QUATRIÈME PARTIE.
Reading edition
Le Kola et les Kolatiers au point de vue économique.
CHAPITRE XIV.
La Culture des Kolatiers.
Jusqu’à ces dernières années, la littérature coloniale est demeurée excessivement pauvre en renseignements sur la culture des Kolatiers. Dans sa Monographie, E. Heckel dût passer ce chapitre presque sous silence. O. Warburg, dans le Traité d’Agriculture tropicale de Semler (2e édition)[245], réunit pour la première fois un faisceau d’observations sur ce sujet, mais il constate combien sont rares encore les indications précises et signale de nombreux problèmes à résoudre :
« Ce qu’on sait aujourd’hui de la culture du Kolatier ne pèse pas lourd, écrit-il. Il n’y a nulle part de grandes plantations... La culture en grand n’existe pas encore, et cependant en présence de la consommation toujours croissante, il aurait été tout indiqué, depuis longtemps déjà, de s’en occuper très sérieusement ; il aurait fallu, pour le moins, organiser de vastes cultures expérimentales afin de tirer au clair les détails pratiques de la culture industrielle. Exemple : nous savons qu’au Soudan les grandes transactions commerciales ne portent que sur quelques sortes de Kola bien définies, et qui ne se rencontrent que dans une région étroitement limitée. Serait-ce dû uniquement à des circonstances climatériques ? N’y aurait-il pas là des variétés botaniques distinctes, susceptibles de fournir, même sous un climat identique, chacune un produit différent ? Les recherches de K. Schumann faites depuis, semblent donner raison à la dernière supposition. A quelle variété appartiennent les Kolatiers des divers Jardins botaniques ? C’est que chacun de ces individus conservés dans les Jardins botaniques est susceptible de devenir le point de départ d’une culture industrielle, le jour où on arrivera à en faire. Il faudrait tout de même savoir ce que valent toutes ces espèces-là. Sont-elles bonnes ? Ou bien n’exposent-elles pas plutôt à des déboires les planteurs qui s’y fieraient ?
« Voilà des questions qui demandent à être résolues par des stations botaniques avant d’aborder la culture du Kolatier industriellement et en grand.
« Le plus simple et le plus sûr serait de créer une plantation d’essai d’abord dans l’Afrique occidentale même : par exemple, dans l’hinterland du Togo. Il faudrait absolument ne prendre pour cet essai que les noix les meilleures en les faisant venir directement des centres de production renommés ; il faudrait qu’elles soient toutes fraîches ; on pourrait simultanément envoyer à la côte une partie de ces noix de qualité supérieure, afin d’y faire des essais parallèles.
« J’ai la ferme conviction qu’il est temps d’aborder d’une façon plus sérieuse que cela n’a été fait, la culture industrielle du Kolatier dans les colonies européennes de l’Ouest de l’Afrique. On prendrait pour modèles la culture du Cacaoyer et celle du Caféier.
« L’Afrique même offre pour le Kola un débouché sûr et de toute première importance...
« Une fois démontrée, la possibilité d’une culture industrielle, d’importants centres nouveaux de production ne tarderaient pas à se créer ; ils auraient sur ceux d’aujourd’hui (Achanti, Sources du Niger, etc.), divers avantages, entre autres celui d’être bien plus facilement accessibles à la côte.
« D’ailleurs la consommation du Kola en Europe et en Amérique va, elle aussi, en croissant.
« Pour le marché européen et américain, il y aurait lieu peut-être un jour de rechercher, par la sélection, la création de nouvelles variétés qui n’aient pas cet arrière-goût de moisi qui nous est désagréable dans la noix de Kola actuelle ; on aura avantage à créer d’autres variétés qui soient particulièrement riches en principes actifs.
« Il est vrai, la culture en vue de l’exportation en Europe de la noix sèche ne deviendrait avantageuse que le jour où les prix seraient montés ; mais il faut bien se dire que cela arrivera fatalement dans un avenir assez rapproché, si la consommation européenne et américaine continue à progresser dans les mêmes proportions que par le passé.
« Le transport en Europe de la noix fraîche même est chose fort aisée dès aujourd’hui ; les arrivages de noix de Kola fraîches à Marseille et à Londres augmentent, en effet, d’année en année et sont déjà fort appréciables.
« Il est certain que les précieuses propriétés de la noix de Kola lui frairont, le temps aidant, une large route ; la nation qui, la première, aura abordé avec énergie et succès la culture du Kolatier, retirera naturellement la plus grande part des profits de cette nouvelle branche d’industrie agricole tropicale.
« Lorsque des noirs plantent en terre, en quelque endroit propice, une noix de Kola pour venir recueillir ensuite les fruits de l’arbre qui aura poussé, cela ne mérite pas le nom de culture.
« Pas davantage, d’ailleurs, que la pratique des propriétaires d’esclaves en Amérique qui avaient coutume de planter un Kolatier dans quelque coin de leur exploitation et le laissaient se débrouiller tout seul sans y apporter guère plus de soins que les noirs en Afrique.
« L’élevage de Kolatier dans une serre en Angleterre n’est toujours pas encore de la « culture » dans le sens que nous entendons.
« Nous proposons ci-dessous un petit questionnaire auquel on ne saura donner des réponses qu’après que des blancs auront fait des cultures d’essai sur une vaste échelle, et ceci pendant un certain temps :
« Quels sont les sols et les expositions dans lesquels le Kolatier pousse et ceux où il réussit le mieux ?
« Sa végétation peut-elle être réglée au moyen de la taille ? Supporte-t-il la forme naine comme c’est le cas du cacaoyer et du caféier ? Une irrigation régulière lui serait-elle profitable ?
« Quels perfectionnements pourrait-on utilement apporter aux procédés actuels de préparation du fruit pour la consommation ?
« Une fois ces principales questions résolues, ce sera le moment de passer à l’amélioration de la noix par une sélection attentive de la semence. Il n’y a pas lieu de douter de la possibilité d’un anoblissement de la noix de Kola par une culture digne de ce nom ; ce serait nier toute l’histoire de l’industrie agricole.
« Pour ce qui est des conditions naturelles de la culture du Kolatier, tout ce que nous savons pour le moment est que l’arbre réclame un climat tropical et assez humide ; qu’il ne redoute d’ailleurs pas une période de sécheresse retournant tous les ans, pourvu qu’elle ne soit pas très longue ».
Warburg énumère ensuite tous les renseignements qu’il a pu recueillir sur la culture du Kolatier. Ils sont peu nombreux et une partie ne sont pas exacts.
Depuis 1898, un très grand nombre de notes ont été publiées sur la culture du Kolatier, mais elles laissent encore quantités de problèmes dans l’ombre ; elles apprennent très peu de faits nouveaux et la plupart des auteurs se sont copiés les uns les autres. Des plantations expérimentales ont bien été entreprises dans quelques Jardins d’essais, mais ces plantations ont été faites ou sur une très petite échelle ou dans des conditions défavorables au point de vue des solutions à attendre. D’autres ont été abandonnées presque aussitôt commencées et ne peuvent donner de résultats intéressants.
Il serait, croyons-nous, oiseux de reproduire dans ce chapitre tout ce qui a été publié sur la culture du Kolatier. Beaucoup de renseignements rapportés par divers auteurs ont été controuvés par nos propres observations.
Nous nous bornerons donc à signaler les constatations faites par l’un de nous de visu ainsi que les renseignements recueillis sur place au cours de nos périgrinations en Afrique. Nous rappellerons seulement les renseignements d’autres sources quand elles seront en concordance avec nos propres observations.
Nous voulons éliminer ainsi un grand nombre de faits inexacts déjà trop souvent publiés.
I. — PROCÉDÉS DE CULTURE INDIGÈNE.
Warburg se trompe en refusant l’épithète de cultivés aux Kolatiers appartenant aux indigènes. En certaines parties de l’Afrique occidentale, ces arbres reçoivent de véritables soins. Mais, en beaucoup de régions, le plus grand obstacle à l’extension des plantations, est une croyance absurde. Les indigènes prétendent que quiconque plante un Kolatier, doit mourir lorsque l’arbre commence à rapporter des fruits. Cette légende est entretenue par les dioulas, dont l’intérêt est de conserver le monopole du commerce des Kolas ; ils doivent par conséquent empêcher la propagation de l’arbre producteur en dehors des régions visitées par eux.
Il est donc très rare que l’on sème des graines.
Dans le sud du Soudan, par exemple, les quelques Kolatiers que l’on rencontre, proviennent presque toujours de graines qui ayant été perdues, se sont trouvées enterrées naturellement et ont produit des germinations qui ont poussé sans l’intervention de l’homme. Dès que le propriétaire de la case près de laquelle se développe ce Kolatier découvre la jeune germination, il se contente de l’entourer d’un petit enclos formé de bâtons pour empêcher les passants ou les animaux de détruire la précieuse plante.
Dans le sud de la forêt de la Côte d’Ivoire où on cultive réellement le Kolatier sur des espaces restreints, autour des villages, les noirs recueillent les graines tombées des arbres vivant à l’état sauvage dans la forêt et ayant commencé à germer et ils transportent ces germinations dans les cultures près de leurs habitations. On déterre même parfois les jeunes Kolatiers qu’on rencontre à travers la forêt pour les transplanter autour des villages ; mais, à notre connaissance, on fait rarement des semis de graines.
Cela se pratique dans certaines régions au cours de quelques cérémonies rituelles. Ainsi on a raconté qu’à la naissance d’un enfant, au sud du Soudan, on enterrait une noix à côté du cordon ombilical du nouveau-né. L’arbre qui se développe et tous ceux issus de ses fruits tombés à terre forment le patrimoine, tous les autres biens du père passent, après la mort de ce dernier, à l’aîné des oncles.
Si cet usage existe réellement, il est très local, car nous avons parcouru les mêmes régions sans qu’il nous ait jamais été rapporté.
Chez les Dans ou Dyolas, on ensemence réellement des Kolatiers, d’après le capitaine Laurent. Toutes les graines, écrit-il, ne sont pas propres à la reproduction et aucun signe extérieur ne permet de reconnaître, parmi les noix fraîches, celles qui germeront. Il faut, avant de les planter, les laisser germer soit à l’air libre, soit enfouies à une faible profondeur. Le plus souvent d’ailleurs, au lieu de les planter de cette façon, les Dyolas repiquent les plants nés spontanément de graines tombées.
Les Bétés, d’après Ripert, apportent aussi beaucoup d’attention à la culture de leurs arbres. On sème parfois des amandes, mais plus souvent on ramasse les graines germées à la surface du sol.
Les branches retombantes sont soutenues à l’aide de perches ; on n’enlève pas les épiphytes qui vivent sur les rameaux et sur le tronc. A la base de celui-ci, on supprime la végétation et on remue un peu la terre.
Nulle part, il n’existe de grands vergers de Kolatiers. On trouve de petits groupes de cette essence autour des villages, le long des sentiers de forêt, spécialement aux carrefours, autour des cases de culture et très souvent sur l’emplacement d’anciens villages détruits depuis longtemps et réenvahis par la forêt.
C’est également dans ces conditions que nous avons toujours rencontré les Kolatiers cultivés dans les diverses régions forestières de la Côte d’Ivoire.
Aux environs de Diorodougou, chez les Tômas, avant de mettre la noix germée en terre, on en retrancherait la partie inférieure opposée au germe[246]. Nous ne voyons pas la raison de cette pratique, si toutefois elle existe. Le même rapport renseigne sur les procédée de culture des Bagas. Les amandes, bien mûres, sont disposées en pépinière à 8 ou 10 cm. de profondeur, dans un coin du village ou en pleine brousse. La germination se produit un mois après et la transplantation a lieu l’année suivante en plein hivernage, au mois d’août. Les arbres, placés sans ordre et toujours trop rapprochés (2 ou 3 m. d’écart seulement), sont plantés dans des endroits légèrement humides et ombragés, parfois même trop sombres et trop couverts, de sorte qu’un certain nombre en souffrent et restent chétifs. Le même fait s’observe pour les plantes de semis naturel. Les pieds isolés sont protégés contre l’ardeur du soleil par des abris en feuilles de palmier portés sur quatre piquets.
