Chant Troisième.
Paulin Paris translation
Come vedi--ancor non m'abandonna. (Dante.)
1. Brillant d'une plus aimable splendeur sur la fin de sa carrière, le soleil couchant s'abaisse avec lenteur le long des collines de la Morée. Il ne brille pas d'un éclat obscurci, comme dans les climats du Nord, mais c'est un rayonnement sans nuage d'une flamme vivante! Le rayon jaune qu'il jette sur l'abîme silencieux dore les vagues verdâtres, étincelantes de ses tremblans reflets. C'est sur le vieux rocher d'Égine et sur l'île d'Hydra que le dieu de la gaîté répand son dernier sourire. Se complaisant sur ses propres domaines, qu'il quitte à regret, c'est là qu'il aime à verser ses rayons, quoique ses autels n'y reçoivent plus l'encens de ses adorateurs. Les ombres des montagnes descendent au loin et baisent ton golfe glorieux, invincue Salamine! Leurs arcs d'azur rencontrent les doux regards du soleil dans la vaste étendue des airs, colorés d'une pourpre plus foncée, et des teintes plus tendres, jetées sur leurs cimes, marquent sa course triomphante, et reproduisent les couleurs du ciel; jusqu'à ce que, dérobé par une ombre profonde à la terre et à l'océan, le soleil disparaisse derrière son rocher de Delphes pour se jeter dans les bras du sommeil.
2. Je m'écarte de mon sujet.--Pourquoi tourné-je mes pensées vers toi, contrée du soleil? Oh! qui peut contempler la mer qui baigne tes rivages, et ne pas s'arrêter à ton nom, quel que soit le sujet que l'on traite, tant il y a de magie dans tout ce qui parle de toi? Quel est celui qui, ayant vu se coucher le soleil sur toi, ô belle Athènes! pourrait jamais oublier la scène que tu présentes à cette heure merveilleuse du soir? Ce n'est pas celui--dont le cœur ne connaît ni tems ni distance, et qu'un charme magique retient dans le parage des Cyclades! Cet hommage ne paraîtra point étranger à ses chants; l'île de son corsaire fit autrefois partie de ton domaine:--puisse-t-elle, en recouvrant la liberté, redevenir encore la tienne!
3. Le soleil s'est couché;--et, plus sombre que la nuit, le cœur de Médora défaille près du signal de feu placé sur la hauteur de la tour.--Le troisième jour s'est écoulé:--avec lui Conrad n'arrive pas,--n'envoie pas de message,--l'infidèle! Le vent a été beau, quoique faible, et il ne s'est point élevé de tempête. Hier au soir le navire d'Anselme est rentré dans la baie; et cependant les seules nouvelles qu'il apporte, c'est qu'il n'a point rencontré Conrad! Cruelle, comme elle l'est maintenant, bien différente serait l'histoire, si Conrad eût attendu cette voile pour combattre.
La brise de la nuit commence à fraîchir;--Médora a passé ce jour à épier tout ce que l'espérance peut lui faire prendre pour un mât; elle est assise tristement--sur la hauteur.--L'impatience l'entraîne sur le rivage de la mer à l'heure de minuit; là elle erre désolée, sans sentir l'écume des flots qui souvent venait jaillir sur ses vêtemens, et l'avertissait de s'éloigner. Elle ne la voyait pas,--ne la sentait pas,--ne pouvait quitter ce rivage; elle ne sentait pas le froid de cette écume:--le froid seul qu'elle éprouvait était sur son cœur. Ce retard lui occasionna une telle certitude du malheur, que la vue du vaisseau de Conrad lui eût fait perdre également la vie ou la raison.
Enfin arrive--un pauvre bateau tout brisé, dont l'équipage a d'abord aperçu celle qu'il cherche. Quelques-uns d'entre ces hommes ont des blessures sanglantes:--tous sont dans un état pitoyable.--Ils sont peu nombreux;--à peine comprennent-ils comment ils ont pu échapper:--c'est là tout ce qu'ils savent. Silencieux, abattus, chacun d'eux paraît attendre que la triste voix de son compagnon exprime ses doutes sur le sort de Conrad. Ils auraient pu dire quelque chose; mais ils semblaient craindre de confier leurs paroles à l'oreille de Médora. Elle les a compris, et cependant elle n'a point succombé,--elle n'a pas même tremblé--en apprenant ce malheur accablant, ce délaissement terrible.
Sous les traits délicats et tendres de Médora se cachaient de hauts sentimens, qui ne se manifestaient que lorsqu'ils avaient acquis toute leur énergie. Cependant, aussi long-tems que l'espérance lui restait,--ces sentimens s'exprimaient par de l'attendrissement,--du désordre--et des larmes;--quand tout était perdu,--cette sensibilité ne s'éteignait pas,--mais elle sommeillait; et de ce sommeil apparent naissait cette énergie qui lui disait: «Puisqu'il ne te reste rien à aimer,--il ne te reste également rien à craindre.» Cette énergie était supérieure à la nature; elle était semblable à ce brûlant et puissant délire qui naît de l'accès de la fièvre dévorante.
