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La chanson de la Bretagne

Nuit insulaire

Reading edition

A François Gélard.

Dans la ruelle étroite au point qu’un seul passant Suffit à l’obstruer presque toute, je croise Un de ces homardiers qui viennent de l’Iroise Vendre aux marchés de Sein la pêche d’Ouessant. Et voici qu’un volet de lucarne, en grinçant, S’ouvre dans un vieux mur coiffé de vieille ardoise. Une fille est là-haut qui se penche, sournoise ; Et l’homme fait un signe, et la fille descend. Silencieuse, elle a noué sa cape brune Sur son cou pâle et fin comme un croissant de lune. Le gars, d’une voix sourde, a dit : « Vogue le sort ! » Je les ai vus glisser furtifs dans l’ombre épaisse La fille avait l’air fixe et dur d’une prêtresse, L’homme allait à l’amour comme on marche à la mort.

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