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Les moments perdus de John Shag

PAROLES DE FANCHON

Reading edition

Il m'a pris les seins; il a baisé ma bouche, puis, il m'a laissée là.—Je me suis couchée pour l'attendre. Il n'aura même pas à faire plier mes reins.—Pour hâter l'heure, je songe, froide et chaude, heureuse et inquiète,—divisée.

Le soleil me caresse, car il est mon ami; l'ombre me caresse, car elle est mon amie. L'air danse sur toute la plaine; les moissonneurs s'en vont à leur collation.—Moi, je reste étendue, les jambes au soleil, la tête dans l'ombre, et je me brûle, et je me glace, et je songe à Zéphyrin.

Il reviendra, dans une heure, mâchonnant encore son pain trempé. Ah! comme je saurai sourire quand il reviendra!... et je cacherai mon regard avec mes mains, et je ferai semblant de dormir, tandis que le jour, autour de moi, continuera sa danse et que les oiseaux, un instant, se tairont.

Il est midi. Je me prépare pour Zéphyrin. Il faut que mes lèvres soient dures et glacées comme les pierres de la source. Il faut que mes jambes et mon ventre soient chauds comme les meules de foin.—Il croira que je dors... mais je regarderai entre mes doigts.

Zéphyrin ne saurait tarder.—Mes jambes chaudes l'étreindront, et, contre le bouclier de mon ventre, il se brûlera jusqu'à défaillir; mais j'ai des bras plus froids que le ruisseau, plus souples que le ruisseau, plus agiles que le ruisseau, et de mes bras frais je l'envelopperai, et, dans mes fraîches mains, je prendrai sa tête, pour la caresser avec mes frais regards.

Il viendra! Saints du Paradis! Il va venir! Il vient! Je l'entends! Il est rouge de soleil; il est tout en sueur; il marche vite... et les oiseaux se remettent à chanter.

Soudain, mon ventre se glace et mes jambes, cependant que mes lèvres semblent avoir déjà bu toute la chaleur du jour.

Oh! voyez comme il m'aime!...

Pourrai-je masquer mes yeux?

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