«Vous restez silencieux,--dit-elle.--Je ne voudrais pas entendre ce que vous pouvez me raconter;--ne parlez pas,--ne murmurez pas ce nom:--car je sais bien tout.--Cependant je voudrais vous demander--mes lèvres se refusent presque à le dire;--que votre réponse soit brève:--dites-moi où il repose?»
«Madame! nous l'ignorons,--à peine avons-nous pu sauver notre vie; mais il y en a un d'entre nous qui soutient qu'il n'est pas mort: il l'a vu saisir, couvert de blessures sanglantes,--mais vivant encore.»
Elle n'en put entendre davantage: c'était en vain qu'elle s'y efforçait;--le sang bout dans ses veines;--toutes ses pensées s'agitent,--jusqu'à ce que, dans cette lutte opiniâtre, son ame accablée succombe à ces paroles. Elle chancelle,--tombe, et les vagues allaient peut-être l'arracher sans vie à un autre tombeau; mais ces hommes aux mains rudes, bien que leurs yeux soient noyés de larmes, se sont empressés de venir à son aide avec la promptitude que commande la pitié. Ils versent sur cette joue pâle comme la mort la rosée de l'Océan, relèvent Médora,--agitent l'air sur sa figure,--et la soutiennent jusqu'à ce qu'elle revienne à la vie. Ils réveillent ses femmes, et laissent aux mains des matrones cette forme défaillante dont l'aspect les fait gémir de douleur. Ils s'en vont à la caverne d'Anselme pour lui faire part de ces affligeantes nouvelles--et de leur courte victoire.
4. Dans cette assemblée farouche retentissent des paroles hardies et étranges; il s'élève des pensées de rançon, de guerre et de vengeance, de tout, excepté de paix ou de fuite. L'esprit de Conrad respire encore dans leur conseil et leur défend le désespoir. Quel que soit son destin,--les cœurs qu'il a inspirés et commandés le sauveront vivant, ou apaiseront son ombre irritée. Malheur à ses ennemis! il reste encore un petit nombre de ses braves dont les actions sont audacieuses, comme leurs cœurs sont fidèles.
--«Pacha! la victoire de ce jour t'appartient; elle s'est fixée sur la crête de ton cimier:--Conrad est pris,--le reste est tombé! Le sort de Conrad est résolu:--il doit mourir, et il a bien mérité ce châtiment;--cependant il me paraît trop indigne de ta haine. Je pense qu'en le délivrant un moment, pour lui parler de rançon, en exigeant tous ses trésors, serait un moyen plus sage. La renommée vante beaucoup ses richesses de pirate;--que mon pacha n'en est-il le maître! Pendant ce tems, abattu,--affaibli par ce fatal combat,--surveillé,--suivi,--il serait toujours une proie facile; mais une fois mort,--le reste de sa troupe embarquera ses richesses et les leurs pour chercher une retraite plus sûre.»
«Gulnare!--si pour chaque goutte de son sang on m'offrait un diamant aussi riche que le diadême de Stamboul; si pour chacun de ses cheveux on faisait briller à mes yeux une mine massive d'or vierge; si tout ce que nos contes arabes racontent ou font rêver de trésors et de richesses était devant moi,--tous ces trésors ne pourraient racheter le pirate! Ils ne retarderaient pas seulement son supplice d'une heure, si je ne le savais enchaîné et en mon pouvoir; et si, dans ma soif de vengeance, je ne méditais encore sur les tortures qui durent le plus long-tems et tuent le plus tard possible.»
«C'est bien,--Seyd!--Je ne cherche pas à comprimer ta rage; elle est trop justement excitée pour souffrir la pitié: mes pensées étaient seulement de t'assurer ses richesses.--Ainsi relâché, il n'aurait pas été libre. Rendu incapable de te nuire, privé de la moitié de sa troupe, il pourrait retomber entre tes mains à ton premier signal.»
--«Il pourrait retomber en mes mains!--et je le relâcherais alors pour un jour,--quand le misérable est déjà dans mes mains? Relâcher mon ennemi!--à la prière de qui?--de la tienne! belle solliciteuse!--C'est là cette vertueuse reconnaissance que t'inspire la conduite du giaour envers toi et les autres femmes, sans doute parce qu'il t'a épargnée,--sans s'inquiéter si sa capture était belle! Mes remerciemens et mes éloges lui sont aussi dûs.--Maintenant écoute! j'ai un conseil à faire entendre à ton oreille gentille: je me défie de toi, femme! et chacune de tes paroles imprime le sceau de la vérité aux soupçons qui m'ont été inspirés. Portée dans ses bras à travers les flammes qui consumaient le sérail,--dis, avais-tu du regret d'être ainsi emportée par lui? Tu n'as pas besoin de répondre;--ta confusion parle, par la rougeur qui monte déjà à tes joues coupables. Alors, aimable dame, pense à toi! et prends garde: ce n'est pas seulement sa vie qui demande un tel soin! Encore une parole--oui--je n'en demande pas davantage. Maudit fut le moment où il t'emporta loin des flammes; mieux eût valu--mais--non--alors j'aurais gémi sur toi avec la douleur d'un amant,--maintenant c'est ton maître qui t'avertit,--femme perfide! Ne sais-tu pas que je puis couper tes ailes volages? Ce n'est pas seulement par des paroles que je châtie ceux qui m'outragent; prends garde à toi:--ne pense pas que ta perfidie reste impunie!»
