QUATRIÈME PARTIE. (continued 3)
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Plus à l’est, entre le cours du Sassandra, à partir de l’endroit où il s’incurve vers le sud et le cours du Marahoué, affluent du Bandama, il existe encore des marchés de Kolas très importants sur lesquels nous reviendrons.
Les Pays situés au sud de Man produisent aussi une assez grande quantité de Kolas, principalement en pays Guéré. D’après les renseignements inédits qu’a bien voulu nous communiquer le lieutenant Ripert, on doit distinguer dans ces régions deux lignes de marchés.
La première ligne, située au N., comprend les marchés de Dioandougou (Dioanpré), Té, Banankoro.
La seconde ligne située au S., comprend les marchés de Man, Gouékangoui, Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé, Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien (en pays Ouobé).
A Man, on apporte par marché hebdomadaire, en mai, c’est-à-dire en dehors de la grande récolte, 60 à 80 charges de 1.500 à 2.000 noix. A Té et à Dioandougou, on apporte 100 à 150 charges par jour de marché en mauvaise saison.
A Gouékangoui, à Gouagouré et à Blo, on apporte 5.000 à 10.000 Kolas par marché.
La grande récolte des noix dans ces pays a lieu en octobre et novembre, mais les marchés les mieux approvisionnés se tiennent en décembre, janvier et février.
Les dioulas du Soudan fréquentent seulement les marchés de la ligne N. ; un assez grand nombre viennent aujourd’hui jusqu’à Man. Les marchés de la ligne sud sont fréquentés par des Dyolas et des Ouobés, qui vont vendre leurs acquisitions aux dioulas visitant les marchés du Nord.
Après avoir franchi le Sassandra ou le Bafing, les dioulas soudanais passent par le grand marché de Touna ou par celui de Ouaninou, puis ils se dirigent sur Touba ou sur Beyla.
Le capitaine Schiffer, qui a vécu dans les pays Bétés et Gouros de 1906 à 1909, a fourni dans ses rapports inédits d’intéressants renseignements sur la manière dont se fait le trafic des noix de Kola dans ces pays.
« C’est, écrit-il, un commerce continu de tribu à tribu vers le Nord, mais il n’existe pas de routes ou d’artères commerciales d’un long parcours. Par exemple, les femmes du Bogué apportent leurs Kolas dans le Balo, vont dans le Zéblé et chez les groupes où les attirent quelques liens de parenté, mais elles s’arrêtent généralement à Daloa et depuis la création d’un poste dans cette région à Idéblé ; les femmes du Zéblé vont dans le Balogué et celles de ce groupe se rendent chez les Kouyas qui transportent à leur tour les Kolas chez les Lôs ou Gouros du Nord.
« De cette façon, les Kolas qui dans le Bogué et le Balo ont une valeur approximative de cinq pour un sombé, soit environ un centime pièce, se vendent déjà à Touna, Diorolé et Toubalo 5 centimes pièce ; il ne s’agit naturellement que des plus belles noix. Celles-ci augmentent de prix entre les deux récoltes de juin et novembre, même sur les lieux de production où le prix monte alors : on n’obtient plus pour un sombé que 3 ou même 2 noix. Les marchandises les plus prisées par les Gouros, les Kouyas et les Bétés en échange de leur Kolas, sont les pagnes, dits Gouros, mais en réalité d’origine Mandé-dioula, le sel en barres, les sombés (rougou en Bété) et les bœufs.
« Jusque chez les Ouayas et même dans les villages situés au nord du Balogué, pénètrent les grands et beaux bœufs du Korodougou et du Koyaradougou (Séguéla et Mankono), espèce sans bosse, intermédiaire comme taille entre les grands bœufs du Soudan et les petits bœufs de la forêt dense.
« Grâce à la sécurité que va assurer aux colporteurs (dioulas) l’intervention de nos armes en Pays Gouro et en Pays Bété, les Lôs et Gouros ne pourront plus conserver le monopole d’intermédiaires et empêcher comme ils le faisaient auparavant, les colporteurs Mandés-Dioulas de venir s’approvisionner directement dans les pays de production. Il nous appartiendra à ce moment de canaliser ce nouveau courant et de l’attirer par la création de marchés vers nos postes de Daloa et d’Issia. Les Kouyas et les Lôs seront alors obligés de récolter le caoutchouc de la forêt pour assurer leur existence. »
Nous avons signalé, dans un chapitre précédent, l’importance de la production des Kolas dans le Pays Bété. Dans cette province, ainsi que dans une partie du Pays Lô ou Gouro, les Kolas sont transportés sur les marchés du N. où ils sont achetés par les indigènes de la région de Séguéla ; mais le transport n’a lieu qu’à la suite d’achats successifs de tribu à tribu. Ce sont les femmes qui transportent et vendent les Kolas dans la tribu voisine d’où ils sont ensuite portés et vendus un peu plus loin. Ces passages de tribu à tribu amènent une forte majoration de prix. « C’est ainsi qu’une charge de 2.000 Kolas qui vaut à Daloa 50 francs, atteint à Balogué 65 francs, 85 francs à Vavoua, 100 francs au sud du Pays Nati et 120 francs sur l’important marché de Ténéfero où s’approvisionne Séguéla. Or, Ténéfero se trouvant à 5 jours seulement de Daloa vers le N., une charge de 2.000 Kolas achetée à Daloa, transportée au tarif officiel, ne vaudrait que 55 francs à Ténéfero[321] ».
Le lieutenant Ripert nous a communiqué des renseignements très intéressants sur le commerce des Kolas dans les Pays Gouros ou Lôs et Bétés qu’il a parcourus dans tous les sens.
Ce sont généralement les femmes Lôs qui transportent les Kolas du Pays des Bétés vers le N. Une partie des intermédiaires habitent les villages bétés d’Ideblé, sur la frontière du Pays Gouro. Toutes les femmes Lôs d’un village viennent en groupe sous la conduite de quelques hommes armés et, parvenues sur les marchés de la zone sud, elles achètent les Kolas aux Bétés et surtout aux Kouyas et aux Gouros qui sont déjà allés s’approvisionner en plein pays Bété.
D’Ideblé, les Kolas passent à Niabéloufra (Niabéloa), en pays Gouro. Ils ont été achetés contre des sombés, des pagnes, quelques bœufs. Presque toutes les noix remontent ensuite vers le Pays Ton (gouro) ou Tonfra. Les Tons les revendent aux Mangouroufra ou aux Yansouas (gouros). C’est là que commencent les grands marchés du Pays Lô où des Mandés-Dioulas sont installés en permanence. On y trouve aussi des commerçants Lôs.
Les principaux marchés du Pays Lô de l’est à l’ouest sont :
Besiéka (Pays Yansoua), Govlégonoma (Bogolofié des Mandés), deux autres marchés en Pays Niananfla (Niangoro), Bandiaï (Sasamba), Dananéï (Danono), Gouétifla (Sokoulaso), Pays Gononfla (Gotono) ; Vavoua, en Pays Ouaya ou Kouya, était aussi un marché jusqu’à ces derniers temps. On cite encore comme marchés à Kolas importants du Pays Lô : Bébalo (Toubalo), Dantero (Séguiri), Bologofia.
Les points énumérés portent généralement deux noms, un nom Gouro et un nom Mandé.
A trois à cinq jours au N. des points qui viennent d’être énumérés, on trouve quatre grands marchés situés loin en dehors de la zone productrice des Kolas, mais fréquentés par de nombreux dioulas du Soudan qui ne s’avancent pas plus loin vers le sud.
Ces marchés sont ceux de Diorolé, de Touna (Gouaran), de Séguéla et de Mankono. Ces marchés se tiennent à jour fixe, une fois par semaine, sur une place au milieu du village. Diorolé est fréquenté par des Mandés-Dioulas et par des Lôs.
On y apporte principalement des Kolas blancs, très estimés et très chers. On les achète à Diorolé jusqu’à 40 fr. à 60 fr. les 1.000 suivant l’époque de l’année.
800 à 1.000 charges sont mises en vente à chaque marché.
Le marché de Touna que nous avons visité est situé près du confluent du Sassandra et du Bafing. Outre les Mandé-Dioulas, des Lôs, des Ouobés et des Touras le fréquentent. On y vend surtout des Kolas rouges ; 400 à 500 charges sont apportées à chaque marché.
Séguéla est aussi un marché très important. En novembre 1908, on faisait payer aux dioulas une taxe de circulation de 2 francs par 1.000 Kolas : on encaissait ainsi 8.000 fr. par mois et beaucoup de charges passaient cependant en fraude.
Mankono, situé en plein pays soudanais, a une importance commerciale comparable ; on y apporte surtout des Kolas blancs provenant du marché Lô de Tubalo (Bébalo).
En juin 1909, les grosses noix se vendaient à Mankono à raison de 200 noix pour 5 fr., et les petites noix, 300 Kolas pour la même somme. Au détail, on obtenait 25 noix mélangées pour 20 sombés et les sombés se payaient alors à raison de 14 pour 0 fr. 50. Les caravaniers, qui vont au pays Lô échanger des marchandises contre des Kolas, trouvent à Sakala, à Kani, à Touna, à Séguéla, à Mankono, des tissus, des verroteries, du sel, de la quincaillerie et d’autres produits européens importés de Kankan et de Bamako par caravanes et vendus par les dioulas à prix relativement bas.
Dans son rapport, qui remonte déjà à 1901, le capitaine Schiffer a exposé avec beaucoup de précision les changements survenus dans le commerce des Kolas de cette région, depuis le voyage de Binger.
Les voies commerciales suivies le plus habituellement ne sont plus transversales de l’est à l’ouest, sauf les routes de Kankan-Maninian et Sakala-Kong. Le mouvement se fait maintenant presque tout entier du sud au nord. Chaque canton Lô a désormais un marché, quelquefois deux s’il est important. Ces marchés sont restés longtemps fermés aux étrangers et ne sont encore visités que par les femmes Lôs d’autres cantons et les femmes Mandé-Dioulas des régions de Séguéla et Mankona. Les femmes des Mandés-Dioulas se livrent à ce commerce avec une activité inlassable. Plusieurs fois par mois elles quittent leurs villages, vont chercher des Kolas chez les Lôs et les rapportent sur les marchés de Touna, Kounana, Séguéla, Diorolé, Magnani, Tubalo et Bimbalo. En ces points, elles rencontrent des dioulas du Soudan auxquels elles cèdent leurs noix après avoir prélevé un bénéfice élevé. Beaucoup, dit-on, font aussi trafic de leurs charmes en accomplissant ce courtage qui est, en définitive, fort rénumérateur et qui permet à l’époux de mener, dans le village de culture ou dans les villes de Mankono, Seguéla, etc., une vie oisive.
Les Kolas sont cédés par les producteurs ou par les courtiers contre de l’argent monnayé ou contre certains articles d’échange.
A hauteur de Touna, Séguéla, Mankono, les cauris du Soudan n’ont plus cours comme monnaie locale : ils sont remplacés par les sombés fabriqués dans les régions de Touna et de Sakala. Les marchandises de traite les plus fréquemment apportés du Soudan sont : le bétail (bœuf et moutons), les chevaux, quelques cotonnades et de la verroterie, enfin du sel.
Cette dernière denrée est apportée du Sahel en barres de 25 à 28 kilog. : « ces barres mesurent un mètre de long sur 0 m. 40 de largeur et 0 m. 05 ou 0 m. 06 d’épaisseur ; elles sont maintenues par des baguettes longitudinales en bois et des cordes ou des lanières en peaux de bœufs, et transportées à dos de bœufs porteurs ou d’ânes, plus rarement à tête d’homme.
« Malgré cet emballage primitif et peu soigné, ce sel résiste très bien à la longueur des routes et ne craint ni la poussière, ni par suite de sa grande densité les pluies légères.
« Mais il revient très cher et les conditions mêmes dans lesquelles il voyage en hivernage, en font une marchandise rare et souvent introuvable dans la région.
« Arrivés à Maninian, Odienné, Kani, Sakala, les dioulas débitent leurs barres de sel en douze petites barres de trois à quatre doigts d’épaisseur nommés « Kokotla » (de Koko sel et tla ou tala, partager) ou Kokoti (dans les régions de l’est).
« Cette fraction de barre devient maintenant unité d’échange ; elle pèse environ deux kilog. et atteint comme valeur en monnaie française 5 francs, en saison sèche et 7, 8 et même 10 francs en hivernage ; par suite aussi sa valeur en kolas se modifie profondément. Sur les marchés de Touna, Séguéla, Mankono, les dioulas obtiennent des courtiers 400 ou 500 Kolas, ce qui met le cent à environ un franc ; en hivernage, c’est-à-dire vers le mois d’octobre, ils obtiennent 700 à 800 Kolas pour la même barre, ce qui réduit la valeur de 100 Kolas à 0,70 ou 0,80.
