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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05

DE LORD BYRON.

Paulin Paris translation

I.

VERS ADRESSÉS A L'OBJET DE SES AFFECTIONS

APRÈS SON MARIAGE.

Il fut un tems, je n'ai pas besoin de le nommer, puisqu'il ne sera jamais laissé dans l'oubli,--où tous nos sentimens, toutes nos émotions étaient les mêmes, comme mon ame est encore la même pour toi.

Et depuis cette heure où ta bouche m'avoua, pour la première fois, une flamme qui égalait la mienne, quoique mon cœur ait eu plus d'un tort envers toi, tort caché, et par là non ressenti par le tien.

Aucun cœur,--non, aucun cœur n'a été si profondément abattu, en pensant avec quelle rapidité cet amour s'était enfui, éphémère comme chaque infidèle baiser!--mais éphémère dans ton cœur seulement.

Cependant le mien éprouva quelques consolations en entendant récemment tes lèvres déclarer, par des accens crus autrefois sincères, que tu conservais le souvenir des jours qui ne sont plus.

Oui, mon adorée! et cependant ma cruelle amie; quoique tu ne veuilles plus aimer de nouveau, il m'est doublement doux de penser que le souvenir de cet amour se conserve dans ton cœur.

Oui, c'est pour moi une glorieuse pensée; mon ame ne se plaindra plus désormais, quelle que tu sois ou que tu puisses être; tu as été tendrement, uniquement à moi.

II.

EN QUITTANT L'ANGLETERRE.

C'en est fait! la chaloupe déploie ses blanches voiles au souffle frémissant de la brise fraîche qui siffle sur la cime du mât penché;--et moi, je dois m'éloigner de cette terre, parce que je n'en puis aimer qu'une.

Mais si je pouvais redevenir ce que j'ai été, si je pouvais revoir ce que j'ai vu,--si je pouvais de nouveau reposer sur le cœur qui rendit autrefois heureux mes plus ardens désirs; je ne chercherais pas un autre climat, parce que je n'en puis aimer qu'une.

Il y a long-tems que j'ai vu cet œil qui a causé mon bonheur ou mon infortune, et je me suis efforcé, mais en vain, de l'effacer de ma mémoire; car, quoique je m'éloigne d'Albion, mon amour est encore attaché à une seule.

Comme un oiseau solitaire et sans compagne, mon cœur abattu est désolé; je regarde autour de moi, et je ne puis rencontrer un sourire ami, ou un visage bien-venu; et même, dans les foules, je suis encore seul, parce que je n'en puis aimer qu'une.

Je traverserai les mers écumantes, et je chercherai un asile étranger; et jusqu'à ce que j'aie oublié un beau mais infidèle visage, je ne trouverai pas de lieu de repos. Je ne puis éviter mes noires pensées: l'amour me suit partout, mais l'amour pour une seule.

Le plus pauvre, le plus misérable de la terre trouve encore quelque foyer hospitalier où le doux regard de l'amitié ou de l'amour peut encore sourire dans le bonheur, ou consoler dans l'affliction; mais je n'ai ni ami, ni amante, parce que je n'en puis aimer qu'une.

Je pars! mais, dans quelque lieu que j'aborde, il ne s'y trouve ni un œil pour pleurer avec moi, ni un cœur fraternel pour partager la moindre de mes peines; et toi, qui as détruit toutes mes espérances, tu ne trouveras pas pour moi un soupir, quoique je t'aie aimée seule.

De penser seulement à chaque scène de nos jeunesses,--de ce que nous sommes, de ce que nous avons été,--accablerait de douleur des cœurs plus faibles; mais le mien, hélas! a résisté à ce coup mortel: cependant il bat encore, comme au commencement de son amour, et il n'a jamais aimé fidèlement qu'un cœur.

Quel est ce cœur si cher, ce cœur bien-aimé? il n'est point donné aux yeux vulgaires de le contempler;--et pourquoi cet amour a-t-il été si promptement traversé? tu le sais mieux que personne,--je l'ai éprouvé plus que tout autre: mais peu d'entre ceux qui habitent sous le soleil ont aimé aussi long-tems et un seul objet.

J'ai essayé des chaînes d'une autre beauté remplie d'attraits et peut-être aussi belle à la vue; je voudrais l'avoir aimée autant que toi;--mais quelque charme indomptable défendait à mon cœur saignant d'accorder un retour de tendresse et d'amour à tout autre qu'à une seule.

Il me serait doux de te revoir au moment du départ, et de te bénir à mon dernier adieu; cependant je ne désire pas que ces yeux pleurent sur celui qui va errer sur les vagues agitées,--quoique partout où ma barque portera mes pas fugitifs, je n'aime que toi,--je ne puisse aimer qu'un cœur.

III.

STANCES DESTINÉES A ÊTRE RÉCITÉES A LA RÉUNION CALÉDONIENNE, EN 1814.

Quel est celui qui n'a pas jeté un regard sur la page où la Renommée a fixé le nom inconquis de la haute Calédonie, la terre des montagnes qui repoussa les chaînes des Romains et chassa loin d'elle les Danois aux crêtes de flammes, dont aucun ennemi ne pourrait dompter le brillant claymore et le bouillant courage,--qu'aucun tyran ne pourrait commander?

Cette antique génération n'est plus,--mais leurs enfans respirent encore, et la gloire les couronne d'un double laurier; elle brille sur les bannières confondues des Gallois et des Saxons; et, Angleterre! tu ajoutes leur valeur indomptable à la tienne. Le sang qui coula avec Wallace fut celui d'hommes libres; mais maintenant, il est versé seulement pour la gloire et pour toi! Oh! ne repousse pas la demande du vétéran du Nord; mais prête-lui ton assistance,--le monde lui a donné la renommée!

Les plus humbles rangs, les braves les plus ignorés qui ont versé leur sang, tandis qu'ils suivaient avec ardeur la bannière orgueilleuse qui dormait sur le gazon flétri que leurs camarades, plus heureux, avaient foulé dans leur triomphe qu'ils nous ont légué,--c'est tout ce que leur destin accorde--à leurs enfans orphelins et à leur épouse solitaire: cette épouse peut, sur les sombres collines de la haute Albyn, élever vers le ciel un œil mélancolique et plein de larmes, ou contempler, tandis que des nuages prophétiques découvrent les malheurs anticipés du devin montagnard, le fantôme sanglant de chaque guerrier sombre dans ces nuages, ou éclatant dans les éclairs de la tempête. Alors elle entonnera le chant solitaire, la douce complainte sur celui qui n'est plus,--sur celui dont les restes éloignés demandent vainement le sauvage requiem de Coronach réservé au brave!

C'est le ciel--non l'homme--qui doit soulager la douleur qui éclate lorsque les sentimens de la nature suivent leur cours; cependant la tendresse et le tems peuvent dérober aux larmes la moitié de leur amertume pour un être si cher: la reconnaissance de la nation cependant peut étendre un coussin sans épines sous la tête de la veuve; elle peut alléger les soins maternels de son cœur, et préserver du besoin les enfans du soldat.

IV.

STANCES A CELLE QUI PEUT LE MIEUX LES COMPRENDRE.

Qu'il en soit ainsi!--nous nous séparons pour toujours! Que le passé ressemble au néant! Si je t'avais seulement aimée, jamais tu ne m'aurais été aussi chère.

Si je t'avais aimée, et que j'eusse été ainsi dédaigné, j'aurais pu mieux supporter cette injure;--lorsqu'il n'est pas récompensé,--l'amour est dompté par le sentiment naissant du mépris.

L'orgueil peut refroidir ce que la passion avait rendu brûlant, le tems peut dompter la volonté capricieuse; mais le cœur trahi par l'amitié palpite des battemens les plus insensés du malheur.

Si je t'avais aimée,--je pourrais te haïr maintenant, de cette haine qui est une consolation; je pourrais aller jusqu'à t'exécrer et assouvir ma vengeance par des paroles.