Au Fouta-Djalon, on fait aussi germer les noix de Kola dans une galerie forestière, au bord d’un marigot et quand l’arbuste est âgé de 5 à 6 ans on le transplante dans une roundé (terrain cultivé sur l’emplacement d’une ferme) ou dans une margha (ferme habitée).
Le document cité plus haut rapporte une opération de culture assez curieuse, qui serait pratiquée par les indigènes du Samo[247] (Guinée française).
Dans cette province, lorsque les Kolatiers atteignent 2 ou 3 mètres de hauteur, à l’âge de quatre ou cinq ans, on écorce la tige sur une hauteur de 0 m. 20. La plaie est ensuite recouverte, jusqu’à cicatrisation, d’un morceau de toile qu’on évite de trop serrer. On arriverait ainsi à hâter la fructification et à la rendre plus abondante[248]. Il serait nécessaire d’expérimenter cette méthode dans les jardins d’essais, afin de déterminer si elle est réellement efficace.
A Sierra-Léone, les noirs cultivent assez méthodiquement le précieux arbre.
D’après les renseignements qu’a bien voulu nous envoyer le Gouvernement de la colonie, il existerait environ 4.500 principaux villages à Kolas ; cultivant en moyenne 50 arbres par village ; ceux-ci espacés de 20 pieds les uns des autres, sont en moyenne au nombre de 109 par acre (ou 272 à l’hectare) ; ils couvriraient donc une surface de 2.065 acres dans toute la colonie : en général, la culture est confinée au bord des rivières.
En Mellacorée, où il existe habituellement une douzaine de Kolatiers par village de 30 cases, quelques indigènes ont assuré à E. Baillaud, que si l’on plantait quelques touffes de Sanseviera guineensis (plante textile rarement utilisée par les indigènes, mais souvent considérée comme fétiche), autour du précieux arbre, on le faisait prospérer.
Le Kissi est un des rares pays où nous ayons vu les Kolatiers entourés de très grands soins par les indigènes. Dans cette province, on ensemence réellement l’arbre et on en plante régulièrement chaque année au bord des sentiers aboutissant aux divers villages.
On fait habituellement germer les noix d’une manière assez originale.
Il existe dans chaque case d’habitation un grand récipient en terre plus ou moins poreuse (canari), dans lequel les femmes apportent chaque jour de l’eau pour les usages domestiques. Ce vase est entouré d’un lit de sable humide qui le maintient droit. On dépose sur ce lit de sable les noix dont on veut obtenir la germination. Dès que celle-ci s’opère, c’est-à-dire, lorsque les cotylédons s’écartent et laissent poindre la radicule, on transporte le jeune plant à son emplacement définitif qui est toujours situé au bord d’un sentier dans l’îlot de forêt entourant le village.
On creuse préalablement un trou profond de 60 cm. ; on le remplit de fumier, de cendres, et de cette terre noire très riche en matières organiques, qui forme souvent de gros tas à l’entrée des villages. Au fur et à mesure que le Kolatier grandit, on élève au pied un petit monticule formé de détritus végétaux ou de balayures et de temps en temps on remue la terre au pied des arbres. Les rameaux inclinés par le poids des fruits sont étayés à l’aide de fourches en bois.
L’habitant du Kissi et du Kouranko soigne ses Kolatiers presque avec autant d’attention que le paysan français soigne ses vignes, ses pommiers ou ses oliviers. Malheureusement le noir ne sait pas régler l’éclairage des Kolatiers : l’ombrage modéré est bienfaisant pour ces arbres, mais dès qu’il devient épais, il produit une demi-obscurité favorable au développement des épiphytes. Les arbres d’essences diverses environnant le précieux végétal ne sont jamais émondés, de sorte que leurs branches s’enchevêtrent souvent dans celles du Kolatier, qui devient dès lors presque stérile. Lui-même n’est jamais taillé, les indigènes prétendent qu’un outil en fer ne doit jamais être mis en contact d’une partie quelconque de l’arbre sacré. Aussi les branches sont souvent étalées d’une manière très défectueuse. Certains Kolatiers sont ramifiés au ras du sol et d’autres ont un tronc qui n’émet des branches qu’à 6 ou 7 mètres de hauteur.
M. l’administrateur Barthélemy nous a fourni des renseignements démontrant que les Ngans du cercle de Dabakala (Côte d’Ivoire) se livrent réellement aussi à la culture de l’essence qui nous intéresse.
Les hommes ne s’occupent guère que des plantations de Kolatiers, tandis que les femmes soignent les lougans d’ignames, de riz, de coton et de tabac. Pour établir une plantation de Kolatiers, on débroussaille entièrement un endroit de la forêt soigneusement choisi, toujours sur une pente, afin que le drainage soit parfait ; tout est coupé, même les arbres de haute futaie qu’on laisse habituellement dans les autres lougans de riz ou d’ignames. Ce gros travail accompli, les Ngans plantent d’abord des Bans ou Palmiers d’eau (Raphia) et ensuite seulement on ensemence les noix de Kola. Selon M. Barthélemy, les Raphia[249] seraient destinés à protéger les Kolatiers contre les dégâts des Rats palmistes (Sciurus) communs dans le pays. Les rats palmistes sont très friands des fruits du Palmier et tant qu’ils ont ces fruits à leur disposition, ils n’attaquent pas les graines du Kolatier[250].
Dans les plantations de Kolatiers qui comprennent habituellement 250 à 300 arbres, plantés sans symétrie, les indigènes entretiennent aussi habituellement une plante nommée Béla, à feuilles en forme de fer de lance, destinées à faire les froufrous dans lesquels on enferme les noix de Kola. Cette plante est sans aucun doute une des Maratancées dont il sera question dans un des prochains chapitres. Tous les arbustes et les mauvaises herbes sont constamment arrachés.
M. Savariau a donné aussi des détails intéressants sur la manière dont les indigènes cultivent le Cola acuminata au Dahomey :
« L’arbre à Kola, existant à l’état spontané au Dahomey, a été de tout temps l’objet de quelques soins de la part des indigènes. Les plus prévoyants de ces derniers font annuellement des semis de noix de Kola. Ils choisissent les noix de Kola fraîches les plus belles, les sèment à trois, quatre centimètres de profondeur dans un terrain léger, très humifère et très humide, bien ombragé, au bord des lagunes de préférence. Les noix quotidiennement arrosées germent au bout d’une vingtaine de jours et les jeunes plants sont laissés en pépinière. On les arrose fréquemment pendant cette période et on bine de temps à autre la terre qui les porte. La transplantation est effectuée au début de la saison pluvieuse dans les sous-bois humides et les indigènes ont bien soin, pour mettre les Kolatiers en place, de faire des trous d’assez grandes dimensions, qu’ils remplissent, en grattant la couche superficielle avoisinante, évidemment plus riche en principes fertilisants.
« Malheureusement les indigènes n’ont aucune notion de la distance à laisser entre les arbres. Ils les plantent toujours trop rapprochés ; beaucoup sont à deux ou trois mètres les uns des autres et cela nuit considérablement à leur développement.
« Les soins donnés aux Kolatiers en croissance varient légèrement suivant les régions. En certains points, on se contente de débrousser sur un rayon de 1 m. 50 à 2 m. autour de chaque arbre ; on ne pratique aucune taille, on ne coupe même pas les branches mortes ou brisées, on laisse les arbres mourir de vétusté, parce que les croyances fétichistes interdisent de faire subir le contact du fer aux Kolatiers. Dans les régions où cette superstition n’existe point, les indigènes débarrassent les arbres des branches mortes ou brisées afin d’empêcher celles-ci d’endommager par leur chute les branches voisines »[251].
II. — BOUTURAGE.
D’après de nombreux auteurs, les indigènes de l’Afrique tropicale multiplient fréquemment le Kolatier par bouturage ou par marcottage.
Cette pratique a été signalée pour la première fois par E. Heckel en 1893, d’après les observations faites par le jardinier E. Pierre, qui dirigea le Jardin d’essai de Libreville de 1887 à 1892.
Elle doit être pratiquée rarement en Afrique occidentale : nous ne l’avons pas constatée, pour notre part, au cours de nos voyages. Cependant M. Charles van Cassel, membre de la mission Wœlffel (1899), nous a assuré que « certains porteurs de la mission, dans le Pays des Dans ou Dyolas, emportaient des boutures prélevées sur les arbres des villages qu’ils traversaient, mais ils n’en prenaient pas sur les pieds de leur propre village ». Le comte Zech mentionne aussi ce procédé de multiplication au Togo. « D’après mes renseignements et les observations que j’ai pu faire, la propagation se fait aux environs de Tapa au moyen des boutures »[252].
M. Nicolas nous a assuré dans une communication verbale que dans le nord de la Côte d’Ivoire les indigènes courbaient souvent les rameaux de certains Kolatiers, de manière à en enterrer l’extrémité. Au bout de quelque temps, des racines se forment et on n’a plus qu’à séparer et transplanter le nouveau plant.
Dans d’autres régions de la Côte d’Ivoire, on procède différemment. D’après l’administrateur Salvan, qui commandait le cercle de Koroko (ancien territoire de Kong), en 1905-1906, « quand on désire établir une plantation, on coupe une branche d’environ 1 m. 50 à un Kolatier voisin. On la recourbe ensuite en forme d’arceau en enfonçant en terre les deux extrémités. Lorsque l’on juge les racines assez profondes et suffisamment fortes, l’on sépare l’arceau en deux par le milieu et l’on obtient de cette manière deux Kolatiers au lieu d’un. »
Enfin, E. Baillaud a observé en Mellacorée que les Kolatiers étaient habituellement propagés par des drageons enlevés à la base des arbres adultes.
Si réellement les marcottes et les boutures de Kolatiers sont préférées aux semis, c’est que les indigènes ont reconnu que ces procédés étaient avantageux pour conserver les qualités acquises.
A notre connaissance, aucun Jardin d’essais n’a encore tenté d’expérience en vue de contrôler le degré de créance qu’il faut donner à ces renseignements. Il serait pourtant du plus haut intérêt de multiplier par bouturage les Kolatiers les plus productifs et donnant les plus grosses noix.
III. — RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LES PLANTATIONS EUROPÉENNES.
Diverses plantations de Kolatiers ont été entreprises par quelques européens, surtout depuis une quinzaine d’années. La plupart ont été abandonnées avant d’avoir donné aucun résultat. On en signale actuellement seulement quatre ou cinq en Afrique occidentale et à Madagascar, et elles comprennent chacune quelques milliers d’arbres au plus.
Peu de renseignements ont été publiés sur ces plantations et sur celles des Jardins d’essais, de sorte qu’il est difficile d’en tirer des données pratiques.
Nous signalerons cependant les faits les plus importants mis en relief.
Le document le plus ancien, et aujourd’hui encore des plus précis sur la manière d’établir ces plantations, est dû à l’infortuné Saussine[253], qui résida longtemps aux Antilles comme professeur de chimie au lycée St-Pierre et périt dans l’éruption de la montagne Pelée :
« On trouve le Kolatier depuis le voisinage de la mer jusqu’à des altitudes de 1.000 à 1.500 mètres ; mais les altitudes qui lui conviennent le mieux sont comprises entre 300 et 600 mètres. Il lui faut un climat chaud et humide ; il appartient à la même zône de culture que la banane et le cacao.
« Il semble s’accomoder de sols assez variés, redoute seulement les terres marécageuses ou sujettes à des inondations. Le meilleur sol est un sol profond, légèrement argileux et bien drainé.
« Semis. — On le propage à partir de graines, en choisissant les plus grosses et les plus mûres. Le semis peut se faire soit en place, soit sur bandes ; ce dernier procédé est toujours préférable. Les graines doivent être semées fraîches ; si on doit les transporter au loin, on les met dans des caisses à jour, après les avoir enveloppées de feuilles fraîches qu’on humecte de temps en temps.
« Les bandes seront établies autant que possible à l’ombre et près d’un filet d’eau ; elles auront environ un mètre de largeur ; on y trace le grand axe et les deux autres à 20 cm. des bords ; on y dépose les graines à 30 cm. l’une de l’autre et on les recouvre de terre. On arrose fréquemment et on tient la surface très propre.
« Plantation. — Les jeunes plantes apparaîtront au bout de trois à cinq semaines ; on les laisse croître jusqu’à 30 cm. ; il faut alors éclaircir les rangs en repiquant la moitié des plantes sur une nouvelle bande jusqu’à ce qu’ils aient atteint près d’un mètre.