« Enfin, sur les marchés de Toubalo et Bimbalo, la demande pendant l’hivernage dépasse beaucoup l’offre ; une barre de sel arrive à valoir 1.000 à 1.200 Kolas, ce qui procure aux courtiers un gain immédiat de 25 à 30 % » (Schiffer, Mss.).
Dans toute la première zône des marchés à Kolas signalés par Binger, il ne reste plus comme grand marché que Maninian. Encore ce point doit-il être considéré comme un vaste entrepôt où viennent s’approvisionner les marchands peu désireux de s’aventurer trop au sud ou dont les voyages sont interrompus par l’hivernage. Il en est de même des importants marchés de Tengréla, Tombougou, Odienné et Sambatiguila, qui ne sont que des points d’entrepôt ou de passage, comme le sont devenus aussi les marchés de la deuxième zône, Toté et Sakala ; celui de Siana a complètement disparu au profit de Séguéla.
Les véritables marchés pour le trafic des Kolas se trouvent reportés aujourd’hui sur la ligne Touna, Séguéla, Mankono, Bouandougou, marchés qui ne furent pas indiqués à Binger et qui n’existaient peut-être pas encore lors de son voyage.
Notre occupation a enlevé aux habitants d’Odienné, Toté, Kani et Sakala le monopole du courtage, de sorte que ce monopole s’est trouvé reporté chez les peuplades vivant plus au sud ; c’est ainsi que s’est fait le déplacement des marchés que nous avons signalé. Les centres de Kounana, Bogolo, Diorolé, Dahantogo, Goaka et Toulé sont devenus à leur tour les marchés terminus où s’arrêtent les dioulas venus du nord et que fréquentent surtout les femmes Lôs et les femmes Mandé-Dioulas.
Il est certain que ce recul des marchés à Kola vers le sud ne s’arrêtera pas là et le jour prochain où la pacification des Pays Lôs et des Pays Bétés sera complète, les dioulas soudanais viendront s’approvisionner dans les pays de production.
Aussi, à plusieurs reprises, les Lôs ont cherché à s’opposer à la pénétration des européens et des soudanais, afin de conserver le courtage des Kolas qui est leur principal négoce et leur assure, sans grand effort, une source précieuse de bénéfices.
* * *
La production des pays de la Côte d’Ivoire que nous venons de passer en revue est considérable. Il est impossible de l’évaluer avec certitude et nous ne pouvons donner que des indications. Nous pensons qu’elle atteint 2.000 tonnes par an.
Le droit de circulation de 0 fr. 25 par kilog. n’est payé que par un nombre infime de caravaniers, de sorte qu’on ne peut tabler sur les recettes de cette taxe pour évaluer la production.
En 1909, les recettes mensuelles de la région pour la taxe des Kolas étaient les suivantes :
Touba, 2.000 francs ; Séguéla, 1.500 francs ; Mankono, 500 francs, soit au total 4.000 francs par mois ou 48.000 francs par an, somme correspondant à 192 tonnes de noix ou 7.700 charges.
* * *
Les autres régions de la Côte d’Ivoire desquelles il nous reste à parler sont moins riches en Kolatiers, de sorte que le commerce des noix y est plus restreint.
Le seul canton donnant une production de quelque importance est le Pays des Ngans, dans l’Anno. Il produit principalement de grosses noix blanches du poids de 20 à 35 grammes et de petites noix roses pesant 8 à 15 grammes souvent vendues en mélange. La charge, comprenant 1.500 à 2.000 noix, est achetée sur place 15 francs à 30 francs par les dioulas, suivant que la récolte a été bon ou mauvaise et aussi suivant la saison. Cette même charge, transportée à Sikasso, y vaut 80 francs à 120 francs. C’est surtout en novembre, décembre et janvier que se font les achats sur place. La taxe de 0 fr. 25 par kilog. n’est perçue que sur une partie minime de la production. M. l’administrateur Barthélemy a eu l’obligeance de nous communiquer le relevé de fin 1908 et de 1909 donnant la taxe payée au poste de Dabakala par les colporteurs transportant les noix.
MOIS Montant des taxes sur les Kolas Poids des Kolas
Octobre 1908 245 fr. 75 983 kil.
Novembre 1.175 25 4.701
Décembre 1.712 50 6.850
Janvier 1909 1.732 50 6.930
Février 30 » 120
Mars 675 » 2.700
Avril 491 25 1.965
Mai 90 » 360
Juin 37 50 150
Juillet » » »
Août 7 50 30
Septembre 57 50 230
Octobre 142 5 570
Novembre 120 50 482
Décembre 102 » 408
Totaux pour 1909 3.486 fr. 25 13.945 kil.
Soit 14 tonnes à peine, mais ce chiffre ne représente probablement pas la dixième partie de ce qui sort par le cercle de Dabakala et comme des sorties importantes se font aussi par Bondoukou et par le Baoulé, il n’est pas exagéré d’évaluer la production de cette région à 300 tonnes par an. Bondoukou est un marché de Kolas très important qui reçoit des noix non seulement de l’Anno, mais aussi du Pays Achanti.
Dans la Basse-Côte d’Ivoire, dans le sud-ouest du Baoulé, et dans la partie traversée par le chemin de fer, les dioulas qui drainent le caoutchouc de ces régions, achètent aussi aujourd’hui autant de charges de noix de Kola qu’ils peuvent en trouver. Les indigènes de la forêt les leur procurent à un prix infime mais ces noix sont revendues presque aussitôt sur place de 1 fr. 50 à 2 fr. 50 le kilog. Les régions qui en fournissent le plus aujourd’hui sont le pays de Kokoumbo, la région de Sahoua dans le Morénou, quelques villages du pays Abé, enfin l’Attié. Ces noix sont vendues au détail dans les centres de la colonie, à Grand-Bassam et à Bingerville, à Abidjan, à Nziville, à Grand-Lahou, à Tiassalé ; d’autres sont emportées par les caravaniers vers le nord.
A travers le Baoulé, transitent les charges de Kolas achetées dans le bas Bandama et le long de la voie ferrée. Des noix rouges et des noix blanches (⅔ de rouges environ) sont apportées tous les mercredis à Bouaké, mais il ne s’en vend pas plus d’une centaine de kilogs par journée de marché. Ces noix sont consommées sur place par les Soudanais ou exportées vers le Nord par Mankono.
Nous évaluons la production actuelle de la Côte d’Ivoire à 3.000 tonnes, se répartissant ainsi par régions :
Noix sortant par le cercle de Touba 1.000 tonnes
Sortant par le district de Séguéla 700
Sortant par Mankono 500
Production de l’Anno (Ngans) 300
Production du Baoulé, du Morenou, de l’Attié et de la Basse Côte d’Ivoire 500
La production peut être considérablement développée dans cette colonie.
3o BAS-DAHOMEY.
Le Bas-Dahomey produit une assez grande quantité de noix de Kola à 4 ou 5 cotylédons, qui sont consommées sur place ou exportées à Lagos. De ce point, arrivent par contre au Dahomey des Kolas à 2 cotylédons importés de la Gold-Coast.
Les importations de Kolas au Dahomey, par la lagune de Lagos, atteignent quelques tonnes chaque année.
Les exportations, en 1908, ont été de 32.536 kilog., estimés 65.052 francs ; en 1909, 29.738 kilogs valant 59.476 francs.
Les noix se vendent au détail sur tous les marchés de la côte : ceux de Porto-Novo, Cotonou, Adjara, Abomey, en sont particulièrement bien approvisionnés.
Les noix du Bas-Dahomey ne dépassent pas Savé et Savalou, de sorte que le Haut-Dahomey est approvisionné exclusivement de noix de la Gold-Coast à deux cotylédons, venues par l’hinterland du Togo.
4o AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.
Le bassin de la Haute-Sangha, habité par les Bayas, produit une certaine quantité de noix de Kola que viennent acheter des caravaniers Foulbés et Haoussas. Ces noix sont transportées dans l’Adamaoua. Il en parviendrait même jusque dans la Nigéria du Nord.
Nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur ce commerce. Seul, le lieutenant Charreau a fourni quelques indications :
« Bien avant notre arrivée, les Foulbés et les Haoussas avaient établi des marchés à Koundé... Les échanges commerciaux se faisaient en nature, en cauris ou en esclaves... Pour 200 à 500 Kolas[322], ou 20.000 à 40.000 cauris, le Foulbé donnait un bœuf[323] ». Les caravaniers, après avoir dépassé Koundé, se dirigent vers le sud en passant par Gaza (sur la rivière Kadéï) ou par Bertoua, près de la Mambéré. « C’est avec les Kolas venant de Nola, Bania, Cambé, que les Haoussas achètent à Ngaoundéré leurs bestiaux, et ce trafic est tel que les Européens ont songé à réclamer comme pour le caoutchouc le monopole de l’achat à l’indigène, afin de revendre les Kolas aux Haoussas »[324]. Notre administration s’est heureusement opposée aux prétentions des Sociétés concessionnaires, prétentions qui non seulement auraient porté atteinte aux droits des indigènes Bayas, puisqu’en général les Kolas sont des produits de culture, mais elles risquaient aussi d’anéantir le commerce local des Haoussas qui est des plus intéressants.
« Le Haoussa, écrit Charreau, échange contre tout. Se rendant de Ngaoundéré à Carnot, il transformera son pécule plusieurs fois en traversant les divers villages. Partant avec des bœufs, il les échangera contre du caoutchouc qu’il vendra ensuite à l’Européen pour de l’argent ou pour des nattes et des perles troquées à Carnot contre des Kolas. De retour à Ngaoundéré, il revendra ses noix au détail, achètera des bœufs et entreprendra un nouveau voyage et la même série d’échanges. A chaque transformation, son pécule augmente. Il n’est pas rare qu’un Haoussa se dépouille de ses vêtements pour acheter un ou deux animaux et qu’il revienne au voyage suivant avec un troupeau de quatre ou six bœufs. »[325]
Il a existé, jusqu’à ces dernières années, au Gabon, un intéressant commerce de noix de Kola sèches qui étaient exportées en Europe et notamment à Liverpool. D’après les statistiques officielles, les dernières exportations furent les suivantes :
Exportations de Kolas secs au Gabon.
Années Poids (kilos) Valeur (francs)
1896 21.972 22.191
1897 17.802 22.433
1898 10.340 29.308
1899 4.481 3.875
1900 2.235 1.836
1901 4.890 2.510
1902 néant néant
La disparition de ce commerce a coïncidé avec la substitution du régime des grandes concessions au régime du commerce libre. Les Noirs du Gabon avaient pris l’habitude de venir vendre aux factoreries, pour la plupart anglaises et hollandaises, divers produits de cueillette : Kolas, piassava, copal, noix palmistes. Le jour où les concessionnaires émirent la prétention de payer ces produits au-dessous de leur valeur réelle, ou contre des marchandises inusitées dans le pays, l’indigène renonça à recueillir les produits qu’il exploitait depuis longtemps.
Ce régime a eu pour résultat d’arrêter l’essor commercial d’une de nos colonies les plus riches en ressources naturelles. De nouvelles mesures administratives actuellement en voie d’application pourront seules la tirer de sa stagnation. Là, comme dans tous les autres pays du monde, ce n’est que le commerce libre avec le jeu de la concurrence qui peut inciter l’indigène au travail et, partant, assurer la prospérité économique de notre colonie.
II. — PRINCIPAUX PAYS PRODUCTEURS ÉTRANGERS.
1o SIERRA-LÉONE.
Nul, il y a une trentaine d’années, le commerce d’exportation des noix de Kola par mer a pris un grand développement depuis une dizaine d’années.
Les colonies qui reçoivent la plus grande quantité des Kolas de Sierra-Léone sont la Gambie (474 tonnes en 1909), le Sénégal (652 tonnes en 1909), la Guinée portugaise (314 tonnes en 1909).
Nous avons pu nous procurer les chiffres suivants donnant l’exportation totale par mer depuis 1895 :
Quantités (tonnes de 1016 kilos) Valeur (francs)
1895 0.499
1896 0.504 971.300
1897 0.646 1.138.775
1898 0.548 1.241.750
1899 0.488 1.536.375
1900 » 1.980.475
1904 0.798 2.018.550
1905 0.769 1.893.200
1906 1.255 2.602.100
1907 1.374 2.831.850
1908 1.162 2.622.375
1909 1.324 3.846.225
Suivant l’abondance des noix et les demandes dans les colonies qui font l’importation par mer, les cours des noix subissent parfois des sauts très brusques.
Habituellement les noix se vendent 16 livres sterling (400 fr.) la tonne (1016 kilogs), dans les villages producteurs et à Free-Town elles valent déjà 1 fr. ou 1 fr. 25 le kilog. Toutefois ce prix est parfois dépassé et en janvier 1910 la tonne se payait 64 livres sterling (1600 fr.).
