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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

NOTICE SUR MONTAIGNE, LES ESSAIS ET LES ILLUSTRATIONS DU PRÉSENT OUVRAGE. (continued 2)

Michaud translation

Une en 1611, où elle donne l’indication de la plupart des sources où Montaigne a pris ses citations.

Une en 1617, qui présente la traduction de toutes ces mêmes citations.

Enfin la magnifique édition in-folio de 1635, dédiée au cardinal de Richelieu, dont la libéralité avait aidé à la publication. Pour la première fois, figure au frontispice de l’ouvrage la devise de Montaigne: «Que sçais-je», avec la balance. La préface est celle de l’édition-mère, notablement augmentée et corrigée. Le texte présente parfois avec celui de l’édition de 1595 de légères différences; certains changements y ont été malencontreusement apportés, sur la demande expresse des imprimeurs, pour rajeunir le style et rendre l’ouvrage plus facile à lire.

Depuis, les éditions des Essais n’ont cessé de se succéder. Le docteur Payen, mort en 1870, qui s’était adonné avec passion à Montaigne et à tout ce qui s’y rattache, en possédait cent trente-six, dont une vingtaine en langue allemande, anglaise, hollandaise et italienne, et sa collection, aujourd’hui propriété de la Bibliothèque nationale, n’était pas complète; leur nombre s’accroît chaque jour.

Parmi elles, nous citerons:

Deux éditions données de 1724 à 1725 et enrichies de notes nombreuses par Pierre Coste qui, lui aussi, a pris pour base l’édition de 1595, mais en en rajeunissant l’orthographe.

Une édition de Naigeon, également annotée par lui, stéréotypée par Firmin-Didot, portant la date de 1802 et imparfaitement établie d’après le manuscrit de Bordeaux, et en outre en en altérant l’orthographe.

Une édition de 1820, d’Amaury Duval; en tête de chaque chapitre se trouvent des sommaires détaillés, permettant d’en embrasser l’ensemble et de se retrouver dans ce dédale d’idées qu’est l’ouvrage; le texte est celui de 1595, mais l’orthographe est de convention.

Une de 1826, de J.-V. Leclerc, dans les mêmes conditions que la précédente.

Une de MM. Barckhausen et Dezeimeris (1873), donnant le texte original de l’édition première de 1580, avec les variantes de celles de 1582 et 1587.

Une de MM. Courbet et Royer (1872 à 1900), réédition de celle de 1595, remarquable par son exactitude et son exécution typographique, suivie d’une notice des plus complètes sur Montaigne, et d’un relevé des variantes des éditions de 1580, 1582, 1587, 1588 et du manuscrit de Bordeaux.

Une de MM. Motheau et Jouaust (1873-80), très soignée, éditée d’après l’édition de 1588 et donnant en notes toutes les variantes de celle de 1595 en respectant scrupuleusement l’orthographe de l’une et de l’autre.

Une dite «Edition municipale de Bordeaux», en cours de publication aux frais de cette ville qui en a confié l’exécution à M. Strozzi. Elle a pour base le texte de 1588, que suit celui de 1580, et en second lieu les additions et même les ratures manuscrites de l’exemplaire de Bordeaux, le tout imprimé avec des différences typographiques qui ne permettent aucune confusion.

A l’étranger, une de 1897, à laquelle un grand soin a été apporté; publiée à Londres, elle est une réédition d’une autre de 1603, la première en langue étrangère.

Celle-ci enfin, qui porte, en regard du texte de 1595, sa traduction en langage de nos jours, et dans un volume à part tous les renseignements propres à lui permettre, ainsi que son titre l’indique, de se suffire à elle-même.—Puisse le lecteur la lire avec le même intérêt que nous avons éprouvé à la composer et chacun réaliser le souhait qu’au début de ce siècle, Delille formait en parlant de Montaigne, dont en ces quelques vers il appréciait fort judicieusement l’œuvre:

Riche du fonds d’autrui, riche aussi par son fonds, Fidèle à son caprice, infidèle à ses titres, Il sait parler au sage et causer en ami. Heureux ou malheureux, en ville, à la campagne, Que son livre charmant partout vous accompagne.

PASSAGES DES ESSAIS OU IL EST PLUS PARTICULIÈREMENT QUESTION DE MONTAIGNE ET DES SIENS[12].

Dans chaque groupe de deux nombres, le premier indique le volume, le second la page.

Les aïeux de Montaigne.—Noms patronymiques de Montaigne, II, 456.—Éloge de ses aïeux, II, 96.—Son affection pour eux, II, 522.—Leur longévité, III, 34.

Le père de Montaigne.—Portrait de Pierre Eyquem, père de Montaigne, quelques particularités de sa vie, I, 620.—Ses soins pour les affaires de la ville de Bordeaux pendant qu’il en fut maire, III, 488.—Il aimait à bâtir, III, 380.—Un de ses projets, I, 388.—Il tenait un journal des faits intéressant sa famille, I, 390.—Soins qu’il prit pour l’éducation de son fils, I, 282; III, 670.—Ses dispositions à l’égard des savants, II, 110.—Il demande à son fils de faire pour lui la traduction de la «Théologie naturelle» de Raymond Sebonde, II, 112.

MONTAIGNE.

Jeunesse de Montaigne.—Observation sur la durée de la grossesse de sa mère, II, 330.—Temps précis de sa naissance, I, 110.—Tenu sur les fonts baptismaux par des personnes de la plus basse extraction, III, 670.—Montaigne en nourrice, III, 670.—Dressé dès le plus bas âge à la plus commune façon de vivre, III, 670.—Précaution avec laquelle on l’éveillait dans son enfance, I, 282.—Douceur avec laquelle il a été élevé, II, 26.—Comment il apprit le latin, I, 280;—le grec, I, 282.—Collège où il fit ses études et fruit qu’il en retira, I, 284.—Sa paresse était telle, qu’elle résistait même à l’attrait du jeu, I, 282.—Comment il prit goût à la lecture dès l’âge de huit ans, I, 284.—Ne lut jamais de romans, I, 284.—Vers douze ans, jouait au collège les premiers rôles dans des tragédies latines, I, 286.—Souvenir d’un soulèvement populaire à Bordeaux, I, 198.—Bien qu’il eût un jugement sain et des idées au-dessus de son âge, ses facultés intellectuelles ne se sont développées que lentement, I, 282.

Montaigne à âge d’homme.—Son portrait au physique et au moral, II, 482.—Effet de l’âge sur lui après trente ans, I, 598.—Ses armoiries, I, 514.—Sa devise, II, 276.—Montaigne combattant un effet d’imagination, I, 138.—Son mépris pour le jeu d’échecs, I, 552.—Son jurement ordinaire, III, 246.—Montaigne chevalier de l’ordre de S.-Michel, II, 370.—Mort de son frère le capitaine S.-Martin, I, 114.—Histoire d’un accident qui lui causa un long évanouissement, I, 668.—Duel de son frère le Sr de Mattecoulom, II, 574.—Il obtient le titre de bourgeois de la ville de Rome, III, 280.—Il est élu maire de Bordeaux, III, 488, 518.—A quelles extrémités il fut réduit par la peste qui le chassa de chez lui, III, 566.—Personnages de son temps qu’il tient le plus en estime, II, 518.—Éloge de Mlle de Gournay, II, 518.—Son souhait pour ses vieux jours, III, 390.—Ses dispositions morales dans sa vieillesse, II, 180.—Usages auxquels il se trouvait asservi à cette époque de sa vie, III, 636.—Dans sa demeure, il a donné l’hospitalité à des rois, III, 458.—Particularité de l’une des tours de son manoir, I, 156.

