Ballade
Reading edition
I
Pour mettre sa coiffe, un dimanche Sa coiffe de dentelle blanche, La fille à son miroir se penche. — Comme vous voilà belle ainsi ! — D’être belle je n’ai souci ; D’être plaisante et d’être accorte, A quoi me sert et que m’importe ? Nul galant ne frappe à ma porte ! — Taisez-vous et ne pleurez point ; Les amoureux viendront à point. — S’ils laissent cette année entière Passer, comme sa devancière, Lors, menez-les au cimetière. — Vous n’avez pas encor vingt ans ; La rose fleurit au printemps ! — Quand vous verrez fleurir la rose, Mettez-la sur ma tombe close. Dites : c’est là qu’Elle repose. Sur ma tombe mettez des fleurs. Et, dans le bénitier, des pleurs. Mettez-y fleur rouge et fleur noire, La fleur de deuil et de mémoire Douce aux âmes du Purgatoire ; Puis, vous planterez sur les bords La fleur d’oubli, la fleur des morts.
II
Pour les cloër qui vont en bande, La route n’est pas assez grande, Qui mène à Vannes de Guérande. Ils ont franchi les murs sacrés ; Au cimetière ils sont entrés. — « Or, çà, voici la tombe neuve La fraîche tombe d’une veuve Qui mourut fille, avant l’épreuve ; Qui mourut fille, pour avoir Aimé d’un amour sans espoir. C’est pourquoi l’on mit sur sa tombe Fleur blanche couleur de colombe, Fleur noire ainsi que nuit qui tombe. Celui qu’elle aime est à Guingamp, Qui d’elle à tous va se moquant… » La morte est là qui les écoute Et dit : « Suivez, suivez la route ; Devant vous elle s’ouvre toute ; Mais au cimetière, laissez Dormir en paix les trépassés !… »