« La plantation définitive qui a lieu au commencement de la saison des pluies, se fait en trous carrés de 30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de profondeur, à 7 m. 50 les uns des autres. La méthode est toujours la même : préparer le trou un peu avant la plantation et le remplir de terreau bien fait. Quand on y met le plant, on étale les racines avec soin et on tasse la terre légèrement. Il est également nécessaire de mettre un fort tuteur.
« Comme les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire, s’il n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers, quelques mois auparavant. On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes d’attente, mais les bananiers épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3 m. 50 l’un de l’autre en intercalant les Kolatiers entre eux.
« Dans les endroits ombragés, on supprime les bananiers au centre de chaque carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les arbres poussent.
« La plantation, une fois établie dure longtemps et peut même constituer à son tour un ombrage pour d’autres cultures, en particulier certaines cultures vivières.
« Le Kolatier épuise peu le sol, mais les cultures intercalaires de bananiers avant la plantation ou de légumes après, sont par elles-mêmes assez épuisantes pour qu’il soit nécessaire de fumer de temps à autre. »
A Madagascar, on recommande de procéder de la manière suivante : Le semis en pépinière doit être fait sous ombrage, sur un sol bien défoncé, bien fumé et fréquemment arrosé. La germination se produit au bout de 3 à 5 semaines.
La mise en place définitive se fait sous ombrage lorsque les plants atteignent 40 cm. à 50 cm. de haut. Elle est très délicate et doit être faite au moment des grandes pluies. L’écartement préconisé varie de 6 m. à 7 m. 50. Il est inutile de faire plusieurs mois à l’avance des trous mesurant au minimum 0 m. 70 de côté sur 0 m. 80 de profondeur.
* * *
En Guinée française, il a été fait d’assez nombreux essais de plantations, mais presque toutes ont été abandonnées. Dès 1897, un colon, M. Génot, recommandait de faire la transplantation deux ou trois mois seulement après la germination, alors que la jeune plante n’a encore que 0 m. 10 de hauteur au maximum.
Un an plus tard, la racine longuement pivotante atteint déjà 1 m. ou 1 m. 50 de longueur ; aussi l’arrachage est toujours défectueux et la reprise des plants âgés se fait très mal[254].
En 1901, P. Teissonnier insiste encore sur les difficultés de la transplantation. Malgré les soins apportés à l’arrachage des plants restés un an en pépinière, il est impossible de conserver le pivot dans toute sa longueur. La reprise se fait difficilement ; un grand nombre de plants périssent pendant la saison sèche et ceux qui survivent restent languissants. Certains arbustes ainsi transplantés atteignaient à peine 30 cm. à 40 cm. de hauteur, tandis que les Kolatiers plantés en germination et provenant du même semis avaient une hauteur moyenne de 1 m. 60 à leur deuxième année. C’est pourquoi le directeur du Jardin d’essais de Camayenne recommande de procéder de la manière suivante :
« Après avoir fait choix du terrain, on sème en planches en mettant entre les rangs 0 m. 20 et en conservant une distance de 0 m. 10 sur le rang. Les noix sont recouvertes de 2 cm. à 3 cm. de terre ; les planches sont ombragées avec des feuilles de palmiers et arrosées chaque fois que le besoin se fait sentir. La levée a lieu au bout de 50 ou 60 jours et la mise en place doit se faire dès que la tige a 10 cm. à 12 cm. de hauteur.
« En semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la deuxième quinzaine d’avril et on peut procéder à la mise en place dans la première quinzaine de mai.
« Par cette méthode, il n’y aura aucun vide dans la plantation ; on obtiendra dès la deuxième année des plantes de 1 m. 60 et la fructification se trouvera avancée dans de notables proportions »[255].
En Guinée encore, un colon nommé Vacher, avait fait il y a quelques années des plantations de Kolatiers assez étendues dans le Bramaya et dans la Mellacorée. D’après les renseignements qu’il nous communiquait en 1905, peu de temps avant sa mort, il faudrait :
1o Clôturer les terrains où croissent les jeunes Kolatiers pour les soustraire à la dent des animaux domestiques et des mammifères sauvages ;
2o En Guinée, on doit arroser les jeunes Kolatiers en saison sèche ;
3o C’est en hivernage qu’il faut pratiquer la taille.
Dans la colonie allemande du Togo, des essais de culture ont été faits par M. Plehn et par le Dr Grüner. Ce dernier observateur insiste sur la nécessité d’ombrager le Kolatier et de le planter dans des terrains non pierreux. Dans les terrains pierreux, si l’on veut absolument créer une plantation, il faudra priver, au moins jusqu’à un mètre de profondeur, la terre de toutes les pierres qu’elle contient. Malgré ces conseils, il ne semble pas que les tentatives faites au Togo aient donné de grands résultats[256].
On planta en 1904, en deux endroits différents 100 Kolatiers, au Jardin de Victoria au Cameroun.
A l’un des endroits, le sol fut profondément creusé et l’on installa des cultures intercalaires. Plus tard on fuma deux fois avec un compost. Les arbres mesurent maintenant à un mètre au-dessus du sol 0 m. 50 à 0 m. 60 de circonférence.
Le diamètre moyen de la couronne des arbres varie de 3 à 4 m. 50, et ils ont, déjà en 1907, porté des fruits. Cette année (1908), ces derniers ont été abondants et ont atteint leur complète maturité.
La deuxième plantation, abandonnée sans soins, n’a donné que des arbres rabougris, atteignant à peine la hauteur de l’homme.
La meilleure méthode consiste à placer les semences en plates-bandes exposées au sec, mais arrosées matin et soir. Les plantules sont mises en place trois mois après la germination à des distances de 6 mètres, en les ombrageant à la façon des Cacaoyers et des Funtumia.
40.000 à 50.000 Kolatiers sont ainsi plantés au Cameroun[257].
Dans les colonies anglaises de l’Ouest africain, les Jardins d’essais officiels ont fait aussi des plantations expérimentales étendues relatives aux Kolatiers, mais ces stations n’ont publié que des renseignements succincts sur les résultats obtenus. A Sierra-Léone, on a reconnu que l’arbre, planté en forêt, croît mieux que dans les terrains déboisés ; il est bon de remuer le sol pour l’empêcher de durcir au-dessus des racines qui seraient ainsi privées d’air. Le Kolatier rapporte plus ou moins promptement, et cela dépend de la sélection des graines ; quelques arbres, en effet, commencent à produire vers 7 ans et pour d’autres il faut 25 ans[258].
A la Gold Coast, plus de 10.000 pieds de Cola rubra avaient déjà été plantés en 1905 dans le Jardin botanique d’Aburi et à la station de Tarkwa. Une courte notice sans intérêt pour nous a été publiée par les soins de l’Administration et est destinée à être distribuée aux indigènes[259].
Dans le Nigéria du Sud, spécialement aux jardins d’Olokomeji, d’Ebute-Metta, de Old-Calabar, un grand nombre de noix de Kola ont été ensemencées antérieurement à 1905, mais nous ne connaissons point le résultat des essais poursuivis.
Nous ne sommes pas beaucoup plus renseignés sur les colonies françaises. Dans le Jardin de Camayenne, nous avons observé une cinquantaine de Kolatiers plantés, de 1898 à 1900, par Teissonnier. Quelques-uns avaient déjà fructifié à l’âge de 7 ou 8 ans en 1907. Ce qui frappe dans ce jardin, c’est l’irrégularité de développement de Kolatiers de même âge et croissant dans le même terrain ; à côté des arbres bien développés, il en existe de rabougris et qui demeureront probablement constamment stériles. Il y aurait sûrement intérêt, dans les plantations de rapport, à remplacer, dès les premières années, les arbres qui croissent mal, par d’autres individus enterrés à un emplacement un peu différent.
Nous avons observé au Bas-Dahomey, spécialement au Jardin d’essai de Porto-Novo et aux stations d’essai de Sakété et de Brouadou, de nombreux Kolatiers plantés sous la direction de Savariau. Ces arbres ont pris un développement normal, et beaucoup, à Porto-Novo, ont fleuri dès la 5me année ; mais Noury a constaté que la plupart des plants appartenant au Cola nitida ont leurs rameaux creusés de galeries par les larves du Phosphorus Jansoni, coléoptère sur lequel nous reviendrons dans un prochain chapitre.
Les plants de l’espèce Cola acuminata sont ordinairement indemnes. Il convient de signaler les méthodes de plantation pratiquées par le Service d’Agriculture à Sakété et à Brouadou. En ces deux localités, existent de petits bouquets de forêts où les indigènes ont l’habitude de cultiver le Cola acuminata. On a ouvert, dans la forêt, des trouées rectilignes distantes d’une quinzaine de mètres les uns des autres ; chaque trouée est large de 3 ou 4 mètres et la végétation spontanée a été enlevée sur toute la largeur. Les Kolatiers ont été plantés en lignes droites au milieu de la tranchée et avec un écart de 6 m. à 8 m. d’un pied à l’autre. Les jeunes arbustes, âgés de 2 ans environ, étaient en bonne voie de croissance quand nous les avons vus en janvier 1910.
Pour terminer, nous devons dire que nous avons vu à San-Thomé, à travers les cacaoyères, des Kolatiers très beaux appartenant à l’espèce Cola acuminata. Ils ne sont l’objet d’aucun soin, mais le sol volcanique de San-Thomé est si riche et la surface de la terre est si bien entretenue que la grande production de ces arbres ne saurait nous étonner. Les terres noires profondes, au bord de la mer, dans les endroits bien abrités, semblent très favorables.
Au-dessus de 700 mètres d’altitude, le Kolatier, de même que le Cacaoyer, réussit mal dans l’île.
IV. — CULTURE RATIONNELLE.
Il résulte donc, de ce qui a été dit, qu’aucune plantation européenne n’est encore suffisamment étendue et assez ancienne pour que l’on puisse en déduire des méthodes générales concernant les procédés de culture de cet arbre intéressant.
C’est donc d’après la manière dont se comporte l’arbre dans la forêt à l’état spontané, en nous basant sur son mode de vie et ses affinités botaniques, que nous allons chercher à déduire quelques principes de culture rationnelle.
Disons de suite que les diverses espèces de Cola qui nous intéressent s’accomodent très bien des terrains où prospèrent les Cacaoyers. C’est aussi sous le climat approprié à ce végétal qu’elles trouvent pour leur bon développement les conditions optima.
Par suite, nous tiendrons compte également de l’expérience acquise dans la culture du Cacaoyer pour formuler les conseils qui suivent.
1o Choix des graines.
Ce choix a une très grande importance.
Le planteur fera bien de récolter lui-même les semences sur des Kolatiers vigoureux produisant des amandes de réelle valeur et aussi fertiles que possible. Il ne sera jamais certain d’obtenir des arbres réunissant les qualités des portes-graines, mais malgré tout, en procédant ainsi, il aura de plus sérieuses possibilités d’obtenir des Kolatiers à grand rendement que s’il se contente de semer des amandes quelconques achetées au marché.
Sur les arbres ainsi choisis, on récoltera seulement les plus belles cabosses, lorsqu’elles commenceront à brunir, mais, avant que les valves commencent à s’entrouvrir si elles sont déhiscentes. On les mettra en tas dans un endroit ombragé, mais aéré et à l’abri de l’humidité. On ouvrira ces cabosses pour en retirer les graines seulement lorsqu’elles seront parvenues à maturité très complète.
On ne retiendra pour la semence que les plus belles amandes situées au milieu de chaque cabosse. Les noix rouges étant les plus demandées par les caravaniers, on sèmera exclusivement celles-ci, car en faisant une sélection en sens opposé, on risquerait d’avoir plus tard des Kolatiers produisant avec prédominance des noix blanches.
On éliminera également les graines endommagées par le couteau en ouvrant les cabosses ainsi que celles qui sont attaquées par les insectes.
Les noix germent facilement, qu’elles soient nues ou entourées de la membrane blanche qui les enveloppe dans la cabosse et qui n’est autre que le tégument de la graine. Nous conseillons de laisser cette membranne sur les graines destinées à la semence, car elle met l’embryon à l’abri des intempéries et des insectes aussi longtemps que la germination n’est pas effectuée.
Dans le Fasc. IV des Végétaux utiles (Chapitre VI, Procédés de culture du Cacaoyer à San-Thomé), on trouvera beaucoup de renseignements qui peuvent aussi s’appliquer aux Kolatiers.
On peut semer les noix en place. On peut aussi les placer en pépinière ; mais, dans ce cas, il faudra les transplanter très peu de temps après leur germination, car la jeune plante acquiert très rapidement un long pivot et le sectionnement de ce pivot entraine presque toujours la mort des Kolatiers.
Aussi, nous recommandons de semer les graines dans de petits paniers tressés en feuilles de palmiers, paniers qu’on installe dans un endroit ombragé et qu’on remplit de terre de première qualité. La transplantation se fera en enterrant les paniers lorsque les arbustes auront un centimètre ou deux de hauteur.
Quelle que soit la méthode adoptée, on enterrera les graines à 2 ou 3 centimètres de hauteur en les plaçant de telle sorte qu’elles soient couchées sur le côté ou placées obliquement, les quatre lobules cotylédonaires en bas. Le sol ainsi ensemencé sera maintenu constamment ombragé et tenu toujours frais, sans exagérer toutefois les arrosages qui pourraient entrainer la pourriture des noix enterrées.
La germination se fait beaucoup plus lentement que celle des graines de Cacaoyer. On compte ordinairement qu’il faut 50 à 60 jours pour que la tigelle commence à pointer. Nous avons même vu des noix de Kola, placées en terre depuis 5 ou 6 mois, restées parfaitement saines et qui n’avaient pas encore commencé à germer. On a recommandé divers procédés pour activer la germination. Le meilleur consiste à abandonner un lot de graines dans un endroit frais et ombragé (par exemple dans une cave d’habitation), en les humectant de temps en temps. Au bout de quelques semaines, les cotylédons commencent à s’écarter et la radicule s’étale et se ramifie bientôt à l’extérieur[260]. A ce moment, on enterre chaque noix en germination dans un petit panier rempli de terreau, lequel sera lui-même transporté à demeure lorsque la germination aura acquis quelques feuilles.
On peut aussi stratifier les graines dans des caisses remplies de terreau ou de sable légèrement frais et tenu à l’ombre dans un endroit aéré. La germination pour certaines graines s’effectue parfois au bout de 3 ou 4 semaines, mais on nous a signalé, à Conakry, des noix enterrées depuis 1 an 1/2 restées parfaitement saines et qui n’avaient pas encore germé. Les cotylédons avaient seulement verdi (ce verdissement précède toujours la germination). Au dire des indigènes, les noix qui ont pris cette teinte sont toxiques.
2o Choix et préparation du terrain.
La transplantation du jeune Kolatier se fera dans un endroit à sol profond, riche en humus et planté de quelques grands arbres donnant de l’ombrage. La forêt équatoriale, là où elle offre des terrains riches en humus, sans eau stagnante à la saison des pluies est évidemment le genre de station le plus favorable. A défaut de forêt, on utilisera dans la Guinée française, dans le nord de la Côte d’Ivoire et au Bas-Dahomey les galeries forestières longeant les rivières et les bosquets forestiers souvent assez importants qui avoisinent certains villages.
La forêt où doit s’effectuer une plantation de Kolatiers sera en grande partie déboisée. On abattra toutes les broussailles et essences secondaires qui constituent le sous-bois, ainsi qu’un certain nombre d’arbres formant le peuplement du massif, de façon à ne laisser que le nombre strictement nécessaire pour former au sol un abri léger, tamisant les rayons directs du soleil et donnant aux végétaux qui constituent la plantation un ombrage approprié.
On supprimera radicalement les arbres qui ont un feuillage trop épais et des branches trop étendues pour laisser filtrer la lumière dans la plantation ; on éliminera aussi ceux, comme les Eriodendron, les Mussanga, les Ficus, qui ont des racines puissantes et épuisent rapidement le sol.
On conservera de préférence les arbres donnant des produits utiles. S’il existe déjà dans la forêt des Kolatiers donnant des amandes à deux cotylédons, on les gardera quand bien même ils détruiraient la symétrie de la plantation. Par contre, on éliminera (au Gabon par exemple), tous les Kolatiers des espèces à quatre ou cinq cotylédons qui pourraient donner lieu plus tard à des mélanges de graines préjudiciables à la vente.
On pourrait, à la rigueur, conserver les jeunes plants de cette espèce pour les greffer plus tard, mais nous ne le conseillons pas, car au bout de quelque temps on pourrait confondre les arbustes appartenant à la bonne espèce avec les autres.
De même on gardera les palmiers à huile (Elæis), les Nsafou (Pachylobus edulis), les Owala (Pentaclethra macrophylla), etc. Les arbres-abris recommandés pour le cacaoyer conviennent aussi pour le Kolatier, mais il faut les choisir de plus grande dimension, afin qu’ils ne gênent pas le Kolatier, cette essence atteignant, comme l’on sait, une taille double ou triple du cacaoyer.
Par suite du grand développement que prend le Kolatier, nous estimons qu’il faut planter les sujets avec un écart de 10 à 12 mètres en tous sens.
A l’inverse de ce qui se pratique généralement pour le cacaoyer, on ne plantera jamais qu’une seule plante par fosse. Ces dernières auront au moins 1 m. de dimension en largeur et en profondeur et on les remplira de matières fertilisantes sur lesquelles nous reviendrons.
L’écartement que nous préconisons est tel qu’on ne peut planter au maximum que 80 à 100 Kolatiers à l’hectare.
Nous devons faire remarquer que tous les agronomes ne sont pourtant pas partisans de plantations aussi espacées.
Ainsi, d’après Saussine, aux Antilles, « la plantation définitive qui a lieu au commencement de la saison des pluies, se fait en trous carrés de 30 cm. de largeur et 50 à 60 cm. de profondeur, à 7 m. 50 les uns des autres. La méthode est toujours la même : préparer le trou un peu avant la plantation et le remplir de terreau bien fait. Quand on y met les jeunes plantes, on étale les racines avec soin et on tasse la terre légèrement. Il est également nécessaire de mettre un fort tuteur. Comme les jeunes plants doivent pousser à l’ombre, il est nécessaire, s’il n’existe pas déjà d’ombrage naturel, de planter des bananiers quelques mois auparavant.
On a ainsi l’avantage d’avoir des récoltes d’attente, mais les bananiers épuisent le sol. On les plante à 3 m. ou 3 m. 50 les uns des autres. Dans les endroits ombragés on supprime les bananiers au centre de chaque carré ; on les retire d’ailleurs graduellement à mesure que les arbres poussent. »[261].
L’auteur anonyme du rapport sur le Kolatier en Guinée[262], signale bien comment les indigènes font leurs plantations, mais il ne donne pas son avis sur la meilleure méthode.
Teissonnier n’indique pas l’écart à adopter pour les plantations définitives. Il insiste seulement sur la nécessité de semer les noix en place ou bien de les semer en pépinière et de les transplanter très jeunes et au début de la saison des pluies.
En Guinée française, en semant fin février, les Kolatiers lèvent dans la deuxième quinzaine d’avril et on peut procéder à la mise en place dans la première quinzaine de mai[263].
Vuillet donne les renseignements suivants qui concordent avec les nôtres :
La transplantation étant très délicate, on devra semer à demeure en une place soigneusement ameublie et amendée, sur un mètre de diamètre et de profondeur.
« On pourra aussi le semer en pépinière ombragée et le transplanter en grosses mottes au bout de quelques mois, avant que sa racine ait pu prendre un développement important, dans des trous préparés dans les mêmes conditions.
« Il demande un ombrage modéré qu’on peut lui procurer facilement en plantant avec lui des Albizzia Lebbeck et des bananiers de la façon suivante : les Kolatiers à 10 m. en tous sens, à raison de un Albizzia pour quatre Kolatiers, et les bananiers sur les lignes des Kolatiers à 1 m. 50 environ des arbres qu’ils devront protéger. Les touffes de bananiers devront être émondées soigneusement et souvent, pour permettre aux Kolatiers de recevoir la lumière nécessaire : ils seront arrachés complètement dès que l’ombrage des Albizzia Lebbeck dont la croissance est rapide sera suffisant. Les bananes seront un appoint sérieux pour la nourriture des ouvriers[264] ».
Au Togo, d’après Bernegau, les Kolatiers sont plantés dans la forêt dans le but d’éviter les frais de déboisement. Cette forêt est plutôt buissonnante ; on y trace tous les 7 m. des sortes de tranchées parallèles de 1 m. de largeur. Dans ces tranchées, on fait tous les 7 m. des trous dans lesquels la terre est enlevée sur 50 c. de largeur et de profondeur. De cette façon, la plante a suffisamment d’ombre, et, au fur et à mesure de sa croissance, on enlève d’autres arbres jusqu’à ce que le fourré primitif soit remplacé par une forêt de Kolatiers.
L’expérience a appris qu’il vaut mieux planter les arbres à une distance de 30 pieds[265].
Plus loin, le même auteur conseille de faire des plantations intercalaires entre les Kolatiers et il conseille de planter parmi les Kolatiers, du coton, des ignames, du maïs, des patates douces, des ananas et comme arbres d’ombrage des bananiers et des papayers. M. Bernegau montre qu’il n’est ni biologiste ni agronome. Il est impossible que toutes ces plantes vivent sous l’ombrage épais du Kolatier et si on les plante pendant la jeunesse de l’arbre, il en est comme le coton, le sésame, les ananas, qui gêneront sa croissance.
Ce sont des cultures incompatibles.
E. De Wildeman pense aussi qu’on peut faire de la culture intercalaire avec le Kolatier, « celle du caoutchoutier Funtumia elastica est particulièrement recommandable[266] ».
Nous ne voyons pas bien l’utilité de l’association Cola et Funtumia. Ces deux arbres ont un port et une taille à peu près identiques. Si on plante le Funtumia entre deux plants de Cola d’écartement normal, il les gênera et pour éviter qu’il leur porte préjudice, il faudrait écarter les Cola de 20 ou 25 m.
Il n’y a, croyons-nous, aucun intérêt à procéder ainsi et mieux vaut cultiver les Kolatiers et les Funtumia sur des emplacements distincts.
Warburg conseille l’emploi comme arbres d’ombrage des mêmes légumineuses que pour le cacaoyer, c’est-à-dire les Erythrina (Dadap ou Immortelle), les Inga, les Albizzia[267].
On devra donc utiliser le sous-bois du Kolatier pour faire une culture, et celle qui nous paraît la plus appropriée est la culture du Cacaoyer. La plantation donnera ainsi deux produits qui ne se concurrenceront pas et quand l’une des récoltes sera compromise, on pourra encore espérer retirer de la seconde culture un rendement rémunérateur.
Dans les plantations indigènes, nous conseillerons même l’apport d’une troisième essence utile : le palmier Elæis, dont le rendement en palmistes et huile de palme est des plus appréciables. La culture en association de ces trois plantes : Kolatier, Elæis, Cacaoyer, se recommande particulièrement à la Côte d’Ivoire.
Enfin dans d’autres régions on pourrait essayer l’association : Kolatier, Caféier Libéria ou encore Kolatier, Elæis, Caféier Libéria.
Le revenu du terrain sera par conséquent relativement minime, si l’on tient compte de l’amortissement du capital indispensable pour le déboisement préliminaire et l’établissement de la plantation. Ce que nous disions récemment pour le Cacaoyer dans nos colonies de l’Ouest africain est vrai aussi pour la culture qui nous occupe : pour la mise en valeur d’un terrain vierge, il n’est pas exagéré de compter l’emploi d’un capital de 2.000 francs par hectare, avant que ce terrain soit en état de rapporter si la plantation est faite par une entreprise européenne[268].
Nous insistons sur la nécessité de donner aux Kolatiers un écartement de 10 m. au moins en disposant autant que possible les trous en quinconce.
Que le semis se fasse à demeure ou qu’on effectue la transplantation au début de l’hivernage, il faudra dans les deux cas avoir planté des bananiers 6 mois à l’avance.
Il est également indispensable dans tous les cas de creuser des fosses ayant au minimum un mètre de diamètre dans tous les sens. Ces fosses seront remplies de débris végétaux de toutes sortes, de terreau rapporté, de cabosses de Kolatiers ou de Cacaoyers ; à la partie supérieure de la fosse, où s’étaleront d’abord les racines du jeune arbre, on fera bien de placer du fumier de ferme si on peut s’en procurer.
