QUARTIER SAINT BENOIT. (continued 2)
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La reine, indignée d'une telle lâcheté, s'adressa alors à Gondi, le sommant de lui tenir la parole qu'il lui avoit donnée, de s'opposer aux entreprises du prince. L'intérêt du coadjuteur étoit sans doute de ne pas violer une semblable promesse: il se mit donc en mesure de la remplir, et, quelques jours après, parut au parlement avec un cortége aussi nombreux que celui de Condé. De tels moyens n'étoient pas faits pour intimider ce caractère intrépide: aussitôt le prince augmenta lui-même sa suite, qu'il rendit plus effrayante encore que magnifique; il parla plus hardiment que jamais dans le parlement contre les liaisons de la régente avec Mazarin; il affecta de se tenir éloigné du Palais-Royal, ou de n'en approcher que pour étaler aux yeux de la cour le cortége insolent dont il étoit sans cesse accompagné; enfin les choses en vinrent au point que la reine, outrée de son audace et de cette foiblesse désespérante du duc d'Orléans, exigea de Gondi qu'il se déclarât ouvertement contre Condé, et qu'il la servît même contre la volonté de Gaston.
Il s'y décida, et la volonté ferme du favori finit par entraîner celle du maître. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il employa d'abord contre le prince un moyen dont la cour avoit usé peu de temps auparavant pour le perdre lui-même: Châteauneuf, qui, d'après les arrangements pris, devoit bientôt rentrer au ministère; Molé, que tant de raisons rendoient contraire à Condé, furent appelés dans un conseil, où l'on dressa contre lui une pièce qui le peignoit sous les traits les plus odieux; et certes, pour lui donner tous les caractères d'un rebelle, il n'y avoit malheureusement qu'à rassembler les faits. Le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, le corps de ville furent mandés au palais par députés, et y entendirent d'abord la lecture de cette foudroyante Philippique. Condé, alarmé, veut se justifier dans la séance du lendemain, et interpelle Gaston de venir à son secours: Gaston s'y refuse, et Gondi, qui lui a inspiré le courage de risquer ce refus, l'y fait persister, malgré les sollicitations pressantes de son impérieux rival. Cependant le duc, tout en refusant de l'accompagner, se laisse arracher un écrit, dans lequel il a l'air de justifier le prince des inculpations dirigées contre lui, et principalement de ses intelligences avec les Espagnols, intelligences qui n'étoient que trop réelles, et plus actives que jamais en ce moment, à cause du péril où il croyoit se trouver. Muni de cette pièce, Condé vole à la grand'chambre, et en même temps qu'il y renouvelle son apologie, accuse ouvertement le coadjuteur d'être l'auteur des calomnies présentées par la reine contre lui. Celui-ci réplique avec une hauteur qui put passer pour téméraire: car si Condé eût voulu relever une parole outrageante qui lui étoit échappée, Gondi, mal accompagné ce jour là, eût peut-être couru risque de la vie. Le prince ne le fit point, ou par mépris, ou par grandeur d'âme. Son ennemi n'éprouva d'autre désagrément que d'être hué en sortant par le parti opposé; et, échappé à ce danger, alla se préparer à en braver le surlendemain de plus grands. La reine l'y excita elle-même, et concerta avec lui tous les préparatifs de cette journée fameuse. Elle mit à sa disposition une partie des troupes de la garde; les habitants du pont Saint-Michel et du pont Notre-Dame, vendus à ce chef de parti, reçurent l'ordre de se tenir prêts au premier signal; ils eurent un mot de ralliement; Gondi alla la veille reconnoître le champ de bataille, marquer les postes, et la grand'chambre prit l'aspect d'une ville assiégée. L'audacieux prélat y arriva le premier, entouré de tous ses amis; Condé ne tarda pas à s'y rendre avec des forces à peu près égales. Gaston, résolu à se déclarer pour le vainqueur, affecta de garder la neutralité en se renfermant dans son palais.
On s'étoit assemblé pour délibérer sur l'accusation portée contre le prince. Son impatience ne lui permit pas de laisser entamer la délibération; et dès qu'il eut pris place, il commença à se plaindre de cet appareil menaçant dont les avenues du palais et la grand'chambre elle-même offroient le spectacle extraordinaire, et lança à Gondi un trait piquant que celui-ci releva sur-le-champ avec une insolence qui mit le prince hors de lui-même. Il répliqua par un propos menaçant; Gondi y répondit par une bravade plus insolente encore. Dans un moment, comme si cette parole eût été le signal du combat, l'assemblée entière se lève avec un bruit effroyable, chacun court se ranger auprès de son chef, les présidents se jettent entre ces deux troupes, toutes les deux armées, et prêtes à s'élancer l'une sur l'autre; ils pressent, ils conjurent, ils supplient; ils demandent surtout que l'on fasse disparoître cette foule de gens qui entourent le sanctuaire de la justice, les armes à la main. Condé cède le premier, et ordonne à La Rochefoucauld de faire retirer ses amis; Gondi sort de son côté pour donner également aux siens le signal de la retraite: au tumulte que l'on vient d'apaiser dans la grand'chambre succède tout à coup dans la grand'salle un tumulte plus affreux encore, dès que le coadjuteur y paroît. À sa vue, quelques partisans du prince tirent l'épée en criant au Mazarin! ceux de Gondi en font autant: dans un moment, les deux troupes, jusqu'alors confondues, se séparent, se forment sur deux files, se mesurent de l'œil, sont prêtes à se précipiter l'une sur l'autre, agitant, avec la fureur la plus effrénée, des sabres, des épées, des pistolets; le sang va couler. La présence d'esprit de Crénan, capitaine des gardes du prince de Conti, et de Laigues, son ami, qui étoit dans le parti opposé, arrêta un massacre dont les suites étoient incalculables, et pouvoient amener la destruction entière de Paris. Il fut convenu que les deux partis crieroient ensemble vive le roi! sans rien ajouter. La salle retentit aussitôt de ce cri unanime; on remet l'épée dans le fourreau, et les partis se confondent comme auparavant.
La nouvelle inattendue de ce retour fut un coup de foudre pour Gondi: c'est alors qu'il reconnut la faute irréparable qu'il avoit faite de laisser la régente sortir de Paris; cette faute, ainsi qu'il le dit lui-même avec une confusion profonde, étoit des plus lourdes, palpable, impardonnable; elle changeoit toute la face des affaires; et le seul parti qui lui restoit à prendre étoit d'en atténuer autant que possible les effets. Vainement donc la régente fit mille tentatives pour obtenir de lui, au sujet de ce retour projeté du cardinal, un consentement d'où dépendoit entièrement celui de Gaston; il ne voulut rien écouter. Il exhala son dépit en reproches et en menaces, et remplissant l'âme de Gaston de toute l'ardeur dont il étoit lui-même enflammé, il l'entraîna sur-le-champ au parlement, où recommencèrent aussitôt et avec une fureur nouvelle toutes les scènes que la haine contre ce ministre, l'intérêt, la crainte, toutes les passions y avoient si souvent et depuis si long-temps excitées. Plusieurs séances très-orageuses se succédèrent en peu de jours et se terminèrent par un arrêt terrible contre Mazarin, dans lequel on défendoit aux commandants de place, aux maires et échevins des villes, de lui livrer passage, où l'on ordonnoit des députations au roi, pour lui présenter ce retour comme une calamité publique.
Il y entra au milieu des applaudissements de la populace, que Chavigni avoit su émouvoir en sa faveur, mais avec l'improbation unanime de tous les corps de Paris, qui ne pouvoient voir, sans en être indignés, cet air de triomphe dans un sujet qui venoit de tailler en pièces une partie de l'armée de son roi. Quoique Gaston eût avec lui toutes les apparences d'une intelligence parfaite, et affectât même de l'accompagner partout, le prince fut froidement reçu au parlement, à la chambre des comptes, à la cour des aides; partout on lui reprocha, du moins indirectement, l'état de rébellion dans lequel il sembloit persister contre l'autorité légitime, et il ne put obtenir des chambres assemblées que des arrêts nouveaux contre Mazarin: l'autorisation qu'il demandoit de lever des troupes et de l'argent lui fut refusée. Une assemblée de l'hôtel-de-ville, où il espéroit dominer, ne lui fut guère plus favorable; et, sur l'invitation qu'il lui fit d'écrire aux principales villes du royaume pour former une union avec la capitale, il fut seulement arrêté qu'il seroit fait une députation au roi pour le supplier de donner la paix à son peuple.
La cour eût pu tirer un grand parti de cette disposition des esprits, si elle ne se fût trop hâtée de manifester la ferme résolution de maintenir le cardinal contre la haine publique, qui ne cessoit de le poursuivre; mais une déclaration du roi envoyée sur ces entrefaites au parlement, par laquelle il étoit sursis à tous les arrêts rendus contre son ministre, et que la compagnie avoit ordre d'enregistrer sur-le-champ, ramena, presque malgré eux, vers le prince un grand nombre de ceux que le devoir commençoit à en éloigner. Les membres du parlement, même les plus vertueux, dominés par l'esprit de corps, ne vouloient pas que Mazarin pût se relever sur les débris de leurs arrêts. L'exemple de cette grande corporation entraîna toutes les autres; Condé entendit un cri unanime s'élever contre ce nom abhorré; et les Parisiens oublièrent un moment le rebelle pour ne voir en lui que l'ennemi du cardinal. Toutefois, malgré cette espèce de succès, il étoit loin encore de dominer dans Paris. Les honnêtes gens, las de la guerre civile, le voyoient avec d'autant plus de peine, que ses partisans essayoient de l'y faire régner par la terreur, excitant à toutes sortes de désordres cette populace qu'ils avoient soulevée. Retz aigrissoit encore ce mécontentement par toutes les intrigues qui lui étoient familières. Ainsi Condé, placé au milieu de tant d'intérêts divers, dont aucun ne s'accordoit entièrement avec les siens, ne se soutenoit réellement dans la capitale que par la haine que l'on portoit à Mazarin. Toutefois ses égards et ses déférences lui gagnèrent entièrement Gaston, qui lia enfin sa fortune à la sienne, sans renoncer toutefois à écouter les conseils du coadjuteur.
Du reste les négociations ne lui réussissoient pas plus que les armes. Mazarin avoit su l'y engager depuis quelque temps par les conseils de Chavigni, qui sans doute étoit dès-lors livré à la cour et au ministre; et, consommé comme il l'étoit dans l'art de séduire et de tromper, on peut juger quel parti le cardinal sut tirer de ces négociations pour amuser et diviser les partis. Il est peu de spectacle plus curieux que le manége dont la cour fut alors le théâtre. Dès que Condé eut commencé à négocier, Gaston envoya aussitôt des négociateurs. Le parlement, de son côté, arrêta des remontrances; et tous d'accord sur un seul point, l'expulsion de Mazarin et l'éloignement des troupes royales, se présentoient sur tous les autres avec des intérêts entièrement opposés. Ce n'étoit des deux côtés qu'entrevues, conférences, demandes, promesses, manœuvres de toute espèce, dans lesquelles on se jouoit mutuellement; où souvent les négociateurs eux-mêmes traitoient contre les intérêts de ceux qui les avoient envoyés. Condé se présentoit avec des prétentions exorbitantes: Mazarin, sans les rejeter positivement, avoit grand soin de leur donner de la publicité pour les faire traverser par Retz et Gaston; sur les remontrances adressées par le parlement, le roi l'invitoit à lui faire une députation solennelle pour traiter de la paix concurremment avec les princes; et les princes, effrayés d'une démarche qui, de même qu'au siége de Paris, pouvoit rendre cette compagnie maîtresse des conditions du traité, traversoient, autant qu'il étoit en eux, les rapports qu'elle prétendoit se créer avec la cour. Les partisans de la guerre les aidoient dans cette manœuvre: Beaufort soulevoit la populace; les magistrats, qui n'avoient plus un Molé à leur tête, poursuivis, maltraités à la sortie de leurs séances, de jour en jour plus orageuses, n'osoient plus s'assembler; une anarchie complète régnoit dans Paris; et cependant la cour, moins traitable que jamais depuis l'éloignement du duc de Lorraine, tandis qu'elle embarrassoit tous les partis dans des piéges si adroitement tendus, profitoit du temps précieux qu'elle leur faisoit perdre pour concentrer toutes les forces dont elle pouvoit disposer, préparer des opérations militaires plus décisives, et finir la guerre d'un seul coup.