D’après le rapport commercial qu’a eu l’obligeance de nous communiquer Son Excellence le Gouverneur de Sierra-Léone, les noix de Kola viennent en deuxième ligne dans les exportations de la colonie et en 1907, elles représentaient 16,83 % de la valeur totale des exportations de la colonie.
Les cantons de Mano, Salija et Sulima, du district de Sherbro, sont particulièrement riches en Kolas et s’ils pouvaient être atteints par le chemin de fer, une grande impulsion serait donnée au commerce de toute la contrée. L’expédition des noix par des embarcations légères présente des aléas, de sorte que les indigènes ne recueillent qu’une partie des fruits.
L’exploitation de cette denrée est faite exclusivement par les commerçants indigènes qui circulent entre les ports du Nord et les localités de l’intérieur.
Depuis 1906, quelques maisons européennes tentent aussi de se livrer à ce négoce. On estime que 5 % seulement de la population de Sierra-Léone emploie le Kola comme article d’alimentation et qu’il n’en est pas consommé plus de 10 tonnes par an dans toute la colonie.
Durant les années favorables, la colonie peut produire actuellement 2.000 tonnes de noix (8 quintaux par acre), mais les plantations indigènes sont en voie d’extension. Une grande quantité de Kola est transportée par terre en Guinée française et ne se trouve pas comprise dans les statistiques du Département des Douanes.
2o GOLD-COAST.
Les noix de Kola sont une des principales ressources de la Gold-Coast qui en produit pour 5 ou 6 millions de francs par an.
La plus grande partie des amandes exportées provient du Pays des Achantis et de l’Akyem. Le Cola rubra est la seule race cultivée dans ces régions.
Suivant un Supplément de la Gazette du Gouvernement de la Gold-Coast pour 1909, on estime que les 4/5 des importations dans le Pays des Achantis, sont échangées contre des noix de Kola dont le prix serait d’environ 10 livres sterling la tonne (soit 0 fr. 25 le kilog.). Or, la valeur des exportations de ce produit pour l’Achanti atteignait, en 1908, 90.000 livres sterling ou 2.250.000 francs. Au prix de 0 fr. 25 le kilog., cela correspondrait à 9.000 tonnes de Kolas, et sur cette quantité il passerait vers le Nord pour 80.000 livres sterling de Kolas[326]. Le chemin de fer de Coumassie en emporterait pour 250.000 francs à Sekondee. Cette valeur correspond, d’après nos évaluations, à environ 250 tonnes.
(Cliché communiqué par H. Fillot). Fig. 49. — Couffins de Kolas préparés pour l’embarquement à Sekondee (Gold-Coast).

Ces 250 tonnes s’ajoutent aux quantités beaucoup plus élevées produites par l’Akyem et par les régions avoisinant la mer et le tout est embarqué principalement à destination de Lagos.
Les marchés de Séhara et de Halata fournissent de grandes quantités destinées à l’exportation par mer.
Le commerce d’exportation des Kolas par mer a commencé il y a 30 ans seulement. Les statistiques douanières signalent en 1899 une sortie évaluée à 2.125 francs et en 1892 l’exportation n’était encore de 33.200 francs. Nous publions, d’après The Gold Coast Civil service List 1904-05, le tableau des exportations de 1886 à 1903 inclus :
Gold-Coast.
Kolas frais exportés par mer.
Années Nombre de Couffins Valeur en francs
1886 114 18.950
1887 206 25.250
1888 261 36.475
1889 13 2.125
1890 607 82.850
1891 347 55.600
1892 91 33.200
1893 979 642.900
1894 1.202 712.800
1895 2.352 764.150
1896 3.156 835.950
1897 4.278 946.750
1898 3.092 894.725
1899 2.671 1.425.525
1900 1.907 1.078.325
1901 1.979 875.600
1902 1.923 936.875
1903 2.773 1.264.025
Pour les dernières années, M. Emile Baillaud nous a communiqué les chiffres suivants :
Années Quantités (couffins de 450 kg. environ) Valeur en francs
1905 » 1.502.775
1906 4.703 1.840.800
1907 6.278 1.972.525
1908 4.484 [327] 2.109.050
L’exportation actuelle par mer doit osciller entre 2.000 et 2.500 tonnes.
En 1903, l’exportation totale de 2.773 couffins par mer se répartissait ainsi par les divers ports :
Accra 1.571 couffins
Cape Coast 849
Saltpond 147
Winneba 26
Total 2.773 couffins
Depuis la construction du chemin de fer de Coumassie, de nombreux ballots sont également embarqués à Sekondee.
3o CAMEROUN.
L’hinterland du Cameroun dans les parties boisées situées au sud du 6° de lat. N. produit des noix de Kola que des Haoussas de l’Adamaoua allemand et de la Nigéria du Nord viennent acheter. Elles se vendent dans les pays producteurs en passant par Ngaoundéré et Tibati, centres caravaniers importants. Nous n’avons aucun renseignement sur ce trafic.
Les districts côtiers du Cameroun exportent aussi par mer de petites quantités de noix de Kola embarquées à Douala et à Victoria et destinées au Togo ou à la Nigéria anglaise. Ce commerce atteint quelques dizaines de mille francs par an et il ne fera sans doute que se développer, diverses plantations de Kolatiers ayant été faites dans ces dernières années.
En 1899, le Cameroun a exporté 25.111 kilog. de Kolas valant 9.286 Mks. ; en 1900, 24.057 kilog. valant 6.994 Mks. ; en 1905, 62.789 kilog. valant 34.564 Mks. ; en 1906, 37.068 kilog. valant 21.707 Mks. ; en 1907, 80.411 kilog. valant 21.997 Mks. et en 1908, 83.469 kilog. valant 34.265 Mks. Une grande partie de ces Kolas sont à l’état sec et destinés au port de Hambourg.
4o TOGO ALLEMAND.
Le Togo produit de petites quantités de noix de Kola, notamment aux environs de Tapa (Cola nitida) et de Misahöhe (C. acuminata), mais la production ne suffit pas à la consommation.
Dans le nord du Togo, le transit des Kolas, allant du Pays Achanti à la Nigéria du Nord ou aux territoires français de la boucle du Niger, donne lieu à un trafic très intense. Au poste de Kétékratyi, situé sur la route des caravanes, pendant le premier semestre 1899, le Comte Zech a recensé 233 tonnes de Kola transitant. « Cette statistique, ajoute-t-il, ne présente qu’une partie de la totalité du trafic ; il y a encore plus d’une voie commerciale allant du Pays Achanti au Soudan. Le commerce du Soudan se dirigera de plus en plus vers le pays produisant le plus de bons Kolas, c’est-à-dire vers la Côte d’Or. Si le Togo veut participer en une certaine mesure à ce commerce, il faudra qu’on y installe des plantations d’une bonne espèce de Cola. Heureusement, ces cultures sont commencées et déjà en bel état[328] ». Nous savons que les résultats obtenus par la suite n’ont pas été en rapport avec l’optimisme de l’ancien Gouverneur du Togo et nous pensons, pour notre part, que le Togo privé de grandes forêts ne parviendra pas à concurrencer les pays approvisionnant en Kolas le Soudan, c’est-à-dire la Côte d’Ivoire et la Gold-Coast.
5o SAN THOMÉ
Ainsi que nous l’avons constaté, de nombreux Kolatiers sont disséminés à travers les plantations de Cacaoyers de l’île portugaise, mais on n’en tire presque aucun parti.
Dans quelques roças seulement, « les noix de Cola sont cassées en morceaux et séchées au soleil[329] ».
En 1898, il en a été exporté 374 kilog. valant 1.185 francs ; en 1899, on en exporte encore pour 3.500 fr. En 1905, ces exportations avaient cessé.
Prix sur le marché de l’île : 0 fr. 30 le kilog.
Droits à destination du Portugal 1 % ad valorem
— des pays étrangers 15 % —
La culture du Cacaoyer est beaucoup plus rémunératrice que celle du Kolatier.
Dans la notice sur l’Exposition Coloniale de Paris de 1906[330] il est dit à propos de la culture du Kolatier : « Il s’agit là d’une culture qui rapporte peu, c’est vrai, mais qui, étant à la portée des indigènes et des européens — vu le peu de soins qu’elle exige — a encore cet avantage de ne causer aucun préjudice aux meilleures essences de l’île : le Caféier et le Cacaoyer ».
III. — PRINCIPAUX PAYS CONSOMMATEURS. COLONIES FRANÇAISES.
1o SÉNÉGAL.
Notre plus ancienne colonie africaine consomme des quantités de Kolas qui vont en s’accroissant d’année en année, ainsi que le montrent les chiffres suivants :
Importations de Kolas au Sénégal (par mer).
Année Poids (kilogs) Valeur (francs)
1889 108.797 543.984
1890 149.860 699.522
1891 170.165 596.342
1892 335.360 1.998.229
1893 176.361 528.784
1894 274.609 768.732
1895 231.469 906.459
1896 284.301 1.388.004
1897 304.090 1.580.457
1898 232.375 1.163.625
1899 177.274 1.418.194
1900 195.187 1.544.316
1901 442.911 3.521.894
1902 426.879 3.396.896
1903 311.632 4.065.736
1904 489.905 3.882.099
1905 453.222 2.380.104
1906 510.478 2.041.914
1907 646.773 2.535.480
1908 666.590 2.799.544
1909 779.683 3.118.735
Une grande partie de ces noix sont consommées au Sénégal même ; les autres remontent le fleuve Sénégal et pénètrent dans la colonie du Haut Sénégal-Niger pour alimenter les marchés approvisionnés par Kayes.
La presque totalité des noix importées par mer au Sénégal proviennent de Sierra-Léone. Pendant les dernières années, cette colonie anglaise a envoyé aux divers ports du Sénégal les quantités suivantes (en tonnes) :
Importations de Kolas de Sierra-Léone au Sénégal.
St-Louis Rufisque Dakar Gorée Pour l’ensemble
1905 03 53 211 23 290
1906 05 47 369 36 457
1907 12 21 485 40 558
1908 02 54 470 28 554
1909 16 29 606 01 652
En 1906, le Sénégal a reçu de la Guinée française 16 tonnes 5 de Kolas ; en 1907, il en a reçu 9 tonnes ; depuis, cette quantité a été en diminuant par suite de la construction du chemin de fer de Conakry au Niger, qui permet l’exportation plus rémunératrice vers l’intérieur du Soudan.
Comme le montre le tableau précédent, Dakar est le principal port d’approvisionnement. Les noix y sont importées par quelques firmes européennes, par des traitants indigènes et par des syriens ayant des correspondants à Free-Town ou à Conakry. Elles arrivent dans des paniers, 50 kilog. environ, emballées dans des feuilles ou séparées par des lits de sable.
Les mercuriales de la douane attribuaient aux Kolas rendus au Sénégal, jusqu’à ces dernières années, une valeur de 8 francs le kilog. ; actuellement encore, ils sont mercurialisés à 4 francs le kilog. Les noix débarquées à Dakar ne valent en réalité que 2 fr. 50 le kilog. après avoir acquitté la taxe de 0 fr. 75 par kilog.
C’est surtout dans les villes, notamment à Dakar, à Saint-Louis, à Rufisque, à Thiès, à Podor, que la consommation des Kolas prend de l’extension. Outre l’apport par mer, d’assez nombreuses charges, destinées aux régions de l’intérieur pénètrent aussi dans notre colonie soit par la Gambie anglaise, soit par la frontière de la Guinée française. Les villes de l’intérieur sont en outre approvisionnées par des caravanes qui viennent faire leurs achats soit aux villes de la côte, soit dans les escales du fleuve.
Grâce au bien-être que nous leur avons apporté, les diverses peuplades de la Sénégambie, et surtout les Wolofs et les Toucouleurs sont devenus, en moins de 50 ans, de grands consommateurs.
Une quantité considérable de noix se vend chaque jour au détail à Dakar. Au tournant des rues et sur chaque place, on rencontre, depuis l’aube jusqu’à une heure avancée de la nuit, le marchand de Kolas accroupi devant son étal formé d’une peau tannée étendue sur le sol. Il offre, au passant, ses noix blanches et ses noix rouges, constamment à deux cotylédons. Elles sont présentées, habituellement, par petits tas de 4 à 5 noix, valant un tanca (pièce de 0 fr. 50). On peut aussi acheter une seule noix vendue de 0 fr. 05 à 0 fr. 20, parfois jusqu’à 0 fr. 30 si elle est exceptionnellement grosse. Comme au Soudan, il n’y a point ici de morte saison : le commerce est prospère d’un bout à l’autre de l’année.
2o HAUT-SÉNÉGAL ET NIGER.
Bien que le Tarick-es-Sudan, la plus ancienne chronique relative à l’histoire du Soudan, ne fasse pas mention des noix de Kola, nous savons par Léon l’Africain que le commerce de cette denrée existait déjà dans la région du Niger au XVe siècle.
Cuny rapporte qu’au XVIIIe siècle c’était un article d’échange courant.