Les indigènes remplaceront cet engrais par les immondices de toutes sortes accumulées autour des villages. Dans les pays où les noirs pratiquent l’élevage, on leur conseillera aussi de recueillir les bouses de vaches desséchées qui se perdent à travers la brousse.
Le choix du terrain a aussi une grande importance. On doit rechercher les sols présentant un couvert forestier imposant qui sont profonds, perméables et recouverts d’une épaisse couche d’humus.
3o Soins à donner aux Kolatiers pendant leur croissance.
Dès les débuts de la plantation, il sera nécessaire, en Guinée française notamment, d’arroser les Kolatiers pendant la saison sèche au moins une fois par semaine. Si on dispose d’une rivière voisine, un filet d’eau amené à travers la plantation serait de la plus grande utilité.
On doit supprimer les troncs des bananiers à mesure qu’ils deviennent gênants. Lorsqu’il aura une certaine taille, le Kolatier parviendra du reste à les éliminer lui-même.
On fera sarcler deux fois par an le terrain de la plantation et les débris végétaux provenant de cette opération seront accumulés aux pieds des jeunes arbres.
A partir de 5 ou 6 ans, le Kolatier ne demande presque plus de soins. Nous sommes toutefois convaincus qu’en bêchant la terre une fois par an autour de l’arbre sur un rayon de un mètre et en accumulant, autour, des brindilles de bois qui facilitent l’aération du sol, on n’aura pas à le regretter.
On aura soin de supprimer les épiphytes, les lianes qui pourraient s’étaler sur l’arbre, enfin les Loranthus et les Balais de sorcières qui apparaissent fréquemment sur les rameaux du Kolatier et dont il sera question plus loin.
Il est enfin deux opérations culturales sur lesquelles nous ne possédons encore aucune donnée et qui pourraient cependant avoir la plus haute importance pour accroître le rendement en fruits et la dimension des noix.
Nous voulons parler de la taille et du greffage.
On ne doit pas hésiter à supprimer les gourmands qui se développent sur le tronc ou au pied de l’arbre.
On ne peut pas songer à tailler le Kolatier lorsqu’il est adulte, mais quand il est jeune on peut fort bien diriger la formation de sa ramification pour l’empêcher de s’élever trop haut ou pour l’amener à avoir les branches principales suffisamment écartées les unes des autres, afin que la lumière tamisée vienne baigner les petites branches médiocrement feuillées situées en dedans de la voûte formée par les rameaux terminaux. On sait que c’est sur ces branches enfouies dans l’épaisseur des ramifications que se développent presque toujours les fruits, souvent très loin les uns des autres.
4o Problèmes à résoudre. — Rôle des Jardins d’essai.
Nous montrerons, dans le prochain chapitre, qu’il n’est pas possible, dans l’état actuel, à une entreprise européenne de trouver des bénéfices dans la culture exclusive du Kolatier. Cet arbre n’ayant jamais été soumis à une culture attentive et intensive ne produit qu’à un âge avancé et d’une manière irrégulière. Aussi, les Jardins d’essais situés dans la zône où prospère le Kolatier devraient-ils se mettre sans retard à l’étude des problèmes nombreux de la solution desquels dépend le perfectionnement de la culture du Kolatier, perfectionnement qui permettra peut-être d’en faire un jour une culture rémunératrice pour des Européens et dont les indigènes, en tout cas, tireront toujours profit. Au milieu des milliers de Kolatiers existant dans les plantations indigènes, on observe parfois quelques individus que l’indigène ne songe pas à sélectionner, mais qui présentent des qualités spéciales. Certains pieds produisent des noix beaucoup plus grosses ou sont plus fertiles, ou mûrissent leurs fruits à des époques plus favorables à la vente. Il en est qui donnent des noix plus recherchées des indigènes par le goût ou par la couleur ou encore qui contiennent plus de caféine. Il en existe aussi dont les noix ne sont presque jamais attaquées par le ver du Kola, alors que d’autres ont leurs graines envahies sur l’arbre même. Enfin, ainsi que nous l’avons vu, certains pieds produisent quelques fruits dès la cinquième année, alors que d’autres restent stériles jusqu’à la 25me année. Il est très vraisemblable que toutes les bonnes sortes pourraient être multipliées par la greffe, le bouturage ou le marcottage et elles conserveraient ainsi, au moins en partie, les avantages acquis. Mais la greffe, le bouturage et le marcottage sont-elles des opérations pratiques pour le Kolatier ? Dans quelles conditions peut-on faire ces opérations pour réussir ? Personne ne peut encore répondre à ces questions.
Par des sélections de graines bien choisies sur les arbres bons producteurs, par des hybridations artificielles faites avec méthode, on pourrait aussi sans doute améliorer le Kolatier, mais dans cette voie rien encore n’a été tenté.
Qui peut dire aussi de quelle manière il faut tailler le Kolatier, à quel âge il faut pratiquer cette opération, et si même elle est toujours utile ?
Nous ignorons enfin s’il faut pratiquer la fumure du précieux arbre et, dans ce cas, les sortes et les proportions d’engrais qui conviennent.
Des expériences de longue haleine, méthodiquement conduites, peuvent seules résoudre tous ces problèmes. C’est le rôle des Jardins d’essais de les entreprendre.
CHAPITRE XV.
Age de la production et rendement des Kolatiers.
I. — DURÉE DE LA CROISSANCE ET AGE DE LA PREMIÈRE PRODUCTION.
Il importe, tout d’abord, de détruire une légende au sujet de la rapidité avec laquelle se développent les Kolatiers. Contrairement aux assertions répandues dans la plupart des ouvrages relatifs à l’agriculture tropicale, ces arbres croissent très lentement, quelles que soient l’espèce botanique et la région où on les cultive.
Même dans les forêts où il vit à l’état spontané, le Kolatier demeure longtemps chétif et stérile dans les sous-bois où ses graines parviennent fréquemment à germer. Il en est du reste de même de tous les arbres à bois dur croissant à l’état sauvage dans ces forêts tropicales.
Dans la forêt de la Côte d’Ivoire, d’après nos propres observations, un Kolatier n’atteint son plein développement qu’à 25 ou 30 ans.
Cultivé dans des terrains de bonne qualité et sous un ombrage approprié, c’est-à-dire laissant passer la quantité optimum de lumière, il se développe un peu plus vite et nous pouvons donner aussi des chiffres à ce sujet.
Aux environs de Conakry, dans un endroit où prospère cette culture, nous avons vu de jeunes Kolatiers, âgés de deux ans, qui ne mesuraient encore que 0m50 de hauteur ; c’est seulement vers la cinquième année que cette plante prend l’aspect d’un arbuste de 2 m. environ de hauteur et se ramifie en formant une tête arrondie. Jusqu’à cet âge, elle n’a produit que de courts verticelles de 2 à 4 branches comme le Cacaoyer. Pour peu que la pousse terminale soit détruite par un accident, ce qui est fréquent, la croissance est encore retardée.
A partir de 5 ans, l’arbuste se développe plus vite, mais il est rare, en Guinée française, qu’il produise quelques fleurs avant l’âge de 8 ou 10 ans.
A Faranna (Guinée française), quelques Kolatiers âgés de 6 ans, plantés dans le Jardin du poste, exposés au soleil il est vrai, mais arrosés tous les deux ou trois jours, ne s’élevaient encore qu’à 3 m. de hauteur lors de notre passage.
Des cinquante Kolatiers plantés en 1897 et en 1898 par M. Teissonnier, la plupart, en 1907, c’est-à-dire à l’âge de neuf ou dix ans, n’avaient pas encore fleuri ; quelques-uns seulement portaient des fleurs pour la première fois.
D’autre part, en 1905, nous avons vu, au Jardin d’Aburi, des Kolatiers âgés de 15 ans qui atteignaient de 8 à 10 mètres de hauteur et les plus gros mesuraient 0,25 cm. de diamètre à un mètre au-dessus du sol. Ils portaient en moyenne, par arbre, une trentaine de fructifications composées, chacune, de 5 cabosses, soit environ 750 noix.
Dans le même jardin, existaient des Kolatiers âgés de 12 ans qui n’avaient pas encore fleuri.
De même, d’après les renseignements que nous avons recueillis sur place, les Kolatiers du Kissi produisent rarement avant la dixième année et ne donnent un rendement sérieux que vers la quinzième année.
Chez les Dans ou Dyolas aussi, le Kolatier ne commence à produire que vers la dixième année. Pour Touba, le capitaine Laurent cite des Kolatiers repiqués en 1897 et qui n’avaient pas encore produit de fruits en 1907.
Dans le Jardin de Mankono, nous avons vu en 1909 une quinzaine d’arbres très vigoureux, plantés depuis 9 ans, s’élevant de 6 à 8 mètres de hauteur. Quelques-uns avaient commencé, cette même année, à produire quelques cabosses ; les autres étaient stériles.
D’après une communication manuscrite de M. l’administrateur Hauet, concernant le Cercle du Rio-Pongo, l’âge où un Kolatier commence à rapporter dans cette région est très variable et dépend du terrain. La moyenne est de 10 années, mais les uns rapportent vers 7 ans et les autres vers 15. A la mission de Boffa, un Kolatier de 10 ans n’a pas encore produit.
Une communication du Gouvernement de Sierra-Léone nous apprend, enfin, que certains Kolatiers produisent à partir de 7 ans, mais d’autres n’ont pas encore fructifié à l’âge de 25 ans.
Ces faits sont complètement en désaccord avec tous ceux qui ont été publiés sur le Kolatier.
Citons, par exemple, l’opinion de Heckel[269] qui rapporte que « sur la côte occidentale d’Afrique, le Cola acuminata (lire C. nitida) commence à donner une récolte vers l’âge de 4 à 5 ans, mais elle est peu abondante ; c’est seulement vers 10 ans que l’arbre est en plein rapport ». D’après Famechon, l’arbre commence seulement à rapporter à huit ans.
Au Dahomey, où vit C. acuminata, la première fructification, selon Savariau, aurait lieu au cours de la 6e et de la 7e année de végétation.
Warburg rapporte qu’à la Martinique quelques individus de 6 ans atteignent 5 à 6 mètres de haut. La première floraison a lieu généralement dans la 4e ou la 5e année ; toutefois, on a vu fructifier, au Cameroun, des arbres qui n’avaient guère que 1 mètre à 1 m. 50 de haut.
« Il semble donc, ajoute Warburg[270], qu’on ne doive compter sur une production de plein rapport qu’à partir de la 10e année. Toutefois, il est permis d’espérer qu’on arrivera à abaisser cet âge d’entrée en plein rapport par une culture appropriée, peut-être aussi par le moyen de la fumure ou encore par la taille qui sera probablement bien supportée ».
Nous pensons nous-même que, comme il a été indiqué au chapitre précédent, par une sélection judicieuse des graines destinées à l’ensemencement et par une culture soignée, on obtiendra la fructification des Kolatiers plus tôt que dans la nature, mais, dans l’état actuel des choses, nous pouvons affirmer que les Kolatiers ne produisent pas avant la dixième année et ce n’est que vers la 15e qu’ils donnent un rendement déjà appréciable.
L’arbre n’atteint la hauteur normale et son port définitif que de la 20e à la 30e année. C’est ce qui explique que les indigènes le plantent si rarement.
II. — RENDEMENT.
Les renseignements publiés sur le rendement du Kolatier sont aussi très exagérés et la plupart sont en contradiction les uns avec les autres.
Passons en revue les indications fournies par les divers auteurs et, pour rendre comparables les chiffres donnés, ramenons toutes les évaluations au nombre de graines, en estimant la valeur de 1 kg. de noix fraîches à 1 fr. et en prenant pour poids moyen d’une noix 12 gr. 5 en Guinée française et 25 gr. à la Côte d’Ivoire où les Kolas sont ordinairement plus gros.