Mais il est un chagrin silencieux qui ne peut trouver aucune issue dans le langage, qui dédaigne d'emprunter aucun soulagement à ces hauteurs que le chant peut atteindre.

Comme une chaîne insonore qui rend esclave,--comme les rêves sans sommeil qui sont une raillerie,--comme les gouttes d'eau glacées qui tombent de la voûte d'un rocher caverneux,

Tel est le sentiment glacé et malade que tu as fait connaître à mon cœur; par une blessure profonde tu l'as forcé à dérober au monde sa plus amère douleur!

Autrefois ce cœur te crut tendrement, orgueilleusement, tout ce que l'imagination peut se peindre; autrefois il t'honorait, t'estimait, comme son idole, comme sa sainte!

Pour moi tu étais plus qu'une femme, et ce n'était pas comme un homme que mes regards s'arrêtaient sur toi; pourquoi m'as-tu trompé comme une femme? pourquoi as-tu accumulé sur moi une malédiction plus qu'humaine?

N'étais-tu qu'un démon, empruntant le sourire de l'amitié et les artifices de la femme, et parée d'une beauté étrangère, jouant avec un cœur fidèle?

Par cet œil qui put autrefois répondre par ses regards aux miens, par cette oreille qui put autrefois écouter les histoires que je te racontais;

Par cette lèvre, prodigue de sourires, qui pouvait adoucir l'amertume des chagrins; par cette joue qui brillait autrefois de tant d'éclat, et feignait de rougir aux paroles de la pure amitié;

Par tous ces charmes trompeurs réunis tu as servi ta volonté capricieuse et flétri sans regrets celui que tu ne voulais pas obligeamment assassiner!

Cependant je ne te maudis point--dans ma tristesse,--je sens encore combien tu me fus chère. Oh! je ne pourrais--même dans la folie--te condamner à la peine que tu mérites!

Vis! et quand ma vie sera éteinte, puisse la tienne durer encore long-tems; trop tard alors tu pourras découvrir par tes propres sentimens tout ce que j'ai dû ressentir contre toi!

Quand tous tes attraits seront fanés,--quand tes flatteurs ne t'encenseront plus;--avant que le linceul de la mort ait dérobé aux regards la proie d'un reptile;--

Avant cette heure--trompeuse sirène! écoute-moi!--tu ressentiras ce que j'éprouve maintenant, tandis que mon ame, voltigeant près de toi, murmure à ton oreille le vœu rompu de l'amitié!

Mais--il est inutile de te faire des reproches sur ta vie passée ou présente;--ce que tu fus--mon imagination l'a rêvé! ce que tu es--je le connais trop tard!

V.

MÉLODIES HÉBRAÏQUES.

I.

C'est l'heure où le chant du rossignol retentit dans les bosquets;--c'est l'heure où les vœux des amans semblent plus doux dans les paroles murmurées tout bas;--les souffles du vent et les murmures des eaux apportent à l'oreille solitaire une musique harmonieuse. Les gouttes de la rosée du soir ont rendu brillante chaque fleur, et les étoiles se rassemblent dans les cieux, et les vagues deviennent plus azurées, et les feuilles ont une couleur plus brune, et dans l'espace règne encore ce clair-obscur si doucement sombre, si ténébreusement pur, qui suit le déclin du jour au moment où le crépuscule disparaît devant les rayons de la lune.

II.

Dans la vallée des eaux nous pleurons sur le jour où l'ennemi, où l'hôte de l'étranger fit sa proie de Jérusalem; et nos têtes reposent tristement penchées sur nos seins, et nos cœurs sont pleins de la patrie absente.

Le chant qu'ils demandaient en vain,--il dort encore dans nos ames, comme le vent qui a expiré sur la colline; ils demandaient nos chants sur la harpe,--mais ils versèrent notre sang avant que notre main droite leur fît entendre le moindre accord d'harmonie.

Nos harpes sans cordes sont suspendues sur les branches désolées du saule, aussi tristes, aussi muettes que les feuilles desséchées. Nos mains peuvent être enchaînées,--nos larmes sont encore libres pour notre prière et notre gloire,--et Sion! oh toi!

III.

Ils disent que l'espérance est du bonheur; mais l'amour natal peut honorer le passé, et la mémoire réveille les pensées qui consolent: elles se lèvent les premières--et se couchent les dernières; et tout ce que la mémoire aime le plus à se rappeler était autrefois notre seule espérance; et tout ce que cette espérance a adoré et perdu s'est conservé dans la mémoire.

Hélas! tout est déception; l'avenir nous abuse de loin; nous ne pouvons être ce que nous nous rappelons, et nous n'osons penser à ce que nous sommes.

VI.

FRANCISCA.

Francisca s'avance dans l'ombre de la nuit, mais ce n'est pas pour contempler les étoiles du firmament; et si elle s'asseoit dans le bosquet de son jardin, ce n'est pas par amour pour ses fleurs naissantes. Elle écoute,--mais ce n'est pas la voix du rossignol, quoique son oreille attende une histoire aussi tendre que la sienne. Le bruit d'un pas se fait entendre à travers l'épais feuillage, et sa joue devient pâle, et son cœur bat rapidement; une voix murmure à travers les feuilles frémissantes, et sa rougeur revient,--et son sein se soulève: un moment encore et ils seront réunis.--Il est passé,--son amant est à ses pieds.

VII.

LA RENOMMÉE, LA SAGESSE, L'AMOUR ET LE POUVOIR.

La renommée, la sagesse, l'amour et le pouvoir étaient à moi, et la santé et la jeunesse étaient à moi; mon verre se rougissait des vins de tous les climats, et d'aimables beautés me prodiguaient leurs caresses; je voyais briller mon cœur dans les yeux de la beauté, et je sentais mon ame s'attendrir; tout ce que peut accorder la terre, ou l'homme désirer, m'appartenait dans une royale splendeur.

J'essaie de compter les jours que la mémoire peut rappeler de l'oubli, avec tout ce que la vie ou la terre déploient de séductions; il ne s'est levé aucun jour, il ne s'est passé aucune heure de plaisir, sans être mêlé d'amertume; et aucun ornement de ma puissance ne brilla sans se flétrir.

Le serpent des campagnes se laisse prendre par des artifices et des charmes; mais celui qui entoure le cœur de ses replis, oh! qui a le pouvoir de l'arracher par un charme? Il n'est point docile à la science de la sagesse, et sa voix ne peut le séduire; mais il darde à jamais son venin dans l'ame qui est condamnée à ses tortures.

VIII.

LA PRIÈRE DE LA NATURE.

Père de la lumière! grand Dieu du ciel! entends-tu les accens du désespoir? Le crime de l'homme lui sera-t-il jamais pardonné? Le vice peut-il intercéder en sa faveur par la prière? Père de la lumière, je t'invoque! Tu vois mon ame triste et sombre; toi qui peux observer la chute du moineau, détourne de moi la mort du péché; je ne cherche pas d'autels déserts, de sectes inconnues; oh! indique-moi le chemin de la vérité! je reconnais ta terrible toute-puissance; épargne, en l'amendant, les fautes de la jeunesse. Que les bigots élèvent des temples sombres, que la superstition bénisse leurs portiques, que les prêtres, pour prolonger leur règne de ténèbres, trompent les hommes par des contes de cérémonies mystiques. L'homme bornera-t-il la puissance de son créateur à de gothiques monumens de pierres périssables? Ton temple est le domaine du jour; la terre, l'océan, le ciel, sont ton trône sans limites.