Ses qualités physiques.—Il était de forte constitution, mais nonchalant et peu dégourdi, II, 482; III, 662.—Il a ressenti jusque dans la vieillesse les effets de cette bonne constitution, III, 664.—Excellence de sa vue; comment il la ménageait quand elle a commencé à être fatiguée, III, 680.—Geste qui lui était propre et qui pouvait passer pour la marque d’une sotte fierté, II, 466.—Sa disposition particulière à sentir les odeurs et à s’en imprégner, I, 574.—Son goût pour l’équitation et son endurance à cheval, I, 532; II, 550; III, 430.—Ses sentiments se reflètent sur son visage, III, 664.—Son air naïf a été d’un grand secours dans deux circonstances très importantes, III, 592.—La sincérité de ses intentions qui paraît dans ses yeux et dans sa voix empêche qu’on ne prenne en mauvaise part la liberté de ses discours, III, 596.—Effet sur lui du bruit imprévu d’une arquebusade, I, 82.

Ses qualités morales et intellectuelles.—Sa disposition naturelle à la pudeur, I, 34.—Son peu de mémoire, I, 58; II, 496, 498, 500; III, 406, 408.—Il s’en défiait, lors même qu’il avait appris un discours par cœur, III, 410.—Son horreur naturelle pour les vices, II, 96.—Son aversion pour le mensonge, I, 64;—pour toute espèce de tromperie, même au jeu, I, 158.—Son sentiment sur l’ivrognerie, I, 618.—Son éloignement pour la curiosité, I, 656.—Son aversion pour le larcin, II, 24.—Son aversion particulière pour la cruauté, II, 98.—Son humanité à l’égard des bêtes, II, 104.—Il haïssait la dissimulation, II, 492.—En quoi consistait la vertu de Montaigne, II, 94.—En quoi consistait ce qu’il avait de bon, II, 98.—Inconstance et diversité de ses dispositions morales et intellectuelles, I, 348.—Il a l’esprit primesautier; ce qu’il ne comprend pas d’abord, il le comprend encore moins en s’y obstinant, II, 64.—Il était naturellement irrésolu, II, 348, 504, 506.—Délibérer l’importune, II, 488.—Ses dispositions à la paresse, II, 484.—Son incapacité à soutenir un travail pénible, à parler ou composer à volonté, I, 70.—Il était peu fait aux mœurs de son siècle, II, 490.—Était dégoûté de l’ambition par l’incertitude qui l’accompagne, II, 488.—Son stoïcisme dans la plupart des circonstances qui causent ordinairement une grande affliction, I, 462.—Il aimait à louer le mérite dans ses amis et même dans ses ennemis, II, 514.

Son caractère.—Son caractère dans ses premières années, I, 282.—Conformité de son caractère, dans l’âge mûr, avec celui qu’il annonçait dans ses premiers ans, II, 486.—Application du caractère de Persée, roi de Macédoine, à l’homme en général et à lui-même en particulier, III, 624.—Il est naturellement porté à la commisération, I, 18.—Son éloignement pour la tristesse, I, 22.—Son penchant pour la nonchalance, II, 486.—Son peu de goût pour la vie de gentilhomme campagnard, II, 502; III, 388.—Il aime à vivre dans la médiocrité, III, 322.—Aurait préféré une vie tranquille à celle si belle d’un Régulus, III, 324.—Il aime à se recueillir, II, 512.—Il produisait ordinairement ses plus profondes pensées à l’improviste, III, 248.—Se délivrait d’une passion par une autre passion, III, 170.—Peu accessible toutefois aux passions violentes, II, 351.—Sa sympathie va surtout aux faibles, III, 670.—Sa loyauté dans les petites choses, I, 158.—Il ne peut même pas souffrir qu’on se trompe sur son compte, III, 82.—Se tenait comme absolument obligé par les engagements de probité et les promesses, III, 416.—Caractère de son courroux dans les grandes et les petites affaires, II, 618.—Il a toujours été chatouilleux et sensible aux offenses, mais il le devient encore davantage en vieillissant, III, 184.—Ses conseils à sa famille pour le cas où il se met en colère, II, 616.—Il ne présume les vices qu’après les avoir vus, III, 390.—Son peu de goût pour les grandeurs, III, 324.—Sa franchise, II, 492.—Était naturellement ouvert et libre avec les grands, II, 496.—Dans les affaires, il s’offre toujours par ses opinions les plus vives et par la forme la plus sienne, II, 82.—Il aimait par-dessus tout l’indépendance, III, 418.—N’aimait ni à maîtriser, ni à être maîtrisé, III, 324.—Sa passion pour la liberté, III, 614.—Pourquoi il s’opposait aux affections qui l’attachaient à autre chose qu’à lui-même, III, 484.—Avait soin de ne pas devenir esclave de ses affections, III, 504.—Était ennemi de toute obligation et contrainte, II, 498.—L’était au point qu’il comptait comme un gain d’être dégagé de son attachement à certaines personnes par leur ingratitude, III, 418.—Limites dans lesquelles il est prêt à se sacrifier, III, 84.—N’aime à solliciter, ni à contracter d’engagement ni pour lui-même, ni pour autrui, III, 422.—II hait la pauvreté à l’égal de la douleur, III, 392.—Préfère donner que recevoir, III, 422.—Il osait dire ce qu’il osait faire, III, 186.—Il était fort porté à imiter, III, 246.—Influence sur lui de l’imagination, I, 132; III, 684.—Son éloignement pour toute espèce de nouveauté surtout en politique, I, 178.—Il jugeait mieux de lui-même par ses propres réflexions sur sa conduite, que par les reproches ou les louanges de ses amis, III, 114.—Prenait son jugement pour direction ordinaire de ses actions, III, 124.—Il ne partage pas cette erreur commune de juger d’un autre d’après soi, I, 398.—Se servait rarement des avis d’autrui et en donnait rarement aux autres, III, 128.—Ne se repentait jamais de la manière dont il avait conduit ses affaires, III, 124.—Pourquoi il ne s’affligeait pas lorsque les événements ne répondaient pas à ses désirs, III, 130.—Il était plus sage et plus modéré dans la prospérité que dans l’adversité, III, 380.—Beaucoup de choses sont des sujets d’affliction pour les autres hommes, qui n’en sont pas pour lui, I, 462.—Pourquoi il étendait ses besoins au delà de ce que la nature exige nécessairement, III, 496.—Il était porté à ravaler le prix des choses qu’il possédait et à ne pas faire grand cas de lui-même, II, 468.

Ses mœurs.—Il s’étudiait lui-même plus qu’aucun autre sujet; ce qu’il apprenait par là, III, 618.—Cette étude le mettait, en outre, à même de juger passablement des autres, III, 622.—Ses discours s’accordaient avec ses mœurs, III, 698.—Il était moins réglé dans ses opinions que dans ses mœurs, II, 96.—Son antipathie pour la cérémonie, I, 84.—Comment dans la conduite de ses affaires et de ses propres actions, il évitait les inconvénients en les prévenant, III, 506.—A quel prix il s’est appliqué à éviter les procès, III, 510.—Il était ennemi des décisions trop hardies, III, 534.—Il s’opposait tout d’abord au progrès de ses passions, III, 504.—Il aimait une sagesse douce et gaie et fuyait l’âpreté des mœurs, III, 186.—Il appréciait à leur valeur les voluptés naturelles, III, 684.—Il ne devait guère qu’au hasard de sa complexion ce qu’il a pu montrer de sagesse; il ne se sent pas grand empire sur lui-même, II, 96.—C’est par cela qu’il a pu résister aux plus fortes impressions de la volupté, II, 98.—Il hait à peu près également une lourde oisiveté et un travail pénible, III, 276.—Dans quel rang il mettait les plaisirs purs de l’imagination et les plaisirs corporels, III, 686.—Son intention est de passer doucement et non laborieusement ce qui lui reste de vie, II, 62.—En somme, il l’aime et cherche à en tirer le meilleur parti, III, 696.

