DEUXIÈME PARTIE. (continued 3)
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Ces Dans s’étendent dans la forêt et à sa lisière, depuis le 6° de lat. N. jusqu’au Bafing, sur les rives duquel ils sont mélangés aux Soudanais. Dan est le nom qu’ils portent dans leur langue même. Les Guerzés et les Mandés du Karagoua les nomment Kerrés ou Guerrés, mais ce nom qui signifie sauvages est aujourd’hui appliqué pour désigner les peuplades d’origine Bakoué qui vivent dans le bassin du Cavally au sud du 6e parallèle. Les Tômas les appellent Manons. A l’est, ils s’étendent presque jusqu’à la rive droite du Sassandra. A l’ouest, on les trouve très loin dans le cœur du Libéria et d’après Sir Harry Johnston, ils iraient jusqu’au fleuve St-Paul. Tous ceux qui vivent dans le bassin du Cavally et dans le bassin de la Nuon sont encore anthropophages.
Les Dans auxquels se rattachent les Touras et peut-être les Ouobés seraient, d’après Laurent, venus de pays situés plus au N., au delà de Bafing, constituant le canton actuel du Mahou, au S.-E. de Touba. Delafosse admet l’existence d’une race Mandé-Fou qui renfermerait ces peuplades et quelques autres de la Côte d’Ivoire : les Gbins, au S. de Bondoukou, les Ngans du Mango, les Monas, au S. de Mankono, les Lôs, les Gourôs, au S.-O. de Séguéla. Toutes ces peuplades se livrent à la culture du Kolatier.
Le district de Danané, que nous avons traversé de l’ouest à ’est en 1909, est une des régions de nos possessions produisant le plus de noix de Kola.
Nous avons recueilli sur place d’assez nombreux renseignements sur cette question, mais nous avons surtout puisé de précieuses données dans les archives du poste rassemblées par le capitaine Laurent, qui a parcouru depuis 1905 toute la contrée et visité les moindres villages et a aussi pénétré fort loin à l’ouest dans les pays rattachés au Libéria.
Le lieutenant Gauvain qui l’avait remplacé à Danané lors de notre voyage, continuait avec le même zèle et la même compétence l’occupation et l’étude de la région ; il nous a aussi fourni d’intéressants renseignements :
« Les Dyolas, écrit Laurent, sont attachés au sol par la culture des Kolatiers. Ces Kolatiers, on les rencontre partout où il y a des villages, aussi bien sur les sommets ou sur les flancs dénudés des montagnes, que sous la galerie verdoyante de la forêt plate. Leur culture atteint son maximum d’intensité sous le 7e degré, dans les cantons de Lolé, Blossé, Hyré, Blouno, Oua sud. Ils ne poussent pas au hasard dans la forêt qui est beaucoup trop dense et où ils étoufferaient. Tous ont été plantés. Si une noix perdue arrive à germer en pleine forêt, l’arbre qui en résulte ne rapporte pas, la forêt des régions inhabitées étant trop épaisse.
« Les innombrables Kolatiers des Mandé-Fou ont donc été plantés et sont régulièrement entretenus comme le sont en France les arbres de nos vergers. La tradition rapporte que le Kolatier est originaire du Sud. Ce sont les gens de Koulinlé qui, les premiers, en ont connu la culture sans jamais s’y donner beaucoup, sans doute à cause du manque de débouchés. Les Kolatiers sont de trois espèces : ceux à fruits blancs, ceux à fruits rouges et ceux à fruits par moitié blancs et rouges. Lolé, Houné, Blossé apprécient davantage et cultivent les rouges, Oua les blancs ».
Les principaux centres de production sont Té, Dioandougou, Togouapolé, Oua, Flampleu, Bounda, Fineu, Danané, sur lesquels nous reviendrons à propos du commerce.
D’après Gauvain, Kahounien, dans le moyen Cavally, par 6° 57 de lat., est le marché limite des Kolas vers le Sud. Les Guerrés de race Bakoué, vivant du 6° au 6° 30, c’est-à-dire plus au sud et qui ne cultivent pas les Kolatiers, viennent, paraît-il, y faire des achats.
De son côté, d’Ollone dit qu’en venant du sud il n’a trouvé les Kolatiers en abondance qu’à partir du pays Kopo, par 6° 40.
Bounda, par 7° 7, est aussi un marché important pour les Kolas qui iraient de là à Flampleu.
Vers le nord nous les avons observés encore abondants à Sampleu, près des sources de la Nuon et à Oua par 7° 45 environ.
A l’époque où nous avons effectué notre voyage, en avril et mai, beaucoup de Kolatiers étaient en pleine floraison, mais il y en avait très peu à porter quelques fruits. La grande floraison dans cette région commence vers le 15 mai et se continue jusqu’au 15 juin. A cette époque, on ne voit que très rarement des cabosses sur les arbres, 2 ou 3 bouquets au maximum par arbre et les 19/20 des Kolatiers n’en ont pas. La principale récolte se fait en octobre et novembre en même temps que la récolte du riz, mais les indigènes conservent plusieurs mois des réserves de noix dans leurs cases ou même dans la forêt et ne les vendent qu’au fur et à mesure de leurs besoins.
C’est entre 250 m. et 350 m. d’altitude que les Kolatiers sont plus nombreux. On les observe habituellement en plein massif forestier, le long des sentiers de la forêt aboutissant à chaque village et surtout dans les carrefours de ces sentiers. Il est rare d’en rencontrer à plus de 500 mètres des villages.
Ces Kolatiers sont généralement en très bon état, mais ils supportent une végétation d’épidendres très abondante : orchidées, fougères, Calvoa, Begonia, Urera ; les branches sont fréquemment chargées d’une chevelure de mousses et de lichens.
Les Kolatiers se nomment Go[110] (en dyola), Hié (en guerré).
b) Pays des Touras ou Touradougou. — Le Touradougou est situé à l’est et au nord-est du pays Dan. Il est extrêmement montagneux et la plupart des villages sont bâtis au sommet de dômes granitiques très escarpés, dressés souvent de plusieurs centaines de mètres au-dessus des villages. Il forme avec la partie orientale du Pays Dyola le district de Man, que nous avons traversé dans presque toute sa longueur en 1909. Ce district était alors administré par le lieutenant Ripert, qui eut l’amabilité de nous accompagner durant notre voyage. Observateur attentif, il nous a fourni aussi des renseignements précieux sur les Kolatiers de ce district et sur ceux des régions comprises entre le moyen Sassandra et le Bandama, qu’il avait aussi parcourues.
Dans le district du Man, il y a relativement peu de Kolatiers. La ligne des marchés du sud : Man, Gouékangoui, Tiéni (en pays Ouobé), Sépolé, Blo, Gouogouré (en pays Guéré), Sémien (en pays Ouobé) est alimentée de noix récoltées au sud.
Au marché de Sémien en particulier, on vend des Kolas récoltés dans les pays Dyolas, Ouobés, Bétés, Ouayas et Lôs.
La presque totalité des Kolas sont rouges. On ne trouve que de rares Kolas blancs sur les marchés[111]. D’après Ripert, on trouverait dans ces régions un nombre relativement élevé de noix à trois cotylédons, appartenant néanmoins à l’espèce C. nitida.
Dans le Touradougou proprement dit, il n’existe que quelques Kolatiers dans chaque village et il est rare que les Touras sédentaires fassent le trafic des noix. Certains Cola rubra encore vigoureux et productifs s’observent dans des villages perchés dans les rochers jusqu’à 900 mètres d’altitude.
c) Pays des Bétés. — Le pays Bété proprement dit comprend presque toute la partie moyenne du bassin du Sassandra et les parties les plus occidentales du bassin moyen du Bandama. Au sud, il commence vers 5° 30′ à hauteur de Boutoubré. Au nord, il s’étend jusque vers le 7° 45, puisque, d’après Thomann, les Ouayas ou Bobouas proviendraient du croisement des Bétés et des Bakoués. A l’ouest, ce pays est bien limité par le cours du Sassandra qui sépare les Bétés des Bakoués ou Guerrés. A l’est et au sud-est, les Bétés confinent aux Lôs ou Gourôs. La pénétration du pays par nos soldats est toute récente. C’est seulement en 1903 que l’administrateur Thomann réussit à se rendre de la Côte jusqu’à Séguela en suivant la vallée du Sassandra ; il quitta le fleuve à partir de Soubré et s’enfonça dans la forêt des Bétés d’où il ne sortit qu’à hauteur de Vavoua, pour venir déboucher chez les Mandé-Dioulas au Soudan. Des postes furent établis par la suite en Pays Bété à Guidéko, à Issia et à Daloa, mais ce n’est en réalité qu’en 1906, après la première révolte des Bétés, que la pénétration européenne a commencé. Au commencement de 1907, les officiers qui sillonnèrent toute la partie nord de cette province purent constater l’importance donnée par les Bétés à la culture des Kolatiers.
En 1907, nous avons visité Soubré et Guidéko dans la partie sud de la région, c’est-à-dire celle qui n’exporte pas de noix de Kolas. Les Cola pallida sont communs à travers la forêt, mais les indigènes n’en tirent aucun parti. La culture du précieux arbre commence seulement à hauteur d’Issia, par 6° 30 environ et c’est entre ce village et Daloa qu’elle atteint son plus grand développement.
D’intéressants renseignements nous ont été communiqués par le capitaine Schiffer et par le lieutenant Ripert, qui ont, le premier surtout, beaucoup circulé entre la Sassandra et le Bandama.
Les races de Kolatiers qui dominent sont le C. mixta et le C. rubra. D’après Ripert, on trouve aussi dans les environs de Daloa un certain nombre de Kolatiers donnant exclusivement des noix blanches. Ces arbres sont toujours cultivés dans la forêt dense, à proximité des villages, le long des sentiers et sur les terrains occupés autrefois par les cultures de bananiers, de manioc et d’aroïdées. D’après les notes obligeamment communiqués par le capitaine Schiffer, au nord de la forêt, dans le pays de transition où les îlots de forêts alternent avec de grandes clairières, les Kolatiers sont peu abondants. On le constate en particulier dans le Yokolo, appelé par les Bétés Sokuya ou Sokuea, par les Gouros : Kuya-Fla, par les Los et les Dioulas : Ouaya ou Wuya. Les Kolas ne font qu’y transiter pour aller dans le nord. En réalité, ces noix proviennent des cantons du Leblé, du Balo, du Yokolo et du Bogué qui sont les seuls du pays Bété se livrant à la culture et à la récolte du Kola. La culture doit être très développée dans ces régions, puisque Ripert qui a parcouru presque tous les pays à Kolas de la Côte d’Ivoire n’hésite pas à assurer que c’est dans ces cantons qu’il a vu les Kolatiers en plus grande abondance et c’est là qu’il a observé les plus belles noix : certaines, en très faible quantité il est vrai, atteindraient et même dépasseraient le poids de 100 grammes. Il ne serait pas rare de voir des lots entiers renfermant des amandes pesant de 20 à 40 grammes, avec lesquelles sont mélangées quelques autres encore plus lourdes.
Vers le nord, d’après Schiffer, les Kolatiers deviennent déjà rares dans le Balogué ; de même vers le sud la véritable culture du Kolatier s’arrête au 6me degré, c’est-à-dire à hauteur de Bitri.
De son côté, Thomann dit n’avoir pas vu de Kolatiers dans le moyen Sassandra, ni chez les Los, ni chez les Babouas, mais seulement dans le Bogué et le Bala.
d) Pays des Lôs ou Gouros. — Les Gouros, auxquels Delafosse[112] attribue le nom de Koueni et qui sont nommés Lôs par les Mandés et Gouros par les Agnis, habitent une région forestière située à la bordure ouest du Baoulé, par conséquent sur la rive droite du Bandama, principalement entre la Marahoué ou Bandama rouge et le Bandama blanc (rivière de Marabadiassa). Ils s’étendent en longueur du 6e au 8e parallèle. A l’ouest, ils sont limités par les Bétés, au nord par les Mandés-Dioulas, à l’est par les Baoulés avec lesquels ils sont mélangés sur la frontière.
J. Eysseric[113] le premier a pénétré dans ce pays en 1897. Quelques années plus tard, en 1901, le capitaine Schiffer en commençait l’occupation. Divers postes militaires : Béoumi, Zuénoula, Bouaflé, Sinfra, Oumé, sont aujourd’hui installés dans cette contrée. L’état troublé dans lequel elle se trouvait en 1907 et 1909 ne nous a pas permis d’y pénétrer.
Depuis longtemps, Binger a fait connaître qu’une grande partie des Kolas transportés par les Dioulas du Soudan proviennent de cette contrée.
