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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

NOTES (continued 13)

Michaud translation

23, Asclepiades.—Il préconisait les douches; le premier, il a pratiqué la bronchotomie dans le cas de l’angine.

24, Alcmæon.—A écrit sur la nature de l’âme et sur la médecine; admettait comme causes de toutes choses, certains principes fondamentaux, dont chacun avait son contraire.

27, Strato.—Straton; il passa une partie de sa vie en Égypte où il fut précepteur de Ptolémée Philadelphe. Il expliquait tout par la force productrice de la nature et les maladies par les entraves qu’on lui opposait.

28, Hippocrates.—Le père de la médecine, ainsi qu’on l’a surnommé.—Avait beaucoup voyagé; enseigna et pratiqua, surtout à Athènes. Se basait, pour traiter les malades, sur l’observation, plus que sur des hypothèses, comme on l’avait fait jusqu’à lui; usait de remèdes simples; le premier, divulgua les méthodes curatives jusqu’alors tenues secrètes; a beaucoup écrit, en relatant ses observations; n’a pas craint d’avouer ses erreurs. On a dit de lui qu’il avait refusé des propositions d’Artaxerxès, roi des Perses, qui, à prix d’or, voulait l’enlever à la Grèce et se l’attacher.

28, Amis.—Pline l’Ancien, Hist. nat., XXIX, 1, au commencement.

37, Peloponnesiaque.—Guerre du Péloponnèse; guerre mémorable de la Grèce ancienne, qui eut lieu de 431 à 401, entre Sparte et Athènes, et qui, après des alternatives de succès et de revers, se termina par la défaite de cette dernière.

38, Science.—Tous ces détails sur la médecine sont extraits de Pline, Hist. nat., XXIX, 1.

48,

7, Themison.—Restaurateur de l’école méthodiste, basée sur ce qu’il n’y a dans la nature que de la matière animée et que la diversité des corps provient de la diversité des atomes ou éléments qui les composent.

7, Musa.—Guérit Auguste d’une maladie dangereuse, ce qui lui valut d’être comblé d’honneurs par le prince et par le Sénat: sa statue fut placée dans le temple d’Esculape; et, à sa considération, les médecins furent exempts de toutes sortes d’impôts.—Musa était l’ami d’Horace et de Virgile; c’est lui, a-t-on dit, que ce dernier a célébré dans le livre XII de l’Énéide, sous le nom de Iapis.

9, Messalina.—Les éd. ant. aj.: femme de Claudius Cæsar.

23, Latineurs.—Gens qui s’expriment en latin.

25, Cueillons.—Les éd. ant. port.: nous ne sçaurions donner pris aux drogues que nous cognoissons: si elle ne nous est inconnue, si elle ne vient d’outre-mer, et ne nous est apportée de quelque lointaine region, elle n’a point de force; au lieu de: «la drogue... cueillons».

26, Gayac.—Arbre de la Jamaïque à bois très dur et résineux dont la décoction est un sudorifique; on le nomme aussi «bois saint».

26, Salseperille.—Salsepareille; plante d’Amérique, dont la racine est dépurative et sudorifique.

27, Esquine.—Bois d’esquine; racine d’un certain jonc des Indes, dont il est fait usage en médecine.

30, Mespriser.—Les éd. ant. aj.: et estimer vaines.

34, Paracelse.—Prétendait révolutionner la médecine; et après avoir joui d’une grande réputation, tomba dans le discrédit et mourut à l’hôpital.

34, Fiorauanti.—Mêlait à un peu de science beaucoup de charlatanisme, acquit une certaine notoriété.

35, Argenterius.—Se distingua par ses vives attaques contre Galien.

50,

2, More.—Ésope, dans sa fable l’Éthiopien.—Les Maures sont distincts des Berbers, des Arabes et des Nègres dont l’ensemble forme la majeure partie de la population de l’Afrique; ils semblent un croisement de ces deux dernières races, habitent de préférence les villes, sont vigoureux, basanés, fourbes et cruels, s’adonnent volontiers au brigandage, à la piraterie et à la traite des nègres.

22, Merueilleusement.—Met à une rude épreuve.

23, Repos.—Les éd. ant. à 88 aj.: et de ne troubler rien en son estat.

30, Affuster.—Ajuster, mener à bien; au propre, c’est appliquer une garniture de bois à quelque chose.

40, Faut.—S’il se méprend, s’il manque.

52,

14, Conseil.—L’éd. de 88 aj.: (car d’en voir plusieurs bien d’accord il est mal aisé: ilz haissent l’vni-son de la musique).

15, Suader.—Persuader, comme portent les éd. ant. Suader est le mot latin suadere qui a même signification.

22, Foye.—De nos jours, cela n’est plus exact: l’invention de Roentgen, autrement dit les rayons X réalisent dans une certaine mesure ce fait qui dépasse notre intelligence, bien que nous le reproduisions à volonté, de rendre translucides des corps opaques, notamment le corps humain, et de nous en révéler l’ossature et la présence de tout corps étranger.

24, Et qui.—L’éd. de 80 porte: desquels, ils disent, qu’il y en a aucuns qui, au lieu de: «et qui».

35, Diuerses.—Plus tard, Voltaire, exprimant la même idée, a dit de même: «Quelle bonne farce, d’introduire dans un corps que l’on connaît peu des médicaments que l’on ne connaît pas.»

54,

4, Officier.—Qui est pourvu d’un office, d’une charge. Ici d’un pharmacien ou, comme on disait alors, de l’apothicaire.

6, Pourpointiers.—Tailleurs qui ne faisaient que le pourpoint (ancien vêtement français qui couvrait le corps du cou à la ceinture); doit s’entendre de l’ensemble des vêtements du haut du corps.

6, Chaussetiers.—Ne faisaient que les hauts-de-chausses (culottes) et les bas.

13, Ægyptiens.—Hérodote, II, 84.

14, Descouper.—Diviser en parties complètement séparées; on dit actuellement créer des spécialités.—A cet égard, le vœu de Montaigne est aujourd’hui complètement réalisé; les spécialistes foisonnent, il y en a de toutes sortes. L’idée est bonne, sa réalisation l’est moins. Adressez-vous à l’un d’eux, à peine s’il vous examine, admet sans conteste que vous ne faites pas erreur, que votre cas relève bien de lui et, ne voyant que sa partie, de la meilleure foi du monde, quels que soient votre tempérament et vos antécédents qu’il ne recherche même pas, vous trace un traitement d’après une des formules qu’il a adoptées. Hors certains cas de chirurgie où incontestablement les spécialistes, en raison d’une pratique plus fréquente, ont plus de dextérité et sont à préférer, il n’y en a pas un seul, si grande soit sa réputation, qui vaille mieux qu’un médecin modeste et consciencieux auquel vous vous confiez d’habitude, qui vous voit fréquemment, qui vous porte affection, vous suit et de longue date connaît votre tempérament.—En somme, il est sage de n’avoir recours à un spécialiste que sur le conseil de son médecin ordinaire.

21, Amy.—La Boétie, mort de la dysenterie en 1563.

25, Dissentieuses.—Par ces drogues mêlées confusément et qui ont des qualités discordantes et contraires.

29, Graue.—Gravelle; maladie des reins et de la vessie donnant lieu à la production de concrétions calcaires semblables à de petits grains de sable.

29, Pierre.—Maladie dans laquelle les concrétions qui se produisent chez certaines personnes atteintes de gravelle, s’agglomèrent, ce qui rend leur expulsion beaucoup plus difficile et douloureuse.

56,

3, Expeller.—Chasser; du latin expellere, qui a même signification et dont le participe passé expulsus a fourni les dérivés «expulsé, expulsion».

8, Eau.—Uriner; expression gasconne qui s’est généralisée et s’emploie aujourd’hui assez couramment dans le langage familier.

19, Il est bon.—Le passage commençant par ces mots et se terminant pag. 60, lig. 14, par ceux-ci: «en cet art», était rédigé ainsi qu’il suit dans l’édition de 1580: Somme, ilz n’ont nul discours, qui ne soit capable de telles oppositions. Quant au iugement de l’operation des drogues, il est autant ou plus incertain. I’ay esté deux fois boyre des eaux chaudes de noz montaignes: et m’y suis rangé, par ce que c’est vne potion naturelle, simple, et non mixtionnée, qui au moins n’est point dangereuse, si elle est vaine: et qui de fortune s’est rencontrée n’estre aucunement ennemie de mon goust (il est vray que ie la prens selon mes regles, non selon celles des medecins) outre ce que le plaisir des visites de plusieurs parens et amis, que i’ay en chemin, et des compaignies qui s’y rendent, et de la beauté de l’assiete du pais, m’y attire. Ces eaux là ne font nul miracle sans doute, et tous les effectz estranges qu’on en rapporte ie ne les croy pas; car pendant que i’y ay esté, il s’est semé plusieurs telz bruits que i’ay decouuers faux m’en informant vn peu curieusement. Mais le monde se pipe aiseement de ce qu’il desire. Il ne leur faut oster aussi qu’elles n’esueillent l’appetit et ne facilitent la digestion, et ne nous prestent quelque nouuelle alegresse, si on n’y va du tout abatu de forces. Mais moy ie n’y ai esté ny ne suis deliberé d’y aler que sain et auecques plaisir. Or quant à ce que ie dis de la difficulté, qui se presente au iugement de l’operation, en voicy l’exemple. Je fus premierement à Aigues-caudes, de celles là ie n’en sentis nul effet, nulle purgation apparente: mais ie fuz vn an entier aprez en estre reuenu sans aucun ressentiment de colique, pour laquelle i’y estoy allé. Depuis ie fus à Banieres, celles cy me firent vuyder force sable, et me tindrent le ventre long temps apres fort lache. Mais elles ne me garantirent ma santé que deux mois: car apres cela i’ay esté tresmal traicté de mon mal. Ie demanderois sur ce tesmoignage, ausquelles mon medecin est d’auis que ie me fie le plus, ayant ces diuers argumentz et circonstances pour les vnes et pour les autres. Qu’on ne crie donc plus apres ceux, qui en céte incertitude se laissent gouuerner à leur appetit et au simple conseil de nature. Or ainsi, quand ils vous conseillent vne chose plus tost qu’vne autre, quand ils nous ordonnent les choses aperitiues, comme sont les eaux chaudes, ou qu’ils nous les deffendent: ils le font d’vne pareille incertitude, et remettent sans doubte à la mercy de la fortune l’euenement de leur conseil: n’estant en leur puissance ny de leur art de se respondre de la mesure des corps sableux, qui se couuent en noz reins: là où vne bien legiere differance de leur grandeur peut produire en l’effet de notre santé des conclusions contradictoires. Par cet exemple lon peut iuger de la forme de leurs discours. Mais pour les presser plus viuement, il ne fauldroit pas vn homme si ignorant comme ie suis de leur art.

31, Bastelant.—Faisant les bateleurs, se jouant et badinant.

58,

33, Della Villa.—Bains près de Lucques; on les nomme actuellement tout simplement i Bagni (les Bains).

60,

1, Prise.—C.-à-d. on retient les malades au lit dans l’établissement même où ils ont bu l’eau.

3, Corneter.—Corneter et ventouser sont synonymes; le premier est hors d’usage; dans quelques dictionnaires modernes, on trouve encore «cornet à ventouses».

4, Doccie.—Douches; jets d’eau chaude ou froide que l’on dirige sur le corps ou une de ses parties. Leur emploi, restreint au temps de Montaigne à l’état de traitement curatif, s’est généralisé, et est devenu en outre un de nos moyens courants d’hygiène et de propreté.

19, Effertur.—Ausone, Epig. 74, de qui sont ces vers, joue ici sur le mot effertur, efferre signifiant emporter et aussi porter en terre.—En fait de médecins du nom d’Alcon, on n’en connaît qu’un, dont Pline dit qu’il vivait à Rome du temps de Claude, et qu’ayant été exilé et ses biens s’élevant à dix millions de sesterces (2.100.000 Fr.) confisqués, il en gagna autant en peu d’années, après avoir été rappelé.

25, Caupene.—Ce baron de Caupène était petit-fils du maréchal de Montluc.

27, Benefice.—Charge ecclésiastique pourvue d’un revenu; les patrons étaient ceux qui avaient contribué, eux ou leurs ancêtres, à la fondation de l’église; ils présidaient aux cérémonies, présentaient un candidat à la nomination de l’évêque et percevaient quelquefois une partie des revenus du bénéfice. Celui dont il est question ici, était la cure de Lahontan, dont avait été titulaire un des oncles de Montaigne. V. N. III, 34: Quatre.

37, Destroit.—District, pays, se livrer à la mendicité.

43, Maistres.—Voir N. II, 478: Maistre Iean.

62,

2, Grand.—Ou monsieur, comme portent les éd. ant.

4, Comperes.—L’éd. de 80 port.: cousins.—Les bourgeois s’appelaient entre eux compères, comme les gentilshommes s’appelaient cousins.

12, Apostemes.—Abcès non ouverts; apostème et apostume se disent encore, quoique rarement; on le trouve chez La Fontaine, dans sa fable Le cheval et le loup:

«J’ai, dit la bête chevaline, Un apostume sous le pied.»

25, Raccourcies.—Ce membre de phrase: «leurs vies raccourcies de moitié», est de trop. On ne saurait nier que la médecine ne soit parvenue à force d’hygiène à prolonger la vie humaine dont certaines statistiques fixent, de nos jours, la durée moyenne, en France, à 46 ans, alors qu’il y a un siècle à peine, on la tenait moindre de près de 10 ans. De fait, les maladies engendrées ou aggravées par la misère et les logements insalubres, la malpropreté, la négligence dans les soins donnés aux enfants en bas âge, ont bien diminué; et aussi les épidémies, par suite des mesures prises dès leur apparition pour en arrêter le développement; enfin la vaccination a de plus en plus raison de nombre de maladies, et non des moindres, contre lesquelles la science était jadis impuissante. Mais à quel prix ce résultat est obtenu, Montaigne nous le dit, et cet affaiblissement qu’il accuse dans nos tempéraments est bien réel: notre vie est plus longue, mais plus souffreteuse; l’intensité de l’existence qui aujourd’hui se passe, pour le plus grand nombre, dans un état de préoccupations et souvent de surexcitations continues qui, jadis, n’était l’apanage que de quelques-uns; la sophistication des denrées alimentaires quelles qu’elles soient, la contamination presque générale de l’eau que nous buvons; l’alcoolisme qui va gagnant sans cesse, font que finalement, dès la jeunesse, nous sommes aux prises avec des maux d’estomac, d’intestins, avec des douleurs de toute nature qu’autrefois on ne connaissait guère que dans l’âge avancé, et témoignent d’une dégénérescence qui va augmentant de génération en génération.—Parmi ces infirmités devenues plus précoces et multipliées, la tuberculose, qui présentement en France emporte 350.000 personnes par an, tient le premier rang, tant par sa gravité que par la rapidité de son extension. Son développement excessif, depuis une cinquantaine d’années, tient à ce qu’elle est héréditaire, et que la sélection qui, il n’y a pas encore cent ans, s’opérait aux débuts de la vie et s’étendait à tout ce qui était venu au monde avec une organisation débile, se trouvant considérablement réduite par les progrès de l’hygiène, tous ceux qui n’ont échappé que grâce à ces conditions d’hygiène, vont procréant des êtres qui sont tout désignés pour être atteints à bref délai et propager à leur tour les germes morbides qu’ils ont reçus en naissant. On peut essayer de guérir les tuberculeux, on y parviendra peut-être pour nombre d’entre eux; mais tous les moyens curatifs existants ou à trouver: régime, sanatoria, sérums, ne seront que des palliatifs insuffisants contre le fléau; pour l’enrayer, il n’est qu’un remède d’efficacité absolue: il faut le prévenir, en tarir la source en interdisant le mariage, c’est-à-dire la propagation de leur mal, à ceux qui sont contaminés; et pour cela il suffit que la loi édicte qu’un bulletin de visite médicale, délivré à bon escient, soit joint aux pièces à produire à la mairie, par quiconque est en instance de mariage. Conçu en termes généraux, ce bulletin aurait, du même coup, pour effet de protéger les familles contre l’introduction subreptice dans leur foyer des syphilitiques et autres avariés qui, plus heureux que les tuberculeux, ont des chances de guérison; il ne serait qu’un renseignement qui leur permettrait de savoir à quoi s’en tenir, celles qui le jugeraient à propos ayant, à moins que l’expérience ne montre la nécessité d’un interdit formel, la faculté de passer outre; le remède n’est ni difficile, ni coûteux, ni gênant pour ceux qui sont indemnes, il suffit de vouloir.

40, Curieux.—Les éd. ant. à 88 aj.: et d’autres auec moy.

64,

5, Inusité.—Il s’agit ici de pelotes, de grosseur variable, pouvant atteindre cinq à six centimètres de diamètre, nommées par les savants «egagrophytes» et aussi «besourds d’Allemagne», composées de détritus de plantes, de poils de l’animal et de concrétions calcaires qui se forment assez fréquemment dans le premier et parfois dans le deuxième estomac des ruminants.

15, Petrifiante.—Les éd. ant. aj.: Et si cette beste est suiette à cette maladie, ie trouue qu’elle a esté mal choisie pour nous y seruir de medicaments.—En supprimant ce membre de phrase, Montaigne s’est bien inconsciemment épargné les démentis que l’avenir lui eût apportés, lorsque 150 ans plus tard la vaccine était découverte et que trois siècles après lui le génie de Pasteur, qui n’était pas médecin, imaginait de communiquer certaines maladies à certains animaux et par des traitements appropriés d’en tirer ces sérums qui immunisent l’homme et aussi d’autres animaux contre ces mêmes maladies ou les en guérissent, ouvrant à la science un champ illimité d’expériences et d’applications.

21, Euenemens.—Néanmoins, elles réussissent dans quelques heureuses circonstances.

22, Necessité.—«Honore les médecins à cause de la nécessité (sous-entendu: où tu es d’y avoir recours),» dit l’Ecclésiastique, XXXVIII, 1; et il ajoute: «parce qu’il est une création du Très-Haut».

23, Asa.—«Affligé, dit l’Écriture (II Paralipomènes, XVI, 12), d’un mal qui lui tomba sur les pieds et remonta plus haut (probablement la goutte), il n’eut point recours au Seigneur et mit plutôt sa confiance dans la science des médecins.» On croit que par médecins, il faut entendre ici les magiciens, parce qu’alors la plupart des médecins usaient de sortilèges et de superstition, et qu’il est vraisemblable que s’il en eût été autrement, ce reproche ne lui eût pas été adressé.

25, Aymez.—«Le médecin, d’après Alphonse Daudet, est un homme qui console toujours, soulage souvent, guérit parfois.» Définition fort juste en tant qu’appliquée au médecin familial, qui vous suit au cours de la vie, étudie et connaît votre tempérament, est votre ami autant que votre conseiller, ce qui est rare dans les grands centres où abondent par trop ce que l’on est convenu d’appeler les princes de la science et aussi les spécialistes et les prolétaires. Aux premiers le temps fait défaut, les seconds ne voient que ce qui les touche, les derniers parfois n’ont pas assez de scrupule; chez certains d’entre les uns et les autres les honoraires demandés sont souvent d’une exagération excessive, lors même que leur science s’est trouvée en défaut ou que leurs soins n’ont pas abouti.

28, Vacations.—Professions.

32, Loy.—Je leur permets, je leur donne licence.

33, Sorte.—Les éd. ant. port.: me coucher sur le costé droit, si i’ayme autant y estre, que sur le gauche, au lieu de: «m’abrier... sorte».

36, Clairet.—Ancien nom du vin de Bordeaux que, dit-on, les Anglais, qui en sont fort amateurs et gros consommateurs, lui ont conservé et qui vient de ce que, relativement aux autres vins du Midi, il est peu chargé en couleur.

66,

10, Destroussement.—Ouvertement.

14, Soif.—Les éd. ant. port.: faim.

24, Place.—Places publiques. «C’était une loi sagement établie», dit Hérodote, I, 197, qui ajoute: «il n’était pas permis de passer près d’un malade sans s’enquérir de son mal».—V. aussi Strabon, XVI.

29, Breuets.—Barbotages est pris ici au figuré et signifie marmottages, prières cabalistiques, etc.; les brevets sont les préservatifs contre le poison, les enchantements, les maladies, etc., généralement sous forme de billets enfermés dans une sorte de gaine en étoffe ou en peau qu’on suspendait aux bras, aux poignets et autres parties du corps, autrement dit des amulettes; il nous en reste bien quelque chose.

32, Homere.—Odyssée, IV, 231.

36, Confrairie.—Société habituelle; lorsqu’il écrivait les Essais et en particulier ce chapitre où il se met assez souvent en cause, il ne faisait plus partie du Parlement.

68,

2, Desprendre.—Je ne puis quitter ce sujet.

6, Simples.—Nom vulgaire des herbes et plantes médicinales.

17, Galen.—Galien; séjourna plusieurs années à Alexandrie pour y étudier l’anatomie; vint à Rome et y devint le médecin des empereurs Marc-Aurèle, Vérus et Domitien. C’est, après Hippocrate, dont il suivait la doctrine, le premier médecin de l’antiquité; il a publié une foule d’écrits qui formaient un corps complet d’études médicales, plusieurs sont perdus. Il expliquait tout, en médecine comme en physique, par le fait des quatre éléments: l’eau, l’air, la terre, le feu, et celui des quatre qualités: le chaud, le froid, l’humide, le sec; et pour expliquer les phénomènes de la vie, il admettait un fluide vital.

20, Vaisseau.—Vase. Un auteur du XVIIe siècle dit qu’à cette époque les Indiens considéraient du bouillon de serpent comme un excellent préservatif contre la lèpre.

30, Aisée.—C.-à-d. à laquelle il faut prêter une croyance bien souple et bien accommodante; il se trouve à nouveau non moins embarrassé pour discerner dans quel cas et à quelle maladie il peut faire application de ce remède.

36, Maladies.—Devant chacun de ces compléments: l’épilepsie, au mélancolique, en hiver, etc..., les mots «que c’est», sont chaque fois sous-entendus.

70,

16, Experiences.—Hippocrate, Galien et Celse.

24, Pas.—Sur ce passage, ce sujet.

72,

9, Tibere.—Tacite, Ann., VI, 46.—Tibère, encore jeune, se distingua aux armées et, plus tard, fit fleurir la paix, l’ordre, la justice dans les provinces et administra bien les finances; mais, soupçonneux et cruel, il donna, lorsqu’il eut le pouvoir suprême, libre cours à ces instincts. Sur la fin de sa vie, il s’était retiré dans l’île de Caprée, non loin de Naples, pour échapper à la haine qu’il sentait s’élever autour de lui et se livrer en toute liberté à ses vices.

26, Suffisance.—L’éd. de 88 aj.: pour m’agencer et meliorer, non pour me parer et honorer;—celle de 88 aj.: et de la valeur.

33, Creu.—Ailleurs pourtant, Montaigne dit qu’il faut colloquer les gens non selon les facultés de leur père, mais selon celles de leur âme. Si tous ceux, «sous de meschantes chausses», n’avaient pas fait de livres, que de chefs-d’œuvre n’existeraient pas: Homère a mendié; Virgile naquit paysan; Horace était fils d’esclave; Corneille, qui touchait six francs de droits d’auteur quand on jouait le Cid, demandait un crédit de trois sols pour un ressemelage de souliers; La Fontaine avait souvent besoin de Fouquet; Boileau empruntait cent pistoles à Racine pour aller aux eaux, et Racine les demandait à Louis XIV pour les prêter à Boileau.

34, Moy.—Ne me le demandez pas à moi, qui aimerais encore mieux être un bon cuisinier, si.

37, Ailleurs.—Le Talmud dit dans le même sens: «La science sans richesse est comme un pied sans soulier; la richesse sans la science comme un soulier sans pied.»

74,

12, Latins.—Bien d’autres médecins latins ont écrit, entre autres: Celius Aurelianus, contemporain de Galien; Serenus Samonicus, qui vivait sous l’empereur Septime Sévère; Marcellus Empiricus, sous Théodose le Grand; Æmilius Macer, contemporain de Virgile; Apulée, contemporain de Celse; il est, du reste, à observer que les Romains s’abstenaient en général de pratiquer cet art, que n’exerçaient guère que les Grecs. Payen.