Son mariage.—Sa répugnance pour le mariage et sa conduite par rapport aux devoirs de cette union, III, 200.—Date de son mariage, II, 26.—Sa confiance en sa femme pour la conduite de sa maison, III, 432.—Il lui avait abandonné tout ce qui concernait l’éducation de leur fille, III, 208.—Exemple de sa circonspection à l’égard de cette éducation, III, 208.—Réforme qu’il a introduite dans sa famille, II, 32.—II ne souffrait pas volontiers près de lui les enfants nouveau-nés, II, 22.—Comment il a supporté la perte de ses enfants en bas âge, I, 462.—Ne comptait pas pour un malheur de n’avoir point d’enfants qui pussent porter son nom, III, 478.

Montaigne et La Boétie.—Sa liaison avec La Boétie, I, 296.—Comment, dès leur première rencontre, ils s’aimèrent de la plus parfaite amitié, I, 298, 300, 306, 310.—Regrets de Montaigne sur sa perte, I, 316.—Éloge qu’il en fait, I, 318.

Économie domestique.—Répugnance qu’éprouvait Montaigne à s’occuper de soins domestiques, I, 422; III, 382 et suiv.—Ne jouissant encore d’aucuns revenus, il dépensait sans compter, I, 466.—Il thésaurisait au début, quand il a commencé à être le maître de sa fortune, I, 468.—Ce n’est que plus tard qu’il s’est mis à dépenser en proportion de ce qu’il possédait, I, 472.—Ses dispositions et ses idées à l’égard de l’administration de sa maison, III, 392 et suiv.—Il était peu fait pour amasser, III, 394.—Trouvait commode, pour ses dépenses, de se fier à ses domestiques, quoi qu’il pût lui en coûter, III, 390.

Vie sociale.—Était trop délicat dans le commerce qu’on est obligé d’entretenir avec le commun des hommes, III, 138.—Passionné pour des amitiés exquises, il est peu propre aux amitiés communes, III, 140.—Il aime la société des honnêtes gens, III, 146.—Son sentiment sur les rangs et préséances, III, 444.—Sa manière d’être dans la conversation, III, 138.—Son goût pour la discussion, III, 334.—Souffrait sans peine la contradiction, III, 336.—N’aimait pas à être interrompu quand il parlait, III, 248.—Aimait à railler et à être raillé, mais il déteste les jeux de main, III, 366.—Hait la sottise chez ceux avec lesquels il cause; ne perd pas son temps à relever celles qu’on dit devant lui, III, 362.—Son peu de disposition pour la flatterie, II, 476, 496.—Mention de ses relations avec la cour, III, 82.—Quelle était la solitude qu’il désirait, III, 146.

Vie publique.—Montaigne se félicitait de ne rien devoir aux princes et de vivre dans l’indépendance, III, 420.—Les compositions que nécessite la vie publique l’en ont dégoûté, III, 466.—Il n’a jamais souhaité de postes fort élevés, III, 322.—Il fuyait les emplois publics, III, 464.—Son éloignement pour la magistrature, III, 90.—Sa règle de conduite dans les charges publiques, III, 492, 500, 524.—Élu maire de Bordeaux, il est obligé d’accepter cette charge; comment il s’en est acquitté; elle lui est continuée par seconde élection, III, 488.—Portrait qu’il fit de lui-même à Messieurs de Bordeaux, III, 488.—Attitude qu’il conseille à l’égard de troupes convoquées pour une revue dont on était en défiance, I, 200.—Jugement qu’on fit de la manière dont il s’était acquitté de sa mairie, III, 518.—Montaigne et le métier des armes, II, 450, 500; III, 638, 662.—Comment il entendait le rôle de négociateur, III, 82, 86.

Montaigne et les guerres civiles.—Ses sentiments à l’égard de son temps, I, 398.—Tranquillité de sa conscience durant les guerres civiles, II, 356.—Il n’embrassait aucun parti avec trop d’ardeur, III, 84.—Sa conduite vis-à-vis de personnes de différents partis, III, 86.—En épousant un parti, il n’épousait point les injustices et les entêtements ridicules de ce parti, III, 500.—Comment pendant longtemps, au début, il se trouva préservé, dans une maison sans défense, II, 438.—Les troubles s’aggravant, il a la douleur de n’être plus à l’abri du pillage que grâce à la protection d’autrui, III, 414.—En butte aux excès des deux partis, il finit par en pâtir considérablement, III, 554, 560.—En quoi, en cette occurrence, il faisait consister tout son bonheur, III, 132.—Mention de la mort de son page, I, 658.—Détails sur deux circonstances critiques dans lesquelles il s’est trouvé, III, 592.—Son opinion sur la meilleure forme de gouvernement et sur les révolutions, III, 398 et suiv.

Quelques-unes de ses idées sur certains points.—Son opinion sur la nature de Dieu, II, 250.—Sur la Patenôtre, II, 578.—Ses idées philosophiques, III, 698.—Seuls biens qu’il mette en ligne de compte, III, 72.—Il préfère l’estime présente à celle qui pourrait le suivre après sa mort, III, 72.—Il n’a pas l’ambition d’être jugé plus favorablement après sa mort, qu’il ne l’aura été de son vivant, III, 72.—Il regarde tous les hommes comme ses compatriotes, III, 428.—Son sentiment sur l’exil, III, 428.—Son opinion sur la science et ses dispositions à l’égard des savants, II, 110.—Ce qu’il jugeait de la langue française, III, 242.—Sur les miracles et les prodiges, III, 528.—Aveu de quelques idées superstitieuses de sa part, III, 334.—Son procédé pour consoler une personne affligée, III, 158.—Son remède contre le chagrin, III, 170.—Sa tendresse pour Paris, III, 428.—Son admiration pour la ville de Rome, III, 474.—Pourquoi il se défiait de l’habileté d’un homme qu’il voyait en situation élevée. III, 360.—Ses observations sur le mal de mer fondées sur sa propre expérience, III, 288.

Montaigne et les femmes.—De la douceur qu’il trouvait dans le commerce des femmes, III, 148.—Il voulait que ce commerce fût accompagné de sincérité, III, 150.—Son goût sur le chapitre de l’amour, III, 264.—Cette passion l’a beaucoup fait souffrir dans sa jeunesse, III, 148.—Il n’a jamais beaucoup fréquenté les femmes publiques, III, 152.—En amour, il préférait les grâces du corps à celles de l’esprit, III, 152.—Discrétion et bonne foi qu’il apportait dans ses amours, III, 272.—Croyait salutaire l’amour pris avec modération, III, 276.—Son opinion sur l’âge où l’amour est convenable, III, 282.

