LII
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L'on a douté quelquefois de la réalité du mot si chevaleresque, si français, c'est tout dire, que M. le comte d'Auteroches, lieutenant des grenadiers, adressa à lord Charles Hay et à ses gardes anglaises, le jour de la bataille de Fontenoy: Messieurs les Anglais, tirez les premiers. M. Alexis de Valon, quoiqu'il soit de ceux qui doutent, en a fait, dans un article de la Revue des Deux-Mondes[553], l'objet d'une chaleureuse digression tout à l'honneur des vaillantes vertus de l'ancienne armée de France. Quant à moi, je tiens le mot de M. d'Auteroches pour très authentique, surtout si on le ramène à l'exacte réalité. Les deux troupes sont en présence. Lord Hay crie en s'avançant hors des rangs: «Messieurs les gardes françaises, tirez.» M. d'Auteroches alors va à sa rencontre, et le saluant de l'épée: «Monsieur, lui dit-il, nous ne tirons jamais les premiers; tirez vous-mêmes[554].»
Or, c'était de tradition dans l'armée: on laissait toujours, par courtoisie, l'avantage du premier feu à l'ennemi.
Ici la nation qui a établi cet usage chevaleresque n'a pas droit à moins d'honneur que l'officier qui l'a si bien mis en pratique.
M. d'Auteroches n'est pas célèbre que par ce mot-là. C'est lui qui dit encore, à propos du siège de Maëstricht, à quelqu'un qui prétendait que la ville était imprenable: «Ce mot-là, Monsieur, n'est pas français[555].» C'est ce qu'on a dit depuis pour impossible.