L'homme condamnera-t-il sa race aux flammes de l'enfer, si elle ne fléchit le genou dans tes temples somptueux? Nous dira-t-il que tous, pour un qui pèche, doivent périr dans la tempête universelle? Chacun d'eux prétendra-t-il gagner le ciel, et condamner son frère dont l'ame conserve une espérance contraire, ou que des doctrines moins sévères inspirent? Ces hommes, par des croyances qu'ils ne peuvent expliquer, peuvent-ils préparer un bonheur ou un malheur imaginaire? Ces reptiles qui rampent sur la terre connaissent-ils les desseins de leur sublime créateur? Ces hommes qui ne vivent que pour eux seuls, dont les années s'écoulent dans un crime perpétuel,--ces hommes effaceront-ils tous leurs vices par leur foi, et vivront-ils au-delà des limites du tems?

Père! je ne recherche point les lois d'aucun prophète,--tes lois apparaissent dans les œuvres de la nature:--je me reconnais une créature faible et corrompue; cependant je t'adresserai mes prières, car tu veux les entendre! Toi qui guides les astres errans à travers les royaumes déserts de l'espace éthéré; qui apaises la guerre des élémens, et dont je reconnais la main puissante d'un pôle à l'autre:--toi qui, dans ta sagesse, m'as placé ici-bas; qui, quand tu le voudras, peux m'en retirer; ah! tandis que je parcours ma carrière sur ce globe terrestre, étends jusqu'à moi ta main protectrice. C'est toi, ô mon Dieu! c'est toi que j'invoque! Quel que soit le bien ou le mal qui m'arrive, je me relève ou je succombe par ton ordre, je me confie dans ta protection. Si, lorsque cette poussière sera retournée à la poussière, mon ame s'envole sur des ailes aériennes, comme ton nom glorieux et adoré inspirera sa faible voix! Mais si cet esprit fugitif partage avec l'argile l'éternel sommeil de la tombe, tant que la vie circulera dans mes veines j'élèverai vers toi ma prière, quoique condamné à ne plus me relever de la couche de la mort. A toi j'adresse mes humbles chants, reconnaissant de toutes tes faveurs passées, et j'espère, ô mon Dieu, qu'à la fin cette vie errante retournera dans toi.

22 décembre 1806.

NOTE.

«O soleil! nourricier du monde! solitaire anachorète! dominateur et régulateur suprême! fils de Pradjâpati! écarte tes rayons éblouissans! retiens ton éclatante lumière, afin que je puisse contempler ta forme ravissante, et devenir partie de l'être divin qui se meut dans toi!

«Puisse mon souffle de vie être absorbé dans l'ame moléculaire et universelle de l'espace! Que ce corps matériel et périssable soit réduit en cendres!

«O Dieu! souviens-toi de mes sacrifices, souviens-toi de mes œuvres! souviens-toi de mes sacrifices, souviens-toi de mes œuvres!

«O Dieu du feu! conduis-nous par le droit chemin. O Dieu! tu connais toutes nos actions, efface nos péchés: nous t'offrons le plus haut tribut de nos louanges! notre dernière salutation.»

IX.

VERS

ÉCRITS SOUS L'IMPRESSION D'UNE MORT PROCHAINE.

....................................................................... Oublierai-je ici la scène encore présente à ma pensée? Les rochers s'élèvent et les ruisseaux coulent dans les lieux champêtres que la passion rendait fortunés. Cependant, Marie, tous tes charmes m'apparaissent encore aussi frais que dans un songe délicieux d'amour.

.......................................................................

Oublie ce monde, ô mon ame agitée; tourne, tourne tes pensées vers le ciel; tu y dirigeras bientôt ton essor, si tes erreurs te sont pardonnées. Ignorée des bigots et des sectaires, incline-toi devant le trône du Tout-Puissant, adresse-lui ta tremblante prière. Lui, qui est clément et juste, ne rejettera pas la prière de l'enfant de la poussière, quoiqu'il soit le moindre objet de ses soins. Père de la lumière! j'élève vers toi mes accens; tu vois mon ame triste et sombre: toi qui peux observer la chute du moineau, détourne de moi la mort du péché. Toi qui guides l'étoile errante, qui apaises la guerre des élémens, qui as pour manteau les cieux immenses; pardonne-moi mes pensées, mes paroles, mes crimes; et puisque je dois bientôt cesser de vivre, apprends-moi comment je dois mourir. 1807.

X.

LES THERMOPYLES.

XI.

STANCES

COMPOSÉES EN REVOYANT UN LIEU OU MON NOM AVAIT ÉTÉ PRIMITIVEMENT GRAVÉ loc34.

Ici naguère les souvenirs de la jeune amitié attiraient les regards de l'étranger. Peu nombreuses étaient les paroles;--mais cependant, quoique peu nombreuses, la main du ressentiment les a effacées.

Elle creusa profondément,--mais elle n'effaça pas entièrement les caractères si unis, que l'amitié, revenue dans ce lieu, les considéra jusqu'à ce que la mémoire eût salué de nouveau les paroles.

Le repentir les rétablit dans leur état primitif, le pardon y joignit son nom aimable; et si belle l'inscription reparut, que l'amitié pensa que c'était la même.

Le souvenir encore aurait pu être beau; mais, hélas! en dépit des efforts de l'espérance, ou des larmes de l'amitié, l'orgueil s'est jeté à la traverse, et a effacé l'inscription pour toujours!

XII.

A MON FILS loc35.

Ces tresses blondes, ces yeux bleus rappellent les couleurs de ta mère; ces lèvres de rose, ces joues à fossettes, et ce sourire destiné à captiver le cœur, retracent une scène de bonheur, et touchent le cœur de ton père, ô mon enfant!

Et tu ne peux murmurer le nom de ton père.--Ah! William, si ce nom était le tien, sa conscience ne lui ferait point de reproche;--mais--écartons ces idées,--les soins que je prendrai de toi pourront me procurer quelque paix. L'ombre de ta mère sourira dans sa joie, et pardonnera tout le passé, ô mon enfant!

Le gazon a recouvert ton humble tombe, et tu n'as connu que le sein d'une étrangère. Le préjugé peut rire dédaigneusement de ta naissance, et t'accorder à peine un nom sur la terre; mais il ne saurait détruire une seule de tes espérances:--le cœur d'un père est à toi, ô mon enfant!

Laisse un monde insensible exprimer son dédain; dois-je, pour lui plaire, désavouer la voix de la nature? Ah! non;--quoique les moralistes me réprouvent, je te bénis, le plus cher enfant de l'amour, beau chérubin, gage de jeunesse et de joie:--un père veille sur ton berceau, ô mon enfant!

Oh! quel charme, avant que l'âge ait ridé mon front, avant que d'avoir épuisé à moitié la coupe de la vie, de contempler à la fois en toi un frère et un fils, et d'employer le reste de mes jours à réparer mon injustice envers toi, ô mon enfant!

Quoique ton père étourdi soit bien jeune encore, sa jeunesse n'éteindra pas en lui le feu de l'amour paternel; et quand même tu me serais moins cher, tant que l'image d'Hélène revivra en toi, ce cœur, plein de son souvenir, de son bonheur passé, n'en abandonnera jamais le gage, ô mon enfant! 1807.

XIII.

A UN AMI.

L'amitié est l'amour sans ailes loc36.

Pourquoi mon cœur affligé gémirait-il de ce que ma jeunesse est passée? je puis encore compter des jours heureux: la faculté d'aimer n'est pas encore morte en moi. En revenant sur mes premières années, un souvenir durable, une vérité impérissable m'apporte une céleste consolation; portez-la, souffles de la brise! portez-la aux lieux où mon cœur s'émut pour la première fois.--

L'amitié est l'amour sans ailes

Séjour de ma jeunesse! ton clocher lointain me rappelle toutes ces scènes joyeuses; mon sein brûle de sa première flamme,--je redeviens enfant par la pensée. Ton bosquet d'ormeaux, ta colline verdoyante, chacun de tes sentiers me ravissent encore; chaque fleur exhale un double parfum. Il me semble encore, au milieu de nos doux entretiens, entendre chacun de mes chers compagnons s'écrier:

L'amitié est l'amour sans ailes.