Montaigne, les livres et les lettres.—Ouvrage qui lui inspira le goût de la lecture et moyen par lequel on entretint ce goût en lui. I, 284.—Il se complaisait dans le commerce des livres, III, 154.—Ce qu’il dit de sa bibliothèque et de sa situation, III, 156.—Ce qu’il recherchait dans les livres, II, 62.—Effet de la lecture sur son esprit, III, 138:—Indication de ses auteurs de prédilection, I, 284; II, 64.—Pourquoi il préférait les anciens aux modernes, II, 64.—Son goût particulier pour l’histoire et la poésie, I, 228, 404; II, 76.—Sa méthode pour la lecture des historiens, I, 94.—Poètes latins qu’il mettait au premier rang, II, 66.—Modifications successives de son goût pour la poésie, I, 404.—Ce qu’il pensait d’Ovide à la fin de ses jours, II, 64.—Quel usage il faisait de Sénèque et de Plutarque, II, 70.—Comment il s’y prenait pour juger d’un ouvrage d’esprit que l’auteur soumettait à son appréciation, III, 666.—Aveu du peu de profondeur de ses connaissances en fait de sciences, II, 226.—Son ignorance des choses les plus vulgaires, II, 502.

Son langage, son style, etc.—Son langage, II, 476; I, 480.—Fort libre dans ses paroles, comment il excuse cette licence, II, 186.—Détails sur sa manière d’écrire et de parler, II, 474; III, 244.—Sur son style, I, 152, 278.—Son mode de travail, III, 22.—Son peu de succès dans la poésie, II, 472.—Son motif pour traduire la «Théologie naturelle» de Raymond Sebonde, II, 112.—Pourquoi, excepté Plutarque, il aime à se passer de livres en écrivant, III, 244.—Quand il composait, ne se faisait aider par personne, III, 244.—En Guyenne il acheta les imprimeurs, ailleurs ils l’achètent, III, 116.—Son genre pour le style épistolaire, III, 436.—Était ennemi des compliments outrés qu’on emploie dans les lettres, II, 438.—Peu propre à écrire des lettres de recommandation, II, 438.—Il écrivait ses lettres avec beaucoup de rapidité et de négligence, II, 438.—Celles qui lui coûtent le plus sont celles qui valent le moins, II, 440.—Il n’aime pas à se relire et ce n’est qu’à contre-cœur qu’il se corrige, III, 406.

Voyages.—Pourquoi il se plaisait à voyager, III, 380.—En voyage, il ne pense qu’à lui, III, 394.—Autres avantages qu’il y trouve, III, 430.—Raisons qui auraient pu l’en détourner, réponse qu’il y fait, III, 456.—Sa manière de voyager, III, 450 et suiv.—Sa manière de voyager à cheval, III, 430.—Il se prêtait sans peine aux différents usages et modes de chaque pays, III, 454.—Pratique à laquelle il s’était habitué en voyage, I, 92.—Aurait aimé un compagnon de voyage avec lequel il eût pu s’entretenir, III, 456.—Mésaventure qui lui est survenue dans un voyage à Paris, III, 596.—Autre aventure qui s’est produite dans un voyage qu’il faisait avec son frère le sieur de la Brousse, I, 658.—Mention d’un voyage à Orléans, I, 272.—A Rouen, I, 374.—A Vitry-le-François, I, 136.—A Bar-le-Duc, II, 504.—A la Fère, III, 174.—A Soissons, III, 174.—Aux stations thermales, III, 56.—En Allemagne, III, 630.—En Italie, I, 238; III, 474.—Impression que fit sur lui le Tasse devenu fou, II, 212.

Ses goûts, ses habitudes, ses dispositions naturelles.—Détails sur ses goûts, habitudes, etc., relatifs aux actions les plus communes de la vie, III, 484, 630, 660.—Ses songes étaient plus ridicules que tristes, III, 666.—Quand il était jeune, il aimait à se parer, III, 294.—Règles qu’il observait à l’égard de ses vêtements, I, 394; III, 678.—Sa démarche; il se tenait fort peu dans une même situation, III, 682.—Son habitude de porter une canne, II, 564.—Ses habitudes de table, I, 268, 548; III, 638, 642, 668, 672 et suiv.—Peu sensible au plaisir de boire, I, 622.—Jeûnait quelquefois et pourquoi, III, 676.—Sain ou malade, il suivait volontiers ses appétits naturels, III, 642.—Il était peu délicat à table, III, 668.—Ce qu’il jugeait des plaisirs de la table, III, 682.—Son goût a eu ses changements et ses révolutions, III, 676.—Il avait soin de se tenir le ventre libre, III, 640.—N’aimait pas à demeurer dans un air confiné, III, 680.—La chaleur l’incommodait plus que le froid, III, 680.—Ne pouvait souffrir ni coche, ni litière, ni bateau, III, 290.—Ses raisons pour renoncer aux jeux de hasard, III, 506.—Les odeurs les plus simples et les plus naturelles sont celles qui lui plaisent davantage, I, 574.

Montaigne et la maladie.—Sa bonne constitution, II, 482; III, 664.—Son peu de confiance dans la médecine, I, 192; II, 34; III, 648.—En quel état il serait, s’il venait à se livrer aux mains des médecins, II, 76.—Malade, il conservait la même manière de vivre que lorsqu’il se portait bien, III, 630.—Son esprit peu troublé par les maladies du corps, III, 666.—Pourquoi parler lui nuisait dans ses maladies, III, 644.—Sa santé sur ses vieux jours, III, 654.—Devenu sujet à la colique (gravelle), avec le temps il s’accommode avec ce mal, III, 24.—Quels avantages il retire de cette douloureuse maladie, II, 26; III, 650 et suiv.—Il pense la tenir de son père, II, 32.—Il arrive à se posséder assez bien dans ses accès, II, 30.—Tout bien considéré, il se console de ses infirmités, III, 660.—Eaux thermales dont il a fait usage, II, 58.

Montaigne et la mort.—Quels étaient ses préparatifs par rapport à la mort, III, 446.—L’idée de la mort est plus pénible en santé qu’en maladie, I, 122.—De quel genre de mort il s’accommoderait le mieux, III, 450.—Il lui est indifférent de mourir loin des siens, III, 438.—Voudrait être assisté d’un sage ami en sortant de ce monde, III, 440.—Son projet pour ses derniers moments, I, 56.—Son opinion sur les cérémonies des funérailles, I, 38.

Jugements de Montaigne sur lui-même.—Estime qu’il avait de lui-même, II, 470, 508.—Idée qu’il avait de la justesse de ses opinions, II, 510.—Par le fait même qu’il écrit sur lui-même, il est tenu de s’observer dans ses mœurs, III, 442.—Lui-même était le miracle le plus réel à ses yeux, III, 532.—En quelles sortes d’affaires il aurait pu être employé utilement, III, 518.—Il se serait cru propre à parler librement à son maître et à lui apprendre à se connaître lui-même, III, 624.

NOTES ayant trait à Montaigne et aux siens.

Nota.—L’indication N. I, 620, Italie, signifie qu’il y a lieu de se reporter aux notes (N) afférentes au premier volume (I), page 620; et, parmi elles, à celle ayant pour indice le mot Italie.

Le père de Montaigne.—Détails sur Pierre Eyquem, N. I, 620, Italie.—Oncles de Montaigne, N. III, 34, Quatre.—Frères et sœurs de Montaigne, N. III, 32, Mere.—Naissance de son dernier frère, N. I, 620, Miracles.—Parenté protestante de Montaigne, N. III, 560, Voysinage.—Pierre Eyquem maire de Bordeaux, N. III, 488, Appelé.—Mise de sa maison en état de défense, N. II, 438, Faitte.

Montaigne, sa jeunesse.—Prononciation de son nom, N. I, Titre, Montaigne.—Observation sur la durée de la grossesse de sa mère, N. II, 330, Moys.—Son prénom, N. III, 670, Attacher.—Lacune de son éducation, N. I, 280, Moy.—Son précepteur allemand, N. I, 280, Latine.—Ses frères et sœurs, N. I, 114, Frere.