Ce qu'il avoit prévu ne manqua pas d'arriver: ce départ acheva très-rapidement la révolution déjà commencée dans les esprits. Dès que la nouvelle en fut répandue à Paris, le parlement entier montra ouvertement la ferme résolution de se soumettre à un monarque qui daignoit faire les premiers pas, et engagea les princes à accéder à son acte de soumission. Jamais ils ne s'étoient trouvés dans une position plus embarrassante; et cet exil de Mazarin, si long-temps le prétexte de leur révolte, étoit en effet l'événement le plus fâcheux qui pût alors leur arriver. N'osant se compromettre par un refus, ils feignirent d'entrer dans les vues de la compagnie, mais avec des restrictions qui leur laissoient en effet la faculté d'accepter ou de refuser, se proposant intérieurement de combattre encore, et d'obtenir du succès de leurs armes une paix telle qu'ils la vouloient avoir. La cour, se fortifiant de plus en plus de la foiblesse de ses ennemis, tint ferme, et ne voulut entendre de leur part aucunes conditions particulières. Condé, dont les avances et les propositions avoient été plus mal reçues que celles de Gaston, essaya de nouveau d'agiter le parlement; mais il n'inspiroit plus la même terreur: on osa le contredire; et l'acte de soumission fut arrêté.
Gaston, voyant ses avances rebutées, éclata d'abord en plaintes et en menaces, puis retombant bientôt dans ses indécisions accoutumées, fournit ainsi à ses ennemis tous les moyens nécessaires pour réussir sans son secours. Quant à Condé, le mauvais succès de ses armes avoit achevé de lui faire perdre toute considération à Paris. La haine et le mépris pour son parti y étoient parvenus au dernier degré; les Espagnols et les Lorrains étoient publiquement insultés par la populace; chaque jour lui apprenoit la défection de quelques-uns des siens, même de ceux sur lesquels il avoit le plus compté. Dans ce naufrage général, chacun pensoit à ses propres intérêts: la fureur de négocier s'étoit emparée de tout le monde; et la route de Compiègne à Paris étoit en quelque sorte couverte de négociateurs qui alloient et venoient, sous divers déguisements, recevoir des réponses ou porter des conditions. Au milieu de cette population immense et exaspérée contre lui, Condé en vint au point de craindre pour sa propre sûreté. Se voyant donc sans espoir du côté de la cour; excité par ceux qui s'étoient sincèrement attachés à sa fortune à écouter les propositions brillantes que lui faisoient les Espagnols; entraîné par cette passion qu'il avoit pour la guerre, et par cette hauteur de caractère qui ne lui permettoit pas de plier sous un ministre qu'il avoit si long-temps et si publiquement dédaigné, il se résolut enfin à sortir de France, et se jetant dans les bras des ennemis de son pays, il prit, le 18 octobre, avec le duc de Lorraine, le chemin de la Flandre par la Picardie.
Le jour de son départ fut pour la capitale un jour d'allégresse. L'imprudent Gaston en triompha lui-même, se persuadant que sa retraite alloit le rendre maître absolu du traité que Paris se disposoit à faire avec son souverain; mais la cour étoit désormais trop puissante pour daigner seulement l'écouter, et lui trop foible, même pour diriger les soumissions de la ville envers elle. Délivrés de ce reste de terreur que leur inspiroit encore Condé, le parlement, l'Hôtel-de-Ville, toutes les grandes corporations résolurent de faire leur paix particulière, sans s'embarrasser beaucoup du désir que le duc témoigna d'être seul chargé de ce soin, et des efforts qu'il fit pour mettre obstacle à leur dessein. Le clergé avoit commencé, les autres suivirent. Toutes les députations furent accueillies avec douceur et bonté, à l'exception de celles du parlement et de l'Hôtel-de-Ville, la cour les considérant comme interdits, et ne reconnoissant d'autre parlement que celui qu'elle avoit assemblé à Pontoise. L'un et l'autre firent bientôt leur paix en annulant d'eux-mêmes toutes les dispositions séditieuses qu'ils avoient successivement prises: élection irrégulière d'un gouverneur et d'échevins anti-royalistes, création d'un conseil d'union, concession du titre de lieutenant-général au duc d'Orléans, et de généralissime au prince de Condé; et en attendant qu'ils fussent reçus en corps, leurs membres se mêlèrent aux députés des autres corporations. La cour, alors à Mantes, s'avança jusqu'à Saint-Germain, où Sa Majesté, sur les humbles supplications que lui firent les députés de revenir à Paris, promit d'y faire incessamment son entrée.
Enfin, trois jours après, le 21 octobre, le monarque rentra dans sa capitale par la porte Saint-Honoré, dans tout l'appareil de sa puissance, et au milieu des acclamations unanimes d'un peuple fatigué de sa révolte et plein d'espérances pour l'avenir. Gaston fut exilé à Blois, où Beaufort le suivit; Mademoiselle n'attendit pas l'ordre du roi, et se retira dans ses terres. Les duchesses de Chevreuse et de Montbason reçurent défense de paroître à la cour, et partirent pour leurs châteaux. Sur la menace qu'on lui fit de le faire pendre s'il se laissoit assiéger, le fils du vieux Broussel se hâta de rendre la Bastille. Dès le lendemain de son arrivée, le roi tint au Louvre un lit de justice auquel furent également appelés les conseillers de Paris et ceux de Pontoise; dix à douze seulement des premiers avoient reçu l'ordre de quitter Paris. Dans ce lit de justice, le roi fit enregistrer un édit qui interdisoit au parlement toute délibération sur le gouvernement de l'état et sur les finances, ainsi que toutes procédures contre les ministres qu'il lui plairoit de choisir.
(1653) Mazarin attendoit tranquillement l'accomplissement de toutes ces mesures qu'il commandoit et dirigeoit du fond de sa retraite, pour venir reprendre, avec plus de puissance que jamais, le gouvernement de la France. Turenne et les principaux officiers de l'armée le reçurent aux frontières et l'accompagnèrent dans sa marche triomphale jusqu'à Paris, où son entrée, qu'il y fit le 3 février, fut celle d'un souverain qui, après avoir visité dans une paix profonde les provinces de son royaume, vient réjouir sa capitale de son retour.
Le roi étoit allé lui-même au-devant de l'heureux ministre hors des murs de la ville; et les Parisiens se montrèrent aussi extrêmes dans les hommages qu'ils lui rendirent qu'ils l'avoient été dans les outrages dont ils l'avoient accablé. Ils lui donnèrent à l'Hôtel-de-Ville une fête, dans laquelle lui furent prodigués tous les honneurs jusqu'alors réservés au souverain; il jeta de l'argent au peuple, qui répondit à ses largesses par mille acclamations; et l'on dit que, surpris lui-même d'un changement si grand et si subit, il conçut un grand mépris pour une nation qui se montroit si inconstante et si légère. S'il en est ainsi, il faut s'en étonner: Mazarin avoit-il donc si peu d'expérience des choses humaines; et pouvoit-il ignorer que, dans tous les temps et dans tous les lieux, les peuples, abandonnés à eux-mêmes, furent toujours ce que les Parisiens venoient de se montrer? S'il en étoit autrement, ils n'auroient pas besoin d'être conduits; et la société d'ici-bas seroit tout autre que Dieu n'a voulu qu'elle fût. Ceux qui les gouvernent ne doivent donc point les mépriser, puisqu'ils ne sont que ce qu'il leur est impossible de ne pas être: leur devoir est de les bien conduire, s'ils ne veulent devenir eux-mêmes véritablement dignes de mépris; et de se rappeler sans cesse que ces peuples sont entre leurs mains comme un dépôt qui leur a été confié, et dont il leur sera demandé un compte très-rigoureux.
Plus que jamais affermi dans cet empire qu'il avoit su prendre sur la reine-mère, et trouvant dans le jeune roi un élève docile, qui, tant qu'il vécut, n'osa pas même essayer de régner et se reposa sur lui de la conduite de toutes les affaires, Mazarin, dès ce moment et jusqu'à la fin de sa vie, gouverna la France en maître absolu. Il y avoit encore à Bordeaux quelques restes de faction fomentés par le prince de Conti et par la duchesse de Longueville: ce fut un jeu pour lui de les apaiser. Ce parlement, qui avoit mis sa tête à prix, aussi souple maintenant sous sa main qu'il l'avoit été sous celle de Richelieu, sur l'ordre qu'il reçut de son nouveau maître et ainsi que le coadjuteur l'avoit prédit, fit le procès à ce même prince de Condé dont un si grand nombre de ses membres avoient été les complices, le dépouilla de tous ses emplois, charges, gouvernements, et le condamna à mort comme criminel de lèse-majesté. Mazarin vécut ainsi huit années depuis son retour à Paris, assez heureux pour avoir pu achever, par le traité des Pyrénées et par le mariage de Louis XIV, le grand ouvrage de cette paix européenne qu'il avoit commencée par le traité de Westphalie; assez puissant pour avoir pu impunément accumuler d'immenses richesses, en achevant, pour y parvenir, de combler le désordre des finances; faisant en quelque sorte de la fortune publique sa propre fortune et celle des siens, avec un scandale dont jusqu'à lui peut-être il n'y avoit point eu d'exemple; et au moyen de cette espèce de brigandage, élevant sa famille aux plus hautes alliances, la faisant entrer dans des maisons souveraines, et même dans la maison royale de France. Il mourut en 1661, dans ce comble de prospérité et de gloire, laissant, comme homme d'état, une réputation équivoque, et cette idée généralement répandue qu'il devoit moins sa fortune à son génie qu'à son adresse et aux circonstances singulières qui l'avoient si heureusement servi. «Donnez-moi le roi de mon côté, deux jours durant, disoit le cardinal de Retz, et vous verrez si je suis embarrassé.» Ce mot, d'un grand sens, nous semble de tout point applicable à Mazarin: ainsi s'expliquent les retours inespérés de cette fortune, qui, au milieu de tant d'obstacles faits pour l'abattre sans retour, se relevoit sans cesse au moyen de cette prédilection inexplicable dont Anne d'Autriche étoit en quelque sorte possédée pour cet étranger, prédilection que sembloient accroître les traverses qu'elle éprouvoit à cause de lui, et dont on étoit d'autant plus étonné et confondu qu'on cherchoit vainement à comprendre comment il avoit pu la mériter.
Dans sa politique extérieure, Mazarin se montra un digne élève de Richelieu, en achevant ce que son maître avoit commencé. Comme il importe de faire connoître en quel état il laissa cette Europe qu'il prétendoit avoir pacifiée, nous allons jeter un coup d'œil rapide sur ce qui se passoit hors des frontières de la France, et pendant les premières années de la régence, et pendant celles où elle fut agitée et affoiblie par la guerre civile.
(De 1643 à 1648.) La bataillé de Rocroi, gagnée par le duc d'Enghien, à peine sorti de l'adolescence, avoit jeté un grand éclat sur les commencements de la régence; et ce premier succès si brillant avoit été suivi de plusieurs autres moins décisifs, lorsque la défaite de Randzau, à Tudelingue, força notre armée d'Allemagne à rétrograder et à se mettre à couvert derrière le Rhin. Turenne, que l'on appela alors de l'Italie pour rétablir l'honneur de nos armes, vint en prendre le commandement, et marcha de nouveau en avant, accompagné du jeune vainqueur de Rocroi. Tous les deux remportèrent ensemble la victoire non moins fameuse de Fribourg, qui les rendit maîtres de tout le cours du fleuve qu'ils venoient de traverser. Pendant ce temps, le duc d'Orléans s'emparoit en Flandres de Gravelines; le maréchal de Brézé battoit la flotte espagnole à la vue de Carthagène; le fameux général suédois Torstenson conquéroit avec une rapidité qui tenoit du prodige, toute la Chersonnèse cimbrique, couronnoit ses marches savantes et ses manœuvres admirables par la victoire de Niemeck, où il tailla en pièces l'armée impériale commandée par Gallas; remportoit bientôt après une victoire nouvelle à Tabor sur tous les généraux réunis de l'empereur, et portoit, jusque dans le sein de l'Autriche, la terreur de son nom et de ses armes. En Catalogne, la France avoit d'abord éprouvé des revers, puis obtenu quelques avantages qui lui fournissoient les moyens de s'y soutenir. En Savoie on se battoit également avec des alternatives de succès et de revers.
Ce fut immédiatement après la bataille de Tabor que Turenne se laissa surprendre par Merci, et fut battu à Mariendal par sa faute, et cette faute est la seule qu'il ait commise en toute sa carrière militaire. Elle est réparée par le duc d'Enghien, qui quitte l'armée de Champagne pour voler à son secours, et gagne la bataille de Nortlingue, dans laquelle Merci fut tué. On voit, dans cette guerre, ce prince paroître, pour ainsi dire à la fois, sur tous les points menacés. Après avoir vaincu à Nortlingue, il retourne en Flandres partager les succès du duc d'Orléans, et met le comble à ses exploits par la prise de Furnes et de Dunkerque. Il fut moins heureux l'année suivante en Catalogne, où il échoua au siége de Lérida.