D’après le lieutenant Beigbeder, ancien chef de poste de Sinfra, la principale province productive est le Koyaradougou. Les tribus qui se livrent à la récolte des Kolas sont les Lôs Sia au sud et les Lôs Mona au nord. Les Kolatiers sont plantés aux abords des villages, le long des chemins de la forêt et surtout aux carrefours, ces carrefours étant souvent l’emplacement d’anciens lieux habités. On ne les rencontre jamais en véritables plantations. Les arbres sont la propriété de la communauté du village. La principale récolte se fait en novembre et décembre. Il y aurait aussi une petite récolte en avril et mai.
Le lieutenant Ripert qui a parcouru aussi cette région assure qu’il y a peu de Kolatiers dans le pays Lô proprement dit ; des cantons entiers n’en produisent pas et dans toute la partie sud du pays Gouro, les noix de Kola sont inconnues comme produit d’échange. En réalité, les noix de Kola, considérées comme venant du pays Lô, viennent du pays des Bétés. Les Lôs sont des intermédiaires qui vont chercher les noix chez les Bétés pour les vendre sur leurs marchés aux femmes Mandé-Dioulas. Nous nous étendrons davantage sur cette question dans le chapitre consacré au commerce.
Selon Schiffer, dans la partie septentrionale du pays des Lôs, il n’existe encore que quelques arbres isolés vers Kamalo, Koussana, Diorolé, Mankoro, Goaka. En pays Lô, le canton de Lueno ne possède qu’une cinquantaine d’arbres ; on en compte une centaine dans le canton de Mieole, quelques centaine dans ceux de Karagnian, Digougou, Naté. Ceux de Boromo, Gokomo n’en ont que quelques pieds. C’est seulement dans le canton de Niogor que les Kolatiers deviennent nombreux, mais ils ne sont véritablement abondants que dans le pays des Ouayas, principalement au sud, dans le nord du pays des Bétés et chez les Gouros vivant sur la rive droite de la Marahoué.
e) Pays des Ngans. — Dans le récit de son exploration Binger rapporte qu’une partie des Kolas exportés sur Kong et sur Bobo-Dioulasso proviennent de l’Anno ou Mango. Cette province que nous avons traversée est située au sud-ouest du grand centre de Bondoukou, mais les Agnis qui l’habitent ne produisent qu’une faible quantité d’amandes. En réalité, les noix de Kola dites de l’Anno proviennent en majeure partie du pays des Ngans situé au nord-est du Baoulé, entre 7° 30 et 8° de lat. N. d’une part et entre le moyen Nzi et le moyen Comoë, d’autre part. Dans le pays des Ngans, on distingue deux régions : 1o les Ngans du Guiamala, rattachés au cercle de Kong ; 2o les Ngans du Mango, dépendant du cercle du Nzi-Comoé, secteur d’Akouakoumékrou. Au N.-E., ils confinent au Bini ; plus au N. encore, vers le 8e parallèle commence le pays Barabo qui ne produit pas de Kolas. Les Ngans parlent presque tous la langue mandé-dioula ; au contact du Mango proprement dit, ils parlent aussi agni. D’après Delafosse, ils seraient apparentés aux Lôs ou Gouros.
Notre itinéraire de Bongouanou à Akouakoumékrou nous a conduit à proximité des Ngans du Mango et nous avons pu nous procurer des spécimens de rameaux en fleurs, de cabosses et de noix des Kolatiers de cette région. On y trouve des Cola mixta, des Cola pallida et probablement aussi des Cola ne produisant que des noix blanches mais non complètement identiques au Cola alba du Kissi, car ce dernier a les fleurs entièrement blanches, tandis que le Kola blanc des Ngans aurait des fleurs rayés de pourpre. Ses noix ne sont pas du reste complètement blanches, mais d’un blanc-verdâtre à l’état frais, d’où le nom de Biguendé oro (Kola vert) que lui donnent quelques soudanais.
Dans les lots de Kolas achetés dans le pays par les dioulas, on trouve ordinairement mélangées aux noix blanches, un cinquième de noix rouges et de noix roses, tout à fait semblables à celles du Haut-Cavally ou de l’Achanti.
Toutefois les arbres produisant exclusivement des noix rouges ou exclusivement des noix blanches n’existeraient pas au dire des indigènes. Mais cette assertion aurait besoin d’être contrôlée, car un Agni nous a montré aux environs d’Akouakoumékrou, où existent peu de Kolatiers, un arbre qui donnerait exclusivement des noix blanches.
C’est cet arbre dont les fleurs présentaient trois raies pourpres sur chaque sépale en dedans du calice.
Le passage du livre de Binger que nous avons reproduit au 2e chapitre page 27 et qui assure que le Mango ne produit que des noix blanches et des noix rosées n’est en tout cas pas tout à fait exact.
Dans une cabosse fraiche et parvenue à maturité, cabosse à forte crête dorsale et tuberculeuse-scoriacée à la face inférieure nous avons trouvé quatre noix rouges et une noix blanche. Par contre, nous avons examiné cinq cabosses qui ne renfermaient que des noix blanches.
Les indigènes assurent que sur les arbres qui les produisent on trouve aussi quelques cabosses contenant des amandes blanches et roses en mélange, mais nous sommes loin d’en avoir la certitude.
Les Ngans ne paraissent point disposés à fournir beaucoup de renseignements sur un végétal qui fait, en somme, toute leur richesse. Ils assurent qu’il n’existe qu’une seule race de Kolatiers dans leur pays, donnant des noix blanches, rouges et roses. Les variations constatées dans la taille des fruits, la coloration et la dimension des amandes, tiendraient seulement aux différences de sol, d’abri, de soins culturaux. Bien plus, ils assurent que des différences dans la coloration des amandes d’un arbre se produiraient parfois d’une année à l’autre : ainsi un Kolatier qui ne donne que des noix blanches et des noix rosées pourra produire aussi une autre année quelques noix rouges.
Contrairement à l’assertion de Binger, les dioulas que nous avons interrogés assurent que les Kolas des Ngans ne sont pas inférieurs à ceux des Achantis. Ils se vendent aujourd’hui aussi cher sur les marchés et se conservent aussi longtemps s’ils sont bien emballés.
Seuls les Kolas blancs très lavés de vert, seraient de médiocre qualité et ne se conserveraient pas longtemps. Nous nous demandons si cette coloration ne proviendrait pas de ce que les amandes auraient été récoltées avant maturité.
Les noix du Kissi, qu’on laisse mûrir sur les arbres, sont les plus estimées.
La principale récolte des Ngans se fait en septembre et octobre. En décembre, il ne reste plus de cabosses sur les arbres ; une deuxième récolte, plus faible a lieu en juin. En dehors de ces périodes, les Kolatiers donnent quelques fruits tout au long de l’année. Ils sont presque constamment en fleurs.
M. l’administrateur Barthélemy nous a communiqué d’intéressants renseignements sur les Ngans du Guiamala dont nous n’avons pu visiter le pays et sur la manière dont ils cultivent les Kolatiers :
« Les Ngans sont arrivés dans le pays depuis trois ou quatre générations. Ils venaient des rives d’un grand fleuve (Comoë ou Volta ?), fuyant devant des voisins envahisseurs. Ils s’établirent sur la rive gauche du Nzi, là où le plateau central, qui sépare les deux bassins Comoë et Nzi, vient mourir en croupes peu élevées. A l’origine, ils étaient, sans nul doute, peu nombreux puisqu’ils ne purent fonder que deux villages, mais vivant dans la paix la plus complète ils se multiplièrent, si bien qu’à l’heure actuelle le pays des Ngans du Guiamala renferme 24 villages et plus de 2.500 habitants. A l’encontre de tous leurs voisins, ils échappèrent, vers 1895, aux ruines et aux massacres accumulés par les Sofas (soldats) de Samory et c’est surtout parce qu’ils étaient les producteurs des noix de Kola qu’ils furent épargnés.
« Ils feraient trois récoltes de Kolas par an : la principale en octobre-novembre, une autre en février et mars et enfin une troisième en juin et juillet. Les cabosses sont de taille très variable : elles renferment 4, 6, parfois 10 noix ; on m’a affirmé en avoir vu qui en contenaient jusqu’à 20. La noix est blanche ou rouge ; la même cabosse peut contenir des noix de différentes couleurs, mais chez les Ngans, les Kolas blancs dominent. Les arbres sont ordinairement groupés en petites plantations de 250 à 300 Kolatiers espacés sans aucune symétrie ».
Nous reviendrons plus loin sur ces plantations.
4o Zône sud et moyenne de la Côte d’Ivoire. — Bien que le Kolatier n’y soit l’objet d’aucune exploitation et que la culture en soit rudimentaire, il existe partout dans la partie méridionale de la Côte d’Ivoire, depuis la mer jusqu’au 6° 30 de latitude. Non seulement on le trouve à l’état spontané à travers la forêt — et par endroits il constitue environ 1100 des peuplements — mais presque toujours aussi on observe quelques Kolatiers plantés aux abords des villages.
La consommation des noix de Kolas dans cette zone est très restreinte.
Les autochtones en font rarement usage et en mâchent en petite quantité ; les sénégalais et soudanais employés de l’administration ou des maisons de commerce, recueillent souvent eux-mêmes sur les arbres existant aux abords des postes, les noix dont ils ont besoin.
Depuis quelques années seulement, des dioulas soudanais achètent çà et là dans les villages de la forêt, des charges de noix de Kola et vont les vendre dans les principaux centres côtiers ou bien remontent dans le nord par les routes créées par l’administration ou même par le chemin de fer. C’est ainsi que nous avons constaté en 1909 que des achats assez sérieux de Kolas se faisaient déjà dans le Morenou, dans l’Attié, dans le pays Abé et ce trafic était tout à fait inconnu les années précédentes. Il est bien certain qu’en multipliant les routes, dont un beau réseau a déjà été créé depuis peu à travers la forêt, on développera de plus en plus l’exportation des Kolas, soit vers la côte, soit vers les régions soudanaises ; mais, sans se contenter d’exploiter les arbres sauvages qui donnent généralement des rendements faibles, il deviendra très utile de faire effectuer aux indigènes des plantations autour de chaque village. C’est à cette condition qu’on pourra suffire à la consommation qui se développe de plus en plus au Soudan.
Il n’est probablement pas un canton dans toute la partie forestière de la basse Côte d’Ivoire où les Kolatiers ne se rencontrent déjà plantés en petite quantité. Les formes les plus fréquentes sont Cola mixta et Cola pallida.
Dans les forêts comprises entre le moyen Sassandra et le moyen Cavally, ainsi que dans tout le bas Cavally, nous avons remarqué fréquemment des Kolatiers à travers la forêt. On en trouve également à l’état cultivé chez les Tébo, les Trépo, les habitants de Grabo, et chez les Kroumen de la Côte.
Dans ces régions, en juin, les Kolatiers ne portent pas de fleurs ; une abondante floraison commence vers le 15 juillet et continue pendant tout le mois d’août. C’est probablement cette floraison qui donne la grande récolte d’octobre et novembre.
Dans les langues de ces régions, le Kola porte les noms suivants : Oué (trépo), Houré (plabo, langue de Bériby), Gouéré (néyau, langue du bas Sassandra).
Il a été aussi signalé dans le cercle de Grand-Lahou et dans celui de Tiassalé.
Le Kolatier est commun dans le grand massif forestier constituant le cercle des Lagunes et il y porte les noms suivants :
Bouessé (langue de Mbonoi), Hapo (ébrié), Halou (adioukrou), Na (abé), Hahouessé (agni), Lô (attié).
De Dabou, M. Jolly avait envoyé à Pierre des spécimens d’un Kola nitida, qu’il considérait comme la source des Kolas blancs de la région ; ces spécimens sont conservés dans l’herbier du Muséum. Plus au N., dans la vallée de l’Agniéby et sur tout le parcours de la voie ferrée depuis Abidjan jusqu’à Nziville, nous avons observé partout des Kolatiers, soit à travers la forêt, soit plantés à proximité des villages. Très souvent ces arbres donnent de petites noix rosées, mais aux environs d’Agboville en pays Abé, on nous a apporté aussi des noix rouges pesant de 60 grammes à 100 grammes[114] et considérées par les soudanais comme étant de toute première valeur.
Dans cette région les indigènes distinguent :
1o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes rouges, atteignant parfois une très grosse taille, nommé Na hé (Kola rouge). Assez commun.
2o Un Kolatier donnant à la fois des amandes rouges et des amandes blanches. Assez commun à l’état cultivé.
3o Un Kolatier donnant exclusivement des amandes blanches. Na fo (Kola blanc). Très rare et vraisemblablement importé.
