NOTES
Paulin Paris translation
DU CORSAIRE.
Le tems, dans ce poème, pourra paraître trop court pour les événemens; mais toutes les îles de la mer Égée sont à peu d'heures de navigation du continent, et le lecteur voudra bien être assez bon pour prendre le vent comme je l'ai souvent trouvé.
Roland furieux, chant X.
Dans la nuit, particulièrement sous les latitudes chaudes, chaque coup de rame, chaque mouvement des chaloupes ou des vaisseaux est suivi par un éclat léger de lumière qui se détache de l'eau comme une feuille lumineuse.
Café.
Pipe, en turc.
Jeunes danseuses.
On a objecté que l'entrée déguisée de Conrad comme espion est hors de la nature.--Il en est peut-être ainsi.--Je trouve quelque chose dans l'histoire qui ne lui est pas contraire.
«Désireux de connaître par ses propres yeux la situation des Vandales, Majorien se hasarda, après avoir dissimulé la couleur de ses cheveux, de visiter Carthage sous le nom de son ambassadeur; et Genséric fut par la suite bien mortifié par cette découverte qu'il fit d'avoir entretenu et renvoyé l'empereur des Romains. Une pareille anecdote peut être rejetée comme une fiction invraisemblable; mais c'est une fiction qui n'aurait pu être imaginée que dans la vie d'un héros.»
(Gibbon, Décadence et Chute, vol. VI.)
Que le caractère de Conrad n'en soit pas moins hors nature, je tâcherai de prouver le contraire par quelques coïncidences historiques que j'ai rencontrées depuis que j'ai écrit le Corsaire.
«Eccelin, prisonnier, dit Rolandini, s'enfermait dans un silence menaçant; il fixait sur la terre son visage féroce, et ne donnait point d'essor à sa profonde indignation.--De toutes parts, cependant, les soldats et les peuples accouraient; ils voulaient voir cet homme, jadis si puissant, et la joie éclatait de toutes parts.
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«Eccelin était d'une petite taille; mais tout l'aspect de sa personne, tous ses mouvemens indiquaient un soldat.--Son langage était amer, son déportement superbe;--et, par son seul regard, il faisait trembler les plus hardis.»
(Sismondi, tome III, page 219-220.)
«Gizericus (Genséric, roi des Vandales, le conquérant de Carthage et de Rome), statura mediocris, et equi casu claudicans, animo profundus, sermone rarus, luxuriœ contemptor, irâ turbidus, habendi cupidus, ad sollicitandas gentes providentissimus, etc., etc.»
(Jornandes, de Rebus Geticis, c. 33.)
Je demande pardon d'avoir cité ces ténébreuses réalités pour donner de la contenance à mon Giaour et à mon Corsaire.
Les derviches sont dans des couvens et de différens ordres comme les moines.
Satan.
C'est un effet habituel et non pas nouveau de la colère des Musulmans. (Voyez les Mémoires du prince Eugène, p. 24.) «Le séraskier reçut une blessure à la cuisse; il arracha sa barbe par la racine, parce qu'il se trouvait forcé de quitter le champ de bataille.»
Gulnare, nom de femme; il signifie littéralement la fleur du grenadier.
On peut citer, par exemple, sir Thomas Morus sur l'échafaud, et Anne de Boylen qui, dans la Tour, sa prison, en passant la main sur son cou, remarqua que «il était trop délicat pour causer beaucoup de peine à l'exécuteur.» Pendant une partie de la révolution française, il était venu de mode de laisser quelques bons mots comme un legs; et la quantité des derniers bons mots facétieux des victimes, prononcés durant cette période, pourrait former un volume assez considérable de facéties mélancoliques.
Socrate but la ciguë peu de tems avant le coucher du soleil (l'heure des exécutions) quoique ses disciples le priassent d'attendre la disparition totale de cet astre.
Le crépuscule en Grèce est beaucoup plus court que dans notre propre climat; les jours en hiver sont plus longs, mais plus courts en été.
Le kiosque est une maison d'été turque. Le palmier est hors des murs actuels d'Athènes, non loin du temple de Thésée, dont un mur seul le sépare. L'eau du Céphise est réellement bien rare, et l'Ilissus n'en a pas du tout.