Depuis qu'une guerre si longue et si acharnée, allumée par la politique coupable de Richelieu, embrasoit et désoloit l'Europe, bien des tentatives avoient été faites pour lui rendre la paix. Les premières ouvertures d'une pacification générale avoient été tentées par le pape, en 1636. Il offroit sa médiation aux puissances belligérantes, et la ville de Cologne pour lieu des conférences. L'empereur et le roi d'Espagne y envoyèrent des députés, et invitèrent la France à répondre, de concert avec eux, à l'appel du souverain pontife. Elle se garda bien de le faire, sûre que les Suédois et les Hollandois ne consentiroient point à négocier sous la médiation du chef de l'église catholique, et ne voyant, dans de telles conférences, que l'inconvénient de se séparer de ses alliés: ce fut au contraire pour elle un motif nouveau de resserrer l'alliance qu'elle avoit contractée avec la Suède; et les deux puissances prirent, en 1638, l'engagement formel de n'entrer dans aucune négociation pour la paix, sans leur mutuel consentement.
Forcé de renoncer à l'espoir d'une pacification générale, l'empereur conçut alors le projet de traiter avec les princes et états de l'empire, sans la participation des puissances étrangères, et une diète fut convoquée à cet effet à Ratisbonne; mais elle ne lui procura point le résultat qu'il en vouloit obtenir, les princes protestants ayant refusé les conditions de l'amnistie qu'il leur avoit proposée.
Il revint alors à son premier dessein d'une négociation pour la paix générale, en cessant d'y faire intervenir le pape, dont la médiation eût rendu, à l'égard des puissances protestantes, tout moyen de conciliation impraticable. Le médiateur fut le roi de Danemarck; et un traité préliminaire, signé à Hambourg, décida que le congrès se tiendroit en même temps à Munster et à Osnabruck, en Westphalie. L'ouverture en fut fixée au 25 mars 1642. Toutefois, il se passa encore plus d'une année avant que ces préliminaires eussent été ratifiés, les chances variables de la guerre changeant elles-mêmes d'un jour à l'autre les dispositions des souverains. Enfin, toutes les difficultés étant levées, le congrès s'ouvrit le 11 juillet 1643, dans les deux villes qui avoient été désignées; et toutes les puissances intéressées dans cette grande querelle y envoyèrent successivement leurs ministres. Il ne s'étoit point encore vu en Europe une réunion de tant de négociateurs, ambassadeurs, députés, au nom de tant de nations différentes qu'il s'en trouva à ce fameux congrès de Westphalie.
Quant à la suprématie du chef de l'empire, elle ne fut plus qu'un vain simulacre, par le privilége qui fut accordé à tous les princes de l'empire de contracter, sans son aveu, telle alliance qu'il leur plairoit avec des puissances étrangères, et au moyen de la clause qui transporta à la diète le droit, jusqu'alors exercé par le conseil aulique, de proscrire les princes pour cause de désobéissance ou de trahison. Ainsi furent réduits les empereurs à être, ou à peu de chose près, les présidents d'un gouvernement fédératif; ainsi la diète, que jusqu'à cette époque ils convoquoient rarement et seulement lorsqu'il leur étoit impossible de s'en passer, devint bientôt permanente à Ratisbonne, où elle n'a point cessé d'être assemblée depuis 1663 jusque en 1806. C'est alors que la dissolution subite et si facilement opérée du corps germanique a prouvé par une dernière catastrophe, précédée de tant d'autres que nous ferons successivement connoître, ce qu'étoit ce traité de Westphalie, plus funeste encore aux vassaux qu'il avoit affoiblis et divisés en leur donnant l'indépendance, qu'au souverain qu'il avoit dépouillé de ses prérogatives et rendu impuissant à les protéger.
Le pape protesta contre ce traité impie et scandaleux, qu'il n'eût pu reconnoître sans renoncer à sa foi et à sa qualité de chef de l'Église universelle. L'Espagne refusa également d'y accéder, à cause de la cession de l'Alsace qu'on y avoit faite à la France; et, ainsi que nous l'avons déjà dit, la paix ne fut réellement conclue qu'entre la France, l'empereur, la Suède, et les princes et états de l'empire, alliés ou adhérents des uns et des autres. La France et l'Espagne continuèrent la guerre, celle-ci ayant pour auxiliaire le duc de Lorraine, la première étant assistée de la Savoie et du Portugal.
(De 1648 à 1659) Les troubles de la fronde, qui éclatoient au moment où la paix venoit d'être signée à Munster, et cet avantage immense qu'avoit obtenu l'Espagne de détacher les Hollandois de l'alliance de sa rivale, lui fournirent d'abord les moyens de soutenir avec plus d'égalité une guerre que jusqu'alors le génie de Condé et de Turenne avoit rendue pour elle si pénible et si difficile. Toutefois, malgré les embarras de ses dissensions intestines et la défection de ses meilleurs généraux, les succès de la France balancèrent encore ceux de ses ennemis; et l'on continua long-temps de se battre sur tous les points de ces mêmes frontières, si long-temps le théâtre de tant de batailles sanglantes et stériles, sans obtenir de part et d'autre aucun résultat décisif. Condé lui-même, en passant dans le camp ennemi, n'y porta point ce bonheur qui jusqu'alors ne l'avoit pas un seul instant abandonné; parce qu'en effet il ne joua, dans les armées espagnoles, qu'un rôle secondaire qui ne lui permit pas d'y fixer la victoire. Enfin Turenne l'emporta: ses manœuvres habiles la firent passer et pour toujours sous les drapeaux de la France. Dans les campagnes mémorables de ce grand capitaine, qui se succédèrent depuis 1654 jusqu'en 1658, les lignes d'Arras furent forcées, la prise de Quesnoi et de Landreci ouvrit aux armées françoises l'entrée des Pays-Bas espagnols; il gagna la bataille des Dunes, prit Dunkerque, Furnes, Dixmude, Oudenarde, Menin, Ypres, etc., et ne fut arrêté dans cette suite non interrompue de succès que par la paix des Pyrénées, signée en 1659, paix fallacieuse, qui, portant en elle-même un germe de guerres nouvelles, laissa à peine aux peuples le temps de respirer.
ORIGINE DU QUARTIER.
Avant la clôture de Philippe-Auguste, les anciens plans nous représentent ce quartier comme un grand espace de terrain au milieu duquel s'élevoient quelques églises entourées de terres labourées, de vignes et autres cultures qui appartenoient ou aux réguliers qui desservoient ces églises ou à d'autres particuliers. Les plus remarquables de ces cultures étoient les clos Garlande, Bruneau, et Mauvoisin. On verra par la suite comment ils se couvrirent successivement d'habitations, avant et après que l'enceinte eût été élevée.
Cette enceinte de Philippe-Auguste renfermoit, dans ce quartier, tout l'espace qui s'étend depuis la rivière jusqu'au haut de la rue Saint-Jacques; et, traversant la ligne où est maintenant la rue qui en a reçu le nom de rue des Fossés-Saint-Jacques, elle alloit gagner celle de Saint-Victor. Toutefois le terrain qu'elle embrassoit ne formoit pas le tiers de l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le quartier Saint-Benoît.
LE PETIT-CHÂTELET.
La plupart des historiens de Paris, en parlant du Petit-Pont, au bout duquel cette forteresse étoit bâtie, l'ont confondu avec le pont méridional que fit construire Charles-le-Chauve; et, par une suite de cette méprise, ils ont pris la tour qui se trouvoit à l'extrémité de celui-ci pour celle du Petit-Pont. D'autres ont avancé que ce Châtelet avoit été élevé pour arrêter les violences des écoliers, ce qui n'est pas une moins grande erreur. C'en est une également de croire qu'il ait anciennement servi de prison, comme il en servoit dans les derniers temps.
Sa démolition fut ordonnée pour l'avantage de l'Hôtel-Dieu, qui avoit besoin de s'agrandir, et qui fit en effet construire de nouveaux bâtiments sur une partie de l'emplacement qu'avoit occupé cette forteresse. Ces constructions furent élevées sur les plans de M. de Saint-Far, architecte du roi pour les hôpitaux civils.
LE PRIEURÉ DE SAINT-JULIEN-LE-PAUVRE.
L'église de Saint-Julien-le-Pauvre, telle qu'elle a subsisté jusque dans les derniers temps, paroît avoir été rebâtie vers l'époque où elle fut donnée aux religieux de Long-Pont; et l'on pense que c'est alors qu'elle fut qualifiée prieuré. Au siècle suivant, l'université choisit ce lieu pour y tenir ses assemblées, qu'elle transféra ensuite aux Mathurins, puis au collége de Louis-le-Grand.
Chapelle de Saint-Blaise et de Saint-Louis.
LA CHAPELLE SAINT-YVES.
LES CARMES.
Ils achetèrent ensuite, en concurrence avec les administrateurs du collége de Laon, une partie de l'ancien collége de Dace, qu'ils enclavèrent dans leur couvent. Leurs bâtiments s'accrurent encore depuis de diverses acquisitions qu'ils firent dans le voisinage, principalement de celle d'un certain nombre de maisons de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, qu'ils ont fait reconstruire.
L'église de ce monastère étoit vaste, mais d'une construction irrégulière, puisqu'elle se composoit de l'ancienne chapelle et de la nouvelle église, dédiée en 1353. La dévotion au scapulaire y attiroit un grand concours de peuple le second samedi de chaque mois, afin de gagner les indulgences qui y étoient attachées.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES CARMES.
SCULPTURES.
Sur le maître-autel, décoré de beaux marbres, que Louis XIV avoit donnés à ces religieux, mais dont la composition étoit d'un très-mauvais goût, on voyoit un groupe composé de quatre figures, et représentant la Transfiguration. Le tabernacle étoit formé d'un globe autour duquel rampoit un serpent, et que surmontoit un Christ attaché à la croix, le tout en bronze doré.
SÉPULTURES.
Dans cette église et dans le cloître avoient été inhumés:
Oronce Finé, savant mathématicien, professeur au collége de Me Gervais, mort en 1555.
Gilles Corrozet, libraire de Paris, et auteur d'une description de cette ville, qui passe pour la première qu'on en ait faite. Son épitaphe apprenoit qu'il étoit mort en 1568.
Félix Buy, religieux de cette maison, et célèbre théologien, mort en 1687.
La famille des Chauvelin avoit aussi sa sépulture dans cette église.
Le cloître étoit fort grand, et environné d'arcades gothiques. Des peintures exécutées sur ses murailles, et qui étoient au nombre des plus anciennes de ce genre qu'il y eût à Paris, représentoient les vies des prophètes Élie et Élisée. On y lisoit aussi l'histoire de l'ordre, écrite en vieilles rimes françoises. Les curieux avoient soin de se faire montrer une chaire de pierre pratiquée dans le mur, qui avoit servi anciennement aux professeurs de théologie de cet ordre, et dans laquelle on prétend qu'Albert-le-Grand, saint Bonaventure et saint Thomas ont donné des leçons publiques.
LA COMMANDERIE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LATRAN.
SCULPTURES.
Derrière le maître-autel, une Vierge, de la main d'Anguier aîné.
TOMBEAUX.
Dans une chapelle attenant à l'église on lisoit l'épitaphe d'un particulier nommé Huard, mort en 1553, après avoir fait le tour du monde.
Jacques de Bethem, dernier archevêque de Glascow en Écosse, ambassadeur en France pendant quarante-deux ans, et l'un des fondateurs du collége des Écossois, avoit sa sépulture dans cette église.
L'ÉGLISE COLLÉGIALE ET PAROISSIALE DE SAINT-BENOÎT.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BENOÎT.
TABLEAUX.
Sur l'autel de la chapelle de la paroisse, une descente de croix; par Sébastien Bourdon.
Dans la chapelle des fonts, le baptême de N. S., par Hallé.
Deux autres tableaux peints sur bois, représentant saint Denis et saint Étienne; par un peintre inconnu.
Dans la chapelle de la Vierge, et sur les lambris, des peintures représentant la vie de cette sainte mère du Sauveur.
Deux tableaux représentant, l'un saint Joseph, l'autre l'ange qui conduit le jeune Tobie; par un peintre inconnu.
SCULPTURES.
Sous une voûte, au fond d'une chapelle, à gauche en entrant, un Christ au tombeau, avec les trois Maries, saint Joseph d'Arimathie, etc.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Jean Dorat, professeur royal de langue grecque, surnommé le Pindare français, mort en 1588.
René Chopin, savant jurisconsulte, mort en 1606.
Pierre Brulard, seigneur de Crosne et de Genlis, secrétaire d'état, mort en 1608.
Guillaume Château, habile graveur, mort en 1683.
Jean-Baptiste Cotelier, professeur de langue grecque et habile théologien, mort en 1686.
Claude Perrault, célèbre architecte, mort en 1688.
Jean Domat, avocat du roi au présidial de Clermont, célèbre jurisconsulte, mort en 1696.
Charles Perrault, frère de Claude, auteur des Contes de Fées, et du Parallèle des anciens et des modernes, mort en 1703.
Gérard Audran, l'un des plus célèbres graveurs de son siècle, mort en 1703.
Jean-Foy Vaillant, médecin, et savant antiquaire, mort en 1706. (Son épitaphe est au Musée des Petits-Augustins.)
Le comédien Michel Baron, mort en 1729.