12, Celsus.—A traité de toutes les sciences, et en particulier de la médecine; seul, demeure son ouvrage sur ce dernier sujet, remarquable par le style autant que par la valeur du fond.

14, Pincer.—C.-à-d. je ne fais que critiquer légèrement cet art des médecins.—Montaigne fait le mot «art» tantôt féminin, tantôt masculin, mais plus souvent féminin.

14, Pline.—Liv. XXIX, ch. 1.

15, Corde.—Ou de leur latin, comme port. les éd. ant.; c.-à-d. de leurs ressources.

21, Gramontoises.—C.-à-d. il ne parle pas des eaux thermales de ce côté-ci des Pyrénées qui relèvent de la seigneurie de Gramont.—Cette seigneurie, située dans la Basse-Navarre, appartenait à la famille du même nom, dont était madame de Duras.—L’éd. de 88 aj. ici: les montaignes où elles sont assises ne sonent et ne retentissent rien que de Gramont.

21, Ils.—Les éd. ant. port.: Nos médecins sont encore plus hardis, car ils, au lieu de: «Ils».

29, Pericles.—Chef du parti démocratique à Athènes; il aimait les lettres et les arts qui prirent, sous son initiative, un essor qui fait souvent désigner son époque sous le nom de «siècle de Périclès». Il signala son administration à l’intérieur par la construction de beaux édifices et des fêtes somptueuses; au dehors, par de grands succès, mais qui ne se maintinrent pas. Il détenait le pouvoir quand éclata la guerre du Péloponnèse (V. N. III, 162: Peloponnesiaque); il n’en vit que les débuts et mourut de la peste.

30, Breuets.—Amulettes. V. N. III, 66.

76,

5, Dragmes.—Poids et monnaie grecs: comme poids, la drachme était environ de trois grammes; comme monnaie, de cinquante à quatre-vingts centimes environ, sa valeur ayant varié à diverses époques.

5, Opiate.—Préparation pharmaceutique de consistance un peu molle et dont le suc de pavot (opium) était la base.

6, Violente.—Les éd. ant. aj.: et qui aura troublé l’assiette de mon entendement et de ma raison.

11, Deriuée.—C.-à-d. qui m’est venue de, qui m’a été transmise par mes ancêtres.

18, Assené.—Bien singulier, bien mal placé, peu justifié.

37, Diuersité.—«Diversité est ma devise,» a dit La Fontaine.—Les éd. ant. aj.: et la discordance.

LIVRE TROISIÈME

CHAPITRE PREMIER.

78,

Troisieme.—Ce troisième livre a paru pour la première fois dans l’éd. de 1588.

Honeste.—Ce chapitre traite de la conduite à tenir dans les guerres civiles. Il mérite attention et est assez difficile à comprendre; Montaigne y développe les idées qui ont dû le guider et les sentiments qui ont dû l’animer pendant le temps durant lequel il a occupé des fonctions publiques.

2, Curieusement.—Avec recherche, avec prétention, de parti pris.—Pascal a encore ramassé ici, chez Montaigne, comme cela lui arrive souvent, une pierre pour le lapider. Après lui avoir reproché de s’être fait le sujet principal de son livre, il termine: «Car de dire des sottises par hasard et par faiblesse, c’est un mal ordinaire; mais d’en dire par dessein, c’est ce qui n’est pas supportable...»

6, Eust.—Pour peu qu’elles me coûtent.

11, Poison.—Tacite, Ann., II, 88.

38, Parer.—«L’hypocrisie est un hommage rendu par le vice à la vertu.» La Rochefoucauld.

80,

9, Sentent.—«Cet âge est sans pitié,» a dit La Fontaine, parlant de l’enfant.

28, Impudence.—Cette même thèse est exposée par Boguet, ce juge de Saint-Claude qui, dans son discours sur les sorciers (1602), blâme la perfidie dont on usait envers eux, ne voulant pas que l’avocat trahisse son client, que le juge promette grâce à l’accusé pour le faire mourir; blâmant les épreuves auxquelles on les soumettait, la torture qu’on leur infligeait, et qui tout en préconisant ces principes humanitaires, fit du pays un désert; il n’y eut jamais juge plus consciencieusement exterminateur (V. N. III, 540: Vif).

32, Peine.—Que difficilement je trahirois le prince pour un particulier, moi qui serais très fâché, etc.

36, Princes.—Entre le roi de Navarre, depuis Henri IV, et le duc de Guise; postérieurement entre Henri III et le roi de Navarre. V. de Thou, De Vita sua, III, 9.

82,

3, Masque.—Engageassent la pointe de leur lance ou de leur épée dans mon masque.

3, Mestier.—Les diplomates.

5, Peuuent.—Contrefont la plus parfaite neutralité et se montrent les plus amis qu’ils peuvent, les plus dévoués aux intérêts de ceux avec qui ils traitent.—«Un diplomate, disent les Italiens, doit avoir la physionomie ouverte et la pensée impénétrable.»

15, Hipperides.—Plutarque, De la différence du flatteur avec l’ami, 24.—Hypéride s’employa activement contre les Macédoniens qui, vainqueurs, se le firent livrer, lui arrachèrent la langue et le soumirent aux pires tortures.

24, Peut.—Que le coup porte, s’il est possible.

27, Particuliere.—Tacite dit de même: «Galba, Othon, Vitellius ne me sont connus ni par les bienfaits, ni par les offenses que j’en ai reçus.»

28, Priué.—Ni excitée, ni ralentie par un intérêt personnel.

29, Iuste.—Cette cause est celle de la Ligue, confédération du parti catholique sous Henri III, fondée par le duc de Guise, dans le but apparent de défendre la religion contre les Calvinistes; en réalité, pour renverser le roi. Henri IV y mit fin par ses victoires et son abjuration en 1593.

31, Potest.—Cette citation ne figure pas ici dans l’ex. de Bordeaux; elle est reproduite dans la présente édition une seconde fois, III, 502.

84,

4, Vieille.—Allusion à un dicton de l’époque. La vieille femme en offrant un cierge à saint Michel, un autre au dragon avec lequel, dans les tableaux, on le représente en lutte, cherche à ménager les deux adversaires, la chèvre et le chou, comme dit un autre proverbe. Montaigne, à son instar, est disposé à faire sa cour aux deux partis en présence. Cet aveu prêterait fort à la critique sans le commentaire qui le suit et dont il ne saurait être séparé.—La Fontaine, et lui sans commentaires, a dit aussi: «Le sage dit, selon les gens: Vive le roi, Vive la Ligue»; mais ce n’est qu’une constatation qu’il fait et non une opinion personnelle qu’il émet.—Ce passage rappelle encore celui de Macrobe, où il parle d’un homme qui avait dressé deux corbeaux, l’un pour féliciter Auguste, l’autre pour applaudir Marc-Antoine.

7, Besoing.—Add. de 88: et s’il ne sert.

9, Atticus.—Cornélius Népos, Atticus, 6.—Atticus s’éloigna de Rome, pendant les guerres civiles, pour ne pas prendre part aux troubles publics. Il se refusa constamment à toute situation officielle et resta constamment lié avec les hommes les plus éminents, quoiqu’ils fussent divisés entre eux, avec Sylla et Cinna, Pompée et César, Antoine et Cicéron, Brutus et Octave. Jouissant d’une grande fortune et d’un grand crédit, il n’en usa que pour faire réparer les injustices et secourir les victimes des divers partis.

17, Honneste.—Combien est d’à propos cette appréciation de Montaigne sur la conduite à tenir en cas de troubles. En ces temps, dès qu’il s’en produit, on gémit, on ferme boutique, on se clôt chez soi, on émigre ou encore on va voir, semblant faire cause commune avec les fauteurs de désordre et de la sorte donnant plus d’importance au mouvement et ajoutant à la difficulté de la répression, s’en remettant exclusivement du soin de ramener l’ordre au Gouvernement qui parfois trahit, parfois lâche pied, et en tout cas, n’a pas toujours sous la main de quoi parer au mal, qui va grandissant d’instant en instant. Il en serait souvent autrement si dès le début chacun s’y employait; en Angleterre, quand le fait se produit, chacun prenant parti a possibilité de s’enrôler momentanément dans la police, à laquelle ce concours immédiat permet la plupart du temps d’étouffer le mal dès qu’il se manifeste. Que ne tente-t-on pareille chose en France! il ne manque pas de gens d’ordre et de cœur pour s’y prêter; sa réalisation serait peut-être plus facile qu’on ne se l’imagine, et procurerait un appoint moral sérieux et effectif qui n’est pas à négliger.—On commence du reste, dans nos grandes villes où les attaques nocturnes vont se multipliant dans une proportion inquiétante, à se faire à l’idée que le plus sûr est encore de se protéger soi-même, et à préconiser la création de gardes de nuit, à la charge des particuliers et à l’instar des sérénos en Espagne et de ce qui existe de semblable en d’autres pays sous d’autres noms, spécialement chargés de veiller dans telle rue, tel quartier, à la sûreté de tous, prévenir les effractions, prêter assistance aux passants attardés, poursuivre et arrêter les malfaiteurs.—Cette attitude inerte des populations en cas de troubles, se retrouve également lorsque se produit un incendie; la plupart viennent voir, puis se dérobent aussitôt, laissant aux sapeurs-pompiers et à l’armée, quand il s’en trouve des détachements sur les lieux, la tâche exclusive de le combattre; cette observation n’a pas trait, bien entendu, à Paris et autres villes, où le service de secours contre l’incendie est organisé de toutes pièces et n’a besoin d’aucune aide.

18, Applicent.—D’un fait particulier auquel a trait cette citation, Montaigne fait une maxime générale, en changeant un peu les paroles de l’auteur.

19, Gelon.—Hérodote, VIII, 163.—En 480; mais le fait n’est pas exact: Gelon allait se joindre aux Grecs contre Xerxès, quand les Carthaginois, à l’instigation de ce prince, attaquèrent la Sicile, où du reste ils furent complètement battus, et une des conditions que leur imposa le vainqueur fut l’abolition des sacrifices de victimes humaines.

22, En eschauguette.—En sentinelle; se dit et du lieu d’où l’on surveille et de l’action elle-même.

24, Concilier.—Faire alliance avec, se rendre favorable.

30, Veut.—C.-à-d. auxquelles, qui le voudrait, ne peut se dispenser de prendre part.—La traduction présente ici un contre-sens que corrige l’errata placé à la fin du volume.—La difficulté de compréhension de ce membre de phrase disparaît en le lisant: «ne s’empesche pas qui ne veut pas», ce qui n’en change pas le sens.

31, Attrempance.—Modération, du latin temperantia, qui a cette signification.

34, De Moruilliers.—Personnage considérable de l’époque; prit part au traité de Cateau-Cambrésis et au concile de Trente. Protégé par les Guise, il se montra toujours contraire à la Réforme, mais ne s’associa point aux persécutions dont elle fut l’objet.

34, Ouurent.—Travaillent.

37, Appreste.—Ceci est fort sujet à discussion. A moins de s’annihiler complètement, et encore, ce qui en tout cas n’est ni digne, ni conforme au devoir, la neutralité, dans les divisions politiques, est peu admise; il faut être nettement d’un côté ou de l’autre et qui n’est pas du côté du manche, est du côté du balai; vienne l’occasion, on le lui fera bien voir.

86,

3, Marcher.—Par ce fait qu’on marche.

14, Guerre.—«Nos vertus ne sont souvent que des vices déguisés.» La Rochefoucauld.—«Les vices entrent dans la composition des vertus, comme en médecine les poisons dans la composition des remèdes; la prudence les assemble et les tempère et elle s’en sert utilement dans les diverses circonstances de la vie.» La Rochefoucauld.

25, Homme.—Quand, le 15 juin 1815, de Bourmont, chef d’état-major d’un corps d’armée français, passa à l’ennemi, quelques heures après il rencontrait Blücher qui commandait l’armée prussienne qui nous était opposée. Le vieux soldat, révolté de voir un homme portant l’uniforme de général de division déserter le matin d’une bataille, le laissa passer sans rien lui demander et un de ses officiers s’étonnant de sa brusquerie à son égard, alors qu’il avait arboré la cocarde blanche, dit tout haut, sans se soucier d’être entendu par le transfuge: «Qu’importe la cocarde, Jean foutre sera toujours Jean foutre.»