Montaigne à âge d’homme.—Montaigne et son nom patronymique, N. III, 424, Nom.—Ses armoiries, N. I, 514, Face.—Sa devise, N. II, 276, «Que sçay-ie».—Montaigne élu maire, N. III, 488, Aussi.—Montaigne réélu, N. III,518, Charge.—Montaigne maire et Montaigne simple particulier, N. III, 500, Claire.—Henri de Navarre chez Montaigne, N. III, 458, Pompe.—Mlle de Gournay, N. II, 518, D’alliance.

Ses qualités morales et intellectuelles.—Son peu de mémoire, N. I, 58, Mienne.—Montaigne et le bon sens, N. II, 310, Inconstante; N. III, 366, L’asne.—Son humeur paresseuse, N. III, 396, Volonté.

Mœurs.—Procès relatif à sa succession, N. II, 44, Masculines.

Son mariage.—Date de son mariage, N. II, 26, Ans.—Sa retenue dans le mariage, N. I, 346, Simple.—Ses filles, N. I, 462, Fascherie.—Paix du ménage, N. III, 382, Cher.—Son nom s’est éteint avec lui, N. III, 478, Nom.

Montaigne, les livres et les lettres.—Ses livres, N. III, 156, Liures.—Montaigne comparé à Sénèque, N. II, 476, Seneque.—Montaigne qualifié de «sage ignorant», N. I, 232, Autruy.

Son langage, son style, etc.—Traduction de la «Théologie naturelle» de Sebond, N. II, 112, Mort.—Lettres de Montaigne, N. I, 436, Chose.—Son écriture, N. I, 438, Mal.—Il usait aussi de secrétaires, N. III, 156, Dicte.—Montaigne et son imagination, N. II, 478, Creu.

Économie domestique.—Son souhait de vivre en s’en remettant à un gendre de tout souci matériel, N. III, 390, Amy.—Ce qu’est devenu son patrimoine entre ses mains, N. I, 472, Folies; N. I, 472, Terres.

Vie sociale.—Montaigne et Charron, N. III, 444, Ioindre.—Séjours de Montaigne à la cour, N. III, 146, Vie.

Vie publique.—Montaigne et les différents chefs de parti, N. I, 152, Partis.—Il ne voulait s’inféoder à aucun d’eux, N. I, 246, Particulieres.—De parti pris, il repousse toute avance tendant à le faire rentrer dans la vie publique, N. II, 210, Viure.—Auprès de qui il a joué le rôle de négociateur, N. III, 80, Princes.—Quelle était sa profession, N. III, 408, Profession.

Montaigne et les guerres civiles.—Sur ce qu’il pensait de la moralité publique en son époque, N. I, 550, Nous.—Guerres de religion du temps de Montaigne, N. I, 668, Deuxiemes.—Pillage de sa maison, N. III, 414, Sac.—Montaigne à la Bastille, N. III, 614, Receu.

Quelques-unes de ses idées sur certains points.—Montaigne chrétien et moraliste, N. I, 590, Instruisants.—Le doute est de règle dans les controverses religieuses, N. II, 332, Reseruément.—Résumé de la morale de Montaigne, N. III, 546, Sequi; N. III, 704, Extrauagance.—Montaigne et le suicide, N. I, 628, Contestations.—Montaigne et la fatalité, N. III, 126, Regret.—Son influence sur nos lois, N. III, 610, Iustice.

Voyages.—Journal de voyage de Montaigne, N. I, 92, Voyages; N. III, 654, Passée.—Sur son titre de bourgeoisie romaine, N. III, 480, Bulle.

Montaigne et la maladie.—Maladie dont il est mort, N. III, 438, Gorge.

Montaigne et la mort.—Lui-même distribue à ses serviteurs les legs qu’il leur destine, N. III, 448, Iour.—Sa mort, N. I, 122, Mort.—Son tombeau, N. III, 438, Miens.

LES ILLUSTRATIONS DU PRÉSENT OUVRAGE.

Planche I (Ier volume).

Portrait de Montaigne.—Il existe soit en original, soit reproduits par la gravure, d’assez nombreux portraits de Montaigne plus ou moins authentiques, faits de son vivant, à différents âges.

Celui qui présente le plus d’authenticité et en même temps semble le mieux rendre sa physionomie telle qu’elle pouvait être et que nous nous la représentons à l’époque où il écrivait les Essais, aurait été peint en 1581, à Rome, pendant le voyage qu’il y fit (il avait donc alors 48 ans), par Palma Vecchio (le vieux), peintre italien (né en 1548 et mort en 1588). Ce portrait, alors que Montaigne était maire de Bordeaux, aurait été donné par lui en 1583 au musée de cette ville, où en 1640 il a été copié par Ribeira, dit l’Espagnolet, pour la famille qui le détient encore. L’original a disparu, sans qu’on sache ce qu’il est devenu, bien que certains prétendent qu’il n’est autre qu’un portrait qui se trouverait actuellement au château de Montaigne.

De ce tableau et de sa copie, il existe plusieurs gravures dont les plus anciennes remontent à 1772; la vignette en tête de notre premier volume est la reproduction de l’une d’elles exécutée en 1826 par Henriquet Dupont. Le ruban et la médaille qu’y porte Montaigne sont ceux de l’ordre de S.-Michel, dont les règlements imposaient à ses titulaires de ne jamais les quitter, fût-ce au péril de la vie; quand il se faisait peindre à Rome, Montaigne en était chevalier depuis une dizaine d’années.

Des diverses gravures le représentant, il en est une reproduisant son portrait par Thomas de Leu; nous la signalons parce qu’au-dessous se lit ce quatrain attribué à Malherbe:

«Voicy du grand Montaigne vne entiere figure, Le peinctre a peinct le corps et luymesme l’esprit; Le premier par son art egale la Nature, Le second la surpasse en tout ce qu’il escrit.»

Une autre de ces gravures porte ces vers de l’abbé Gacon:

«Ennemi de tout fanatisme, Après avoir réglé son esprit et ses mœurs, Par un aimable pyrrhonisme Il rendit ses écrits le charme des lecteurs.»

Les vers suivants en accompagnent une autre de 1837:

«Philosophe sublime en sa naïveté, Lorsque le fanatisme appelait l’ignorance, En enseignant le doute il illustra la France Et sut, dans son portrait, peindre l’humanité.»

Une édition des Essais de 1611, est la première qui soit ornée d’un portrait.

Armoiries.—«Ie porte d’azur semé de trefles d’or, à une pate de lyon de mesme, armée de gueules, mise en face» (liv. I, ch. 46, I, 514); ce qui, pour les profanes, se traduit de la sorte: Mon écusson est sur fond d’azur (bleu), semé de trèfles d’or (jaune); y figure une patte de lion de même couleur, armée de gueules (ayant les griffes rouges), mise en face (posée de face) et brochant sur le tout (allant d’un bord à l’autre de l’écusson); cette dernière indication n’est pas dans le texte, mais la disposition qu’elle marque existe.—Montaigne, à sa mort, n’ayant point d’héritier mâle, légua ses armes à Charron, l’auteur de la Sagesse, qui, en ses derniers ans, était devenu son ami et son disciple.

Signature.—Cette signature est le fac-similé de celle apposée sur une lettre adressée, le 21 mai 1582, par Montaigne aux jurats (sorte de conseillers municipaux) de Bordeaux, alors qu’il en était maire.