Le chapitre de Saint-Benoît étoit composé de six chanoines nommés par un pareil nombre de chanoines de Notre-Dame, à qui appartenoit cette nomination; d'un curé et de douze chapelains choisis par le chapitre. Les chapellenies y étoient assez nombreuses.
Cette église, suivant l'ancien usage des collégiales, avoit son cloître, dans lequel on entroit encore, dans les derniers temps, par trois ouvertures anciennement fermées de portes. Ce cloître étoit vaste, et l'on y portoit, après la moisson et les vendanges, les redevances en grains et en vins affectées à ces chanoines; le chapitre Notre-Dame y avoit aussi une grange pour déposer celles qu'il percevoit dans les environs, et l'on y tenoit un marché public dans le temps de la récolte. Il faut ajouter aussi que la justice temporelle s'y exerçoit, et qu'il y avoit une prison.
CIRCONSCRIPTION.
L'étendue de la paroisse Saint-Benoît formoit une figure assez irrégulière. Ce qu'elle avoit à l'orient et vers le nord consistoit dans le côté gauche de la place Cambrai, en entrant par la fontaine, jusqu'aux trois dernières maisons de la rue Saint-Jean-de-Latran; elle avoit au côté droit de cette place, toutes les maisons jusqu'à l'ancien collége de Cambrai exclusivement; quelques maisons en descendant la rue Saint-Jean-de-Beauvais, jusque vis-à-vis l'École de Droit; puis le côté gauche de la rue des Noyers, à partir de celle des Anglois et en allant à la rue Saint-Jacques; ensuite toutes les maisons qui suivent à gauche en remontant cette même rue jusque vers le collége Du Plessis. Elle reprenoit à la porte du collége des Jésuites, et continuoit à gauche jusqu'à la rue Saint-Étienne-des-Grès, où elle finissoit avant la chapelle du collége des Cholets. Du collége de Lisieux, elle revenoit à la rue Saint-Jacques, qu'elle continuoit des deux côtés jusqu'à l'Estrapade, se prolongeant du côté gauche jusqu'au milieu de la place, et du côté droit jusqu'aux Filles de la Visitation. Revenant à la rue Saint-Hyacinte, elle en avoit les deux côtés dans la partie supérieure, et de même dans la rue Saint-Thomas. Elle enfermoit ensuite le clos des Jacobins, la rue de Cluni, le collége du même nom et ses dépendances, la rue des Cordiers, celle des Poirées, la rue de Sorbonne en grande partie, la Sorbonne, et toutes les maisons placées entre le coin de la rue des Maçons jusqu'à celui de la rue Saint-Jacques, qu'elle remontoit ensuite jusqu'à celle des Cordiers.
Au couchant, elle renfermoit le collége de Dainville et ses dépendances; en descendant la rue de la Harpe, tout ce qui est à gauche jusqu'au coin de la rue Serpente exclusivement, ce qui comprend une partie de la rue des Deux-Portes et de celle de Pierre-Sarrazin. Elle avoit en outre, dans la rue des Carmes, un écart composé de quatre à cinq maisons.
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-HILAIRE.
Le plus ancien titre qui parle de cette église est la bulle d'Adrien IV, de 1158: elle y est appelée chapelle de Saint-Hilaire-du-Mont, capella sancti Hilarii de Monte. Jaillot pense que les chanoines de Saint-Marcel et de Sainte-Geneviève, dont les seigneuries étoient limitrophes, avoient pu faire entre eux divers échanges, et que c'étoit peut-être à ce titre que les premiers possédoient une partie du clos Bruneau; que la chapelle de Saint-Hilaire aura servi aux vassaux de Saint-Marcel, trop éloignés de cette basilique; enfin que la population de ce territoire s'étant successivement accrue, cette chapelle, de même que celle de Saint-Hippolyte, aura été érigée en paroisse. Elle fut rebâtie en 1300, reconstruite et augmentée vers 1470, réparée de nouveau et décorée au commencement du siècle dernier par les soins et les libéralités de M. Jollain, l'un des curés de cette paroisse.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HILAIRE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, une Nativité; par un peintre inconnu.
Dans la chapelle de la Vierge, deux tableaux représentant saint Jean et saint Joseph; par Belle.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoit été inhumé Patrice Maginn, docteur en droit, et premier aumônier de la reine d'Angleterre, mort en 1683.
CIRCONSCRIPTION.
Le territoire de cette paroisse, resserré entre celui de Saint-Étienne-du-Mont et celui de Saint-Benoît, étoit très-circonscrit. Il est remarquable qu'il étendoit sa juridiction sur le collége d'Harcourt, situé derrière la rue de la Harpe, parce qu'avant la construction de ce collége, ce lieu étoit habité par des vassaux de Saint-Marcel. Le collége des Lombards dépendoit aussi de cette paroisse.
L'ABBAYE ROYALE SAINTE-GENEVIÈVE.
Plus un monument est ancien, plus il excite la curiosité; et c'est alors surtout, comme il nous est arrivé si souvent de nous en plaindre, qu'il est plus difficile de la satisfaire. Les commencements de notre monarchie sont des temps de désordre et d'ignorance; les révolutions fréquentes qui en marquent le cours interrompirent plus d'une fois la suite des traditions, causèrent la destruction ou la perte de presque tous les titres qui pouvoient jeter quelques lueurs au milieu de ces profondes ténèbres; et ce manque absolu d'autorités se fait sentir surtout lorsqu'il est question des choses qui se sont passées sous la première race. Cependant quelque obscurité qui environne les événements de ces temps reculés, il n'est personne qui ignore, et la tradition en est venue jusqu'à nous, que l'abbaye Sainte-Geneviève fut fondée par Clovis Ier, sur une colline au sud-est de Paris, et dans un lieu qui servoit de cimetière public; mais nos historiens ne sont d'accord ni sur l'année où cette église a été bâtie, ni sur l'époque des changements survenus dans les noms qu'elle a portés, ni même sur l'état de ceux qui furent choisis d'abord pour la desservir.
Jaillot, qui, sans avoir une science aussi universelle que ces hommes célèbres, avoit certainement plus approfondi ces matières qu'aucun d'entre eux, ose s'élever seul contre leur sentiment. D'abord il n'a pas de peine à prouver que ces noms de basilique, de monastère, donnés à l'église, de frères et d'abbé, dont sont qualifiés les desservants, ont été mille fois employés pour désigner les chapitres, les églises, la cathédrale elle-même; l'histoire de Paris en offre mille exemples. Le passage de la vie de sainte Bathilde présente plus de difficultés, et cependant il nous semble qu'il en a heureusement triomphé; ses raisonnements qu'il sait fortifier d'exemples et d'autorités, sans rien offrir d'absolument décisif, nous portent à croire que ces desservants, soumis à la règle, à la vie monastique, n'étoient autre chose, dès l'origine, qu'un collége de chanoines séculiers.
Piganiol pense que ce fut vers cette année, et à l'occasion du changement qui survint alors dans cette abbaye, qu'elle prit le nom de Sainte-Geneviève. C'est une erreur: Jaillot cite des actes des septième et huitième siècles, dans lesquels elle est déjà désignée sous les noms de Saint-Pierre et de Sainte-Geneviève; et dès le neuvième on la trouve sous le nom seul de cette sainte. On sait qu'elle y avoit sa sépulture; et la vénération que les Parisiens avoient conservée pour cette illustre protectrice de leur ville, les miracles qui s'opéroient à son tombeau, ont dû naturellement amener très-vite un pareil changement. Il y a de nombreux exemples de ces mutations, dans lesquelles la dévotion particulière d'un peuple, même d'une classe de citoyens, a fait préférer le nom d'un patron à celui du titulaire d'une église.
La réforme se soutint parmi les chanoines de Sainte-Geneviève jusqu'à ces guerres funestes qui désolèrent les règnes de Charles VI et Charles VII, et jetèrent le désordre dans les monastères comme dans toutes les autres parties de la société. La discipline régulière fut dès-lors entièrement anéantie dans cette abbaye, et ce n'est que sous le règne de Louis XIII qu'on pensa à la rétablir. Afin d'y parvenir, ce prince, après la mort de Benjamin de Brichanteau, évêque de Laon, qui en étoit abbé, crut devoir y nommer, de son autorité et pour cette fois seulement, le cardinal de La Rochefoucauld, sous la condition qu'il y établiroit la réforme. Pour se conformer aux intentions du roi, cette Éminence ne trouva point de moyen plus efficace que d'y faire entrer, en 1624, le père Faure avec douze religieux de la réforme que ce même père venoit d'établir dans la maison de Saint-Vincent de Senlis. La réforme de Sainte-Geneviève achevée en 1625, confirmée par des lettres patentes de 1626, et par une bulle d'Urbain VIII donnée en 1634, fut entièrement consolidée, cette même année, par l'élection du père Faure comme abbé coadjuteur de cette abbaye, et supérieur général de la congrégation. C'est à cette époque qu'il faut fixer la triennalité des abbés de Sainte-Geneviève, la primatie de cette abbaye chef de l'ordre, et le titre qu'on lui a donné de chanoines réguliers de la congrégation de France.
Lorsque les desservants de l'abbaye Sainte-Geneviève s'étoient vus menacés de la première invasion des Normands, avant de quitter leur monastère, ils avoient eu soin d'ouvrir le tombeau de leur sainte patronne, d'en enlever les reliques et de les transporter dans les terres de l'abbaye, où ils les tinrent cachées. Quand le calme fut rétabli, ils s'empressèrent de les rapporter; et chaque fois que les barbares revenoient, on emportoit de nouveau ce précieux dépôt. Ce tombeau, d'où ils avoient tiré ses ossements, étoit renfermé dans une crypte, ou chapelle souterraine qui servoit également de sépulture à saint Prudence, à saint Céran, évêques de Paris, et à plusieurs autres saints personnages morts en odeur de sainteté. Les corps de ceux-ci y furent laissés; et ce n'est que lorsqu'on eut relevé les ruines de l'ancienne voûte, calcinée par le feu des barbares, qu'on tira de terre ces sépulcres, et qu'on les rassembla dans la crypte, qui fut alors réparée. Elle fut depuis entièrement rebâtie, et extrêmement ornée par les soins du cardinal de La Rochefoucauld: la voûte en étoit soutenue par des piliers de marbre; l'on y descendoit par de beaux escaliers symétriquement placés aux deux côtés de la porte du chœur, et près d'un jubé découpé en pierre avec beaucoup de délicatesse. Dans cette chapelle souterraine, on voyoit encore le tombeau de sainte Geneviève, mais il n'y restoit plus rien de ses reliques. Depuis qu'on les en avoit tirées, elles n'étoient point sorties de la châsse qui avoit servi à les transporter; et cette châsse avoit été placée dans l'église supérieure.
La crypte contenoit cinq autres chapelles. Il y en avoit encore un grand nombre dans l'église supérieure et dans le cloître. La plupart furent détruites ou changées de forme par le cardinal de La Rochefoucauld, lorsque dans le siècle dernier il fit réparer l'église et la maison. La plus remarquable de celles qui furent conservées étoit une grande et belle chapelle située au côté méridional du cloître, et connue dans l'ancien temps sous le nom de Notre-Dame-de-la-Cuisine, parce qu'elle étoit effectivement placée auprès de la cuisine de l'abbaye. Elle avoit été construite par ce même abbé Étienne à qui l'on devoit les réparations de l'église, et portoit, depuis environ deux cents ans, le nom de Notre-Dame-de-la-Miséricorde.
C'étoit au pied de l'autel de cette chapelle que le chanoine de Sainte-Geneviève, chancelier de l'Université, donnoit le bonnet de maître-ès-arts.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE ET DE L'ABBAYE SAINTE-GENEVIÈVE.
TABLEAUX.
Dans la nef, quatre grands tableaux, dont trois représentoient des vœux de la ville de Paris, et le quatrième ses actions de grâces pour la convalescence de Louis XV. Ces tableaux avoient été peints par de Troy père et fils, Largillière et de Tournière.
Dans la sacristie, plusieurs tableaux, parmi lesquels on remarquoit un Ecce Homo et une Notre-Dame-de-Douleur, exécutés en tapisserie.
Dans le réfectoire, qui étoit très-vaste, la multiplication des pains; par Clermont.
Dans la chapelle de Notre-Dame-de-la-Miséricorde, plusieurs tableaux, sans noms d'auteurs.
Dans une très-grande salle, nommée la salle des Papes, les portraits d'un grand nombre de souverains pontifes, et quelques tableaux.
Sur la coupole de la bibliothèque, l'apothéose de saint Augustin, par Restout père, et un morceau de perspective peint sur un des murs; par La Joue.
SCULPTURES.
Sur le maître-autel, un riche tabernacle de forme octogone, dont les quatre faces principales étoient ornées de colonnes composites de brocatelle antique, avec bases et chapiteaux de bronze doré; le tout couronné d'un dôme que surmontoit une croix d'ambre. Ce tabernacle, rapporté en pierres rares et précieuses, telles que jaspes, agates, lapis, grenats, etc., avoit été fait aux frais du cardinal de La Rochefoucauld.
