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La chanson de la Bretagne

La Chanson de ma nourrice

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Il me souvient d’une ballade Que ma nourrice à faible voix Me chantait, quand j’étais malade. Autrefois. « C’étaient deux marins du même âge Qui s’étaient connus tout petits, Et qui s’aimaient. Un soir, tous deux étaient partis Pour on ne sait plus quel voyage. Ils étaient partis, tous les deux, Tous deux braves marins, tous deux bons capitaines, Pour on ne sait plus trop quelles plages lointaines, Et, depuis, on n’a pas entendu parler d’eux. » Nourrice, j’en ai bien vu d’autres Qui s’aimaient et qui sont partis, S’étant connus, comme les vôtres, Tout petits. « On chuchotait, mais sans y croire, Sur le quai, la nuit du départ, Qu’ils avaient entrepris d’aborder quelque part Dans un pays nommé la Gloire. Par exemple, on disait encor Qu’un long pavillon vert flottait à leur grand’hune. Et qu’on pouvait du port y lire au clair de lune Le nom de l’Espérance écrit en lettres d’or. » Ce pavillon vert qu’on arbore Au départ, et qui claque au vent, N’est, hélas ! qu’un haillon sonore, Trop souvent. « Combien ont fait le tour du monde, Qui sains et saufs sont revenus ! Mais ces deux-là sont morts, sous des cieux inconnus, Dans l’oubli de la mer profonde. Ils sont morts, ils sont morts tous deux. Tous deux braves amis, tous deux bons capitaines, Sans avoir abordé dans les plages lointaines, Et les poissons d’argent n’ont rien épargné d’eux. » Oh ! la triste, triste ballade, Que ma nourrice à faible voix Me chantait, quand j’étais malade, Autrefois !

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