Suivant Heckel, le rendement annuel d’un pied, après la 10e année, serait de 45 kg. dans les Rivières du Sud, soit 3.600 noix. D’après Famechon[271], en Guinée française, « les noix produites par un arbre de belle taille peuvent être vendues 30 fr. les mauvaises années et 60 fr. les bonnes ». C’est donc un rendement moyen de 30 à 60 kg., soit 2.400 à 4.800 noix suivant les années. « Le poids moyen des graines, dit ce même auteur, est de 80 au kg., soit 12 gr. 5 par unité. Leur valeur est de 250 à 400 pour 5 fr., à la côte, tandis qu’elle est déjà de 80 à 100 pour la même somme de 5 fr. à Siguiri et que le prix augmente à mesure que l’on s’élève dans le nord.
« Je crois, ajoute-t-il qu’une plantation de Kolatiers serait d’un rapport beaucoup plus sûr qu’une plantation de Caféiers, bien que les arbres ne commencent à produire qu’à 8 ans ».
D’après M. Pobéguin[272], le rapport pour un arbre de belle taille peut être évalué à 20 fr. pour les mauvaises années et à 40 à 50 fr. pour les bonnes ; le chiffre donné plus haut est ainsi un peu réduit.
Plusieurs colons de Conakry nous ont raconté que les Kolatiers de la région donnaient en moyenne une récolte de noix évaluée à 25 fr., soit 2.000 graines environ, et cela après la 15e année. Mais les indigènes leur auraient assuré que les très gros arbres leur donnaient pour 60 fr. de Kolas par an, soit 6.400 graines, et l’on montrait dans la ville de Conakry, près des magasins du Service des Travaux publics, quelques arbres qui, avant la fondation de la capitale de la Guinée, rapportaient à l’heureux propriétaire la valeur d’un esclave, c’est-à-dire environ 150 fr. par an (12.000 graines, soit plus de 2.000 cabosses).
A Sierra-Léone, le rendement serait de 50 fr. par an, soit de 4.000 graines environ[273].
A la Côte d’Ivoire, d’après M. Lambert[274], un arbre peut donner 1.500 à 1.800 Kolas par récolte, ce qui fait 3.000 à 4.000 graines par an ; le même auteur rapporte que le capitaine Conrad a signalé des sujets donnant jusqu’à 6.000 Kolas par an dans le pays des Ngans et le commandant Chasle porte ce chiffre, d’après des renseignements indigènes, à 10.000 pour le district de Kokumbo dans le Baoulé.
D’après l’article déjà cité du Service de l’Agriculture de l’Afrique occidentale, au Sankaran, on estime qu’un Kolatier donne trois ou quatre charges de Kolas par an, ce qui, à 80 noix au kilogramme, représente de 7.000 à 10.000 noix, chiffre sans doute très exagéré.
Au Sobaneh, les évaluations sont moins fortes ; d’après les indigènes toujours, un arbre donnerait au minimum 4.000 noix par an et il n’est pas rare d’en récolter 6.000. Les Mendengués regardent comme une année tout à fait mauvaise, celle où un Kolatier ordinaire ne rapporte que 5 francs ; en temps normal, il donne de 20 à 30 francs. Certains arbres rapportent exceptionnellement jusqu’à 50 et 70 francs.
Un rapport de M. l’Administrateur du cercle de Dubréka (Guinée) s’exprime, au sujet du rendement, de la façon suivante :
« Il est difficile de fixer d’une façon certaine le rendement annuel d’un Kolatier, qui, pour diverses raisons échappant à l’observation, soit en raison de son âge, soit en raison de la récolte, peut varier d’une année à l’autre. Il est permis cependant de prendre comme rendement moyen la somme de 50 fr. par arbre adulte, pour se maintenir dans une juste limite et fournir un renseignement à peu près exact... ».
M. Hauet, dans un rapport analogue concernant le cercle du Rio-Pongo pense que le rendement annuel d’un arbre peut être évalué à 15 ou 20 francs, « mais il est irrégulier : une année l’arbre produit beaucoup et l’autre relativement peu ».
D’après O. Warburg (Traité d’Agriculture tropicale de Semler, 2e éd., 1897), à la Jamaïque on compte 500 à 600 fruits par cueillette et par arbre, soit 45 à 50 kilogs de noix sèches ou environ le double comme poids de noix fraîches. Dans le Moréah (Guinée française), ajoute le même auteur, il y a des arbres qui produisent tous les ans jusqu’à 100 kilog. de noix fraîches, ce qui représente une valeur d’environ 425 fr., car cette noix est de qualité supérieure et se paie en conséquence[275].
Dans les Antilles, d’après Saussine, on évalue le rendement, dans les bonnes conditions, à 50 à 60 kilog. de noix sèches par arbre et par an, ce qui correspond à 100 ou 150 kilog. de noix fraîches[276].
L’Ombéné du Gabon produit, suivant Berthelot du Chesnay, 20 à 25 kilog. de noix fraîches par an.
Les mêmes assertions sont rapportées par De Wildeman. Saussine, Warburg et De Wildeman ont vraisemblablement pris ces indications, sans citer la source, dans Heckel, auquel on doit en effet le renseignement suivant :
« M. Fauwcet, parlant de ses observations à la Jamaïque, dit (Indische Mercuur, Amsterdam, 29 nov., 1890) :
« L’arbre à Kola se reproduit par les graines et commence à produire des fruits à l’âge de 4 ou 5 ans.
« Il y a des arbres de Kola dans le Jardin botanique de Castleton qui sont plantés là il y a plus de 50 ans et qui portent régulièrement des fruits. Ces arbres doivent être plantés à une distance de 20 pieds l’un de l’autre, ce qui fait un nombre de 108 arbres par acre. Ces arbres atteignent une hauteur d’environ 40 pieds. Ceux de Castleton produisent à chaque récolte 500 à 600 gousses. Si chaque gousse, en calculant sans exagération, contient 4 graines et nous calculons par « quart », un arbre de 800 gousses produira alors 50 quarts de noix par récolte, ce qui fait 100 quarts par arbre pendant une année. Un quart de noix sèches aura à peu près un poids de 1/4 de livre, ce qui donne 125 livres par arbre ».
Et Heckel ajoute : la production à la Jamaïque est donc comparable à celle de la côte occidentale d’Afrique, ce qui n’a rien de surprenant, les climats de ces deux régions étant comparables[277].
Nous ne sommes point surpris de voir quelques Kolatiers « âgés de plus de 50 ans » et cultivés dans un Jardin botanique donner un rendement aussi élevé, presque sextuple de ce que peut produire un Kolatier normal. De tels faits s’observent pour les Cacaoyers plantés dans certaines conditions, mais c’est à tort, croyons-nous, que Heckel et Warburg ont généralisé ces observations.
On pourrait citer encore quantité d’autres auteurs qui ont attribué au Kolatier un rendement très exagéré. M. Bernegau rapporte qu’à Agege (au Togo) un arbre de 7 ans donne annuellement 50 marks de rente, c’est-à-dire 3.500 noix, tandis qu’un Cacaoyer du même âge, exigeant plus de soins et par suite plus de frais, a rapporté un mark[278].
L’erreur est d’autant plus flagrante que les Kolatiers ne fleurissent pas ordinairement avant la dixième année.
Quant à l’évaluation du rendement du Cacaoyer, elle est au moins risquée, puisque le Togo n’exportait pas encore de cacao dans ces dernières années.
Savariau donne pour le Dahomey, qui confine au Togo, des renseignements beaucoup plus vraisemblables. Un arbre d’une vingtaine d’années planté en terrain riche et suffisamment humide, donnerait une trentaine de fruits composés de cinq follicules contenant chacun six ou sept noix en moyenne, soit une moyenne de mille noix. Avec beaucoup d’optimisme, Savariau évalue ces noix à 0 fr. 075 pièce, ce qui ferait un revenu de 75 fr. par an. C’est peut-être la valeur locale lorsque les Kolatiers existent en petit nombre dans une région, mais s’ils étaient nombreux, en prenant le dizième de ce chiffre comme valeur réelle, on serait plus près de la vérité.
Il ne faut pas oublier, en effet, qu’il s’agit du C. acuminata.
Nulle part, au cours de nos voyages, nous n’avons constaté de rendements aussi élevés et nous avons la conviction que tous ces auteurs se sont influencés les uns les autres ou bien ont recueilli, sans les vérifier, les assertions des indigènes, toujours sujets à caution en pareil cas.
Le Kolatier, en réalité, produit peu et très irrégulièrement. S’il donnait toujours des rendements élevés, les planteurs de San-Thomé ou de la Jamaïque auraient cherché à en tirer un plus grand parti depuis longtemps.
Même en admettant que tout le Kola soit exporté à l’état de Kola sec qui a beaucoup moins de valeur que la noix fraîche, un arbre fournissant 45 kilos de Kolas frais, soit 20 kilogs de Kola sec, valant en moyenne 0 fr. 30 à 0 fr. 40 la livre anglaise sur le marché de Liverpool, rapporterait donc environ 12 à 15 francs par arbre. Or il faudrait 8 à 12 Cacaoyers pour fournir le même rendement annuel.
La consommation de Kola sec est déjà assez étendue, puisque le port de Liverpool en reçoit environ 300 tonnes par an, valant environ 150.000 ou 180.000 fr., qui trouvent leur utilisation dans la fabrication de nombreux produits pharmaceutiques. Si le rendement de 45 kilos de noix fraiches était exact, les planteurs de Cacaoyers auraient donc beaucoup plus d’intérêt à cultiver le Kolatier.
Cependant tous ceux que nous avons interrogés à San-Thomé sont unanimes à déclarer qu’il n’en est rien et les faits que nous avons constatés montrent qu’ils sont dans la vérité.
Aussi résumerons-nous notre manière de voir de la façon suivante :
1o Le rendement des Kolatiers est extrêmement irrégulier :
a) Dans une localité, certains pieds demeurent toute leur vie rachitiques et c’est à peine s’ils produisent quelques cabosses chaque année.
b) Certains arbres, mêmes vigoureux, sont constamment stériles. Ces pieds produisent exclusivement des fleurs mâles.
c) D’autres arbres adultes et parfaitement constitués donnent peu de fruits, soit par suite de la rareté des fleurs femelles, soit pour toute autre cause encore indéterminée.
d) Enfin les pieds donnant une production normale se reposent ordinairement une année sur deux : à une année pendant laquelle la production a été élevée, succède souvent une année durant laquelle les récoltes sont faibles.
La culture intensive perfectionnée des Kolatiers (et notamment la sélection des graines et le greffage), aurait sans doute pour résultat d’accroître et de régulariser la production, mais comme nous l’avons vu, rien n’a été encore tenté dans ce sens.
2o Les cabosses étant répandues dans des parties de l’arbre, fort éloignées les unes des autres, la cueillette est lente et difficile. De plus, les fructifications arrivent successivement à maturité et souvent à de longs intervalles. La cueillette de ces fruits serait donc des plus dispendieuses si elle devait être faite par une main-d’œuvre aussi coûteuse que celle qu’emploient les planteurs européens.
Dans les plantations de Caféiers et de Cacaoyers à San-Thomé, il existe çà et là des Kolatiers de l’espèce C. acuminata ; les colons portugais n’en tirent aucun parti et les statistiques de l’île accusent ordinairement une exportation annuelle de Kola séché qui s’élève seulement à quelques centaines de francs.
A la Jamaïque, à Grenade et à la Trinidad, où les Kolatiers sont également fréquents dans les plantations de Cacaoyers, les choses se passent exactement de la même manière.
Plusieurs planteurs de San-Thomé nous ont assuré que les Kolatiers les plus vigoureux ne pouvaient donner que quelques kilos de noix sèches par an et le temps qu’il faudrait passer à récolter et préparer ces noix sera, selon eux, plus rénumérateur si on le consacre à la culture du Cacaoyer.
En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, le problème se pose différemment, le Kolatier appartenant à une autre espèce et ses noix pouvant se vendre à l’état frais ; mais là encore, il ne faut pas compter sur les rendements merveilleux rapportés par divers auteurs cités plus haut.
Il est possible que, certaines années, un Kolatier adulte et isolé, cultivé au milieu d’un village, dans un terrain riche en humus, arrive à produire quelques milliers de noix, mais de telles récoltes dans l’état actuel nous semblent très exceptionnelles et si, dans une plantation régulière, on arrive à récolter en moyenne 1.000 noix par arbre adulte et par an, on devra s’estimer très heureux.