Il se lève--et il s'éloigne lentement, l'air sévère, la rage dans les regards et la menace dans ses adieux. Ah! peu en a été émue cette reine des femmes fortes--qu'un front irrité n'a jamais effrayée, que les menaces n'ont jamais subjuguée. Seyd ne connaissait guère ton cœur, ô Gulnare! il ne savait pas combien l'amour avait sur lui d'empire, et de quelle audace la persécution pouvait le rendre capable. Les soupçons du pacha lui parurent des outrages,--car elle ne connaissait pas encore combien étaient profondes les racines d'où naissait sa compassion.--Elle était une esclave;--par cela seul tout captif avait des droits à son intérêt, et ce sentiment ne différait d'un autre que de nom. Démêlant à peine les motifs des sentimens qui l'agitent,--ne tenant nul compte de la colère du pacha, elle voulut s'exposer à de nouveaux dangers, en essayant encore de calmer sa haine,--jusqu'à ce que s'éleva dans son esprit ce combat de la pensée, source des malheurs de la femme!
6. Cependant--pleins d'anxiété--tristement longs--calmes et uniformes s'écoulent les jours et les nuits de Conrad.--Si son ame n'avait pas su dompter la terreur, elle n'eût pu supporter ce redoutable intervalle du doute et de la crainte, lorsque chaque heure pouvait le condamner à un supplice pire que la mort; lorsque chaque pas que répétait l'écho de la porte de sa prison pouvait être celui de l'homme qui devait le conduire où le pieu fatal l'attendait: lorsque chaque voix qui frappait son oreille pouvait être la dernière qu'il lui était permis d'entendre: si son ame n'avait pu dompter la terreur,--cet esprit austère et haut eût prouvé qu'il était aussi peu disposé à mourir qu'incapable de s'en préserver. Il était abattu,--peut-être vaincu;--cependant il supportait en silence ce conflit de pensées plus redoutables que tout ce qu'il avait essuyé jusqu'alors. La chaleur du combat, le fracas des tempêtes laissent à peine une idée assez inactive pour être un tourment; mais emprisonné et chargé de fers dans une étroite solitude, se torturer, en proie à tous les souvenirs les plus divers; méditer sans cesse sur son propre cœur, sur ses irréparables fautes, sur son destin futur;--se voir dans l'impossibilité d'éviter ce dernier--et de réparer les premières;--compter les heures qui nous poussent impérieusement à notre fin, sans avoir un ami pour nous consoler, et redire aux autres que la mort a été reçue par nous comme un bien; autour de nous des ennemis toujours prêts à mentir sur notre vie passée, et à calomnier nos derniers instans; avoir devant soi des tortures que l'ame se sent capable de braver, quoiqu'elle doute si la chair frémissante sera assez forte pour les supporter, et si un simple cri ne déshonorera pas les plus beaux sentimens, et ne lui ravira pas la plus noble gloire, celle du courage; la vie que l'on perd ici-bas, se la voir déniée en haut par ceux qui s'arrogent le monopole des faveurs du ciel; et surtout se voir ravir quelque chose de plus qu'un paradis douteux--le ciel de nos espérances terrestres--celle qui est la bien-aimée de nos cœurs; telles sont les pensées dont un captif est assiégé, et qui lui font éprouver des angoisses qui surpassent les douleurs mortelles: ce sont ces pensées qui assiégeaient Conrad.--Les supporte-t-il lâchement ou avec courage? puisqu'il n'y succombe pas, il faut bien qu'il en soit ainsi!
7. Le premier jour est passé, il n'a pas vu Gulnare;--le second--le troisième--elle n'est pas encore revenue; mais ce que ses paroles avaient avancé, ses charmes l'ont accompli, ou autrement il n'aurait pas vu un autre soleil. Le quatrième s'est écoulé, et avec la nuit une tempête est venue mêler sa puissance de terreur à celle des ténèbres. Oh! comme Conrad prêtait avidement l'oreille aux mugissemens de l'abîme, qui jusqu'alors n'avaient pas encore interrompu son sommeil! et son imagination sauvage s'égare dans de plus sauvages désirs, inspirée qu'elle est par la lutte de son propre élément! Souvent il s'était élancé sur ces vagues ailées, et il aimait leur rudesse impétueuse qui rendait sa course plus rapide. Et maintenant le mugissement de l'océan qui retentit à son oreille est pour lui une voix depuis long-tems connue, qui lui dit--hélas! que c'est vainement qu'elle est si près de lui!
