LA VISITE
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«C'est par ici?
—Oui, madame, dit le faunillon, qui tenait au coin de sa bouche un coquelicot. Tout droit, et puis à gauche. La gueule de l'antre est un peu obstruée par le lierre, mais, en écartant les branches, on pénètre facilement... et, d'ailleurs, je puis, tout aussi bien, vous accompagner jusque-là.
—Merci, dit la dame d'une voix un peu hésitante. Souffrez seulement que je répare, au creux de cette source, le désordre de ma toilette. Je ne suis pas habituée à marcher en forêt. J'aurais dû mettre un voile, car la brise m'ébouriffe.»
Elle fit quelques pas sur l'herbe et se mira dans les ondes limpides qui s'épanchaient au pied d'un chêne. D'abord, elle glissa deux doigts dans ses cheveux sombres, rectifia la pose de son grand chapeau noir, autour duquel s'enroulait une très blanche plume d'autruche, mesura sa taille précise en la serrant des mains, puis cingla ses bottes d'un coup de badine. Un sourire passa dans son regard. Oui, ce costume d'amazone avait de la grâce, et l'harmonie en noir était bien concertée. Pas un bijou; rien qui brillât... un fourreau d'ombre... et l'éclatante plume touchait presque l'épaule mate.
«Cher faune! dit-elle, donnez-moi mon réticule.»
Le satyreau le lui tendit et elle aviva ses lèvres avec un bâton de rouge.
«Madame, vous semblez un peu pâle...
—Ce n'est rien...»
Et, tout aussitôt:
«Voilà... je suis prête», dit-elle.
Ils marchèrent, quelque temps encore, sous bois. La brise chantait agréablement, les oiseaux se dépensaient beaucoup et les grenouilles firent de leur mieux au passage de la belle amazone.
Soudain, montrant du doigt un monceau de roches pourprées où grimpaient du lierre et de la vigne:
«Nous sommes arrivés! déclara le satyreau.
—Ah! mon Dieu! dit la belle amazone... déjà!»
Puis, retrouvant son calme:
«Pensez-vous qu'il pourra me recevoir.
—Je le pense», dit le satyreau.
Et il courut en avant.
Il ne tarda pas à revenir, conduisit la dame vers le monceau de roches, et là, écartant le rideau du lierre, démasqua rentrée d'une vaste grotte d'où fuyait un ruisselet.
«Entrez, madame!» fit-il en saluant.
Or, dans cette grotte, habitait un centaure, un beau centaure chenu, blanc de neige par le poil et la chevelure. Il était occupé à cueillir un bouquet de misérables fleurs et l'offrit à la dame.
«Vous m'excuserez, madame, dit-il avec un bon sourire triste, de vous présenter un si pauvre sélam, mais la flore des cavernes est, comme vous le savez sans doute, à la fois malingre et tardive. De grâce, prenez un siège».
Elle s'assit, et il y eut un moment de silence. Le centaure ne savait au juste que dire à sa visiteuse et la visiteuse ne savait au juste comment s'adresser à un demi-dieu.
«Votre aimable accueil, dit enfin l'amazone, me rend assez hardie pour...
—Certainement!... oh! certainement!...» interrompit le centaure...
Et il y eut un second silence.
«Faunillon! dit la dame, attendez-moi dehors, je vous prie. Je dois avoir, avec monsieur le centaure, une conversation toute personnelle.
—Il peut même regagner ses pénates, dit le centaure. Je me ferai un plaisir, madame, de vous reconduire jusqu'à la frontière des temps modernes.
—Vous êtes très aimable, monsieur le centaure», fit la dame en rougissant quelque peu.
Le faune sortit à regret, et comme le centaure ni la dame ne disaient mot, il se lassa vite d'écouter au rideau de lierre et s'en retourna chez lui.
«Je crois que nous sommes seuls, dit enfin le centaure. Si vous vous intéressez, madame, aux gravures en taille douce, j'ai, là, dans mon arrière-grotte, quelques petits livres qui sauront, je pense, vous divertir.
—Je... je veux bien», dit la dame.
Et ils disparurent tous deux.