CHAPITRE XIII
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L’empire de Tekrour et les Etats secondaires.
A maintes reprises, au cours de cet ouvrage, j’ai mentionné le nom de l’empire de Tekrour comme celui de l’un des Etats indigènes qui ont joué un rôle considérable dans l’histoire du Soudan depuis les premiers siècles de notre ère : cependant, les territoires qui ont constitué cet empire étant situés, d’une manière générale, en dehors des limites de la colonie actuelle du Haut-Sénégal-Niger, je n’ai pas cru devoir consacrer un chapitre spécial à cet Etat ; néanmoins, il me paraît indispensable, en raison de l’influence qu’il a exercée sur les autres Etats ou que ceux-ci lui ont fait subir, de donner au moins un résumé de son histoire, telle qu’elle m’apparaît d’après les quelques documents que j’ai eus entre les mains[327].
Dans le Haut-Sénégal-Niger proprement dit, d’autre part, bien des Etats ont existé dont l’importance, pour avoir été locale, n’en a pas moins été réelle : les uns n’ont été que des royaumes plus ou moins vassaux des grands empires dont nous avons parlé déjà, les autres ont su garder leur indépendance. Chacun de ces petits Etats mérite également de trouver ici son histoire, si succincte qu’elle soit.
Delafosse Planche XXVI
Cliché Paulin Fig. 51. — Tombouctou, vue générale.

Fig. 52. — Les restes de l’ancien fort de Médine, près de Kayes.

I. — L’empire de Tekrour.
J’ai dit précédemment que la ville de Tekrour, qui donna son nom à l’empire dont elle fut momentanément la capitale et à la population centrale de cet empire — celle des Tekarir ou Toucouleurs —, était vraisemblablement située sur le Sénégal, tout près du village et du poste actuels de Podor[328].
Il est très probable que « Tekrour » n’était pas le nom indigène de cette ville et que ce nom lui a été donné par les Berbères, lesquels nous l’ont transmis par l’intermédiaire des Arabes, de même qu’ils nous ont transmis par l’intermédiaire des Ouolofs celui par lequel nous désignons les « Toucouleurs »[329].
Quoi qu’il en soit, cette ville dut être célèbre dès une époque très ancienne parmi les populations sahariennes et soudanaises vivant à proximité du Sénégal ; ses premiers habitants devaient appartenir à une population de race noire — ainsi que le dit expressément Yakout —, dont les descendants sont encore appelés aujourd’hui « Tekrouriens » (Tekarir) par les Maures leurs voisins et « Toucouleurs » par les Français, sous la réserve cependant que les Toucouleurs actuels sont, comme je l’ai dit, un amalgame très composite de peuples divers dans lequel l’ancien peuple autochtone de Tekrour ne forme sans doute qu’un élément restreint.
Elle fut la capitale d’un Etat nègre qui devait chevaucher sur les deux rives du Sénégal, s’étendant même davantage sur la rive nord, à une époque où les Berbères ne s’étaient pas encore avancés vers le Sud plus loin que l’Adrar mauritanien et où les Ouolofs, les Sérères et les Toucouleurs étaient répandus dans le pays habité aujourd’hui par les Maures Trarza et Brakna. Depuis une date qu’il est impossible de fixer jusque vers la fin du VIIIe siècle de notre ère, le pouvoir était entre les mains d’une famille autochtone appartenant, disent certaines traditions, au clan des Sal. L’autorité de l’empereur de Tekrour s’étendait, non seulement sur les Tekrouriens proprement dits, lesquels habitaient le Fouta actuel et la rive nord du Sénégal faisant face au Fouta, mais aussi sur les Sérères et les Ouolofs : c’est l’ensemble de ces trois peuples, semble-t-il, qu’Edrissi désignait sous le nom de Maghzara.
Les villes principales de l’empire étaient : Aoulîl (sur la côte de l’Atlantique, au Nord du lac de Biakh ou lac de Teniahya) qui fournissait le sel et l’ambre gris ; Senegana, chef-lieu de la province du même nom et du pays ouolof, qui devait se trouver d’après Bekri à l’embouchure du Sénégal, à peu près à l’emplacement actuel de St-Louis ; enfin Tekrour, capitale de l’empire et résidence habituelle du souverain, dont les habitants, au dire d’Edrissi, se vêtaient — au XIIe siècle — de couvertures de laine et se coiffaient de petits turbans de même tissu, les gens riches seuls portant des vêtements de coton et des sortes de burnous. L’empereur ne résidait pas toujours à Tekrour même puisque, lors de l’arrivée des Judéo-Syriens au Fouta, il habitait à Guédé, sur le marigot de Doué, un peu au Sud-Est de Podor et par conséquent de Tekrour. Le Guidimaka et le Galam devaient former les provinces extrêmes de l’empire ; nous avons vu que ces pays commencèrent, durant la seconde moitié du VIIIe siècle, à être colonisés par des Soninké venus du Ouagadou ; lorsque l’empire de Ghana fut, un peu plus tard, commandé par des Soninké, le Guidimaka et le Galam devinrent, au moins en partie, des dépendances de Ghana.
Vers l’an 800, Ismaïl, l’un des chefs de l’immigration judéo-syrienne au Fouta, s’empara du pouvoir, qui demeura pendant deux siècles environ entre les mains des Judéo-Syriens, lesquels devinrent les Peuls.
Au début du XIe siècle, Mahmoud, le dernier empereur judéo-syrien, fut tué par un Tekrourien nommé Ouâr Diâdié, Ouâr Diâbi ou Ouâr Ndiaye, fils de Râbis[330]. Ce personnage fut le premier prince de la deuxième dynastie toucouleure, ou tout au moins autochtone, du Tekrour, laquelle demeura au pouvoir environ trois siècles ; il se convertit à l’islamisme, fit embrasser la religion nouvelle par la majorité des Toucouleurs et par les Soninké de Silla (Galam), et mourut en 1040. Ses successeurs embrassèrent le parti des Almoravides et leur fournirent des contingents, ainsi qu’on l’a vu plus haut.
Les Soninké-Sossé de la famille de Soumangourou Kannté, chassés du Kaniaga par l’empereur mandingue Soundiata en 1235 et émigrés au Tekrour vers 1250, parvinrent à détrôner le dernier représentant de la dynastie issue de Ouâr Diâdié, en s’appuyant sur le clan toucouleur des Dénianké, rival et ennemi de celui des Koliâbé[331]. On eut ainsi, de 1250 à 1350 environ, la dynastie des Sossé.
Elle fut renversée au bout de cent ans par les Ouolofs qui, après avoir secoué le joug du Tekrour sous la conduite d’un nommé Ndiadiane Ndiaye et avoir forcé les Sérères à abandonner les rives du Sénégal pour se concentrer dans le Sine, s’emparèrent de Tekrour vers 1350 et annexèrent le Fouta à l’empire du Diolof. La situation redevint donc ce qu’elle était au début, c’est-à-dire qu’on eut un seul empire allant de l’Atlantique au Galam, avec cette différence que, de vassaux du Tekrour, les Ouolofs en étaient devenus les suzerains[332].