4o Un Kolatier donnant exclusivement des petites noix rosées. Assez rare. Les Abés le nomment Oua Na, Kola du sanglier. Il croît dans la forêt et les sangliers (potomochères) en seraient friands. D’autres indigènes assurent qu’on le nomme ainsi parce que sa couleur rappelle la robe fauve de ce sanglier.
Les Abés laissent perdre encore beaucoup de Kolas dans la forêt.
Cependant ils commencent à en recueillir les noix pour les vendre aux caravaniers soudanais circulant sur la voie ferrée.
Dans le Morénou et spécialement dans la région de Sahoua, les Kolatiers sont assez répandus autour des villages. Nous y avons observé :
1o des Kolas d’un beau rouge-brun (bons Kolas du Soudan) ;
2o des Kolas moyens d’un jaune-rosé, parfois d’un blanc-jaune au sommet ;
3o des Kolas d’un blanc-jaunâtre, légèrement verdâtres au sommet. Ces dernières noix sont dans la proportion d’un tiers environ et paraissent identiques aux Kolas verts du Pays des Ngans. Certains soudanais ne les mangent pas, prétendant qu’ils donneraient la fièvre.
Dans l’Indenié, le Sanwi, l’Attié, les Kolatiers existent çà et là le long des sentiers à l’entrée des villages. Dans ces provinces très boisées et fort humides ils sont souvent couverts d’épiphytes ; c’est ainsi qu’aux environs d’Alepé, leurs branches sont chargées d’une belle cactée, le Rhipsalis Cassytha Gaertn. dont les rameaux verts sans feuilles rappellent des touffes de gui.
Il n’est pas douteux que ces provinces remplissent les meilleures conditions pour la réussite de la culture du Kolatier.
IV. — DAHOMEY.
« La Kolah du Dahomey, écrivait J. Fonssagrives[115], est facilement reconnaissable à ce que chaque fruit se divise en quatre ou cinq parties. Elle est principalement récoltée à Abomey-Calavi et dans les environs, en septembre et octobre. Les plus gros fruits sont d’une couleur rose, les petits sont rouge vif ; on en trouve même quelques-uns blancs. »
L’espèce donnant des noix à deux cotylédons (C. nitida) n’existait pas en effet au Dahomey jusqu’à ces dernières années, mais elle a été introduite depuis par le Service d’agriculture.
Celle qui se rencontre dans tout le Bas-Dahomey jusqu’à hauteur de la bande marécageuse nommée Lama est le C. acuminata (Pal. Beauv.) Schott et Endl. ; c’est du reste à une faible distance plus à l’est dans la province du Bénin, dépendant aujourd’hui de la Nigéria anglaise, que Palisot de Beauvois avait découvert son espèce. Ce Cola acuminata ne nous paraît exister qu’à l’état cultivé au Dahomey. Nous l’avons observé à Porto-Novo même, à Adjara, aux environs de Sakété, à Ouidah, aux environs d’Allada, à Zagnanado où il est à sa limite nord extrême. Il croît soit sur la bordure des palmeraies d’Elæis, soit dans les rues des villages, ou dans les cours-vergers avoisinant souvent les cases des indigènes, soit encore dans de petits bouquets de forêts où les Kolatiers sont souvent plantés en lignes et ombragent des Méléguettes (Aframomum Melegueta K. Schum) également cultivés.
Nous empruntons à Savariau[116], qui lui-même les tenait des administrateurs du Dahomey, les renseignements suivants sur la répartition des Kolatiers :
Les principaux peuplements se rencontrent :
1o Dans le cercle de Porto-Novo, au voisinage de la rivière Iguidi, de la lagune d’Adjara, du Bas-Ouémé, existent toujours quelques pieds autour des nombreux petits villages du cercle ; on y rencontre aussi parfois des Garcinia Kola Heckel.
2o Dans le cercle de Cotonou, les plantations sont, d’après Proche, presque toutes localisées dans une bande de terrain nord-sud bordant les parties marécageuses à proximité de la rive droite de la rivière Sô, entre Agassa-Godomey et Abomey-Calavi. Sur 20.000 arbres environ, 15.000 étaient en rapport, il y a cinq ou six ans. Il existe encore de nombreux Kolatiers près de la lagune qui s’étend à l’est de la voie ferrée depuis Pahou jusqu’à Arané.
3o Dans le cercle de Ouidah, les plus importants des peuplements se rencontrent à Adjara, sur la lagune Toho (7.000 pieds) et à Domé (1.000), et quelques centaines de pieds se rencontrent à Savi et sur la rive du lac Ahémé de Segborouhé à Pomassi et Nazoumé.
Dans le cercle de Grand-Popo, il n’y a pas de Kolatiers ou un petit nombre seulement ; on en rencontrerait toutefois encore un assez grand nombre dans les bas-fonds du cercle d’Allada et dans presque tous les thalvegs fortement boisés. Le cercle de Zagnanado n’en posséderait qu’à Gbaouté sur la rive gauche de l’Ouémé et à Dori-Cogbé dans le canton de Coyé.
Avec le Cola acuminata, on rencontre parfois dans les petits bouquets de forêts du Bas Dahomey quelques exemplaires de Cola verticillata, qui ne paraissent pas avoir été plantés et seraient spontanés dans le pays. Savariau qui avait observé le premier cette espèce dans un petit bois près de la gare de Sakété, désignait l’espèce sous le nom de Kola fade du Dahomey. M. Noury nous a montré ces arbres que nous avons pu identifier avec les spécimens de la Gold-Coast du C. verticillata. Les noix sont ordinairement dédaignées des indigènes qui nomment l’espèce Vigpô en dahoméen et Abidan en nago.
Nous avons donné la répartition géographique de cette espèce à la suite de sa description botanique.
Cola nitida ferait complètement défaut au Dahomey d’après des renseignements verbaux du regretté E. Poisson, qui avait exploré tout le Bas Dahomey au point de vue agricole. Quelques graines de cette espèce furent ensemencées, il y a environ sept années, au Jardin d’essai de Porto-Novo. Les plants qui en sont sortis sont aujourd’hui de petits arbres ayant pour la première fois porté des fruits en 1910.
D’autres Kolatiers, ensemencées en divers points de la colonie, notamment à Cabolé, n’ont pas réussi.
Peu de temps avant sa mort, Savariau avait fait planter des Kolatiers de l’espèce C. nitida dans divers bouquets de la forêt, notamment à Sakété et à Bokoutou dans le cercle de Porto-Novo, enfin à Niaouli, près Allada. Ces jeunes plantations, quand nous les avons vues en 1910, étaient en bonne voie.
Il nous paraît toutefois peu probable qu’une essence aussi nettement adaptée à la vie des sous-bois des grandes forêts tropicales que l’est le Cola nitida puisse prospérer au Dahomey. Il arrivera peut-être à vivre dans les bouquets de forêts qui existent çà et là jusqu’au 7me parallèle, mais il est douteux qu’il donne des rendements rémunérateurs.
Il ne faut pas espérer le voir croître dans les villages du nord, comme Abomey, Savalou ou Djougou, où l’administration locale, mal renseignée, a tenté vainement de l’acclimater.
Le Dahomey a d’autres essais agricoles beaucoup plus intéressants à poursuivre.
V. — AFRIQUE ÉQUATORIALE FRANÇAISE.
Les Kolatiers de la grande forêt congolaise sont encore très mal connus.
On ne peut y signaler pour le moment, d’une manière certaine, que les deux espèces Cola acuminata et Cola Ballayi, que nous y avons observées en 1902-1904 et qui sont généralement confondues par les indigènes de la région gabonaise sous les noms de Ombéné ou Abèl.
Quelques voyageurs, dont nous rapportons les observations plus loin, auraient rencontré d’autres sortes de Kolatiers, mais rien ne prouve qu’il s’agit de plantes de la section Eucola, et ce point restera obscur tant que la question n’aura pas été étudiée sur place par un botaniste. Notre propre expérience nous a appris en effet qu’il était presque impossible de différencier des échantillons d’herbiers de ce groupe, à moins d’avoir une connaissance approfondie des espèces qu’on étudie : c’est la raison pour laquelle Cola acuminata et Cola nitida ont été confondus dans les Herbiers jusqu’à nos jours par presque tous les botanistes.
L’espèce la plus répandue dans tout le Gabon et probablement jusqu’au Moyen-Congo est le Cola acuminata. La forme de cette région, complètement identique avec celle de San-Thomé, que nous avons étudiée plus en détail, paraît différer un peu de la forme typique du Bénin et du Dahomey. C’est pour cette forme du Gabon que le savant Pierre avait créé l’appellation de Bichea carinata[117]. Nous ne pensons pas pour notre part qu’on puisse les séparer spécifiquement.
Le Cola acuminata a été depuis longtemps découvert au Gabon par Griffon du Bellay, Aubry-Lecomte, le P. Duparquet ainsi qu’en témoignent les exemplaires conservés à l’Herbier du Muséum. C’est une espèce qui doit être très répandue au Gabon si l’on en juge par le nombre des spécimens de cet Herbier. Le P. Klaine en particulier en a récolté beaucoup dans toute la région de Libreville.
Nous avons vu nous-même la plante très abondante autour de Mayumbe où elle vit à travers la forêt.
G. Berthelot du Chesnay a donné des renseignements intéressants sur la dispersion dans la région côtière du Gabon et spécialement près de Kakamoéka de cet arbre nommé Makenso par les indigènes de race fiote et qu’il rapporte inexactement au Cola Ballayi[118] :
« Il est une des essences constitutives des brousses de haute futaie dans tout le Gabon-Congo.
« On le trouve poussant toujours avec une très grande vigueur, aussi bien sur les pentes fortes que sur les terrains plats, sur les bords des cours d’eau comme sur les sommets des montagnes (lesquels ne sont jamais situés au-dessus de 450 mètres), enfin dans les sous-bois très fourrés et les futaies clairsemées.
« Il ne parait exiger que deux choses : d’abord un sol profond, argilo-ferrugineux, ensuite un bon drainage qui laisse ses racines en dehors de l’eau stagnante. Sa présence dans un endroit est un criterium certain que ce terrain n’est pas inondé lors des crues ; sur les bords du Kouilou-Niari, ils peuvent servir à indiquer les limites d’inondation du fleuve.
« On conçoit dans ces conditions les indications précieuses que la simple vue de l’arbre donne au colon qui cherche dans la brousse un endroit à défricher.
« Enchevêtré de lianes, privé de lumière et d’air dans la forêt, il donne une récolte relativement faible, à peine trois cents fruits à cinq noix par gousse, ce qui ferait trois mille noix de Kola pesant 45 à 50 kilogs. »
Le Kolatier a été aussi signalé dans beaucoup d’autres régions de l’Afrique équatoriale, mais les renseignements fournis par les voyageurs sont très imprécis pour qu’on puisse dire s’il s’agit toujours du Cola acuminata ou aussi du Cola Ballayi dont nous nous occuperons plus loin. C’est la première espèce qui domine au Gabon ; dans la région du moyen Congo où le Cola Ballayi est fréquent, on observerait aussi, d’après Baudon, mais plus rarement, une seconde espèce qui est très probablement le Cola acuminata.
Casimir Maistre signale le Kolatier aux environs de Loudima, au confluent des rivières Niari et Loudima. « Le chef des Bakounis, dit-il, offrit des Kolas aux européens et aux sénégalais de la mission[119] ».
Lecomte a vu aussi des Kolatiers dans la région du Mayumbe et du Kouilou.
Le docteur Voulgre, en 1877, notait le Kolatier comme existant sur les plateaux du Pays Batéké[120].
Le docteur Spire, qui a parcouru la grande forêt congolaise pendant la mission Fourneau-Fondêre, depuis l’Ogoué jusqu’à la Sangha, signale aussi l’existence de ces arbres. « Comme fruits comestibles, écrit-il, il faut encore parler de certaines variétés de Kolas, le Ngoafou, le Ngoma des Pahouins. Je n’ai pas rencontré sur le sentier le Kolatier ; il existe cependant dans le pays des Ossyébas où les indigènes nous en apportaient incessamment des gousses[121] ».
Autran indique que le Kolatier est très abondant dans le Congo français et surtout dans le Como, l’Ogoué et le Fernan-Vaz. Il recherche surtout les endroits humides et le plus souvent le bord des ruisseaux[122]. Aux localités déjà citées, Cambier ajoute comme habitat : la Likouala-Mossaka, la Sangha, la Likouala-aux-Herbes. L’arbre vit, dit-il, non seulement dans les endroits humides, mais aussi sur les plateaux[123].
