. Nous avons rarement vu plus de 4 ou 5 arbres par village. Ils sont du reste entourés de soins et considérés comme arbres sacrés par les indigènes. Nulle part ils n’auraient été plantés intentionnellement, mais sont nés de graines perdues. Du reste, dans toute cette contrée, les noirs se gardent bien d’en planter d’autres, car ils sont persuadés que quiconque ensemence un Kolatier meurt l’année où celui-ci commence à fleurir.
Ces Kolatiers produisent quelques follicules chaque année, surtout si la plante vit dans un endroit bien abrité, soit à l’ombre des fromagers, dans les villages, soit dans les galeries forestières voisines. Dans chaque cabosse, on trouve habituellement des noix blanches et des noix rouges. Cependant à Diaragouéla on m’a montré un Kolatier qui produirait exclusivement des noix blanches, d’après les indigènes.
Dans les provinces dont nous venons de parler, le Kolatier ne trouve plus les conditions climatériques optima favorables à sa croissance, sauf peut-être dans certains vallons bien abrités du Kouranko ; il n’y a donc aucun intérêt à le multiplier, d’autant que beaucoup de cultures plus appropriées et aussi intéressantes peuvent être entreprises dans ces régions.
4o Le Kissi. — Cette province, un des plus beaux coins de notre domaine colonial africain, est un des pays les plus favorables à la culture du Kolatier, et un de ceux qui produisent les noix les plus estimées. Le cercle comprend 65 cantons et 34 villages indépendants. Son chef-lieu, Kénéma ou Kissidougou, est un gros village situé à proximité du Niandan (affluent du Niger), par 490 m. d’altitude. Le poste fut créé par le colonel Combes, le 24 mars 1893, pour empêcher l’installation des Sofas de Samory dans le pays ; le premier commandant fut le capitaine Valentin.
Le Kissi proprement dit s’étend depuis le Kouranko jusqu’à la frontière de Libéria non encore abornée ; il est à cheval sur les hauts affluents de droite du Niger d’une part et d’autre part sur le bassin de la Makona (avec son affluent la rivière Méli), fleuve qui pénètre dans le territoire de Sierra-Léone et tombe à la mer à Soulima. La mission de délimitation, dirigée par M. Richaud en 1908-1909, a adopté une partie du cours de la rivière Makona comme frontière du Libéria. Cette frontière qui avait déjà été admise par la convention franco-libérienne de 1907, ampute malheureusement le Kissi de territoires habités également par des Kissis et où la France avait incontestablement plus de droits que les 12.000 ou 15.000 noirs Libériens cantonnés le long de la côte. Nous voulons espérer que notre pays saura défendre les intérêts et les droits que nous avons dans cette contrée pleine de promesses pour l’avenir. Ce qui fait en effet la richesse du Kissi, c’est la variété des terrains propres à quantité de cultures et l’habileté de ses habitants comme cultivateurs et commerçants.
C’est un pays de transition entre la forêt dense du Sud et la brousse du Nord, entre les plaines basses situées à moins de 300 m. au dessus de la mer dans la vallée de la Makona et les coteaux boisés et souvent habités dépassant souvent 600 mètres d’altitude et très propres à la culture des Caféiers. Les trois espèces : Caféier du Libéria, Caféier d’Arabie et Caféier de Rio Nunez introduites en 1899 par un membre de la mission du général de Trentinian, M. Rossignol, forment aujourd’hui des arbustes superbes au poste de Kissidougou. Au sud de la rivière Makona, la forêt vierge fait son apparition entre 7° 30 et 8° de lat.
Mais au nord de cette forêt, la savane est constamment coupée par des îlots de hautes futaies denses souvent reliés les unes aux autres et se continuant jusqu’au 9° 30 où existent encore de belles galeries forestières. Les savanes sont utilisées pour la culture des céréales et en particulier du riz ; les îlots de forêt abritent des plantations de Kolatiers, de Bananiers, d’ignames, de méléguette ou Graine de Paradis. Les noix de Kola du Kissi sont exportées vers Siguiri, Bamako et Ségou où elles sont très appréciées.
Quelques observations météorologiques ont été faites à Kissidougou, ce qui nous permet de donner un aperçu sur le climat de cette belle province. Il tombe chaque année de 2 m. à 2 m. 50 d’eau, mais la saison des pluies est beaucoup plus précoce qu’au Fouta-Djalon, puisqu’il tombe déjà d’assez nombreuses averses en février et en mars. Les pluies diminuent un peu soit en mai, soit en juin, mais elles reprennent avec plus d’intensité en juillet, août et septembre pour continuer parfois jusqu’en décembre.