Le Fouta ne reconquit son indépendance que vers 1520, pour être gouverné d’ailleurs par une dynastie peule, celle de Koli Galadio. Ce personnage, nous l’avons vu, était fils de Tindo ou Tendo Galadio[333], qui résidait au Bakounou et fut vaincu et tué au Kingui en 1512 par le premier askia de Gao. La mère de Koli, d’après certaines traditions, était mandingue et aurait été donnée en mariage à Tindo par un prince du clan des Keïta, descendant de Soundiata[334]. Koli, fuyant le Kingui, arriva au Toro, s’empara de Guédé, où résidait alors le gouverneur ouolof du Toro — ou le roi du Toro vassal des Ouolofs — et, grâce à l’appui des Dénianké, se fit reconnaître chef du Toro et de tout le Fouta par les Toucouleurs. Ensuite, il alla faire la guerre au Bambouk, mais, battu par Guimé Sissoko, alors roi du Bambouk, il se porta vers l’Ouest, jusque près de l’Océan, souleva les Sérères contre les Ouolofs et, avec l’aide des premiers, infligea une sanglante défaite au souverain du Diolof, qui se jeta dans une pirogue et remonta le cours du Sénégal jusque près de Bakel, se réfugiant à Gallat, non loin de Touabo. Koli, traversant le Fouta, atteignit le monarque ouolof à Gallat et le tua[335]. Le Diolof cessa d’être un vaste empire pour ne plus constituer qu’un royaume modeste et le Toro, où Koli s’établit définitivement, redevint la province centrale du Tekrour reconstitué.
Koli, d’après Sa’di, eut pour successeur son fils Yoro-Diam, qui fut remplacé lui-même par son frère Galadyi-Tabar, lequel « ne peut être comparé qu’à l’empereur Moussa (Kankan-Moussa) pour sa renommée et ses vertus ». Après Galadyi régna son neveu Kato ou Kata, fils de Yoro-Diam, auquel succéda son frère Samba-Lam[336] ; celui-ci demeura 37 ans sur le trône et fut remplacé par son fils Boubakar, qui régnait encore au temps où fut écrit le Tarikh-es-Soudân, c’est-à-dire vers 1650. J’ignore, quant à présent, les noms des successeurs de Boubakar.
André Brue, dans un voyage qu’il fit au Fouta en 1697, s’arrêta à Guyorel (Guireye de nos cartes), en amont de Kaédi et sur la rive gauche du Sénégal : cette localité était le port desservant la résidence habituelle du siratik, c’est-à-dire du roi du Fouta ou empereur du Tekrour ; Brue ne nous donne pas le nom de cette résidence, qui devait se trouver dans le Bosséa, mais il nous dit que le siratik demeurait une partie de l’année à Goumel, à deux jours en amont de Guyorel : ce Goumel doit correspondre au Koumdel de nos cartes et se plaçait en tout cas en un point voisin de Matam[337]. Brue se rendit lui-même à Goumel et y vit le roi, qui était musulman, avait le teint d’un mulâtre et des traits plus fins que les Nègres, ce qui prouve qu’il avait conservé des traces visibles de son origine peule ; le fils de ce roi s’appelait alors Boukar-Siré.
Dans le courant du XVIIIe siècle, vers 1720 selon les uns, en 1776 seulement d’après les autres, un marabout toucouleur appartenant au clan des Tôrobé et nommé Abdoulkader prêcha la guerre sainte contre les infidèles, vainquit les Dénianké, renversa la dynastie peule des descendants de Koli et établit au Fouta une sorte de monarchie théocratique qui se maintint jusqu’à la conquête française, le pouvoir appartenant désormais à des religieux du clan des Tôrobé.
II. — Le royaume du Galam ou Gadiaga.
Lors de la dispersion des Soninké du Ouagadou, vers la fin du VIIIe siècle, Alikassa Sempré alla fonder Galambou ou Kounguel, au confluent de la Falémé et du Sénégal, et d’autres chefs de familles soninké fondèrent dans la même région Yaressi ou Diaressi (ou encore Diarissona), sur la rive nord du Sénégal, en face d’Ambidédi, et Silla, près de Bakel. Ces diverses colonies formèrent le royaume du Galam ou du Gadiaga, avec Galambou comme capitale, royaume qui se composait approximativement des provinces actuelles du Goye et du Kaméra, sur la rive gauche du fleuve, formant le Galam ou Gadiaga proprement dit, et du Guidimaka, sur la rive droite. Le pouvoir se transmit parmi les descendants d’Alikassa, qui échangèrent leur nom de Sempré contre celui de Bakili[338]. Les autres grandes familles étaient celles des Yaressi ou Diarisso, des Sibi, des Silla et, plus tard, des Diakhaté ou Niakaté et des Diâbi.
Cet Etat eut à diverses reprises des périodes d’indépendance, mais il fut le plus souvent vassal de quelque grand empire, la suzeraineté étant exercée successivement par Tekrour, Ghana, Diara, Mali et même, au moins momentanément, par le roi du Khasso.
Alikassa aurait eu comme successeurs Salounga I, puis Salounga II dit Ndoungoumé, puis Findiougné Diâbi, puis Mari-Kassa. A la mort de ce dernier, le royaume se divisa en quatre parties à peu près autonomes, le Goye, le Kaméra, le Guidimaka et le Diomboko, le pouvoir souverain étant exercé tantôt par le chef de l’une de ces provinces et tantôt par celui d’une autre, selon leur rang d’ancienneté dans la famille. Les quatre fils de Mari-Kassa Bakili se seraient en effet partagé le royaume, Souleïmân-Kassa se fixant au Goye, Alikassa II au Kaméra, Amadou-Bé au Diomboko et un prince dont je ne possède pas le nom au Guidimaka.
Nous n’avons que fort peu de documents concernant l’histoire et les destinées de cet Etat, en dehors des faits que j’ai mentionnés dans les chapitres précédents et de ceux que l’on trouvera dans le récit de l’occupation du Soudan par les Français. Le Galam fut en effet en relations suivies avec nos premiers établissements du Sénégal, pour la même raison qu’il était au Moyen-Age en relations étroites avec Ghana : là en effet se trouvait la porte d’accès aux mines d’or du Bambouk.
III. — Royaumes du Bambouk, du Konkodougou et du Gangaran.
Nous avons vu comment, au début du XIIIe siècle, le Bambouk et le Gangaran avaient été conquis par un général de Soundiata nommé Amari-Sonko et comment, un peu plus tard, vers 1255, les royaumes mandingues du Bambouk, du Konkodougou et du Gangaran avaient été fondés, le premier par Moussa-Son-Koroma Sissoko avec Koundian comme capitale, le second par Siriman Keïta avec Dékou comme chef-lieu et le troisième par Sané-Nianga Taraoré.
Le Bambouk ou Bambougou s’étendait entre la Falémé et le Bafing, comprenant les montagnes aurifères du Tambaoura ; il n’allait pas au Nord-Ouest jusqu’au Sénégal, dont il était séparé par le Kaméra et le Khasso, mais il débordait sur la rive droite de ce fleuve du côté de Bafoulabé ; au Sud, il ne s’avançait que peu au delà du parallèle de Koundian. Le Konkodougou lui faisait suite vers le Sud, correspondant à peu près au cercle actuel de Satadougou. Enfin le Gangaran était compris entre le Sénégal au Nord, le Bafing à l’Ouest, le Bakhoy à l’Est et les montagnes enfermant la vallée du Tinkisso au Sud. Ces trois royaumes, avec le Manding proprement dit ou Mandé et le Bouré, qui leur faisaient suite vers l’Est, composaient le territoire connu des anciens sous le nom de Ouangara, Gbangara ou Gangara.
