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Œuvres complètes de lord Byron, Tome 05

Note (retour) — Chant Troisième.

Paulin Paris translation

«Défiant corsaire! j'ai gagné la garde, toujours prête à se révolter et avide d'or. Une seule de mes paroles fera tomber tes chaînes; sans un pareil secours comment pourrais-je rester ici? Depuis que nous nous sommes rencontrés, j'ai mis le tems à profit; et si je me suis rendue coupable, c'est toi qui a causé mon crime. Un crime!--ce n'est pas être criminelle que de punir ceux de Seyd. Ce tyran détesté, Conrad,--il doit mourir! Je te vois frémir;--mon ame est bien changée:--elle a été outragée,--méprisée,--avilie;--elle sera vengée.--Accusée d'une trahison que jusqu'ici mon cœur avait dédaignée,--trop fidèle, quoique enchaînée dans une servitude trop amère; oui, tu souris!--mais il avait peu de motifs de se plaindre: je n'étais pas alors perfide,--et toi, tu ne m'étais pas encore si cher. Mais Seyd l'a soutenu;--et les jaloux, ces tyrans qui, en nous tourmentant, nous portent à les trahir, méritent bien le sort que leurs lèvres toujours maussades prédisent. Je ne l'ai jamais aimé;--il m'acheta--quelque peu cher--puisqu'avec moi se trouvait un cœur qu'il n'avait pu acheter. Je fus une esclave docile; il a dit que, pour sa récompense, j'aurais fui volontiers avec toi. C'était faux, tu le sais;--mais que de tels augures se repentent de leurs prévisions! leurs paroles sont des outrages qui rendent leurs prévisions véritables. Ce n'était pas à ma prière qu'il suspendait ta mort; cette grâce éphémère n'était que pour lui donner le tems de préparer de nouveaux supplices pour te torturer, et pour augmenter mon désespoir. Il a aussi menacé ma vie; mais sa folie amoureuse loc16 me réserve encore pour les caprices de sa seigneurie. Quand il sera plus rassasié de ces charmes qui se flétrissent et de moi, alors s'ouvrira le sac,--et la mer roule près de ces lieux! Quoi! suis-je donc destinée à lui servir dans ses caprices, comme un jouet d'enfant que l'on rejette dès qu'il a perdu ses dorures? Je t'ai vu,--je t'ai aimé,--je te dois tout;--je voudrais te sauver, quand ce ne serait que pour te prouver combien une esclave est reconnaissante. Mais quand même le pacha n'aurait pas ainsi menacé ma vie et mon honneur (et il tient bien ses sermens prononcés dans des momens de colère), je t'aurais encore sauvé;--mais lui eût été épargné. Maintenant je suis toute à toi--à tout préparée. Tu ne m'aimes pas,--tu ne me connais pas,--ou, si tu me connais, c'est de la manière la plus défavorable. Hélas! cet amour--ou cette haine m'est pour la première fois connue.--Oh! que ne peux-tu éprouver ma constance, tu ne me repousserais pas; tu ne refuserais pas l'amour ardent dont brûle un cœur oriental. Il est maintenant le phare de ton salut,--maintenant il te montre dans le port la proue d'un Maïnote; mais dans une chambre par où nos pas doivent nous conduire, dort-il ne doit pas se réveiller--le barbare tyran Seyd!»

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