La moyenne annuelle de la température est comprise entre 25° et 26°.
Les températures extrêmes constatées sont 9° le 6 janvier 1904 comme minimum et 38° les 4 et 5 mai 1903 comme maxima. Il n’existe qu’un écart relativement faible entre les moyennes de maxima et les moyennes de minima. C’est en somme un climat approprié à presque toutes les cultures équatoriales.
Les Kolatiers sont cultivés dans les îlots de forêts entourant ou avoisinant tous les villages. Chaque année, les indigènes plantent quelques nouveaux arbres. La principale récolte se fait en novembre et décembre.
La race la plus répandue est le Cola mixta, à noix rouges et blanches, mais on trouve aussi des arbres donnant exclusivement des noix rouges (Cola rubra) et aussi le rare Cola alba à noix et à fleurs entièrement blancs.
« Chaque forêt du Kissi, écrit judicieusement Castéran[105], dénonce un village mystérieusement campé au milieu d’une vaste clairière ; c’est dans cette forêt vraiment équatoriale, surmontée de palmiers à huile et des cîmes géantes des Fromagers, que se dressent, bien abrités du soleil, les Kolatiers élégants avec leurs troncs gris et leurs feuilles lancéolées ». C’est aussi là qu’on trouve d’assez nombreuses lianes à caoutchouc des genres Landolphia et Clitandra.
Ajoutons que le village de Kissidougou est aujourd’hui à quelques jours de marche du railway de Conakry au Niger, et il est vraisemblable que dans un avenir peut-être peu éloigné, il sera relié par une voie ferrée au rail déjà existant. Nos fonctionnaires coloniaux ayant à charge l’administration du Kissi ne feront donc jamais trop d’efforts pour étendre la culture des Kolatiers chez les indigènes, et si une partie des peuples de race Kissi échappe à notre autorité, nos diplomates devront veiller à ce que dans les arrangements pris, les dioulas soudanais continuent à trouver en deçà de la frontière, les avantages qu’ils s’y sont déjà créés.
On peut évaluer à 300 tonnes la quantité de noix exportées actuellement chaque année par le Kissi vers notre Soudan.
5o Pays des Tomas et des Guerzés. — A l’est du Kissi s’étend le Konian, territoire également très accidenté et d’altitude élevée, mais d’aspect très différent, dévasté par les incendies d’herbes depuis des siècles, dénudé et incultivable sur d’immenses espaces. Les galeries forestières sont rares, et nulle part le Kolatier n’est cultivé en grand.
Cette province présente assez d’analogies avec le Fouta-Djalon, et l’élevage pourrait vraisemblablement y être développé.
Au centre du Konian se trouve la ville de Beyla, avec son faubourg de Diakolidougou, fondé d’après Liurette, dès l’an 1230, par des nomades venus du nord pour faire le commerce des esclaves et des noix de kola. Beyla encore aujourd’hui est une place importante pour la précieuse denrée. On évalue à 400 tonnes de kolas, 400 tonnes de caoutchouc, 2 tonnes d’ivoire, la quantité de denrées principales qui y passent chaque année. Des traficants, la plupart indigènes de nos territoires, vont chercher ces produits principalement aux grands marchés de Diorodougou, Boola, Gouéké, Lola et Nzo, marchés fréquentés par les populations de la forêt dense (située un peu plus au sud et habitée par deux peuplades importantes, les Tômas et les Guerzés).
On a représenté ces peuplades comme très sauvages et encore anthropophages. C’est une erreur. En général, Tômas et Guerzés ont des mœurs frustes et primitives, mais ils sont beaucoup plus travailleurs et « administrables » que les peuples du centre de la forêt.
Les Tômas ont fourni de bons manœuvres pour la construction du railway de la Guinée.
Les Manons de la zône libérienne, qui semblent apparentés aux Guerzés et aux Dyolas, sont venus de leur propre initiative en 1909 offrir leurs services pour la construction de la belle route reliant les deux grands marchés de Kolas, Lola et Nzo et ouverte par M. l’administrateur Guyot-Janin, lors de mon passage dans cette région.