Les trois royaumes du Bambouk, du Konkodougou et du Gangaran furent vassaux de l’empire de Mali pendant toute la période de puissance de ce dernier Etat ; par la suite, ils se rendirent indépendants, mais eurent à souffrir des incursions des bandes du Tekrour au XVIe siècle, et, plus tard, se trouvèrent plus ou moins englobés dans l’empire banmana du Kaarta, puis dans celui d’El-hadj-Omar, pour servir enfin de théâtre aux premières incursions de Samori.
1o Le Bambouk. — Le plus important de ces trois royaumes fut celui du Bambouk qui, au moment de son apogée, comprenait : le Bambougou proprement dit (canton de Koundian), le Barinta, le Bétéya, le Diébédougou, le Diébelli, le Farimboula, le Makadougou, le Niambiya et le Tomora, dans le cercle actuel de Bafoulabé ; le Sintédougou, dans le cercle actuel de Satadougou, et le Bilidougou, le Logo, le Sirimana et le Tambaoura, dans le cercle actuel de Kayes. Vers 1802, au dire de Golberry, le siratigui ou roi du Bambouk était même suzerain du Konkodougou et de la ville de Satadougou.
Moussa-Son-Koroma passe pour être mort vers la fin du XIIIe siècle, laissant dix-sept fils dont l’aîné, nommé Kamakan-Dyita, lui succéda ; les seize autres prirent chacun le commandement de l’une des seize provinces dont l’ensemble constituait le royaume. Le Bambougou formait deux provinces (Nanifara et Kourouba) et le Diébédougou également (Kassama et Yatéra). Le pouvoir royal se transmit sans interruption dans la famille des Sissoko. Les rois dont le souvenir s’est le mieux conservé jusqu’à nous furent Sanga-Moussa, ancien chef du Tomora, dont la tombe, située dans cette dernière province, est honorée de nos jours encore par un sacrifice solennel qui a lieu chaque année, et Guimé, qui repoussa au XVIe siècle les bandes peules et toucouleures conduites par Koli Galadio.
C’est sous le règne de ce Guimé Sissoko que les Malinké du Bambouk, qui étaient musulmans depuis la conquête du pays par Amari-Sonko, revinrent au culte de leurs lointains ancêtres : les marabouts du pays, ayant cherché à s’emparer des mines d’or, furent tous massacrés et l’islamisme fut abandonné par le roi et par tous ses sujets (1540 environ). Quelques années plus tard, vers 1550, les Portugais s’emparèrent à leur tour des mines d’or, mais ils ne tardèrent pas à disparaître : les uns moururent de maladie, d’autres s’entretuèrent à la suite de rivalités pour la possession des meilleurs placers, les derniers furent massacrés par les indigènes.
2o Le Konkodougou. — Tandis que le Bambouk fut toujours peuplé en majorité de Malinké, le Konkodougou renfermait à l’origine uniquement des Diallonké (Dao, Monékata, Kessékho, Dagnokho, Touré, Kontaga, etc.). Des Mandingues des clans Sissoko, Taraoré et Doumbouya, venus du Sangaran et du Bouré, s’y installèrent et y furent rejoints par les Keïta du Manding qui accompagnaient Siriman au moment de sa prise de possession du pays. A partir de cette époque, le pouvoir appartint toujours aux Keïta de la famille de Siriman, mais cette famille se divisa en deux fractions rivales, celle des Kanessi et celle des Batassi : Siriman Keïta, après son installation à Dékou, avait épousé une femme nommée Kané, fille d’un chef diallonké du clan des Dagnokho, qui ne lui donnait pas d’enfants ; un devin, consulté par le roi, déclara que Kané cesserait d’être stérile dès que son époux aurait fécondé une autre femme ; Kané alors autorisa Siriman à faire partager sa couche à une nommée Bata, qui était la propre esclave de Kané ; Bata devint enceinte et Kané le devint elle-même peu de temps après ; la descendance de Bata forma la fraction des Keïta-Batassi, de souche servile, mais ayant le privilège de la primogéniture, tandis que la descendance de Kané forma la fraction des Keïta-Kanessi, de souche noble et ayant par là même le privilège de fournir les rois.
En dehors de Mali-Siriman, fondateur du royaume, voici les princes du Konkodougou dont la tradition a conservé les noms : Mali-Guimé, qui fit la guerre au Bambouk, défit l’armée des Sissoko dans le Tambaoura et exigea, pour évacuer ce dernier pays, un tribut en or qui lui fut versé intégralement ; — Ténemba-Tamba, qui dirigea une expédition sur la haute Gambie ; — Ténemba-Siriman, frère du précédent, qui eut des démêlés avec la famille impériale de Mali (les Keïta-Mansaré) et lui livra, au Nord-Est du Konkodougou, un combat où il remporta la victoire ; mais il dut retourner en hâte dans son pays pour le défendre contre les incursions du chef de Tamba (cercle actuel de Dinguiray, dans la Guinée Française) ; de plus, son règne fut troublé par des tentatives de révolte de la part des Batassi ; — Diguimadi, qui parvint à ramener les Batassi à l’obéissance ; — Dabakoutou, qui, menacé à son tour par les Batassi, appela à son aide les Khassonkè du Logo et mit le siège devant Dabia, l’une des places fortes des Batassi ; vaincu, il dut s’enfermer dans Tembé, où il avait sa résidence ; ce Dabakoutou régnait aux environs de 1880 : ce fut lui qui signa le traité plaçant le Konkodougou sous le protectorat français ; — son successeur Diamadi fut le dernier roi du Konkodougou.
Le royaume n’avait pas de capitale fixe : lorsqu’un roi venait à mourir, son successeur continuait à résider dans le village qu’il occupait avant de monter sur le trône. Le chef-lieu du cercle actuel, Satadougou, ne fut jamais une résidence royale : c’était une colonie fondée d’abord sur la rive gauche de la Falémé par des Soninké et des Malinké venus de Sansanding[339] et par des Toucouleurs venus du Fouta, et transportée ensuite sur la rive droite.
Le roi percevait un tribut sur les villages conquis et sur ceux qui réclamaient sa protection ; de plus, un impôt était prélevé sur les caravanes traversant le pays et un autre sur la vente des colas. Enfin chaque famille devait acquitter une sorte d’impôt national payable en céréales[340].
IV. — Le royaume du Khasso.
J’ai relaté ailleurs[341] les origines des Khassonkè, leur établissement dans le Khasso proprement dit (région de Kayes) et le Diomboko (région de Koniakari et de Séro), ainsi que les luttes entre les rois de Séro et de Koniakari, luttes dont le résultat final fut la fondation de Médine, dans le Logo, par Demba Séga, dernier roi khassonkè de Koniakari, vers 1810[342].
Kombossi, fils et successeur du roi de Séro vainqueur de Demba Séga, eut à lutter contre les Banmana-Massassi, anciens alliés de son père ; vaincu par eux, il se réfugia au Fouta, abandonnant vers 1825 la province et la ville de Séro aux Banmana, déjà maîtres de Koniakari depuis 1810[343].
