TROISIÈME PARTIE. (continued 2)
Reading edition
En tous cas, il faut éviter les filtrations destinées à rendre le liquide alcoolique clair pendant l’épuisement, car la partie tanno-résineuse en suspension renferme de la caféine.
Extrait de Kola frais stérilisé. — Industrialisant le procédé de stérilisation décrit par Goris et Arnould, MM. Boulanger-Dausse ont obtenu une forme extractive dite « intrait de Kola » qui renferme tous les principes actifs de la noix et ce procédé permet seul d’extraire intégralement toute la caféine des semences employées[241]. De plus, le rendement total en extrait est environ d’un poids double.
Il n’est donc pas téméraire de penser que la solution du problème industriel est trouvée et qu’au point de vue pharmaceutique, on devra, dans l’avenir, ne se servir exclusivement que de Kola frais stérilisé par la vapeur d’eau sous pression ou par tout autre procédé pratique arrivant au même résultat.
Kola frais stérilisé. — La stérilisation est, on le sait des plus simples. Les noix stérilisées sont ensuite desséchées puis pulvérisées et la poudre obtenue est de couleur grisâtre pâle si elle provient de noix blanches, ou violacée si elle provient de noix rouges. En aucun cas, la poudre obtenue ne présente la couleur rouge acajou si caractéristique des noix desséchées spontanément à l’air. Cette couleur acajou indique que des oxydations ont eu lieu, qui modifient la composition chimique en mettant en liberté de la caféine, des tanins et du rouge Kola. C’est la formation du rouge de Kola qui donne, dans ce cas, la coloration rouge.
La poudre de Kola frais stérilisé se conserve indéfiniment, si on la place en un endroit sec et autant que possible à l’abri de la lumière ; elle peut servir à tous usages et remplacer la noix fraîche, dont elle possède l’activité physiologique.
Dans les pays plus éloignés de l’Europe que la côte occidentale d’Afrique où les Kolas provenant de plantations ne sont pas l’objet d’une forte consommation locale, comme à Madagascar ou à la Jamaïque, par exemple, il serait sans doute particulièrement avantageux de stériliser les noix fraîches avant leur expédition sur le marché européen. La drogue, ainsi préparée par le procédé simple que nous avons indiqué, trouverait certainement un excellent débouché dans le commerce de la droguerie pharmaceutique.
Passons maintenant en revue les diverses formules de préparations qui peuvent être employées :
Comprimés et tablettes de Kola frais stérilisé. — A l’aide de la poudre stérilisée, on peut faire, par exemple, des comprimés du poids de 0,25 à 0,50 cg., qui représentent 0,50 cg. à 1 gr. de substance fraîche. Une noix de Kola pesant en moyenne 10 à 12 gr., il sera donc aisé de prendre la dose qui conviendra le mieux. La poudre de Kola pourra également être associée à du sucre, du cacao ou toute autre substance que l’on voudra y incorporer et dès lors on pourra faire des tablettes alimentaires au Kola de composition et de poids variables, suivant l’effet recherché.
Préparations alimentaires. — Mais, si l’on veut obtenir un produit alimentaire de luxe très actif, il sera préférable d’employer l’extrait ordinaire ou mieux encore la forme extractive obtenue en partant du Kola stérilisé qui sous un faible volume est extrêmement active.
D’après MM. Boulanger-Dausse, le Kola frais stérilisé et réduit en poudre, donne environ 26 % de son poids d’extrait par l’alcool à 70° ; 26 gr. représentent donc physiologiquement 100 gr. de noix desséchée après stérilisation, soit 200 gr. environ de substance fraîche, ou 17 à 18 noix.
En résumé, 1 gr. 40 à 1 gr. 50 d’extrait physiologique préparé par la méthode que l’un de nous a préconisée avec M. Goris[242] représentent une noix fraîche du poids moyen de 12 gr. Cet extrait pourra à son tour servir à toutes les combinaisons médicinales ou alimentaires possibles.