Il est à observer que l’n de son nom est supprimée, ce qui était assez fréquent dans la façon d’écrire de l’époque, quand dans la syllabe cette lettre était suivie d’une voyelle, ainsi qu’on peut voir sur la planche IV; elle se remplaçait alors par un trait sur la lettre précédente, trait qui dans sa signature se confondait avec la barre du t.

A la mort de son père, Montaigne devenu chef de famille a cessé, dans sa signature, de faire précéder son nom de son prénom, que ses frères, au contraire, continuèrent à apposer concurremment.

Prononciation du nom de Montaigne.—Se reporter à ce sujet à la note y afférente, I, 13, Montaigne.

Planche II (IIe volume).

Plan et perspective du manoir de Montaigne au XVIIIe siècle et croquis topographique des environs.—Le manoir ou maison noble de Montaigne, sa «maison» comme il l’appelle, ne mérite le nom de château qu’on lui donne la plupart du temps, que depuis sa réfection à peu près complète vers 1860, et sa reconstruction totale, la tour exceptée, 1887.

Il est situé à environ 4 kil. N. de la route de Bergerac à Libourne par Castillon et de la Dordogne que longe cette route, et est distant de 20 kil. E. de Bergerac à l’O. et de 8 kil. de Castillon à l’E. Cet immeuble fait partie du territoire de la commune de S.-Michel-Montagne, appelée aussi Saint-Michel-Bonnefare (agglomération d’environ 400 habitants dont il est éloigné de 5 à 600m); cette commune qui relève du canton de Vélines, arr. de Bergerac, dép. de la Dordogne, est limitrophe du département de la Gironde.

Le manoir est construit sur un mouvement de terrain d’à peu près 70m d’élévation, à pentes moyennes, au pied duquel coule la Lidoire, petit affluent de la Dordogne; en ce point, la vallée est assez large et, de l’habitation dans la direction de N.-O., la vue s’étend assez loin sur les plaines du Périgord et du Bordelais. Suivant une description de 1778, quoique habité, il était, à cette époque, dans un état de délabrement complet; du reste, il n’avait jamais dû présenter rien de grandiose, ne devait d’avoir résisté à l’action du temps que grâce à la solidité de ses murs et n’était intéressant que par le souvenir de Montaigne.

Il se composait d’une enceinte rectangulaire complètement fermée.

La face S.-O. N.-E. était flanquée de deux tours. Joignant celle du S. mais sur l’autre face y attenant, était la porte d’entrée, des plus simples, quoique garnie de mâchicoulis. Elle donnait accès dans une sorte de préau étroit servant de passage, qui contournait en partie la tour et d’où par une seconde porte on débouchait dans la cour qui était de forme à peu près carrée et avait cinquante pas environ de longueur sur à peu près autant de largeur; elle était plantée d’arbres sur son pourtour.

La maison d’habitation en occupait le côté faisant face aux deux tours; les trois autres l’étaient par les communs. La maison comprenait un rez-de-chaussée et deux étages; la distribution en était assez confuse et mal entendue. Derrière était une longue et large terrasse, présentant des ombrages et des parterres, d’où l’on avait une vue belle et étendue; une balustrade, rendue nécessaire par des soutènements assez abrupts, la clôturait du côté de la vallée.

La tour S. encore existante et sur laquelle nous reviendrons à propos des illustrations de la planche III, assez massive et un peu écrasée, comprend également un rez-de-chaussée et deux étages; elle est connue sous le nom de Tour de Montaigne. L’auteur des Essais y avait une chambre où il couchait parfois et sa bibliothèque. Un beffroi surmontait cette tour et abritait une cloche dont il est fait mention au ch. 22 du liv. I des Essais, page 156, elle sonnait l’Angelus et servait à appeler les tenanciers du fief les jours de fête et aussi en cas d’alarme. L’autre tour, moins grosse et un peu plus élevée, était dite tour de Trachère et il semble que c’est uniquement par opposition avec le nom de la première, et à tort, qu’on l’appelle parfois Tour de Madame; ni la femme, ni la mère de Montaigne ne l’ont occupée. De construction beaucoup plus récente que l’autre, vraisemblablement bâtie pour accroître la force défensive de la demeure, elle était déjà en ruines au commencement du siècle dernier, et, ne faisant plus que masquer le coup d’œil, elle a depuis complètement disparu.

Vendu à diverses reprises, ce manoir en était venu, faute d’entretien, à un tel état de délabrement, qu’il n’était plus guère habitable, quand en 1857 il fut entièrement restauré, mais en tenant compte du progrès en matière de confort; seule, la tour de Montaigne le fut en conservant sa distribution intérieure, toutefois le beffroi fut supprimé. En 1885, ruiné de fond en comble par un incendie, il fut réédifié peu après, mais cette fois sans s’astreindre à respecter aussi passivement le plan primitif, dont on s’écarta aussi bien pour les détails extérieurs que dans l’aménagement; c’est devenu une très belle habitation, luxueuse à l’intérieur, justifiant aujourd’hui le nom de château qu’on lui avait donné prématurément. Par contre, de la maison de Montaigne il ne reste plus que l’emplacement et la tour, que le feu avait encore épargnée grâce à sa situation à l’écart et à l’épaisseur de ses murs; sauf le beffroi, elle garde sa physionomie d’antan.

On peut remarquer que le croquis topographique (copie de la Carte de l’Etat-Major) porte S.-Michel-Montagne, conformément à la prononciation locale que pour un centre d’habitations il y aurait en effet inconvénient à altérer sur une carte; tandis qu’il y est écrit Château de Montaigne d’après les errements anciens existant encore; la prononciation n’en est pas moins la même, dans le pays, pour l’un comme pour l’autre.

Planche III (IIIe volume).

Tour de Montaigne.—Cette tour, dont il a été indiqué, à propos de la planche II, la situation par rapport au reste du manoir, semble, par ses assises, dater du XIIIe siècle; elle a 10m de diamètre, 13m de haut; au ras du sol ses murs sont épais de près d’un mètre cinquante.

Elle comprend, a-t-il été dit, un rez-de-chaussée et deux étages, auxquels on accède par un escalier en colimaçon aménagé dans une tourelle latérale. En outre, un appentis, surmontant la porte d’entrée et son porche intérieur, la joint et faisant corps avec elle communique à chaque étage qui se trouve ainsi accru chacun d’une pièce de dégagement mesurant 3m50 sur 3m.

Le rez-de-chaussée est aménagé en chapelle. A l’extérieur, au-dessus de la porte y donnant accès, sont sculptées les armes de Montaigne, qui se retrouvent là un peu partout; l’intérieur est de forme carrée, aux angles arrondis; le plafond, de 3m d’élévation, est voûté; la pièce, assez obscure, ne reçoit de jour que par la porte et deux soupiraux; l’autel est placé dans une niche éclairée par la partie supérieure.

Au premier étage, se trouve une chambre à coucher carrée de sept mètres de côté. Il y a une cheminée et deux fenêtres assez étroites auxquelles on parvient par quatre marches pratiquées dans l’épaisseur des murs. Une ouverture, ménagée dans le carrelage du sol, permet d’avoir vue sur l’autel de la chapelle et de suivre ce qui s’y passe. La pièce de l’appentis attenante à la chambre forme débarras.