88,

7, Lysimachus.—Plutarque, De la Curiosité, 4.—Lysimaque appartenant à la garde royale d’Alexandre le Grand et ayant encouru sa disgrâce, fut, par ordre de ce conquérant, exposé sans armes à la fureur d’un lion énorme; comme l’animal ouvrait la gueule pour le dévorer, il lui saisit la langue avec la main et l’étouffa, ce qui excita si fort l’admiration d’Alexandre qu’il lui rendit son amitié; il se révéla par la suite un de ses meilleurs généraux, et à sa mort devint roi de Thrace; plus tard il conquit la Macédoine et périt en cherchant à s’agrandir davantage encore; d’un caractère qui était en rapport avec sa force brutale, il se rendit odieux par ses cruautés; n’épargnant pas même les siens, il mit à mort un de ses fils sur de légers soupçons.

9, Secrets.—«La pensée intime du roi doit demeurer secrète.» Livre de Tobie.

90,

1, Succedoit.—C.-à-d. et cela avec succès.

2, Heure.—C.-à-d. cependant je m’en détachai de bonne heure.—Allusion aux fonctions de conseiller au parlement de Bordeaux que Montaigne occupa de 1554 à 1570.

20, Engin.—Esprit; du latin ingenium qui a cette signification.

29, Bastonnades.—Cette fable d’Esope a été reproduite par La Fontaine: L’âne et le petit chien, IV, 5.

92,

1, Dandamys.—Plutarque, Alexandre, 20; Strabon, XV, qui l’appelle Mandanis.—Le propos, tenu par Dandamis, sur ces philosophes grecs était qu’ils pensaient sagement, mais avaient tort de faire passer la loi et les coutumes avant la nature, sans quoi ils ne rougiraient pas d’aller nus et de vivre simplement. C’est par ses conseils que le roi Taxile aurait fait sa soumission à Alexandre. Invité à se rendre auprès de lui par ce conquérant qui lui promettait récompense s’il obéissait et le menaçait de châtiment dans le cas contraire, il refusa, faisant répondre qu’il n’avait nul besoin qui ne trouvât déjà ample satisfaction et que la mort le débarrasserait d’une guenille charnelle déjà usée par la vieillesse et lui procurerait en échange une vie meilleure.

9, Necessaires.—Telle, par exemple, celle qui a pour objet la propagation de l’espèce.

23, Rome.—Tacite, Ann., II, 65.—En 18, ces deux compétiteurs étaient l’oncle et le neveu, et l’empereur qui intervint ce fut Tibère; Pomponius Flaccus, employé en cette circonstance, était lié avec celui qu’il reçut mission d’arrêter et c’est ce qui l’avait fait désigner à cet effet, ce choix devant moins exciter sa défiance.

26, Sentir.—Montaigne fait ici allusion à quelque trait de perfidie qui s’est produit à l’époque où il écrivait; mais dans ces temps de corruption et de troubles il y eut tant de faits de ce genre, qu’on ne peut deviner duquel il veut parler. Peut-être est-ce de la Saint-Barthélemy succédant à la paix qui venait d’être conclue avec les Protestants et ayant lieu en même temps que se célébrait le mariage de la sœur du roi avec le roi de Navarre leur principal chef, ou encore on a cru que ce pouvait être de la feinte réconciliation de Catherine de Médicis avec le duc de Guise et qui aboutit à l’assassinat de celui-ci, qu’il était question; c’est douteux, parce que l’événement s’est produit l’année même où s’imprimait cette partie des Essais (1588) et qu’à ce moment semblable dénouement ne pouvait se prévoir.

35, Non que.—Alors que cela n’irait pas jusqu’à assassiner...

38, Lacedemoniens.—Plutarque, Différence entre le flatteur et l’ami, 21.

94,

5, Iuges.—Plutarque, Apophth. des rois.—Il y a longtemps de cela! Que de fois depuis, malgré ce qu’a pu dire un des siens, a-t-elle, dans les causes politiques, rendu des services en rendant des arrêts; cela est et sera toujours en plus ou en moins, suivant les hommes et les temps.

18, Fabricius.—Combattant Pyrrhus, le médecin de ce prince lui proposa de l’empoisonner; il en avertit le roi auquel il renvoya le traître chargé de liens; Pyrrhus, frappé de sa générosité, lui rendit sans rançon tous les prisonniers qu’il lui avait faits et bientôt après évacua l’Italie (278). Quelques années auparavant (282), vainqueur des Samnites, il avait refusé les présents qu’ils lui offraient pour leur avoir fait accorder la paix. Deux fois consul, une fois censeur, il mourut si pauvre que l’État fut obligé de doter sa fille et de faire les frais de ses funérailles.—L’éd. de 88 port. Flaminius, ce qui est une erreur.

23, Practiqua.—Gagna, soudoya.

26, Galant.—En habile homme.

31, Arse.—Brûlée, du latin arsus, part. passé de ardere qui a cette signification.

31, Totale.—Avec massacre général;—occision, du latin occidere, tuer; part. passé, occisus.

36, Conduitte.—En 1138.—Boleslas lui avait tendu une embuscade dans laquelle il était tombé, et était demeuré quelque temps son prisonnier. Martin Cromer, De rebus Polon., V.

96,

1, Argyraspides.—Corps des plus estimés de l’armée macédonienne, composé de vieux soldats et qui faisait partie de la garde d’Alexandre; à sa mort, ils suivirent Eumène. Ils avaient de petits boucliers d’argent, d’où leur nom, et étaient armés de la sarisse, sorte de longue lance.

1, Eumenes.—Plutarque, Eumène, 9.—Eumène avait été secrétaire de Philippe, père d’Alexandre. A la mort de ce dernier, il se fit le protecteur de sa veuve et de son fils, ce qui le mit en lutte continue avec les autres généraux et, en particulier, contre Antigone, auquel le livrèrent ses soldats fatigués de ces guerres sans fin et gagnés par les promesses qui leur furent faites. Antigone le laissa mourir de faim; mais obligé de décamper et la mort ne se produisant pas assez vite, il le fit égorger (315).

2, Mais.—A peine l’eut-il fait tuer.

13, Tarpeien.—A Rome; roche située près du Capitole et d’où l’on précipitait les criminels coupables de trahison; l’esclave qui avait trahi Sulpitius en fut précipité coiffé du bonnet de liberté, fruit de sa scélératesse. Valère Maxime, VI, 5, 7.

15, Canacre.—Grégoire de Tours, II, 41, d’où le fait semble tiré, dit Chararic, au lieu de Canacre, et ne le rapporte pas de la sorte; Montaigne a dû faire confusion. Il est à croire qu’il s’agit plutôt de Cloderic, dont il est question immédiatement chez ce même historien: Cloderic avait fait égorger Sigebert, son père, roi de Cologne, à l’instigation de Clovis; celui-ci le fit tuer à son tour par des émissaires, qui le massacrèrent comme il leur montrait le trésor dont la mort de son père l’avait rendu maître (509).

16, Pratiquez.—Ce à quoi il les avait incités.

20, Race.—Suivant ce qui est de coutume chez eux.

30, Conscientieuse.—C’est ainsi que venait d’en agir (1501) le duc de Valentinois, César Borgia, et le souvenir de ce fait, consigné du reste dans Machiavel, Prince, 7, n’en était pas encore perdu, à l’égard de Remiro d’Orso, établi par lui gouverneur de la Romagne, qu’il lui avait asservie par la terreur, et qu’il fit ensuite poursuivre et exposer éventré sur la place publique, en désaveu des cruautés qu’il avait commises dans son intérêt, pensant par là se concilier les populations qui ne furent pas dupes du procédé.

98,

3, Seianus.—Quand Tibère se retira à Caprée, Séjan exerça toute l’autorité à Rome, enchérissant encore sur la tyrannie de son maître; mais, pressé par l’ambition, il alla jusqu’à aspirer au pouvoir suprême et pour y arriver conspira contre l’empereur; découvert, il fut arrêté et étranglé.

5, Forcée.—Violée.—Montesquieu fait à ce sujet la réflexion que Tibère, en agissant ainsi, détruisait les mœurs pour conserver la coutume: Voltaire conteste cette aggravation d’un acte de cruauté déjà si odieux par lui-même. L’enfant avait sept ans, Tibère en avait soixante-dix et était trop adroit pour ordonner une barbarie aussi infâme qui, sans utilité, lui aurait valu, malgré l’abaissement des caractères, la réprobation universelle. Du reste ni Tacite, Ann., V, 9, ni Suétone, qui rapportent le fait, ne disent que cette action exécrable ait été commise avec son assentiment ou celui du Sénat; ils se bornent à la présenter comme un bruit rapporté par les écrivains du temps.

13, Propre parricide.—En commettant un crime semblable.

16, Vuitolde.—Cromer, De rebus Pol., XVI.

22, Foy.—Fait manquer à sa parole et violer sa foi.

27, Gehenne.—Tourmenté, pressé, gêné.

100,

2, Reserue-il.—Dans quelle nécessité plus pressante et plus juste veut-il s’en remettre à la pure conduite du ciel?

9, Naturelles.—De droit commun, dictées par la nature.

27, Frere.—Diodore de Sicile, XVI, 65; Plutarque, Timoléon, 3; Cornélius Népos, Timoléon, 1.—Son frère Timophane voulant usurper le pouvoir à Corinthe, Timoléon, n’ayant pu le détourner de ses projets criminels, le tua (365); après ce cruel sacrifice, il s’exila et resta vingt ans éloigné des affaires. En 343, chargé par Corinthe d’aller délivrer Syracuse de la tyrannie de Denys le Jeune, il le chassa, délivra de même plusieurs autres villes de la Sicile des tyrans qui les opprimaient et repoussa les Carthaginois; partout il rétablit la république, fit refleurir l’ordre et la prospérité, puis abdiqua le pouvoir souverain. Il est regardé comme un modèle de grandeur d’âme, de sagesse et de modération.

28, Diuers.—Si étrange, si singulier.

35, Cettuy-cy.—C.-à-d. le but que se proposait Timoléon en tuant son propre frère qui oppressait sa patrie, est excusable, autant qu’une pareille action peut l’être.

102,

1, Orde.—Sale; dérive du latin sordidus, par suppression de la lettre initiale; de ce mot dont on ne se sert plus aujourd’hui, est venu «ordure», qui est encore en usage.

3, Garand.—Pour justifier.

9, Elles.—Cicéron, De Offic., III, 22.

13, Aueugle.—Le maître punit son disciple de ce qu’il a été docile; et le clairvoyant, l’aveugle qu’il guide, du faux pas qu’il lui fait faire.

20, Rien.—Ce point de morale est controversé; V. la note ci-dessous, lig. 28: adhiberi.—A l’appui de l’opinion de Montaigne, on peut citer le fait de Turenne qui, dévalisé par des brigands, leur demanda de leur racheter un des bijoux qu’ils lui avaient enlevés, auquel il tenait particulièrement, et chez qui, peu après, confiant dans sa parole, l’un de ses voleurs n’eut pas crainte de se présenter pour toucher le prix convenu.

24, Parole.—De tenir fermement ma parole. La «maille» était une petite monnaie de cuivre (il en fallait vingt-quatre pour faire un sou); faire la maille bonne, c’est garantir que le compte est exact.

28, Adhiberi.—Cette citation est de Cicéron, De Offic., III, 30, qui parle de Régulus, c’est-à-dire de la conduite à tenir à l’égard d’un ennemi légitime, vis-à-vis duquel tout engagement pris doit être tenu. Au contraire et à l’encontre de ce qu’en pense Montaigne, Cicéron (De Off., III, 29) estime que vis-à-vis d’un ennemi illégitime, tel qu’un pirate, c’est l’exemple dont il se sert: «Il ne peut y avoir entre vous et lui ni foi ni serments»; il avait déjà dit à ce même propos, dans le même ouvrage (I, 10): «Qui ne sent qu’on n’est pas obligé de tenir les promesses arrachées par la crainte, ou surprises par fraude?»

31, Excellens.—Voir liv. II, ch. XXXVI, III, 18.

104,

4, Iustice.—Plutarque, De l’Esprit familier de Socrate, 4 et 24.

14, Gauchit.—Et évite, au milieu d’une telle mêlée, la rencontre... Plutarque, De l’Esprit familier de Socrate, 17.