Le comboloïo ou rosaire turc; les grains en sont au nombre de quatre-vingt-dix-neuf.
Dans le Levant, c'est la coutume de jeter des fleurs sur le corps des morts, et de placer un bouquet dans la main des jeunes personnes.
Que le point d'honneur qui est représenté par un exemple du caractère de Conrad n'a pas été porté au-delà des bornes de la probabilité, c'est une proposition qui peut être confirmée par l'anecdote suivante d'un flibustier, confrère du pirate, dans la présente année 1814.
Nos lecteurs ont tous connaissance de l'entreprise dirigée contre les pirates de Barrataria; mais peu d'entre eux, nous le pensons, ont été instruits de la situation, de l'histoire, ou de la nature de l'établissement. Pour l'instruction de ceux qui n'en ont pas connaissance, nous avons reçu d'un ami la relation intéressante qui suit, des principaux faits dont il a une connaissance personnelle, et qui ne peut manquer d'intéresser quelques-uns de nos lecteurs.
«Barrataria est une baie ou un bras étroit du golfe de Mexico; il traverse une riche, mais très-plate contrée, jusqu'à ce qu'il atteigne à un mille de distance le fleuve Mississipi, quinze milles au-dessous de la Nouvelle-Orléans. La baie a des branches innombrables, dans lesquelles on peut se placer en toute sécurité et échapper à toutes les recherches. Elle communique avec trois lacs situés au sud-ouest, et ces trois lacs avec un autre du même nom, contigu à la mer, où il se trouve une île formée par les deux bras de ce lac et par l'Océan. Les côtés Est et Ouest de cette île furent fortifiés, l'année 1811, par une bande de pirates, sous le commandement d'un certain monsieur La Fitte. La plus grande majorité de ces pirates sont de cette classe de population de la Louisiane qui avait fui de l'île Saint-Domingue, lors des troubles qui y survinrent, et qui trouva un asile dans l'île de Cuba. Ce fut lorsque la dernière guerre entre la France et l'Espagne commença qu'ils furent obligés d'abandonner cette île, dans le délai de peu de jours. Sans cérémonie, ils entrèrent dans les États-Unis, et la plupart dans la Louisiane, avec tous les nègres qu'ils possédaient à Cuba. Il leur fut notifié, par le gouverneur de cet état, l'article de la constitution qui défend l'importation des esclaves; mais, en même tems, ils reçurent l'assurance du gouverneur qu'il obtiendrait pour eux, s'il était possible, l'approbation du congrès pour conserver cette propriété.
L'île de Barrataria est située à peu près à 29° 15' de latitude, et 92° 30' de longitude. Elle est aussi remarquable pour son air sain que pour l'abondance des poissons qui peuplent ses parages. Le chef de cette horde, comme Charles de Moor, avait quelques vertus mêlées à des vices nombreux. Dans l'année 1813, ce parti, par ses attentats et son audace, avait fixé l'attention du gouverneur de la Louisiane; et pour détruire cet établissement, il pensa qu'il était convenable de le frapper par la tête. Il offrit en conséquence une récompense de 500 dollars à celui qui lui apporterait la tête de monsieur La Fitte, qui était bien connu des habitans de la côte de la Nouvelle-Orléans, par les relations immédiates qu'il eut avec eux comme ayant exercé autrefois dans leur ville, avec grande réputation, l'art de l'escrime qu'il avait appris dans l'armée de Buonaparte, où il avait servi comme capitaine. La récompense qui avait été offerte pour la tête de La Fitte fut en retour offerte par celui-ci pour celle du gouverneur, mais portée à 15,000 dollars. Le gouverneur fit marcher une compagnie de soldats sur l'île de La Fitte, avec ordre de brûler et de saccager tout l'établissement, et d'en emmener à la Nouvelle-Orléans tous les bandits. Cette compagnie, sous le commandement d'un homme qui avait été l'ami intime du hardi capitaine, s'approcha très-près des fortifications de l'île avant d'avoir vu un homme ou entendu un bruit, lorsque toutà-coup il entendit un coup de sifflet, semblable à celui d'un contre-maître. Alors il se trouva lui-même enveloppé par une troupe d'hommes armés, qui s'étaient précipités des secrètes avenues qui conduisaient à la baie. Ce fut ici que ce moderne Charles de Moor se distingua par quelques nobles