Quarante-six marches conduisent du pied de la tour au deuxième étage où était la bibliothèque de Montaigne, dont il donne si complaisamment la description au ch. 14 du liv. III des Essais (IIIe vol., page 156). Cette bibliothèque est de forme circulaire, de 8m50 de diamètre; il y a trois fenêtres et pas de cheminée; le plafond a 3m d’élévation; ses poutres et solives font saillies et sont couvertes d’inscriptions latines et grecques tracées au pinceau, nous en donnons ci-après la traduction. La pièce contiguë de l’appentis possède une cheminée, sa fenêtre permet de voir tout ce qui se passe à l’intérieur du manoir. C’était le cabinet de travail et le lieu de repos de Montaigne; il s’était plu à l’ornementer. On y retrouve des vestiges de peintures murales parmi lesquelles on distingue encore: Les amours de Mars et de Vénus, Cimon allaité par sa fille, etc.; c’est là enfin qu’était l’inscription latine dont la traduction suit, consacrant ce local aux Muses, annonçant la détermination du maître du logis de renoncer aux tracas de la vie publique et fixant la date à laquelle il a commencé à écrire: «L’an du Christ 1571, à l’âge de 38 ans, la veille des calendes de Mars, anniversaire de sa naissance, Michel de Montaigne, ennuyé déjà depuis longtemps de l’esclavage de la cour et des charges publiques, alors qu’il se sentait encore dispos, est venu ici pour s’isoler et s’y reposer sur le sein des doctes vierges, dans le calme et la sécurité; il y passera les jours qui lui restent à vivre. Espérant que le destin lui permettra de parfaire cet asile, cette douce retraite qu’il doit à ses ancêtres, il la consacre à sa liberté, à sa tranquillité et à ses loisirs.»

Voir sur le contenu de cette bibliothèque les notes: III, 156, Liures; II, 82, Lisant.

Inscriptions de la bibliothèque de Montaigne.—C’est aussi Montaigne qui a fait peindre les sentences qui se lisent sur les poutres et solives du plafond de la bibliothèque; on peut donc les considérer comme reflétant, mieux que tout, ses dispositions d’esprit; au moins à cette époque, où il fit aménager ce local; c’est à ce titre que nous en donnons le relevé fait en 1861 par MM. Galy et Lapierre, traduites par eux et consignées dans l’opuscule intitulé «Montaigne chez lui».

Ces sentences étaient au nombre de 56; quatre n’ont pu être déchiffrées. Le plus grand nombre est tiré de l’Ecclésiaste, des Epîtres de S. Paul, de Stobée et de Sextus Empiricus; elles dénotent bien dans leur ensemble le scepticisme dont Montaigne était imbu. La plupart sont insérées, soit textuellement, soit en substance, dans les Essais, notamment dans l’Apologie de Sebond: celles pour lesquelles il en est ainsi, sont signalées ci-dessous par une astérisque; celles en grec sont marquées de l’indication I. G., les autres sont en latin.

—* Pour l’homme l’extrême science, c’est d’approuver les choses telles qu’elles sont; et, quant au reste, de l’envisager avec confiance (d’après l’Ecclésiaste).

—* La curiosité de connaître les choses a été donnée aux hommes pour fléau, dit la Sainte Écriture (d’après l’Ecclésiaste).

—Le souffle enfle les outres vides, l’opinion enfle les cerveaux creux des hommes (I. G., Stobée, attribué à Socrate).

—* Tout ce qui est sous le ciel, court loi et fortune pareilles.

—* Pas plus ceci que cela; pourquoi ceci plutôt que cela? (Sextus Empiricus).

—Dieu a mis en nous l’idée des œuvres grandes ou petites qu’il a multipliées sur la terre.

—* Je vois en effet que tous, en cette vie, ne sommes que des simulacres ou des ombres légères (I. G., Stobée).

—O faible esprit humain! ô cœurs aveugles! dans quelles ténèbres, parmi quels dangers vous usez, en tous temps, votre existence! (Lucrèce).

—Celui qui compte sur son élévation, sera renversé par le premier accident venu (I. G., Stobée).

—* Tout, et le ciel et la terre et les eaux, ne sont rien auprès de l’immensité de l’univers (Lucrèce).

—* Avez-vous vu un homme qui se croit sage? Espérez mieux de celui auquel la raison fait défaut (Proverbes de Salomon).

—Par ce fait que tu ignores comment l’âme est unie au corps, tu ne connais pas l’œuvre de Dieu (d’après l’Ecclésiaste).

—Cela se peut et aussi ne se peut pas (I. G., Sextus Empiricus).

—* Le beau, digne d’admiration (I. G., d’après Platon).

—* Homme, vase fragile (I. G.).

—Ne soyez point sages à vos propres yeux (St Paul aux Romains).

—* La superstition suit l’orgueil et lui obéit comme à son père (I. G., Stobée, attribué à Socrate).

—* C’est à elle seule (la Majesté divine) qu’appartient la science et la sagesse (I. G., Hérodote).

—Ni désirer, ni craindre son dernier jour (Martial).

—Homme, tu ne sais pas si ceci te convient plutôt que cela, ou si les deux ne te sont pas nécessaires (d’après l’Ecclésiaste).

—* Je suis homme et crois être soumis à toutes les conditions de ma nature humaine (Térence).

—* Ne soyez pas plus sage qu’il n’est nécessaire, de peur que vous n’en deveniez stupide (Ecclésiaste).

—* L’homme qui croit savoir, ne sait ce que c’est que savoir (St Paul aux Corinthiens).

—* Celui qui pense être quelque chose n’est rien, et se leurre lui-même (St Paul aux Galates).

—* Ne soyez pas plus sage qu’il ne faut, soyez modéré dans votre sagesse (St Paul aux Romains).

—Nul homme n’a su, nul homme ne saura rien de certain (I. G., Xénophon).

—* La vie que nous vivons est-elle la vie, ou est-ce ce que nous appelons mort qui est la vie? (I. G., Stobée).

—Tout ce que l’homme voit est de trop grande difficulté pour qu’il puisse l’interpréter (I. G., d’après l’Ecclésiaste).

—* Il est très aisé de parler à tort et à travers, pour et contre (I. G., Iliade).

—Le genre humain est trop avide de fables (Lucrèce).

—Quelle inanité en toutes choses! (Perse).

—Partout vanité! (Ecclésiaste).

—* Garder mesure, ne pas dévier de sa voie, suivre nature (Lucain).

—* Bourbe et cendre, qu’as-tu à te glorifier? (Ecclésiaste).

—* Malheur à vous qui êtes sages à vos propres yeux! (Isaïe).

—* Jouis agréablement de ce que tu as, que t’importe le reste? (d’après l’Ecclésiaste).

—* Il n’y a pas de raison qui n’ait sa contraire (I. G., Sextus Empiricus).

—Notre esprit erre dans les ténèbres; privé de lumière, il ne peut apercevoir la vérité (Michel de l’Hospital).

—* Dieu a fait l’homme semblable à l’ombre; qui peut en juger quand le soleil n’est plus? (d’après l’Ecclésiaste.—Pline).

—* Il n’y a de certain que l’incertitude, et rien de plus misérable et de plus orgueilleux que l’homme (Pline).

—De toutes les œuvres de Dieu, rien n’est plus inconnu à l’homme que la trace du vent (d’après l’Ecclésiaste).

—Chacun s’occupe à sa manière des dieux et des hommes (I. G., Euripide).

—L’opinion que tu as de ton importance te perdra, parce que tu te crois quelque chose (I. G., Stobée).

—* Les hommes sont tourmentés par les opinions qu’ils ont des choses, non par les choses mêmes (I. G., Stobée).

—* L’homme élève sa pensée, mais il reste mortel (I. G., Stobée).

—A quoi bon charger son âme d’une ambition qu’elle ne saurait porter? (Horace).

—Les jugements de Dieu sont des abîmes profonds (Psalmiste).