17, Benignité.—C’est-à-dire celui-là maîtrisait bien la guerre, qui arrivait à lui faire admettre la pratique de la bonté.

23, Armez.—Plutarque, Pompée, 3.—Ce langage fut tenu par Pompée aux Mamertins qui, cités par lui à son tribunal, s’y refusaient, invoquant des traités antérieurs. Le différend se termina par la prise de leur ville (82), qui ne dut d’échapper à une destruction totale qu’au dévouement d’un de ses citoyens. V. N. I, 20: Peine.

25, Deux.—Plutarque, César, 11.—Réponse faite par César qui, au début de la guerre civile, manquant d’argent, mit la main sur la réserve du trésor public destinée à subvenir aux guerres contre les Gaulois, créée lors du sac de Rome en 390. Cette réponse s’adressait à Métellus, tribun du peuple, qui s’opposait à cet enlèvement; César alla même jusqu’à le menacer de le tuer, lui disant: «Et tu sais, jeune homme, qu’il m’est plus facile de le faire que de le dire»; déjà aux objections qui lui avaient été faites, touchant l’affectation déterminée de cette réserve, il avait répondu qu’«elle n’avait plus sa raison d’être, puisque, grâce à lui, la Gaule était soumise»; et les tribuns hésitant encore à lui en ouvrir les portes, il ordonna de la briser.

26, Loix.—Plutarque, Marius, 10.—Ce propos fut tenu par Marius, auquel on faisait reproche d’avoir en 90, au mépris de la loi, concédé le droit de cité à un millier d’habitants de l’Ombrie, et à d’autres, pour s’en faire des partisans.

28, Ennemis.—Épaminondas n’avait-il pas emprunté aux Lacédémoniens...—Les Lacédémoniens sacrifiaient aux Muses, en usant à la guerre d’instruments de musique dans le but indiqué ici; et aussi pour que, par leur intervention, leurs hauts faits passassent à la postérité.

29, Destremper.—Modérer, tempérer.

30, Parentes.—Le premier de ces deux membres de phrase est interrogatif dans Cicéron, et la réponse est loin d’être aussi péremptoire que le donne à supposer la citation telle qu’elle est présentée.

106,

5, Desreglée.—César.—Lucain, VII, 320, dont sont les vers qui suivent, semble s’être laissé entraîner ici par sa verve poétique. Ces exhortations, qu’il prête à César, sont en effet contraires à ce que l’histoire rapporte de lui recommandant à ses soldats, notamment le jour de la bataille de Pharsale, d’épargner les citoyens romains. Le jugement que Montaigne porte ici sur lui, sur la foi du poète, est en contradiction avec un passage antérieur des Essais (liv. II, ch. XXXIV, II, 658), où lui-même dit que César ne considérait pas tous les moyens comme licites pour se procurer la victoire.

15, Regret.—Tacite, Hist., III, 51.—Le fait cité se passa en 88, dans un combat livré au mont Janicule, sous les murs mêmes de Rome, entre Cinna, partisan de Marius, et Cn. Pompée, père du grand Pompée.

17, Capitaines.—Tacite, Hist., III, 51.—Sous Vitellius. Les lois humaines ne permettant pas de récompenser ce monstre, ni l’intérêt de la guerre de le punir, on remit à un autre temps de lui donner satisfaction, sous prétexte que le service rendu méritait plus qu’on ne pouvait faire sur le moment; on ne sait ce qui arriva ensuite.—Cette réflexion sur le changement survenu avec le temps dans les mœurs romaines, rappelle celle d’Annibal mourant: «Jadis, les Romains dénonçaient à Pyrrhus qui, à la tête d’une armée, avait envahi l’Italie, son médecin méditant de l’empoisonner; aujourd’hui, ils envoient un personnage consulaire au prince dont je suis l’hôte, pour qu’il les débarrasse de moi par un crime.» Tite-Live.

24, Honeste.—L’éd. de 88 port.: digne.

CHAPITRE II.

Ce chapitre est un des plus beaux des Essais; il est grave, profond, et partout d’un grand sens. Montaigne ne s’y montre pas fort orthodoxe, il traite son sujet en philosophe et ne le perd pas un moment de vue.—La même question a été étudiée par Charron, De la Sagesse, II, 3, 9, qui a puisé largement ici ses inspirations.

108,

1, Fait.—Aujourd’hui, c’est fini, terminé, achevé.

3, Perenne.—Perpétuelle, comme portent nombre d’éd. post.;—du latin perennis qui a cette signification. Le style de Montaigne est plein de mots latins qu’il a francisés de la sorte, changeant simplement leur terminaison.

5, Pyramides.—Monuments de l’ancienne Égypte qui servaient à la sépulture des rois ou des animaux sacrés. Les plus célèbres sont celles de Chéops (243m de large à la base, 150m de haut), de Chéfrem (102m à la base, 133 de haut), de Mycérinus (93m à la base, 51 de haut); elles s’élèvent dans le désert au S.-O. du Caire; leur construction remonte à une date incertaine, du XXe au XVe s., croit-on.—Certains pensent, et il y a lieu de croire qu’il en a été ainsi, que ces grands travaux et autres de même nature, assez nombreux dans l’antiquité, ont été accomplis en y employant, en dehors des ouvriers d’art, les hommes valides désœuvrés et que c’est une des raisons qui ont fait que la mendicité, cette plaie gangreneuse des sociétés modernes, était alors à peu près inconnue. Mais ces travaux n’ont eu qu’un temps et ne pouvaient intéresser que des territoires limités; et l’absence de mendicité dans ces temps tient surtout à la simplicité de vie d’autrefois, les besoins étaient moindres et recevaient plus aisément satisfaction; il en est encore ainsi chez les peuples à demi civilisés de notre époque où les mœurs se sont conservées telles. La mendicité tant soit peu développée, avec accroissement des crimes et délits spéciaux contre les personnes et la propriété, est une des conséquences les plus tangibles des progrès de la civilisation, par ce fait que les nécessités de l’existence et les appétits grandissants exigent plus d’efforts auxquels ne peuvent ou ne veulent satisfaire ceux qu’accablent certaines infortunes ou que tiennent la paresse et l’inconduite.

18, Demades.—Plutarque, Démosthène, 3.—Montaigne paraphrase à sa manière ce que disait cet orateur: «Qu’il s’estoit bien contredit a soy mesme assez de fois, selon les occurrences des affaires; mais contre le bien de la chose publique, iamais.»—Ce passage des Essais explique et justifie en même temps toutes les contradictions qui peuvent s’y trouver. Quel est, en effet, l’homme toujours invariable dans sa manière de voir et qui n’en change pas dans le cours de la vie, sur des points indifférents par eux-mêmes et sur lesquels on peut, sans inconvénient pour soi et pour les autres, abandonner l’opinion qu’on en a? Naigeon.

20, Resoudrois.—Je parlerais catégoriquement.

26, Premier.—Moi, je suis le premier qui me communique...

30, Cognoissance.—C.-à-d.: Mais est-ce une raison pour que, simple particulier comme je suis et qui n’ai rien de remarquable, je prétende m’ériger en homme public par la connaissance que je donne de moi?

110,

3, Discipline.—Du moins, j’ai ceci conforme aux principes de la science.

14, Bauasser.—Babiller, folâtrer.

21, Mesme.—C.-à-d. l’homme vraiment capable, l’est en tout; son instruction apparaît dans sa conversation comme dans ses ouvrages et jusque dans son ignorance.

37, Raconte.—L’éd. de 88 port.: narre.

112,

4, Ignorance.—«Tout vice est issu d’ânerie.»—Ailleurs (liv. II, ch. XII, II, 110), Montaigne dit de ce même proverbe: «Si cela est vray, il est subiect à vne longue interprétation.»

6, Empoisonne.—Pensée tirée de Sénèque, Epist. 81.

«La crainte suit le crime, et c’est son châtiment.» Voltaire, Sémiramis.

«La peine suit le crime, elle arrive à pas lents.» Voltaire, Oreste.

9, Repentance.—«Le repentir est une douleur volontaire et qui soulage; le remords, une douleur qui s’impose et torture sans soulager.»

114,

3, Mercurialiser.—Reprendre, censurer. Ce mot vient de «mercuriales», séances du parlement de Paris qui se tenaient deux fois par an, un mercredi (jour de Mercure), où le Président, usant parfois d’un langage sévère, parlait contre les désordres et les abus commis dans l’administration de la justice.

4, Semons.—Invité, averti, sollicité; même étymologie et même sens que «semonce», mot encore en usage.

13, Toucher.—Par lequel nous puissions juger, comme avec une pierre de touche, du mérite de nos actions.

20, La vostre.—Celle de vostre conscience, comme port. l’éd. de 88.

25, Domicile.—Si fortement ancré en nous, qu’il semble faire partie intégrante de nous-mêmes.

30, Sens.—Montaigne, en résumé, dit qu’on ne se repent pas de ses fautes habituelles, mais seulement, par un effet de la versatilité de notre caractère, de celles que nous commettons accidentellement, ce qui est bien vrai si on y réfléchit.

33, Genæ.—Horace fait ici regretter à Ligurinus, sur le retour d’âge, de n’avoir pas abusé de sa beauté, quand cela lui était possible.

116,

1, Eschaffaut.—En plein théâtre, en public.

5, Pourtant.—Et c’est pour cela, d’après ces principes, que Bias... Plutarque, Banquet des sept Sages, 14.

8, Hommes.—Montaigne aurait pu citer aussi la réponse d’Aristippe à quelqu’un lui disant: «En quoi êtes-vous donc supérieurs au reste des hommes, vous autres philosophes?—En ce que, répondit-il, si les lois étaient supprimées, notre conduite n’en serait pas moins régulière.» Diogène Laerce.

9, Drusus.—Ou plutôt M. L. Drusus, comme dit Velleius Paterculus. Distingué par sa naissance, son éloquence et ses vertus, étant tribun du peuple et ses propositions sur les jugements, le partage des blés et des terres, l’extension du droit de cité aux peuples d’Italie inquiétant le Sénat, il fut tué dans un soulèvement organisé à cet effet (91). Lui mort, toutes les lois qu’il avait fait rendre furent révoquées, comme prises les auspices étant contraires.

13, Agesilaus.—Plutarque, Agésilas, 5.

17, Domestiques.—«Il faut être bien héros, disait le Maréchal de Catinat, pour l’être aux yeux de son valet de chambre.»—«La seule réputation fondée est celle que nous font les gens avec lesquels nous vivons.» Bacon.

19, Histoires.—«La plupart des héros sont comme certains tableaux; pour les estimer, il ne faut pas les regarder de trop près.» La Rochefoucauld.—«Pour son siècle incrédule, un héros n’est qu’un homme.» Lamartine.

24, M’achettent.—Réédition du proverbe: «Nul n’est prophète dans son pays», cité quelques lignes plus haut, et qui se retrouve encore dans celui-ci: «Le sainct de la ville n’est pas oré» (prié, du latin orare).

26, Moins.—Moins de crédit, de renommée.

118,

2, Aristote.—Morale à Nicomaque, X, 7.

11, Puis.—A ce propos, J.-B. Rousseau a écrit:

«Vous, chez qui la guerrière audace Tient lieu de toutes les vertus, Concevez Socrate à la place Du fier meurtrier de Clitus. Vous verrez un roi respectable, Humain, généreux, équitable, Un roi digne de vos autels. Mais à la place de Socrate, Le fameux vainqueur de l’Euphrate Sera le dernier des mortels.»

25, Non.—Et qui de nous ne donne pas à Tamberlan.

28, Erasme.—L’homme le plus savant de son siècle; écrivain latin des plus purs, élégant, spirituel, en même temps qu’un des hommes les plus sages de son temps. D’accord avec Luther sur la nécessité d’une réforme, il se sépara de lui quand il le vit recourir à la violence, n’aimant pas la vérité séditieuse. Son œuvre est considérable; le nombre de ses adages et apophthegmes dépasse 4.000.

120,

4, Eschappé.—Mille natures (caractères) ont pris de mon temps le chemin de la vertu ou du vice, quoiqu’elles eussent reçu une éducation qui semblait devoir les acheminer dans un sens tout opposé.