traits; car non-seulement il ne se borna pas à épargner la vie de celui qui était venu attaquer son île pour lui faire perdre la sienne et celle de tout ce qui lui était cher, mais encore il lui offrit de quoi procurer à cet honnête soldat une existence aisée pour le reste de ses jours, ce que celui-ci refusa avec indignation. Alors, avec la permission de son vainqueur, il s'en retourna à la Nouvelle-Orléans. Cette circonstance et quelques autres événemens semblables prouvèrent que la bande des pirates ne pouvait être prise par terre. Nos forces navales ayant toujours été faibles dans ces parages, des expéditions pour la destruction de cet illicite établissement ne pouvaient être attendues d'elles jusqu'à ce qu'elles eussent reçu des renforts; car un officier de l'armée navale, avec un plus grand nombre de chaloupes de guerre dans cette station, fut forcé de se retirer devant les forces supérieures de La Fitte. Aussitôt qu'une augmentation de l'armée navale permit une attaque, elle fut faite: la ruine totale des bandits en a été le résultat; et aujourd'hui que ce point presque invulnérable, et la clef de la Nouvelle-Orléans, se trouve purgé d'ennemis, il est à espérer que le gouvernement saura le conserver par une force militaire imposante.» (Extrait d'un journal américain.)
On trouve dans la continuation du Dictionnaire biographique de Granger par le Noble; un singulier passage, dans sa notice sur l'archevêque Blackbourne; comme il a quelque analogie avec la profession du héros du poème précédent, je ne puis résister au désir de le citer.
«Il y a quelque chose de mystérieux dans l'histoire et le caractère du docteur Blackbourne. La première n'est que très-imparfaitement connue; et le bruit a couru qu'il avait été un forban, et qu'un de ses confrères dans cette profession ayant demandé à son arrivée en Angleterre ce qu'était devenu son vieux camarade Blackbourne, reçut pour réponse qu'il était archevêque d'York. Nous savons que Blackbourne fut installé sous-doyen d'Exter en 1694, office qu'il résigna en 1702. Mais après la mort de son successeur, Lewis Barnek, qui arriva en 1704, il l'obtint de nouveau. L'année suivante il devint doyen; et en 1714, il devint archi-doyen de Cornwall. Il fut sacré évêque d'Exter le 24 février 1716, et transféré à York le 28 novembre 1724, en récompense, selon la chronique scandaleuse de la cour, pour avoir marié George Ier à la duchesse de Munster. Ceci, cependant, paraît avoir été une pure calomnie. Comme archevêque, il se conduisit avec une grande prudence, et fut également respectable comme administrateur des revenus de son siége. Le bruit circulait qu'il avait conservé les vices de sa jeunesse, et qu'une passion pour le beau sexe formait un item dans la liste de ses faiblesses; mais bien loin d'avoir été convaincu par soixante-dix témoins, il ne paraît pas qu'il ait été accusé directement par un seul. Bref, je considère toutes ces accusations comme des effets de pure malignité. Comment est-il possible qu'un forban ait pu être aussi instruit et aussi savant que l'était certainement Blackbourne? Il avait une connaissance si parfaite des classiques (particulièrement des tragiques grecs), que, capable comme il l'était de les lire avec autant de facilité que Shakspeare, il devait avoir consacré beaucoup de tems et de peine pour les comprendre ainsi, et pour être autant versé dans les langues savantes. Il avait été indubitablement élevé au collége de l'église du Christ, à Oxford. On le dit y avoir été un homme très-aimable; ceci toutefois fut tourné contre lui par ce dicton: «Il a gagné plus de cœurs que d'ames.»
--«La seule voix qui pouvait calmer les passions du sauvage Alphonse III était celle d'une femme aimable et vertueuse, le seul objet de son amour: c'était la voix de Dona Isabella, fille du duc de Savoie et petite-fille de Philippe II, roi d'Espagne. Ses dernières paroles en mourant firent sur sa mémoire une profonde impression: cet esprit hautain fondit en larmes; et après ce dernier embrassement, Alphonse se retira dans sa chambre pour déplorer sa perte irréparable, et méditer sur la vanité de la vie humaine.» (Œuvres mêlées de Gibbon.)
FIN DES NOTES DU CORSAIRE.