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Le livre des singularités

ARTICLE OMIS,

Reading edition

à rétablir p. 341.

Nous avons consacré, dans le présent recueil, pp. 332-344, un chapitre au Chant du Rossignol, écrit sous sa dictée; nous avons donné plusieurs variantes de ce chant, mais il nous en est échappé une que nous nous empressons de rétablir ici; son omission serait une lacune impardonnable en si grave matière. Nous puisons cette nouvelle variante dans les agréables causeries de M. de C........, publiées sous le titre de Souvenirs de madame la Marquise de Créquy. Voici comment l'auteur met en jeu notre gentil musicien emplumé, accompagné de son savant copiste et traducteur, M. Dupont de Nemours:

«Il arriva qu'un jour (dit Mme la Marquise), chacun se demanda pourquoi tout Paris avait reçu des invitations pour une grande soirée chez la marquise de Villiers? C'était pour entendre de la musique, et tout le monde y fut avec la persuasion que ce serait une étrange affaire. On apprit en arrivant qu'il était question d'un concert vocal, et que toutes les personnes de la famille devaient y faire leur partie. Jugez l'agréable surprise! On se forme en cercle, et c'était un maniaque appelé M. Dupont qui devait diriger toutes ces belles voix.—«Monseigneur, Mesdames et Messieurs (commença par dire M. Dupont, en faisant une inclination profonde à M. le Prince de Conti), vous allez entendre une cantate imitée du chant naturel au Rossignol; j'ose me flatter d'avoir eu le bonheur de l'écrire et de l'accentuer sous la dictée de la nature.» Et puis voilà tous ces aimables enfants de la maison qui se mettent à chanter en fausset:

Ti-ô-ou, ti-ô-ou, ti-ô-ou, Spé tiou z'cou-à. Cou-orror-pipi; Ti-ô, ti-ô, ti-ô, ti-ô-tixe! Cou-ciò, cou-ciò, cou-ciò! Z'cou-ô, z'cou-ô, z'cou-ô; T'zi, t'si, t'si.... Curror-tiou! z'quouâ-pipi, coui!

«C'est ainsi qu'on nous donna bien imprimée sur papier couleur de rose, la cantate ornithologique et philomélique de M. Dupont de Nemours; figurez-vous, si vous pouvez, les fous-rires, en entendant chanter sept à huit romances telles que celle-ci par une pareille couvée de rossignols?» (Souvenirs de madame la marquise de Créquy, nouv. édit.; Paris, Delloye, 1840. 9 vol. in-18; voy. tom. VI, pp. 222-223.)

Tel est le récit de M. de C........, que nous ne donnons nullement pour article de foi, mais qui présente une troisième variante indispensable à notre article Rossignol.

LE LIVRE DES SINGULARITÉS

que nous offrons au public, ne justifierait nullement son titre, si, comme les livres ordinaires, il commençait par le commencement, c'est-à-dire par quelque chose qui tînt aux origines et même aux origines les plus reculées, telles que la création, par exemple; car en fait d'événements, on n'est guère dans l'usage de remonter plus haut. Eh bien! nous déclarons que, dans la circonstance présente, rien ne serait plus commun, plus vulgaire et même plus trivial que de commencer ainsi. C'est pourquoi, voulant donner à notre recueil une physionomie particulière, originale, singulière, nous avons décidé dans notre haute sagesse, qu'il ne commencerait point par le commencement, mais que, sortant de l'ornière de la routine, il commencerait avant le commencement.—Voilà du nouveau, dira-t-on, et même de l'absurde.—Du nouveau, oui; mais de l'absurde, non.—Dites-nous donc comment un livre peut commencer avant le commencement?—Le voici, Messieurs; et notre démonstration ne sera pas longue: Convenez-vous que la création, dont nous avons eu l'honneur de vous parler plus haut, est le commencement de toutes choses?—Oui, sans doute.—Or, si, dans notre livre, plaçant en seconde ligne ladite création, nous vous présentons de prime-abord l'histoire détaillée de ce qui l'a précédée, qu'en conclurez-vous?—Ah! ah! c'est différent.—Vous en conclurez nécessairement que notre livre commence avant le commencement, puisqu'il commence avant la création. C'est donc cette histoire que vous allez trouver dans le joli petit chapitre suivant, chapitre passablement sérieux, encore plus ennuyeux, mais indispensable en tête d'un livre de singularités, créé et mis au monde uniquement pour votre amusement, instruction et jubilation. Vous remarquerez que nous avons baptisé ce chapitre du beau nom d'Antégénésie, mot sublime qui exprime bien l'état des choses tel qu'il était quand rien n'était, hors Dieu dont l'immensité est le mobile de l'histoire en question.

En définitive, nous croyons avoir prouvé victorieusement que le Livre des singularités ne commence point PAR le commencement, mais qu'il commence AVANT le commencement, Quod erat demonstrandum pour son honneur et gloire. Entrons en matière, et prenons le ton sérieux qui convient à la gravité du sujet.

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