Remarquons enfin que toutes les régions que nous venons de mentionner sont comprises dans les parties de l’Afrique équatoriale occupées par la forêt Vierge.
Cola Ballayi Cornu. — Quoique moins fréquente que la précédente, cette espèce existe aussi au Gabon et l’Herbier du Muséum en possède plusieurs exemplaires provenant du Mayumbe et de la forêt intérieure, mais c’est surtout dans le Moyen Congo et dans l’Oubangui qu’elle est répandue. C’est sans nul doute à cette espèce que Dybowski[124] et Foureau[125] font allusion dans leur récit de voyage.
En remontant de Brazzaville à Bangui, nous l’avons rencontrée aux abords de presque tous les villages à partir du 2° de lat. S. et elle remonte jusqu’à 4° 15 N., un peu plus haut que Bangui. Quelques-uns de ces arbres, vivant au carrefour des sentiers de forêt, à l’entrée et parfois même à l’intérieur des villages, paraissent avoir été plantés.
Kolatiers d’espèces indéterminées. — En dehors des deux espèces énumérées, la forêt équatoriale recèle d’autres espèces du genre Cola à noix utilisables, mais il est impossible, en l’absence de documents, de dire si ces arbres appartiennent à des espèces ou des races étudiées plus haut ou s’il s’agit d’espèces nouvelles.
Nous devons d’abord mentionner un Kolatier à larges feuilles retombantes, à limbe elliptique, arrondi à la base, présentant 7 ou 8 paires de nervures secondaires. Il existe dans les serres du Muséum un exemplaire de cette plante obtenu de semences originaires du Congo et dont nous avons publié la photographie.
Il semble que c’est à cette même plante qu’il faut rattacher le no 1209 du P. Klaine, recueilli aux environs de Libreville et conservé dans l’Herbier Pierre au Muséum.
En 1908, Buchet a signalé au Gabon l’existence d’une espèce de Kolatier donnant des noix à deux cotylédons dont on peut faire usage. Cette espèce serait spontanée dans la région du moyen Como, à environ 150 kilomètres du littoral de Libreville. Les noix sont de belle dimension, aplaties sur les deux faces et de couleur rose, parfois d’un rouge assez vif, mais jamais blanches.
Elles germent comme celles du Cola nitida et chaque cotylédon porte aussi une légère fente. La principale récolte a lieu de janvier à mars ; une petite récolte survient probablement vers septembre ou octobre. Les Pahouins en font à peine usage ; ils confondent l’espèce avec le Kolatier ordinaire[126].
D’autre part, Baudon écrit à l’un de nous qu’il a observé 3 espèces de Kolatiers sauvages au Congo : l’une produit des amandes à deux cotylédons, une seconde donne des graines volumineuses et presque toujours à quatre cotylédons, enfin une troisième fournit des noix à 5 ou 6 cotylédons, qui sont couramment consommées par les indigènes. Nous avons vu des spécimens de cette dernière : c’est sans nul doute le Kola Ballayi.
Enfin, le P. Trilles signale aussi une grande variété de Kolatiers dans la partie du Gabon qu’il a explorée. La lettre qu’il nous écrivait en 1909 à ce sujet doit être publiée :
« Dans tout le pays que l’on pourrait appeler région de l’Ogowé, située tout au long de ce fleuve et allant jusqu’aux Monts de Cristal où la végétation devient différente et se rapproche de celle du Cameroun, on trouve en assez grande abondance le Cola acuminata. Ainsi, dans les forêts qui s’étendent de Libreville au cap Esterios, il est fréquent sauf au bord de la mer. Les Mpongoués le désignent sous le nom d’Ombéné. A cette occasion, il est fort regrettable que l’on donne presque toujours à propos de la flore gabonaise, les noms indigènes mpongoués ; cette tribu est presque éteinte et de nulle importance, à peine 400 à 500 individus mâles aujourd’hui.
« Les Fang lui donnent le nom d’Abel. Il présente toujours de 4 à 6 cotylédons.
« De cet Abèl ils distinguent deux variétés, d’après le goût du fruit âcre et moins âcre ; la première porte le nom d’Abelayôl — ou Abèl qui fait vomir ; l’autre le nom d’Abèl simplement.
« L’Abèl simple n’est pas employé ; l’Abèlayol, au contraire, est très recherché, non pour son fruit, aucune de nos populations de la région de l’Ogowé ne s’en servant — mais pour les racines et l’enveloppe du fruit, employés dans la gonorrhée et la syphilis. On donne également l’enveloppe du fruit broyée aux femmes enceintes pour faciliter l’enfantement.
« L’Abèl est, je crois, le Cola acuminata ; avec sa variété, c’est le seul Cola de ce groupe connu dans la région de l’Ogowé.
« Lorsqu’on remonte un peu plus haut et que l’on atteint la région montagneuse, on trouve outre l’Abèl, deux autres espèces de Cola : l’une porte le nom de Nkork, l’autre de Ngwang.
« Le Nkork est à deux cotylédons. On en compte 3 variétés qui doivent, je crois, tenir plutôt à la station. La première a deux gros cotylédons blancs qui bleuissent au contact de l’air. La saveur est sucrée, puis amère. Les Sénégalais qui étaient avec moi l’estimaient peu.
« L’arbre est très fréquent sur le bord des ruisseaux, marais, etc.
« Une deuxième espèce de Nkork a des fruits roses beaucoup moins gros, mais très abondants sur le tronc qui en était parfois entièrement recouvert.
« Ces fruits ne changeaient guère au contact de l’air. On le trouvait à flanc de colline, dans les terrains pierreux. Les Sénégalais l’appréciaient beaucoup.
« Enfin une troisième variété dite Nkorketshork, porte des fruits tantôt rouges, tantôt blancs, tantôt les deux réunis sur le même arbre.
« Cette dernière forme est fréquente et dans ce cas les Fangs disent que l’arbre est marié, ou « alongha » ; c’est le seul dont ils emploient la racine contre la syphilis.
« Enfin une troisième espèce est connue sous le nom de Ngwang. C’est un bel arbre à bois blanc très dur et dont les Fangs du Nord estiment beaucoup les fruits. J’ai expliqué dans mon récit « Mille lieues dans l’Inconnu », les accidents nerveux, tics de la face, etc., caractéristiques des mangeurs de ce Kola. Le Ngwang comprend également deux variétés assez distinctes. Il vous sera d’ailleurs facile de le retrouver, car j’en ai envoyé un échantillon complet de la rivière Ebé, au regretté Pierre qui l’a nommé Cola Trillesiana[127] ». (P. Trilles, in litt.).
D’autre part Chalot, a signalé qu’il existait dans la forêt de Mayumbe et dans les environs de Brazzaville un arbre à Kola donnant des fruits plus gros que le Kolatier ordinaire du Gabon. Ce dernier est connu entre Loango et Brazzaville sous le nom de Makassou[128].
Nous ne savons presque rien sur les Kolatiers des territoires de la haute Sangha, situés en bordure de l’Adamaoua et où les caravaniers haoussas et foulbés viennent depuis longtemps (ce commerce était déjà ancien à l’époque du voyage de Barth) acheter des Kolas. Le seul document de quelque valeur sur les noix de cette région est la lettre de A. Goujon, publiée par Heckel. « On trouve les Kolas, écrit-il, dans tous les pays situés entre Brazzaville et Koundé (Adamaoua), mais ce sont surtout les forêts qui bordent les ruisseaux de la contrée entre Kadou et Mambéré qui semblent être leur pays d’élection.
J’en ai trouvé dans tous les villages ou à peu près et lorsque j’en demandais, on allait chercher quelques amandes enterrées dans un endroit humide pour les conserver, mais ce n’est que dans les pays en relations avec l’Adamaoua qu’ils font l’objet d’un grand commerce. Là ils sont classés par crus, comme les grands vins, portent les noms de leurs lieux de provenance et se vendent à des cours qui résultent de la qualité et des quantités existantes sur le marché.
« J’ai vu à Gaza le prix de l’amande varier de 15 à 60 cauris. Le Kola le plus estimé est celui de Bayanda, dit Kola Bafio. Il doit cette préférence à la durée de sa conservation à l’état frais qui dépasse 3 mois et à l’absence d’âpreté. A partir de Bem-Nasoury, le Kola n’est plus exporté vers le nord, parce qu’il ne se conserve pas. Celui de Koundé est même à peine consommé dans le pays à cause de son âcreté qui tient, je suppose, à ce que, à l’altitude de ce point, il ne mûrit qu’imparfaitement[129]. Je n’ai rencontré à Bania que la grosse variété de Libreville qui, lorsqu’elle est parfaitement mûre, est d’un rose assez vif. Je n’ai pas vu de Kola blanc[130] ».
Le lieutenant P. Charreau, qui a séjourné aussi dans la Haute-Sangha, écrit que « c’est avec les noix de Kola venant de Nola, Bania, Cambé, que les Haoussas achètent à Ngaoundéré leurs bestiaux ».[131]
D’après ce même auteur, les noix de Kola monteraient par Carnot et Koundé vers le Nord, en paiement des importations.
Tout à l’est de nos possessions, d’après quelques voyageurs, il existerait encore des Kolatiers dans le haut Oubangui, notamment chez les Yakomas, entre Mobaye et Les Abiras. De là les noix sont transportées dans les Sultanats du Haut-Oubangui où les caravaniers islamisés venus du Ouadaï et du Darfour s’en approvisionnent. Récemment P. Prins a signalé l’existence d’un Kolatier à noix rouges à Rafaï sous le 5me parallèle, près du confluent du Mbomou et de la Chinko[132].
Il est possible qu’il existe encore quelques Kolatiers dans le sultanat de Tamboura, au sud duquel le Mbomou prend sa source. On sait que c’est tout près de là, mais légèrement au S.-E., chez les Monbouttous ou Mangbettous, que Schweinfurth observa des noix de Kola.
Il n’est pas sans intérêt de faire remarquer que les arbres de la section Eucola ont leur limite septentrionale reportée de plus en plus vers le sud quand on s’avance de la côte Ouest vers le centre du continent. En Afrique occidentale ils sont spontanés jusqu’au 6° 30, puis cultivés en grand jusqu’au 8e parallèle et plantés çà et là jusqu’au 11e.
A hauteur du Dahomey, on ne les rencontre plus au delà du 7° 30.
Dans la Haute-Sangha, ce n’est qu’au sud du 4e parallèle qu’ils sont abondants. D’après Goujon, ils montent encore jusqu’à Koundé par 6° de latitude, mais là ils ne produisent plus. Dans le Haut-Oubangui on n’en observe plus au delà de 4° 30′ et même les arbres ne donnent une bonne production que du 2° de lat. S. au 4° de lat. N.
D’ailleurs l’un de nous a depuis longtemps fait remarquer que l’aire d’un grand nombre de végétaux de la forêt africaine a une limite septentrionale de plus en plus rapprochée de l’équateur à mesure qu’on s’avance de l’ouest à l’est.
II. Colonies étrangères de l’Afrique occidentale.
I. — SIERRA-LÉONE
Les Kolatiers sont extrêmement répandus à l’état cultivé dans presque toute l’étendue de la colonie anglaise de Sierra-Léone qui en consomme beaucoup et en exporte chaque année des quantités de plus en plus élevées. Ils appartiennent à l’espèce Cola nitida et presque tous à la race C. mixta. Nous avons observé ces arbres dans presque tous les villages de Sierra-Léone avoisinant notre frontière de la Guinée française, notamment dans la région montagneuse de Timbikounda, aux sources du Niger.
Il en existe aussi beaucoup aux îles Scherbro.
Son Excellence, le gouverneur de Sierra-Léone a communiqué à l’un de nous une note intéressante sur cette culture. Le Kolatier est principalement planté sur les bords des rivières et dans les cours des villages ; il existerait aussi à l’état sauvage. Les districts de Kogbotoma, de Hills, de Bagrou, de Koinadungou, situés dans la zone forestière sont les plus riches en Kolatiers.
II. — RÉPUBLIQUE DE LIBÉRIA.
Cet immense territoire, peuplé de 2 millions d’habitants, est un des pays les plus favorables à la culture du Kolatier ; il y vit du reste à l’état spontané dans toute l’étendue de la grande forêt, aussi épaisse qu’à la Côte d’Ivoire.
Malheureusement les 12.000 noirs Américo-Libériens[133] qui constituent toute la République, ne tirent aucun parti de cette richesse.
La seule espèce se rencontrant çà et là est le Cola nitida, c’est-à-dire celle qui produit les meilleurs noix de Kola.