« Les marchands du Fezzan font avec ces peuples du Niger un commerce qui consiste en couteaux, lames de sabre, tapis et corail ; en verroteries, miroirs, musc et divers autres objets de quincaillerie. Les marchands d’Agadez leur apportent du sel et reçoivent en échange de l’or, des esclaves, des étoffes de coton, des peaux de chèvres peintes, des cuirs de vaches et de buffles, et des noix de Gonvan[331] ; cette noix est le fruit d’un arbre très élevé dont la feuille est large. Ces noix sont au nombre de 7 à 9 dans une enveloppe de 18 pouces de long : leur couleur est d’un jaune-verdâtre. Elles sont de la grosseur de la châtaigne ; leur goût, quoiqu’un peu amer, n’est cependant pas désagréable. On s’en sert pour corriger les eaux du pays qui sont nauséabondes et malsaines[332] ».
Ce n’est cependant qu’à la suite des grands voyages de Réné Caillié, de Barth et de Binger, que l’importance des noix de Kola dans les transactions soudanaises est révélée.
En 1900, E. Baillaud publie la Carte économique des Pays français du Niger[333], montrant le tracé des principales routes caravanières du Soudan et leur importance relative. Jusqu’à nos jours, ces routes sont restées ce qu’elles étaient du temps de Barth. Seul, l’aménagement des voies de communication rapides (chemins de fer et navigation à vapeur sur le Sénégal et le Niger) en a modifié quelques-unes.
Les Kolas qui circulent dans le Soudan nigérien sont de trois provenances différentes. Ils arrivent :
1o Par le fleuve Sénégal et le port de Dakar ; il en vient ainsi de Sierra-Léone et de la Guinée française.
2o Par Siguiri, Kankan (ou Kouroussa) et Beyla (ou Kissidougou) ; ils proviennent de la Haute Guinée française, du Haut Libéria et de la Haute Côte d’Ivoire occidentale.
3o Par Bobo-Dioulasso, par Léo ou par Salaga ; ils proviennent du Pays Achanti (Gold-Coast).
La quantité de noix arrivant chaque année dans notre colonie n’est pas inférieure à 2.500 tonnes.
Les marchés de Kayes et Médine, de Banemba et de Nioro, ainsi que les provinces qu’ils desservent sont presque exclusivement approvisionnés de noix importées du Sénégal. Le chemin de fer de Kayes au Niger en transporte aussi jusqu’à Bamako. Ce sont les bateaux des Messageries fluviales qui effectuent la montée des noix de Kola de St-Louis à Kayes. Tout au long de l’année, les places que nous venons de citer sont largement approvisionnées de la précieuse denrée.
Les noix pesant de 10 à 20 grammes se vendent au détail 0 fr. 10 pièce, parfois 2 noix pour 0 fr. 15 ; les très belles noix valent 0 fr. 15 et 0 fr. 20 pièce.
A Bamako, les noix ont sensiblement la même valeur. Ce grand centre reçoit annuellement, par caravanes, environ 200 tonnes de noix provenant de la haute Côte d’Ivoire et de la haute Guinée.
Ségou en reçoit de Bamako et de Djenné (provenant du Pays Achanti). Nous n’avons pu nous procurer les évaluations relatives à ce commerce pour les dernières années, mais nous savons qu’en 1898 il arrivait déjà 3 millions de noix à Ségou par an, soit environ 40 tonnes.
A Sikasso, près de la limite du bassin du Niger et de la Comoé, il passe aussi d’importantes caravanes de Kolas, spécialement de janvier à mai. Ces noix proviennent soit du pays Lô, soit du pays Dyola et ont traversé le Ouorodougou. Elles sont pour la plupart rouges et de belle taille. Lors de notre passage dans cette ville, elles se vendaient 0 fr. 03 pièce, soit de 1 fr. 75 à 2 fr. le kilog.
Bobo-Dioulasso est aussi un marché important où les dioulas de la boucle du Niger et même de la région de Tombouctou viennent se mettre en rapports avec les Mandé-Dioulas et les Haoussas fréquentant les marchés de la Gold-Coast et de Bondoukou (Côte d’Ivoire).
D’autres Haoussas se rendent directement de la Nigéria dans l’Achanti y faire des achats de Kola. La plupart retournent dans leur pays par le Togo septentrional et par le N. du Dahomey ; un certain nombre passent par le sud du Mossi et par le Gourma en traversant les villages Navaro (Gold-Coast), Bittou, Tenkodogo, Koupéla ; de là, les uns vont sur Niamey et d’autres traversent le Gourma en passant par Fada, Konkobiri, Say ou Karimama.
Le Moniteur officiel du Commerce, année 1907, après avoir rappelé l’importance des noix de Kola au Soudan français, donne les renseignements suivants :
« L’importation a atteint l’an dernier (soit en 1906), les chiffres suivants :
Kayes 30.301 fr.
Région nord 181.724
Région nord-est 248.486
Bougouni 381.623
Région sud 507.462
Total 1.349.596 fr.
représentant 24 millions et demi de noix[334], d’un prix très variable à l’entrée, mais ne dépassant pas 15 fr. le cent dans la région Nord où elles valent le plus cher. A Bougouni au contraire, leur valeur ne dépasse pas 2 fr. 50 le cent.
A San, on les achète à raison de 7 ou 8 noix pour un franc ; pour la même somme, on en obtient 6 à Djenné.
Au cours de notre récent voyage en Afrique occidentale, nous avons rassemblé des renseignements beaucoup plus nombreux sur le commerce des noix de Kola dans la partie orientale de la boucle du Niger et spécialement au Mossi.
L’importance de cette province, peuplée de plus de 2 millions d’habitants, a été révélée par Binger, mais c’est seulement depuis 1900 que les officiers et administrateurs qui y ont vécu ont mis en relief son grand intérêt économique. L’élevage des bovins et des moutons est pratiqué sur une très large échelle par les Peuls et par les Mossis ; une belle race de chevaux y prospère également.
Malgré l’irrégularité des pluies, les diverses céréales africaines et spécialement le sorgho y donnent presque chaque année de bonnes récoltes dans de vastes plaines transformées, sur de grandes étendues, en terrains de culture : « Tout cela, plus tard, devra n’être qu’un immense champ de coton », écrivait déjà il y a 10 ans, à la suite de son voyage de 1899, Emile Baillaud[335]. Nous revenons aussi du Mossi avec la même conviction.
Le Mossi avait acquis il y a plusieurs siècles une grande renommée dans tout l’Ouest africain. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, des Mandés-Dioulas de la région de Ségou vinrent s’établir dans le pays. Ils ont formé la souche des Yarsés, disséminés dans tout le Mossi, parlant encore la langue mandé et monopolisant le commerce de ces régions.
Le Mossi doit son importance commerciale actuelle au transit des noix de Kola et à l’exportation du bétail vers le Gold-Coast.
Peu de temps après l’occupation française, Baillaud put parcourir le centre de la boucle du Niger et nous révéla ce remarquable trafic.
...... « Jusqu’à ces derniers temps, c’était avec des captifs que les Mossis se procuraient les Kolas sur les marchés en relation avec le pays de production, parce que le sel de Taodéni était d’un prix trop élevé pour pouvoir lutter sur ces marchés avec le sel marin qui venait de la côte.
« Dans ces dernières années, ce commerce s’est transformé. Depuis l’établissement des Anglais dans l’arrière-pays de l’Achanti, ceux-ci ont eu besoin pour leur alimentation d’un nombre assez considérable d’animaux de boucherie. Les terres qu’ils occupaient ne pouvaient les leur fournir. Les troupeaux du centre de la boucle ont trouvé là un important débouché.
« Les indigènes qui s’adonnent au commerce ont donc à traiter avec les marchandises suivantes : sel, captifs, Kolas, animaux domestiques, produits divers du Mossi, bandes de coton, fer. Ce commerce s’exerce du nord au sud d’une façon très définie que l’on peut analyser succinctement ainsi :
« Les Mossis se rendent chargés de Kolas dans le nord, soit qu’ils aillent jusqu’à Tombouctou, soit qu’ils s’arrêtent dans les différents marchés de cette région situés entre Djibo, Hombori et le Niger. Là, ils échangent leurs Kolas contre du sel et s’en reviennent dans leur pays. Avec leur sel, ils se procuraient autrefois des captifs ; c’était le seul article demandé sur les marchés de Kolas ; aujourd’hui, ils achètent, en outre, des bestiaux ; ils les conduisent dans le sud, se procurent de nouveaux Kolas et recommencent l’opération.
« On peut aisément se rendre compte des bénéfices que ces commerçants peuvent ainsi réaliser. Supposons qu’un Mossi prenne sur les marchés du sud une charge de Kolas (2.500). Lors de notre passage à Ouagadougou, les Kolas valaient en moyenne 0 fr. 10 pièce. On peut en déduire que les marchands Mossis se procuraient sur les marchés de Kolas une charge pour 150 fr. Rendue à Tombouctou, cette charge augmente considérablement de valeur. On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0 fr. 25 la pièce. Parfois le prix subit une hausse extraordinaire : on est allé jusqu’à les payer 1 fr. pièce ; mais ces prix-là ne profitent qu’aux commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement, en effet, de la spéculation.
« Sur une charge de Kolas, il n’y en a guère plus de deux mille qui restent en bon état après un si long voyage. A raison de 0 fr. 25 la pièce, c’est donc une somme de 500 fr. que le Mossi a réalisé après avoir écoulé sa marchandise ; avec cela il achète du sel. La barre vaut en moyenne 25 fr. ; il peut donc s’en procurer 20 barres. Rendues dans le Mossi, ces barres valent à peu près 50 fr. chacune, soit 1.000 fr. qu’ont rapporté les 150 fr. de première mise.
« Avec ce sel, les commerçants se procuraient autrefois des captifs qui, lors du voyage de M. Binger, valaient de 70 à 80 fr. Ils ont beaucoup augmenté de valeur depuis. Les commerçants achètent maintenant des moutons, des bœufs. Dans le Mossi, un très beau mouton vaut 3 fr. et un bœuf 40 à 50 fr.
« Sur les marchés du sel, ces moutons valent 8 fr. en moyenne et les bœufs de 80 à 100 fr.
« Notre marchand liquide donc son opération en revendant ses bêtes près de 2.500 fr.
« Il faut déduire de cette somme les frais de route ; mais ils ne dépassent guère 200 fr., même en tenant compte des animaux qui ont péri.
« Nous faisons cette évaluation en francs et non en cauris, parce qu’il nous faudrait entrer dans le détail des différentes valeurs de cette monnaie.
« On le voit, le bénéfice de l’opération ne laisse pas que d’être très considérable ; aussi dans tous les villages du centre de la boucle du Niger on s’est adonné à ce commerce[336]..... »
Les officiers qui ont séjourné au Mossi ont complété ces informations et nous avons eu la bonne fortune de pouvoir, en août 1910, dépouiller dans les archives des postes de Ouagadougou et Ouahigouya, tous les documents relatifs aux questions économiques du Mossi.
En 1900, on achetait encore les Kolas à Salaga contre des bandes de coton, des pagnes, des moutons, des bœufs, des ânes, du sel, du savon. Un mouton de 5.000 cauris à Ouagadougou valait 1.000 Kolas ou 15.000 cauris à Salaga. Un bœuf valant 30.000 cauris se vendait 100.000 à 120.000 cauris (soit 120 fr.) à Salaga. Tout le commerce du Mossi se fait avec la Côte d’Or et spécialement avec les marchés de Oua, Kintampo, Ouanki, Gambaka. Quelques dioulas, surtout ceux du Bousangsé, vont parfois au marché allemand de Sansanné-Mango.
L’officier, qui rapportait ces faits intéressants, ajoutait judicieusement dans son rapport inédit de 1900 :
« Nous pourrons arriver un jour à détourner ce commerce de la Côte d’Or au profit de la Côte d’Ivoire. Pour arriver à ce résultat, il faudrait : 1o Que les dioulas trouvent sur les marchés de l’hinterland de la Côte d’Ivoire les marchandises qu’ils désirent et surtout les Kolas ; 2o qu’ils puissent passer en toute sécurité du Mossi et du Gourounsi sur la rive droite de la Volta Noire et descendre dans le sud sans courir le risque d’être dévalisés ; 3o qu’ils n’aient que de faibles droits à payer, comparables à ceux établis par les Anglais ».
A une époque plus rapprochée de nous, le lieutenant Marc a publié des renseignements très précis sur le trafic des Kolas dans le Mossi. Il nous paraît utile de reproduire intégralement ses notes :
« Nous avons dit ce qu’étaient les Yarsés et quelle était leur situation dans le Mossi. Ce sont eux qui sont les plus nombreux à se livrer au commerce dans la région qui nous occupe.
