TROISIÈME OBJET. (continued 2)
Reading edition
Quibus comparantur. Quibus contrariantur.
S UPERBIA leoni. S UPERBIA humilitati.
A VARITIA camelo. A VARITIA largitati.
L UXURIA hirco. L UXURIA castitati.
I RA. lupo. I RA patientie. (Sic).
G ULA urso vel porco. G ULA sobrietati.
I NVIDIA cani. I NVIDIA pietati.
A CEDIA asino. A CEDIA diligentie. (Sic).
On trouve aussi dans les vieux livres d'Heures, imprimés vers le commencement du XVIe siècle, des vignettes au nombre de sept, où sont représentées sous la figure de femmes les vertus combattant les vices. Chaque vertu, armée de toutes pièces, montée sur un très-beau cheval, terrasse chaque péché capital, représenté aussi par une femme et monté sur l'animal dont il est l'emblême. Ainsi, dans des Heures, imprimées chez Sim. Vostre, en 1518, gr. in-8o, on voit les légendes suivantes inscrites dans chaque vignette, au-dessus de la tête des deux femmes combattant:
1o «Humilité trébuche orgueil, montée sur un lion.
2o »Chasteté trébuche paillardise (sic), montée sur un bouc.
3o »Charité trébuche envye, montée sur un chien.
4o »Patiense (sic) TRÉBUCHE YRE (colère), montée sur un ours.
5o »Diligense trébuche paresse, montée sur un âne.
6o »Largesse trébuche avarice, montée sur un singe.
7o »Sobriété trébuche gloutonie, Montée sur un porc.
On voit qu'il y a différence dans l'ordre des péchés et dans la nomenclature des animaux. Ici la colère est montée sur un ours au lieu de l'être sur un loup; et l'avarice est sur un singe, au lieu d'être sur un chameau, comme dans le précédent tableau.
Lorsque l'Oreste de Voltaire parut pour la première fois, le 12 février 1750, l'affluence fut grande à la représentation, et l'on mit sur les contremarques des billets du parterre, les lettres suivantes:
O. T. P. Q. M. U. D.
Omne Tulit Punctum Qui Miscuit Utile Dulci.
Un mauvais plaisant interpréta ces sigles de la manière suivante:
Oreste, Tragédie Pitoyable, Que Monsieur Voltaire Donne.
Puisqu'il est ici question de l'une des tragédies de Voltaire, nous en citerons une autre du même auteur; c'est Zaïre, dont il a retranché quatre vers qui ont été retrouvés, en 1792, dans un manuscrit qui était parmi les papiers déposés dans les bureaux de la police à Paris. Ces quatre vers faisaient partie de la troisième scène du second acte, vers le milieu, à l'endroit où le vieux Lusignan implore Dieu après avoir reconnu sa fille:
Ne m'abandonnez pas, Dieu qui voyez mes larmes! »Et toi, cher instrument du salut des mortels, »Gage auguste du Dieu vivant sur nos autels, »Bois rougi de son sang, relique incorruptible, »Croix sur qui s'accomplit ce mystère terrible, Dieu mort sur cette croix et qui revis pour nous, Parle, achève, ô mon Dieu, ce sont là de tes coups.
Les quatre vers précédés de guillemets, sont ceux qui ont été retranchés.
AFFICHE VÉNITIENNE.
Dans le siècle dernier, on placarda clandestinement à la porte du Sénat de Venise une affiche qui ne contenait que ces neuf sigles:
P. P. P. J. J. J. R. R. R.
On conçoit aisément que l'inquisition d'état, toujours si susceptible, et sans doute composée alors de jeunes sénateurs, prit l'éveil, et, ne pouvant deviner le mot de l'énigme, promit ample récompense à celui qui le donnerait et qui ferait connaître l'auteur de la pièce. L'explication ne se fit pas attendre; le lendemain, une nouvelle affiche porta:
Prudentia Patrum Periit, Jmprudentia Juvenum Jmperat, Respublica Recens Ruit.
Gratis.
Les sénateurs ont-ils profité de cette leçon gratuite? c'est ce que l'histoire ne dit pas.
Il existe dans un vieux recueil d'inscriptions, un distique qui pourrait bien avoir quelque rapport avec l'affiche précédente; il est ainsi conçu:
Defunctis patribus, successit prava juventus, Cujus consilio quæ valuêre ruunt.
Ce distique est précédé d'un autre que l'on dit avoir été gravé sur les portes de la cathédrale de Breslaw; le voici:
Quas sacras ædes pietas construxit avorum, Has nunc hæredes invadunt more luporum.
Il paraît que les auteurs de ces méchants quolibets en voulaient à la jeunesse de leur temps; c'était au XVIe siècle; et comme il n'y a rien de nouveau sous le soleil, nous retrouvons au temps présent des gens chagrins qui, le sourire ironique sur les lèvres, s'avisent aussi de nous parler de la jeunesse avec une irrévérence à peu près égale à celle de ces anciens. Nous sommes bien aise de profiter de cette occasion pour dénoncer à nos lecteurs un pitoyable article inséré, il y a quelque temps, dans la Bibliothèque de Genève, sous le titre suivant: Des Adolescens de notre époque, comme gros d'avenir. Nous nous bornons à un petit extrait, car, en fait de sottises, les plus courtes sont les meilleures.