Les diverses sous-espèces signalées déjà à la Côte d’Ivoire y existent vraisemblablement. Nous avons vu surtout les Cola mixta et Cola rubra dans les parties du haut Libéria que nous avons effleurées aux environs des monts de Nzô. En quelques villages de la rive droite du Bas-Cavally, que nous avons aussi visités, existent des Cola pallida.
Pour la partie du territoire habitée par les Libériens, Sir Harry Johnston a publié quelques renseignements relatifs à la dispersion de l’arbre. Il est généralement planté dans la région côtière, les noix donnent lieu à un petit commerce local ordinairement entre les mains des Sierra-Léonais[134].
Mais c’est principalement dans les territoires situés au N. du 7e parallèle, là où très peu d’explorateurs ont pénétré, que les Kolatiers deviennent communs. Ces territoires sont habités par des peuples de même race que ceux qui vivent dans le sud-est de la Guinée française et dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire. C’est également avec les territoires qui nous appartiennent aujourd’hui et que nous administrons depuis quelques années que les populations du centre de la forêt libérienne trafiquent le plus, de sorte que des échanges commerciaux continuels se font à travers la frontière artificielle qui vient d’être tracée. Chaque jour les indigènes de nos territoires apportent du bétail pour la boucherie et des articles de traite et emportent en échange, du cœur de la forêt, du caoutchouc et des noix de Kola. Il est difficile de fixer les quantités de marchandises qui s’échangent ainsi tout au long de l’année, mais le chiffre en est certainement fort élevé.
III. — GOLD-COAST.
La Gold-Coast est aujourd’hui une des colonies les plus florissantes de l’Ouest africain. La culture du Cacaoyer faite exclusivement par les indigènes y a pris un admirable développement. La production des noix de Kola s’est aussi considérablement étendue.
Ce développement agricole et commercial intense a été la conséquence de l’administration prudente et active qu’un certain nombre de gouverneurs ont pratiquée depuis surtout Sir Alfred Griffitch et qui a été continuée ensuite avec un remarquable esprit de suite.
Comme efforts de ces dernières années, nous citerons seulement : la construction du chemin de fer de Sekondie à Coumassie avec une rapidité inaccoutumée en Afrique ; le développement de l’enseignement indigène ; l’importance de plus en plus grande prise par les services agricoles de cette colonie ; l’enrichissement du Jardin d’Aburi, constituant aujourd’hui une des plus belles stations botaniques de l’Afrique tropicale, enfin récemment encore, la belle mission forestière accomplie par H.-N. Thompson et qui a eu pour résultat la publication d’un remarquable rapport[135].
Aujourd’hui, la Grande-Bretagne récupère largement les sacrifices consentis. Elle exporte pour plus de 20 millions de francs de Cacao par an. L’exportation des Kolas par mer, qui était évaluée à 33.200 francs seulement en 1892, s’élevait déjà en 1903 à 1.264.025 kilos.
L’exportation des noix de Kola par la frontière N. a pris aussi une très grande extension, puisqu’on l’évaluait en 1908 à 2.000 tonnes ou 70.000 charges estimées sur place 2 millions, mais ayant déjà augmenté de valeur lorsqu’elles passent la frontière du Haut-Sénégal-Niger ou celle du Togo. La production totale du Pays Achanti, d’après un supplément de la Gazette du gouvernement paru en 1909, serait d’environ 2.250 tonnes ; car, outre les 2.000 tonnes qui passent en territoire français ou allemand, 250 tonnes descendent par le chemin de fer pour être embarquées à Sekondée à destination de Lagos. Cette même année 1908, il a été exporté par mer 2.004 tonnes de noix estimées 2.109.050 francs.
Le Pays Achanti n’est pas, en effet, la seule province de la Gold-Coast produisant des noix de Kola. L’Akyem (ou Akam, ou Akim), l’Akouavou, le Prahsi, l’Adansi, en produisent aussi beaucoup.
Les principaux marchés à Kolas de l’Akim sont : Insuaim, Essamang, Kwaben, Tumfa et Kankan[136].
Enfin, d’après Thompson, le pays boisé compris entre Abetiti et Aburi serait aussi très propre à cette culture[137].
Mais les plus belles plantations de Kolatiers se trouvent dans l’Achanti même, entre le 6° 30 et 7° 30, notamment entre Coumassie et Nkoranza. C’est cette région que les caravaniers désignent sous le nom de Pays de Gonja (ou Gonsha).
Le Cola nitida est la seule espèce cultivée ; dans l’Achanti, on rencontre, à l’exclusion de toutes les autres, la race ne produisant que des noix rouges, c’est-à-dire le Cola rubra. Dans l’Akim, existerait aussi le Cola mixta à noix rouges et noix blanches sur le même arbre[138].
Dans les parties les plus orientales de la colonie anglaise, notamment dans le bassin de la Basse Volta, sur la frontière du Togo, il est probable qu’on rencontre aussi le Cola acuminata ; toutefois il n’a point encore été signalé.
Enfin, dans l’Aquapim et principalement aux environs d’Aburi, existe le Cola verticillata, dont les noix ne sont pas exportées.
IV. — TOGO.
La colonie allemande du Togo est surtout un pays de transit pour les Kolas allant de l’Achanti à la Nigéria du Nord.
Quelques petites plantations indigènes y existent bien çà et là au sud du 8e parallèle, mais elles sont d’une faible importance et ne renferment pour la plupart que des Cola acuminata produisant des noix de faible valeur commerciale.
Les premiers renseignements sur les Kolas du Togo sont dus au lieutenant Plehn.
« La seule région du district de Misahöhe où le Kola de valeur se rencontre est celle de Tapa, qui se trouve dans la région montagneuse, vers 7° 30 de latitude N., à environ 400 mètres d’altitude et à une journée de marche de la Volta »[139].
Peu de temps après le Dr Grüner, chef de la station agricole de Misahöhe, a appris l’existence de divers autres centres de culture, situés plus au sud jusqu’à 6° 43′ de lat., notamment aux villages de Kwamikrum, Govieve-Klubi, Ouvusata[140] dont les arbres appartiendraient au Cola vera.
En 1900, le comte Zech, alors chef de district, plus tard gouverneur du Togo, publie de nouveaux renseignements sur les Kolatiers de Tapa rapportés par K. Schumann à son Cola vera.
« Dans les environs de Tapa, écrit Zech, se rencontrent un grand nombre de Kolatiers dont le dénombrement a été fait par l’assistant de la station, M. Mischlich, actuellement chef de la station de Kete-Kratyi ; ce dénombrement comprend 2.308 jeunes sujets et les arbres portant des fruits sont au nombre de 1.209. Un petit nombre de Kolatiers existe aussi au Togo près des mines de Kwawn dans le voisinage de la route de Ahamansen-Kagyehi, près des villages de Gbowiri. Dans toutes ces stations, j’ai pu remarquer que les Kolatiers recherchent de préférence les bois et qu’ils se développent surtout bien dans le voisinage des cours d’eau[141].
D’après cet auteur, les Kolatiers de Tapa proviendraient de graines importées de l’Achanti.
Zech signale aussi une deuxième espèce de Kola croissant aux environs d’Avatime, à une journée de marche au S. O. de Misahöhe. « Une autre sorte de noix de Kola du Togo, dit-il, est dénommée hanurua par les Haoussas ; Plehn la désigne sous le nom de Goro nrua, mais je n’ai jamais entendu employer cette dénomination par des Haoussas. Cette noix se sépare en plus de deux cotylédons, elle se rencontre aux environs d’Avatime et existerait aussi dans le Yorubaland de même que dans certaines parties du Nufé où elle serait assez répandue. Elle est souvent mâchée par les femmes des tribus mahométanes et employée pour la coloration en rouge des dents et des lèvres. Ce hanurua est également amené sur le marché à Kete-Kratyi. Il n’est pas fort prisé par les indigènes, car dans une chanson haoussa on fait la comparaison que le vautour n’est pas de la viande et le hanurua pas un Kola. »
Il est presque certain que l’espèce à laquelle Zech fait allusion ici est le Cola acuminata.
En 1902, O. Warburg, revient sur les Kolatiers du Togo, il signale que d’après Hupfeld, il existe aussi 500 Kolatiers dans le pays de Boem. Mais dans tout le Togo les Kolatiers sont en définitive peu nombreux puisque la région de Tapa qui est la plus riche fournit à peine 20 charges de 25 kilos de noix par an.
Les Kolatiers de Tapa seraient identiques à ceux du pays Achanti : Warburg les nomme Cola sublobata. D’autre part attire l’attention sur les Kolatiers de Owusutang dans le district de Kpandu qui, d’après Bernegau, donneraient des noix à deux cotylédons d’un rouge rubis, ayant le goût et la forme des noix rouges du Libéria « et donnant les mêmes réactions que le Kola de Oberbonjongo au Cameroun ». Warburg nomme cette plante Cola astrophora.
Enfin le Cola d’Avatime, étudié deux ans plus tard par Busse, est considéré par ce dernier auteur comme une espèce nouvelle : Cola Supfiana.
En réalité, ainsi que nous l’avons indiqué dans un autre chapitre, tous les exemplaires d’herbier qui nous ont été communiqués par le Muséum botanique de Berlin, comme types des 3 espèces ci-dessus mentionnées, appartiennent au Cola acuminata. L’existence au Togo d’arbres donnant des noix à deux cotylédons ne saurait être mise en doute après les observations de Grüner et de Zech, mais ces Kolatiers appartiennent probablement à l’espèce Cola nitida.
Il est vraisemblable que le Cola verticillata existe au Togo, mais cette espèce a peu de valeur.
V. — NIGÉRIA.
Dans les parties boisées de la Nigéria du sud, notamment au Bénin, dans le delta du Niger et aux environs de Old-Calabar, le Cola acuminata et probablement aussi le Cola verticillata vivent à l’état spontané. Dans les provinces situées au sud de la forêt et aussi dans les régions occidentales confinant au Dahomey et qui constituaient jusqu’à ces derniers temps la colonie du Lagos, le Cola acuminata est cultivé dans beaucoup de villages. Il remonte assez loin dans l’intérieur puisque Barter l’a observé il y a plus de 50 ans dans le royaume de Nufé ou Noupé et il y existerait encore d’après les renseignements fournis à Zech. Cette espèce est connue dans la Nigéria sous les noms d’Abata et de Fatak. A l’époque du voyage de Barter, elle était, au dire de ce voyageur, la seule espèce existant dans le pays ; les noix de Gonja ou Kolas à deux cotylédons étaient apportées de la Gold-Coast, mais le pays n’en produisait pas. Aujourd’hui des Cola nitida sont cultivés dans quelques villages du Noupé. Le comte Zech a le premier attiré l’attention sur ces Kolatiers, donnant, d’après les indigènes, des noix supérieures à celles de l’Achanti.
« Un indigène de Nufé m’indiqua les neuf stations suivantes dans lesquelles on pouvait rencontrer cette espèce de Kolatier. Laboshi, Tashi, Yakudi, Pagyi, Pagyiko, Kijiboku, Bété, Bida (capitale du Nupé) et Koda.
« Tous ceux qui connaissent bien les noix de Kola, à qui je me suis adressé pour obtenir des renseignements sur ce Laboshi considèrent cette espèce comme beaucoup supérieure au Goro de Gonsha ; elle serait aussi un peu plus grande et plus rouge.
« Tous les arbres de Laboshi du Nupé appartiendraient au roi.
« Ce dernier aurait dans toutes les stations des gardes spéciaux, qui veillent à ce que l’on ne vole aucun fruit. Le roi emploirait lui-même une partie des noix et en utiliserait une autre partie pour offrir aux grands du pays ou pour donner en cadeau à des citoyens de son royaume auxquels il veut faire une grâce particulière. Bien que le vol de noix soit puni de mort, il semble que des noix détournées ou volées arrivent assez souvent dans le commerce. Un indigène de Kano m’a raconté qu’il avait vu lui-même à Kano offrir pour 100 noix Laboshi une valeur de 50 Mks[142]. »
En janvier 1904, l’Herbier de Kew reçut des spécimens botaniques du Kolatier de Labogie, qui permirent à O. Stapf d’identifier la plante avec le Cola nitida de Sierra-Léone, mais les graines étaient plus petites. D’après W.-R. Elliott, forestry officer de la Northern Nigeria, les plantations de ce Kolatier sont situées au fond des vallées humides et abritées, riches en humus, à une altitude comprise entre 450 et 550 pieds. Ils vivent parmi des palmiers Elæis, dans une région où il tombe de 1 m. à 1 m. 25 d’eau par an et où la saison sèche sévit de décembre à avril[143].