« Il vient également des Haoussas, mais probablement depuis peu d’années. Des Maures viennent parfois de Dori jusqu’à Ouagadougou. On ne rencontre presque pas de Mandés-Dioulas. Quant aux Mossis purs, ce n’est que depuis très peu de temps qu’ils se mettent, eux aussi, à suivre les caravanes. Voici, en ce qui concerne le commerce des Kolas et du bétail, ce que nous avons observé sur place :
« Vers la fin de l’hivernage, en septembre ou en octobre, les Yarsés commencent à rassembler le bétail pour partir vers le sud. Dans certaines grandes places commerciales comme Kaya, Pouitenga, Rakay, on trouve vers cette époque les propriétaires de bétail : chefs Mossis, Peuls ou riches indigènes, disposés à vendre leurs animaux.
« Ce sont les beaux bœufs à bosse du Yatenga et du Nord du Mossi qui sont les plus demandés. On rassemble aussi des moutons de l’espèce du Mossi qui est assez chétive. Les gros moutons à longue laine du Macina ne s’exportent guère.
« Une fois le bétail rassemblé, le chef de caravane doit également s’approvisionner de toile en bandes. Cette étoffe indigène a été souvent décrite ; elle est d’un usage courant sur les routes de caravanes pour payer la nourriture des passagers[337].
« Avant notre occupation, les chefs de caravanes se groupaient de façon à constituer une force suffisante pour être respectés et aussi pour pouvoir garder le bétail pendant la nuit contre les voleurs et contre les fauves. Maintenant les caravanes s’arrêtent dans les villages et trouvent des parcs où elles mettent leur bétail en sûreté chaque nuit.
« La vitesse de marche est d’une vingtaine de kilomètres par jour. Des marchés du sud du Mossi aux marchés voisins de la forêt, on compte environ vingt-cinq jours.
« Le bétail, à son arrivée à destination, est acheté par des courtiers interprètes, intermédiaires entre les bouchers et marchands de viande, à qui les caravaniers sont en quelque sorte forcés de s’adresser. Ces individus achètent aux indigènes de la forêt tout ce qu’ils apportent de Kolas et ils sont les maîtres des cours sur le marché.
« Jusqu’à ces dernières années, l’unité monétaire était le mille de cauris et le prix des Kolas était invariablement fixé à 10.000 cauris le mille. Actuellement le schelling et le franc commencent à servir d’étalon et c’est le cours des cauris qui varie par rapport à la monnaie d’argent.
« Le prix du bétail est sujet à des fluctuations considérables.
« D’après les renseignements qui nous ont été fournis par des officiers anglais ayant administré à Kintampo et à Salaga et aussi par de nombreux chefs de caravanes, il semble que ces courtiers interprètes spéculent sur le bétail d’une façon extrêmement curieuse. Ils ont des pisteurs qui vont au devant des caravanes quelquefois à deux jours de marche vers le Nord.
« Ceux-ci cherchent par des renseignements tendancieux à inquiéter les propriétaires de bétail et à les amener à céder leur troupeau à vil prix. Parfois, au plein de la saison des affaires, c’est-à-dire en janvier et février, les fluctuations du cours du bétail, varient de cent pour cent en quelques semaines. Les Mandés-Dioulas font assaut d’éloquence, les Yarsés et les Mossis de politesse, les Haoussas de bonhomie. En réalité, il y a, avec des méthodes exclusivement indigènes, tout un embryon de place de commerce, une véritable Bourse.
« Les Kolas ainsi achetés sont ramenés au Mossi, soit par porteurs, soit sur des ânes. Ils sont concentrés sur les principales places commerciales et y deviennent de nouveau une valeur de spéculation.
« Une grande partie de ces Kolas sont consommés sur place, et cédés à des revendeurs qui les font écouler sur les marchés par des femmes. Mais le reste est destiné à l’exportation vers le Nord et depuis qu’ils n’ont plus les captifs, les Yarsés ont beaucoup développé le commerce des Kolas avec Tombouctou. Maintenant, c’est par rapport à la barre de sel que sont évalués les Kolas et la spéculation se donne libre cours, soit au Mossi, soit avec les commerçants qui reviennent du Nord, soit à Tombouctou et à Saraféré, aux portes du pays du sel, où les Kolas atteignent jusqu’à 0 fr. 20 la pièce.
« Un bœuf acheté cinquante francs au Mossi peut se vendre le double à Salaga et, avec les cent francs ainsi obtenus, on peut se procurer 10.000 Kolas qui valent au Mossi environ 500 francs.
« Mais il y a des faux-frais considérables. 10.000 Kolas exigent deux ânes ou quatre porteurs dont il faut payer la nourriture pendant près de deux mois. Il y avait autrefois un certain nombre de coutumes indigènes à payer, chaque fois que l’on traversait un nouveau pays. Il y a maintenant les taxes sur les caravanes en Gold-Coast et en territoire français. Il faut également payer le passeur qui fait franchir la Volta au bétail. Il y a des risques, et, parfois, les bœufs fatigués par le voyage, arrivent en si mauvais état qu’ils sont vendus moins cher qu’ils n’ont coûté.
« Enfin la réalisation des bénéfices est souvent malaisée, le cours des Kolas étant, sur les places commerciales du Mossi, sujet à des fluctuations considérables au moment du retour des caravanes. Nous avons eu souvent l’occasion de séjourner dans un de ces grands marchés du Mossi, celui de Rakay. L’aspect extérieur de ce village, qui a plusieurs milliers d’habitants, n’a rien qui attire le regard et le passant n’y voit qu’une grande plaine couverte à perte de vue de cases rondes à toits pointus. En réalité, Rakay joue chez les Mossis un rôle tout à fait comparable à celui d’un port de commerce.
« L’envoi d’une caravane est une opération comparable à ce qu’était autrefois l’armement d’un navire ; et le retour des marchands, lorsque ceux-ci ont réussi dans leur entreprise, donne lieu à des manifestations de joie qui rappellent les bordées de matelots rentrant de campagne.
« Aussi Rakay est-il, en même temps qu’une grande place d’affaires, une ville de plaisirs. On y trouve des changeurs, des courtiers, des loueurs d’ânes, en même temps que des entrepreneurs de caravanes. On y trouve aussi des musiciens, des chanteurs, et les plus belles danseuses de la région. Et pendant toute la saison des caravanes, le marché est toujours abondamment fourni de bière de mil[338]. »
Au moment de notre passage à Ouagadougou (août 1910) les Kolas se vendaient au marché 2 fr. 50 les 75. Les noix mises en vente sont de gros Kolas rouges de l’Achanti. On n’observe pour ainsi dire jamais de noix blanches.
D’après les nombreuses pesées que nous avons effectuées, les noix vendues en cette saison pèsent en moyenne 27 g. 20. Il faut donc 58 noix pour faire un kilog. et la valeur du kilog. à Ouagadougou est de 1 fr. 93.
Les noix se vendent en gros ordinairement contre argent, à raison de 20 fr. à 30 fr. le 1.000 suivant la saison. Au moment de notre voyage, on les échangeait aussi contre des cauris dont le cours était 5.500 à 6.000 cauris correspondant à 5 fr.
A cette époque, un bœuf moyen valait 30 fr. au centre du Mossi.
On achète le bétail contre argent et on va le vendre à Salaga à raison de 60 à 125 fr. par animal, ce prix étant payé en or anglais (livres sterling). Les Anglais ne prélèvent pas de droit d’entrée, mais les frais occasionnés par le péage et les droits de stationnement s’élèvent à 5 fr. par animal.
Pour aller chercher les Kolas, les caravaniers partant de Ouagadougou passent habituellement par les villages de :
Koïnda, Nahartenga, Pomdogo, Linangoin, Ouiya, Rapadama, Bagaré, Zorogo, Zoungou, Sapara, Koupéla, Tenkodogo, Ningaré, Bana, Bilo, Badéma, Pougounabili, Gambaka, Raboniri, Kortengua, Sacoya, Sarago, Salaga (capitaine Scar).
D’autre part, d’après M. l’administrateur Vidal, il existe trois routes de retour pour les acheteurs de Kolas revenant de la Gold-Coast.
La première part de Gambaka (Gold-Coast), passe par Bitou, Tenkodogo, Koupéla, Dori et Niamey ; entre Tenkodogo et Koupéla, certains caravaniers obliquent sur Fada-Ngourma, Say et Niamey ; d’autres, à partir de Yaya, voisin du Liptako, se dirigent sur Niamey.
Une seconde route part de Salaga et passe par Navaro (Gold-Coast), Kombisiguiri, Kaya au N.-E. de Ouagadougou, enfin Ouagadougou.
Une troisième part aussi de Salaga et se continue par Léo et Rakay sur Ouagadougou.
Un autre chemin caravanier part de Salaga, passe par Kalinda entre Léo et la Volta Noire, puis, au lieu de venir aboutir à Ouagadougou, se poursuit à l’ouest, sur Borromo, Kouri, Djenné et Sofara.
Une partie des caravaniers parvenus à Ouagadougou s’y arrêtent peu de temps ; ils poursuivent leur route vers le N. ou vers l’E.
Trois routes commerciales s’offrent à eux.
L’une se dirige sur Yako, Ouahigouya, Sofara ou Bandiagara et vient aboutir à Mopti sur le Niger. Une seconde file sur Douentza, Saraféré ou Tombouctou, enfin une troisième va à Dori et Niamey.
Les Kolas forment les 4/5 des charges apportées de la Gold-Coast au Mossi par les caravaniers, l’autre cinquième étant constitué par des tissus, des verroteries, du cuivre, de la quincaillerie.
L’oussourou est le droit d’entrée sur les marchandises dû par les caravanes venues des colonies étrangères par voie de terre. Il correspond à la taxe douanière et est du dizième de la valeur des marchandises à leur entrée dans nos territoires. Il n’y a pas de doute que cette valeur doit être comprise à la frontière même et non sur les grands marchés de l’intérieur du Soudan où l’oussourou est perçu. C’est ainsi qu’à Ouagadougou la taxe, avec juste raison, a été fixée à 1 fr. pour 1.000 Kolas, alors que ces Kolas valent sur ce marché 25 à 30 francs, mais on estime qu’ils ne valaient que 10 fr. à leur entrée au Soudan. Par contre, en quelques points, la taxe est perçue sur un taux exagéré. Il y a peu de temps encore, le poste de Boromo demandait aux caravaniers 3 fr. et même 4 fr. par 1.000 Kolas. A notre avis, si l’on veut encourager l’apport des Kolas de la Côte d’Ivoire au Mossi, il faudra percevoir l’oussourou à la frontière même et non sur les marchés de l’intérieur, de manière que les Kolas de nos territoires échappent à cette taxe.
Fig. 50. — Carte des routes suivies par les caravanes transportant les Kolas à travers le Soudan nigérien (échelle 116.000.000)

L’oussourou est perçu au profit du Budget local du Haut-Sénégal-Niger. Les dioulas acquittaient, en outre, récemment encore une patente de 2 francs par charge pour une durée de 3 mois.
Nous avons déjà dit que cette patente avait été récemment supprimée par le Gouvernement général de l’Afrique occidentale.
Enfin, pour la vente au détail, les traficants paient un droit de place de 0 fr. 20 par jour de marché[339].
Notre vieux Soudan, à l’encontre de la Guinée, a eu l’heureuse inspiration d’appliquer aux Kolas venant de la Gold-Coast une taxe très faible, qui n’a apporté aucune perturbation au commerce local[340]. De son côté, l’administration de la Gold-Coast s’est abstenue de mettre des droits sur l’entrée du bétail venant du Soudan français. Grâce à ces méthodes de libre-échange, le commerce indigène a pris, depuis 10 ans, une grande extension[341].
En 1903, on traitait à Ouahigouya 441.800 Kolas, et 929,820 transitaient vers le nord.
Ces chiffres se sont considérablement accrus, comme le montrent les tableaux publiés plus loin. De même, le trafic du bétail vers la Gold-Coast a pris aussi une grande extension et, chaque année, 20.000 bovins du Mossi arrivent dans la colonie anglaise.
Le grand marché de Ouagadougou a lieu tous les trois jours.
Il est habituellement fréquenté par 1.800 à 2.000 personnes.
Les noix de Kolas sont vendues sur la place publique et à l’entrée des cases.
L’administration nous a communiqué les statistiques suivantes relatives au trafic des noix de Kola dans le Mossi :
Kolas provenant de la Gold-Coast et entrant dans le cercle de Ouagadougou.
Quantité de noix par trimestre Quantité de noix par semestre Valeur par trimestre Valeur par semestre Prix du 1.000
3e trimestre 1909 1.292.000 38.760 30 fr.
4e — 1909 1.675.000 50.250 30
2e semestre 1909 2.967.000 89.010
1er trimestre 1910 2.876.000 86.280
2e trimestre 1910 2.960.000 87.000
1er semestre 1910 5.836.000 173.280
Totaux du 1er juillet 1909 au 30 juin 1910 8.803.000 noix valant 262.290 francs.
Kolas importés et consommés à Ouahigouya[342].