Pour notre part, nous n’avons jamais compté plus de 50 fruits à la fois sur un arbre et souvent il n’y avait que 10 à 20 fructifications simultanément.
En admettant que chaque fruit contienne en moyenne 3 follicules renfermant chacun 5 graines, on arriverait pour un arbre portant 50 fruits à un rendement de 750 noix par an dont le poids, à la Guinée, équivaut à 9 k. 375 environ.
Un rendement de 10 kilog. de noix fraîches nous paraît donc être le maximum de ce que l’on peut obtenir en une année du Cola nitida, cultivé dans les meilleures conditions[279]. Plus fréquemment la récolte s’élèvera à la moitié de ce poids à peine. Les Kolatiers vivant à l’état sauvage dans l’intérieur de la forêt de la Côte d’Ivoire fournissent des rendements encore beaucoup plus faibles.
Les constatations que nous avons faites au cours de nos voyages sont donc en contradiction avec la plupart des indications rapportées plus haut. Dans les pays où le climat est le plus approprié et dans la saison la plus favorable, il est très rare de voir des Kolatiers couverts de fruits ; les arbres portant 20 à 50 groupes de carpelles sont les plus communs ; enfin d’assez nombreux individus ne portent que quelques rares fruits ou sont mêmes stériles. Nous ne pensons pas qu’on puisse compter dans l’état actuel sur un rendement moyen par arbre et par an de plus de 30 groupes de carpelles comprenant chacun 3 à 4 cabosses de 5 noix, soit 600 noix par arbre adulte ou 5 à 8 kilog. de noix fraîches.
C’est la proportion moyenne que nous avons observée à Conakry, à Grand-Bassam et à Aburi.
Au Kissi, on voit très exceptionnellement des Kolatiers donner certaines années une charge, c’est-à-dire environ 2.000 noix de Kolas, mais l’arbre se repose l’année suivante. J’ai eu dans cette région un interprète intelligent et à la bonne foi duquel on pouvait se fier, près duquel j’ai recueilli les indications suivantes :
Il possédait à Kissidougou 5 Kolatiers lui appartenant personnellement et qui lui avaient fourni au total, pour la récolte de 1908-1909, 850 noix.
L’année précédente, les mêmes arbres avaient produit 1.500 noix. Le même interprète affirmait qu’un Kolatier adulte et en bon état, c’est-à-dire âgé de 25 à 30 ans, produisait au Kissi environ 400 noix par an que l’on pouvait vendre de 5 fr. à 10 fr., suivant la saison.
Cependant il survient des années pendant lesquelles on ne récolte presque pas de noix. Les années pluvieuses seraient les plus favorables, surtout si les pluies sont précoces.
III. — NOMBRE DES RÉCOLTES ANNUELLES.
Mais, objectera-t-on, on peut faire plusieurs récoltes par an ? On trouve en effet cette affirmation dans presque toutes les études traitant du Kolatier, mais elle ne résiste pas à l’observation. Pour cette question, comme pour le rendement, les auteurs se sont copiés les uns les autres.
On sait que, dans les régions où ils trouvent réalisés les conditions climatériques qui leur conviennent, les Kolatiers sont en fleurs presque toute l’année, mais, dans la zône tropicale nord, la floraison est particulièrement abondante en mars, avril et mai, au début de la saison des pluies. A cette floraison succède une fructification plus ou moins riche. Pendant la saison des pluies, les jeunes fruits s’accroissent, mais il est rare de trouver des follicules développés en cette saison ; ils ne parviennent à complète maturité qu’après la mousson d’automne.
Au Kissi, les arbres, fleurissant en mars et avril, ont leurs fruits mûrs en novembre et décembre, c’est-à-dire 7 à 8 mois après la floraison. La maturité de tous les fruits d’un arbre s’échelonne ordinairement sur une période de 2 ou 3 mois, comme chez le Cacaoyer et, en dehors de cette saison, il n’y a plus que de rares cabosses arrivant à complet développement.
A la Côte d’Ivoire, la principale période de maturation des fruits va du 15 octobre au 15 janvier. Quelques follicules mûrissent un peu avant et un peu après, mais cela est toujours exceptionnel. De même, dans la période allant de février à juin, le Kolatier ne fournit presque aucune cabosse adulte, mais certaines fleurs femelles peuvent encore produire quelques follicules qui mûrissent en juin et juillet. Toutefois, cette récolte est généralement très maigre, ainsi que nous l’avons constaté à la Côte d’Ivoire et, dans la plupart des régions de cette colonie, on ne trouve que très peu de cabosses mûres à cette époque.
Suivant Heckel, en Guinée française « la floraison de juin porte ses gousses en octobre et novembre, celle de novembre et décembre aux mois de mai et juin »[280].
D’après l’auteur anonyme de l’étude sur le Kolatier en Guinée française, que nous avons déjà plusieurs fois citée, « la récolte se fait ordinairement à la fin de l’hivernage, de novembre à décembre ; elle est surtout abondante pendant ce dernier mois. Les Kolas se vendent alors sur toute la côte, à raison de 5 francs les 300 ou les 400 suivant la grosseur et l’année ; le prix est le même en pays Tôma. En fin de saison, au début de l’hivernage, on peut encore recueillir quelques Kolas ; mais ils sont petits et, pour 5 francs, on n’en donne plus que 150 et même 100, en juillet et août[281].
Un rapport du 11 septembre 1907 de l’administrateur du Cercle de Dubréka nous informe aussi que le Kolatier donne deux récoltes par an. La première, généralement très belle et très abondante avec de grosses noix, a lieu en décembre ; l’autre, très médiocre, donnant de petites noix, a lieu en juillet. Un autre rapport officiel du Cercle de Beyla ne mentionne qu’une seule récolte au commencement de la saison des pluies.
Ces divers renseignements, concernant la Guinée française, sont donc contradictoires.
Au Dahomey, écrit Savariau, « chaque arbre (il s’agit du C. acuminata à 3-5 cotylédons), donne deux récoltes par an ; la première a lieu de mars à mai, la seconde de septembre à novembre. Les vieux arbres ne se comportent plus de la même façon : d’après les indigènes, ils donneraient une récolte seulement tous les deux ou trois ans. »[282].
Bernegau rapporte qu’à Agege (Togo) les arbres portent dès l’âge de six à sept ans et donnent deux récoltes par an : la plus forte, de septembre à janvier ; la seconde, plus faible, de mai à juillet.
Dans les Cercles de Kouroussa et Kankan (Haute-Guinée), nous avons remarqué des Kolatiers qui portaient des fruits mûrs en février et mars, mais ils en restaient privés tout le reste de l’année.
Dans la zone tropicale australe, les choses se passent différemment.
A l’île de San-Thomé, les pieds de Cola acuminata, dispersés à travers les plantations, donnent habituellement leurs fruits soit en août, soit en janvier, mais nous avons vu certains individus qui portaient, en septembre, des fruits complètement mûrs et qui n’en portaient même pas d’autres. De même dans la forêt vierge qui se trouve au-dessus de Monte-Café, nous avons vu, en août, le sol tout jonché de fruits là où vit l’espèce sauvage C. sphærocarpa. Les mois d’août et septembre sont donc l’époque de la pleine maturation.
Pour le Gabon, Heckel cite le renseignement de Goujon, d’après lequel « l’Ombéné (c’est aussi le Cola acuminata) mûrit ses fruits à l’approche de la petite saison sèche (janvier-février). Sa principale récolte dure 3 ou 4 mois, mais les indigènes en apportent à Libreville toute l’année, par très petites quantités, il est vrai »[283].
D’après un autre observateur, le Kolatier fournit deux récoltes au Gabon : l’une en février et l’autre en octobre.
Sur les bords du fleuve Congo, près de l’Equateur, nous avons vu des Kolatiers de l’espèce C. Ballayi qui portaient beaucoup de fruits mûrs au mois d’août.
Il se produit, croyons-nous, pour le Kolatier, ce qui arrive pour la plupart des essences forestières tropicales. La majorité des arbres d’une même espèce fructifie une seule fois par an, en une saison bien déterminée, mais certains individus de cette espèce, pour des causes encore mal déterminées, entrent en végétation certaines années avant ou après la période normale, de sorte que leur fructification est reportée à une saison toute différente de celle où s’effectue habituellement la maturation des fruits de cette espèce. De telles aberrations de végétation sont extrêmement fréquentes chez les arbres qui peuplent la forêt vierge tropicale. Nous avons constaté que cette anomalie s’observe souvent chez le Kolatier ; mais, indépendamment, certaines espèces de la section Autocola peuvent arriver, comme le Cacaoyer, à mûrir quelques fruits pendant toute l’année ; il n’en est pas moins vrai qu’il n’y a qu’une seule saison par an, pour chaque région, pendant laquelle la plupart des fruits arrivent à maturité.
IV. — DURÉE DES KOLATIERS.
Dans les terrains favorables, les Kolatiers peuvent vivre jusqu’à un âge extrêmement avancé.
D’après les renseignements recueillis par M. Hauet, dans le Rio-Pongo les Kolatiers durent de 60 à 70 ans. Ils peuvent aussi atteindre 100 ans et même un âge plus avancé.
Dans le Haut-Cavally, suivant le capitaine Laurent, l’arbre vit très vieux, sans jamais atteindre une grande taille.
Enfin, Savariau rapporte que le Cola acuminata, au dire des indigènes du Bas-Dahomey, vivrait à peu près autant que quatre générations humaines, ce qui représenterait approximativement 120 ans.
D’après ces indications, on peut penser que les Kolatiers sont en pleine production de 25 à 75 ans.
CHAPITRE XVI.
Ennemis et maladies du Kolatier et des noix de Kola.
ANIMAUX.
La jeune plante, aussitôt après sa germination, paraît avoir peu à souffrir des insectes et des limaces.
M. Famechon nous a fait connaître qu’à Conakry un ver (larve de quelque insecte indéterminé) dévore souvent le bourgeon terminal des germinations, parfois même avant que les premières feuilles soient épanouies. De nouvelles pousses repartent ordinairement, mais la croissance est retardée.
Mais un autre grand danger menace les jeunes arbres : c’est la dent des herbivores. En Guinée française et à la Côte d’Ivoire, les animaux domestiques : bœufs, chèvres, moutons, broutent avec avidité les pousses de la plante qui nous intéresse. Les cochons sauvages (phacochères) déterrent même, dit-on, les racines du Kolatier jeune pour s’en nourrir. Ailleurs, ce sont les antilopes du genre Cephalophus qui dévorent les parties aériennes des Kolatiers récemment semés.
A un âge plus avancé, d’autres animaux s’attaquent à la précieuse plante.
Les Rats palmistes (Sciurus) sont friands des graines et en font une grande consommation[284]. Les Singes, communs dans la forêt, n’y touchent ordinairement pas.
En 1905, à Faranna, les sauterelles avaient dévoré les feuilles des jeunes Kolatiers qui ne portaient plus qu’une dentelle de nervilles.
Lorsque l’arbre fleurit, divers insectes s’attaquent aux organes de la reproduction. L’arbre est d’autant plus visité que les moindres accidents dans les tissus jeunes déterminent d’abondantes extravasions de sève très chargée de substance mucilagineuse.
A côté des insectes utiles qui facilitent la fécondation croisée[285] en transportant le pollen d’un arbre à l’autre, il en est d’autres qui interviennent pour commettre des déprédations dans les fleurs, notamment plusieurs espèces de fourmis attirées peut-être par des pucerons vivant souvent sur les axes des inflorescences.
Les fourmis déterminent aussi des lésions à la surface des carpelles : les unes sont attirées par les pucerons ou les coccides qui pullulent parfois sur certains rameaux ou certains groupes de fruits et nuisent à leur croissance ; les autres viennent pour se nourrir de mucilage et de sucre qui existent dans la paroi carpellaire peu de temps avant la maturation. Il n’est pas rare de voir les carpelles, parvenus à leur maturité, percés ainsi d’un grand nombre de galeries qui pénètrent jusqu’à la cavité ovarienne et d’où découle, à l’extérieur, un abondant mucilage. Ces déprédations seraient sans importance, car les fourmis ne s’attaquent jamais à l’amande du Kola ; mais c’est vraisemblablement par les perforations ainsi pratiquées dans le péricarpe que s’introduit le Sangara dont nous parlerons plus loin.