À côté de cet autel, les statues de saint Pierre et de saint Paul en métal doré.
Au milieu du chœur, un lutrin d'une composition élégante et ingénieuse: il étoit à trois faces, et entouré de trois anges touchant une triple lyre, qui servoit de point d'appui à l'aigle. Le dessin de ce morceau étoit attribué à Lebrun.
Un candélabre donné par la ville, et orné de ses armes, de celles du roi et de celles de l'abbaye; par Germain.
Dans le vestibule du couvent, quatre statues représentant les prophètes.
Dans la galerie dite l'oratoire, une Nativité en plomb bronzé.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
Dans l'église.
Au milieu, le cénotaphe de Clovis. Ce monument, sur lequel étoit couchée la statue de ce prince en marbre blanc, remplaçoit un tombeau plus simple, et d'une pierre plus commune, tel qu'on avoit coutume de les faire pour les rois de la première race; une inscription latine apprenoit qu'il avoit été élevé sur les ruines de l'autre par l'abbé et le chapitre de Sainte-Geneviève.
Derrière le chœur, une châsse renfermant les reliques de sainte Clotilde. Cette reine avoit d'abord été inhumée près des degrés du grand autel. On ignore en quel temps ces reliques furent levées, mais la châsse n'étoit que de l'année 1539, époque à laquelle on en fit la translation. Clotilde sa fille, femme d'Amalaric, roi des Visigoths, les jeunes fils de Clodomir, assassinés par Childebert et Clotaire, avoient été également inhumés dans cette église.
Sur un des piliers de la nef, le buste du célèbre Descartes, et une épitaphe qui apprend que les restes de ce philosophe, mort en Suède en 1650, ont été transportés dans cette église dix-sept ans après sa mort.
Près de ce monument, et du même côté, avoit été déposé le cœur de Jacques Rohault, son disciple, et l'un des plus grands mathématiciens de son siècle, ce qu'indiquoit une inscription composée par Santeuil.
Le fameux boucher Goy, l'un des chefs de la faction des Cabochiens sous Charles VI, avoit été inhumé dans cette église.
Dans la chapelle souterraine.
Le tombeau de sainte Geneviève. Il étoit en marbre, sans aucun ornement, et entouré de grilles de fer.
Les tombeaux de saint Prudence et de saint Céran, évêques de Paris; leurs reliques en avoient été tirées dans le treizième siècle. Sainte Alde ou Aude, compagne de sainte Geneviève, avoit été inhumée dans cette même chapelle.
Dans la chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde.
Celui de Benjamain de Brichanteau, évêque de Laon, et successeur de Foulon, mort en 1619.
Dans le chapitre.
Plusieurs tombes de marbre blanc renfermant les corps des trois premiers abbés de la réforme; du P. Faure, premier abbé, mort en 1644; de François Boulart, deuxième abbé, mort en 1667; du P. Blanchart, troisième abbé, mort en 1675. À côté avoit été inhumé le P. Lallemant, religieux de cette communauté, recteur et chancelier de l'Université, personnage aussi recommandable par ses talents que par ses vertus: il est mort en 1673.
Dans le petit cimetière.
Nicolas Lefèvre, prêtre, sous-précepteur du roi d'Espagne Philippe V, des ducs de Bourgogne et de Berri, directeur des filles de Sainte-Anne, personnage d'une vertu éminente, mort en 1706.
La bibliothèque, qui n'existoit pas encore lorsque le cardinal de La Rochefoucauld fut nommé abbé commandataire de Sainte-Geneviève, étoit devenue, par degrés, l'une des plus considérables et des plus curieuses de Paris. Les PP. Fronteau et Lallemant, qu'on doit en regarder comme les fondateurs, y rassemblèrent en peu d'années sept à huit mille volumes. Le P. Dumolinet l'augmenta considérablement, et y ajouta un cabinet d'antiquités, composé en grande partie de ce qu'il y avoit de plus rare dans celui du fameux Peiresc. Enfin le legs que M. Le Tellier, archevêque de Reims, fit à cette maison de sa belle bibliothèque, et les acquisitions successives que l'on ne cessoit de faire, avoient tellement accru cette magnifique collection, qu'au commencement de la révolution on y comptoit environ quatre-vingt mille volumes et deux mille manuscrits. Elle étoit placée dans une galerie construite en forme de croix, et surmontée d'un dôme. Ce bâtiment, qui existe encore, a, dans la plus grande dimension, cinquante-trois toises de longueur. Les côtés de la croix sont inégaux, et c'étoit pour faire disparoître aux yeux cette irrégularité qu'on avoit peint sur le mur de l'un d'eux le morceau de perspective dont nous avons déjà parlé. Cette bibliothèque étoit alors ornée des bustes en marbre ou en plâtre de plusieurs hommes illustres. On y voyoit ceux de Colbert, de Louvois, du chancelier Le Tellier, de Jules Hardouin, Mansart, d'Arnauld, etc., exécutés par Girardon, Coisevox, Coustou, etc.
Palais de Clovis.
Chapelle de Saint-Michel et porte papale.
Bailliage de Sainte-Geneviève.
Les chanoines de Sainte-Geneviève, étant seigneurs d'une partie du quartier où étoit située leur abbaye, avoient un bailliage qui connoissoit de toutes causes, tant civiles que criminelles, dans l'étendue de son ressort, et dont les appels se relevoient au parlement. Il tenoit ses audiences dans une maison voisine de l'église.
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT
Cette église subsista ainsi jusqu'en 1491, que le nombre toujours croissant des paroissiens détermina à y faire de nouvelles augmentations. L'abbé de Sainte-Geneviève céda à cet effet une portion de l'infirmerie qui se trouvoit au chevet de l'église; et si l'on en juge par le caractère de l'architecture, il ne paroît pas qu'il y soit rien resté de l'ancien bâtiment. Les constructions en furent commencées, du côté de l'orient, vers les premières années du règne de François Ier. En 1538, l'église fut augmentée des chapelles et de l'aile de la nef du côté de Sainte-Geneviève. On bâtit, en 1606, la chapelle de la communion et les charniers. Enfin le grand et le petit portail, dont la reine Marguerite de Valois posa la première pierre en 1610, ne furent achevés que sept ans après, ce qui paroît prouvé par les deux inscriptions qui y étoient gravées, lesquelles portoient la date de 1617.
Cette église possédoit en outre de précieux monuments des arts, et renfermoit d'illustres sépultures.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT.
TABLEAUX.
Dans la chapelle Saint-Pierre, près de la sacristie, cet apôtre ressuscitant Tabithe; par Le Sueur.
La vie de saint Étienne, exécutée en tapisseries sur les dessins de ce grand artiste et de La Hire, autre peintre célèbre. Les dessins, au nombre de dix-neuf, en étoient conservés dans la salle d'assemblée des marguilliers.
SCULPTURES.
Au pourtour du chœur, les statues des douze apôtres. Celles de saint Philippe, de saint André et de saint Jean l'Évangéliste étoient de la main de Germain Pilon.
Derrière le chœur, trois bas-reliefs de ce grand sculpteur, incrustés dans le mur, dont le plus grand offroit Jésus-Christ au jardin des Olives, et ses apôtres endormis; les deux autres, beaucoup plus petits, représentoient saint Pierre et saint Paul.
Le jubé, porté par une voûte surbaissée, est orné de très-bonnes sculptures par Biard père. Il faut aussi remarquer, au milieu de la voûte de la croisée, une clef pendante de plus de deux toises de saillie, et du travail le plus délicat.
SÉPULTURES.
Dans cette église ont été inhumés:
Blaise Vigenere, traducteur de plusieurs ouvrages anciens, mort en 1596.
Nicolas Thognet, habile chirurgien, mort en 1642.
Jean Perrau, professeur au collége royal, mort en 1645.
Eustache Le Sueur, l'un des plus grands peintres de l'école françoise, mort en 1655.
Jean-Baptiste Morin, médecin et professeur royal de mathématiques, mort en 1656.
Antoine Le Maître, l'un des membres de la société de Port-Royal, mort dans cette maison en 1658.
Issac Le Maître de Saci, son frère, mort dans la même maison en 1684.
Pierre Barbay, professeur en philosophie dans l'Université de Paris, mort en 1664.
François Pinsson, avocat au parlement, auteur de plusieurs ouvrages, mort en 1691.
Jean Gallois, abbé de Saint-Martin-de-Core, de l'Académie françoise, et professeur de grec au collége Royal, mort en 1707.
Jean Miron, docteur en théologie de la faculté de Paris et de la société de Navarre.
Dans le cimetière:
Simon Piètre, médecin célèbre.
Pierre Petit, poëte latin estimé, mort en 1687.
Joseph Pitton de Tournefort, célèbre botaniste, mort en 1708, etc.
La cure de Saint-Étienne-du-Mont a continué jusqu'aux derniers temps d'être à la nomination de l'abbé de Sainte-Geneviève, qui y nommoit toujours un religieux de sa congrégation.
CIRCONSCRIPTION
Le principal territoire de cette paroisse étoit divisé comme suit.
1o. Elle avoit la place devant l'église dite le carré Sainte-Geneviève; la rue Saint-Étienne-des-Grès jusqu'au collége de Lisieux d'un côté, de l'autre jusqu'à celui des Cholets inclusivement; puis, du même côté, les rues de Reims, des Chiens, des Cholets, des Sept-Voies, des Amandiers, la rue Juda et la rue entière de la Montagne.
2o. Dans la rue Saint-Jacques, commençant à droite au-dessous du collége des Jésuites, elle continuoit jusqu'au dessous de la rue du Cimetière-Saint-Benoît; dans la place Cambrai, elle avoit le collége du même nom, le collége Royal, la rue Saint-Jean-de-Latran à droite jusqu'à la rue Fromentel, et deux maisons à gauche; les deux côtés de la rue Saint-Jean-de-Beauvais presque en entier, et quelques maisons dans la rue Saint-Hilaire.
3o. Dans la rue des Noyers, les deux côtés de cette rue lui appartenoient en grande partie, ainsi que le couvent des Carmes, et le bas de leur rue jusque derrière le collége de Beauvais. Elle avoit ensuite toute la place Maubert, et la rue des Lavandières jusqu'à la rue des Anglois.
4o. Son territoire prenoit ensuite à droite de l'entrée de la rue Galande, et continuoit jusqu'à l'ancienne chapelle Saint-Blaise exclusivement. Il embrassoit les deux côtés de la rue du Fouare, plusieurs maisons également des deux côtés dans la rue de la Bûcherie, en allant à celle Saint-Julien, et s'étendoit jusqu'au bout oriental de la rue des Bernardins, ce qui renfermoit la rue Perdue, la rue de Bièvre et le commencement de celle de Saint-Victor. Cette paroisse continuoit d'avoir le côté droit de cette rue jusqu'à celle de Versailles, dont elle avoit aussi le côté droit, renfermant ainsi les rues du Bon-Puits, du Paon, du Mûrier et de Saint-Nicolas, qui toutes aboutissent à la rue Traversine, qu'elle possédoit également. De là elle regagnoit la rue Clopin, qu'elle renfermoit tout entière, et se prolongeoit dans la rue des Fossés-Saint-Victor, à commencer au côté droit de la rue des Boulangers; puis remontant, elle renfermoit tout le haut de la première de ces deux rues avec toutes celles qui y aboutissent dans cette partie.
5o. Dans la rue Mouffetard, elle avoit une partie du côté droit de cette rue en descendant, à partir de la seconde rue Contrescarpe, et de même le côté gauche jusqu'à la rue Copeau, dont elle avoit aussi la gauche jusqu'à la Pitié. Cette paroisse possédoit en outre un bout de la rue des Fossés-Saint-Jacques, la seconde rue Contrescarpe, les rues du Puits-qui-parle, du Cheval-Vert, des Poules; tout le carré des Filles Sainte-Aure dans la rue Neuve-Sainte-Geneviève; l'autre côté de la même rue jusqu'à celle du Pot-de-Fer. Enfin elle avoit la rue des Postes depuis le cul-de-sac des Vignes jusqu'au clos de la Visitation.
La Communauté des Filles Sainte-Geneviève.
LA NOUVELLE ÉGLISE SAINTE-GENEVIÈVE.
Cette église fut commencée sur les dessins et sous la conduite de J. G. Soufflot, architecte. Cet artiste, qui venoit d'achever ses études en Italie, changea, dans la disposition générale et dans l'ordonnance de cet édifice, le système d'architecture alors en usage à Paris: il employa des colonnes isolées et d'un grand diamètre, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, et présenta un plan dont la nouveauté, la grâce et la légèreté réunirent tous les suffrages: l'effet en fut tel, qu'on alla jusqu'à croire qu'il avoit surpassé dans cette composition tout ce que les Grecs et les Romains ont produit de plus élégant et de plus magnifique.