Nombre de noix
3e trimestre 1909 291.500
4e — 1909 279.000
1er — 1910 126.600
2e — 1910 203.000
Total 900.900
Kolas passant en transit à Ouahigouya.
3e trimestre 1909 1.816.500
4e — 1909 1.373.500
1er — 1910 939.500
2e — 1910 2.627.420
Total 7.625.920
Soit en réunissant, la consommation et le transit, 8.526.820 noix.
Mais la plus grande partie des noix arrivant à Ouahigouya ont déjà passé par le cercle de Ouagadougou.
Les charges sont de 2.000 Kolas environ et si l’on admet qu’il existe 60 noix par kilogramme, 33 kilog. représentent le poids d’une charge. La quantité apportée chaque année à Ouagadougou serait donc de 146.716 kilog. ou 4.400 charges. En admettant que les arrivages se répartissent régulièrement chaque année, la Gold-Coast enverrait au Mossi 366 charges par mois. En réalité, ce chiffre est beaucoup trop faible. D’après M. Vidal, il ne représente que le tiers de ce qui passe. On peut admettre, croyons-nous, qu’il entre dans le cercle de Ouagadougou 1.000 charges de Kolas par mois, pendant 8 mois de l’année (de janvier à août inclus), soit 8.000 charges par an ou environ 264 tonnes.
Les Kolas de la Gold-Coast entrent aussi au Soudan français par les cercles de Bobo-Dioulasso et de Fada-N’Gourma. Rappelons que, d’après Marc, l’importation des Kolas au Mossi est d’au moins 500 tonnes par an (ce chiffre comprenant ce qui est consommé sur place et ce qui transite vers le N. et vers l’E.).
La plus grande partie de noix transitant à Ouahigouya sont transportées ensuite dans le N. ; les unes vont à Sofara, les autres à Saraféré.
Chudeau a fourni récemment d’intéressants renseignements sur ces marchés :
« Au marché de Sofara[343] (sur le Bani, au Nord de Djenné), on rencontre, au milieu des gens de la région qui vendent des produits locaux (Sonr’aïs, Bambaras, Peuls, Habbés, etc...), des Maures venus du Sahel et des habitants du Mossi et de Bobo-Dioulasso arrivés du Sud. Malgré l’importance des transactions sur la place du marché qui, chaque mardi, est aussi animé que celle d’un gros chef-lieu de canton de France les jours de foire, le gros commerce a lieu dans les cases ; le Kola craint le soleil et le sel, la pluie. D’après les chiffres qu’a bien voulu me communiquer M. Barriéty (en mai 1909), on recensait, à Sofara, environ 1.000 barres de sel par mois, valant de 18 à 20 francs, et environ 1 million de Kolas à 50 francs le mille. Pendant le premier trimestre 1909, il avait été recensé un chiffre d’affaires de 180.000 francs.
« Sofara, déjà cité par Barth, a pris un grand développement depuis une quinzaine d’années ; il compte 2.500 habitants ; son prompt développement tient à ce que, aussi bien situé que Djenné au point de vue des communications par eau, il a l’avantage d’être constamment relié par une route, praticable en toute saison, avec le Mossi et les régions voisines. Avant que notre présence n’imposât la paix et la sécurité aux pays noirs, cet avantage était un danger, et tout le commerce indigène de cette région était centralisé à Djenné.
« Par une route différente qui traverse le plateau de Bandiagara au col de Douenza, les Mossis apportent sur leurs bœufs des Kolas à Saraféré, sur le Niger ; de Saraféré à Tombouctou, ils louent des pirogues aux indigènes. Saraféré est un gros village (3.000 habitants) peuplé de Sonr’aïs, de Bambaras et de Peuls. Pendant le trimestre juillet-août-septembre 1909, il y est passé 1.400.000 Kolas ; à ce moment, la barre de sel y valait 12 francs (G. Giraud).
« Il existe encore d’autres routes passant à Hombori et aboutissant à Bamba. »[344].
Une partie des noix transitant par le Mossi parviennent à Tombouctou environ 3 mois après avoir été achetées à la Gold-Coast.
Selon Baillaud, d’avril 1895 à mai 1896, pour une importation totale de un million de Kolas à Tombouctou, 800.000 venaient du Mossi et 200.000 d’autres provenances[345].
En 1898, le commerce annuel des Kolas à Tombouctou se chiffrait à 400.000 francs. Ce trafic aurait périclité dans ces dernières années. L’apport de sel de Taoudéni, qui servait de base aux transactions, a beaucoup baissé, le sel de Roumanie étant venu le concurrencer sur les marchés Soudanais. Il en est résulté une réduction dans la puissance d’achat des Kolas à Tombouctou.
D’après M. Vidal, Tombouctou reçoit, aujourd’hui, à la fois des Kolas de l’Achanti et des Kolas de la Haute-Guinée et de la Haute-Côte d’Ivoire, venus par Bamako ; ces derniers sont beaucoup plus prisés et se vendent plus cher. Les Kolas de l’Achanti se conservent au Soudan moins longtemps que les autres ; ils sont fréquemment attaqués par le Sangara, d’autres sont détruits par la pourriture.
Les caravanes de Tombouctou n’emportent pour ainsi dire pas de Kolas dans le désert. Ils viennent au Moyen Niger échanger leur sel contre des grains, mais Tombouctou est la dernière ville vers le Nord où on fait une grande consommation des précieuses noix.
« On peut fixer le prix moyen actuel des Kolas sur ce marché à 0 fr. 25 la pièce. Parfois, le prix subit une hausse extraordinaire : on est allé jusqu’à les payer 1 franc pièce ; mais ces prix-là ne profitent qu’aux commerçants de Tombouctou ; ils sont simplement un effet de la spéculation »[346].
Actuellement, on peut se procurer, à Tombouctou, des Kolas pour 0 fr. 15 et 0 fr. 20 pièce.
3o HAUT-DAHOMEY.
Les Pays Baribas et Dendis, situés dans la partie Nord du Dahomey reçoivent les Kolas qu’ils consomment de l’hinterland de la Gold-Coast et non de la région côtière du Dahomey.
Djougou, au sud des monts Atacora, est le grand marché où sont apportés les noix par les caravaniers. La quantité consommée dans le pays est insignifiante, mais il s’opère par cette région un très gros transit de noix apportées de la Gold-Coast et dirigées sur la Nigéria anglaise. Il n’est point exagéré d’évaluer ce trafic à 800 tonnes par an.
Nous devons à M. l’administrateur Dehné la communication du tableau ci-contre, mentionnant les charges de Kolas passant à Djougou chaque année et contrôlées par l’administration :
Tableau indiquant par mois le nombre de charges de Kolas venant de l’ouest passant à Djougou (Dahomey).
AN.ANNÉES JAN FÉV MAR AVR MAI JUI JUL AOÛ SEP OCT NOV DÉC TOTAUX OBS.OBSERVATIONS
1906 » » » » » » » » » » 477 437 914 Chiffres approximatifs.
1907 752 753 1.105 1.265 111 356 324 412 202 65 265 657 6.116
1908 1.041 1.415 2.105 1.745 1.034 533 685 463 120 56 235 506 10.089 Chiffres exacts déclarés.
1909 1.230 1.442 2.005 1.720 1.585 1.470 786 645 376 178 383 718 12.536
1910 1.123 2.082 3.144 2.726
En 1910, notre administration a dû enregistrer environ 15.000 charges de noix de Kolas arrivant à Djougou, soit 450 tonnes si on évalue chaque charge à 30 kilog.
Mais, d’après M. Dehné, pour éviter de payer la taxe de colporteurs, environ 15.000 charges diverses passent en contrebande, à travers les sentiers des Monts Atacora et du Pays Somba. Sur ces 15.000 charges, les ⅘ sont constituées par des Kolas. Les Kolas arrivant à Djougou sont toujours des noix rouges à deux cotylédons, pesant en moyenne de 12 à 18 grammes. Le prix du kilog. au détail est de 1 fr. 75.
Les caravaniers qui transportent les noix de Kola de Salaga (Gold-Coast) dans la Nigéria du Nord sont presque tous des Haoussas du Sokoto. Ils ont fondé des villages sur tout le parcours, notamment à Say, à Djougou, à Sansanné-Mango, à Salaga.
Ceux qui passent par Djougou suivent la voie : Samaré, Ouafilo, Bassari, Zangiogo et Salaga.
Ceux qui veulent se soustraire à la taxe évitent Djougou et passent par Konkobiri, Maka, Tanguéta, Makoua ; ils entrent en territoire allemand vers Sansanné-Mango.
Leur trafic de transit comporte des dépenses assez élevées. A la Gold-Coast, ils n’ont aucune taxe à acquitter, mais, pour la traversée de Togo, ils doivent payer un droit de 3 marcks par charge ; au Dahomey, ils étaient, jusqu’à ces derniers temps, munis d’une patente de 2 francs par charge, valable trois mois, ne pouvant donc servir que pour un voyage ; enfin, dans la Nigéria, ils doivent encore acquitter un droit de 4 schellings par charge.
Aussi, ce trafic des caravanes est appelé à diminuer d’année en année. Beaucoup de Haoussas vont déjà faire leurs approvisionnements de Kolas dans les grands centres sur le parcours de la voie ferrée de Lagos-Nigéria, où les Kolas sont apportés par la mer et le chemin de fer.
La colonie du Dahomey voudrait détourner les caravaniers de la voie Djougou et les amener par Parakou et Savé, à l’extrémité du rail du Dahomey, où les maisons européennes pourraient accumuler des provisions de noix importées par mer.
Nous pensons, pour notre part, que ce projet a peu de chances de se réaliser. Les caravaniers qui renonceront à aller s’approvisionner en Kolas dans le Pays Achanti, iront plutôt au chemin de fer du Lagos, plus rapproché d’eux et où ils trouvent déjà des noix de Kola à très bon compte.
Conservons donc le marché de Djougou et cherchons à le développer en assurant, aux dioulas de passage, le plus de bien-être possible.
4o TERRITOIRE DU TCHAD.
Il n’arrive plus que rarement des noix de Kola fraîches dans le bassin du Tchad. En juillet 1903, pendant que nous nous trouvions à Corbol, sous le 10me parallèle, à environ 300 kilomètres au sud du lac Tchad, il en parvint quelques charges au Sultan de Baguirmi. C’étaient des Kolas rouges à deux cotylédons, pesant 10 gr. à 20 gr. chacun et provenant du Pays Achanti. Ils étaient emballés dans un panier rond, tressé en lanières de feuilles de palmier Doum, panier nommé Keskir en Kotoko. Elles étaient encore très fraîches et on nous raconta qu’il en arrivait parfois de plus loin. Peu de temps avant notre voyage, une caravane de Bambaras, qui étaient venus par Siguiri et Bamako, en avait apporté quelques charges à Tchecna, et des pèlerins du Soudan se rendant à la Mecque en emportent parfois au-delà du Ouadaï comme denrée d’échange. Ces pèlerins, à leur passage à Kousri ou à Fort-Lamy, écoulent ordinairement les noix fraîches à raison de 10 pour un thaler, soit 0 fr. 50 pièce. Si ces Kolas se dessèchent en cours de route, ils les emportent parfois jusqu’au terme de leur voyage, ce qui explique qu’on puisse se procurer à La Mecque même des noix de Kola desséchées.
IV. — PAYS CONSOMMATEURS ÉTRANGERS.
1o GAMBIE ANGLAISE.
La Gambie importe chaque année de grandes quantités de noix de Kola provenant surtout de Sierra-Léone et vendues aux comptoirs de Bathurst et Mac-Carthy.
Une partie est consommée dans le pays ; l’autre est emportée dans le Soudan par les caravanes.
Les chiffres d’importations pour les dernières années sont :
Importations de Kola.
Années Poids (kilog.) Valeur (francs)
1902 » 714.425
1903 » 820.500
1907 460.009 [347] 998.550
1908 409.985 993.100
Par une autre source, nous savons que la colonie de Sierra-Léone aurait expédié en Gambie : 335 tonnes en 1905, 456 en 1906, 515 en 1907, 433 en 1908, 474 en 1909.
2o GUINÉE PORTUGAISE.
La Guinée portugaise reçoit par ses ports de Bissao et Boulam les noix de Kolas qu’elle importe de Guinée française et de Sierra-Léone.
Cette dernière colonie, d’après les statistiques anglaises, aurait expédié en Guinée portugaise les quantités suivantes de Kolas frais :
1905 122 tonnes
1906 216
1907 256
1908 140
1909 314
En 1904, la Guinée française expédiait en Guinée portugaise 15 tonnes 706.
Ce chiffre s’est abaissé dans les dernières années.
3o NIGÉRIA ANGLAISE.
La Nigéria anglaise est, avec notre Soudan, le pays qui consomme la plus grande quantité de noix de Kola.
