← Table of contents
L'esprit dans l'histoire

XXIII

Reading edition

Que de choses dans l'histoire de François Ier, surtout dans la partie galante, que de choses à ramener aussi de la vérité arrangée à la vérité réelle, ou, plus souvent encore, du faux et de l'absurde au raisonnable et au vrai!

Ainsi le dernier épisode de ses amours avec Mme de Chateaubriand, qu'un mari en réalité fort brave homme, d'accommodante humeur, et qui pleura bien sa femme[259], mais transformé en Barbe-Bleue farouche par Varillas[260], Lesconvel, Mme de Muralt[261] et mille autres, pour les besoins de leurs romans, aurait, disent ces inventeurs, ensanglanté de la plus barbare manière, et avec un raffinement de vengeance presque égal à celui dont le châtelain de Coucy et la dame de Fayel passaient pour avoir été victimes[262].

C'est un roman qu'on a donné pour pendant à un roman.

Ainsi encore, tout le mensonge que ne font pas même pardonner les beaux vers du Roi s'amuse, où l'on nous donne comme certain l'amour de François Ier pour Diane de Poitiers, bien que rien ne prouve ces rapports du père avec celle qui devait être plus tard la maîtresse de son fils[263], et par lequel encore, non content de cette sorte d'inceste de la main gauche, on cherche à flétrir l'acte de clémence du roi pour le père de Diane, en disant que celle-ci l'avait payé de son déshonneur. Si le roi n'eût pardonné qu'à ce prix honteux, il eût pardonné tout à fait, car des grâces ainsi achetées ne se donnent pas à moitié, et il n'eût pas gardé M. de Saint-Vallier en prison plus de quatre ans après[264]. Croyez que s'il fut clément, c'est à cause du gendre, mari de Diane, M. de Brézé, féal et dévoué serviteur, que son zèle pour le roi avait conduit à dénoncer M. de Saint-Vallier, mais sans nul doute avec l'espoir du pardon: le châtiment de celui qu'il livrait l'eût trop puni lui-même[265].

Ainsi, enfin, l'histoire de la belle Féronnière[266], nouveau roman de vengeance conjugale, qu'on ramène à la réalité en le débarrassant des détails et du dénouement hideux dont, le premier de tous, Louis Guyon[267] s'est plu à le charger, de sa pleine autorité d'inventeur de scandales, et en le circonscrivant dans le cadre gracieux de cette XXVe nouvelle de l'Heptaméron, qui en est le seul récit véritable.

Ici, du moins, sous la plume sincère et charmante de la reine de Navarre, plus de vengeance immonde, plus de honteuse contagion dont le mari s'infecte et apporte le germe, qui surprend le roi sur le lit adultère, et qui, après l'avoir dévoré pendant de longues années de souffrance, finit par l'emporter. Ce sont les conteurs qui ont ajouté cela, toujours d'après L. Guyon; les historiens suivirent, Mézeray en tête, copiant, exagérant le premier récit.

Pour bien terminer leur aimable histoire, il ne leur fallut rien moins que la lente agonie et la mort de François Ier. Malheureusement pour eux, l'on sait, par des témoignages beaucoup plus dignes de créance, que le roi ne fut pas éprouvé certainement par une aussi longue et aussi impitoyable maladie. Le post-scriptum d'une lettre du cardinal d'Armagnac nous fait voir que, moins d'un an avant sa mort, le roi était en aussi parfaite santé que l'homme le plus robuste et le plus sain de son royaume[268].

Peu de temps après la première édition de notre livre, parut une brochure qui, sur ce point, lui donna complètement raison. En voici le titre: De quelle maladie est mort François Ier[269]. L'auteur, M. Cullérier, chirurgien à l'hôpital du Midi, et l'un des plus compétents sur cette redoutable matière, conclut comme nous que le mal qui emporta le vainqueur de Marignan n'était pas vénérien; c'était une fistule au périnée.

Notes in this chapter

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings