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Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour

DE CONSTANT. (continued 2)

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Avant de quitter cette ville, l'empereur rendit un décret qui y fut reçu avec un enthousiasme inexprimable, et ajouta encore au regret que le départ de Sa Majesté causait aux habitans de Venise. Le département de l'Adriatique, dont Venise était le chef-lieu, fut agrandi de toutes les côtes maritimes, depuis la ville d'Aquilée jusqu'à celle d'Adria. Le décret portait en outre que le port serait réparé, les canaux creusés et nettoyés, la grande muraille de Palestrina, dont j'ai parlé plus haut, et les jetées qui sont en avant continuées et entretenues; qu'il serait creusé un canal de communication entre l'arsenal de Venise et le passage de Mala-mocco; enfin que ce passage lui-même serait déblayé et rendu assez profond pour que les vaisseaux de ligne de soixante-quatorze pussent y entrer et en sortir.

D'autres articles concernaient les établissemens de bienfaisance, dont l'administration fut confiée à une espèce de conseil dit congrégation de charité, et la cession à la ville, par le domaine royal, de l'île de Saint-Christophe pour servir de cimetière général; car jusqu'alors avait prévalu à Venise, comme dans le reste de l'Italie, l'usage pernicieux d'enterrer les morts dans les églises. Enfin le décret ordonnait l'adoption d'un nouveau mode d'éclairage pour la belle place Saint-Marc, la construction de nouveaux quais, passages, etc.

Lorsque nous quittâmes Venise, l'empereur fut conduit au rivage par une masse de population aussi nombreuse au moins que celle qui l'avait accueilli à son arrivée. Trévise, Udine, Mantoue rivalisèrent d'empressement à recevoir dignement Sa Majesté. Le roi Joseph avait quitté l'empereur pour retourner à Naples; le prince Murat et le vice-roi accompagnaient Sa Majesté.

L'empereur ne s'arrêta que deux ou trois jours à Milan et continua sa route. En arrivant dans la plaine de Marengo, il y trouva les magistrats et la population d'Alexandrie qui l'y attendaient, et qui l'y reçurent à la clarté d'une multitude de flambeaux. Nous ne fîmes que passer par Turin. Le 30 décembre nous gravissions encore le mont Cénis, et le 1er janvier, au soir, nous étions arrivés aux Tuileries.

AVERTISSEMENT

DE L'ÉDITEUR

Le troisième volume des Mémoires de Constant a initié le lecteur aux délassemens et à la vie intérieure de Napoléon pendant la campagne de 1807. On y voit comment le grand-capitaine employait ses loisirs à Varsovie et à son quartier-général de Finkenstein; et certes l'intérêt ne manque pas à ce spectacle du vainqueur de Friedland conduisant à la fois ses plaisirs et ses travaux militaires, qui étaient sans doute aussi le plus vif de ses plaisirs. Toutefois M. Constant n'ayant pu avoir aucune prétention à raconter ces travaux, l'éditeur ne s'est point dissimulé ce qu'il y a, dans ce point de vue rétréci, d'incomplet, et par conséquent d'inexact.

Peindre César dameret n'est pas peindre César; c'est en exposer le côté faible et défectueux au jour le moins favorable. Ce n'est pas que, même en ne la considérant que de ce côté, la vie de Napoléon ne soit encore susceptible d'un vif intérêt; mais il y aurait peut-être à ne la montrer que sous cet aspect quelque chose comme de l'injustice.

L'éditeur espère s'être d'avance mis à l'abri de ce reproche par la publication des pièces inédites suivantes, qu'il prend lui seul sous sa responsabilité, comme étant, ainsi qu'on le peut croire, tout-à-fait étrangères à M. Constant. On ne trouvera ici que celles qui se rapportent à la campagne de 1807; l'éditeur en possède de non moins curieuses sur les campagnes des années ultérieures.

Tandis que dans le Nord Napoléon combattait les Russes en personne, le maréchal Marmont, alors général, commandait contre eux l'armée de Dalmatie, et, avec six mille Français, culbutait à Castel-Novo dix-sept mille Russes et Monténégrins. Le premier des documens suivans est un rapport fait au nom du général en chef de cette brave armée. Les autres sont des dépêches ou des ordres expédiés par l'empereur de son quartier-général à Finkenstein, avant, pendant et après la bataille de Friedland. Il suffit sans doute d'avoir dit en deux mots quelles sont ces pièces officielles; et l'éditeur n'insistera pas davantage sur l'intérêt qu'elles devront offrir, et aux militaires, et même à toutes les classes de lecteurs.

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