Dans la Nigéria du sud, les indigènes cultivent presque exclusivement l’Abata Kola. Il a été notamment signalé en 1904 par M. C. Mac-Leod, dans le district d’Eket, à l’est de Old-Calabar, « vraisemblablement cultivé sur le bord des routes[144]. »
Il est en outre répandu dans les districts côtiers du Lagos. Le Kolatier donnant des noix à deux cotylédons n’existe que dans de rares villages du Lagos ; il est connu des Yorubas sous le nom de Gbanja Kola. Beaucoup de noix de cette espèce sont importées et vendues à Lagos et à Ibadan.
Depuis quelques années, le Cola nitida a été planté par l’administration anglaise, spécialement aux jardins d’Ebute-Metta, d’Olokoméji, d’Old-Calabar.
Nous ferons connaître dans un autre Chapitre l’importance du commerce des Kolas dans la Nigéria, et les quantités élevées de noix qui y sont importées chaque année.
VI. — CAMEROUN.
D’après la monographie de K. Schumann, il existait trois espèces de Kolatiers au Cameroun : le Cola acuminata, le Cola Ballayi, synonyme de Cola acuminata var. kamerunensis, enfin le Cola verticillata, synonyme de Cola anomala. Le Cola nitida a été introduit depuis une dizaine d’années par Bernegau dans les plantations européennes. Ce dernier auteur rapporte que Conrau a vu encore des Kolatiers à 1.200 mètres d’altitude.
On est encore très mal renseigné sur la répartition de ces Kolatiers et sur leur degré de fréquence. Seul le Cola acuminata serait répandu à travers la forêt.
Il est possible du reste qu’il existe dans cette grande forêt d’autres espèces non dénommées. C’est ainsi que Zech signale qu’il a vu des noix venant de Yaunde au Cameroun qui avaient deux cotylédons, mais étaient de couleur un peu plus pâle que les noix de C. nitida. Il s’agit probablement du Cola à amandes à deux cotylédons, signalé aussi au Gabon par Buchet et par le P. Trilles. Zech a montré cette noix à des Haoussas qui l’ont reconnue comme étant le dankwatoffu, qui est transporté de l’Adamaoua dans la Nigéria.
D’après Zech, on importerait un autre Kola de la région de l’Adamaoua sous le nom de gandshigaga : « cette noix serait blanchâtre et aurait deux cotylédons. Elle n’aurait pour le goût rien de commun avec une vraie noix de Kola et serait encore moins bonne que le hanurua ».
Bernegau a bien publié aussi une note sur les Kolatiers du Cameroun[145], mais il ne donne aucun renseignement nouveau sur les espèces de ce pays ; il dit seulement que les noix du Cameroun se divisent en 4 ou 5 cotylédons ; mais il n’a pas fait la lumière sur les intéressantes noix à deux cotylédons mentionnées par le comte Zech.
VII. — CONGO BELGE.
Le Kolatier de Palisot de Beauvois fut découvert par Christian Smith, botaniste de l’expédition anglaise commandée par le capitaine Tuckey et qui reconnut le Bas-Congo en 1816. Il est sans doute commun dans une grande étendue du Congo belge, mais comme le faisait remarquer récemment encore E. De Wildeman, les documents concernant les Kolas utilisables du Congo existent en très petits nombre dans les riches collections du Jardin botanique de Bruxelles. Tout ce que l’on sait sur la distribution de ces espèces est résumé dans le récent travail de T. et H. Durand[146]. Ce que ces auteurs appellent Cola acuminata var. Ballayi K. Schum. est la forme de C. acuminata courante déjà signalée au Gabon et commune aussi au Congo. Le véritable Cola Ballayi existe aussi dans la colonie belge et a été nommé Cola subverticillata par E. De Wildeman.
T. et H. Durand rapportent que le Kolatier commun est nommé Ligo (en magago) et Soro (en azandé).
Les Kolatiers sont signalés dans les provinces de Banana, du Mayumbe, du Stanley-Pool, du Kasaï, du Lac Léopold II, de l’Equateur et de l’Ouellé ; d’après E. Laurent, il existeraient aussi dans l’Aruwimi. Enfin, ainsi qu’il en est rapporté plus haut, Schweinfurth a vu aussi des noix de Kola nommées Nangoué dans le Haut Ouellé. Ces noix étaient probablement les amandes du Cola Ballayi observé par nous dans le Haut Oubangui. Il ne saurait en tout cas s’agir, ainsi que le pense E. de Wildeman, du Sterculia tomentosa. Ce dernier arbre, que l’explorateur allemand avait observé dans tout le bassin du Bahr-el-Ghazal, s’arrête à l’entrée de la forêt congolaise ; de plus, il produit de petites graines de la taille d’un gros haricot, très dures à maturité et tout à fait immangeables. D’autres auteurs ont voulu considérer comme espèce productive de noix de Kola la sterculiacée géante que Schweinfurth signale dans sa relation de voyage sous le nom de Koukourou. Cette dernière n’est autre que le Cola gigantea A. Chev., voisin du Cola cordifolia et produisant comme lui des graines immangeables.
VIII. — FERNANDO-PO.
Le Cola acuminata à 4 ou 5 cotylédons a été signalé depuis longtemps par Barter dans cette possession espagnole. Mann l’y a retrouvé et a en outre récolté dans l’île de Fernando-Pô, un Kolatier très remarquable, désigné par K. Schumann sous le nom de Cola acuminata var. latifolia K. Schum., et sur les amandes duquel nous manquons malheureusement de renseignements. Il est caractérisé par des feuilles larges, ovales-elliptiques, arrondies à la base ; les fleurs sont grandes et renferment ordinairement dix ovules par carpelle. La Guinée espagnole (Rio-Muni et Rio-Bénito) située entre le Cameroun et le Gabon, possède vraisemblablement les espèces signalées au Congo.
IX. — SAN-THOMÉ.
Le Cola acuminata est commun à San-Thomé et croît principalement à travers les plantations de Cacaoyers, depuis le niveau de la mer jusqu’à 800 mètres d’altitude. D’après quelques auteurs, il n’y est pas spontané, mais aurait été apporté de l’Angola ou du Congo depuis une époque reculée. Les Portugais ne le propagent pas et n’en tirent qu’une très faible parti. Les graines transportées par les animaux ont amené la naturalisation de l’arbre jusque dans les forêts montagneuses non encore défrichées et on l’y rencontre en compagnie des Avocatiers et des Psidium également naturalisés.
Au sud de l’île, la principale floraison a lieu en janvier et les cabosses sont mûres en août-septembre. Dans le sol riche des cacaoyères les noix de Kola atteignent un très beau développement et il n’est pas rare d’en rencontrer du poids de 30 à 40 grammes, particularité rare pour cette espèce.
Une seconde espèce, Cola sphærocarpa A. Chev., a été rencontré par nous sur les hauteurs, à proximité du cratère de Lagua Amélia, mais elle n’a aucune valeur économique.
X. — ANGOLA.
De 1854 à 1856, Welwitsch a récolté des Kolatiers dans de nombreuses régions de l’Angola, notamment dans le Galungo-Alto. Suivant une note de cet explorateur publiée par W. H. Hiern, « la plante est à la fois indigène et cultivée dans les districts montagneux et offre un article lucratif pour l’exportation au Brésil. »
Tous les spécimens de cette provenance appartiennent à l’espèce Cola acuminata Schott et Endl.
III. Les Kolatiers en dehors de l’Ouest africain.
Les Kolatiers ont été propagés dans presque toutes nos colonies tropicales où ils pouvaient s’acclimater, et il semble que presque partout c’est le Cola nitida, c’est-à-dire l’espèce produisant les meilleures noix qui a été introduite. Dans les Antilles et à la Guyane le Kolatier a été sans doute apporté à l’époque de la traite des esclaves. Dans la période de 1880 à 1895, M. E. Heckel a fait de nombreux envois de graines dans les pays où la plante n’était pas signalée. C’est ainsi qu’il en existe aujourd’hui en plusieurs points de l’Indo-Chine ; à la Réunion, on en comptait en 1891 dix mille pieds. A Madagascar, on trouve des Kolatiers dans les jardins d’essais et en quelques centres européens ; la culture pourrait être étendue, car les noix de ce pays sont grosses et assez riches en caféine.
Dans l’Afrique orientale allemande, le Kolatier a aussi fait son apparition. On l’a signalé enfin dans les Jardins botaniques de l’Inde, de Java et même en Australie.
Il serait assez répandu au Brésil, au Vénézuéla et en Colombie, mais il est probable que, dans ces pays, existe le Cola acuminata ; les Portugais et les Espagnols qui l’ont acclimaté fréquentaient surtout sur la côte d’Afrique les pays où vit cette dernière espèce à l’exclusion des autres. Il en existe un spécimen dans l’Herbier du Muséum, récolté par Poiteau en 1826, à Cayenne.
Dans les Antilles anglaises et françaises, au contraire, on rencontre exclusivement le Cola nitida. C’est à cette espèce qu’appartient un rameau de l’Herbier du Muséum recueilli par Perrottet vers 1820. Il porte exclusivement des fleurs mâles à androcée presque sessile, ce qui est fréquent dans Cola nitida. Cette particularité prouve que les bons Kolas existent depuis longtemps aux Antilles.
M. W. Harris[147], superintendant du Jardin de Kingston à la Jamaïque, nous apprend que la noix de Kola est un article d’exportation intéressant pour ce pays ; on y cultive seulement l’espèce produisant les noix à deux cotylédons ; elle fut introduite dans la colonie vers 1680. Les noix ont presque toujours deux cotylédons, parfois cependant il se développe un troisième cotylédon réduit.
A la Trinidad, comme le Muscadier, mais en plus petite quantité cependant, on trouve dans les plantations de Cacaoyers, des Kolatiers qui se cultivent d’ailleurs dans les mêmes conditions comme sol, climat, abris et façons[148].
Ces plantes fructifient vers la dixième année ; la récolte est facile ; mais à cause de la petite quantité de produits obtenus jusqu’à ce jour, aucun cours n’a été encore établi sur place pour cette denrée. Cette culture semble être en voie d’extension.
M. Hart en recommande la culture dans cette île « dans les mêmes conditions et les mêmes terres que le cacaoyer. »
Lecomte a vu des Kolatiers de très belle venue dans les Jardins botaniques de Sainte-Lucie et de Port-d’Espagne.
M. Vermond, d’autre part, nous a récemment affirmé qu’il en existait encore quelques pieds à la Guadeloupe et il en est de même à Haïti. Chalot a signalé récemment l’existence de kolatiers produisant des noix à deux cotylédons à la Martinique[149].
CHAPITRE X
Ecologie et Biologie du Kolatier.
RAPPORTS AVEC LES DIFFÉRENTS MILIEUX.
En 1866, Ernst Haeckel, l’illustre savant d’Iéna, dans sa Morphologie générale, a appliqué le nom d’Ecologie à la science des rapports des êtres vivants avec le milieu dans lequel ils sont placés.
E. Warming a relevé la fortune de ce mot en insistant sur la valeur de l’idée à laquelle il répond ; depuis, la plupart des biologistes l’ont adopté et Ch. Flahault, en particulier, l’a admis dans son essai de nomenclature en géographie botanique. « Le milieu, écrit ce botaniste, c’est l’ensemble des conditions physico-chimiques qui composent le climat ; c’est aussi le sol, ce sont encore les êtres avec lesquels un être vivant quelconque est en rapport nécessaire ou non. On doit donc distinguer le milieu climatique, le milieu édaphique, le milieu biologique ».[150]
Passons en revue ces divers facteurs en ce qui concerne les Kolatiers.
1o Milieu climatique. — La climatologie des régions qu’affectionne les Kolatiers est assez bien connue. Il faut à ces arbres pour prospérer un climat chaud et humide, de longues saisons de pluies interrompues par de courtes périodes sèches pendant lesquelles les arbres peuvent fleurir, enfin un éclairage peu intense. Quoique le ciel soit souvent gris dans les pays producteurs de Kolas, les arbres se développent mal en plein air, il leur faut l’abri partiel de la forêt.
Nous possédons les données suivantes sur le climat des principaux centres où on trouve des Kolatiers de belle venue :
A Conakry (Guinée française), les températures moyennes mensuelles sont comprises entre 24° et 28° ; la température descend très rarement au dessous de 20°. La moyenne annuelle des pluies oscille autour de 4 m. ou 4 m. 50. Une période de sécheresse complète s’étend du 15 novembre au 15 avril : les Kolatiers vivant sur un sol mal abrité contre le rayonnement souffrent beaucoup pendant cette période. L’humidité atmosphérique pendant la nuit, même en saison sèche, reste très grande et presque tous les matins on observe dans les lieux découverts une abondante rosée qui fait presque toujours défaut dans les lieux couverts où vit le Cola nitida. Bien que l’alizé du Nord-Est souffle parfois dans cette région, les Kolatiers, presque toujours plantés dans des endroits bien abrités, n’ont guère à en souffrir ; les plus atteints perdent une partie de leurs feuilles à l’époque du vent d’Est.