11, Magistro.—Lucain, IV, 237.—C’est ainsi que ces jours-ci (1905), nous avons vu au jardin des Plantes de Paris un éléphant, d’ordinaire fort tranquille, soigné depuis 15 ans par un gardien qui s’y employait avec grande sollicitude, et entre lesquels régnait une réelle affection, saisir ce gardien avec sa trompe, lui briser les reins et le piétiner ensuite avec rage. Chez l’homme le plus doux ne constate-t-on pas aussi, maintes fois, des retours aux pires instincts, où la brute assoupie qui est en nous reparaît, notamment quand il est perdu dans les foules. Il y devient alors absolument inconscient, capable de passer d’un instant à l’autre, sans motif (et encore notre éléphant, lui, pensait-il probablement et non sans raison apparente que c’était à son gardien, auquel il voyait continuellement ouvrir et fermer sa cage, qu’il devait sa longue et étroite captivité, ou qu’il ne tenait qu’à lui d’y mettre fin; et que, ne le faisant pas, c’était un ennemi), par les sentiments les plus opposés et commettre des actes d’une férocité inouïe, qu’une fois seul, revenant à lui-même, il réprouve de toute son âme, ne comprenant pas comment il a pu en arriver là. Cela se voit constamment dans les mouvements d’effervescence populaire, où un rien suffit pour que les foules deviennent criminelles et leur frénésie, leur cruauté sans limites; qui n’en a été témoin, ne peut s’en faire une idée; une fois le monstre surexcité, personne ne sait jusqu’où il ira, il est tout spontanéité. Aussi, combien sont coupables ceux qui vont déchaînant les passions des masses qu’ils ne pourront pas contenir, sans compter que ces instigateurs, une fois la mise en branle effectuée, ont, pour la plupart, grand soin de se tenir de leur personne prudemment à l’écart.

21, R’aduiser.—Corriger, réformer; on dit bien se raviser pour changer d’avis, mais raviser les mœurs, dans le sens de les redresser, ne se dit guère.

24, Seiourne.—On s’abstient, on se dispense.

25, Externes.—Add. de 88: et internes; l’ex. de Bordeaux port. arbitreres, que dans la traduction on a cru devoir maintenir.

35, Rauisemens.—Retours sur soi-même, à la raison, changements d’avis; vient de raviser, mais n’est pas demeuré dans la langue.

122,

1, Mesme.—S.-ent. du vice.

3, Chafourée.—Confuse, barbouillée. Vieux mot de la langue française, dont Brantôme a pareillement usé.

26, Mercy.—Grâce à.

32, Science.—De la connaissance...

124,

17, Puis pas.—L’éd. de 88 aj.: facilement.

20, Ainsin.—C.-à-d. sans que l’homme soit lui-même déterminé par sa propre volonté à persister dans ses péchés provenant de son tempérament et de sa profession.

126,

8, Regret.—De ce passage, on peut inférer que Montaigne croyait que les actions humaines s’imposent à l’homme, par une sorte de fatalité résultant de la connexion inévitable des causes et des effets; ce qu’il confirme dans les lignes qui suivent.

19, Moy.—Suivant la mesure de mes forces.

21, Macheure.—Tache, contusion, meurtrissure.

26, Negoces.—Affaires.

128,

6, Moy.—Add. de 88: de ne l’auoir sceu preuoir.

11, Fit-il.—Plutarque, Apophth., art. Phocion.

17, Ie n’ay deu.—L’éd. de 88 port.: cependant ie n’ay peu.

27, Volonté.—V. ci-dessus, liv. II, ch. XVII, II, 488, ce que Montaigne dit de son aversion pour la délibération; cela explique ce qu’il dit ici.

29, Enquis.—Enquis signifie ici «requis».

130,

1, Gariement.—C.-à-d. et d’être dispensé d’en répondre.—Gariement est un vieux mot signifiant garantie, sauvegarde.

8, Celuy.—Sophocle.—Quelqu’un lui ayant demandé si, dans sa vieillesse, il jouissait encore des plaisirs de l’amour, il répondit: «Aux dieux ne plaise! et c’est de bon cœur que je m’en suis délivré, comme d’un maître sauvage et furieux.» Cicéron, De Senect., 14.

14, Conscience.—Qui soit l’effet du repentir et d’une conscience qui se réforme.

20, Ores que.—A présent que...

30, Coniure.—L’éd. de 88 port.: esconiure, qui donne au texte cette signification: «je les prie de se retirer»; conjurer a ici ce même effet, mais, pour cela, est détourné de son sens propre.

33, Clarté.—Je ne vois pas que ma raison juge de la volupté autrement ni plus sainement qu’alors.

34, Maleficiée.—En mauvaises conditions.—L’éd. de 88 port.: maladiue.

132,

3, Gents.—C’est bon pour les gens...

4, Deliure.—Libre, comme portent plusieurs éd. post.

7, Maladie.—V. sur ce même sujet liv. III, ch. IX, III, 380.

14, Antisthenes.—Diogène Laerce, VI, 5.

32, Douloureuses.—C.-à-d. à ce repentir que l’âge apporte et qui n’est que le résultat d’un cas de force majeure et de l’impuissance.

35, Appetits.—L’éd. de 88 port.: la defaillance de nos forces, au lieu de: «l’affoiblissement de nos appetits».

«Chaque âge a ses humeurs, ses goûts et ses plaisirs.» Régnier.

«Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs.» Boileau.

134,

7, Vieillesse.—Ce passage où Montaigne s’exprime avec une grande netteté est un des mieux pensés des Essais.

9, Nez.—On me reprochait de parler alors que je n’avais pas encore de barbe au menton.

16, Enuie.—Je trouve surtout dans la vieillesse, de l’envie...

17, Visage.—Idée que Corneille a reproduite dans son Epître au Roi:

«Pour bien écrire encor, j’ai trop longtemps écrit; Et les rides du front passent jusqu’à l’esprit.»

24, Accoustumée.—Xénophon, Apologie de Socrate devant ses juges, le dit expressément, considérant qu’à son âge, il lui serait plus avantageux de mourir que de vivre.

26, Puissante.—Var. de l’éd. de 88: violente.

CHAPITRE III.

136,

Un des meilleurs chapitres de Montaigne. Il y tourne en ridicule les femmes savantes et détermine le genre de connaissances qu’il estime leur convenir. Il parle de ses amours, de la sincérité à apporter dans le commerce des femmes; du caractère des hommes dont on doit rechercher la liaison; il passe à son troisième commerce qui est celui des livres, dont il fait l’éloge, ainsi que l’apologie des lettres et de l’étude et de leurs avantages. Naigeon.

13, Tordre.—Quand, en effet, on embrasse une opinion quelconque, on ne s’oblige pas à y persévérer à tout jamais, pas plus qu’on ne conserve sa vie durant les goûts que l’on peut avoir à un moment donné; quiconque se ferait une loi de ne pas varier à cet égard, serait en contradiction avec tout ce qui l’entoure qui est en perpétuelle vicissitude et dont les sensations que nous en percevons, sont éminemment variables.

31, Iuger.—Add. de 88: Au pris de ce fruit et amendement essentiel auquel il vise, il fait peu de compte de l’estude qu’on emploie à charger et meubler sa memoire de la suffisance d’autruy.

138,

2, Forger.—Façonner.

8, Aristote.—Morale à Nicomaque, X, 8.

10, Discours.—Ma raison.

12, Effort.—C.-à-d. aussi peu d’entretiens dont le sujet n’est pas sérieux et qui ne demandent aucun effort de tête, me plaisent et captivent mon attention.

16, Lasches.—Add. de 88: sans pois et sans grace.

19, Resueuse.—Add. de 88: par fois.

24, Volet.—Entre plusieurs choses de même espèce, choisir la meilleure.—Cette expression vient, suivant les uns, de l’habitude qu’ont les jardiniers de répandre leurs graines sur une planche, qu’ils nomment volet, quand ils choisissent les meilleures pour semer; suivant d’autres, de l’usage qu’on avait, en France, de mettre les étoffes sur le volet intérieur des fenêtres, pour pouvoir les examiner en détail et au grand jour.

25, Incommode.—Impropre.

29, Insipience.—Folie, sottise; du latin insipientia, dont Montaigne s’est contenté de changer la terminaison.

140,

5, Peut.—Xénophon, Mém. sur Socrate, I, 2, 3.

8, Disconuenir.—C.-à-d. de ne pouvoir m’accommoder avec les gens, en somme assez peu nombreux, avec lesquels le hasard m’oblige à avoir des relations fréquentes.

18, Harpe.—Je me harponne, je m’attache fortement...

23, Froid.—Var. de 88: mal.

24, Affriandé de.—Var. de 88: acoquiné dès.

25, Parfaicte.—Celle d’Etienne de la Boétie.

28, Ancien.—Plutarque, De la Pluralité d’amis, 2.

142,

5, Platon.—Traité des Lois, VI.

6, Maistral.—Magistral, d’un ton de maître.

7, Raison.—La raison que je viens d’alléguer.

14, Æacus.—Eaque. Se signala tellement par sa justice et sa sagesse, qu’à sa mort, Jupiter en fit un des trois juges des Enfers; il fut le grand-père d’Achille.

29, Forchetta.—Parler sur la pointe d’une fourchette, c.-à-d. pour une bagatelle.—Expression italienne qui correspond à notre locution française: «Disputer sur la pointe d’une aiguille». Les Grecs disaient: «Disputer sur l’ombre d’un âne», tiré d’une digression de Démosthène, au cours d’une de ses harangues aux Athéniens, leur contant, pour ranimer leur attention, une discussion entre un ânier et un individu auquel il avait loué son âne et qui, descendu de sa monture, en cours de route, voulait s’abriter à son ombre des rayons du soleil, ce que, voulant faire de même, l’ânier lui contestait, disant lui avoir loué l’âne, mais non l’ombre de l’animal.

34, Magistere.—Science doctorale et magistrale.

144,

11, Totæ.—Ce mot de Sénèque, Epist. 115, qu’il applique aux petits maîtres de son temps, lesquels, sous aucun rapport, ne le cédaient à ceux de nos jours. L’un d’eux, transporté par ses esclaves, des bains chez lui, dans sa chaise à porteurs, ne demandait-il pas «s’il était assis», comme si c’était chose au-dessous de lui de savoir ce qu’il faisait!

17, Iudiciaire.—La science judiciaire, le droit.

18, Besoing.—La Bruyère compare une femme savante à une belle arme de luxe.

19, Loy.—Loisir, liberté, occasion, moyen.

20, Baste.—Il suffit, c’est assez; de l’italien basta.

29, Parlier.—Parleur, bavard.

35, Seruiteur.—Amant.

146,

2, Production.—Et me porte à produire.

7, Estrangere.—Ecartant de moi le souci que pourraient me causer les affaires des autres.

11, Louure.—A la cour.

16, Vie.—Outre qu’il fut en rapport constant avec Henri de Navarre et son entourage, Montaigne vint à diverses reprises à la cour de France; notamment, pour la première fois, vers 1555, accompagnant son père qui venait d’être nommé maire de Bordeaux, et allait demander le rétablissement de privilèges supprimés; puis, en 1559, lors des obsèques de Henri II et du sacre de son successeur, à la suite duquel il alla à Bar-le-Duc; en 1562, sous Charles IX, qu’il suivit à Rouen; en 1588, où son séjour fut marqué par son incarcération de quelques heures à la Bastille.

24, Conuoiemens.—Action de reconduire quelqu’un qui s’en va.

148,

4, Substitutions.—Disposition par laquelle un testateur substitue un héritier à un autre qui n’a que l’usufruit, sans avoir la propriété du bien laissé; question de droit qui, aux temps jadis surtout, était pleine de complications et une source de difficultés.

6, Confabulations.—Conversations, entretiens, discours familiers.

10, Rüe.—«A la manière dont ils rapportent leurs provisions du marché», dit Plutarque, Dion, 1; ce qui porte à croire que c’était là une coutume assez générale en Grèce, au moins chez les gens du commun, d’aller soi-même au marché.—Un poète français a rendu, ainsi qu’il suit, la même idée:

«Même quand l’oiseau marche, on sent qu’il a des ailes.»

13, Suffragante.—Souple, humble, modeste, venant en seconde ligne.

15, Demette.—Qu’elle descende, s’abaisse jusqu’à nous, s’accommode à notre portée.

16, Vtile.—Var. de 88: belle.

22, Femmes.—Add. de 88: et bien nées.—«Une cour sans femmes, disait François Ier, est un parterre sans roses.»

32, Argolica.—D’Argos; qualification donnée ici à la flotte grecque, parce qu’Agamemnon, roi d’Argos, en avait le commandement suprême.

32, Capharea.—C’est près du cap de ce nom que la tempête dispersa la flotte des Grecs, au retour de la guerre de Troie.

150,

6, Iouyr.—Il faut avoir réellement bien désiré ce dont on veut avoir bien réellement le plaisir de jouir.—Dorat, dans sa comédie de La feinte par amour, a dit: «Qui plaît sans aimer, jouit sans être heureux.» On en a fait:

«Qui jouit sans aimer, jouit sans être heureux.»

6, Masque.—Hypocrisie.

11, Brachmanes.—Dits aussi Brahmes, Bramines; prêtres de la religion de Bouddha. Ils se distinguent par un costume spécial, et, bien qu’en principe constituant une caste d’ordre supérieur, vivant des dons des fidèles, beaucoup sont en réalité dans la misère.

24, Platon.—Selon les principes posés par Lysias (au commencement du Phèdre de Platon), et que réfute ensuite Socrate.

28, Engeance.—C.-à-d. je ne connais pas plus la femme sans amour, que je ne reconnais mère celle qui n’a pas d’enfant.

152,

8, Preambulaires.—Qui précèdent un mal plus violent, plus dangereux.

11, Tibere.—Tacite, Ann., VI, 1.

13, Flora.—Était de bonne maison et de grande lignée, et fut particulièrement en relations avec Pompée. Ce dont Montaigne, d’après Brantome, Vie des Dames galantes, I, se fait ici l’écho, est tenu comme faux par Bayle, art. Flora.

15, Deduit.—Plaisir; viendrait, suivant certains, du latin deducere, emmener, parce que, disent les étymologistes, jamais à court de déductions, lorsque quelqu’un a du chagrin, on l’emmène ailleurs pour le consoler (?).

16, Brocadel.—La brocatelle, ou le brocart.

24, La beauté.—Var. de 88: le corps.

31, Commerces.—L’un avec les hommes par une conversation libre et familière, l’autre avec les femmes par l’amour.

154,

14, Bride.—Proverbe signifiant qu’il est facile de supporter quelques ennuis, quand on a le remède sous la main.

15, Sicile.—Ce roi est dit «nostre», parce qu’il était de la famille régnante de France, se trouvant descendre comme elle de saint Louis, son aïeul à la cinquième génération.

37, Librairie.—Je me retire un peu plus souvent dans ma bibliothèque.—Voir sur cette bibliothèque la notice afférente aux illustrations, IV, fas. A.

156,

2, Dicte.—Montaigne, comme tous les seigneurs de son temps, avait à sa disposition un secrétaire, ou quelque serviteur pouvant en tenir lieu; la relation de ses voyages, dont on possède le manuscrit, a été écrite partie par lui, partie sous sa dictée.

9, Poly.—Propre, orné, de l’italien polito, qui signifie propre, net.

11, Despense.—Si je craignais aussi peu les embarras que la dépense.

19, Liures.—A la mort de Montaigne, sa fille fit don à un abbé, grand vicaire du diocèse d’Auch, de la totalité des livres que son père avait possédés et dont lui-même a évalué le nombre à un millier. La plupart sont aujourd’hui perdus, soixante-seize seulement demeurent: français, grecs, latins, espagnols, italiens, consistant en ouvrages de médecine, de droit, un ou deux romans, quelques poètes et relativement nombre d’historiens, entre autres les «Commentaires» de César (N. II, 82: Lisant, et 646: Militaire).

21, Prospect.—Vue, perspective; du latin prospectus francisé par Montaigne.—Elle a trois fenêtres qui, chacune, offrent une vue agréable et étendue.

27, Presse.—C.-à-d. je suis bien aise qu’il soit un peu pénible d’y monter et qu’elle soit à l’écart, parce que cela me fournit l’occasion de faire quelque exercice et aussi m’éloigne de la foule.

158,

7, Quest.—Le gain, comme port. l’éd. de 88; du latin quæstus d’où est dérivé acquêt.—Maintenant pour m’amuser, et jamais en aucun temps pour le gain.

CHAPITRE IV.

160,

4, Faisant.—En vous opposant brusquement à leur tristesse.

7, Œuure.—Mirabeau prétendait au contraire que la laideur est une chance de succès dans un certain nombre de professions, au nombre desquelles il plaçait la médecine.

14, Persuader.—Add. de 88: quand il y a resistance.

17, Temps.—Var. de 88: bonne piece.

20, Plaint.—Cicéron, Tusc., III, 31.

25, Amas.—C.-à-d. et n’employant pas, pour en faire usage suivant le cas, ces divers genres de consolation banale.

162,

2, Peloponnesiaque.—Plutarque, Périclès, 21.—On a accusé Périclès d’avoir fait naître cette guerre pour détourner de lui les accusations dont il était l’objet, par suite de l’envie qu’il excitait.

2, Reuoquer.—Éloigner; en ce sens, c’est purement le mot latin revocare.

5, Liege.—De Comines, Mém., II, 3.—En 1468. La ville était en conflit avec son évêque qui était son suzerain et que patronnait le duc de Bourgogne; elle était divisée et le parti de la paix avait fait décider d’ouvrir ses portes au duc, qui s’était fait précéder du Sire d’Himbercourt. Cette velléité de résistance eut pour effet quelques exécutions, le démantèlement de la ville et une forte contribution de guerre, ce qui n’empêcha pas les Liégeois de se soulever à nouveau l’année suivante, sédition qui aboutit aux rigueurs les plus excessives.

20, Grasses.—Des offres plus avantageuses.

25, Predicament.—De cette catégorie. On appelle «prédicaments», en logique, les dix catégories d’Aristote.

25, Atalante.—Ovide, Métam., X, 571.

164,

9, Fil.—On l’accoutume difficilement à combattre les maux en face.

19, Ptolomee.—Ptolémée Lagus (du nom de son père) passait pour fils d’une maîtresse de Philippe de Macédoine, laquelle aurait ensuite épousé Lagus, un des principaux officiers de ce prince. A la mort d’Alexandre, il reçut en partage l’Égypte où régnèrent ses descendants jusqu’à la mort de Cléopâtre. Habile et actif à la guerre, il ne le fut pas moins à l’intérieur et protégea les lettres et les sciences; ce fut lui qui fonda la célèbre bibliothèque d’Alexandrie. Il mourut en 283, il avait abdiqué deux ans auparavant.

20, Discours.—Cicéron, Tusc., I, 34; Valère Maxime, VIII, 9.—Hégésias prétendait qu’il vaut mieux mourir que vivre, parce que la somme des maux l’emporte sur celle des biens; ses paroles imprimaient, dit-on, si avant dans l’esprit de ses auditeurs l’image des choses qu’elles représentaient, que lorsqu’il avait parlé des maux de la vie, la plupart de ceux qui l’écoutaient, voulaient se tuer de leurs propres mains.

32, Raualoit.—Se fixait, se reportait sur...

166,

4, Deffaict.—Exécuté.—Tacite, Ann., XV, 67; il a déjà été question de Subrius Flavius, I, 30.

15, Estocade.—Les uns lisent «estocade», les autres «estacade». Dans le premier cas, cela signifie «à l’épée», l’estoc était une épée longue et étroite; dans le second, cela veut dire «en champ clos», l’estacade était une sorte de lice, environnée de barrières, où les champions se renfermaient pour se battre à outrance, sans être gênés par le public tout en demeurant sous ses yeux; de fait, les deux interprétations aboutissent au même sens.

17, Crioit.—Add. de 88: qu’il estoit mort, et.

20, Se descharger.—Se dégager, se débarrasser.

21, Syllanus.—Tacite, Ann., XVI, 9.

168,

3, Manes.—Les mânes étaient, dans la mythologie des Romains, les âmes des morts considérées comme divinités infernales; on leur rendait un culte et les distinguait en bonnes et méchantes.

3, Imos.—Malédiction proférée, au dire de Virgile, En., IV, 382, 387, par Didon contre Énée qui l’abandonne. C’est par une fiction bien éloignée de la vérité historique que le poète fait vivre cette princesse au temps du héros troyen, auquel elle est postérieure de plus de trois siècles.

9, Teste.—Valère Maxime, IV, 10; Diogène Laerce, Xénophon; Elien, Hist. div., III, 3.—En 363; Xénophon avait deux fils, Cyrillus était l’aîné. Par son geste, il témoignait que la bravoure dont son fils avait fait preuve, lui causait plus de satisfaction que sa mort ne lui faisait ressentir d’amertume: «Je savais, dit-il, que mon fils était mortel!»—Le Maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, eut son fils tué, en Espagne, dans une embuscade, après une défense héroïque (1811). Son corps, retrouvé peu de temps après, était couvert de blessures; ce voyant, le vieux guerrier eut un moment d’orgueil qui sécha presque ses larmes; et racontant à un ami cette mort de son enfant unique: «Ses morceaux, dit-il, se défendaient encore.»

9, Epicurus.—Dans sa lettre à Hermachus. V. liv. II, ch. XVI, II, 444.

13, Soldat.—Cicéron, Tusc., II, 26.

14, Costé.—Cornélius Népos, Epam., 9.—Epaminondas blessé mortellement à la bataille de Mantinée (363), apprenant que l’ennemi est en déroute: «J’ai assez vécu, dit-il, puisque je meurs sans avoir été vaincu.» Et, quelqu’un exprimant le regret qu’il n’eût pas de postérité: «Je laisse deux filles immortelles, Leuctres et Mantinée», fit-il en rappelant ses deux victoires; peu après, il expirait. Il fut enterré sur le champ de bataille même, et, du temps de Strabon, deux cippes existaient sur son tombeau, l’un avec une inscription béotienne, l’autre érigé par l’empereur Adrien qui en avait composé lui-même l’inscription. V. N. III, 18: Epaminondas.—La même chose arriva à Nelson, à la bataille de Trafalgar (1805); apprenant que la victoire était complète: «A présent, dit-il, je meurs satisfait; grâces soient rendues à Dieu, j’ai accompli mon devoir.»

20, Autres.—L’école des Stoïciens.

22, Mal.—Sénèque, Epist. 22.

23, Yurongne.—Sénèque, Epist. 83.

24, Blanc.—Est-ce atteindre le but?—Cette expression vient de ce que jadis, comme maintenant, les tirs à l’arc, à l’arbalète, à l’arquebuse, etc... s’effectuaient sur des buts où la partie à atteindre était marquée en blanc; aujourd’hui que l’on tire de plus loin, un point à viser est apposé sur cette partie blanche qu’autrefois on visait elle-même.

25, Consorce.—Dégager de notre communauté.—Consorce a été forgé par Montaigne du latin consortium, société, association.

33, Passion.—«Cette passion (la vengeance), pour un moment plus douce que le miel, dit Homère, trouble ensuite l’âme de sombres vapeurs et lui prépare souvent, pour toute la vie, des maux irréparables.»

170,

3, Seiournez-le.—Donnez-lui du repos, amortissez-le...

10, L’amitié.—Est-ce l’amour de sa future femme ou d’une autre (Montaigne s’est marié en 1565), qui a ainsi fait diversion au chagrin qu’il ressentait de la perte de son ami La Boétie survenue en 1563?

21, Muant.—Changeant de lieu.

23, M’esgare.—Et ne sais ce que je deviens, me perd de vue.

31, Leniment.—Adoucissement, du latin lenire.

35, Chien.—Ce chien, dit Plutarque, Alcibiade, 4, remarquable par sa taille et sa beauté, et dont la queue était le plus bel ornement, avait coûté 70 mines, environ 50.000 fr.

172,

1, Desuoyer.—Mettre hors de la voie, du chemin, désorienter.

1, Parleurs.—Les indiscrets, les cancaniers.

3, Enuoye.—Var. de 88: chasse.

17, Enfance.—Dans le traité intitulé: Consolation envoyée à sa femme, sur la mort d’une sienne fille, ch. 1; le même que dans une circonstance analogue Montaigne envoyait à sa femme, le 10 septembre 1570, également en manière de consolation.