Au sud, s’étend la Southern Nigéria qui en produit et en consomme ; au nord, se trouve la Northern Nigéria qui en produit très peu, mais en consomme de très grandes quantités.
La Nigéria du sud possède presque exclusivement le Cola acuminata ; le Cola nitida est d’introduction récente. Les noix à plus de deux cotylédons produites dans tout le delta du Niger et sur une bande littorale s’étendant à environ 100 kilomètres au N. de Lagos, ne suffisent pas à la consommation locale des grands centres comme Lagos, Abeokouta, Ibadan. Le bas Dahomey expédie à Lagos chaque année pour environ soixante mille francs de noix de Cola acuminata. Mais ce sont surtout les colonies anglaises de Sierra-Léone et de la Gold-Coast qui envoient à Lagos des quantités considérables de Kolas, ceux-ci appartenant à la bonne espèce Cola nitida. Nous manquons de renseignements précis sur les chiffres de ces importations, mais ils paraissent considérablement élevés.
Mais c’est surtout la Nigéria du Nord, avec ses 10 millions d’habitants et de grands centres comme Kano, Sokoto, Yola, qui absorbe une très grande quantité d’amandes de Kola. La province de Noupé et peut-être le sud de la province de Yola en produisent de petites quantités fournies surtout par le Cola acuminata (Abata Kola), mais la Northern Nigéria s’approvisionne surtout par des importations de noix de la Gold Coast (Ganbja Kola), arrivant par les voies les plus diverses.
Chaque année, les caravanes haoussas vont s’approvisionner de Kolas au Pays Achanti en suivant la route signalée autrefois par Barth. La plupart passent par le N. du Togo et du Dahomey et se dirigent ensuite sur Kano. Nous avons déjà dit que 800 tonnes de Kolas pour cette destination transitaient par la région de Djougou (Dahomey). D’autres caravanes suivent des routes plus septentrionales ; elles traversent le sud du Mossi et par la Gourma ou par la région de Dori, elles viennent tomber au Niger et de là elles se dirigent soit sur Sokoto, soit sur Kano. Enfin, d’autres caravaniers vont chercher des Kolas jusqu’en plein cœur du Cameroun ou même dans la Haute-Sangha (Afrique équatoriale française) ; ils traversent l’Adamaoua et reviennent à Yola. Des villes que nous venons de citer, certaines charges de Kolas sont portées encore bien plus à l’est, au cœur du Bornou, à Kouka et à Dikoua, ou même jusque dans le Baguirmi et dans l’Ouadaï ; l’un de nous en a même vu en 1903, à Corbol, dans le moyen Chari où le sultan du Baguirmi était de passage.
Kano, « la grande cité haoussa, le plus grand foyer industriel et commercial du centre africain »[348], ville comptant 70.000 âmes, chef-lieu d’un Etat peuplé de 3 millions d’habitants, avait reçu jusqu’à ces dernières années tous les Kolas qu’elle consommait par les caravanes allant au pays Achanti. A l’époque du voyage de Barth (1852), Kano recevait par cette voie pour 100 millions de cauris[349] de noix, chiffre correspondant à environ 40.000 fr. et vraisemblablement à 300.000 noix. Ce chiffre a été en s’accroissant d’année en année ; mais, en même temps, de nouvelles voies de pénétration ont été créées. Aujourd’hui la plus grande partie des noix destinées à l’Etat de Kano sont importées par mer soit à Lagos, soit par le Bas Niger (viâ Forcados, Bouroutou, Baro).
Les premières prennent ensuite le chemin de fer Lagos-Ibadan-Ilorin et le deuxième jour elles parviennent à Djebba, sur le Niger.
Prochainement le railway arrivera à Kano et cette ville ne sera plus qu’à quatre jours de Lagos. Les Kolas de l’Achanti ne seront plus qu’à neuf jours de Kano, comme le montre le tableau suivant :
Koumassie à Sekondee 2 jours (par chemin de fer).
Sekondee à Lagos 3 jours (par mer).
Lagos à Kano (viâ Djebba) 4 jours (par chemin de fer).
Les caravaniers qui effectuent ce trajet par l’intérieur de l’Afrique mettent environ 6 mois pour faire le voyage aller et retour. Aussi la grande route de Kano-Djougou-Salaga est-elle appelée à être abandonnée des caravanes.
Les transports par animaux à travers la Nigéria se faisant à très bon compte, beaucoup d’Haoussas renoncent cependant à employer le chemin de fer et viennent chercher les Kolas et les autres marchandises dont ils ont besoin à Lokodja ou à Lagos.
En 1904, les importations, par mer, des Kolas dans la Nigéria du Sud atteignent le total de 1.033 tonnes, évaluées 1.026.600 francs, et la Gold-Coast, à elle seule, en avait fourni 1.024 tonnes. En 1905, les importations de Kolas à Lagos s’élevaient à 1.139.175 francs. Les importations par mer se font surtout de novembre à avril. Il n’est pas fait mention des Kolas importés dans la Northern Nigéria en cette même année.
Pour la période 1906-1907, on estime les importations de cette dernière colonie à 21.924 livres-sterling, soit 548.100 francs. Ce chiffre représente sans doute les importations faites par Forcados-Bouroutou. Les importations par mer de ces deux colonies réunies, en 1906, étaient donc d’environ 1.600 tonnes.
Il est bien certain qu’au fur et à mesure que se développera la prospérité de la Nigéria, appelée à un très grand avenir, la consommation des Kolas ira en s’accroissant, et la production de la Gold-Coast ne suffira plus pour alimenter en Kolas les pays que nous venons de passer en revue.
La ville de Lagos est un des plus gros entrepôts de Kolas de toute l’Afrique. On y trouve à la fois les petits Kolas indigènes à 4 ou 5 cotylédons, et les gros Kolas rouges de l’Achanti importés par mer. Ceux-ci se vendent à un prix très abordable. D’une valeur de 50 francs les 50 kilog. à leur embarquement à Cape-Coast-Castle, la même charge vendue à Lagos revient à 57 fr. 50, et le prix de vente en gros ne dépasse guère 1 fr. 25 le kilog. Seuls, les Yorubas consomment encore des Kolas indigènes.
IMPORTATION ET CONSOMMATION DES KOLAS EN EUROPE.
L’Europe ne reçoit encore presque exclusivement que des Kolas secs. On les divise en Kolas-demis ou Kolas à deux cotylédons produits par le Cola nitida et en Kolas-quarts ou Kolas à quatre ou cinq cotylédons produits par les autres espèces. Leur prix varie de 0 fr. 75 à 1 fr. 15 le kilog. pour les noix à deux cotylédons et de 0 fr. 40 à 0 fr. 75 pour les noix à quatre cotylédons.
La première importation remonte à une époque très reculée, puisque, d’après le Bulletin de Kew, 1880[350], les importations, en Angleterre, étaient déjà :
En 1860 environ 55.960 kil.
En 1870 145.168
En 1879 378.625
Nous ne possédons que des renseignements très incomplets sur l’étendue actuelle de ce commerce.
Nous pensons, toutefois, que les importations de Kola sec en Europe et aux Etats-Unis s’élèvent annuellement à environ 1.000 tonnes.
Ces noix sont utilisées soit dans la droguerie pharmaceutique pour la préparation d’extraits, soit en liquorerie dans la fabrication de vins toniques, liqueurs variées, apéritifs spéciaux. Le commerce apprécie surtout les noix faiblement mucilagineuses, donnant des extraits homogènes et bien solubles.
Les exigences de la Pharmacopée française ont entraîné les industriels à acheter les Kolas sur leur teneur en caféine qui ne doit pas être inférieure à 1,25 %, l’extrait obtenu devant, d’après le Codex 1908, renfermer 10 % de caféine.
La France, l’Angleterre, l’Allemagne, le Portugal sont les seuls pays qui font l’importation directe.
En France, ce produit entre par les ports de Marseille et du Hâvre, mais comme il est exempt de droits de douane et qu’il ne figure pas sur les statistiques, il est impossible d’évaluer les quantités introduites.
En Angleterre, on n’est pas plus documenté. L’entrée dans les ports est également libre. On l’annonce dans les listes de cargaisons, quelquefois comme noix de Kola, quelquefois comme droguerie ou épicerie ; parfois on indique le poids, parfois simplement la valeur. Certaines statistiques annoncent qu’il entre environ 300 tonnes de Kola sec par an dans le port de Liverpool ; par contre, les renseignements qui nous ont été communiqués par la maison Suteliff et Gosden, de Londres, l’évaluent à 150 ou 200 tonnes par an pour toute la Grande-Bretagne, mais ils disent que c’est seulement une estimation et il n’est pas tenu compte des arrivages directs au consommateur. « En outre, ajoutent-ils, les arrivages de Ceylan pèsent ordinairement 50 kilog. environ chacun, tandis que les arrivages de Barbades, de Grenade, de la Jamaïque, pèsent environ 87 à 100 kilog. chacun. On les déclare comme colis. Aussi, nos renseignements auraient seulement pour résultat de dérouter, au lieu de donner l’information qui pourrait être utile. »
D’après une note manuscrite de M. de la Vaissière, l’importation des noix fraîches à Liverpool ne doit pas dépasser une ou deux tonnes par an ; elles proviennent de Sierra-Léone. Leur prix varie de 5 pence à 10 pence par livre (453 grammes) suivant leur état, car la plupart du temps les amandes arrivent avariées ou piquées.
Pour les noix sèches, les paiements se font à la livraison de la marchandise, avec escompte de 2,5 %.
Suivant la même note, le marché de Hambourg offre d’assez grands débouchés aux Kolas provenant de la Côte Occidentale d’Afrique, mais il est absolument impossible d’évaluer la quantité exacte importée chaque année, de même que les pays de provenance, les statistiques de Hambourg ne contenant aucune rubrique spéciale pour cet article. Toutefois, on ne pense pas qu’il soit exagéré de dire que la quantité importée chaque année s’élève à plusieurs centaines de tonnes.
Les cours varient, pour les Kolas secs, de 70 francs à 90 francs les 100 kilog. franco Hambourg. Les ventes, en général, ont lieu aux 100 kilog. net, paiement comptant moins 2 % d’escompte ou à 1 mois net.
Les quantités de noix de Kola qui entrent en Belgique sont très minimes. Il n’est pas possible d’évaluer les petits stocks qui entrent dans le port d’Anvers, aucune spécification n’étant faite pour cet article dans les documents statistiques des douanes belges. Cette importation est à coup sûr sans importance, car une cote officieuse de tous les produits africains est établie chaque jour, à Anvers, par les courtiers de la Bourse, et la noix de Kola n’y est pas mentionnée.
Au Portugal, Lisbonne reçoit quelques tonnes à peine, par an, de Kolas secs provenant de l’Angola, du Congo portugais et de San-Thomé.
Les arrivages de Kola sec dans la plupart des ports d’Europe paraissent avoir plutôt tendance à diminuer. Par contre, les Kolas frais, en France du moins, sont importés en plus grande quantité depuis quelques années. Les arrivages se font par Marseille, par Bordeaux et par La Palice.
Les principaux importateurs sont quelques Pharmacies et une ou deux maisons spécialisées dans le commerce des fruits tropicaux.
Grâce à leurs arrivages, on peut actuellement trouver à Paris, pendant presque toute l’année, des Kolas frais vendus au détail de 0 fr. 10 à 0 fr. 30 pièce, suivant la taille, soit de 8 francs à 20 francs le kilog. Ce prix pourra être considérablement abaissé le jour où la consommation des Kolas deviendra plus régulière, et où il y aura moins de déchets par suite d’emballages mieux conditionnés.
Nous avons vu, en effet, que le prix de revient des Kolas dans les ports d’embarquement des pays producteurs, oscille entre 1 fr. 25 et 2 fr. 50 le kilog., suivant les saisons et suivant les localités.
Quand le grand public connaîtra mieux les propriétés remarquables de ce produit, quand les médecins seront plus expérimentés dans son application, enfin quand la noix sera à un prix plus abordable, ce qui sera facile à obtenir en faisant des emballages soignés dans la tourbe, on peut espérer que le Kola frais trouvera dans les pays civilisés, sinon une vogue comparable à celle qu’il a dans le Soudan, au moins des débouchés très étendus.
CHAPITRE XIX.
Amandes considérées à tort comme remplaçant les Kolas. — Substitutions frauduleuses. — Succédanés.
Dans sa monographie, E. Heckel cite un assez grand nombre de plantes dont les graines seraient substituées dans diverses régions aux noix de Kola.