Mon Lycus! pourquoi pleures-tu? retiens tes larmes qui tombent; l'affection peut dormir quelque tems, mais, oh! sois-en sûr, elle se réveillera de nouveau. Pense, pense, mon ami, lorsque nous nous retrouverons, combien sera douce cette réunion si long-tems désirée! Mon ame bondit de joie à cet espoir. Quand deux jeunes cœurs sont si pleins d'affection, l'absence, mon ami, ne peut que redire:

L'amitié est l'amour sans ailes.

XIV.

CHANSON.

Je ne dis pas, je n'écris pas, je ne murmure pas ton nom: le son m'en serait pénible; je serais coupable de le divulguer. Mais cette larme qui brûle ma joue décèle les pensées profondes qui assiègent mon cœur silencieux.

Ces heures ont été trop courtes pour notre passion, trop longues pour notre repos!--Leur joie ou leur amertume pourrait-elle cesser? Nous nous repentons,--nous abjurons notre amour,--nous voulons rompre notre chaîne,-nous voulons nous séparer,--nous voulons nous fuir--pour nous unir encore!

Oh! que le bonheur t'appartienne, que la faute ne soit qu'à moi! Pardonne-moi, femme adorée!--oublie-moi, si tu veux;--mais ce cœur qui est à toi expirera sans s'abaisser ou s'avilir: et jamais homme ne le brisera;--quoique toi tu en aies le pouvoir.

Fière avec les superbes, mais humble avec toi, sera toujours cette ame, dans sa noirceur la plus amère. Quand tu es à mes côtés, les jours passent plus rapidement; et tous les momens me paraissent plus doux que si des mondes étaient à mes pieds.

Un soupir de ta douleur, un regard de ton amour, fixera, changera mon sort. Ceux qui n'ont point d'ame s'étonneront de tout ce que j'abandonne pour toi; tes lèvres répondront, non aux leurs, mais aux miennes.

XV.

EN S'EMBARQUANT POUR LISBONNE.

A.M. HODGSON.

En rade de Falmouth, 30 juin 1809.

1. Hourra! Hodgson, nous voilà partis; l'embargo est à la fin levé: une brise favorable agite les voiles, et les frappe contre le mât au-dessus duquel le pavillon de partance déploie ses orbes onduleux. Attention! le coup de canon est tiré. Les cris des femmes effrayées et les juremens des matelots nous avertissent que le moment est venu. Voici monter à bord un coquin de douanier; il faut tout ouvrir, tout montrer, malles, caisses, etc. Malgré tant de bruit et de fracas, il faut que le plus petit trou à rats soit visité, avant qu'on ne nous permette de partir à bord du paquebot de Lisbonne.

2. Nos matelots détachent les amarres: tout le monde aux rames! Le bagage descend de dessus le quai; nous sommes impatiens. En avant, poussez loin du rivage! «Prenez garde! cette caisse renferme des liquides. Arrêtez le bateau, je me sens malade: oh! mon Dieu!»--«Malade! madame; le diable m'emporte, vous le serez bien davantage quand vous aurez été seulement une heure à bord.» Hommes, femmes; maîtres et valets, maîtresses et servantes, pressés les uns contre les autres comme des bâtons de cire, crient, se démènent et s'agitent. Que de bruit, que de fracas avant que nous n'atteignions le paquebot de Lisbonne!

4. «Fletcher! Murray! Rob! où êtes-vous? étendus sur le pont comme des bûches! Un coup de main, vous, joli matelot; voilà un bout de corde pour fouetter ces chiens-là.» Hobhouse murmure des juremens terribles en roulant le long de l'écoutille; il vomit alternativement des vers et son déjeuner, et nous envoie tous à tous les diables. «Voilà une stance sur la maison de Bragance... Au secours!»--«Un couplet.»--«Non, une tasse d'eau chaude.»--«Qu'est-ce qu'il y a?»--«Diable! mon foie me vient sur le bord des lèvres! Je ne survivrai jamais au bruit et au fracas de ce navire brutal, le paquebot de Lisbonne.»

5. Enfin, nous voilà en route pour la Turquie; Dieu sait quand nous en reviendrons! Les vents violens et les sombres tempêtes peuvent en un moment briser notre vaisseau. Mais puisque, de l'avis des philosophes, la vie n'est qu'une plaisanterie, le mieux est encore de rire. Rions donc, comme je fais maintenant; rions de tout, des grandes et des petites choses. Bien portans ou malades, à la mer ou sur terre, tant que nous avons de quoi boire abondamment, rions. Que diable! peut-on se soucier d'autre chose? Holà hé! de bon vin! qui voudrait s'en laisser manquer, même à bord du paquebot de Lisbonne?

XVI.

RÉPONSE A UN AMI

QUI REPROCHAIT A L'AUTEUR SON INSOCIABILITÉ.

Mon cher Becher, vous me dites de me mêler à la société des hommes: je ne saurais nier que votre avis ne soit bon; mais la retraite convient mieux à mon caractère, je ne veux pas descendre jusqu'à un monde que je méprise.

Si le sénat ou les camps m'appelaient, l'ambition pourrait me faire sortir de mon heureux repos; et quand la jeunesse, ce tems d'épreuve, sera passée, peut-être je m'efforcerai d'illustrer mon nom.

Le feu caché dans les flancs caverneux de l'Etna couve long-tems et fermente en secret: à la fin un volume effroyable de flammes et de fumée révèle son existence; alors il n'y a point de torrens qui puissent l'éteindre, point de barrières qui puissent l'arrêter.

Oh! tel est le désir de gloire qui dévore mon cœur, qu'il m'ordonne de vivre pour être loué un jour de la postérité. Oh! si je pouvais, comme le phénix, prendre mon essor avec des ailes de feu, avec lui je serais content de mourir au milieu des flammes.

Pour une vie comme celle de Fox, pour une mort comme celle de Chatham, quelles censures, quels dangers, quelles haines ne braverais-je pas? Leur vie ne s'est point terminée avec leur dernier souffle, leur gloire anime et vivifie le silence de leur tombeau.

XVII.

A LADY JERSEY.

SUR CE QUE LE PRINCE RÉGENT AVAIT EXCLU SON PORTRAIT DE SA GALERIE DE BEAUTÉS.

XVIII.

VERS ADRESSÉS A UNE JOLIE QUAKERESSE.

Aimable enfant! quoique nous ne nous soyons rencontrés qu'une fois, je n'oublierai jamais cette entrevue; et quoique nous ne devions plus jamais nous revoir, le souvenir me retracera toujours tes beaux traits. Je ne voudrais pas dire: je t'aime; mais mes sentimens luttent encore avec ma volonté. En vain pour t'arracher de mon cœur je repousse sans cesse mes pensées; en vain je réprime mes soupirs prêts à s'échapper, un autre succède à celui qui est étouffé: peut-être n'est-ce pas de l'amour, mais cependant je ne puis jamais t'oublier. Quoique nous n'ayons pas rompu le silence, nos yeux ont parlé un langage plus doux. La langue dissimule dans un langage flatteur et exprime ce que le cœur ne sent point; la tromperie souille des lèvres coupables et fait taire les émotions du cœur; mais les interprètes de l'ame, les yeux dédaignent une pareille contrainte, et méprisent tout déguisement. Ainsi--nos regards s'arrêtèrent souvent l'un sur l'autre, et nos cœurs s'entendirent, sans qu'un sentiment intérieur nous en ait blâmés; dis plutôt que c'était le sentiment qui nous inspirait.--Quoique je réprime ce qu'il exprimait, cependant je conçois que tu veuilles en deviner une partie; car, en même tems que ma mémoire réfléchit sur tes charmes, peut-être la tienne s'égare-t-elle jusqu'à moi.