Le vent au-dessus de lui fait entendre de lourds sifflemens; et, doublement retentissans, les nuages qui portent le tonnerre ébranlent la tourelle de sa prison; la foudre reluit à travers les barreaux, et réjouit plus le cœur de Conrad que l'astre de la nuit. Il traîne sa lourde chaîne vers ces barreaux éclairés pour y attirer le tonnerre, en désirant que ce péril ne fût pas vain. Il soulève ses bras chargés de fers vers le ciel, en le priant de lancer dans sa pitié un de ses carreaux enflammés pour l'anéantir: le fer qu'il porte et sa prière impie les attirent également.--La tempête roule au loin et dédaigne de frapper; ses voix retentissantes s'affaiblissent dans le lointain,--elles s'éteignent.--Conrad se retrouve seul, comme si quelque ami infidèle eût dédaigné d'écouter ses gémissemens.
8. L'heure de minuit est passée,--et un pas léger s'approche de la porte massive;--il s'arrête,--il s'approche de nouveau; le verrou criant et la clef au son triste tournent légèrement: son cœur l'a devinée,--c'est la belle Gulnare! Quels que soient ses péchés, cette femme est pour lui un ange protecteur, et belle aussi comme l'imagination d'un ermite pourrait la peindre. Cependant elle est changée depuis qu'elle est venue pour la première fois dans cette prison; sa joue est plus pâle, sa démarche plus chancelante. Elle tourne vers le prisonnier son œil noir et inquiet, et ce regard exprime avant ses paroles ces mots: «Tu dois mourir! oui, tu dois mourir; il ne te reste qu'une ressource, la dernière,--la pire de toutes,--si les tortures ne la surpassaient encore.»
«Femme! je n'en dénie aucune;--mes lèvres expriment ce qu'elles ont déjà exprimé:--Conrad est toujours le même. Pourquoi veux-tu chercher à sauver la vie d'un condamné, et l'arracher à la sentence qu'il a méritée? Oui, je l'ai bien méritée--non seul ici peut-être--j'ai bien mérité la vengeance de Seyd par de nombreuses actions coupables.»
--«Tu me demandes pourquoi? pourquoi--oh! n'as-tu pas sauvé ma vie d'un sort plus horrible que celui de l'esclavage? Tu me demandes pourquoi?--le malheur t'a-t-il aveuglé sur les tendres entreprises de l'esprit d'une femme? et dois-je te le dire? quoique mon cœur ressente tout ce que la femme peut ressentir, sans pouvoir l'avouer--en dépit de tes crimes--ce cœur le ressent pour toi. Il a éprouvé pour toi de la crainte,--de la reconnaissance,--de la pitié, de la folie,--de l'amour. Ne réplique pas, ne me conte plus ton histoire, ne me dis plus que tu en aimes une autre--et que je t'aime en vain. Quoiqu'elle soit aussi tendre que moi, qu'elle soit plus belle, je me précipite dans un danger qu'elle n'oserait pas affronter. Son cœur, auquel le tien est si fidèle, est-il digne du tien? Si je t'appartenais,--tu ne serais pas seul ici maintenant. Épouse d'un proscrit,--elle laisse son époux errer seul sur les vagues! Qui retient dans sa demeure une si galante dame? Mais assez de paroles,--et sur ta tête et sur la mienne un sabre tranchant est suspendu par un simple fil; si tu as encore du courage, et que tu veuilles être libre, prends ce poignard, lève-toi et suis-moi!»
«Oui,--et mes chaînes! mes pieds, parés de ces ornemens, traverseront avec grâce les gardes endormis! Tu l'as oublié,--est-ce là un accoutrement pour fuir? ou est-il plus propre que tout autre au combat?»
«Gulnare!--Gulnare!--je n'avais jamais, jusqu'à ce moment, senti si fortement mon abjecte fortune, ma renommée flétrie si humiliée. Seyd est mon ennemi; il eût balayé ma troupe de la terre, avec un bras impitoyable, mais frappant à découvert. C'est pourquoi je suis venu ici, sur mon vaisseau de guerre, pour émousser le cimeterre par le cimeterre; telle est mon arme,--et non le secret poignard:--qui épargne la vie et l'honneur d'une femme, épargne aussi celle d'un ennemi qui dort. C'est avec joie que je te sauvai, ô femme; ce n'était pas pour cela:--ne me laisse pas penser que tu n'étais pas digne de ma pitié. Maintenant, adieu donc!--que plus de paix soit réservé à ton cœur! La nuit s'écoule:--c'est la dernière de mon repos terrestre!»