Il fallut donc, et sans perdre un moment, renoncer à la jouissance que procuroit ce beau spectacle d'architecture, jouissance commune en Italie, mais très-rare en France, et encombrer de nouveau par des cintres, des étais, des échafauds, un monument que l'on avoit pu croire achevé, après un travail non interrompu de plus de quarante années, et une dépense de plus de quinze millions.
On s'assura du reste que les fondations étoient bonnes, et n'avoient point tassé d'une manière sensible; que l'église souterraine, dont le sol est à dix-huit pieds au-dessous de celui de la nef supérieure, étoit construite de manière à résister à la pression et à tout le poids des constructions supérieures; que le dôme et les trois coupoles dont il est couvert offroient la même solidité dans leur construction; que nul effet fâcheux ne s'y étoit manifesté, malgré la rupture des pierres des piliers intermédiaires au dôme et à l'église basse, en sorte qu'il fut bien constaté que la construction vicieuse de ces piliers étoit la seule cause du mal.
Ces points bien reconnus, le problème à résoudre étoit de trouver les moyens de prévenir les accidents et l'accroissement du tassement, sans nuire au système de décoration intérieure, et sans addition de massifs, de piliers ou de colonnes, dont l'effet eût été de détruire l'harmonie du plan et l'heureux effet des voûtes. La direction de ces travaux, tant pour l'étaiement que pour les réparations et additions de résistance jugées nécessaires, fut confiée à M. Rondelet, qui n'a point cessé d'en suivre l'exécution depuis l'année 1770; qui a présidé lui-même à la construction des trois coupoles, avec un soin et une intelligence auxquels on ne sauroit donner trop d'éloges, ne négligeant rien de ce qui pouvoit compléter et présenter dans tous ses développements possibles la conception de Soufflot.
Les opérations combinées de cet habile constructeur, tant pour l'étaiement des arcades au moyen de doubles cintres de sa composition, exécutés partie en charpente et partie en maçonnerie, que pour remplacer les pierres cassées, sans causer d'ébranlements ni de secousses, sans aucun refoulement dangereux, ont conservé ou plutôt rendu aux arts et à la piété des fidèles ce monument du dernier siècle, sans que la décoration primitive en ait été sensiblement altérée.
Mais quel que soit l'heureux résultat de cette restauration, l'église de Sainte-Geneviève mérite-t-elle d'être considérée comme un chef-d'œuvre de l'art; et la réflexion ne doit-elle pas un peu diminuer de l'admiration qu'elle inspira d'abord? Ne se mêle-t-il point quelques défauts aux beautés supérieures dont on fut frappé à la première vue? C'est ce qu'il convient d'examiner.
Il n'est sans doute, dans l'aspect général de Paris, aucun point de perspective plus élégant et plus majestueux que cette belle colonnade du dôme, s'élevant avec sa coupole sur toute la partie sud-est de la ville, et se groupant avec les maisons et les monuments des quartiers Saint-Marcel et Saint-Benoît; mais si l'on s'approche pour considérer en détail ce qui a tant frappé dans l'ensemble, ce dôme et la combinaison de sa masse avec celle du portail ne satisferont plus au même degré le connoisseur d'un goût délicat et sévère: on trouvera qu'il ne repose pas avec assez de grandeur et d'harmonie sur l'attique qui lui sert de soubassement; que sa base, trop rétrécie, est loin d'offrir cette masse imposante et vigoureuse que présentent à l'extérieur les mosquées de Constantinople et même les dômes de Saint-Pierre de Rome et de Saint-Paul de Londres; enfin que les colonnes du dehors, fuselées par des mains barbares, ont été tellement amaigries dans leur partie inférieure, qu'une faute aussi grossière ne peut provenir que d'une erreur considérable dans l'appareil.
LES FRÈRES PRÊCHEURS OU DOMINICAINS, DITS LES JACOBINS.
Ce fut au milieu des croisades entreprises contre les Albigeois, dont l'hérésie dangereuse n'étoit autre chose que l'ancienne erreur des Manichéens, que l'ordre dont nous parlons prit son origine. Tandis que la puissance temporelle cherchoit à arrêter par les armes un mal dont les progrès rapides menaçoient la tranquillité des états, saint Dominique essayoit de ramener, par l'onction de ses paroles, ces malheureux égarés. Le succès qu'obtinrent ses prédications lui fit naître la pensée de s'associer quelques personnes animées du même zèle, et d'en former un ordre religieux destiné à la propagation de la foi. Les membres du nouvel institut devoient s'attacher spécialement à prêcher aux peuples les vérités saintes et immuables de l'évangile, à les soutenir autant par leurs exemples que par leurs discours, à convaincre les hérétiques et à les ramener par la force de la persuasion. Cet ordre fut approuvé en 1216 par Honorius III, sous le titre de Frères Prêcheurs. Dès l'année suivante, saint Dominique envoya quelques-uns de ses disciples à Paris: ils y arrivèrent le 12 septembre 1217, se logèrent dans une maison près Notre-Dame, entre l'Hôtel-Dieu et la rue l'Évêque, et y demeurèrent jusqu'à l'année suivante. Alors ils obtinrent de la libéralité de Jean Barastre, doyen de Saint-Quentin, une maison près des murs, et une chapelle du titre de Saint-Jacques, laquelle avoit été attachée à un hôpital institué pour les pèlerins, et qu'on appeloit l'hôpital Saint-Quentin. C'est de cette chapelle que la rue Saint-Jacques a pris son nom, et que les Dominicains ont été appelés Jacobins, non-seulement à Paris, mais dans toute l'étendue du royaume.
Ce premier établissement des Frères Prêcheurs dans la capitale n'a point été raconté de la même manière par nos historiens. Plusieurs y ont mêlé une foule de petites circonstances dont la fausseté est évidente, et qui, du reste, sont trop peu importantes pour mériter d'être discutées. Nous les passerons donc sous silence, et nous continuerons, dans ce récit, de nous attacher, comme nous l'avons toujours fait jusqu'à présent, aux autorités les plus graves et aux opinions les plus vraisemblables.
Le cimetière, l'infirmerie et l'un des dortoirs de cette maison étoient situés au-delà de l'enceinte de Philippe-Auguste. Louis X, quelques-uns disent Philippe-le-Long, voulant accroître le terrein qu'ils possédoient déjà, leur donna toute la partie du mur qui régnoit le long de leur couvent, et les deux tours qui se trouvoient dans cet espace, concession qui leur procura la facilité d'étendre de ce côté leurs bâtiments; mais lorsqu'en 1358 on eut pris la résolution de creuser un fossé autour de l'enceinte méridionale, ce fut une nécessité d'abattre ces nouvelles constructions. Alors, pour indemniser les Jacobins de cette perte, Charles V acheta des religieux de Bourgmoyen, près de Blois, la maison et les jardins qu'ils possédoient à Paris, et les donna aux Jacobins, francs et quittes de toutes redevances. Il paroît que cette maison occupoit une grande partie du terrain dont se composa depuis le jardin de ces Pères. Quant aux jardins des religieux de Bourgmoyen, ils sont aujourd'hui couverts des maisons qui forment les rues Saint-Dominique et Saint-Thomas, comme nous aurons occasion de le dire en parlant du quartier du Luxembourg.
Le cloître de ces religieux fut reconstruit, en 1556, des libéralités d'un riche bourgeois nommé Hennequin. En l'an 1563, ils firent rebâtir leurs écoles, qui tomboient en ruines, au moyen des aumônes que leur procura un jubilé que le pape Pie IV leur avoit accordé à cette intention.
L'enceinte de ce couvent renfermoit un assez grand terrain; mais les bâtiments, presque tous d'un gothique très-grossier, et la plupart sans symétrie, n'avoient rien qui méritât d'être remarqué. Il en étoit de même de l'église, dont le vaisseau étoit vaste, mais sans proportion et sans régularité. Elle étoit partagée en deux dans toute sa longueur, comme celle que l'ordre possédoit à Toulouse.
Ce qui méritoit d'attirer l'attention, c'étoit le nombre considérable d'illustres personnages qui avoient été inhumés dans cette église, ou dont on y avoit déposé le cœur ou les entrailles. On y comptoit non-seulement les plus grands noms de la France, mais encore des princes du sang, des rois et des reines, entre autres les trois chefs des branches royales de Valois, d'Évreux et de Bourbon. Du reste elle étoit peu riche en tableaux et autres monuments des arts.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES JACOBINS.
TABLEAUX.
Dans l'église, une Descente de croix, d'une belle exécution, sans nom d'auteur.
Au-dessus de la chaire, un saint Thomas prêchant; par Élisabeth Chéron.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Charles de France, comte de Valois, chef de la branche de ce nom, laquelle a régné deux cent soixante années.
Charles de Valois, comte d'Alençon, second fils de Charles de France. Il fut la tige des comtes d'Alençon.
Agnès de France, septième fille de Jean de France, duc de Normandie.
Louis de France, comte d'Évreux, et chef de la branche de ce nom.
Robert de France, comte de Clermont en Beauvoisis, sixième fils de saint Louis, et chef de la branche de Bourbon.
Louis Ier, duc de Bourbon, fils de Robert de France, comte de Clermont et de la Marche.
Marguerite de Bourbon, fille de Robert, et première femme de Jean de Flandre, comte de Namur.
Pierre, duc de Bourbon et comte de la Marche, fils de Louis Ier.
Louis IIIe du nom, fils puîné de Louis IIe du nom, duc de Bourbon.
Anne de Bourbon, fille de Jean Ier, comte de la Marche, de Vendôme et de Castres.
Philippe d'Artois, fils aîné de Robert, comte d'Artois; et Blanche sa femme, fille du duc de Bretagne.
Gaston, comte de Foix, premier du nom.
Clémence, fille de Charles Martel, roi de Hongrie, et seconde femme de Louis X, roi de France.
Cette église possédoit en outre:
Le cœur de Philippe III, dit le Hardi, roi de France et fils de saint Louis.
Celui de Pierre de France, comte d'Alençon, cinquième fils de saint Louis.
Celui de Charles IV, roi de France.
Celui de Philippe III, dit le Sage, roi de Navarre, fils de Louis de France, comte d'Évreux.
Celui de Charles de France, roi de Naples et de Sicile, frère de saint Louis.
Les entrailles de Philippe V, dit le Long, tous les deux rois de France.
Celles de Philippe VI, dit de Valois,
Au-dessus de la porte du Revestiaire, la statue du cardinal Gui de Malsec à genoux devant un crucifix.
Dans les chapelles et dans diverses autres parties de l'église avoient été inhumés plusieurs autres personnages remarquables, savoir:
Dans la chapelle de Saint-Thomas ou des Bourbons, les PP. Nicolas Coeffeteau et Noël Alexandre, tous les deux de l'ordre des Frères Prêcheurs, et célèbres par leur profonde érudition.
Sous une tombe, devant la chapelle de la Passion, Pierre de la Palue, religieux de Saint-Dominique et patriarche de Jérusalem.
Dans la nef, devant les orgues, trois générales perpétuelles des Béguines de Paris, Agnès d'Orchies, Jeanne La Bricharde et Jeanne Roumaine.
Dans l'aile où étoit située la chapelle du Rosaire, Nicolas de Paris, substitut du procureur-général du parlement.
Près de cette chapelle, Pierre de Rostrenan, chambellan du roi Charles VII. Sa figure en albâtre étoit couchée sur sa tombe.
Jean Clopinel, dit de Meung, continuateur du roman de la Rose, avoit été aussi inhumé dans ce couvent, mais on ignore si ce fut dans l'église ou dans le cloître, etc., etc.
L'église des Jacobins, qui, depuis long-temps, menaçoit ruine, avoit été abandonnée par ces religieux, quelques années avant la révolution; et l'office divin se célébroit dans la salle des exercices, connue sous le nom d'Écoles de Saint-Thomas. Ces écoles, situées à côté de l'église, avoient été commencées aux dépens du P. Jean Binet, docteur en théologie, et religieux de cet ordre, mort en 1550. On y remarquoit une chaire revêtue de marbre, dans laquelle étoit, dit-on, renfermée celle qui avoit servi à saint Thomas d'Aquin. La salle principale étoit ornée de plusieurs représentations des plus grands personnages de l'ordre, parmi lesquels on distinguoit les portraits de saint Dominique, de Pierre de Tarentaire, pape sous le nom d'Innocent V, et de Hugues de Saint-Cher, cardinal du titre de Sainte-Sabine.
La bibliothèque, composée de quinze à seize mille volumes, contenoit plusieurs manuscrits d'ouvrages de piété, légués par saint Louis à ces religieux.
L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.