Le domaine des Khassonkè indépendants se trouva ainsi réduit à une bande assez étroite de terrain située sur la rive gauche du Sénégal, entre l’embouchure du Bafing et le Galam, et comprenant le Natiaga (région de Dinguira), le Logo (région de Médine) et le Khasso propre (région de Kayes), avec Médine comme capitale.
Haoua-Demba succéda à Demba Séga de 1825 environ à 1840 ; il eut à lutter contre les Banmana du Kaarta et fut soutenu à cette occasion par un colon français nommé Duranton, qui était installé au Khasso et qui, ayant épousé Sadioba, fille du roi, était devenu le conseiller de ce dernier. Haoua-Demba fut remplacé par Kinnti-Sambala, qui fut assiégé avec nous à Médine par El-hadj-Omar en 1857[344], et plaça le Khasso sous le protectorat français. Ensuite régnèrent Diouga-Sambala, puis Makhani-Sambala, lequel mourut en 1891. A cette époque, le canton de Koniakari fut de nouveau réuni au Khasso et Demba-Yamadou, successeur de Makhani-Sambala, quitta Médine pour transporter sa résidence à Koniakari ; les Toucouleurs demeurés dans cette province furent contraints d’accepter son autorité, tout en conservant un chef de leur nationalité, qui fut Tierno-Diala. Le canton de Séro échappa à la même époque au joug des Toucouleurs mais demeura, comme dans l’ancien temps, indépendant du Khasso et eut comme roi un nommé Niamé-Fali, auquel succéda Tiékouta.
Quant à Demba-Yamadou, il mourut en 1902 et fut remplacé par Sidi-Guessé. A la mort de ce dernier (1905), le royaume du Khasso fut divisé en deux provinces : celle de Koniakari avec, comme chef, Sadio-Sambala, et celle comprenant le Khasso propre, le Logo et le Natiaga, placée sous le commandement de Kita-Demba, frère de Sadio-Sambala.
V. — Le Tombola.
Le Tombola ou pays des Tombo a toujours conservé son indépendance, même lors des guerres que lui firent les askia de Gao, puis les pachas de Tombouctou, ainsi qu’à l’époque où il prêta son concours à El-hadj-Omar et à ses successeurs contre les Peuls du Massina. Mais il ne forma jamais un Etat à proprement parler et fut sans cesse divisé en une multitude de petits cantons dont les chefs étaient indépendants les uns des autres.
Chacun de ces cantons formait en réalité une sorte de petit royaume assez fortement organisé, avec des traditions et une étiquette assez comparables à celles qui avaient cours dans les empires mossi. Le chef de chaque canton portait — et porte encore — le titre de hogon ou hogoun ; il cumule les fonctions de chef territorial et de grand-prêtre. Ces fonctions ne sont pas héréditaires : le hogon est élu par l’assemblée des patriarches ou chefs de famille, ou plutôt il est proclamé par cette assemblée après consultation des génies ou divinités locales, car c’est toujours le candidat désigné par les génies qui est élu par l’assemblée des anciens. Une fois nommé, le nouveau hogon vit pendant trois ans isolé, dans une retraite d’accès difficile, et il est ensuite installé solennellement dans la maison où sont conservés les objets consacrés au culte et les reliques et talismans des chefs défunts.
La personne du hogon est sacrée : on ne doit ni le toucher ni lui adresser la parole directement ; sa demeure est un lieu d’asile. Ses insignes sont une mitre rouge et un trident. En cas de rixe dans le village, on porte le trident du hogon sur le lieu du combat et ce dernier cesse aussitôt. Beaucoup de prohibitions d’ordre magico-religieux sont attachées aux fonctions de hogon : le titulaire de ces fonctions ne peut manger ni viande de chèvre ni l’espèce de mil appelée fonio ou fonion en langue mandingue ; il ne doit boire que l’eau provenant d’une source spéciale et ne peut boire, lorsqu’un de ses sujets vient à décéder, tant que le défunt n’est pas enterré ; il peut épouser toute femme qui lui plaît, mais à condition que cette femme soit vierge, et ses veuves ne peuvent se remarier. Il lui est interdit de quitter le village où il réside ; s’il tombe malade, on ne peut lui donner aucun médicament et sa santé demeure entièrement entre les mains de la divinité ; lorsqu’il vient à mourir, personne ne peut toucher à son cadavre, en dehors des hommes de la caste des forgerons, qui procèdent à sa toilette funèbre et à son enterrement. Après sa mort, on attend trois ans avant de publier la nouvelle de son décès et d’élire son successeur, et l’intérim du pouvoir est confié durant cette période au fils du hogon défunt.
Cette fonction, par ailleurs, est la source de certains avantages matériels. Les sujets du hogon doivent en effet cultiver ses champs et lui assurer ainsi la nourriture ; de plus, il est de droit maître des biens des jeteurs de sorts tués pour leurs méfaits, de ceux des meurtriers, des objets perdus non réclamés, des animaux qui ont tué ou blessé grièvement une personne, du premier produit mâle de tout animal domestique, des bêtes ne possédant qu’un testicule (à l’exception toutefois des chevaux et des ânes qui se trouvent dans ce cas), des poules à plumes longues, des chiens d’une certaine espèce et enfin des moutons égarés.
Le hogon est entouré de plusieurs ministres ou kédiou, dont chacun a sa fonction spéciale et est assisté lui-même d’un lieutenant ou saga, qui le remplacera lors de sa mort. L’un de ces ministres, le laggam, est chargé de présider aux cérémonies du culte et a seul qualité pour entrer en relations avec les génies ; un autre a pour fonctions de transmettre la parole du hogon à ses sujets et de lui traduire les demandes et les réponses de ces derniers.
VI. — Le Liptako[345].
Les premiers chefs du Liptako dont on ait conservé le souvenir appartenaient au peuple des Déforo ; leur dynastie demeura au pouvoir durant les cent ans qui précédèrent la domination marocaine à Tombouctou (1491-1591). Après eux, le pays fut occupé par les Kouroumankobé ou Gourmankobé — vraisemblablement les Gourmantché —, qui refoulèrent les Déforo vers Aribinda et exercèrent également le pouvoir durant un siècle (1591 à 1690 environ), et fournirent huit rois dont voici les noms : Belba-Galfermi, Diêr-Galfermi, Koro-Belbéga, Alfâkir (ou Aldjâkir)[346], Ouontambéri, Mossogo, Famaba et enfin Diari fils d’Alfao.
Ce Diari eut une querelle avec le chef des Peuls établis dans le pays, qui s’appelait Ibrahima-Saïdou ; une guerre s’ensuivit, qui se termina par la victoire d’Ibrahima : ce dernier chassa Diari du Liptako et s’empara du pouvoir. Les Peuls du Liptako conservèrent depuis lors l’autorité, mais leur indépendance prit fin vers 1800, lors des conquêtes de Ousmân-dan-Fodio, qui, une fois maître de Sokoto, établit sa suzeraineté au moins nominale dans le Liptako.