—* Je n’établis rien (I. G., Sextus Empiricus).

—* Je ne comprends pas, je m’arrête, j’examine (I. G., Sextus Empiricus).

—* Je prends pour guide la coutume et les sens.

—Par le raisonnement alternatif.

—Je ne puis comprendre (I. G.).

Planche IV (IVe volume).

Fac-simile de la page 151 de l’exemplaire de Bordeaux, donnant la fin du ch. 5 du liv. II, pages 660, l. 37 à 664, l. 5 du 1er volume de la présente édition. Cette page se compose de deux éléments: l’un, typographique, est le texte de l’édition de 1588, dont le livre est un exemplaire; l’autre, manuscrit, est de la main même de Montaigne.

Ci la transcription de ces inscriptions manuscrites avec leur orthographe et leur ponctuation:

Premier renvoi figurant dans la marge de droite et prenant place après le mot asseurance: Maior animus et natura erat ac maiori fortunæ assuetus quam vt reus esse sciret et summittere se in humilitatem causam dicentium (citation de Tite-Live écrite puis rayée par l’auteur, elle n’a été reproduite dans aucune édition): il auoit le ceur trop gros de nature et acostume a trop haute fortune dit Tite Liue pour qu’il sceu estre criminel et se desmettre a la bassesse de deffandre son cause innocence (cette addition est la traduction de la citation raturée qui précède; elle figure dans l’édition de 1595).

Renvoi figurant dans la marge de gauche et prenant place après le mot verité: Et celuy qui les peut souffrir cache la verité et celuy qui ne les peut souffrir (addition introduite dans l’édition de 1595).

Première rature dans le texte: est appuie sur, substitué à vient de (variante qui n’a pas été insérée dans l’édition de 1595).

Deuxième renvoi figurant dans la marge de droite et prenant place après le mot douleurs: Etiam innocenter cogit mentiri dolor. Dou il auient que celluy que le iuge a faict geiner pour ne le faire mourir innocent il le face mourir et innocent et geiné (addition qui figure dans l’édition de 1595).

Deuxième rature dans le texte: confessions, substitué à accusations (variante qui figure dans l’édition de 1595).

Troisième rature dans le texte: loge, substitué à compte (variante qui figure dans l’édition de 1595).

Intercalation dans le texte, après le mot c’est, dict on (addition introduite dans l’édition de 1595).

Addition inscrite dans le bas de la page et faisant suite au mot inuenter. Bien inhumainement pourtant et bien inutilement a mon auis. Plusieurs nations moins barbares en cela que la grecque et la romaine qui les en apellent estiment horrible et cruel de tourmanter et desrompre un home de la faute du quel uous estes encores en doubte. Et que pour ne le tuer sans raison vous luy facies pis que le tuer. Information plus penible que le supplice. Que peut-il mais de uostre ignorance pour estre ainsi traicte. Estes vous pas iustes iniustes qui pour ne le tuer sans raison occasion luy faictes pis que le tuer. Qu’il soit ainsin; voies combien de fois il aime mieux mourir sans raison que de passer par cette information plus penible que le supplice: et qui souuent par son aspreté deuance le supplice et la comdemnation l’execute. Ie ne sçai dou ie tiens ce conte mais il raporte exactement la conscience de nostre iustice. Vne feme de village accusoit deuant un general d’armee grand iusticier un soldat pour auoir arrache a ses petits enfans ce peu de la bouillie qui luy restoit a les sustanter cette armee aiant rauage tous les villages a l’enuiron. De preuue il n’y en auoit point le iuge general apres auoir somme la feme de regarder bien a ce qu’elle disoit d’autant qu’elle seroit coupable de l’accusation si elle mantoit et elle persistant il fit ouurir le vantre au soldat pour s’esclaircir de la verite du faict. Et la feme se trouua auoir raison. Condemnation instructiue (addition introduite dans l’édition de 1595).

Remarquer la mutilation que, du fait du relieur, ont subie la plupart des mots terminant les lignes manuscrites de la marge de droite.

Fleurons divers.

QUE SÇAY IE? (I, verso du faux-titre).

C’est la devise de Montaigne (II, 276); elle répond bien au doute universel qui est le fond de sa philosophie et aux réflexions que lui suggéraient ses lectures habituelles. C’est la même pensée qui lui inspirait cette médaille qu’il faisait frapper à son nom, portant en exergue ἐπέχω «(je doute)» (N. II, 276, Que sçay-ie), qui, sous une autre forme, exprime la même idée laquelle, de fait, est celle de tout homme qui sans le secours de la foi, s’adressant uniquement à la raison, médite sur ces questions insolubles relatives à la divinité, à l’immortalité de l’âme, la vie future, etc.

FAY TON FAICT ET TE COGNOY (II, verso de la planche II).

C’est la règle de conduite des sages de l’antiquité et de toutes les époques: elle rentrait d’une façon absolue dans les idées de notre philosophe dont l’âme était foncièrement honnête et qui de plus s’étudiait constamment.

CACHE TA VIE (III, verso du faux-titre).

Il semble que cette sentence d’Épicure ou de quelqu’un des siens soit mal venue à être appliquée à l’auteur des Essais qui dit son «livre consubstantiel à son autheur» (II, 524), ajoutant que «sa fin principale et perfection c’est d’estre exactement mien» (III, 244); et cependant nul moins que lui n’a tenu ce qu’il promet. Il donne bien sur lui-même quelques détails physiques, cite quelques-uns de ses penchants, mais, sauf quelques mots sur son enfance et la mention de son élection à la mairie de Bordeaux, de son obtention de l’ordre de St-Michel et de la qualité de citoyen romain, il est absolument muet sur ses faits et gestes. En dehors de quelques allusions sur sa vie de famille, nous n’en connaissons rien, rien de ce qu’il a pu faire pendant qu’il était conseiller au parlement; il semble avoir été aux armées, rien ne nous révèle à quels moments et dans quelles conditions; les relations de ses contemporains le présentent comme ayant été employé à diverses reprises à des missions politiques, il n’en dit mot et là encore le doute subsiste. Pour savoir par quoi ont été marquées ses quatre années de mairie, sauf une circonstance, il faut avoir recours aux archives de l’époque; les seuls renseignements que l’on ait sur sa vie publique, sa vie intime et les siens, à part de rares détails bien insignifiants, c’est ailleurs que dans son livre qu’il faut les rechercher; et, pour quelqu’un qui répète en plusieurs endroits qu’il y est tout entier, il est difficile de dire moins de soi-même qu’il ne fait.

RIEN TROP (III, verso de la dernière page).

Cette maxime (citée I, 292) résume le livre et aussi la vie de Montaigne, telle qu’elle ressort de son aveu et de ce que nous en savons; il semble, de parti pris, ne s’être passionné pour rien, afin de s’assurer une existence tranquille autant que le permettaient, dans les temps troublés où il vivait, la lutte des partis et ses propres sympathies qui, avant tout, allaient à lui-même; aussi cette devise est-elle tout indiquée comme conclusion des Essais.

VIRES ACQUIRIT EUNDO (IV, verso de la planche IV).

«Plus il va, plus ses forces acquièrent de développement.» Est-il une épigraphe qui soit d’application plus exacte que celle-ci, inscrite par Montaigne en tête de l’exemplaire de Bordeaux et marquant les accroissements successifs de chaque édition des Essais, pour qualifier également le développement constant qu’à la suite de l’ouvrage lui-même, ont pris les dissertations, interprétations et notes de toute nature auxquelles il a donné lieu?

FASCICULE B

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