«Repose! repose! au soleil levant commenceront tes souffrances nerveuses, et tes membres se tordront sur le pieu qui t'attend. J'ai entendu donner les ordres,--j'ai vu--mais je ne le verrai plus.--Si tu veux périr, je périrai avec toi. Ma vie,--mon amour,--ma haine,--tout ce que je possède ici-bas dépend de cette résolution, corsaire! Mais il n'y a que cette tentative! sans elle la fuite serait inutile.--Comment! les poursuites assurées de Seyd, mes injures non vengées, ma jeunesse déshonorée,--les longues, longues années consumées dans les regrets--un seul coup nous délivre de toutes nos craintes à venir. Mais puisque la dague convient moins à ton bras que l'épée, j'essaierai la fermeté d'une main de femme. Les gardes sont gagnés;--encore un moment, et tout sera consommé.--Corsaire! nous nous rencontrerons en lieu sûr, ou nous ne nous rencontrerons plus. Si ma faible main faillit, le nuage du matin roulera sur ton échafaud et sur mon linceul.»
9. Elle se détourna et disparut avant que Conrad eût pu lui répondre, mais il la suit long-tems d'un œil inquiet; et recueillant, comme il faut, les anneaux des chaînes qui le pressent, pour diminuer leur longueur ainsi que le bruit de sa marche, il suit Gulnare, autant que le lui permettent ses membres enchaînés, car les verroux ne retiennent plus ses pas. Elle était noire et sinueuse la marche qu'il devait suivre, et il ne savait pas où ce passage conduisait. Il n'y avait là ni lampes ni gardes. Il aperçoit bientôt une sombre lueur:--cherchera-t-il ou évitera-t-il une clarté si indistincte et si faible? Le hasard guide ses pas,--une fraîcheur soudaine semble frapper son front, comme si c'était l'air du matin.--Il a atteint une galerie découverte;--à ses regards brille la dernière étoile de la nuit dans un ciel qui s'éclaircit. Cependant à peine Conrad y fait-il attention. Une autre lumière, partie d'une chambre solitaire, frappe sa vue. Il se dirige de ce côté. Une porte entr'ouverte lui a laissé voir cette clarté dans l'intérieur, mais rien de plus. Une figure se présente d'un pas précipité; elle s'arrête,--se détourne,--s'arrête encore,--c'est elle enfin! Point de poignard dans sa main,--aucun indice de crime.--«Grâces soient rendues à ce cœur tendre,--elle n'a pu le tuer!» Il la regarde de nouveau; ses regards sauvages et égarés semblent reculer de frayeur à la vue du jour. Elle s'arrête,--rejette en arrière ses longues tresses de cheveux noirs qui voilaient presque tout son visage et son beau sein: on dirait que sa tête mal assurée sort d'un état de doute ou de terreur. Ils se rencontrent;--sur le front de Gulnare,--inconnue par elle--oubliée--sa main précipitée a laissé--une tache légère. --Conrad en observe la couleur et devine--Oh! léger mais certain est le gage du crime:--c'est du sang!
10. Conrad avait vu des combats;--il s'était nourri, dans la solitude de son cachot, des tortures qui apparaissent d'avance au coupable condamné; il avait été séduit,--châtié,--et la chaîne emprisonnait encore ses bras qui pouvaient la porter à jamais: mais les combats,--la captivité,--le remords,--tout ce qu'il a éprouvé de plus terrible,--ne l'ont jamais fait frissonner,--n'ont jamais fait frémir le sang dans ses veines comme cette tache de pourpre qui le glace d'horreur. Cette goutte de sang, cette légère mais criminelle tache a fait disparaître tous les charmes de cette beauté! Le sang qu'il a vu,--il aurait pu le voir couler sans émotion;--mais alors c'eût été dans le combat, ou versé par une main d'homme!
11. «C'en est fait!--il allait se réveiller,--mais c'en est fait. Corsaire! il n'est plus:--tu me coûtes bien cher. Toute parole serait vaine en ce moment,--fuyons,--fuyons! Notre barque nous attend, il est déjà presque jour. Le petit nombre de gardes que j'ai séduits me sont maintenant tout dévoués, et ces hommes viendront rejoindre ce qui survit de ta troupe. Bientôt ma voix saura justifier mon bras, quand notre voile nous emportera loin de ce rivage détesté.»
12. Elle frappa des mains,--et à travers la galerie accourent, équipés et armés pour le combat, ses serviteurs--Grecs ou Maures. Ils s'arrêtent silencieux, mais empressés; les chaînes de Conrad tombent. Encore une fois ses membres sont libres comme le vent des montagnes! mais sur son cœur pèse une telle tristesse qu'il semble que le poids des fers l'accable maintenant. Aucunes paroles ne sont prononcées;--au signal de Gulnare, une porte qui s'ouvre révèle une secrète issue qui conduit au rivage. La cité est laissée en arrière;--ils se hâtent, ils atteignent les vagues joyeuses qui bondissent sur le sable jaune. Et Conrad, se laissant guider par Gulnare, suit ses volontés, ne s'inquiétant pas s'il est sauvé ou trahi. La résistance était aussi inutile que si Seyd eût encore vécu, pour se rassasier de la vue du supplice que sa vengeance avait ordonné.
