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Les moments perdus de John Shag

ÉDITION EXPURGÉE

Reading edition

Chargés de sacs, les ânes restent en ligne, contre le mur jaune, chargé de soleil. Le soleil s'accroche à toutes les crevasses, coule contre les parois lisses, se blottit dans les trous.

Au pied du mur, un Marocain, accroupi, marmotte des prières. Ce vieillard a une tête superbe. Vraiment, il paraît, pour l'instant, occupé par sa seule oraison, et les ânes ne bougent pas plus que s'ils étaient empaillés.

Soudain, un souvenir me revient à l'esprit, un de ces brusques souvenirs qui jaillissent hors du passé, ridicules et bouffons: je me souviens de la manière dont fut corrigée, récemment, la grammaire Noël et Chapsal.

Les anciennes éditions portaient, comme exemple du verbe être:

«Dieu est grand.—L'âme est immortelle.»

Maintenant on lit:

«Paris est grand.—L'âne est patient.»

Mais l'un des ânes vient de se ranimer et se promène le long du quai. Sans doute a-t-il voulu contempler la mer et les bateaux... Et le Marocain pieux, interrompant son oraison, court aussitôt après la bête, en vociférant.

Casablanca.

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