Dans la partie de la Guinée avoisinant le N. du Libéria (Kissi), où prospère le Kolatier, les conditions sont un peu différentes. Les températures moyennes mensuelles sont comprises entre 23° et 27°. Il tombe environ 2 m. d’eau par an, mais les pluies se répartissent sur une plus longue période. L’hivernage commence parfois en février ; il est interrompu souvent en mai ou en juin par une petite saison sèche pendant laquelle l’air reste néanmoins humide dans les parties boisées. L’alizé du nord-est souffle parfois plusieurs semaines, mais il ne cause des dégâts que dans les lieux découverts.
La forêt de la Côte d’Ivoire est, par excellence, le pays des Kolatiers. A la côte même (Grand-Bassam), on note de 24 à 29° comme moyenne mensuelle des températures, et environ 2 m. de pluies par an ; l’atmosphère est presque constamment humide et le ciel peu lumineux.
Dans l’intérieur de la forêt, les pluies sont fréquentes même en saison sèche. Dans les régions montagneuses du Haut-Cavally, les sous-bois restent mouillés longtemps après les pluies ; un brouillard épais enveloppe souvent le sommet ou les flancs des montagnes ; cette très grande humidité ne paraît pas très favorable au Kolatier, en outre elle favorise le développement des lichens, des mousses et des autres épiphytes qui envahissent parfois toutes ses branches et empêchent le développement des inflorescences.
Dans la partie du Congo située au sud de l’Equateur, les conditions climatériques sont à peu près les mêmes qu’à la Côte d’Ivoire, mais les saisons sont renversées ; c’est-à-dire que la saison des pluies commence en novembre et dure jusqu’en mai. Le Kolatier, comme tous les arbres vivant dans l’un et l’autre hémisphère, est parfaitement adapté à ce jeu des saisons.
Ainsi les Kolatiers du sud du Congo mûrissent la plupart de leurs fruits environ 6 mois après ceux de l’Afrique occidentale française. Dans l’une et l’autre région, les arbres fleurissent ordinairement aux saisons sèches et c’est ce qui explique les variations observées dans les époques de maturation des fruits.
2o Milieu édaphique. — Sous ce nom, on groupe les facteurs relatifs au sol et qui jouent aussi un grand rôle dans la distribution des plantes. Ce sont : la disposition topographique du terrain, la composition physique et chimique des terres, leur degré d’humidité.
Il est rare que le Kolatier croisse à l’état spontané dans les montagnes rocheuses très en pente ; il abonde au contraire dans les plaines occupées par la forêt vierge. Dans la région Libéria-Côte d’Ivoire, c’est le Cola nitida qu’on rencontre ; au Congo et au Cameroun, ce sont surtout les Cola acuminata et Cola Ballayi. Les Kolatiers se plaisent surtout dans les terres recouvertes d’une épaisse couche d’humus. Pourtant, à la Côte d’Ivoire, cette couche est, par endroits, bien mince et la plupart des racines plongent dans la terre ocracée qui constitue le sol de presque toutes les régions de l’Afrique tropicale. Cette terre est généralement assez pauvre en éléments fertilisants. La teneur en azote varie de 0,50 à 1,50 p. 1000 ; teneur en acide phosphorique faible : 0,20 à 1 % ; teneur en potasse, parfois assez élevée, 0,50 à 1,50 % ; teneur en calcaire des plus faibles. Dans presque toute l’Afrique tropicale, les terres sont essentiellement siliceuses ; ce n’est qu’à proximité de certaines roches primitives et par suite de leur décomposition que la proportion de carbonate de chaux contenu dans le sol devient plus élevée.
Au point de vue physique, ces terres se font remarquer par la forte proportion d’argile mélangée à des graviers et à des sables grossiers, ce qui les rend néanmoins perméables. Les Kolatiers n’enfoncent pas à une grande profondeur le pivot de leur racine principale. Celle-ci produit un grand nombre de ramifications dont les extrémités forment un chevelu dans l’humus superficiel de la forêt.
Les sols compacts qui ne retiennent pas l’humidité sont défavorables au Kolatier ; les terres mélangées d’humus et ombragées par la forêt, qui gardent même pendant les périodes de longue sécheresse, une forte proportion d’eau, lui conviennent particulièrement.
Il ne faut pas cependant que cette humidité soit exagérée.
Le Cola nitida, par exemple, vit souvent dans la forêt de la Côte d’Ivoire, au bord des dépressions qui inondent à la saison des pluies, mais il ne se rencontre pas au centre de ces dépressions occupées par des îlots de Raphia et où l’eau reste à l’état stagnant pendant plusieurs mois.
3o Milieu biologique. — A l’état naturel, les Kolatiers sont au nombre des essences constituantes de la forêt vierge de l’Afrique tropicale occidentale : ils entrent dans la formation du deuxième étage de cette forêt ; de grands arbres, comme les Eriodendron, diverses espèces appartenant aux familles des Mimosées, des Artocarpées, des Euphorbiacées, etc., les dominent ; de leur côté, ils abritent un sous-bois d’arbustes et de petits arbres. Les lianes qui s’épanouissent au sommet des grands arbres enveloppent très rarement le tronc et les branches des Cola ; elles leur seraient nettement défavorables. Par contre, de nombreux épiphytes vivent souvent sur le tronc et dans la fourche des branches.
Au pied des Kolatiers, si l’ombrage n’est pas trop épais, on trouve souvent des Zingibéracées et les indigènes plantent parfois dans cette station l’Aframomum Melegueta, qui y prospère.
Dans les parties les plus profondes de la forêt, le sol est souvent nu ; la demi obscurité qui s’étend sur le sol empêche le développement des plantes à chlorophylle ; les feuilles et les brindilles mortes tombées à la surface du sol sont clairsemées et promptement détruites par les champignons saprophytes.
Dans les clairières de la forêt, créées par les déboisement des indigènes, le Kolatier ne reste vigoureux que s’il est bien abrité ; enfin, il fait toujours défaut à travers les savanes, même si elles sont très boisées.
Quant aux parasites animaux ou végétaux, ils occasionnent des préjudices surtout aux Kolatiers cultivés. Nous les passerons en revue dans les chapitres relatifs à la culture.
RAPPORTS DES KOLATIERS ENTRE EUX.
Les Races. — Les quatre espèces de la section Eucola actuellement bien connues : Cola nitida, C. acuminata, C. verticillata, C. Ballayi, constituent un ensemble homogène, une unité systématique de valeur bien définie, dérivant de ce que Hugo de Vries appelle un type primitif. Chacune forme une espèce élémentaire, nettement caractérisée par un ensemble de différences dans la forme des différents organes. Toutes les quatre présentent cependant un grand nombre de caractères communs : même mode de vie, même forme générale des feuilles, mêmes inflorescences, même périanthe. Toutes les quatre sont cultivées, mais elles vivent aussi à l’état sauvage dans les forêts de l’Afrique occidentale.
Les plantes sauvages présentent pour une même espèce élémentaire de Kolatier des variations profondes permettant de supposer que chacune est formée d’un mélange de races différentes, mais l’étude de la flore africaine n’est pas encore assez avancée pour qu’il soit possible de distinguer toutes ces races ou espèces jordaniennes. C’est seulement dans la Cola nitida étudié par nous plus en détail qu’il a été possible de caractériser les quatre formes décrites dans un chapitre précédent.
Deux de ces sous-espèces, Cola pallida et Cola rubra, sont les seules qui aient été rencontrées jusqu’à ce jour à l’état sauvage.
Presque partout c’est le Cola mixta à noix rouges et à noix blanches qui est cultivé. Cette culture date de temps immémorial et à l’époque où l’Islam pénétra dans les régions soudanaises, vers le XIe siècle, il est probable qu’elle était déjà ancienne.
Chose inattendue, ce n’est pas au milieu de la zône, où le Cola nitida est spontané, que sa culture s’est développée, mais à la lisière nord de cette zône, sur les confins de la forêt et même en pleine zône des savanes. Cette anomalie s’explique par le voisinage de la région soudanaise. Les peuples de race soudanaise sont ceux qui apprécient davantage les noix de Kola.
La culture des Kolatiers n’étant pas possible dans leur pays ils sont venus chercher les précieuses noix dans les pays producteurs les plus rapprochés, c’est-à-dire à la limite nord de la forêt vierge et c’est ainsi que la culture de l’arbre a pris naissance dans ces contrées. Il n’y a pas eu de véritable culture à l’origine. Quand les peuplades forestières ont abattu la forêt pour cultiver des ignames, des bananiers ou du sorgho, ils ont respecté les arbres qui leur donnaient des produits utilisables directement et dont ils pouvaient tirer parti par des échanges commerciaux. Les graines abandonnées sur le sol produisaient en outre des germinations qu’on conservait ainsi et qu’on a fini par transporter dans des lieux plus appropriés. C’est à cela que se réduit encore de nos jours la culture du Kolatier chez la plupart des peuplades de la forêt.
L’arbre ainsi transplanté, non sélectionné, privé des soins qu’on donne habituellement aux arbres cultivés s’est très peu amélioré dans un sens utile. Nous avons rencontré dans la forêt vierge du Pays Abé une forme sauvage du Cola rubra, qui donne des amandes beaucoup plus grosses que les Kolatiers cultivés.
Cependant la culture a probablement fait naître, par mutation, des races nombreuses qui ont été conservées sans discernement, alors qu’elle ne constituaient pas toujours des variations intéressantes pour la production des noix de Kola.
Comme le fait remarquer un auteur cité dans un chapitre précédent, les indigènes arrivent à reconnaître dans les noix de Kola des variétés nombreuses, exactement comme nous reconnaissons des crûs très divers dans nos vins. Les Kolas du Samo, des îles Scherbro, du pays Tôma, du Kissi, de l’Achanti, de Labogie ne sont pas identiques par leur saveur et leurs propriétés, au dire des indigènes, et cependant ils appartiennent à la même espèce globale, de la même manière que tous les pommiers cultivés qui produisent des fruits à saveur si variable dérivent d’une seule espèce globale Pyrus Malus, qui comprend aussi, comme le Cola nitida, un certain nombre d’espèces élémentaires.
En résumé, comme chez la généralité des plantes cultivées et notamment chez les arbres, l’espèce botanique serait un groupe d’espèces élémentaires, pour la plupart déjà existantes dans la nature et que l’homme a seulement sélectionnées. Cette interprétation des faits, formulée par Hugo de Vries pour les arbres fruitiers des pays tempérés[151], nous paraît s’appliquer aussi aux Kolatiers, cultivés de temps immémorial en Afrique occidentale.
La vie végétative. — Les Kolatiers se comportent comme la plupart des arbres des forêts tropicales à saisons sèches et à saisons pluvieuses différenciées. Ils sont halophiles, c’est-à-dire qu’ils peuvent supporter quelque temps un climat sec. Cependant leurs organes sont adaptés surtout aux climats humides et s’accomodent mal des sécheresses prolongées.
Les feuilles sont coriaces et persistantes. Dans les endroits mal abrités, elles peuvent tomber simultanément en saison sèche sur la plupart des rameaux, mais cette défoliation est de très courte durée.
Ces feuilles dans le jeune âge sont excessivement sensibles à la lumière et nous avons décrit, dans un chapitre précédent, le mécanisme par lequel le limbe s’incline plus ou moins, de manière à recevoir l’éclairage optimum.
Comme toutes les Sterculiacées, les espèces du genre Cola présentent dans leurs divers organes des canaux et des cellules à mucilage. Dès qu’une blessure intéressant les tiges ou les racines découvre les tissus sous-épidermiques, une quantité plus ou moins abondante de mucilage est extravasée et en se solidifiant forme une masse gommeuse recouvrant la plaie. Pendant ce temps la plante cicatrise la blessure, à moins qu’elle ne soit trop profonde. C’est ce qui arrive pour les galeries creusées par le Phosphorus Jansoni dans les jeunes branches, qui ne tardent pas à se dessécher malgré l’exsudation de mucilage.
La fonction de reproduction. — Les Kolatiers fleurissent pendant une grande partie de l’année, mais surtout pendant les saisons sèches. Les fleurs sont cachées sur les parties de l’arbre les moins éclairées et dans les mêmes inflorescences elles ne s’épanouissent que lentement, les unes après les autres.
Ces fleurs présentent une remarquable particularité biologique.
Le polymorphisme sexuel est des plus compliqués.