Les premiers Peuls qui firent leur apparition dans la région de Dori étaient commandés par un nommé Bir-Mâri, du clan ou de la tribu des Faté ou Paté. Ce Bir-Mâri fut remplacé par son fils Yaro ou Yoro, auquel succéda son propre fils Yamé-Dikko ; ensuite vint Saïdou, fils de Yamé-Dikko, qui conserva le pouvoir deux ans et fut remplacé pendant dix-sept ans par son frère Oumar ; à celui-ci succéda, pendant quatorze ans, Hamma, fils de Saïdou ; c’est après lui qu’Ibrahima, autre fils de Saïdou, devint le chef des Peuls du Liptako et c’est sept ans après son avènement qu’il s’empara du pouvoir sur les Gourmantché vers 1690[347].
Ibrahima-Saïdou (1690-1714), après avoir refoulé les Gourmantché au Sud du Liptako, eut à lutter contre des bandes — songaï probablement — qui étaient venues à Tibaré[348] sous le commandement d’un nommé Daouda-Bengaï ; il repoussa ces bandes. Ensuite le pays fut envahi par des Touareg, dirigés par un nommé Kâoua, qui fut également vaincu et chassé par Ibrahima, lequel, au retour de cette expédition, s’installa à Kamfat (?). Sur ces entrefaites, un esclave nommé Yobi-Kâta s’en fut dans le Mossi d’où il ramena une armée pour attaquer Ibrahima, mais cette armée fut mise en déroute. Ibrahima vainquit ensuite un chef gourmantché nommé Bâbou-Binoï, qui avait envahi le Liptako, et le tua. En 1710, un nommé Korandi, chef du village de Sébong (peut-être Zebba, chef-lieu du Yagha), s’avança vers Boloï, au Sud de Dori ; Ibrahima envoya contre lui deux cents hommes, qui le surprirent et le mirent en déroute. Quatre ans après cet événement, Ibrahima mourut, au bout d’un règne bien rempli de 31 ans, dont 24 ans depuis la défaite du dernier roi gourmantché.
Salihou, fils de Hamma-Saïdou, régna de 1714 à 1730 ; attaqué, quelques jours après son avènement, par un conquérant dioula ou soninké nommé Daïkara, fils de Do Kouroubari, il le mit en déroute et le tua ; la même année, il vainquit un chef touareg, Ouentag fils d’Assoua. La paix ne cessa pas de régner ensuite au Liptako jusqu’à la mort de Salihou.
Sous Ibrahima-Hamma (1730-58), frère de Salihou, un chef mossi nommé Diamondi envahit le Liptako et vainquit les Peuls à Boureï, à une vingtaine de kilomètres dans le Sud-Ouest de Dori ; les Mossi pillèrent Boureï, tuèrent le chef du village, qui s’appelait Béda-Hamma, et partirent en emmenant avec eux tous les bœufs. Sept ans plus tard, un parti de Touareg Logomaten, dirigé par le chef Soudara, vint razzier une localité du Liptako appelée Adyidi, tuant 47 hommes et enlevant les bœufs. Ce fut ensuite le tour de Boundoubâbou d’être pillé par des gens du Yagha, qui tuèrent un grand nombre de personnes, dont Bouido-Ali-Bangal, chef de Boundoubâbou. A cette période de revers pour le Liptako succéda une période de victoires : Ibrahima-Hamma, ayant réussi à constituer une cavalerie, se débarrassa de ses ennemis et dirigea même de fructueuses expéditions jusque sur Boromo et sur Salaga, vers 1750.
Sékou, fils de Salihou (1758-79), eut comme principal lieutenant Hamadou-Aïssata, qui fit plusieurs expéditions heureuses contre Boromo et divers villages mossi dépendant de Ouagadougou et du Yatenga.
Hamadou-Aïssata (1779-83) s’empara du pouvoir à la mort de Sékou ; après lui régnèrent Aboubakari (1783-84) et Hamma-Taoua (1784-1803). C’est vers la fin du règne de ce dernier que le Liptako fut incorporé à l’empire de Sokoto, récemment créé par le cheikh Ousmân, fils de Mohammed-ben-Ousmân, plus connu sous le nom de Ousmân-dan-Fodio.
VII. — Les petits Etats de la haute Volta.
1o La principauté dioula de Loto (cercle actuel de Gaoua). — Un dioula de Bobo-Dioulasso, nommé Bé-Bakari Ouatara, conquit, vers le début du XIXe siècle, le pays des Gan et des Lorho, dans le Sud-Ouest du cercle actuel de Gaoua, et fit un moment de Lorhosso son centre d’action. Appelé par les Dian et les Pougouli de la région de Diébougou pour les soutenir contre les Dagari-Oulé, il transporta sa résidence à Loto, non loin du poste actuel de Diébougou, et s’empara de tout le pays environnant. Il voulut même pousser ses conquêtes sur la rive gauche de la Volta et s’avança dans le Gourounsi, mais, vaincu par les Sissala, il s’empoisonna.
Delafosse Planche XXVII
Cliché Fortier Fig. 53. — Maison habitée par René Caillié, à Tombouctou.

Cliché Fortier Fig. 54. — Maison habitée par Barth, à Tombouctou.

Son fils Karakara, qui se trouvait à Bobo-Dioulasso lorsqu’il apprit la mort de son père, vint recueillir sa succession à Loto ; les Gan s’étant révoltés contre son autorité, il marcha contre Obiri, leur capitale, massacrant tout sur son passage ; mais il ne put s’emparer d’Obiri et les Gan conservèrent leur indépendance.
Ansoumana, fils de Karakara, lui succéda et fut lui-même remplacé par son frère Dabila, qui régnait vers 1850. Dabila, comme ses prédécesseurs, résidait habituellement à Bobo-Dioulasso, mais il avait un pied-à-terre à Loto et y établissait son quartier-général chaque fois qu’il organisait une colonne dans sa principauté. Comme il avait expédié de Bobo-Dioulasso des envoyés à Da, chef des Dian, pour s’assurer de ses intentions, ses envoyés furent massacrés à Bapla par des Oulé ou par des Birifo, qui firent remettre à Da les têtes de leurs victimes ; Dabila fit réclamer les têtes à Da qui les lui envoya, en l’informant que cet acte de déférence de sa part allait lui attirer la haine des Oulé et des Birifo et en suppliant le chef ouatara de venir à son secours. Dabila se rendit donc à Loto et repoussa les Oulé jusque vers Gaoua, d’où les Lobi les chassèrent du côté de la Volta, faisant un grand nombre de prisonniers qu’ils expédièrent à Dabila en priant ce dernier de ne pas s’avancer dans leur pays. Dabila se tourna alors vers le Nord, combattant successivement les Oulé et les Pougouli, mais, vaincu par une coalition de ces deux tribus, il s’empoisonna.
Son fils et successeur Koutoukou se maintint à Loto, où il fut remplacé par Karamorho, frère de Dabila. Celui-ci essaya d’aller recruter des partisans à Bouna, échoua dans son entreprise et mourut à Lorhosso lors de son retour.
Son fils Barkatou, qui l’accompagnait, ramena la colonne à Loto, mais ne put conserver son autorité, en raison des attaques sans cesse renouvelées des Oulé et des Birifo. Ces derniers vinrent même mettre le siège devant Loto en 1890, puis se retirèrent en 1897. Peu après, le commandant Caudrelier occupait le pays au nom de la France ; Barkatou, réduit aux proportions d’un simple notable, mourut paisiblement en 1907.