« Il est très probable, écrit cet auteur, si l’on s’en rapporte aux données fournies sur les espèces connues par H. Baillon, que les plantes africaines, capables de donner des graines similaires de celles du vrai Kola sont Cola Duparquetiana Baillon, Cola ficifolia Mast., Cola heterophylla Mast., Cola cordifolia R. Br. et peut-être le Sterculia tomentosa Guil. et Perr.[351]. »
Le Cola Duparquetiana Bn. qui vit au Gabon ne nous est pas connu, mais nous savons qu’il appartient à la section Cheirocola. Il se rapproche beaucoup du Cola Trillesii Pierre et du Cola dasycarpa Pierre, espèces non encore décrites de l’Herbier du Muséum. Le spécimen de Cola Trillesii de cet Herbier est accompagné d’une note manuscrite du P. Trilles, indiquant que les fruits insérés sur le tronc sont comestibles[352], mais il nous parait probable que c’est le tégument seul qui peut être mangé.
Le Cola ficifolia Mast., petit arbre de Fernando-Pô, appartient à la section Haplocola. Il est fort douteux qu’il donne des graines utilisables.
Le Cola heterophylla (P. Beauv.) Schott et Endl. est aussi un petit arbre assez répandu depuis la Guinée française jusqu’au Delta du Niger.
Nous avons eu fréquemment l’occasion de l’observer. Chaque follicule renferme de 7 à 11 graines ovoïdes-polyédriques, de 20 à 26 mm. de long sur 15 mm. à 18 mm. de large. L’amande n’est pas comestible, mais la graine a un tégument qui comprend une couche externe, blanche-charnue, sucrée, légèrement acidulée, que les enfants sucent parfois.
De même, la graine de Cola cordifolia R. Br. (nommé Ntaba au Soudan), que nous avons eu fréquemment l’occasion d’examiner, comprend une amande rose de 20 mm. à 25 mm. de long sur 12 mm. à 15 mm. de large, formée de 2 (parfois 3) cotylédons, bifides dans le quart inférieur, et d’un blanc-rosé. On ne les mange pas, mais le tégument, épais de 3 mm. à 4 mm., devient à maturité très pulpeux et très sucré et les enfants en sont friands.
Enfin, le Sterculia tomentosa Guil. et Perr., ainsi que nous avons eu déjà l’occasion de le signaler, produit des graines tout à fait inutilisables.
Dans ces dernières années le Bulletin de Kew a appelé l’attention sur un autre Sterculia, le S. rhinopetala K. Schum., connu au Lagos sous les noms de Orodu et Oro, d’après Punch, et dont les graines, d’après Zenker[353], seraient employées en guise de Kola à Yaunde au Cameroun. K. Schumann a montré combien une telle assertion était peu vraisemblable, mais le Bulletin de Kew rappelle que les Sterculia fœtida, S. guttata, S. urens de l’Inde produisent des graines qu’on mange rôties comme des châtaignes et le Dr Hochreutiner a mangé à Buitenzorg les fruits de plusieurs Sterculia vrais et les a trouvés excellents[354]. Nous croyons pour notre part que, quand bien même les graines de Sterculia rhinopetala K. Schum. seraient comestibles (ce qui est douteux), il est très peu vraisemblable qu’elles aient des propriétés analogues à la noix de Kola.
E. Heckel a appelé aussi l’attention sur diverses autres espèces de Cola du Gabon.
L’une est vraisemblablement le Cola gabonensis Masters et appartient à la section Haplocola. Elle est connue au Gabon sous les noms d’Ereré ou d’Orindé rouge[355]. Les follicules, d’un beau rouge à l’état frais, renferment environ 6 à 8 graines ayant chacune deux cotylédons.
Dépouillées de leur tégument et sèches, elles se réduisent à une petite amande verdâtre rappelant celle du grain de café desséché ; elles ne sont pas alimentaires ; la pulpe constituant le tégument est sucrée et un peu acidulée et peut être consommée. Dans les amandes, Heckel n’a pas trouvé trace de caféine ou de théobromine[356].
Le produit employé comme aphrodisiaque serait l’écorce.
Sous le nom de Cola digitata, E. Heckel mentionne un arbre de la section Cheirocola nommée Ombéné nipolo appopo (gros Kola blanc) par les Gabonais. D’après A. Jolly (in Heckel), le fruit est d’un beau rouge carmin velu. Les graines ont une amande d’une couleur rouge-amarante et sont de très grosse taille, puisque, dépouillées du tégument, elles pèsent 100 grammes en moyenne.
Ces graines ne sont pas utilisables ; elles ne contiennent pas trace de caféine. « La partie comestible du fruit est le testa très développé qui enveloppe la graine ; il est de couleur blanche et un peu sucré ; les indigènes seuls s’en nourrissent et encore rarement »[357]. La description et les figures que Heckel a publiées de cette espèce, montre qu’il ne s’agit certainement pas du Cola digitata Mast. ; celui-ci a des fruits et des graines toutes différentes. Nous ne pensons pas davantage que le gros Kola blanc des Gabonais soit le Cola pachycarpa K. Schum., ainsi que l’a supposé le savant botaniste berlinois. Au contraire, la description des cotylédons dont la face interne « se fait remarquer par le développement énorme de poils recouvrant sa surface entière » nous fait supposer que la plante signalée par Heckel est soit Cola Duparquetiana Bn., soit Cola Trillesii Pierre ou C. dasycarpa Pierre.
Ces trois espèces paraissent du reste extrêmement voisines et n’en constituent probablement qu’une seule.
E. Heckel a signalé un autre Cola provenant de Franceville (Gabon), auquel il donne le nom de Cola sphærosperma Heckel. Il est malheureusement très incomplètement décrit, puisque la diagnose ne comporte que la description des graines ; elle est accompagnée d’une figure représentant une jeune plante à feuilles oblongues acuminées.
K. Schumann en a fait un Haplocola, mais n’a fourni aucun renseignement nouveau à son sujet. La plante, du reste, n’a pas d’intérêt économique, Heckel n’ayant trouvé ni caféine, ni théobromine dans les graines. Enfin, le même auteur signale un Kolatier de Libreville appelé par les Mpongoués Ombéné attèna-téna, à petites graines, « dont chacun des deux cotylédons est divisé en plusieurs lobes (deux ou trois)[358] »
Il a trouvé que les graines sèches renfermaient 0,263 de caféine. « De plus, cette graine ne paraît renfermer ni théobromine, ni rouge de Kola. C’est donc une qualité très inférieure, bien au-dessous du Kola, dit du Gabon. Il faut en rejeter l’emploi soit médical, soit bromatologique[359]. »
L’un de nous a observé au cours de ses voyages une autre espèce de Cola dont les indigènes mangent réellement les graines, bien qu’elles n’aient point les propriétés des amandes des Eucola et qu’elles ne puissent leur être substituées.
Elle appartient à la section Haplocola et constitue probablement une espèce inédite.
C’est un arbuste de 3 m. à 6 m. de haut, à feuilles oblongues acuminées, obtuses au sommet, cunéiformes aiguës à la base, fortement réticulées en dessous. Les fruits insérés à l’extrémité des branches comprennent 1 à 5 carpelles (souvent 3), d’un beau rouge écarlate à maturité, ovoïdes, longs de 4 cm. à 6 cm., terminés brusquement par un long bec obtus. Chaque follicule renferme 3 à 6 graines ovoïdes-subsphériques de 15 mm. à 18mm. de long sur 12 mm. à 15 mm. de diam. transversal.
Les cotylédons, au nombre de deux, sont blancs, fendus à la base. Leur saveur rappelle celle du gland et ils sont immangeables à l’état cru, mais les indigènes de race Dan ou Dyola pilent ces graines après les avoir dépouillées du tégument et la pulpe obtenue est ajoutée au riz que l’on fait cuire. Nous pensons que c’est pour ses propriétés mucilagineuses que cette graine est utilisée. Elle jouerait dans la confection de la sauce le même rôle que le Gombo (Hibiscus esculentus L.).
L’arbuste est commun dans la forêt de la Côte d’Ivoire et se nomme Séran en dyola.
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Il découle des pages précédentes qu’aucune espèce de Sterculiacée, en dehors des Eucola, ne produit de graines pouvant être substituées aux noix de Kola[360].
Quelques espèces de Sterculia fournissent des graines dont les propriétés alimentaires sont dues à leur richesse en amidon. Plusieurs espèces de Cola ont leurs graines recouvertes d’un tégument externe (souvent pris pour une arille), charnu et sucré, de sorte qu’on peut le manger. Une autre espèce produit des amandes que l’on peut utiliser dans la préparation des aliments par suite de leur richesse en mucilage, mais en dehors des quatre espèces Cola nitida, C. acuminata, C. Ballayi, C. verticillata, on n’en connait aucune, d’une manière certaine, produisant des amandes pouvant être employées comme noix de Kola.
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D’après Heckel, on trouvait parfois, il y a quelques années, dans les lots de Kolas qui parvenaient en Europe, des graines d’Heritiera littoralis Ait., de Pentadesma butyracea Don, (le Lamy, graine oléagineuse de la Guinée française), de Physostygma venenosum Balfour (la Fève de Calabar), de jeunes fruits de Coco ; enfin les graines de Napoleona imperialis P. Beauv. auraient parfois été considérées comme un faux Kola médicinal. Et il besoin de faire remarquer que toutes ces graines n’ont aucune des propriétés des noix de Kola. Elles sont du reste tellement dissemblables que la fraude n’est pas possible aujourd’hui.
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Aug. Chevalier et Em. Perrot. — Les Kolatiers. 440 bis.

Fig. 51. — Garcinia Kola Heckel
Aug. Chevalier et Em. Perrot. — Les Kolatiers. 441 bis.

Fig. 52. — Garcinia antidysenterica A. Chev.
Il nous reste à faire connaître deux plantes qui n’ont aucune analogie avec les Kolatiers, mais qui fournissent chacune un produit dont les Noirs, mangeurs de Kolas, sont très avides. Les indigènes de l’Afrique occidentale n’attribuent nullement à ces produits, comme on l’a dit à tort, pour l’une de ces plantes, des propriétés analogues aux noix de Kola, mais ils les recherchent au contraire parce qu’ils leur permettent de manger une plus grande quantité de la précieuse amande.
Ces plantes appartiennent à la famille des Guttifères et au genre Garcinia.
L’une est le Garcinia Kola Heckel, l’autre une espèce encore inédite du même genre.
Garcinia Kola a été décrit par Heckel en 1883 et 1884[361]. Julien Vesque, le monographe des Guttifères, l’a admis à son tour, mais les fleurs n’ont jamais été décrites. Nous avons rencontré la plante en 1910 dans le Bas Dahomey et nous complèterons les données acquises en reprenant la description complète de cette espèce.
Garcinia Kola Heckel (Fig. 51). — Petit arbre de 8 m. à 15 m. de haut. Tronc de 3 m. à 5 m. de long et de 25 cm. à 50 cm. de diam., à écorce brune s’enlevant par grosses écailles. Branches plus ou moins fastigiées. Jeunes rameaux cylindriques, verts, un peu élargis aux nœuds, glabres ou les plus jeunes parsemés d’une légère pubérulence ferrugineuse, présentant à l’extrémité de chaque entre-nœud deux sillons opposés. Feuilles opposées, entières, oblongues ou oblancéolées, cunéiformes à la base, arrondies ou obtuses, parfois un peu émarginées au sommet, toujours sans acumen, coriaces et fortement pliées en gouttière suivant la nervure médiane, longues de 6 cm. à 15 cm. sur 2 cm. 5 à 7 cm. de large. Surface supérieure vert-sombre et très luisante, l’inférieure vert-jaunâtre. Nervure médiane déprimée en dessus, saillante en dessous ; nervures secondaires 8 à 15 paires non saillantes, à peine visibles, même par transparence ; nervilles très fines, visibles seulement par transparence. Pétiole canaliculé en dessus, convexe en dessous, long de 8 mm. à 15 mm., légèrement pubérulent-ferrugineux. Fleurs dioïques, les femelles isolées, terminales ou axillaires, de 8 mm. à 10 mm. de diamètre. Pédicelle robuste, de 3 mm. à 10 mm. de long et de 3 mm. de diamètre, vert, finement pubérulent, articulé à la base qui porte 4 petites bractées lancéolées-linéaires. Calice à tube hémisphérique charnu ; lobes 4, opposées deux à deux, verdâtres, finement pubescents à l’extérieur, les externes en forme de croissant, beaucoup plus larges que longs (7 mm. de large sur 3 mm. à 4 mm. de long), les internes suborbiculaires de 6 mm. de diamètre. Pétales 4, d’un blanc-verdâtre, glabres ou finement pubérulents, dépassant les sépales, suborbiculaires, concaves, jamais étalés, longtemps persistants. Staminodes formant 4 phalanges de 5 fausses-étamines chacune, à filets soudés dans presque toute leur longueur, beaucoup plus courtes que l’ovaire. Phalanges séparées par 4 masses glanduleuses, jaunâtres, pubescentes, de 3 mm. de diamètre (disque tétra-lobé). Ovaire subsphérique, finement pubescent à l’extérieur, divisé en quatre loges renfermant chacune un seul ovule. Style très court ; stigmate légèrement divisé en 4 lobes plans. Fleurs mâles et fruits inconnus.