Ainsi, pour moi du moins, je puis dire que ton image m'apparaît dans la nuit, dans le jour; dans la veille, mon imagination en est tout occupée;--dans le sommeil, cette image me sourit dans des songes fugitifs;--cette vision charme le cours des heures, et me fait maudire l'apparition de l'aurore qui vient dissiper mon sommeil plein de délices, et me fait désirer une nuit sans fin! Oh! quel que soit mon sort à venir, que le plaisir ou la douleur attende mes pas errans, séduit par l'amour, ou assiégé par la tempête, jamais, oh! jamais je n'oublierai ton image! Hélas! nous ne nous reverrons donc plus, nos premiers regards ne pourront plus se répéter! Alors, permets-moi de murmurer cette prière d'adieu, inspirée par l'inquiétude de mon cœur: «Puisse le ciel tellement protéger mon aimable quakeresse que la douleur ne puisse jamais l'atteindre; mais heureux soit aussi, hélas! celui qui partage son cœur! Oh! puisse l'heureux mortel, destiné à lui être uni par les liens les plus étroits, lui apporter à chaque instant de nouvelles joies et perdre le titre de mari dans celui d'amant. Puisse ce beau sein ne jamais connaître ce que c'est que de ressentir une peine incessante, qui torture l'ame d'un vain regret pour l'objet--que l'on ne peut jamais oublier.»

XIX.

A. M. MOORE.

O vous qui, sous tous les noms, avez le don de charmer la ville, Anacréon, Tom-Little, Tom-Moore ou Tom-Brow;--car que je sois pendu si je sais de quoi vous devez être le plus fier, de vos in-quartos à deux guinées, ou de vos petits livres à 4 sous. ..........................................................................

XX.

ÉPITRE

ÉCRITE EN RÉPONSE A QUELQUES VERS D'UN AMI QUI EXHORTAIT LORD BYRON A BANNIR TOUT SOUCI.

Oh! bannissons les soucis! que telle soit toujours ta devise à l'heure du plaisir! Peut-être aussi la mienne, lorsque, dans de nocturnes orgies, je cherche ces délices enivrantes, par lesquelles les fils du désespoir tentent d'assoupir le cœur et de bannir les chagrins.

Mais, à l'heure matinale des méditations, quand le présent, le passé, l'avenir nous effraient de leurs sombres images, quand je reconnais que tout ce que j'aimais est changé ou n'est plus, ne viens pas irriter, par ces maximes importunes, les douleurs d'un homme dont chaque pensée..... Mais pourquoi en parler? tu sais que je ne suis plus ce que j'étais naguère; et surtout, si tu tiens à conserver une place dans un cœur qui ne fut jamais froid, je t'en conjure par toutes les puissances que les hommes révèrent, par tous les objets qui te sont chers, par ton bonheur ici-bas et tes espérances d'une autre vie, garde-toi, oh! garde-toi de jamais me parler d'amour.

Il serait trop long de raconter, et sans utilité d'entendre la triste histoire d'un homme qui dédaigne les larmes; ce récit ne réveillerait que peu de sympathie dans les cœurs vertueux; mais le mien a souffert plus qu'il ne convient à un philosophe de l'avouer. J'ai vu ma fiancée devenir l'épouse d'un autre, je l'ai vue assise à ses côtés; j'ai vu l'enfant que son sein a porté sourire doucement comme faisait sa mère, lorsque, jeunes tous deux, nous nous regardions en souriant, innocens et purs comme cet enfant; j'ai vu ses yeux, chargés d'un froid dédain, chercher à découvrir si j'éprouvais quelque douleur secrète; et moi, j'ai bien joué mon rôle: j'ai commandé à mon visage de ne pas trahir les angoisses de mon cœur, je lui ai renvoyé des regards aussi glacés que les siens; et pourtant, cette femme! je me sentais encore son esclave! J'ai baisé d'un air d'indifférence l'enfant qui aurait dû être le mien, et chacune de mes caresses n'a que trop prouvé que le tems n'avait pas affaibli mon amour. Mais laissons ces tristes souvenirs: je ne veux plus gémir; je n'irai plus chercher quelque repos sur la rive orientale: le monde convient bien au tumulte de mes pensées; je reviendrai me jeter dans son tourbillon. Mais si, dans un tems à venir, quand les beaux jours d'Albion seront sur le déclin, tu entends parler d'un homme dont les crimes profonds sont dignes des époques les plus noires, d'un homme que ni l'amour ni la pitié ne touchent, aussi insensible à l'espoir de la célébrité qu'aux louanges des hommes vertueux; d'un homme qui, dans l'orgueil d'une inflexible ambition, ne reculera pas même devant la crainte de verser le sang; d'un homme que l'histoire mettra au rang des anarchistes les plus violens du siècle; cet homme, tu le connaîtras; mais alors suspends ton jugement, et que l'horreur de ces effets ne te fasse pas oublier quelle fut leur cause.

XXI.

A UN JEUNE AMI,

LE FILS DE L'UN DE SES FERMIERS A NEWSTEADT.

Que la sottise sourie en voyant ton nom et le mien unis par l'amitié; la vertu roturière a plus de droits pour être aimée que le vice anobli.

Quoique ton sort ne soit pas égal au mien, depuis qu'un titre est venu m'appeler aux honneurs de la pairie, cependant n'envie point cet état fastueux; le tien est l'orgueil du mérite modeste.

Nos ames au moins n'ont point de titres qui les distinguent, et ton humble condition ne peut déshonorer mon rang élevé; notre liaison n'en doit pas être moins douce, puisque le mérite remplace en toi la naissance. Novembre 1800.

XXII.

SUR SES LIAISONS DE COLLÉGE.

XXIII.

EN RENCONTRANT UN ANCIEN CAMARADE D'ÉCOLE,

APRÈS UNE LONGUE SÉPARATION.

Si par hasard quelque figure que je me rappelle bien, quelque ancien camarade de mon enfance vient, une honnête joie peinte sur la figure, réclamer en moi son ami, mes yeux, mon cœur, tout montre que je suis encore un enfant; la scène éblouissante, les groupes bruyans qui m'entourent disparaissent devant l'ami que je viens de retrouver.

XXIV.

A LA MÉMOIRE.

VERS ÉCRITS DANS LA CRAINTE OU L'AVAIT PLACÉ L'OBJET DE SON CHOIX PRÈS DE SE MARIER A UN AUTRE.

Oh! mémoire! ne me torture pas davantage, le présent est perdu pour moi; mes espérances de bonheur futur sont détruites: par pitié, dérobe-moi le passé. Pourquoi viens-tu me montrer des images que désormais je ne dois plus voir? Ah! pourquoi viens-tu renouveler ces heures de bonheur qui ne m'appartiennent plus? Le plaisir passé double la douleur présente; il ajoute des regrets au chagrin: regrets et espérance sont tous deux vains; je ne demande plus que--l'oubli.

XXV.

APRÈS AVOIR FAIT SES ADIEUX A MISS CHAWORTH.

Collines d'Annesley, sombres et nues, où s'égarait ma jeunesse, insouciante, comme les tempêtes du Nord, en faisant la guerre aux élémens, rugissent sur tes cimes nuageuses!

Je ne verrai plus, trompant les heures, errer sur vos penchans, les habitans favoris de ces contrées; je ne verrai plus ma Marie, souriant, vous rendre à mes yeux un séjour digne du ciel.

XXVI.

EN RECEVANT UN PRÉSENT D'UN PAUVRE AMI.

XXVII.

FRAGMENT D'UN POEME

SUR UN JEUNE CHÊNE QUE L'AUTEUR AVAIT PLANTÉ A NEWSTEADT.

Jeune chêne, quand je te plantai profondément en terre, j'espérais que tes jours seraient plus longs que les miens, que tes branches jetteraient une ombre autour de moi, et que le lierre entourerait ton tronc comme un manteau.