Nous avons étudié ce polymorphisme chez les diverses races de Cola nitida. Elles possèdent comme toutes les espèces du genre Cola deux sortes de fleurs :
1o des fleurs exclusivement mâles avec un gynécée rudimentaire ;
2o des fleurs hermaphrodites ou plus exactement d’apparence hermaphrodite, constituées par un gynécée normal, entouré à la base d’une double couronne de 10 étamines (20 thèques au total) paraissant normalement constituées et renfermant des grains de pollen. Heckel assure que ces anthères contiennent un pollen souvent avorté. Tschirch et Œsterlé sont moins affirmatifs.
Pour être fixé, il faudrait faire des expériences de pollinisation qui n’ont pas encore été tentées. Plusieurs raisons nous font cependant supposer que l’autofécondation ne se produit pas : 1o dans les fleurs d’apparence complète, les anthères sont disposées de telle sorte que les grains de pollen peuvent parvenir difficilement aux stigmates ; 2o les fleurs mâles sur un arbre normal sont 20 fois plus nombreuses que les fleurs d’apparence complète et l’on ne comprendrait pas l’utilité de ces fleurs si l’autofécondation était possible ; 3o au moment où la déhiscence des sacs polliniques va s’opérer, un peu avant l’ouverture des lobes du périanthe, les fleurs du Kolatier dégagent un parfum spécial que l’on a comparé à l’odeur cadavérique ou à l’odeur d’excréments et ce parfum doit attirer les insectes qui ont pour fonction de transporter les grains de pollen d’une fleur à l’autre. Effectivement dans les fleurs mâles de Kolatier non complètement ouvertes on trouve habituellement nombre de petits insectes.
Nous pensons donc que la fécondation croisée est la règle dans les Kolatiers. Par fécondation croisée, il faut entendre l’apport du pollen d’une fleur à une autre fleur qui peut néanmoins appartenir à un même arbre.
Nous avons dit plus haut que les fleurs mâles sont environ 20 fois plus nombreuses que les fleurs d’apparence complète. Ces fleurs mâles sont distribuées de différentes manières.
D’abord il existe des Kolatiers qui produisent, au moins à un stade de leur vie, exclusivement des fleurs mâles et c’est sans doute ce qui explique cette affirmation des indigènes qu’il y a des Kolatiers toujours stériles.
Les noirs les conservent malheureusement dans leurs plantations, ce qui peut amener la fixation de cette race à sexes séparés ou au moins l’augmentation des individus mâles, à moins toutefois que les pieds constituent un état physiologique spécial. Nous n’avons jamais séjourné assez longtemps dans une région pour savoir si ces Kolatiers restaient mâles et improductifs de graines tous les ans, ou si au contraire cette unisexualité ne constitue qu’un stade dans la vie de l’arbre. Nous avons observé pour la première fois des Kolatiers cultivés à fleurs toutes mâles dans le Fouta-Djalon, au-dessus de 700 m. d’altitude, en 1905. Les arbres étaient tout aussi vigoureux qu’aux bords de la mer, mais à cette altitude, au dire des indigènes, ils sont souvent stériles et cela tient, selon nos observations, à ce qu’ils ne produisent presque plus que des fleurs mâles.
En 1907, nous avons revu, dans la forêt de la Côte d’Ivoire, des Kolatiers, ceux-là spontanés, ne produisant que des fleurs mâles.
Le plus souvent, c’étaient de jeunes arbustes, poussant dans l’épaisseur de la forêt. Les plantes s’étaient démesurément allongées alors que leur tronc était resté très grèle. Grâce à cette élongation, la plante condamnée à disparaître sous la voûte sombre de la forêt finit par amener quelques rameaux feuillés à hauteur de cette voûte. A ce moment, elle est sauvée et elle peut lutter contre les autres végétaux qui vivent dans son voisinage. Or, la plupart des Kolatiers vivant dans ces conditions ne portent que des fleurs mâles et souvent en très grande abondance. Le périanthe des fleurs est aussi très réduit, ce qui nous avait fait croire tout d’abord que nous nous trouvions en présence d’une espèce distincte du C. nitida.
Le plus souvent les Cola sauvages ou cultivés portent au moins quelques fleurs d’apparence complète (fleurs femelles). Sur ces arbres, certains rameaux donnent exclusivement insertion à des inflorescences mâles, puis quelques branches, cachées dans l’épaisseur de la ramure de l’arbre, portent quelques inflorescences mixtes.
Sans des études expérimentales, il est impossible d’expliquer cette disjonction des sexes, tendant à la dioïcité.
Si l’on multipliait par greffe ou bouture ces rameaux ne portant que des fleurs mâles en obtiendrait-on un Kolatier mâle ? Hugo de Vries cite un grand nombre d’arbres et d’arbustes cultivés dans les jardins, constituant des variétés horticoles, qui dérivent ainsi d’un rameau aberrant né sur une plante normale et multipliés ensuite par la culture. Plus tard, les arbres ainsi sélectionnés produisent parfois un ou plusieurs bourgeons qui donnent des rameaux ayant repris les caractères de la plante normale d’où ils dérivent. C’est ce que Hugo de Vries nomme des bourgeons ataviques.
Nous pensons que nos Kolatiers à fleurs toutes mâles sont des anomalies dont certains bourgeons font parfois retour au type d’origine en produisant des inflorescences bisexuées.
En général, on observe quelques fleurs femelles dans chaque inflorescence mâle. Le plus souvent les choses se passent de la manière suivante : sur un rameau florifère, issu d’un bourgeon, on observe quelques racèmes de fleurs toutes femelles (ou complètes ?) à la base du rameau. Plus haut se montrent des grappes de fleurs mâles qui portent à leur extrémité quelques fleurs femelles, enfin l’extrémité du rameau ne donne plus insertion qu’à des grappes de fleurs toutes mâles.
Il est très rare de constater l’inverse, c’est-à-dire des grappes mâles à la base et femelles au sommet.
Cette production, par le même arbre, à des stades successifs, de fleurs femelles et de fleurs mâles, a sans doute pour but d’empêcher l’autofécondation. Lorsqu’un Kolatier épanouit ses grappes de fleurs mâles, ordinairement les grappes de fleurs femelles ont leur pistil fécondé depuis longtemps, de sorte que le pollen a dû être apporté d’arbres voisins qui se trouvaient à un autre stade de végétation.
Nous n’avons que très rarement observé des Kolatiers produisant des fleurs femelles en plus grande quantité que des fleurs mâles. Enfin, nous n’avons jamais vu ni dans les cultures, ni à l’état sauvage, des Kolatiers produisant exclusivement des fleurs femelles ou plus exactement des fleurs d’apparence hermaphrodite.
Les faits que nous venons d’exposer montrent qu’il y aurait le plus grand intérêt à greffer le Kolatier en prélevant des greffons sur des arbres produisant beaucoup de fleurs femelles, puisque souvent la stérilité provient vraisemblablement de l’absence ou de la rareté des fleurs pistillées.
On rencontre dans les régions tropicales un assez grand nombre de végétaux dont le polymorphisme floral ressemble à celui des Kolatiers. Nous avons déjà eu l’occasion de signaler le Palmier à huile (Elæis guineensis) qui est dans ces conditions (Végét. ut., VII, p. 37).
Si nous adoptons la terminologie admise par R. Chodat, le Kolatier est normalement andromonoïque, c’est-à-dire qu’à côté des fleurs hermaphrodites, il y a aussi des fleurs mâles.
Enfin, dans certains cas, il peut devenir androdioïque, c’est-à-dire qu’à côté des individus monoïques, on en trouve d’autres exclusivement mâles. Ce dernier cas constitue sans doute une anomalie. Des Kolatiers à fleurs toutes mâles ne s’observent, comme nous l’avons dit, que dans les parties très ombragées de la forêt ou sur les montagnes. Chodat a déjà observé, à propos d’autres plantes, que « les expériences de culture montrent qu’on peut, par une diminution de la fertilité du sol ou une luminosité amoindrie, augmenter considérablement la proportion de fleurs unisexuées sur les andromonoïques »[152]. La prédominance des fleurs mâles, ou même l’existence de ces fleurs, à l’exclusion des autres, s’expliquerait donc par des conditions climatiques ou édaphiques défavorables au Kolatier.
Entre l’épanouissement des fleurs et la maturation des fruits des Kolatiers, il s’écoule ordinairement 6 mois. Ainsi que nous l’avons signalé, les fruits se développent ordinairement dans les parties les plus touffues de l’arbre non exposées à la lumière et ils s’insèrent sur des branches assez fortes.
Dès le jeune âge, le petit embryon contenu dans le sac embryonnaire est divisé en autant de cotylédons qu’il en aura à l’état adulte et il possède déjà la coloration de la noix adulte : il est rouge si elle doit être rouge, blanc ou rosé dans le cas contraire.
Les races. — Nous devons nous borner à signaler la présence de noix rouges et de noix blanches sur les mêmes arbres et souvent dans les mêmes follicules chez la majorité des Kolatiers spontanés ou cultivés en Afrique occidentale, ainsi que l’hérédité constante de ce caractère, mais nous n’avons pu trouver encore aucune explication de cette curieuse particularité dont nous ne connaissons pas d’analogue dans le règne végétal.
C’est cette considération qui nous a amené à diviser le Cola nitida en 4 sous-espèces, se différenciant par des caractères minimes ; mais, d’après les indigènes, ces caractères seraient constants et héréditaires.
Une des sous-espèces, le Cola pallida, se différencie par des caractères autres que la coloration des noix, mais les autres, Cola rubra, C. alba, C. mixta, ne présentent pas de différence en dehors de la coloration des noix ou des fleurs.
Ces Kolatiers peuvent se grouper, ainsi que nous l’avons déjà dit, de la manière suivante :
1o Kolatiers produisant exclusivement des noix rouges : C. rubra, (rares, sauf dans le pays Achanti) ;
2o Kolatiers produisant exclusivement des noix blanches : C. alba (très rares) ;
3o Kolatiers produisant des fruits dont les uns renferment seulement des noix rouges et les autres exclusivement des noix blanches, ou arbres produisant des follicules dans lesquelles les noix rouges et les noix blanches sont en mélange : C. mixta. Les Kolatiers de cette 3e catégorie forment les 99 % des plantations.
Toujours les noix sont rouges, blanches ou rosées ; on trouve très accidentellement des embryons ayant une coloration moitié rouge et moitié blanche ou des marbrures des deux couleurs.
Nous avions pensé tout d’abord que les noix blanches étaient simplement un lusus, un de ces cas d’albinisme qui sont si fréquents dans la nature et qui ne sont ordinairement pas héréditaires. Mais comme les noix blanches se reproduisent tous les ans chez les mêmes arbres et en assez grande proportion, dans plusieurs régions à la fois, nous avons cherché une autre explication.
On peut d’abord supposer que les deux sortes de graines sont destinées à produire des arbres ayant des rôles physiologiques différents à remplir au point de vue de la conservation de l’espèce : les unes, par exemple, seraient destinées à la production du pollen fécond et les autres destinées à produire plus particulièrement des arbres à fleurs femelles. Hugo de Vries a cité des cas de différenciation sexuelle de ce genre.
Ce serait un cas de dimorphisme sexuel où les sexes pourraient se différencier dès l’embryon qui aurait une coloration différente suivant qu’il serait destiné à produire l’un ou l’autre sexe.
On peut aussi supposer que les Kolatiers produisant des noix blanches et des noix rouges, sont des descendants de lignées d’origine hybride. On ne connaît pas à l’état sauvage des Kolatiers à noix blanches, mais rien ne s’oppose à ce qu’il en existe ou à ce qu’il en ait existé. Il a donc pu se produire dans la nature ou dans les plantations des croisements entre ces deux races.
Le Cola mixta serait le résultat de cette hybridation et sa propriété curieuse de produire des noix rouges (dans la proportion moyenne de 66 à 75 %) ainsi que des noix blanches et parfois aussi quelques noix de teinte intermédiaire, l’aurait fait multiplier par les indigènes, à l’exclusion des parents dont il serait issu.
Mais si ce Cola a vraiment une origine hybride, on devrait, suivant la loi de Mendel, observer constamment dans les générations successives, le retour partiel à l’un et l’autre des parents.
Si la loi de Mendel était applicable aux Kolatiers, les choses devraient se passer de la manière suivante :
La coloration rouge des noix étant sans aucun doute le caractère dominant par rapport à la coloration blanche, c’est ce caractère qui persisterait au premier croisement, celui de l’autre sous-espèce serait masqué ou latent. La première fécondation croisée donnerait donc exclusivement des noix rouges. Dès la deuxième génération, suivant la loi de Mendel, notre hybride devrait fournir :