La fourmi rousse (Œcophylla smaragdina Fab.) de l’Afrique tropicale vit fréquemment sur les diverses espèces de Kolatiers ; elle se construit un abri en agglutinant les bords des feuilles vivantes rapprochées qui restent attachées sur leurs branches et continuent à vivre. Nous ne pensons pas que cet insecte soit nuisible aux arbres sur lesquels il habite.
Les termites occasionnent, par contre, de grands ravages quand ils s’attaquent aux jeunes sujets qu’ils peuvent faire mourir et dont ils retardent au moins la croissance. Ils sont surtout redoutables pour les plants transplantés en saison sèche.
Borers. — Les jeunes troncs et les rameaux des Kolatiers sont parfois perforés par des larves d’insectes perceurs (borers des colons anglais).
Fig. 39. — Phosphorus Jansoni Thoms., var. du Dahomey. Grossi une fois et demie.

Tous les borers du Kolatier n’ont pas encore été étudiés. Ce sont vraisemblablement, pour la plupart, des insectes appartenant à des espèces identiques à celles qui attaquent les Cacaoyers dans l’Ouest africain. Nous leur avons consacré un paragraphe dans le Fascicule IV, p. 159, des Végétaux utiles, et nous avons indiqué les moyens préconisés pour les détruire.
Nous devons, toutefois, attirer l’attention sur l’un de ces insectes qui n’avait pas encore été signalé comme commettant des déprédations dans les plantations tropicales.
En 1910, nous constations que la plupart des Kolatiers de l’espèce Cola nitida, âgés de 5 ou 6 ans et cultivés dans le Jardin d’essai de Porto-Novo (Dahomey), présentaient dans le tronc et dans certains rameaux vivants des galeries larges et profondes. Beaucoup de branches ainsi atteintes s’étaient complètement desséchées. M. C. Noury, directeur du Jardin, voulut bien rechercher l’insecte coupable, et nous communiqua un exemplaire adulte. Cet insecte a été étudié par M. P. Lesne, assistant au Muséum de Paris ; il se rapproche du Phosphorus Jansoni Thomson et n’en serait qu’une race dahoméenne (Fig. 39). C’est un Coléoptère de la famille des Cérambycides et de la tribu des Lamiaires.
L’espèce, connue depuis Sierra-Léone jusqu’au Cameroun, est polymorphe. La forme du Dahomey présente, d’après M. P. Lesne, les caractères suivants :
Longueur 28 mm. à 32 mm. Corps presque cylindrique, couvert d’une pubescence d’un jaune terre de Sienne avec des reliefs d’un noir brillant sur le prothorax, deux taches à la base de chaque élytre et une autre tache de même couleur en forme de sur la partie postérieure du disque de chaque élytre. Milieu des segments abdominaux d’un noir brillant. Pattes et antennes cendrées. Ces dernières sont minces et longues surtout chez le mâle où elles dépassent la longueur du corps, tandis que, chez la femelle, elles n’atteignent pas l’extrémité des élytres.
![[y]](/illustrations/2f25577042525138.jpg)
Les dégâts causés par le Phosphorus Jansoni à Porto-Novo sont très sérieux. Le seul moyen d’empêcher l’extension des ravages est de couper et brûler les rameaux atteints. Les Cola acuminata vivant dans les environs sont beaucoup moins atteints.
Le plus redoutable insecte pour les noix de Kola et celui qui cause les plus grands préjudices aux dioulas transportant cette précieuse amande à travers le Soudan est certainement le Balanogastris Kolæ (Desbr.) Faust = Balaninus Kolæ Desbr., petit coléoptère de la famille des Curculionides.
C’est seulement en 1895 que cet insecte fut découvert par M. J. Perez, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, dans un lot de noix de Kola importées de l’Afrique occidentale par un droguiste de Bordeaux (Fig. 40).
L’insecte adulte communiqué à M. J. Desbrochers des Loges, fut décrit la même année dans le Bulletin des séances de la Société entomologique de France, 1895, p. CLXXVI (Séance du 27 mars 1895).
Nous en reproduisons la description originale :
« Balaninus kolæ, n. sp. — Long. 4 mill. (rostro excluso) ; lat. 2 mill. — Ovatus, rufo-ferrugineus, squamulis paucis flavescentibus vage variegatus, rostro valido, curvato, thorace vix longiore, concolore, antennis articulis 2-primis parum elongatis, obconicis, cæteris subtransversis, thorace subconico, creberrime fortiter punctato, medio carinato, elytris punctato subselcatis, interstitiis planis, crebre punctatis, femoribus omnibus valide dentatis, apice infuscatis, tibiis latioribus compressis, curvatis. — Sénégal.
Fig. 40. — Le Charançon de la Noix de Kola (Balanogastris Kolæ Desbr.) Adulte vu de dos et de profil, grossi 6 fois.

« Coloration, taille et forme générale de B. cerasorum Herbst et de B. rubidus Gyll. Le rostre est bien moins grêle et plus court que chez le premier, la ponctuation du prothorax et des élytres plus forte que chez les deux espèces, et la squamosité ne forme pas, sur les élytres, de bandes ondulées. Les antennes, chez B. cerasorum et B. rubidus, ont les premiers articles du funicule très longs, les derniers même aussi longs que larges. Le prothorax, chez B. Kolæ, est légèrement sinué dans son milieu latéral. La dent des cuisses en triangle subéquilatéral, à son côté interne aussi long que l’épaisseur du reste de la cuisse.
« Le mâle m’a semblé à peine différent de l’autre sexe, par le rostre un peu moins long et par les strioles et la ponctuation du dessus plus étendue postérieurement.
« Cette espèce a été trouvée dans des noix de Kola, chez un droguiste de Bordeaux, par M. J. Pérez, professeur à la Faculté des sciences de cette ville, qui a bien voulu m’en communiquer plusieurs exemplaires ».
En même temps, M. J. Pérez publiait les renseignements suivants sur la biologie de l’insecte[286] :
« — Note sur un Curculionide (Balaninus Kolæ Desbr.) trouvé dans des fruits de Kola, par J. Pérez (de Bordeaux) :
« Deux fruits de Kola seulement, sur un grand nombre qui furent examinés, contenaient le Charançon dont M. Desbrochers des Loges a bien voulu donner la diagnose.
« On sait qu’un fruit de Kola se compose de quatre amandes irrégulièrement pyramidales, à face extérieure convexe, les deux autres, par lesquelles elles sont accolées, étant à peu près planes.
Fig. 41. — Larve du Balanogastris Kolæ Desbr. Vue de profil et de dessous, grossie 6 fois.

« C’est vers la partie centrale du fruit qu’étaient logés les Curculionides, parfaitement développés, bien qu’un peu immatures, quelques-uns du moins. Les cavités où ils s’étaient métamorphosés n’étaient, en général, séparées de la surface des noix que par une mince cloison ; un petit nombre seulement se trouvaient reculées dans une partie plus ou moins profonde des galeries creusées par les larves, élargies en ce point en une logette ovalaire. Toute le reste de la galerie était obstrué par les déjections des larves fortement tassées.
« En sculptant ces déjections fort dures, opération qu’un peu d’eau rendait plus aisée, il était facile de dégager entièrement les galeries, et l’on se rendait ainsi compte de leur forme et de leur parcours. La partie la plus large, celle qui correspondait au dernier âge de la larve, se trouvait non loin de l’arête axiale commune aux deux faces planes de la noix. En se rétrécissant, la galerie mène à son origine, sur la face convexe extérieure. Son trajet, tout à fait irrégulier et sinueux, présente cependant ce caractère constant, que sa terminaison, interne par rapport à l’axe du fruit, est toujours placée plus bas que son origine extérieure. La larve, en creusant sa galerie, tend donc toujours à avancer dans une direction générale, oblique de haut en bas et de dehors en dedans. Souvent la galerie atteint la surface plane et l’absorbe, entamant légèrement la face accolée de l’amande juxtaposée. Je n’ai pas vu qu’elle passe d’une amande à l’autre.
« L’origine de chaque galerie est une petite ponctuation de la surface extérieure, large d’un demi-millimètre ou un peu plus, ombiliquée, souvent creusée à son centre. C’est le trou par lequel fut introduit l’œuf, et qu’avait pratiqué la mère à l’aide de son rostre, comme font nos espèces européennes.
« Ces trous de ponte sont assez nombreux à la surface convexe de la noix, jusqu’à 10 à 12 parfois, distribués sans aucun ordre, du sommet vers le milieu, qu’ils ne dépassent guère. Beaucoup d’œufs doivent avorter, car, dans les noix examinées, le nombre des galeries était bien loin de correspondre à celui des trous de ponte.
« Le Charançon, pour éclore, a sans doute besoin d’attendre la séparation naturelle des quatre amandes, puisque la cellule où on le trouve n’est, en général, séparée de la surface plane que par une mince épaisseur de la substance de l’amande respectée, soit par les déjections entassées dans la galerie ».
Fig. 42. — Nymphe du Balanogastris Kolæ Desbr. Vue de dessus, de profil et de dessous, grossie 6 fois.

En 1898, M. P. Lesne, assistant au Muséum, complétait les renseignements fournis par M. J. Desbrochers des Loges, en décrivant avec beaucoup de détails la larve (Fig. 41) et la nymphe (Fig. 42) du charançon de la noix de Kola[287].
A la même époque, un entomologiste russe, M. J. Faust, montrait que l’insecte en question n’était pas un Balaninus et il en faisait le type du genre nouveau Balanogastris[288].
Les belles figures, qui accompagnent la note de M. Lesne et qu’il a bien voulu nous autoriser à reproduire, nous dispenseront de nous étendre longuement sur les descriptions.
La larve mesure 6 mm. environ de longueur. Le corps présente l’aspect habituel des larves de curculionides, épais, assez court, courbé en croissant, atténué aux deux extrémités, blanchâtre, charnu, à l’exception de la tête qui forme une capsule chitineuse testacée ; mandibules brunes. Tête plus longue que large avec la région buccale en saillie. Corps composé de 12 segments.
Une grande partie de la surface du tégument est garnie de très petites spinules chitineuses dirigées en arrière et destinées à fournir des points d’appui pendant le forage et la progression.
Des soies tactiles peu développées existent aussi sur les différentes parties du corps.
Quant à la nymphe, elle a le corps atténué en avant et en arrière, blanchâtre, à tégument membraneux.
Nous pouvons donner quelques renseignements complémentaires sur cet insecte, renseignements recueillis au cours de nos voyages.
Il vit dans les amandes des différentes espèces de Cola de la section Eucola. Il est commun sur le Cola nitida en Guinée française. Chose curieuse, il ne se trouve pas partout, mais par certains groupes de villages formant des îlots et les indigènes le savent bien, car les Kolas provenant des villages non contaminés sont cotés à un prix plus élevé. Le ver devient plus fréquent en Guinée depuis quelques années, les Kolas du Koba, jadis inattaqués, le sont aujourd’hui. M. Bernegau l’a observé au Togo et au Cameroun, sur le Cola acuminata. Nous l’avons rencontré nous-même à l’île de San-Thomé sur le Cola acuminata. Il vit dans les fruits adhérents à l’arbre, non ouverts, mais cependant presque mûrs.
A l’intérieur de ces follicules on trouve parfois un grand nombre de femelles adultes qui viennent y faire leurs pontes.
Nous ne pensons pas que ces insectes puissent perforer le péricarpe épais du fruit, mais ils pénètrent par les galeries que creusent fréquemment les fourmis pour aller chercher le mucilage extravasé de la paroi du fruit par les moindres lésions.
La ponte s’effectue en dedans du tégument séminal, sur la paroi même de l’embryon. Nous avons vu à San-Thomé des follicules non encore ouverts, renfermant des noix dont les cotylédons étaient déjà creusées de galeries profondes dans lesquelles on rencontrait des larves complètement développées et même des nymphes.
Le charançon de la noix de Kola est connu et redouté des indigènes.
Les Soussous le nomment Sangara ou Sangaran. D’après un correspondant de M. Heckel, on le nommerait Tembouc en Mellacorée. Enfin, d’après M. Lambert, les Dioulas de la Côte d’Ivoire le nomment Sambara et les Achantis Koutia.
Dans les pays que nous avons visités, le ver en question porte les noms suivants :