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Les moments perdus de John Shag

LA LEÇON DE MUSIQUE

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Les murmures du parc s'apaisaient avec le soir, le flot chantant des fontaines faiblissait, et les bosquets avaient cessé de ramager pour bruire.—La lune se leva sur un monde presque silencieux.

Je soufflai ma lampe et gagnai cette allée où, toutes les nuits, je vais écouter le chant du rossignol. Dans le parc, chaque chose m'est, à cette heure, familière jusqu'au détail. Je connais la nuance du marbre des vasques et le ton mélodieux des feuillages; les jets d'eau me font leurs confidences et je goûte les plus subtiles caresses de l'air.—Peu à peu, je sens monter de mon cœur certaine mélancolie onctueuse qui se glisse vers le bout de mes doigts, circule dans tout mon être, me vivifie et qui est, proprement, le sang de mes rêves.

Soudain, le rossignol préluda.—Il avait changé d'arbre et je me mis en quête du nouveau belvédère qu'il s'était choisi, près d'un bassin, me semblait-il, au centre duquel s'effrite une Léda, ce qui reste d'une pauvre Léda sans tête, sans pied gauche, et dont le cygne fut, par un orage, décapité.

Je me cachai derrière un buisson, et, retenant mon souffle, je m'apprêtais à jouir du merveilleux concert, quand un second chant vint doubler le trille du rossignol.—C'était la voix rustique d'une flûte, parfois assez pure, mais fort hésitante. Elle s'arrêtait, reprenait une phrase, s'arrêtait encore et, de temps à autre, chantait faux, tandis que le rossignol, enivré de lui-même, perpétuait une roulade à mille inflexions.

Je risquai un regard et vis, sous la lune qui versait des rayons bleuâtres, un spectacle bien singulier.

Un jeune faune était accroupi contre la margelle du bassin. Il se tenait penché sur sa flûte, et toute son attitude disait une passion de bien faire, comme aussi les coups d'œil éperdus et vraiment désespérés qu'il lançait au rossignol, car le rossignol s'était perché, non loin de lui, sur l'épaule de Léda.

Ah! ce fut une belle leçon de musique!—Le rossignol était patient, recommençait les phrases, détachait les roulades, s'arrêtait, ralentissait son chant, et fit même une gamme que, note à note, perle à perle, le faunillon répéta, mais, si grande que fût l'attention de l'élève, quelque ardeur qu'il mît à rivaliser et pour modeste qu'il se fût montré, il n'en comprit pas moins l'inutilité de son effort...

Alors, il brisa sa flûte, et le rossignol s'envola.

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