Note 203 — QUARTIER SAINT BENOIT. (continued 2)
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Quoique Condé eût donné au parlement une parole solennelle de tenir ses troupes toujours à dix lieues de la capitale, cependant, sous prétexte que la cour, après avoir pris le même engagement, ne l'avoit pas rempli, il ne s'étoit fait aucun scrupule de violer sa promesse en s'emparant de Charenton, du pont de Neuilly et de Saint-Cloud. Après la retraite du duc de Lorraine, ce prince avoit rassemblé le gros de son armée dans ce dernier village, étendant son camp jusqu'à Surène, tandis que Turenne, renforcé par un corps de troupes considérable que le maréchal de La Ferté lui avoit amené de la Lorraine, étoit venu occuper Chevrette, à une lieue de Saint-Denis, de manière que la rivière seule séparoit les deux armées. Avec des forces si supérieures à celles de Condé, il jugea qu'il lui seroit facile de l'anéantir s'il pouvoit le placer entre l'armée royale et les murs de Paris, parce que les intelligences que la cour avoit su se procurer dans cette ville où le désordre étoit à son comble[203], lui donnoient l'assurance que jamais les portes ne s'en ouvriroient pour frayer un passage à l'armée rebelle. Pour exécuter ce grand dessein, Turenne avoit fait construire un pont de bateaux à Épinay; et le succès en eût été immanquable, si le coup d'œil perçant de Condé n'eût saisi d'abord tout son plan et reconnu le danger extrême où il alloit se trouver: car une armée double de la sienne, se partageant en deux, pouvoit tout à la fois venir d'un côté l'attaquer dans son camp, et de l'autre le tenir en échec au pont de Saint-Cloud, ce qui auroit rendu sa défaite inévitable. Il prit donc sur-le-champ la résolution de sortir d'une situation aussi périlleuse, de gagner Charenton avec sept à huit mille hommes qui lui restoient, et de s'y poster sur cette langue de terre qui fait la jonction de la Seine avec la Marne. Deux chemins y conduisoient: l'un, plus long et plus sûr, c'étoit de traverser Meudon et la plaine de Grenelle, de longer les faubourgs Saint-Germain et Saint-Marcel, pour passer ensuite la Seine à l'endroit où est l'hôpital général. Mais il auroit fallu faire remonter par Paris un pont de bateaux; et il étoit incertain que les bourgeois voulussent le permettre; alors Condé se seroit vu forcé de se replier sur le faubourg Saint-Germain, et il ne devenoit pas impossible qu'un combat ne s'y engageât avec les troupes royalistes sous les fenêtres mêmes du Luxembourg, et que Gaston, foudroyé par l'artillerie du roi dans son propre palais, ne se décidât brusquement à faire sa paix avec la cour. L'autre chemin, plus court, en passant à travers le bois de Boulogne et en défilant presque à la vue de l'ennemi, le long des faubourgs Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, étoit aussi plus dangereux. Ce fut ce dernier que Condé se vit forcé de suivre. Il leva son camp au milieu de la nuit, espérant, par l'activité de ses mouvements, prévenir ceux de l'ennemi; mais il avoit en tête un général qui, de même que lui, ne se laissoit pas facilement surprendre. Turenne, instruit de sa marche au moment même où son armée commençoit à s'ébranler, détache aussitôt quelques escadrons pour le harceler dans sa retraite, et ces troupes légères sont bientôt suivies de toute l'armée royale. Des hauteurs de Montfaucon, où Condé, dès le point du jour, avoit su entraîner Gaston qui paroissoit alors disposé à faire un grand effort en sa faveur, les deux princes virent les troupes confédérées s'étendant depuis Charenton, où l'avant-garde étoit déjà arrivée, jusqu'au faubourg Saint-Denis. De ce côté l'arrière-garde, plusieurs fois chargée et rompue par les escadrons royalistes, se rallioit avec peine, s'efforçant de gagner le faubourg Saint-Antoine, tandis que l'armée royale s'avançoit, développant ses rangs et se mettant en bataille dans la plaine située entre Saint-Denis et Paris. À cette vue Gaston, tremblant, court se renfermer dans son palais; et Condé, bien convaincu que la retraite est maintenant tout-à-fait impossible, fait replier son avant-garde sur le corps de bataille qui n'étoit pas encore sorti du premier des deux faubourgs, s'empare des barrières et de quelques foibles retranchements élevés peu de temps auparavant par les Parisiens[204], place son canon et ses troupes à l'entrée des trois principales rues[205], et attend ainsi de pied ferme l'effort de l'ennemi. Turenne, dont l'artillerie n'étoit point encore arrivée, balance d'abord à l'attaquer, et s'y détermine enfin sur l'ordre exprès qu'il en reçoit de Mazarin[206]. Tavannes, Clinchamp, Valon, Nemours sont opposés à Navailles, à Saint-Maigrin, à Turenne lui-même; Condé est partout. Tandis que des deux côtés on se prépare au combat, la reine, à genoux dans l'église des Carmélites de Saint-Denis, élève ses mains vers le Dieu des armées pour le succès de sa juste cause; le roi, suivi du cardinal et de toute sa cour, gagne les hauteurs de Charonne et de Menil-Montant, d'où ses regards embrassent tous les mouvements des deux armées; et les Parisiens, craignant également et royalistes et confédérés, ferment leurs portes et se rangent aussi comme spectateurs sur leurs murailles.