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La chanson de la Bretagne

Le chant de ma mère

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Le chant que me chantait naguère Ma mère douce, au long des nuits, A dû mourir avec ma mère… Nul ne me l’a chanté depuis. Et c’est en vain qu’au seuil des portes Obstinément je l’ai quêté. O ma mère, tes lèvres mortes Dans la tombe l’ont emporté. En vain, sous les lampes huileuses, J’ai fait, dans l’âtre des maisons, Sourdre au cœur des vieilles fileuses L’eau vive des vieilles chansons. La berceuse qui me fut chère, Le doux chant naguère entendu, Le chant que me chantait ma mère Avec ma mère s’est perdu. Mais aux heures, aux heures chastes Où les nocturnes ciels d’été Nous haussent sur leurs ailes vastes A des songes d’éternité. Je vois soudain, dans ma mémoire, Champ du repos peuplé d’aïeux, Circuler la grande ombre noire D’un laboureur mystérieux. Sa charrue étrange et sacrée Ouvre au loin des sillons mouvants Et fait, de la terre éventrée, Jaillir des morts restés vivants. Muet, sur les fosses rouvertes, Je l’entends aller et venir Ce grand faiseur de découvertes Qui se nomme le Souvenir. Et, hors des glèbes retournées, Se lèvent d’antiques moissons Où court, dédaigneux des années, Le pied nu des jeunes chansons. Et le chant, le chant dont ma mère Berça mon somme au temps jadis Exhale en moi l’odeur légère D’un fin bleuet du paradis.

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