La source enchantée
Reading edition
A Madame Collier.
J’errais dans la montagne un jour de chaleur grande. Une source s’offrit, claire, parmi des houx. Comme les chevaliers dont parle la légende Pour boire dans ma main je me mis à genoux. Quelqu’une qui paissait un troupeau dans la lande Me cria, mais hélas ! trop tard : « Malheur à vous ! » J’avais bu, sans savoir, l’eau de Brocéliande. Ma lèvre en a gardé l’impérissable goût. Et je vais, depuis lors, indifférent aux choses Qui font les hommes gais ou qui les font moroses. La source fée en moi luit sous les arbres verts ; Je suis le prisonnier de son eau diaphane, Et je ne sais plus rien de l’immense univers Que le reflet changeant des yeux de Viviane.