13. Ils sont embarqués, la voile est déployée, la brise légère souffle;--que la mémoire de Conrad a d'objets à passer en revue! Il tombe absorbé dans la contemplation, jusqu'au cap où il avait la dernière fois jeté l'ancre, et qui élève dans les airs sa forme gigantesque. Ah!--depuis cette fatale nuit, quoique courts aient été les instans, il avait balayé un siècle de terreur, de peines et de crimes. Au moment où l'ombre immense du rocher passa noire sur le mât du navire, Conrad voila son visage, et éprouva dans cet instant une douleur amère. Il se rappela tout,--Gonsalve et ses compagnons, son triomphe éphémère et sa cruelle défaite; il pense aussi à elle, à son amie délaissée: il se retourna et vit--Gulnare, l'homicide!
14. Elle observait sa contenance et les mouvemens de ses traits. Bientôt elle ne put supporter cet aspect glacé, cette contenance froide qui la repoussait; et cette sombre férocité qui était étrangère à ses regards s'éteignit dans des larmes trop tardives. Elle s'agenouilla devant Conrad et pressa sa main:--«Tu devrais encore me pardonner, quand Allah lui-même m'accablerait de son courroux; sans cet attentat ténébreux, que devenais-tu? Accable-moi de tes reproches;--mais non cependant--oh! épargne-moi maintenant! Je ne suis pas ce que je te parais être;--cette nuit terrible a égaré ma raison: ne te révolte pas contre moi! Si je n'avais jamais aimé,--quoique moins criminelle, tu n'aurais pas vécu--pour me haïr,--quand même tu l'aurais voulu.»
15. Elle s'est trompée sur les pensées de Conrad, ces pensées l'accusent plutôt qu'elle; il se croit la cause, quoique involontaire, de ses misères. Mais muettes, profondes, sombres et inexprimées, ces pensées dévorent silencieusement son cœur. Cependant le vent est favorable, les flots ne sont point soulevés, les vagues bleues se jouent devant la proue du navire. Mais sur la ligne lointaine de l'horizon apparaît un point noir--un mât--une voile--un vaisseau armé! Les hommes de quart sur le tillac signalent leur petite barque, et une ample voile que le vent arrondit dans les airs rend sa course plus rapide. Il s'approche avec majesté, se presse sur sa proue, et ses flancs présentent un aspect formidable. Une lueur subite est aperçue,--un boulet dépasse la barque et glisse en sifflant sous les flots. Le pénétrant Conrad sort tout-à-coup de sa rêverie silencieuse; une joie depuis bien long-tems éteinte brille dans ses regards: «C'est mon pavillon--mon pavillon rouge! Allons--allons--je ne suis pas encore abandonné de tout sur l'Océan!» Les pirates reconnaissent le signal, ils répondent au salut; ils mettent la chaloupe en mer, et les voiles sont baissées. «C'est Conrad! c'est Conrad!» Le commandement ne peut réprimer les transports et les acclamations qui s'élèvent du tillac! C'est avec une vive allégresse et un sentiment d'orgueil qu'ils le voient monter de nouveau sur son vaisseau. Un sourire s'épanouit sur chacun de ces rudes visages; ils peuvent à peine s'empêcher de presser leur chef dans leurs francs embrassemens. Lui, oubliant à demi ses dangers et sa défaite, répond à leur accueil comme un chef doit y répondre, serre avec un mouvement cordial la main d'Anselme, et il sent qu'il peut encore vaincre et commander!
16. Ces premiers momens de joie passés, les sentimens qui débordent les corsaires sont des regrets de ramener leur chef sans avoir frappé un seul coup. Ils avaient mis à la voile, préparés pour la vengeance;--s'ils avaient su que c'était la main d'une femme qui avait délivré leur chef et leur avait enlevé cette gloire,--moins scrupuleux que l'orgueilleux Conrad, ils l'auraient nommée leur reine. Par maint sourire interrogatif, et par une surprise d'admiration, ils se communiquent tout bas leurs pensées en regardant Gulnare. Mais elle, tantôt au-dessus,--tantôt au-dessous de son sexe; elle, que le sang n'a point épouvantée, est troublée par leurs regards. Elle tourne vers Conrad un regard faible et suppliant, baisse son voile, et se tient silencieuse à ses côtés. Ses bras sont doucement croisés sur ce cœur qui--Conrad sauvé--a résigné le reste au destin. Quoique quelque chose de pire que la frénésie puisse remplir ce cœur, extrême en amour comme en haine, en bien comme en mal, le dernier des crimes l'a laissée encore femme après son exécution!