2o La principauté soninké de Ouahabou (cercle actuel de Koury). — Un musulman soninké de la région de Boromo, nommé Mamadou-Mori, ayant acquis une certaine réputation à la suite d’un pèlerinage à La Mecque, se constitua vers 1850 une petite principauté dans la Boucle de la Volta Noire ; il résidait habituellement à Banga (canton de Safané), au centre de cette boucle. Vers 1860, il s’empara de Boromo, battit les Nounouma et les Niénigué à Téharako, fonda Ouahabou, au Sud-Ouest de Boromo, et en fit sa capitale politique et religieuse, prit Oury et Pompoï dans le Nord-Ouest de Boromo, s’avança jusqu’à Dédougou, près et au Sud de Koury, revint en arrière pour razzier Bagassi (à l’Ouest de Ouahabou), franchit la Volta et alla guerroyer à Poura (au Sud-Est de Boromo) contre les Nounouma. Revenu à Ouahabou, il fixa sa résidence tout près de cette localité, à Sahirou, où il mourut en 1878.
Il fut remplacé par son fils Moktarou-Karamorho qui, venant de Ouahabou et se dirigeant vers le Sud, attaqua les Pougouli et en réduisit un grand nombre en esclavage. Au cours d’une deuxième colonne, il razzia les Oulé et les Dian de la province de Dano (cercle actuel de Gaoua) ; mais, embarrassé par son butin et ses captifs, il se laissa surprendre près de Dano par les Oulé alliés aux Pougouli ; son armée fut anéantie et lui-même ne dut son salut qu’à la rapidité de sa fuite. Vers 1882, menacé par les Bobo, il contracta alliance avec le conquérant zaberma Babato, dont il sera question un peu plus loin, et vint avec lui mettre le siège devant Safané ; cependant, un chef bobo nommé Londané, ayant réussi à rassembler une armée nombreuse, repoussa Moktarou-Karamorho jusqu’à Ouahabou et obligea Babato à repasser la Volta. Douze ans plus tard, nous occupions Ouahabou, où Moktarou-Karamorho, mis désormais hors d’état de dévaster le pays, était maintenu comme chef de canton.
3o La principauté peule de Barani (cercle actuel de Koury). — Vers 1830, un chef peul nommé Malik Sidibé était parvenu à établir son autorité sur les Bobo-Oulé de Ouonkoro, Kouna et Kossidéré, à l’Ouest du coude du Sourou. Sékou-Hamadou, qui régnait alors au Massina, envoya dans ce pays une colonne commandée par Alfa-Samba ; celui-ci prit Ouonkoro, chassa Malik à l’Est du Sourou et repartit au Massina après avoir laissé, comme gouverneur du pays bobo, un nommé Ousmân-Oumarou. Quant à Malik Sidibé, il s’établit du côté de Louta, auprès des Samo.
Lorsqu’El-hadj-Omar se fut emparé du Massina et eut fait périr Hamadou-Hamadou (1862), Ousmân-Oumarou se rendit à Tombouctou pour s’entendre avec Ba-Lobbo, oncle du dernier roi peul du Massina, au sujet de la conduite à tenir vis-à-vis des Toucouleurs. Dian Sidibé, qui venait de succéder à son père Malik, en profita pour repasser le Sourou et vint s’établir à Barani, à une cinquantaine de kilomètres dans le Sud de Ouonkoro.
Cependant Ba-Lobbo, rejeté vers 1872 au Sud de Dienné par Tidiani, neveu d’El-hadj et son successeur au Massina, avait détaché son lieutenant Boubakar chez les Bobo-Oulé du Sud ; à la suite d’une colonne, Boubakar confia le commandement de la région à un Peul nommé Demba Bari ou Demba Sangaré, qui établit sa résidence à Dokuy, dans le Sud-Ouest de Koury. Dian Sidibé ne tarda pas à faire alliance avec Demba Bari.
Vers 1875, Ouidi Sidibé, frère de Dian, chercha à enlever le pouvoir à ce dernier avec l’aide de Soninké établis à Tissé ou Tissi, sur la route de Barani à Koury ; n’ayant pu réussir, il alla demander une armée à Tidiani, auquel il fit acte de soumission ; Tidiani lui confia des troupes, grâce auxquelles Ouidi s’empara de Barani et en chassa son frère. Celui-ci alla se réfugier à Dokuy auprès de Saloun, fils de Demba Bari, et y mourut peu après (1878).
Une fois maître de Barani, Ouidi s’empara de Ouarkoy et étendit peu à peu son autorité sur la majorité des Bobo-Oulé. Avec la complicité des gens de Sono (près et au Nord de Koury), il réussit à passer le Sourou, pilla le pays samo et alla jusqu’à Biban (à mi chemin entre Koury et Yâko) pour châtier un chef peul qui avait refusé de reconnaître sa suzeraineté. Mais, lorsque la puissance des Toucouleurs fut anéantie à Ségou par l’occupation française (1890) et commença à s’effriter au Massina, les Soninké riverains du Sourou se révoltèrent contre Ouidi, à la voix d’un marabout qui avait fait le pèlerinage de La Mecque et qu’on appelait à cause de cela Lagui (pour El-hadj). Lagui parvint à battre Ouidi et à affranchir de son joug la région de Lanfiéra et celle d’Ira (1891). En 1894, un an après la prise du Massina par le général Archinard, un autre pèlerin soninké appelé aussi Lagui prêcha à Boussé la révolte contre Ouidi, rassembla tous les Soninké épars de Ouaninkoro à Sono, ainsi que les Peuls de Dakka et de Téri, et devint rapidement maître de tout le Souroudougou (rive gauche du Sourou en aval de son coude). Ouidi marcha contre lui, mais fut repoussé à deux reprises, à Oué et à Kassoun.
A ce moment intervint le commandant Destenave, qui maintint Ouidi comme chef de province à Barani et dirigea une expédition contre les Soninké du Souroudougou. Ouidi mourut vers 1900 ; son fils Idrissa est actuellement chef du canton de Barani.
4o La principauté zaberma de Sati (Gourounsi). — Vers 1880, un Zaberma ou Songaï du Sud-Est, nommé Gandiari, ayant recruté une armée de partisans dans le Kebbi et le Gando, traversa le Niger à Say et, de proche en proche, s’avança jusque dans le Gourounsi dont il s’empara, installant à Sati, près de Léo, le siège central de ses opérations. Ses principaux lieutenants étaient Alfa-Haïnou ou Alfa-Himé[349] et Babato. Ayant voulu conquérir aussi le Kipirsi, Gandiari fut tué par le chef de Réo, au cours d’un combat au Sud de Tialgo, en 1885.
Babato alors prit le commandement de l’armée et, pour se ménager un allié en cas de besoin, envoya des présents à Sanom, alors empereur de Ouagadougou, et lui offrit son amitié. Puis, poussant ses conquêtes vers le Nord-Ouest, à travers les Nounouma et les Yilsé, il remonta la rive gauche de la Volta jusqu’à hauteur de Koury, pénétrant dans le pays des Samo du Sourou au moment où le commandant Destenave y arrivait lui-même pour combattre les Soninké (1894). Babato retourna alors au Gourounsi, puis se porta vers le Sud, pillant les villages dagari situés entre Léo et Oua et se heurtant près de cette dernière ville, en 1896, à Sarankièni-Mori, fils et lieutenant de Samori. Les deux conquérants se firent peur l’un à l’autre et, après un court essai de lutte, firent la paix dans une entrevue qui rappela, par certains points, la fameuse entrevue du Camp du Drap d’Or. Sarankièni-Mori repassa sur la rive occidentale de la Volta Noire. Quant à Babato, menacé du côté du Nord par les colonnes françaises et du côté du Sud par les Anglais, il traversa la Volta Blanche et se réfugia du côté de Sansanné-Mango, où il mourut vers 1899.