On a préparé ainsi, des tablettes de chocolat au Kola, représentant chacune une demi-noix fraîche, des biscuits, des dragées etc.
Masticatoire au Kola. — Mais nous donnerions volontiers la préférence à la forme dite « masticatoire ». Rien n’est plus aisé, en effet, que d’incorporer aux substances ordinairement employées dans la préparation des « shevin gum » américains, par exemple, une dose de poudre ou mieux d’extrait de Kola stérilisé. On se rapprocherait ainsi davantage de la manière indigène en mettant lentement en contact avec la sécrétion salivaire, les principes actifs du Kola qui abandonnent pour ainsi dire leur caféine à l’état naissant, en même temps que la mastication provoque une abondante salivation qui n’est pas sans action sur la digestion.
Granulé au Kola. — Une des formes commerciales les plus courantes sous laquelle on emploie le Kola en pharmacie est le saccharose granulé.
Pour le préparer, on prend de l’extrait de Kola qu’on fait dissoudre dans du sirop de sucre et auquel on ajoute du sucre pour faire une pâte qu’on force ensuite à passer à travers les mailles d’un tamis. On obtient ainsi des fragments cylindriques (vermiculés) qu’on dessèche et conserve en flacons. On règle la dose de façon que le granulé obtenu représente son poids de Kola sec.
Là encore on substituera avec avantage l’extrait de Kola stérilisé, dont l’activité est, on ne saurait trop le répéter, toujours plus grande et différente du produit officinal.
Vin de Kola. — La préparation du vin de Kola est des plus simples. Le Codex recommande de prendre 60 gr. de noix de Kola pulvérisée (demi-fine) que l’on fait macérer 8 jours dans un litre de vin de Malaga ; il suffit alors de filtrer.
On pourrait également faire du vin de Kola non seulement en remplaçant la poudre de noix desséchée du commerce, par le même produit préparé avec des noix fraîches préalablement stérilisées, mais encore à l’aide des noix fraîches elles-mêmes.
Pour cela, on en prendra 80 à 100 gr. environ, soit 6-8 noix fraîches, qu’on découpera en petits morceaux, placés immédiatement dans l’alcool à 60° ou dans du tafia, si l’on n’a que ce liquide alcoolique à sa disposition, et en quantité juste suffisante pour que le Kola soit imbibé ; on laissera ainsi 5 ou 6 jours et l’on versera sur le tout un litre de vin.
Dans ce cas, il sera inutile d’employer des vins à titre alcoolique élevé, c’est-à-dire les vins de liqueurs et l’on s’adressera aux vins ordinaires, l’alcool de macération relevant très largement le titre de ces derniers.
Extrait fluide de Kola. — Les extraits fluides, fabriqués de façon à représenter leur poids de plante employée, pénètrent chaque jour davantage dans la pratique pharmaceutique et le Codex a donné la formule d’un extrait fluide de Kola, au sujet duquel, nous ferons en ce qui concerne la substitution du Kola frais stérilisé la même remarque que pour l’extrait ferme ; 1 gr. d’un tel extrait fluide correspondra dès lors à 2 gr. de drogue fraîche, et il en faudra de 5 à 6 grammes, soit une cuillerée à café environ pour représenter une noix fraîche.
* * *
Les préparations à base de Kola peuvent être multiples et ne sont pas l’apanage exclusif du pharmacien. En effet, dans le Guide de l’Inspecteur de pharmacies de MM. Roux, chef du service de la répression des fraudes et Guignard, directeur honoraire de l’Ecole supérieure de pharmacie de Paris[243], on lit :
« Certaines préparations, telles que l’extrait de Café, de Kola ont évidemment un caractère alimentaire et ne doivent pas être considérées comme des préparations pharmaceutiques pas plus que le chocolat à la Kola ou à l’extrait de Kola ».
Mais il n’en sera pas de même des préparations dans lesquelles entreront d’autres substances médicamenteuses ou toniques. Nombre de vins médicinaux composés sont dans ce cas et, à fortiori, quand il s’agira d’associer, comme on le fait, le Kola à la noix vomique ou à la strychnine.
On emploie le plus généralement dans ce cas, et seulement sur ordonnance médicale, les mélanges suivants donnés ici à titre de simple renseignement :
Extrait fluide de Kola (Codex) ou de Kola frais stérilisé 60 gr.
Teinture de noix vomique (Codex 1908) 5 —
Dose : 50 gouttes, de 3 à 5 fois par jour.
ou bien encore :
Extrait fluide de Kola 60 gr.
Gouttes amères de Baumé (Codex 1908) 3 —
Enfin on peut associer, dans le même but, à la poudre de noix de Kola fraîche stérilisée, la poudre de noix vomique ou de Fèves de St-Ignace.
Poudre de Kola frais stérilisé 60 gr.
Poudre de noix vomique 1 —
Diviser en cachets ou pastilles comprimées de 0,50 cg.
Dose moyenne : de 5 à 10 cachets par jour.
Pour rendre cette dernière préparation plus active, on peut remplacer un tiers de la poudre par de l’extrait sec de Kola pur stérilisé et prendre de 3 à 5 cachets en augmentant la teneur de poudre de Noix vomique qui sera portée à 1 gr. 50 dans la formule ci-dessus.
D’ailleurs le médecin reste seul juge des proportions, car on a vu combien était variable l’action du Kola avec les individus.
On peut enfin fabriquer des élixirs de Kola, dont voici deux formules :
1o Extrait fluide de Kola 50 gr.
Alcool à 60° 100 —
Sirop simple 100 —
Vin de Lunel 250 —
On peut ici remplacer avantageusement, à notre avis, le sirop de sucre par les sirops de groseilles, de cerises ou de framboises.
2o Extrait fluide de Kola 50 gr.
Glycérine 60 —
Alcool à 90° 60 —
Vin de Malaga blanc 500 —
Sirop de sucre 200 —
Teinture de vanille 10 —
Eau distillée, Q. S. pour 1000 —
Cette dernière formule est celle du Formulaire des pharmaciens français.
Emploi du Kola dans la ration alimentaire des animaux.
Il est à peine besoin d’ajouter que tout ce qui vient d’être dit concernant les usages thérapeutiques du Kola chez l’homme, peut s’appliquer également à la médecine vétérinaire, mais il est nécessaire d’insister sur quelques essais spéciaux intéressants.
Si le Kola administré sagement est un excellent adjuvant pour obtenir un rendement meilleur des forces humaines et permet un effort soutenu des plus intéressants pour le soldat et tous ceux qui s’occupent des sports, on conçoit qu’il ait été accueilli favorablement par les entraîneurs de chevaux de course.
Les expériences de J. Chevalier et Alquier rapportées dans le chapitre précédent sont concluantes, et bien qu’il soit très difficile de se documenter sur ce terrain spécial, nous savons que bon nombre d’entraîneurs font usage depuis longtemps déjà de la poudre de Kola. Le Kola frais est même employé et les produits obtenus de noix fraîches stérilisées sont actuellement très en faveur dans certaines écuries.
Des expériences ont également été faites en France et en Allemagne, sur le cheval de guerre, et les résultats sont de même ordre physiologique que ceux qui ont été constatés chez l’homme.
Une autre application assez curieuse est à signaler encore, c’est celle qui a trait à l’alimentation des vaches laitières. Ces expériences ont été faites par M. Meinert[244], fermier à Hammertrof, en Allemagne, avec un fourrage préparé par la Société de produits alimentaires d’Altona et ont été rapportées en France par le professeur Grandeau. Les résultats paraissaient excellents, mais à notre connaissance ils n’ont pas été contrôlés et confirmés dans ces dernières années.