17. Conrad l'a remarquée, et il a éprouvé--ah! pouvait-il moins? il a éprouvé de l'horreur pour cette action,--mais de la pitié pour sa position cruelle. Ce qu'elle a fait, des torrens de larmes ne pourront jamais l'effacer, et le ciel la punira au jour de sa colère. Mais--ce qu'elle a fait, il le sait: quel que soit son crime, c'est pour lui que le poignard a frappé, que le sang a été versé; et il est libre!--et pour lui elle a donné tout ce qu'elle possédait sur la terre, et plus que tout dans le ciel! Alors il se tourne vers cette esclave aux yeux noirs qui baisse les yeux vers la terre en rencontrant son regard. Elle lui paraît changée et humiliée,--faible et timide; mais variant souvent la couleur de ses joues jusqu'aux teintes les plus profondes de la pâleur,--tout ce qui en reste rouge est cette tache terrible qui a rejailli sur elle de la blessure faite par le poignard! Conrad prend sa main;--elle a frémi:--il est maintenant trop tard.--Cette main si douce au toucher de l'amour,--si puissante dans les inspirations de la haine, Conrad a serré cette main; elle a frémi,--et la sienne a perdu sa fermeté, et sa voix est altérée. «Gulnare!»--mais elle ne répond rien.--«Chère Gulnare!» Elle a levé les yeux:--c'est sa seule réponse;--elle se précipite dans ses bras. S'il l'avait repoussée de cet asile de repos, son cœur eût été au-dessus ou au-dessous d'un cœur mortel; mais--bien ou mal--il ne la repoussa point de ses bras. Peut-être, sans les murmures de sa conscience, sa dernière vertu alors serait allée rejoindre les autres. Cependant Médora elle-même aurait pu pardonner ce baiser qui ne demandait rien de plus d'une femme si belle; le premier et le dernier que la fragilité humaine déroba à la constance--sur des lèvres où l'amour avait exhalé tout son souffle; sur des lèvres--dont les soupirs interrompus répandaient un parfum semblable à celui que ce dieu venait de rafraîchir par l'agitation de son aile!
18. Ils atteignent, à l'heure du crépuscule, leur île solitaire. Les rochers semblent leur sourire; le port retentit de murmures joyeux; les signaux brillent en tournant sur les hauteurs; les chaloupes plongent dans la baie tranquille, et les joyeux dauphins les poussent à travers l'écume; le cri aigu de l'oiseau de mer les salue lui-même de sa voix discordante. Près de chaque lampe qui brille à travers les fenêtres de leurs demeures, leur imagination se peint les amis qui en entretiennent la clarté. Oh! qui peut sanctifier les joies du foyer comme l'aimable rayon de l'espérance qui sourit du sein des vagues soulevées de l'Océan?
19. Les feux sont allumés sur la montagne et parmi les bosquets de l'île; Conrad cherche au milieu d'eux la tour de Médora. Il regarde en vain;--c'est étrange:--tous font la même remarque de surprise; au milieu de tant de signaux, cette tour est seule dans l'obscurité. C'est étrange;--autrefois son phare de salut n'avait jamais manqué. Maintenant il n'est peut-être pas éteint, mais seulement voilé. Conrad descend avec la première barque qui se porté au rivage, et contemple avec impatience la lenteur des rames. Oh! que n'a-t-il des ailes plus rapides que celles du faucon, pour le porter comme une flèche sur la cime de la montagne! Au premier repos que prennent les rameurs, il n'attend pas,--ne perd pas de tems à considérer;--il se jette dans les flots, lutte contre les vagues, traverse la baie, et monte par le sentier familier à sa vue.
Il parvient à la porte de sa tour,--s'arrête un instant.--Aucun bruit ne s'échappe de l'intérieur; et la nuit sombre régnait autour de lui. Il frappe avec force,--aucune démarche, aucune réponse ne lui présage que quelqu'un l'a entendu ou l'a cru dans le voisinage. Il frappe encore,--mais faiblement,--car sa tremblante main se refusait de venir au secours de son cœur troublé. La porte s'ouvre;--c'est un visage bien connu,--mais ce n'est pas la forme qu'il est impatient de serrer dans ses bras. On ne lui dit rien,--deux fois ses lèvres ont essayé de parler sans pouvoir exprimer ce qu'il désire de savoir. Il saisit le flambeau:--sa clarté va lui donner une réponse à tout;--cette lampe s'échappe de sa main, et s'éteint dans sa chute. Il ne voudrait pas attendre qu'elle soit rallumée; il lui en coûterait encore plus d'attendre la clarté du jour. Mais, vacillant à travers le sombre corridor, un autre flambeau jette des lueurs par intervalle. Conrad se précipite dans l'appartement,--ses yeux contemplent tout ce que son cœur ne pouvait croire,--bien qu'il l'eût pressenti!