Les Historiens de Paris ne sont d'accord ni sur l'origine de cette église, ni sur l'étymologie du surnom qui lui a été donné; il est peu de monuments qui aient exercé davantage leur sagacité. Quelques-uns ont avancé que saint Denis l'Aréopagite avoit célébré les saints mystères dans un oratoire qu'il avoit lui-même dédié en cet endroit sous l'invocation de saint Étienne, et en ont conclu que le véritable surnom étoit des Grecs, parce que ce saint et ses disciples étoient venus d'Athènes dans les Gaules. D'autres, rejetant cette tradition très-incertaine, ont pensé, mais sans en apporter des preuves meilleures, que ce surnom venoit de quelques degrés qu'il falloit monter pour entrer dans cette église, et qu'on devoit dire S. Stephanus de gradibus. Plusieurs prétendent que cette église, étant située à la sortie de la ville, a été appelée ainsi, ab egressu urbis, et qu'il convient d'écrire Saint-Étienne-d'Egrès. Il n'est pas moins difficile d'adopter cette dernière explication: car c'est un fait incontestable que l'édifice en question étoit renfermé dans l'enceinte de Philippe-Auguste.
On raconte que saint François-de-Sales, encore étudiant à Paris, venoit souvent prier dans cette chapelle de la Vierge dont nous venons de parler.
Il y fut institué, en 1533, une confrérie qui depuis devint célèbre, et à laquelle deux papes (Grégoire XIII et Clément VIII) attachèrent de grandes indulgences.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-ÉTIENNE-DES-GRÈS.
Sur la droite du maître-autel, un tableau représentant la Vierge, et l'Enfant-Jésus caressant saint Jean-Baptiste; par un peintre inconnu.
ΝΙΨΩΝ ΑΝΟΜΗΜΑΤΑ ΜΗ ΜΟΝΑΝ ΟΨΙΝ 1626. Lava peccata non solam faciem.
LA CHAPELLE SAINT-SYMPHORIEN.
Cette chapelle, qui fut détruite dans le dix-septième siècle, étoit située dans la rue des Cholets, vis-à-vis le collége qui porte le même nom. Son origine, sur laquelle on n'a aucun renseignement, devoit être fort ancienne, car il en est fait mention dans le testament d'Hermentrude. On la trouve citée depuis dans la charte de Philippe-Auguste de 1185, et dans le cartulaire de Sainte-Geneviève à la date de 1220. Sauval dit qu'elle subsistoit encore de son temps; il devoit ajouter aussi qu'il l'avoit vu détruire, car il n'est mort qu'en 1670, et alors il y avoit huit ans que cette chapelle, tombant en ruines, avoit été vendue au collége de Montaigu, par contrat du 2 septembre 1662.
La chapelle Saint-Symphorien avoit été bâtie au milieu d'un clos de vignes qui s'étendoit jusqu'à Notre-Dame-des-Champs (les Carmélites). Ce vignoble appartenoit au roi et à différents seigneurs. D'anciens titres nous apprennent que le monarque avoit, entre l'église Saint-Étienne et le collége de Lisieux, un pressoir, dans lequel on portoit le vin qui se recueilloit au clos des Mureaux. Ce clos, situé au faubourg Saint-Jacques, étoit nommé, au treizième siècle, Murelli, dans le suivant de Murellis, aliàs de Cuvron. On donnoit le nom de clos Saint-Étienne aux vignes plantées près de cette église.
LES RELIGIEUSES DE LA VISITATION DE SAINTE-MARIE.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA VISITATION.
Sur le maître-autel, dédié à saint François-de-Sales, un tableau représentant ce saint évêque; par Le Brun.
Dans un des bas-côtés, à droite, la Visitation; par Suvée.
Dans le bas-côté, à gauche, le tableau des Sacrés-Cœurs; par Mauperin.
Ces dames possédoient en outre plusieurs tableaux de La Fosse, renfermés dans l'intérieur de leur maison.
LE SÉMINAIRE SAINT-MAGLOIRE.
Ces hospitaliers, ne trouvant pas en France l'occasion de rendre aux fidèles les services auxquels ils s'étoient obligés par leur institut, cherchèrent quelque autre moyen de leur devenir utiles, et le trouvèrent dans l'érection d'un hôpital, où ils reçurent les pèlerins des deux sexes, et leur prodiguèrent tous les secours de l'humanité et de la religion. L'utilité de cette nouvelle institution fut si vivement sentie, que, malgré la suppression de cet ordre faite en 1459 par Pie II et la réunion de ses revenus à celui de Notre-Dame de Bethléem, on résolut de le conserver en France. Antoine Canu, qui en étoit commandeur en 1519, fit rebâtir l'hôpital et reconstruire une plus grande église, qui fut dédiée, par François Poncher, évêque de Paris, sous le nom de Saint-Raphaël archange et de Saint-Jacques-le-Majeur. Les choses restèrent dans le même état jusqu'au milieu du siècle suivant, que cet hôpital fut mis dans la main du roi, sans qu'on en sache la raison. On trouve qu'en 1554 il fut destiné, par un arrêt du conseil, à recevoir les soldats blessés, et qu'en 1561 le roi en faisoit acquitter les charges.
Ce fut aux PP. de l'Oratoire que ce prélat jugea à propos de confier la direction du nouvel établissement: ils furent chargés d'instruire et d'entretenir douze ecclésiastiques, à sa nomination et à celle de ses successeurs. L'événement justifia pleinement la sagesse d'un tel choix; et de cette école, recommandable par la science et la piété de ses directeurs, on a vu, dans l'espace de près de deux siècles, sortir une foule de sujets distingués, dont plusieurs ont été l'ornement de l'Église, et en ont rempli les premières dignités.
Ce fut le 16 mars 1620 que fut passée la transaction entre les PP. de l'Oratoire et les religieux de Saint-Magloire: il fut convenu que ceux-ci pourroient rester dans la maison, qu'ils y jouiroient chacun d'une pension de 414 livres, et de la prébende de l'église Notre-Dame, qu'on avoit affectée à leur mense. Le dernier de ces religieux y mourut en 1669.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
Sur le maître-autel, un tableau représentant l'Annonciation; sans nom d'auteur.
Dans la nef, plusieurs autres tableaux médiocres, ou copiés d'après de bons maîtres.
L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.
Cette église doit le nom qu'elle porte à la chapelle de l'hôpital dont nous venons de parler. Vers le milieu du quinzième siècle, les habitants des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Michel, trop éloignés des églises Saint-Médard, Saint-Hippolyte et Saint-Benoît, leurs paroisses, avoient sollicité l'érection de cette chapelle en succursale. Cette demande, après quelques contestations, leur fut accordée en 1566; et la sentence de l'official qui ordonna cette érection remit la nomination du chapelain qui devoit résider à Saint-Jacques-du-Haut-Pas aux curés et vicaires perpétuels des églises que nous venons de nommer.
Les Bénédictins de Saint-Magloire ayant été transférés, en 1572, dans la maison des Hospitaliers de Saint-Jacques, il arriva que l'office de ces religieux devant se dire à certaines heures, se rencontroit souvent avec celui de la succursale, ce qui, des deux côtés, devint également incommode, et détermina les paroissiens à faire bâtir une nouvelle chapelle à côté de l'ancienne. Elle fut commencée en 1584, et l'on en bénit le cimetière le 10 mai de la même année.
Dès l'époque de l'érection de cette succursale, le prêtre qui la desservoit avoit pris le titre de curé; plusieurs actes cités par Jaillot le lui donnent, et il paroît que cette cure étoit alors à la nomination du trésorier de la Sainte-Chapelle. Cependant la chapelle de Saint-Jacques-du-Haut-Pas n'étoit point encore une paroisse en titre; et ce titre elle ne le dut qu'à l'augmentation rapide des habitants de ce quartier. Cette augmentation devint telle, que, dès 1603, on forma le projet de faire bâtir une église plus vaste, ce qui toutefois ne fut exécuté qu'en 1630, parce qu'une foule d'obstacles en traversèrent jusque-là l'exécution. La première pierre en fut posée, le 2 septembre de cette année, par Monsieur, frère de Louis XIII; et ce fut alors seulement que les habitants obtinrent l'érection de leur église en paroisse, ce qui ne fut accordé toutefois qu'après de longues contestations, et sous la condition de certaines redevances aux curés des diverses églises dont la chapelle Saint-Jacques étoit auparavant dépendante. Il fut aussi ordonné que cette cure seroit à l'avenir à la présentation alternative du chapitre Saint-Benoît et du curé de Saint-Hippolyte.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE SAINT-JACQUES-DU-HAUT-PAS.
TABLEAUX.
Vis-à-vis la chaire, un Christ; par Lelu.
Sur la porte de la sacristie, une Nativité et un saint Pierre dans la prison; sans nom d'auteur.
Sur l'autel de la Vierge, une Assomption; dans une chapelle à gauche, le mariage de la Vierge; également sans nom d'auteur.
SÉPULTURES.
Dans cette église et dans le cimetière avoient été inhumés:
Jean Duverger de Haurane, abbé de Saint-Cyran, mort en 1643.
Jean-Dominique Cassini, célèbre astronome, mort en 1712.
Philippe de La Hire, habile géomètre, et fils du peintre de ce nom, mort en 1718.
Jean Desmoulins, curé de cette paroisse, et l'un des plus dignes pasteurs dont puisse s'honorer l'église de Paris, mort en 1732.
CIRCONSCRIPTION.
L'étendue de cette paroisse ne peut pas être facilement désignée du côté de la campagne, et par conséquent il est difficile de bien établir ses limites avec Saint-Hippolyte; mais on peut faire observer que, du côté de la ville, son territoire étoit limitrophe avec Saint-Séverin vers les Chartreux; puis avec Saint-Cosme et Saint-Benoît, en commençant, après la porte Saint-Jacques, à la rue Saint-Dominique qu'elle avoit tout entière.
Cour et Hôpital Sainte-Geneviève.
Un peu en deçà de cette église, on voyoit une maison très-ancienne et mal bâtie, dont la porte étoit décorée d'une statue de sainte Geneviève. Jaillot est le seul de nos historiens qui en ait fait connoître l'ancienne destination. Elle avoit été acquise, en 1604, par M. Léonard Thuillier, proviseur du collége des Lombards, ainsi que le clos Gaudron auquel elle confinoit, dans l'intention d'en faire un asile pour les pauvres. Ayant obtenu, en 1610, l'autorisation de la puissance temporelle, il y fit construire une chapelle, et y établit un hôpital, qu'il légua aux marguilliers de Saint-Jacques-du-Haut-Pas par son testament du 2 janvier 1617. Nous ignorons à quelle époque cette institution cessa d'exister; mais dans le siècle dernier les Feuillants et le curé de Saint-Jacques occupoient la plus grande partie de cette maison.
LA COMMUNAUTÉ DES FILLES SAINTE-AURE.
Vers la fin du siècle dernier, ces filles avoient embrassé la clôture et la règle de saint Augustin: elles prenoient le titre de religieuses de Sainte-Aure, adoratrices du sacré cœur de Jésus.
LES ORPHELINES DU SAINT ENFANT JÉSUS ET DE LA MÈRE DE PURETÉ.
Communauté de Saint-Siméon-Salus.
Dans le même cul-de-sac, et presque vis-à-vis la maison des Orphelines, étoit une pension pour les femmes ou filles tombées en démence, à laquelle on avoit donné le titre de communauté de Saint-Siméon-Salus. On y avoit ménagé une petite chapelle sous l'invocation de ce saint, qui cacha, par un excès d'humilité, de grandes vertus sous les apparences de la folie et de l'extravagance. Elle fut construite en 1696. Les malades qu'on y renfermoit étoient traités avec un soin extrême, et tous les moyens possibles étoient employés pour procurer leur guérison.
LES FILLES SAINTE-PERPÉTUE.
LES RELIGIEUSES DE LA PRÉSENTATION NOTRE-DAME.
LES RELIGIEUSES DE NOTRE-DAME DE CHARITÉ, DITES LES FILLES DE SAINT-MICHEL.
À l'exception de Jaillot, aucun de nos historiens n'a fait mention de cette communauté. Elle fut instituée par le P. Eudes, de l'Oratoire, dont nous aurons bientôt occasion de parler. Son zèle, qui avoit déjà éclaté dans une utile et pieuse fondation, voulut se signaler de nouveau en rassemblant dans un asile commun quelques-unes de ces malheureuses victimes que la misère ou la séduction précipite dans le libertinage, et que le repentir seul ne pourroit en arracher, si la charité ne venoit à leur secours, et ne leur procuroit les ressources indispensables pour se maintenir dans ces salutaires dispositions. Il jugea nécessaire de leur faire garder la clôture, et confia le soin de leur conduite à des personnes pieuses, et qu'il crut douées d'assez de discernement pour s'acquitter dignement d'une tâche aussi difficile.
Communauté de Sainte-Anne-la-Royale.
Au dix-septième siècle il y avoit dans la rue des Postes un autre monastère que Sauval a confondu avec celui des Bénédictines de la Présentation; c'étoient les Augustines qui s'y étoient établies, en 1640, sous le titre de Sainte-Anne-la-Royale, titre qu'elles avoient pris en reconnoissance des bienfaits d'Anne d'Autriche, à qui elles devoient la maison qu'elles occupoient dans cette rue, et dans laquelle ces filles sont restées jusqu'en 1680. Alors, faute de revenus et de moyens suffisants pour se maintenir, elles furent obligées de la céder à leurs créanciers, et de se disperser dans d'autres communautés. Cette maison fut adjugée au sieur de Sainte-Foi, par décret du 19 mars 1689.