La domination des Zaberma dans le Gourounsi avait été de courte durée, mais elle avait cependant réussi à ruiner ce pays riche et peuplé, pour lequel la fuite de Babato marqua le début d’une véritable renaissance.
VIII. — Le royaume de Sikasso.
Vers le début du XIXe siècle, un métis de Dioula et de Sénoufo nommé Tapri Taraoré, originaire de Kankira (circonscription actuelle de Banfora), vint s’établir à Finkolo, à 18 kilomètres de Sikasso, et arriva à exercer une sorte d’hégémonie sur les Siénérhè du Kénédougou. A sa mort, il fut remplacé par son fils Massa-Toroma, auquel succédèrent l’un après l’autre ses frères Famorhoba, Nagnama et Daoula. Ce dernier quitta Finkolo et s’établit à Bougoula, à 8 kilomètres de Sikasso ; il obtint la soumission des Samorho de l’Ouest, réduisit à l’obéissance les Sénoufo du Koursoudougou et du Sonondougou, organisa une sorte d’armée permanente et devint le maître absolu, non seulement des Siénérhè, mais aussi d’une partie des Tagba et des Folo. Attaqué par les Samorho de l’Est, il fut tué dans le combat qu’il leur livra.
Son fils aîné Molo, surnommé Kounansa, lui succéda. Ce prince, par ses cruautés et ses vexations, excita contre lui une grande partie de ses sujets. Fafa, chef de Kinian, profitant du mécontentement général, se mit à la tête d’un mouvement d’insurrection et vint mettre le siège devant Bougoula vers 1875. Molo fit appel à Ahmadou, qui régnait alors à Ségou et qui envoya à son secours une armée commandée par un Toucouleur nommé Yahia. Cette armée battit Fafa près de Natié ; Fafa pourtant parvint à s’échapper à la faveur de la nuit et se rendit dans le Sonondougou, où il organisa une nouvelle révolte.
Cependant Molo, délivré par Yahia, fut obligé de se convertir à l’islamisme, condition qu’Ahmadou avait imposée en envoyant une armée à son secours, et quelques notables sénoufo, pour se faire bien venir de leur roi et de Yahia, devenu son conseiller tout puissant, embrassèrent la religion nouvelle ; celle-ci n’était pratiquée jusqu’alors que par les Dioula établis dans le pays, notamment à Sikasso et à Kinian. Molo fut tué dans une embuscade en allant de nouveau combattre Fafa.
Son frère Tièba lui succéda et, aidé de Yahia, passa les premières années de son règne à lutter avec Fafa et ses partisans, sans remporter d’ailleurs aucun succès définitif. Il transféra la capitale de Bougoula à Sikasso[350], où était née sa mère, et y construisit une forteresse. Par la suite, il fit la conquête du Ganadougou afin de s’emparer des troupeaux des Foulanké, dirigea des razzias dans le Folona (cercles actuels de Bobo-Dioulasso et de Koroko) et en ramena de nombreux captifs qu’il employa à élever autour de Sikasso un double mur d’enceinte. Cette précaution devait lui être de la plus grande utilité : en effet, en 1887, Samori venait mettre le siège devant la ville, et c’est certainement grâce à ses fortifications comme à ses approvisionnements judicieusement préparés que Tièba put obliger son adversaire à se retirer au bout de seize mois d’investissement, en août 1888. Pendant que Samori, de 1889 à 1892, était aux prises avec les colonnes françaises dans la région du haut Niger, Tièba profita de l’amitié que nous lui témoignions pour agrandir ses Etats vers le Sud : son rêve était de constituer un empire sénoufo assez puissant pour s’opposer à l’extension de l’empire mandingue de Samori. Chaque fois qu’il avait obtenu la soumission d’un chef de canton, il réclamait à ce dernier l’un de ses fils à titre d’otage ; tous ces fils de chefs étaient élevés à Sikasso auprès du roi, qui leur faisait donner une éducation militaire et administrative conforme à ses vues.
Cependant Fafa demeurait toujours indépendant à Kinian et il avait étendu son autorité sur une fraction importante des Minianka du cercle actuel de Koutiala, notamment sur ceux des cantons du Sao et de Konséguéla. En 1890, Simogo Koné, chef de ce dernier village, fatigué des exigences de Fafa, fit offrir son alliance à Tièba contre le chef de Kinian ; grâce à l’appui de Simogo et surtout à l’intervention du capitaine Quiquandon et du lieutenant Spitzer, Tièba parvint enfin à s’emparer de Kinian (mars 1891) et à annexer à son royaume les provinces qui jusque là étaient soumises à Fafa. Cependant les Minianka du Sao, sous la conduite de Baki Ounogo, résistèrent victorieusement à Tièba et ne se soumirent à lui qu’après la prise de Tiéré par ce dernier (1891) ; ceux des cantons d’Ourikéla et de Molobala n’acceptèrent jamais complètement la suzeraineté du roi de Sikasso.
Celui-ci avait installé à Koutiala un membre de sa famille nommé Sinali Taraoré, qu’il avait chargé d’administrer le pays minianka ; dans un but analogue, il avait placé à Bougounso, comme gouverneur militaire, un nommé Bérété Kourouma, et à Ntossoni résidait Fo Taraoré, l’un des fils du roi.
Tièba mourut le 28 janvier 1893 et fut remplacé par Babemba, son frère — ou son neveu selon certains témoignages —, qui étendit plus loin encore l’autorité royale, achevant la conquête du pays minianka en s’emparant de Yorosso et en y installant un gouverneur nommé Zanga Piré, puis soumettant à peu près toutes les tribus sénoufo répandues entre le haut Bagbê et le Bandama dans le cercle actuel de Korhogo (Côte d’Ivoire). C’est dans cette région qu’il se heurta aux bandes de Samori vers 1894 ; la lutte entre les deux conquérants dura jusqu’en 1898, avec des chances variables.
Babemba avait perfectionné le système militaire et administratif organisé par Tièba : une garde de 200 hommes environ formait une petite armée permanente ; de plus, au commencement de chaque saison sèche, le roi levait tous les hommes valides et partait en expédition pour ramasser des captifs et des troupeaux. Chaque province était administrée par un chef d’armée ou kélétigui choisi par le roi, qu’assistait parfois un chef civil (diamanatigui) dont l’autorité s’effaçait devant celle du premier. Les jeunes gens devaient travailler aux plantations du roi ; tous les ans, à l’époque des grandes fêtes musulmanes de la rupture du jeûne et de la journée des sacrifices, chaque village devait apporter au souverain un tribut consistant en bœufs, moutons, poulets, miel et cauries ; on percevait de plus une taxe sur les colporteurs.