21. Il n'a fait aucune question;--toutes celles qu'il aurait pu faire avaient été résolues par le premier regard qu'il avait jeté sur ce front calme--et froid comme le marbre. C'était assez pour lui,--elle était morte,--que lui importait comment? L'amour de la jeunesse, l'espérance de meilleures années, là source des désirs les plus doux, des craintes les plus tendres; le seul être vivant qu'il n'ait pu haïr; tout lui était ravi,--et il avait mérité ce destin, mais il n'en sent pas moins toute l'amertume.--L'homme de bien se tourne, pour obtenir un terme à ses douleurs, vers ces régions d'où le crime est à jamais repoussé; l'homme orgueilleux--le méchant--qui ont fixé leurs joies ici-bas, et trouvent la terre suffisante pour leurs douleurs, perdent tout en perdant ce qui les attache à cette terre--peu de chose peut-être.--Mais qui abandonne avec résignation tout ce qui faisait son bonheur? Beaucoup de regards stoïques et d'aspects sévères masquent des cœurs où le chagrin a laisse peu de choses à connaître; et de nombreuses et tristes pensées demeurent cachées, mais non perdues dans les sourires de ceux auxquels ils conviennent d'autant moins qu'ils les prodiguent davantage.
22. Ceux qui l'éprouvent le plus vivement sont ceux qui expriment le plus mal ce désordre d'un cœur souffrant, où mille pensées se soulèvent pour se concentrer dans une seule, et qui cherchent dans toutes le refuge qu'ils ne trouvent dans aucune. Nulles paroles ne suffisent pour peindre les émotions intimes de l'ame, car la vérité refuse toute éloquence au malheur. L'épuisement pèse de tout son poids sur l'ame abattue de Conrad, et la stupeur l'a presque rendu immobile. Il est maintenant si faible:--que l'attendrissement de sa mère remplit ces yeux farouches, qui pleurent comme ceux d'un enfant. C'était seulement la faiblesse de son cerveau qui annonçait une douleur irréparable. Personne ne vit les larmes qui tombaient de ses yeux;--peut-être, devant des témoins, cette inutile effusion de la douleur ne se fût point prononcée. Ces larmes n'ont pas long-tems coulé;--il les essuie avant de s'éloigner, le cœur abandonné de tout,--sans espérance,--brisé,--inconsolable! Le soleil paraît sur l'horizon,--mais le jour de Conrad est sombre; la nuit survient: ses ténèbres ne le quitteront plus. Il n'y a pas de ténèbres plus noires que le nuage de l'ame, aux yeux fatigués du malheur:--c'est le plus aveugle des aveuglemens! Celui qui l'éprouve ne peut--n'ose voir;--mais il se tourne du côté de l'ombre la plus épaisse,--et ne veut pas souffrir un guide!
23. Le cœur de Conrad était formé pour la douceur,--mais il fut emporté violemment dans l'inconduite. Trahi de trop bonne heure, et trompé trop long-tems, ses sentimens les plus purs,--comme les gouttes d'eau qui tombent et se durcissent dans la grotte, s'étaient durcis de même, moins clairs peut-être que les stalactites, après avoir passé par les filtres terrestres, mais enfin écoulés, glacés et pétrifiés. Cependant les tempêtes sont arrivées, et la foudre a brisé le rocher de glace; si son cœur est semblable, il s'est brisé sous le choc de la foudre.
Là croît une fleur à l'abri de cet âpre rocher; quoique noire ait été son ombre,--il l'avait protégée,--il l'avait sauvée jusqu'à ce jour. Le tonnerre est venu,--ses traits les ont frappés tous deux; la solidité du granit et la jeunesse de la fleur. Cette aimable plante n'a pas laissé une feuille pour dire son histoire; mais elles se sont dispersées et flétries où elles sont tombées, et de son froid protecteur il ne reste que des fragmens entassés, mais en éclats, sur une plage stérile!
24. C'est le matin;--peu des compagnons de Conrad osent se hasarder à troubler sa solitude. Anselme cherche enfin à pénétrer dans sa tour; il n'y était plus:--on ne l'a pas vu le long du rivage de la mer. Avant la nuit, toute l'île alarmée a été parcourue dans tous les sens. Le matin suivant--d'autres recherches commencent, et son nom retentit jusqu'à fatiguer les échos. Mont,--grottes,--cavernes,--vallées,--tout est exploré en vain. On trouve sur le rivage la chaîne brisée d'une barque. L'espérance renaît dans les cœurs;--les pirates se mettent à sa trace sur la mer. Tout est inutile;--les jours roulent sur les jours qui ne sont plus, et Conrad ne revient pas:--il ne reviendra plus depuis ce jour. Aucun vestige, aucunes nouvelles de son sort n'indiquent où il supporte ses douleurs, ou bien où il a succombé à son désespoir!
FIN DU CORSAIRE.