Il suffit de voir comment sont achalandés les deux marchés de Lola et de Nzô, sur lesquels nous reviendrons dans un autre chapitre, pour juger des qualités déployées par les Guerzés comme commerçants et comme cultivateurs. Les Guerzés du Karagoua (entre Lola et Guéaso), placés sous l’autorité d’un potentat à demi-civilisé, Gargaoulé, chef puissant et redouté, sont devenus des cultivateurs ou des guerriers disciplinés, mais souvent pressurés. Ils se sont mis depuis peu à exploiter le caoutchouc de lianes et surtout celui du Funtumia elastica, généralement commun partout où se trouvent des forêts jusqu’à la montagne de Boola qui est sa limite Nord extrême.
Les Tômas habitent une contrée étendue située à l’est et au sud-est du Kissi et à l’ouest de Lola.
Dans la partie nord de ce pays naît la rivière Saint-Paul ou Diani et ses affluents.
Le peuple Toma s’étendrait jusqu’au cœur du Libéria, mais dans les territoires qui nous ont été reconnus par le récent arrangement franco-libérien, ils forment aussi des groupements importants.
C’est surtout au sud du 7° 30 qu’ils cultivent des Kolatiers. Dans les territoires où s’étend aujourd’hui notre administration militaire, territoires situés au sud et au sud-est de Sampouyara et de Diorodougou, les Kolatiers sont en général clairsemés, bien que la forêt s’étende presque partout et que le climat soit des plus favorables. Les villages de cette région ont été souvent en guerre les uns contre les autres ou contre les Sofas de Samory et sont encore mal remis à la culture. En outre, une taxe exorbitante, plus élevée que la valeur intrinsèque des Kolas sur place était jusqu’à ces derniers temps prélevée sur les noix produites dans les régions que nous administrions et il n’était guère possible d’amener ainsi les indigènes à étendre leurs plantations.
Les noix apportées sur nos marchés viennent donc en partie des territoires plus au sud, considérés comme relevant du Libéria, mais dont les Libériens ne s’occupent point et où ils n’ont jamais pénétré[106].
Les Kolas apportés au marché de Boola proviennent de contrées situées à 100 ou 200 kilomètres dans le sud-ouest et occupés par les Tômas et les Bouziés dans le haut bassin de la rivière St-Paul.
Une grande partie des noix apportées à Boola sont blanches. A Mabouan, entre Zébéla et Gouéké, c’est-à-dire dans la même région, on ne trouve aussi, d’après le lieutenant Gauvain, que des Kolas blancs.
Notre ami, Liurette, l’administrateur qui connait le mieux ces régions pour les avoir parcourues en tout sens, nous a assuré que le village de Nsapa où fut massacré, en 1893, le lieutenant Lecerf et que les négociations de la commission de délimitation franco-libérienne ont réussi à nous conserver, se trouve au centre d’une région riche en Kolatiers cultivés. Il existe aussi des plantations étendues dans les territoires situés sur la rive gauche du Diani.
Dans le Kabaradongou, on trouve aussi, d’après Liurette, 300 à 400 pieds par village, soit 1.800 à 3.000, occupant 15 hectares. Il existe aussi de petites plantations dans le Simandougou.
Les Kolas apportés au marché Lola, presque tous rouges, viennent surtout des pays Manons situés à quelques heures au sud de ce village, et aussi de quelques cantons Guerzés.
Ceux vendus au marché de Nzô, rouges aussi pour la plupart, sont en grande partie originaires des pays Dans ou Dyolas de la haute Côte d’Ivoire.
A Boola et dans les environs, nous n’avons observé que quelques Kolatiers autour de chaque village.
Entre Gaéuso et Lola commence la grande forêt qui n’est interrompu que par le massif montagneux des monts Nimba (environ 1.800 m. d’altitude), en partie couverts de savane.
Cette forêt que nous avons traversée pour aller de Guéaso à Lola et de ce point à Nzô, est encore peu riche en arbres de rapport. Au carrefour des sentiers, on observe seulement quelques Kolatiers qui ont été sûrement plantés et sont la propriété de quelques familles. Dans cette région, comme au Kissi, il sera nécessaire que nos administrateurs agissent sur les indigènes pour leur faire constituer des plantations étendues de cette précieuse essence.
Dans ces régions, le Kolatier porte les noms suivants :
Touré (toma et guerzé Konomenou), Tougoulé (guerzé gouaka), Tougouré (guerzé Kono), Ouoro (Koniankévi).
