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Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 6/8)

Note 207 — QUARTIER SAINT BENOIT. (continued 2)

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Ainsi commença ce fameux combat du faubourg Saint-Antoine, où, sur un espace très-resserré et avec un très-petit nombre de troupes, les deux généraux firent des prodiges d'habileté et de valeur, qui ajoutèrent encore un nouvel éclat à leur haute renommée. Condé surtout, attaqué par des forces supérieures dans une circonstance qui sembloit devoir être décisive, exalté par le péril extrême qu'il couroit, se surpassa lui-même, parut être au-dessus d'un mortel. Suivi d'un gros de gentilshommes et du régiment de l'Altesse, on le voyoit se porter dans tous les postes avec la rapidité de l'éclair, rétablir le combat, ramener la victoire. À chaque instant les barricades sont forcées, et, dès qu'il paroît, regagnées. Turenne lui-même, déjà parvenu jusqu'à l'abbaye Saint-Antoine, perd, à son aspect, tout le terrein dont il s'est emparé, et sa valeur tranquille est forcée de céder à ce bouillant courage. Des flots de sang coulent des deux côtés; mais les pertes de l'armée royale sont à l'instant réparées, et celles de Condé l'épuisent de moment en moment davantage. Ses plus braves officiers sont tués à ses côtés; l'ennemi étant parvenu à se loger dans les maisons qui bordent l'entrée du faubourg, ce n'est plus qu'au milieu d'un feu croisé et au travers d'une grêle de balles qu'il est possible d'arriver jusqu'aux barricades: les soldats refusent de braver une mort qui semble inévitable; leurs chefs qu'ils abandonnent s'y précipitent seuls, et sous ce feu meurtrier disputent à des bataillons entiers ces foibles retranchements[207]. C'est alors que la situation de l'armée confédérée devient à chaque instant plus critique. Gaston, tour à tour agité par la crainte et par la jalousie, n'ose sortir du Luxembourg ni prendre un parti; Retz, qui craint plus encore une victoire de Condé que sa défaite, reste tranquille à l'archevêché. C'est en vain que quelques amis du prince réunis autour du duc essaient de l'ébranler, il paroît inflexible. Cependant le danger étoit à son comble: sur tous les points où Condé ne paroissoit pas, ses troupes étoient repoussées, enfoncées; cet escadron redoutable qui l'avoit accompagné partout, qui avoit fait avec lui tant de prodiges de valeur, étoit presque entièrement détruit; le soldat, épuisé de fatigue, tomboit dans le découragement et molissoit dans sa résistance; les rues étoient encombrées de cadavres. Cependant les guichets de la porte Saint-Antoine ne s'ouvroient que pour laisser entrer les blessés; tout sembloit perdu, et la lassitude que cette résistance opiniâtre avoit aussi causée à l'ennemi retardoit seule de quelques instants cette perte assurée. Mademoiselle, dont la tête romanesque se monte à la vue des dangers que court un héros; que l'ambition et la vanité animent peut-être autant que cette noble pitié, vole au Luxembourg, se jette aux pieds de son père, emploie les larmes, les caresses, les plus ardentes supplications, parvient enfin à lui arracher l'ordre qui doit faire le salut du prince et de son armée, traverse Paris au milieu des flots d'un peuple que le spectacle déplorable de tant de morts et de mourants[208] commençoit à soulever, voit dans la Bastille même Condé qui paroît devant elle dans un affreux désordre et livré au plus grand désespoir, lui montre son ordre et fait à l'instant même ouvrir les portes. Le héros, rassuré, va préparer sa retraite, et l'effectue avec autant de sang-froid qu'il avoit montré d'ardeur dans la bataille, au moment même où Turenne, renforcé par le corps du maréchal La Ferté, se préparoit à le tourner et à l'enfermer entre son armée et les murailles de la ville. Les troupes du prince passent au milieu de Paris, gagnent les faubourgs Saint-Marceau et Saint-Victor, et, s'étendant le long de la rivière des Gobelins, mettent la Seine entre elles et l'armée royale. Cependant l'arrière-garde, qui faisoit ferme encore sur la rive droite, est inquiétée par la cavalerie ennemie: alors Mademoiselle fait pointer sur elle le canon de la Bastille; ses décharges réitérées jettent le désordre dans cette cavalerie, la forcent à regagner la campagne, et les derniers débris de l'armée du prince doivent leur salut à cette action violente et audacieuse[209].

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