Telles étaient mes espérances dans les années de l'enfance, quand je te plantai avec orgueil sur la terre de mes aïeux. Ces jours sont passés et je t'arrose de mes larmes; les mauvaises herbes qui t'entourent ne peuvent voiler aux yeux ton triste dépérissement. Je t'ai quitté, mon pauvre chêne, et depuis cette heure fatale, un étranger est le maître du château de mon père.

XXVIII.

A MA CHÈRE MARIE ANNE.

Adieu pour toujours à la dame Marie! je dois promptement m'éloigner d'elle. Quoique le destin nous sépare l'un de l'autre, son image vivra toujours dans mon cœur.

La flamme qui brûle dans mon sein ne ressemble point à celle qui embrâse les cœurs des amans; l'amour que je sens pour Marie est bien plus pur que celui qu'inspire le dieu Cupidon.

Je ne désire point troubler votre paix; je ne désire point attrister vos joies; je ne prends point ma passion pour de l'amour; c'est votre amitié seule que je réclame.

Non, dix mille amans passionnés ne pourraient éprouver l'amitié que renferme mon cœur; elle y demeurera à jamais, aussi long-tems que le sang qui m'anime circulera dans mes veines!

Puisse le grand ordonnateur du ciel abaisser ses regards sur la terre, et défendre ma Marie de tout malheur! puisse-t-elle ne jamais connaître les revers de l'adversité! puisse son bonheur être à jamais durable!

Encore une fois, ma douce Marie, adieu! adieu! je le répète avec amertume. Je penserai à jamais à vous, aussi long-tems que ce cœur battra dans mon sein.

XXIX.

MON ÉPITAPHE

COMPOSÉE A PATRAS EN SORTANT DE MALADIE.

La jeunesse, la nature et la pitié de Jupiter combattirent long-tems pour tenir ma lampe allumée; mais Romanelli fut si courageux, qu'il les battit tous les trois--et éteignit sa lumière.

XXX.

SUR L'ÉVASION DE NAPOLÉON DE L'ILE D'ELBE.

Une fois en route comme pour une partie de plaisir, prenant des villes à volonté et des couronnes en ses loisirs, il s'avance de l'île d'Elbe à Paris, donnant des bals aux dames et faisant des révérences à ses ennemis.

XXXI.

ÉPIGRAMME DE MARTIAL.

Pierios vatis Theodori flamma Penates Abstulit: hoc Musis, hoc tibi, Phæbe, placet? O scelus, ô magnum facinus crimenque Deorum! Non arsit pariter quod domus et dominus. (Martial, lib. XI, Epigr. 94.)

La maison du Lauréat a été dévorée par les flammes; les Neuf Sœurs toutes rieuses virent briller ce feu de joie. Mais, cruel destin! damnable désastre! la maison--la maison est brûlée, et le maître ne l'est pas!

XXXII.

LA POUPÉE DE LA NOURRICE DANS MÉDÉE.

Oh! que je désirerais qu'un bon embargo eût retenu le navire Argo dans le port! et qu'en restant toujours dans les chantiers de la Grèce, il n'eût jamais dépassé les rochers d'Azur! mais maintenant je crains que sa tournée ne soit la cause de quelque mésaventure pour ma chère miss Médée, etc., etc.

XXXIII.

VERS

ÉCRITS APRÈS AVOIR LU CEUX QUI SUIVENT SUR UN ALBUM A ATHÈNES.

«La noble Albion voit en souriant partir son fils pour aller visiter le berceau des arts; son but est noble; glorieuse est l'entreprise; il vient à Athènes, et--écrit son nom!»

Byron écrivit immédiatement au-dessous:

Ce barde modeste, comme beaucoup de bardes inconnus, rimaille sur nos noms, mais cache sagement le sien; cependant, quel qu'il soit, pour ne rien dire de pire, son nom lui ferait plus d'honneur que ses vers.

XXXIV.

VERS ADRESSÉS A LADY BLESSINGTON.

Vous m'avez demandé des vers,--il serait étrange pour un rimeur de refuser cette demande; mais mon cœur seul était mon Hippocrène, et mes sentimens (sa source) sont taris.

Si j'étais encore maintenant ce que j'ai été, j'aurais chanté ce que Lawrence a si bien peint; mais le chant expirerait sur mes lèvres, et le sujet est trop délicat pour moi.

Je suis maintenant tout cendre, où autrefois j'étais toute flamme, et le barde est mort dans mon sein; ce que j'aimais, je ne fais plus que l'admirer, et mon cœur est aussi gris que ma tête.

Ma vie ne date point par les années; il y a des momens qui sillonnent le front comme le soc de la charrue; et là il n'en paraît pas seulement un, mais il est aussi profond dans mon ame que sur mon front.

Que le jeune homme et l'élégant aspirent à chanter les objets que je contemple avec indifférence; car le chagrin a arraché de ma lyre la corde qui produisait des accords dignes d'elle.

RÉPONSE DE LADY BLESSINGTON,

SUR LE MÊME RHYTHME.

Lorsque je demandais quelques vers, crois, je te prie, que ce n'était point la vanité qui me les faisait désirer; car mon miroir ne peut plus m'abuser, et je ne puis plus inspirer de poètes.

Le tems a touché mon front de ses doigts rudes et pesans, et les roses ont fui de mes joues; alors ce serait sûrement une folie de rechercher maintenant les louanges dues à la beauté.

Mais comme les pélerins qui visitent le tombeau de quelque saint, emportent avec eux une relique précieuse, je demande un souvenir de toi, comme un trésor précieux pour m'accompagner dans mon pélerinage.

Oh! ne dis pas que ta lyre ne rend plus d'accords, elle dont les cordes inspirent de tels ravissemens; ou que ces lèvres magiques sont muettes d'où la poésie s'échappe avec tant d'harmonie!

Et quoique le chagrin, avant la fuite de la jeunesse, ait pu altérer la couleur noire de tes beaux cheveux, les lauriers qui couronnent ta tête cachent à nos yeux les empreintes prématurées du tems.

XXXV.

IMITATIONS D'HORACE.

Qui ne rirait si Lawrence, s'engageant à couvrir sa précieuse toile du portrait flatté du premier venu, abusait assez de son art pour que la nature effarouchée vît nos bons bourgeois prendre sous son pinceau la forme des centaures? Ou si quelque barbouilleur, par amour de l'extraordinaire, ou pour hâter la vente, s'avisait de joindre à une fille d'honneur la queue d'une sirène? Ou si le trivial Dubost (comme on l'a vu naguère), possédé de la fureur de peindre, dégradait les créatures, images de la divinité? Toute la politesse qui défend de se moquer des sots en leur présence, ne pourrait réprimer les éclats de rire de leurs amis. Crois-moi, Moschus, rien ne ressemble plus à ces tableaux que le livre qui, plus décousu que les rêves d'un malade, présente à nos regards une foule de figures incomplètes, poétiques cauchemars, qui n'ont ni pieds ni tête. .............................................................

De nos jours, les mots nouveaux sont en honneur, si on les ente adroitement sur quelque gallicisme: pourrions-nous refuser à la muse plus habile de Dryden et de Pope, ce que Chaucer et Spencer tentèrent avec succès? Si vous pouvez créer, que ne le faites-vous, à l'exemple de William Pitt et de Walter-Scott, qui par le secours, l'un de ses vers, l'autre de ses poumons, ont enrichi les dialectes mal joints de notre île? Il est et il sera toujours légitime de proposer des réformes en littérature, comme au parlement.

De même que les forêts couvrent par degrés la terre de leurs feuilles, ainsi se fanent des expressions qui ont plu dans leur nouveauté. Le même destin est réservé à l'homme, et à tout ce qui se rattache à lui. Ses ouvrages, ses mots s'effacent et ne servent plus qu'à fixer une date. Quoique, à un signe des monarques, et à la voix du commerce, des fleuves impétueux deviennent de tranquilles canaux; quoique des marais desséchés et assainis soient sillonnés par la charrue et portent de jaunes moissons; quoique des ports creusés sur nos rivages protégent les vaisseaux contre les tempêtes de l'antique océan: tout, tout doit périr. Mais, survivant au naufrage général, l'amour des lettres préserve à demi les souvenirs du passé. .................................................................