II. — HAUT-SÉNÉGAL-NIGER.
Le Kolatier n’est pas cultivé dans cette colonie et ne saurait certainement y réussir. S’il y est mentionné dans diverses publications datant de quelques années, cela tient à ce que le vieux Soudan français possédait autrefois des territoires à Kolatiers, mais au moment de sa dislocation ces territoires ont été rattachés les uns à la Guinée française, les autres à la Côte d’Ivoire. On trouve peut-être quelques exemplaires du précieux arbre dans les villages situés au sud du cercle de Bougouni, rattaché au Ht-Sénégal-Niger, de même qu’on en trouve quelques-uns dans ceux d’Odienné et de Kong qui appartiennent à la Côte d’Ivoire et l’avoisinant, mais ces arbres sont en très petite quantité et donnent des rendements insignifiants.
Des essais de plantation, faits par l’administration aux stations agricoles de Kati et de Koulicoro, ont donné de mauvais résultats.
Dans tout le Soudan, les noix de Kola sont connues sous les noms de Ouoro, Oro, Gouro, Goro. C’est toujours la même appellation avec une prononciation qui varie d’un district à l’autre.
III. — CÔTE D’IVOIRE.
Cette riche colonie, grâce à son immense forêt vierge couvrant 120.000 kilomètres carrés et large en certains endroits de 300 kilomètres, est par excellence le pays de prédilection pour la culture des Kolatiers. Le Cola nitida, qui fournit les noix les plus estimées, croît à l’état spontané à travers presque toute la forêt à l’exclusion de toutes les autres espèces.
Il a été presque partout domestiqué par les peuplades forestières et il est cultivé sur une bande de 50 à 80 kilomètres de large située près de la limite IV de la forêt, c’est-à-dire là où elle est encore très dense. Une autre espèce, le C. acuminata, a été introduite par les Kroumen dans la région du Bas-Cavally. Elle a une faible valeur, et c’est incontestablement le C. nitida qui doit être partout multiplié. Aussi bien on le trouve presque dans tous les districts forestiers à l’état sauvage, et, même en pleine forêt, il donne parfois d’aussi belles noix que dans les plantations.
Nous passerons en revue les principales régions de cette colonie, en examinant successivement :
1o La zone située au nord du 8e parallèle ;
2o Le Baoulé ;
3o La zone nord de la forêt allant du 6° 30 au 7° 30 de latitude nord ;
4o La zone sud et la zone moyenne de la forêt s’étendant depuis la mer jusqu’au 6° 30.
1o Zone au nord du 8e parallèle. — Cette région présente de grandes analogies avec le Kouranko et les territoires de la Hte-Guinée, traversés par le Niger et par ses affluents les plus occidentaux, mais par suite de l’éloignement de la mer et de la plus faible altitude du relief, la sécheresse y est beaucoup plus accentuée. Dans les cercles de Touba et d’Odienné qui confinent à la Guinée, il existe encore, disséminés de loin en loin à proximité des villages, de rares Kolatiers plantés appartenant à la race C. mixta ; mais ils sont sans intérêt et ne doivent être mentionnés qu’à titre de curiosité. Bien plus, si l’on descend encore au sud en poussant toujours plus à l’est, et en suivant le 8e degré, en traversant les grands centres qui sont de l’ouest à l’est : Tonna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa, Dabakala et Bondoukou, on constate l’absence presque complète des Kolatiers, alors que sous la même latitude, en Guinée et à Sierra-Léone ils sont très répandus.
Ainsi, à Séguéla et à Marabadiassa, nous n’avons pas vu un seul Kolatier ; à Mankono, il en existe quelques uns plantés depuis peu par notre administration, mais les indigènes n’en possèdent point ; à Bondoukou, on n’en trouve pas.
Au Chapitre II, page 25, nous avons reproduit un passage du récit de voyage de Binger, relatif à la limite des Kolatiers dans cette région.
Considérant Tangréla, Maninian et Sambatiguila comme marchés de la première zône et Touté, Kani, Sakala comme marchés de la seconde zône, dite du Ouorodougou, l’explorateur estimait que les Kolas devaient provenir d’une troisième zône située 30 kilomètres plus au sud où « les Lôs apportent les Kolas en des lieux d’échanges situés en pleine brousse ».