Cependant Babemba, en même temps qu’il combattait Samori, cherchait à se dégager du protectorat français que Tièba avait accepté[351] et qui gênait le nouveau roi dans son désir d’expansion territoriale. Après avoir fraîchement accueilli le capitaine Braulot en 1897, il reçut plus mal encore le capitaine Morisson l’année suivante et même l’expulsa de Sikasso et le fit dépouiller, ainsi que son escorte, à quelque distance de la capitale (janvier 1898). A la suite de ce renvoi insultant du représentant de la France, Babemba poussa l’audace et la provocation jusqu’à envoyer attaquer des villages voisins du poste que nous avions établi à Bougouni. Une colonne fut alors organisée à la hâte sous le commandement du lieutenant-colonel Audéoud et du commandant Pineau, au moyen de détachements prélevés sur les garnisons des postes et de nombreux auxiliaires ; elle se concentrait le 9 avril 1898 a Ouo, sur le Bagbê, s’emparait de Kinian et arrivait le 15 avril en vue de Sikasso. La ville, défendue par 10.000 fantassins et 3.000 cavaliers, était protégée par deux murs concentriques d’une épaisseur de cinq mètres à la base et d’une hauteur de quatre à cinq mètres. Du 16 au 30 avril, Babemba organisa de nombreuses sorties et nous livra quatorze combats, qui nous coûtèrent 18 tués (dont le lieutenant Gallet) et 58 blessés sur un effectif de 1395 hommes dont 95 Européens (officiers, sous-officiers et artilleurs). Le 30 avril, le lieutenant-colonel Audéoud fit ouvrir trois brèches à l’aide des pièces de siège et, le 1er mai, on donna l’assaut au lever du jour, pendant que 3.000 ennemis, sortis de la place pendant la nuit, attaquaient notre camp : cette attaque fut repoussée par nos armes et l’assaut ne fut pas ralenti ; mais nos colonnes, exposées, une fois dans la ville, au feu partant des maisons et de la forteresse royale, se trouvaient dans une position critique. On bombarda alors le réduit central où se tenait le roi et, vers trois heures, le commandant Pineau y pénétrait par une brèche. Babemba se fit tuer d’un coup de révolver par son lieutenant Tiékoro Sarhanorho et, à 3 heures et demi, Sikasso était à nous : nous avions eu un officier tué (lieutenant Loury), deux officiers et cinq sous-officiers blessés, 36 indigènes tués et 85 indigènes blessés.
Au moment de son apogée, c’est-à-dire vers 1893, le royaume de Sikasso avait compris tout le cercle actuel de Sikasso, la majeure portion du cercle actuel de Koutiala[352], une fraction de celui de Bobo-Dioulasso (Tagbana ou pays des Tagba et Folona ou canton de Ngorho) et, dans la Côte d’Ivoire actuelle, tout le Nord du cercle de Korhogo (districts de Tombougou et de Korhogo).
IX — Le Loudamar ou royaume des Oulad-Mbarek.
Nous savons qu’au début du XVIIe siècle, après la mort de Osmân-ould-Barkani-ould-Maghfar, chef de l’invasion arabe des Beni-Hassân en Mauritanie, son frère Mbarek s’avança vers le Sud-Est, soumettant les Zenaga du Hodh, refoulant les Soninké de la lisière saharienne vers le Sud et vers l’Est et établissant au Nord du Kingui et du Bakounou sa tribu, qui prit le nom d’Oulad-Mbarek. La famille royale des Oulad-Mbarek se recruta dans la fraction des Ahl-ould-Amar et c’est à cause de cela que le royaume arabo-berbère fondé par Mbarek fut désigné par les Noirs du Soudan et par les voyageurs européens sous le nom de Loudamar, corruption de celui de l’ancêtre de la famille royale (Ould-Amar).
J’ai signalé à plus d’une reprise, en relatant l’histoire du royaume de Diara, de l’empire du Kaarta et de la conquête de Nioro par El-hadj-Omar, les interventions des Oulad-Mbarek dans les évènements qui se déroulèrent au Kingui et au Bakounou.
Le premier des successeurs de Mbarek dont la tradition nous ait conservé le nom fut Hannoun, qui conquit le Bakounou sur les Peuls et mourut vers 1755. Son fils Omar régna de 1755 à 1762 et eut pour successeur son propre fils Ali (1762-1800). Vers la fin du XVIIIe siècle, l’autorité du roi du « Loudamar » se faisait sentir jusqu’à Diara et les Diawara du Kingui s’appuyaient sur elle pour résister aux Banmana-Massassi. C’est, semble-t-il, sur les ordres émanant du roi des Oulad-Mbarek que le major Houghton fut tué en 1791 à Simbi, à une trentaine de kilomètres au Sud-Sud-Ouest de Nioro ; la chose d’ailleurs n’est pas certaine, car, d’après certains témoignages, Houghton serait mort de privations et de maladie. En 1796, l’explorateur Mungo-Park fut arrêté à Diara sur l’ordre de Ali, qui résidait alors à Bénoum, à peu de distance au Nord-Est de Diara[353] ; retenu prisonnier durant quatre mois à Bénoum, Mungo-Park réussit à s’échapper en profitant du désarroi causé dans l’entourage du roi par l’attaque dirigée contre Diara par Dassé Kouloubali, empereur du Kaarta. Ali mourut peu après, vers 1800, après 38 à 40 ans de règne.
J’ignore qui commanda les Oulad-Mbarek de 1800 à 1840. Vers cette dernière date se place l’avènement de Ammar-ould-Ousmân, qui engagea la lutte avec les Idao-Aïch, vainquit Bakar-ould-Soueïd, chef de la fraction des Abakak de cette dernière tribu, et étendit l’autorité du « Loudamar » sur la majeure partie du Hodh et du Nord du Sahel, arrivant à se faire payer tribut par Sinakoré Doukouré, alors chef de Goumbou et du Ouagadou. Lorsqu’El-hadj-Omar s’empara de Nioro en 1854, il trouva un très sérieux adversaire en la personne de Ammar ; ce dernier, ayant trouvé un concours précieux chez les Peuls Sambourou, battit El-hadj à Sampaka et à Bassaka (ou Bassatcha) dans le Bakounou et l’obligea à reculer jusqu’à Diongoï, au Sud-Ouest de Ouossébougou ; rejeté ensuite dans le Hodh, à Mantiouga, par Alfa-Oumar, lieutenant d’El-Hadj, Ammar y mourut vers 1859.
Son successeur Baddi-ould-Mokhtar vint attaquer Moustafa à Nioro et parvint à pénétrer dans cette ville et à la piller ; comme il s’en retournait dans le Nord, il fut rejoint à Ouarguetta par Moustafa, qui lui reprit tout son butin et lui infligea une déroute complète. Mais Baddi rassembla tous les guerriers de sa tribu et reprit l’offensive, pour être battu de nouveau au puits de Tini. Alors, voyant son pouvoir réduit considérablement et craignant d’autre part d’être attaqué par les Mejdouf, qui s’étaient ralliés à El-hadj-Omar grâce aux conseils des Taleb-Mokhtar, Baddi se rendit à Ségou, dont El-hadj venait de s’emparer, pour faire sa soumission. Il mourut lors de son retour en son pays (1861).
Ali, fils de Baddi, essaya quelque temps après de secouer le joug des Toucouleurs, mais il fut battu à Touroungoumbé par Lantaro-Samba, lieutenant de Moustafa : ce fut la fin des hostilités des Oulad-Mbarek contre les Toucouleurs et aussi la fin de la puissance du royaume maure du « Loudamar ».