«Dans l'heureux siècle où nous vivons, dit ce mauvais plaisant, il y a des hommes de quinze ans, mais il n'y a plus d'adolescens. On passe de plein saut de l'enfance à l'âge mur, de la toupie à la gazette, du rudiment à la science infuse. Avant la première barbe, l'esprit est fait, parfait, il n'hésite plus; il a son idée fixe sur les choses, les hommes, les principes, les systêmes. Le cœur est froid, blasé, vu qu'il se connoît et se domine. On en remontre aux autres, et surtout à son père qui se fait vieux. Aussi il résulte de ce nouvel ordre de choses des principes vrais, justes, invariables, dont on ne doit plus s'écarter; les voici:
«L'expérience est une chose inutile.
»Le commerce des hommes et l'observation n'apprennent rien.
»Dans ce siècle de lumières, les lumières sont infuses à la jeunesse.
»L'âge où les passions sont dans toute leur effervescence, est naturellement celui où la raison domine.
»Le point culminant du bon sens et du jugement se rencontre nécessairement entre vingt et vingt-cinq ans, et rarement au-dessus. Passé cet âge, la société n'est plus composée que d'hommes usés et parfaitement désignés par ces judicieuses qualifications: à vingt ans, homme fait;—à vingt-cinq ans, maturité complète;—à trente ans, faux toupet;—à quarante ans, perruque;—à cinquante ans, ganache[59];—à soixante ans, momie;—à soixante et dix ans, fossile, outre-tombe, néant.»
En 1835, un poète tourangeau ne s'est-il pas avisé d'exprimer la même pensée et d'enchâsser les mêmes dénominations dans une pièce de vers intitulée Le Septuagénaire, ou le chant du Cygne! Nous ne citerons que la tirade où ces dénominations se trouvent:
....... «D'après nos grands faiseurs, on est homme à quinze ans; A vingt, par son mérite et son expérience, On appartient à cette jeune France Qui seule fait autorité: A vingt-cinq ans on est dans sa maturité, A trente, faux-toupet; à quarante, perruque, Et relégué dans la classe caduque; A cinquante, momie, ou fossile, ou néant[60].» .......
Les cinq P.
Toute jeune personne que l'on recherche en mariage sera suffisamment dotée, si elle a ces cinq P en partage.
Sit Pia, sit Prudens, Pulchra, Pudica, Potens.
C'est-à-dire qu'elle soit pieuse, prudente, belle, pudique et riche. N'en demandez pas davantage.
Les trois O de Théodore de Bèze.
Ces trois O signifient Opus, Opes, Ops, travail, richesses et soins. Théodore de Bèze eut le bonheur de les rencontrer successivement dans les trois femmes qu'il eut pendant le cours de sa vie. Il s'en explique lui-même ainsi:
Tres mihi disparili sunt junctæ ætate puellæ; Hæc juveni, illa viro, tertia deindè seni. Propter Opus validis prima est mihi ducta sub annis, Altera propter Opes, tertia propter Opem.
«J'ai eu trois femmes aux différents âges de ma vie, dans ma jeunesse, dans la force de l'âge et dans ma vieillesse. La première m'a aidé dans mes travaux; la seconde m'a apporté de la fortune, et la troisième a pris soin de mes vieux jours.»
Les cinq mots latins de Louis XI.
On prétend que ce prince si doux, si franc, si humain, se faisait gloire de son ignorance; et c'est au point qu'il voulait bannir de sa Cour et de l'éducation de son fils (Charles VIII), la langue latine, sauf cependant cinq mots qu'il réservait par privilège et qu'il trouvait si admirables qu'il en fit toute sa vie la règle de sa conduite. «Non, disait-il, le latin n'est nullement nécessaire à un roi, ou du moins le lui est très peu, et il suffira que mon fils en sache les cinq mots suivants: Qui nescit dissimulare, nescit regnare; là gît tout l'art de gouverner.» Aussi posait-il en principe dans son Rosier des guerres[61], cette maxime: «Nuls conseils ne sont meilleurs que ceulx que ton adversaire ne peut savoir avant que tu les faces.» C'est-à-dire: dissimule toute résolution, de sorte que ton adversaire ne puisse la connaître qu'après que tu l'auras mise à exécution.—Autre maxime tirée du même ouvrage: «De tant que fust vault mieulx que escorce, autant vault mieux soustilleté que force.» ce qui signifie:
Sachez qu'autant le bois l'emporte sur l'écorce, Autant subtilité l'emporte sur la force.
MAXIMES TIRÉES DU BRÉVIAIRE DES POLITIQUES.
Ces maximes sont dans le genre de celles dont nous venons de parler; mais elles ont une autre source, et sont un peu plus étendues. On prétend qu'elles ont été enseignées par Mazarin à Louis XIV, comme la règle de conduite la plus sûre dans l'administration des affaires publiques et privées; en voici l'énoncé:
Simula, dissimula; nulli crede; omnia lauda; Nosce te ipsum; nosce alios.
Comme ces principes sont extraits d'une diatribe forcenée, publiée contre Mazarin, il est tout naturel de penser que la conscience de ce doucereux ministre n'est point chargée de ce délit machiavélique. Le livre d'où sont tirées ces belles maximes est intitulé Breviarium politicorum secundum rubricas mazarinicas. Colon. Agrip., Joan. Selliba, 1684, pet. in-12. La Bibliothèque historique de France, No 32,564, en annonce une édition, Parisiis, J. Le Petit, 1695, in-24, et ajoute que «ce livre est assez curieux, et n'est pas mal fait dans son espèce diabolique.» On en connaît encore une édition, Vesaliæ, et Amstelodami, Joh. Wolters, 1700, pet. in-12. Il ne faut pas confondre cet ouvrage avec Le grand Bréviaire de Mazarin, in-4o, pièce badine sur les mœurs du Cardinal et sur la manière dont il passe la journée.