Les informateurs de Binger étaient mal renseignés ; d’après les distances indiquées, cette troisième zône coïnciderait avec les grands marchés de Touba, Touna, Séguéla, Mankono, Marabadiassa et on sait aujourd’hui que ces centres sont encore situés à 60 ou 80 kilomètres des lieux de production ; il existe encore plus au sud une quatrième et même une cinquième zône où les Kolas doivent transiter. A Mankono où viennent les femmes de Sakala, ce sont d’autres femmes mandé-dioulas qui vont les chercher au sud et là elles rencontrent des femmes Lôs qui elles-mêmes se sont avancées jusqu’en plein pays Bété pour se procurer ces noix.
Nous étudierons ce trafic avec tout le développement qu’il comporte dans le chapitre consacré au commerce.
La province du Ouorodougou doit son nom à sa situation sur les routes suivies par les colporteurs de Kola venant s’approvisionner de noix récoltées plus au sud, mais elle ne produit pas de Kolas pour l’exportation.
Il existe bien dans quelques villages mandé-dioulas, avoisinant le pays des Lôs, quelques Kolatiers plantés, mais le nombre en est faible et ils produisent peu. Le climat pourrait pourtant convenir à cet arbre précieux au sud du 9e parallèle et s’il était planté dans les étroites forêts bordant les rivières ou dans les futaies plus ou moins étendues qui avoisinent certains villages, notamment dans la région de Séguéla, il est probable qu’ils donnerait des rendements normaux.
A Mankono même, une quinzaine de Kolatiers plantés depuis 11 ans dans le jardin du poste, sur les bords d’un ravin où coule l’eau toute l’année et à l’abri d’une grande plantation de bananiers, forment aujourd’hui de beaux arbustes vigoureux, hauts de 5 à 8 mètres et n’ayant pas de maladies. L’un d’eux a produit des cabosses pour la première fois en 1909.
Mais les habitants du Ouorodougou n’ont aucun désir de se livrer à cette culture, les femmes étant habituées depuis des siècles à aller chercher des noix au sud chez les Lôs, chez les Ouobés et même chez les Bétés.
2o Le Baoulé. — On donne ce nom à une région très naturelle en forme de triangle, ayant sa base marquée au N. par le 8e parallèle et son sommet au confluent du Bandama et du Nzi, près de la gare de Nziville, récemment créée à l’extrémité actuelle du railway de la Côte d’Ivoire. Les deux rivières forment les côtés du triangle. Cette région très spéciale est constituée par un pays plat, accidenté seulement à l’est et au sud, d’une altitude de 100 m. au sud et atteignant progressivement 300 m. au nord. Il est couvert d’une savane parsemée d’arbres rabougris et çà et là dans le sud de forêts claires de rôniers (Borassus æthiopum) et de plantations étendues d’Ignames constituant la base de l’alimentation des indigènes ; les îlots de forêt y sont rares ; il n’y a pas de cours d’eau permanent en dehors des deux grandes artères limitant le Baoulé ; aussi les galeries forestières font défaut ; la flore de la savane rappelle celle du moyen Dahomey dans les parties situées sous la même latitude.
Les habitants, nommés Baoulés, appartiennent à la famille Achanti-Agni et sont certainement d’origine forestière. Ils ont commencé à envahir le pays il y a 2 ou 3 siècles et ont absorbé ou refoulé vers le nord les premiers possesseurs du sol qui devaient être des Gouros au sud et des Sénoufos au nord. Ils ont conservé les cultures des premiers autochtones (riz et mil dans le nord) et ont aussi introduit les leurs.
Les plantations de Kolatiers n’existent pas et ne paraissent pas avoir existé dans ce pays trop découvert. Nous pensons qu’il serait cependant possible de faire prospérer cette culture dans des terrains choisis aux abords des villages en plantant préalablement des arbres abris : fromagers, grandes légumineuses, Ficus, Blighia.
Les Baoulés qui constituent une population d’environ 200.000 habitants, consomment actuellement très peu de Kolas, mais dans un avenir peu éloigné, le railway de la Côte d’Ivoire va traverser leur pays dans toute son étendue ; d’une part il pourra transporter les noix au cœur du Soudan, de l’autre il pourra les amener à la Côte.
On trouve des Kolatiers en petit nombre seulement à proximité de quelques villages. Les noix vendues au marché de Bouaké viendraient de villages situés à une dizaine de kilomètres à l’ouest.
