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La chanson de la Bretagne

Vaines attentes

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I

La pluie au vent de mer s’égoutte Dans la barbe verte des pins ; Et des femmes suivent la route, Qui vont au bourg pétrir leurs pains. Sous la mouvante capeline, Leur face rosée, au ton clair, Sent bon la bonne odeur saline, L’odeur de flot qui dort dans l’air. Et ce sont des filles de grève Qui vont entre elles devisant De l’homme qui les hante en rêve, Toujours aimé, — toujours absent !

II

Ils sont là-bas, dans les eaux mornes, Les fiancés et les époux ; Autour d’eux est la mer sans bornes, Et sur eux le firmament roux. De longs voiles tissés de brume Pendent du haut du ciel muet… En Bretagne un foyer s’allume, Et voici le chant du rouet… Eux aussi, de leurs voix bourrues, Chantent !… Nul écho ne répond… Un mousse éventre des morues Qui gisent à plat sur le pont. Et l’on voit couler sur les planches, On voit jaillir par les sabords, Tout constellé d’écailles blanches, Le sang rouge des poissons morts.

III

Doucement, doucement bercées Par le chant si câlin des flots, Les épouses, les fiancées Dorment au fond des grands lits clos. Chacune d’elles, mère, femme, Fille vierge en désir d’amour, A bien prié sa Notre-Dame D’Espérance et de Bon-Retour. Et toutes elles font ce rêve D’un pas lointain, d’un pas connu, Qui par l’étroit sentier de grève Jusqu’à leurs portes est venu. Les clefs tournent dans les serrures. — « Voici venir qui j’attendais !… » Des hommes aux larges carrures Entrent… Ce sont les Islandais ! A des visages noirs de hâle Pendent des barbes de glaçons. On entend la flamme qui râle Sur le cadavre des tisons. Les Bretonnes ensommeillées Étreignent les gars à plein corps ! Dieu ! qu’ils ont les lèvres mouillées ! Sont-ils vivants ?… S’ils étaient morts !…

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