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L'esprit dans l'histoire

LXI

Reading edition

Nous avons raconté ailleurs[641], dans toute leur effroyable réalité, les détails des dernières heures de Robespierre, et nous nous sommes efforcé de prouver d'une façon définitive comment sa mort n'a pas été le résultat d'un suicide, ainsi qu'on l'a répété si souvent depuis que l'Histoire de la Révolution par M. Thiers a donné à cette erreur sanction et popularité[642].

Nous ne reprendrons pas cette thèse. Un autre point plus obscur de la biographie de Robespierre nous occupera. Ce n'est pas l'histoire trop rebattue de l'homme, mais l'histoire très peu connue de l'une de ses œuvres, que nous vous dirons; en un mot, nous vous ferons savoir comment c'est un pauvre abbé qui fit, sous le nom et pour la plus grande gloire de notre avocat d'Arras, le rapport sur l'Être suprême, lu à la Convention le 7 mai 1794.

Je prends textuellement ce récit dans un rare et curieux petit livre: La Harpe peint par lui-même[643]:

«M. Porquet est digne d'être distingué par sa prose, particulièrement pour un discours que personne au monde ne lui aurait attribué, si M. de Boufflers, son élève, n'eût trahi son secret. Voici le fait, tel que nous le tenons de cet académicien lui-même:

«En 1794, l'abbé Porquet demeurait à Chaillot; là, vivant dans une solitude profonde, il avait pensé qu'il était à l'abri de la faux révolutionnaire, qui à cette époque moissonnait tant de victimes. Quelle fut un jour sa surprise, et quel fut son effroi, lorsqu'il reçut une invitation de Robespierre de se rendre sur-le-champ auprès de lui! Une pareille invitation n'était rien moins qu'un ordre. Il obéit et se présenta tout tremblant devant cet arbitre suprême de la vie et de la mort de tous les Français.

«Robespierre sourit en le voyant. «Ne craignez rien, lui dit-il, je connais votre patriotisme, et, mes occupations ne me laissant pas le temps d'écrire, j'ai recours à votre plume. Sous quatre jours, je dois prononcer à la Convention un discours pour annoncer et faire légaliser la Fête de l'Être suprême; j'ai jeté les yeux sur vous pour me faire ce discours, dont la lecture ne doit point passer une heure. Vous voudrez bien me le remettre sous trois jours.»

«Deux jours après, l'abbé Porquet eut fini ce discours qu'on trouva bien différent de tous ceux que Robespierre avait composés jusqu'alors. Le petit nombre de connaisseurs qui pouvaient, à cette époque, juger sans passion et sans partialité, trouvèrent que l'avocat d'Arras avait fait des progrès dans l'art d'écrire[644].»

Robespierre prêchant au milieu de sa fête déiste un sermon écrit par le vieil aumônier du roi Stanislas, me fait songer au R. P. Pacaud, lequel, s'il faut en croire l'abbé L'Écuy[645], prêcha vers 1750, à Notre-Dame, les cinq volumes de sermons du protestant Jacques Saurin, «mot à mot, dit l'abbé, sans y rien changer[646]».

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