On en trouve aussi près de Sakassa ; à Mbayakro il en existe dans la forêt sur la rive gauche du Nzi, mais ils ne sont pas cultivés ; les noix qu’on consomme dans le pays sont apportées du Pays des Ngans.
3o Zone Nord de la forêt de 6° 30 et 7° 45. — Cette bande, large d’une centaine de kilomètres seulement et interrompue à hauteur du Baoulé, est la région la plus importante de production des noix de Kola du monde entier. A l’est, elle se continue à travers la Gold Coast et couvre une partie du pays Achanti.
A la vérité, les Kolatiers ne sont pas répartis régulièrement sur toute cette étendue : dans des cantons entiers, ils font presque complètement défaut et dans d’autres, au contraire, ils foisonnent autour de tous les villages. On trouve presque partout les quatre races que nous avons distinguées ; cependant, dans chaque région une race domine sur les autres ; tantôt c’est Cola mixta, tantôt Cola rubra, rarement Cola alba ; le Cola pallida pur, c’est-à-dire bien caractérisé, est rare dans les plantations. On trouve bien ça et là quelques petites noix roses sur les marchés, mais elles proviennent des mêmes cabosses que les trois autres sortes : les arbres produisant exclusivement les petites amandes roses, ne se trouvent que dans la forêt et parfois dans les plantations de la zone située plus au sud.
Certaines peuplades de la forêt se sont réellement spécialisées dans la production des noix de Kola : nous passerons les principales en revue.
a) Pays des Dyolas ou Dans. — L’existence de cette importante tribu a été révélée par l’exploration du lieutenant Blondiaux[107] en 1897 et en 1899 par la mission Wœlffel-Mangin, qui y créait en plein sud le poste de Nouantogloin qu’on dut évacuer en 1900 après la mort du lieutenant Sénac, successeur de Wœlffel.
Egalement en 1899, la mission Hostains et d’Ollone, partie de la Côte, traversait le même pays à l’ouest pour se rendre au Soudan. C’est de la publication des travaux de ces missions que datent les premiers renseignements sur la contrée[108].
Elles apprirent, entre autres choses, qu’une partie des Kolas transportés dans le Soudan occidental proviennent de cette région.
Un poste fut créé à Danané (Fort-Hittos) en 1905, en plein pays dyola, dans le bassin de la Nuon ou Rio-Cestos ; il est aujourd’hui le chef-lieu de la circonscription de Danané. Plus à l’est, notre administration a constitué une seconde circonscription ayant pour chef-lieu Man, poste créé en 1907.
Des renseignements géographiques et ethnographiques importants ont été publiés[109] sur cette contrée copieusement arrosée par la Nuon, par le Haut Cavally et ses affluents et surtout par un important éventail de rivières tributaires du Bafing, principal affluent du Sassandra. Plus au sud, d’autres rivières et notamment le Zô vont directement au Sassandra.
Dans les grandes vallées le pays est plat, et son altitude ne dépasse pas 200 à 300 mètres, mais entre le Moyen Sassandra et le Haut Cavally se dressent d’une manière presque ininterrompue des pâtés de montagnes dont les pics, en nombre incalculable, s’élèvent de 800 m. à 1400 m. au-dessus du niveau de la mer, sur un ruban large de plus de 50 km. (allant du 7° 20 au 7° 50 de lat. N. et couvrant une superficie de 6.000 km2. La forêt vierge couvre une grande partie de cette contrée et ne fait défaut que sur certaines crêtes de montagnes.
Au sud de 7° 30, elle s’étend d’une manière ininterrompue, et c’est surtout sous cette latitude, dans les régions peu élevées, que le Kolatier est cultivé en grand. La saison des pluies y est de longue durée et pendant les mois secs, de novembre à mars d’une part, en mai ou juin d’autre part, il est rare qu’il ne tombe pas au moins une averse par semaine.
Presque tout le pays est habité par les Dans, encore nommés Dioulas ou Dyolas, ou Yapoubas. (L’appellation de Dioulas ou Dyolas, aujourd’hui employée dans les rapports administratifs et dans la littérature géographique devrait, à notre avis, être proscrite, car elle prête à une trop grande confusion. Le mot dioula devrait être réservé pour désigner les colporteurs soudanais ordinairement d’origine Mandé, mais pouvant appartenir aussi à un autre peuple et qui circulent aujourd’hui à travers toute l’Afrique occidentale).