Les vers blancs, aujourd'hui, par un commun accord, sont presque inséparables de la tragédie. Quoique les fureurs d'Almanzor s'exprimassent en vers rimés, au tems de Dryden, nous ne voyons pas les héros des pièces nouvelles en affubler leurs emportemens; et la modeste comédie, abandonnant tout-à-fait les vers, nous offre en humble prose ses gentillesses et ses quolibets. Ce n'est pas que nos Beaumont et nos Ben aient plus mauvaise grâce, ou perdent rien de leur mérite, pour avoir composé en vers; mais c'est ainsi que Thalie aime à se montrer. Pauvre fille! que l'on siffle quelque vingt fois par an. ............................................................

O muse! s'écrie-t--il, réveille de plus sublimes accords! Et, s'il vous plaît, que pensez-vous voir éclore de son cerveau enflammé? En un clin-d'œil, il tombe aussi bas que S..., dont les montagnes épiques ne manquent jamais d'accoucher d'une souris! Ce n'était pas ainsi que jadis votre puissant devancier tirait de doux accens de sa lyre inimitable: d'une voix mélodieuse comme les soupirs de la harpe éolienne, il nous parle de la première désobéissance de l'homme et du fruit défendu; mais à mesure que son sujet s'élève, son chant fait retentir les échos de la terre et des cieux. ...............................................................

Lancé dans le monde; et devenu moins ardent, il singe l'égoïste prudence de son père; prend une femme, pour sa dot; choisit ses amis pour leur rang; achète des terres, et se vante d'être trop prudent pour se fier à la banque. Il prend place au sénat; procrée un héritier, et l'envoie à Harrow, car il y fut lui-même. Muet, quoiqu'il vote, à moins qu'il ne joigne sa voix aux acclamations favorables au ministère; s'il parle de son fils, C'est un compère adroit, qu'il espère bien voir un jour arriver à la pairie!

La vieillesse s'avance; l'âge paralyse ses membres; il quitte la scène, ou la scène le quitte; il entasse des richesses; s'afflige à chaque penny qu'il faut dépenser, et l'avarice s'empare de toutes les pensées qui ne sont pas à l'ambition. Il compte les cent pour cent, et sourit; ou vainement s'irrite, en considérant ses trésors entamés pour payer les dettes du jeune Hopeful (plein d'espérance); il pèse bien et sagement ce qu'il faut acheter ou vendre; habile à tout faire, excepté à mourir! grondeur, morose, radoteur difficile à contenter, louant tous les tems, excepté le présent; infirme, querelleur, délaissé et presque oublié, il meurt sans qu'on le pleure; on l'enterre: qu'il pourrisse! ......................................................

Là se rend l'alerte boutiquier, dont l'oreille est mise à la torture par l'orchestre qu'il veut entendre pour son argent. Une fausse honte, et non la sympathie, l'empêche seule de ronfler; ses angoisses redoublent quand il croit du bon ton de crier: Encore! Écrasé par la foule dans Fop's alley, coudoyé par les élégans, gêné par son chapeau, tremblant pour ses orteils, sa soirée est un combat, et il ne goûte quelque repos que quand enfin le rideau tombe, et lui donne un peu de relâche qui l'enchante. Devinez-vous pourquoi il se résigne à souffrir tout cela, et plus encore? C'est qu'il lui en coûte cher, et qu'il est forcé de se parer! ......................................................................

.....................................................................

XXXVI.

VERS

SUR LE TRENTE-SIXIÈME ANNIVERSAIRE DE MA NAISSANCE.

Missolonghi, 22 janvier 1824.

Il est tems que ce cœur devienne insensible, puisqu'il a cessé d'émouvoir d'autres cœurs; cependant, quoique je ne puisse plus être aimé, il faut que j'aime encore.

Le feu qui brûle dans mon sein est solitaire comme une île volcanique; aucune torche n'étincelle comme sa flamme.--C'est un bûcher funéraire!

L'espérance, la crainte, les soins jaloux, la portion exaltée de la douleur, et le pouvoir de l'amour; je ne puis les partager; mais j'en porte encore la chaîne.

Mais ce n'est pas ainsi, ce n'est pas ici que de telles pensées pourront ébranler mon ame; ni maintenant, quand la gloire décore le cercueil du héros, ou fait pencher son front vers la terre.

Le glaive, la bannière et le champ de bataille, la gloire et la Grèce m'environnent! Le Spartiate, porté sur son bouclier, n'était pas plus libre.

Réveille-toi! (non la Grèce,--elle est réveillée!) réveille-toi, mon génie!--pense d'où te vient l'étincelle divine, le sang ardent qui bout dans tes veines, et sois digne de ta haute origine!

Je foule aux pieds les passions renaissantes indignes de l'âge viril.--Pour toi indifférens soient désormais le sourire ou le dédain de la beauté.

Si tu regrettes ta jeunesse--pourquoi vivre!--La contrée des trépas honorables est devant toi.--Vole aux combats et laisse-s-y ton souffle de vie!

Cherche la tombe d'un héros,--beaucoup la trouvent qui ne la cherchent pas.--C'est ce qu'il y a de mieux pour toi. Alors regarde alentour;--choisis ton coin de terre, et repose en paix.

NOTE.

Cette pièce, pour ainsi dire prophétique, de Lord Byron, sur le trente-sixième et dernier anniversaire de sa naissance, est empreinte des idées tristes d'une fin prochaine, qui arriva effectivement à Missolonghi moins de quatre mois après qu'il l'eut composée. Sa mort prématurée et si fatale pour la jeune Grèce, à laquelle il venait de vouer sa fortune et sa vie, répandit le deuil dans cette contrée, et même dans les autres nations de l'Europe qui admiraient son génie. L'auteur de cette nouvelle traduction de ses Poèmes publia alors un Dithyrambe sur sa mort, dans un volume de poésies intitulé: Helléniennes, ou Élégies sur la Grèce. Le lecteur nous permettra d'en citer ici quelques fragmens:

.............................................. La brise de la mer Égée Exhalait dans les airs ses regrets superflus: Son murmure est sinistre, et sa voix affligée Appelle son fils qui n'est plus. Il n'est plus le mortel dont l'étonnant génie Soumettait l'univers à ses chants solennels; L'immuable destin qui dominait sa vie A soumis sa grande ame aux décrets éternels. Et cependant son front rayonnait de jeunesse! Et cependant la gloire environnait ses pas! Sa bienfaisante main prodiguait sa richesse Aux enfans de Léonidas!... Et le destin dans sa vitesse Le livre à la faux du trépas! Ainsi le torrent des montagnes Roule avec majesté ses flots dans les déserts. Comme un géant vainqueur il franchit les campagnes Et veut conquérir l'univers. Le monde devant lui n'a pas assez d'espace! Mais qu'est-il devenu?... Sur le sable poudreux On suit encore sa trace, Comme on suit dans le ciel un rayon vaporeux: Il a passé... l'ombre s'efface!... Ainsi tu mesurais la terre, enfant des cieux! Tu jetais loin de toi des torrens de lumière; Et, dans ton vol audacieux, Pareil au maître du tonnerre, Tu dévorais l'espace et t'égalais aux Dieux. Porté sur l'aile du génie, Tu parcourais, vainqueur, les âges et les tems, Et sur les scènes de la vie Tu jetais par mépris des regards insultans! Du haut de ces hauteurs sublimes, Où ton astre brillant prodiguait ses clartés, Tu descendais dans les abîmes Du doute et de l'obscurité. Des peuples disparus pesant la froide cendre, Ta voix forte évoquait leurs ombres des tombeaux; Dans leur grandeur passée on te voyait descendre Pour en tirer de noirs lambeaux. Le sort des nations réveillait dans ton ame De profondes douleurs et de grands souvenirs ........................................................... Ainsi que le roi des forêts, C'était dans le trépas que tu trouvais ta joie: Comme lui, sans frémir, tu contemplais ta proie Qu'environnaient de noirs cyprès... D'un demi-dieu débris toi-même, Quelque chose restait de ton premier destin. Ainsi l'aigle tombé de sa hauteur suprême, Montre encore un regard divin. Dans tes vastes pensers tu dominais le monde, Tu marchais à pas de géant: Les mortels admiraient ta course vagabonde. Tu n'étais pas un dieu, mais ton ame féconde Tenait dans sa chute profonde De l'immortel et du néant! Comment s'est éteint cette flamme Qui, semblable à ces feux, fiers enfans de la nuit, Embrasait, consumait ton ame? Comme une ombre sans nom l'être s'évanouit; Mais de sa fragile poussière, L'homme, l'essence de l'esprit, Brisant de ses liens l'enveloppe grossière, Monte vers l'éternel en rayons de lumière: Tout change sous les cieux, tout, et rien ne périt. .............................................................. Gloire à toi, noble fils de l'altière Albion! Tes chants ont ranimé les cendres d'Aristide; Les Grecs ont ressenti cette ardeur intrépide Qui les fit vaincre à Marathon. Par toi de ses tombeaux ce peuple entier se lève; Il rappelle sa gloire et veut briser ses fers; Toi-même avec transports tu saisissais le glaive Que tu réveillais dans tes vers. Victime du destin qui pesait sur sa vie, Il meurt en combattant pour un peuple opprimé. Son cœur lui rappelait son ingrate patrie, L'objet qu'il avait tant aimé. Son ame, avec douleur, vers sa fille chérie, Comme un rayon du soir porte un dernier adieu. Il pleura... mais ses pleurs disaient toute sa vie; Ses pleurs lui révélaient un dieu. On dit que sa grande ombre échappée à la terre, Passant sur le tombeau du fier Léonidas, De ses trois cents héros réveilla la poussière Dans le sein même du trépas. Leurs mânes, ranimés par son souffle rapide, Ont applaudi soudain comme au jour solennel, Et le glaive près d'eux qui dormait intrépide, A tressailli pâle et cruel... Adieu, fils d'Albion, fils de la Grèce entière: Ta patrie adoptive a consacré tes droits; Elle implorait les rois, le front dans la poussière, Et tu fus plus grand que les rois. Leur suprême grandeur, par la terreur frappée, Plaignait, sans nul secours, leur triste abaissement; Près de ton luth divin s'agitait ton épée, Sans couronne et sans ornement... Que le ciel ait pour lui de propices étoiles; Soufflez plus doucement, vents qui gonflez les voiles; Guidez les nautonniers aux rives d'Albion; Emportez sa dépouille à sa noble patrie. Peut-être à son aspect la bassesse et l'envie Retiendront dans leur sein leur venimeux poison, Tandis qu'avec orgueil une autre nation Décore de son nom l'autel de la patrie!... ...................................................................

15 juillet 1824.

Il a aussi publié depuis une traduction en vers français de Childe-Harold, le plus beau poème de Byron, en un volume in-18. Paris, 1829. (N. du Tr.)

FIN DES POÉSIES INÉDITES.

POÉSIES ATTRIBUÉES

Notes in this chapter

Note 1 · Note loc32: (retour) Mémoire sur l'origine et la propagation de la doctrine du Tao, fondée en Chine par Lao-tseu, traduit du chinois, et accNote 2 · L'auteur de cette traduction a publié dans une brochure récente loc32 deux extraits des Védas, en sanskrit, en français et en persan, qui ofNote 3 · Note loc33: (retour) Ces derniers vers sont répétés dans le Siége de Corinthe . (N. du Tr.)Note 4 · Ils sont tombés dans leur dévouement, mais ils sont immortels; le souffle de la brise semblait soupirer leurs noms et les ondes le murmurer;Note 5 · Note loc34: (retour) Il y a quelques années, étant à Harrow, un ami de l'auteur avait gravé leurs deux noms dans un endroit écarté; il y avaNote 6 · Note loc35: (retour) Un an ou deux avant la date donnée à ce poème, il écrivit de Harrow à sa mère, pour lui dire qu'il avait éprouvé dernièNote 7 · Note loc36: (retour) Cette devise est en français dans l'original.Note 8 · Note loc37: (retour) Il manque ici six stances que nous n'avons pu nous procurer.Note 9 · ... ... ... ... ... loc37Note 10 · Note loc38: (retour) Queen Mab; voyez, dans Shakspeare, la charmante description de cette petite reine des fées et de son petit équipage.Note 11 · 3. Enfin nous l'avons atteint! Voila le capitaine, le brave Kidd, qui commande son équipage. Les passagers sont parqués dans leur logement, Note 12 · Note loc39: (retour) Ce mot est en français dans l'original.Note 13 · Lorsque le vain triomphe du maître impérial auquel Rome obéissait en l'abhorrant, offrit aux yeux vulgaires chaque buste glorieux qui représNote 14 · Note loc40: (retour) More than fair.Note 15 · Note loc40: (retour) Dotard.Note 16 · Mais une pensée consolante nous rassure, nous perdons le portrait, mais nous conservons nos cœurs! Qui peut maintenant visiter cette galerieNote 17 · Note loc42: (retour) M. Leigh Hunt, l'éditenr de l'Examiner, alors dans la prison des Champs du Bain froid (Cold Bath fields), pour un libelNote 18 · Mais maintenant à ma lettre;--c'est une réponse à la vôtre.--Soyez demain chez moi, aussitôt que vous le pourrez, monsieur, tout habillé, toNote 19 · Note loc43: (retour) Nom poétique de l'école d'Harrow.Note 20 · N'y a-t-il point quelque autre cause qui rende ce mot d'enfance si cher à tout le monde? Ah! sûrement il y a une voix secrète qui nous dit tNote 21 · Note loc44: (retour) Le poème d'où ces vers sont extraits fut écrit en recevant une cornaline d'un jeune homme qui occupait l'emploi de chorNote 22 · Quelques-uns, qui sourient aux liens de l'amitié, m'ont souvent reproché ma faiblesse; cependant j'estime le simple don, car je suis sûr d'êNote 23 · Note loc45: (retour) Mac-Flecknoe, la Dunciade et toutes les ballades satiriques de Swift. Quels que soient leurs autres ouvrages, ceux-ci fNote 24 · Les premiers vers satiriques naquirent du spleen de quelque égoïste. En doutez-vous? Voyez Dryden, Pope, et le doyen de Saint-Patrick loc45.Note 25 · Note loc46: (retour) Harvey, qui fit connaître la circulation du sang, avait coutume, dans ses transports d'admiration, de jeter loin de luiNote 26 · Enfin il touche à l'adolescence! On ne le forcera plus à gémir sur les vers diaboliques loc46 de Virgile, et sur ceux qu'on lui donne à fairNote 27 · Note loc47: (retour) Comme M. Pope a pris la liberté d'envoyer Homère à tous les diables; malgré tout ce qu'il lui devait, quand il a dit: «Note 28 · Mais rien n'est sans défaut, et chacun sait que les violons et les harpes perdent souvent le ton, et que les meilleurs chanteurs, au moment Note 29 · Note loc48: (retour) Ce gentleman bien intentionné a gâte quelques excellens cordonniers, et contribué à la ruine poétique de plus d'un pauvNote 30 · Est-ce assez? Non: écrivez donc et imprimez bien vite. Si le dernier arrivé est dévolu à Satan, qui voudrait arriver le dernier? Ils assiégeNote 31 · Note loc49: (retour) The canker.Note 32 · Mes jours sont dans la feuille desséchée; les fleurs et les fruits de l'amour sont passés: le ver de terre, le remords rongeur loc49 et les
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