LES RELIGIEUSES URSULINES.
L'éducation des jeunes filles, si importante chez les nations chrétiennes où les femmes jouissent d'une si grande influence dans la société, fut long-temps très-imparfaite parmi nous; et l'on peut dire même qu'avant l'établissement de l'ordre des Ursulines, on n'avoit point conçu sur un si grand objet un système complet et régulier. Cet ordre fut institué dans l'année 1537 par la B. Angèle, qui habitoit la ville de Bresse en Lombardie. Ce ne fut dans le principe qu'une congrégation de filles et de femmes qui se vouoient à la pratique de toutes les vertus chrétiennes, et s'occupoient spécialement de l'instruction des jeunes personnes de leur sexe. Cet institut fut confirmé en 1544, par Paul III, sous le nom de Compagnie de Sainte-Ursule, et Grégoire XIII l'approuva de nouveau en 1572. Ces filles vivoient alors séparément dans leurs maisons; mais dans la suite plusieurs se réunirent, pratiquant la vie commune, sans toutefois faire de vœux ni garder de clôture. Elles ne tardèrent pas à s'introduire en France; et Françoise de Bermont, l'une d'entre elles, avec la permission de Clément VIII, établit, en 1594, une congrégation d'Ursulines à Aix en Provence, où leur réputation s'accrut encore et contribua à augmenter le nombre de leurs maisons. Il arriva que, peu de temps après, mademoiselle Acarie, ayant formé le projet de créer à Paris un couvent de Carmélites réformées, et n'ayant pu le mettre à exécution, conçut le dessein, plus utile peut-être, d'employer les personnes qu'elle avoit rassemblées, à l'instruction gratuite des jeunes filles. Madame l'Huillier, veuve de M. Leroux de Sainte-Beuve, voulut coopérer à cette œuvre charitable, se déclara fondatrice du nouvel établissement, et logea ces filles, en 1608, dans une maison qu'elle avoit louée au faubourg Saint-Jacques. Françoise de Bermont fut alors appelée par elle de son monastère de Provence, et vint à Paris avec une de ses compagnes pour conduire la nouvelle communauté et lui donner la règle qu'elle observoit.
L'ordre qu'elle y établit fit sentir à la fondatrice que son institut deviendroit d'une utilité bien plus grande, si ces filles consentoient à être de véritables religieuses, et joignoient aux vœux ordinaires celui de se consacrer à l'instruction des personnes de leur sexe. Les ayant trouvées toutes dans des dispositions favorables à ses vues, elle acheta quelques vieux bâtiments dans le faubourg Saint-Jacques, et une grande place vide, faisant partie du clos de Poteries, lequel s'étendoit jusqu'au cul-de-sac de la rue des Postes, et jusqu'à la rue de Paradis. Les lieux réguliers y furent construits en peu de temps; on célébra la première messe dans la chapelle le 29 septembre 1610, et les Ursulines en prirent possession le 11 octobre suivant. L'année d'après, le roi autorisa cet établissement par un simple brevet; mais dès que la fondation en eut été consolidée par l'engagement que prit madame de Sainte-Beuve de payer 2,000 livres de rente pour l'entretien de douze religieuses, on eut recours aux deux puissances pour en assurer la stabilité. Le roi accorda des lettres-patentes, enregistrées le 12 septembre 1612, et le pape Paul V permit, dans la même année, d'ériger cette communauté en corps de religion, sous le titre de Sainte-Ursule, et sous la règle réformée de Saint-Augustin.
Dès que l'on eut obtenu la bulle qui faisoit de la communauté des Ursulines une maison religieuse et régulière, on pria l'abbesse de Saint-Étienne de Soissons de se transporter à Paris avec quelques-unes de ses compagnes, pour former aux exercices du cloître les personnes qui voudroient embrasser le nouvel institut. Elle arriva dans cette ville le 11 juillet 1612 avec quatre religieuses, et quatre mois après, le jour de Saint-Martin, elle donna l'habit à douze novices. Leur nombre s'étant en très-peu de temps considérablement augmenté, la fondatrice fit jeter les fondements d'une nouvelle église, dont la première pierre fut posée par la reine Anne d'Autriche le 22 juin 1620; elle fut achevée en 1627, et a subsisté jusque dans les derniers temps de la monarchie.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, décoré d'un très-riche tabernacle, l'Annonciation; par Van Mol, élève de Rubens.
À gauche du maître-autel, un saint Joseph, sans nom d'auteur, et un autre tableau représentant sainte Angèle, qui instruit des enfants; par Robin.
SÉPULTURES.
Dans le chœur avoit été inhumée madame de Sainte-Beuve, fondatrice de ce monastère, morte en 1630.
Dans l'église on voyoit la tombe de Jean de Montreuil, conseiller du roi, et son résident en Angleterre et en Écosse, mort en 1651.
LES BÉNÉDICTINS ANGLOIS.
Jaillot est le seul qui nous ait laissé des renseignements exacts sur l'établissement en France de ces religieux; les autres historiens, en parlent à peine, n'en ont pas même donné de dates certaines. La persécution violente excitée par Henri VIII contre les catholiques, un moment suspendue sous le règne trop court de Marie, s'étant renouvelée avec une force nouvelle lorsque Élisabeth fut montée sur le trône, les Bénédictins anglois, de même que tous les autres ministres du culte romain, se virent dans la nécessité de se cacher, de se disperser, et d'aller chercher un asile hors de l'Angleterre. On les reçut en Espagne et en Italie; vers la fin du règne de cette princesse, ils firent une tentative pour rentrer dans leur pays, et y faire revivre leur congrégation: elle n'eut point le succès qu'ils en avoient d'abord espéré. Forcés, par les lois sanguinaires de Jacques VI, successeur d'Élisabeth, de s'expatrier une seconde fois, ils se retirèrent à Dieulouard en Lorraine, et formèrent en même temps un établissement à Douai, qui étoit alors sous la domination espagnole. C'est vers ce temps-là (en 1611) qu'ils furent appelés par Marie de Lorraine, abbesse de Chelles, pour diriger son monastère, et qu'elle conçut le projet de leur procurer un établissement à Paris, tant pour y former des sujets propres à veiller sur sa communauté, que pour faire des missions en Angleterre.
Elle en fit venir six, qu'elle plaça d'abord, en 1615, au collége de Montaigu, et ensuite dans le faubourg Saint-Jacques; mais le refus qu'ils firent, en 1618, de se prêter à une nouvelle translation, les brouilla avec leur bienfaitrice, et tarit la source de ses libéralités. Dans l'extrémité où ils se trouvèrent alors réduits, ces religieux furent secourus par le P. Gabriel Gifford, alors chef des trois congrégations, italienne, espagnole et angloise, qu'on avoit réunies, en 1617, sous le nom de Congrégation Bénédictine angloise; il pourvut à leurs besoins, et loua pour eux, rue de Vaugirard, une maison qui se trouve aujourd'hui comprise dans les bâtiments du Luxembourg. Six ans et demi après, ils furent transférés dans la rue d'Enfer; ils logèrent ensuite dans une maison que les Feuillantines avoient habitée; enfin le P. Gifford, étant devenu archevêque de Reims, acheta pour eux, au même endroit, trois maisons avec jardin, sur l'emplacement desquels on construisit le monastère qu'ils ont occupé jusque dans les derniers temps.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, orné de colonnes corinthiennes, un tableau représentant saint Edmond, roi d'Angleterre et martyr; sans nom d'auteur.
Dans une des petites chapelles, une Vierge peinte par Louise de Bavière, abbesse de Maubuisson, petite-fille de Jacques Ier, roi d'Angleterre.
SCULPTURES.
Dans cette église étoit déposé le corps de Jacques II, roi de la Grande-Bretagne, mort à Saint-Germain-en-Laye, le 6 septembre 1701, ainsi que celui de Louise-Marie Stuart, sa fille, morte au même endroit le 18 avril 1712.
La maison de Fitz-James avoit aussi sa sépulture dans cette église.
LES RELIGIEUSES FEUILLANTINES
Le pape Sixte V, en approuvant la réforme exécutée par le P. Jean de La Barrière dans son abbaye de Feuillants, de l'ordre de Cîteaux, lui avoit permis, par sa bulle du 13 novembre 1587, d'établir des monastères de l'un et de l'autre sexe. Les premières Feuillantines, fondées près de Toulouse suivant les uns, à Montesquiou de Volvestre, diocèse de Rieux, suivant les autres, furent transférées dans la première de ces deux villes, le 12 mai 1599. Il paroît que les Feuillants ne se montrèrent pas dans le principe disposés à leur procurer de nouveaux établissements: car ils se refusèrent obstinément à toutes les offres qui leur furent faites à ce sujet, et ce monastère fut le seul qu'elles possédèrent jusqu'en 1622. À cette époque, madame Anne Gobelin, veuve de M. d'Estourmel de Plainville, capitaine d'une compagnie des Gardes-du-corps, forma le projet d'attirer des Feuillantines à Paris; et prévoyant les difficultés qu'elle alloit éprouver de la part des Pères Feuillants, elle eut assez de pouvoir pour déterminer la reine Anne d'Autriche à écrire à ces religieux, assemblés alors à Pignerol dans leur chapitre général. Cette lettre, que le chapitre reçut comme un ordre honorable, eut tout l'effet qu'on en attendoit. Le 30 juillet de cette même année 1622, les supérieurs firent partir de Toulouse six religieuses, qui arrivèrent à Paris au mois de novembre suivant, et descendirent chez les Carmélites, d'où elles furent conduites processionnellement, par les Feuillants de Paris, dans la maison qui leur étoit destinée. Elle avoit été achetée dès 1620 par leur bienfaitrice, et, pendant cet intervalle, disposée d'une manière convenable à recevoir une communauté. Des lettres-patentes confirmèrent l'établissement, et madame d'Estourmel acheva de le consolider par un don de 27,000 livres, et une rente de 2,000 liv. qu'elle lui assura.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DES FEUILLANTINES.
Sur le maître-autel, enrichi de colonnes composites, une copie de la fameuse Sainte-Famille de Raphaël, qui décoroit les appartements de Versailles.
LES FILLES DE LA PROVIDENCE.
Cet utile établissement reconnoissoit pour fondatrice madame Marie Lumague, veuve de M. François de Polallion, gentilhomme ordinaire du roi et conseiller d'état. Cette dame, qu'une piété sublime avoit associée à toutes les œuvres de charité de S. Vincent-de-Paule, son directeur, conçut le projet de retirer du libertinage les jeunes personnes de son sexe que la séduction ou la misère avoient pu y engager, et de prévenir la chute de celles qui étoient sur le point de s'y précipiter. Les fondements de cette charitable institution furent jetés en 1630 dans une maison qu'elle possédoit à Fontenay; peu de temps après madame de Polallion transféra sa communauté naissante à Charonne. Elle y prospéra tellement qu'en 1643 elle étoit déjà composée de cent filles. C'est alors que Louis XIII, dont elle avoit attiré l'attention, permit à ces filles de venir se fixer à Paris, lui accordant, avec cette permission, la faculté de recevoir des donations, et tous les priviléges dont jouissent les maisons royales. Cette communauté reçut, par les mêmes lettres-patentes, le nom de Maison de la providence de Dieu.
Toutefois il ne paroît pas que ces filles aient pensé alors à profiter de la faveur que le roi leur avoit accordée: car en 1647 elles habitoient encore Charonne. On les voit enfin, dans le courant de cette année, venir occuper, rue d'Enfer, une maison qui fut depuis renfermée dans celle des Feuillants. Vincent-de-Paule qu'on regarde avec raison comme le second instituteur de cette maison, et qui en fut nommé directeur, n'eut point de repos qu'il ne leur eût procuré un emplacement plus vaste et plus commode. Ce fut à sa sollicitation que la reine Anne d'Autriche se déclara protectrice de la communauté de la Providence. Elle avoit acheté, en 1651, de l'Hôtel-Dieu, une maison fort spacieuse, qui avoit été destinée à recevoir les pestiférés, et qu'on nommoit l'hôpital de la Santé: on la partagea en deux parts, dont une fut comprise dans les jardins du Val-de-Grâce, et l'autre donnée aux Filles de la Providence. Elles en prirent possession le 11 juin 1652, ainsi que d'une chapelle sous l'invocation de saint Roch et de saint Sébastien, que l'Hôtel-Dieu y avoit fait construire, et qu'on a depuis ornée et agrandie. Le B. Vincent-de-Paule leur donna alors des statuts, qu'elles ont conservés jusqu'à la fin, avec de très-légers changements.
L'utilité de cet établissement avoit engagé M. de Harlai à en former de semblables dans l'île Saint-Louis, sur la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois, et à la Ville-Neuve; mais ils ne purent se maintenir, et, long-temps avant la révolution, ils avoient déjà cessé d'exister.