20, Romme.—Le corps ayant été porté sur la place publique où l’oraison funèbre devait être prononcée, Antoine en la terminant prit la robe toute sanglante et montrant les coups qu’il avait reçus (César avait été frappé de 23 blessures, dont une seule mortelle qui lui avait été faite à la poitrine), excita le peuple qui, prenant tout ce qui était à sa portée, les bancs, les tables des boutiques environnantes, dressa séance tenante un grand bûcher où le corps fut placé; et, quand le feu eut fait son œuvre, chacun s’emparant d’un tison enflammé courut aux maisons des conjurés pour les incendier, mais déjà ils s’étaient fortifiés et avaient paré au danger.

21, Tintoüine.—Tinte, retentit; mot forgé par Montaigne du latin tintinnare.

24, Grammairienne.—L’ex. de Bordeaux aj.: et voyelle, add. qui a été admise dans la traduction.—C.-à-d. une plainte uniquement composée de mots et de sons, à l’exclusion de tout sentiment effectif.

33, Desirer.—Même de désirer l’éviter.

34, Empereur.—Tibère, ce monstre de cruauté, qualifié ici de «bon» par antiphrase. Suétone, Tibère, 62.

36, Bourrellerie.—Des bourreaux, des tortures.

37, Là.—Dans un état semblable.

174,

11, Didon.—Après l’abandon d’Énée; V. N. III, 168: Imos.

11, Ariadné.—Après l’abandon de Thésée.

16, Iambe.—Diogène Laerce, IV, 17.—Polémon en était arrivé à se dominer au point que jamais on ne vit la moindre altération sur son visage, ni sa voix trahir aucune émotion, soit sous l’effet de la douleur, soit sous celui de la crainte ou des plaisirs.

18, Accession.—Augmentation, accroissement, du latin accedere, part. passé accessus, qui a même sens.

29, Empruntée.—Qu’ils s’affligent d’une douleur simulée.

33, La Fere.—En 1580; par le Maréchal de Matignon qui s’en empara sur les Protestants; le duc de Grammont y fut tué par un boulet qui lui emporta un bras.

37, Quintillian.—Inst. orat., IV, 2, vers la fin.

176,

7, Prestre-martin.—Expression proverbiale fondée sur le conte d’un prêtre du nom de Martin qui, disant la messe, faisait à la fois fonctions de prêtre et de clerc, chantant et répondant, ce qui s’appelle aujourd’hui: faire les demandes et les réponses.

11, Desdaing.—Et faire diversion à la pitié par le dédain.

15, Instructiue.—Comme si le regret était un sentiment instructif, qui nous révélât des qualités inconnues dans celui qui en est l’objet.

18, Digne.—Le texte porte digne, ce qui ne se comprend pas. Il est probable que le texte initial portait indigne, et que c’est une erreur d’impression dans l’édition de 1580; et que, passée alors inaperçue, elle s’est reproduite dans celles qui ont suivi.

20, Exemple.—Le texte et le sens prêtent aussi bien à dire: que je dois, ou qui m’est donné; nous avons préféré cette dernière version parce que l’homme est plus souvent entraîné par l’exemple comme les moutons de Panurge, que porté à le donner.

178,

7, Puisse.—Est-il un seul être dans la nature, l’homme excepté, qui se sustente du néant; un seul être sur lequel le néant ait action?

10, Fié.—Hérodote, III, 30.—En 525; et cela parce qu’étant en Égypte, il avait vu en songe un courrier de Perse, où était demeuré Smerdis son frère, lui annonçant que son frère avait été aperçu assis sur le trône. A ce moment du reste, Cambyse était sujet à des accès de démence que les Égyptiens attribuaient à ce qu’il avait fait tuer le bœuf Apis.—Diodore de Sicile raconte cet autre fait non moins atroce: Un certain Marsyas avait rêvé qu’il coupait la gorge à Denys le Tyran; celui-ci, qui eut connaissance de ce rêve, le fit mourir, disant qu’il n’y aurait pas songé la nuit, s’il n’y avait pas pensé le jour.

12, Chiens.—Plutarque, De la Superstition, 9.—En 724; Aristodème était alors en guerre avec les Lacédémoniens; outre ces hurlements dont il augurait mal, du chiendent avait poussé autour de sa demeure!

12, Autant.—Plutarque, De la Superstition, 9.—Midas s’empoisonna, dit-on, avec du sang de taureau, pour la raison qu’indique Montaigne.

17, Prometheo.—Selon les uns, il fit l’homme avec de l’argile et l’anima avec le feu du ciel qu’il avait dérobé. Selon d’autres, Jupiter n’avait pas donné aux hommes l’usage du feu; Prométhée, en dérobant au soleil, les en dota; Jupiter, irrité de son audace, le fit enchaîner sur le Caucase, où un vautour lui rongeait le foie qui sans cesse renaissait; Hercule le délivra. Myth.

CHAPITRE V.

Ce chapitre est un des plus curieux, des plus variés des Essais; Montaigne s’y montre tour à tour sérieux et badin, grave et plaisant, sage et fou, moraliste austère et cynique effronté; on y trouve de tout: de la gaîté, du goût, de la raison, de la philosophie, une grande connaissance du cœur humain, des vues et des conseils très sages sur la manière de tirer parti de la vieillesse; des observations fines et judicieuses sur l’amour en général, sur le mariage, ses avantages et ses inconvénients; sur ses accidents, sur l’injustice de la jalousie, sur la chasteté, devoir difficile à observer, sur les inconvénients de notre curiosité à cet égard; sur les caractères de la véritable éloquence; sur la force que les bons esprits donnent à leur langue et les nouvelles richesses qu’ils lui apportent; sur les avantages et les défauts de la langue française; sur la liberté des écrits et des paroles, sur les avantages qu’on pourrait retirer de l’amour dans un âge avancé, etc.; en un mot, Montaigne y traite incidemment toutes sortes de matières liées à son sujet, mais dont le rapport réel n’est pas toujours facile à saisir. On croit, en lisant ce chapitre, entendre causer ensemble cinq ou six hommes d’esprit qui laissent aller la conversation comme elle vient; qui s’arrêtent plus ou moins longtemps sur certains textes, et disent toutes les folies qui leur passent par la tête; il est peu de chapitres où se montre plus de verve et d’originalité. Naigeon.

22, Pensemens.—Réflexions.

23, Onereux.—A mesure que les réflexions sur des sujets d’utilité sont plus profondes et plus solides, elles deviennent plus embarrassantes et plus fatigantes.

24, Greuent.—Pèsent, accablent, font souffrir, du latin gravare; est encore en usage.

28, Bandée.—Elle extravague, pour être continuellement appliquée à une étude si sérieuse.

31, Office.—Dans le devoir.

180,

7, Seiourne.—Qui la repose.

17, Folie.—Cette même pensée a déjà été exprimée (I, 344): «Soyez sobrement sages.»

«Dans le mal comme dans le bien, Tous les excès ne valent rien». Paris ridicule, 1666.

19, Siet.—Le texte latin porte: ne foret.

23, Ieunesses.—Var. de 88: folies.

28, Peuuent.—Add. de 88: encor.

30, Secousses.—De temps à autre.

34, Platon.—Traité des Lois, II.

39, Esbaudi.—Signifie à peu près la même chose que «resioui», mais l’allégresse qu’il marque est plus démonstrative et agitée; n’est usité aujourd’hui que dans le langage populaire.

182,

3, Tressaillir.—J’en suis bientôt au point de me féliciter...

4, Deult.—Ne me fait du mal.

11, L’estre.—C’est, mot pour mot, ce que dit Cicéron dans son traité De la Vieillesse, 19.

13, Voluptez.—Cette phrase incidente: «telles que les satisfactions d’amour-propre», que porte la traduction, n’est pas dans le texte; c’est une phrase explicative dérivant de ce qui suit.

18, Prinssé-ie.—Que ne puis-je encore éprouver du plaisir...

20, Salutem.—Vers d’Ennius, cité par Cicéron, De Off., I, 24, au sujet de Fabius Maximus qui, dit-il, travaillait au bien public, sans se mettre en peine de tout ce qu’on publiait à Rome pour décrier sa conduite. Coste.

32, Logis.—Cicéron, De Senectute, II.—Nous imposent le repos, en nous libérant de certaines obligations, ou nous contraignant à la cessation de certaines fonctions à des âges déterminés, ce qui, plus que jamais, est de règle de nos jours. Cette limite, dans l’armée, varie avec le grade; dans la magistrature, elle vient à 70 ans; dans les autres administrations et carrières civiles, elle est d’ordinaire de 60 ans et 30 ans de services.

41, Mal.—Souffrance, peine, douleur.

184,

11, Personne.—Add. de 88: d’honneur.—Ce souhait de Montaigne a été exaucé: Pierre Charron, chanoine théologal de Condom (1551 à 1603), avec lequel il était déjà en relations depuis quelques années, devint, vers 1589, le confident de ses dernières années et le continuateur de sa pensée, dans son traité De la Sagesse.

12, Resseante.—Fixe, sédentaire.—C.-à-d. qui soit à demeure quelque part ou qui aime à voyager.

14, Paume.—Elle n’a qu’à faire un signe.—«Siffler en paume», c’est siffler en soufflant d’une certaine façon entre ses doigts.

16, Vieillesse.—D’échapper à la vieillesse.

19, Affreté.—Attaché, lié, accroché.—Var. de 88, de l’ex. de Bord. et de l’éd. de 1635: affreré.

22, Colligence.—Étroite liaison; du latin colligare, joindre, lier, nouer ensemble.

23, Compagnon.—Le corps.

33, Par venuës.—Sans interruption; littéralement par train continu, suite entretenue.

34, Eloises.—Éclairs. V. N. II, 274.—Est pris ici au figuré: des idées, des conceptions.

35, Esperdus.—Pour ne pas dire les plus extravagants.

39, Veut.—Mon esprit veut encore...

186,

1, Rire.—Pline, Hist. nat., VIII, 19.—Crassus, pour ce motif, avait été surnommé «Agélaste», le glacé.—On a dit aussi de Jésus-Christ qu’on ne l’avait jamais vu rire, mais qu’on l’avait souvent vu pleurer.

17, Archeanassa.—C.-à-d. de critiquer les écrits de Platon et de glisser légèrement sur les relations qu’on lui prête avec...—On a cru trouver la preuve de ces relations et autres de même sorte, prêtées à Platon, dans diverses épigrammes que lui attribue Diogène Laerce, et qui portent:

«Alexis n’est plus, prononcez seulement son nom et chacun se retourne; Phédon n’était pas moins beau et nous l’avons perdu».—Alexis semble avoir été un poète comique de l’époque; Phédon était le co-disciple de Platon aux leçons de Socrate, il était retourné en Élide, après la mort de Socrate; Platon a donné son nom à un de ses plus importants dialogues sur l’immortalité.

«Cher Dion, de quel amour tu embrases mon cœur!»—Dion était le gendre de Denys l’Ancien, Platon fut constamment dans les meilleurs rapports avec lui.

«Quand tu considères les astres, chez Aster, je voudrais être le ciel, pour te voir avec autant d’yeux qu’il y a d’étoiles.»—Aster était un jeune homme qui se livrait à l’astronomie avec Platon; Montaigne l’appelle Stella, probablement parce que les deux mots ont en latin même signification.

«La belle Archeanassa, de Colophon, est à moi. Oh! de quelle ardeur elle a dû vous embraser, vous qui avez goûté les premiers de sa jeunesse.»

«Quand je couvrais Agathon de baisers, mon âme était tout entière sur mes lèvres, prête à s’envoler.»

32, Mineuses.—Affectées, minaudières.

188,

7, Biens faicts.—Bonnes actions; est pris ici dans le sens opposé à mesfaicts, mot qui suit et dont l’acception n’est pas douteuse.

19, Moins.—Montaigne fait dire ici à Thalès le contraire de ce qu’il a dit: «Un homme qui avait commis un adultère, conte Diogène Laerce, I, 36, d’où le fait est tiré, ayant demandé à Thalès s’il devait le nier par serment, Thalès lui répondit: «Mais le parjure n’est-il pas pire que l’adultère?»

23, Vice.—Quand on lui donne à choisir entre quelque entreprise périlleuse et une action vicieuse.

24, Origene.—Comme on en usa avec Origène, en le réduisant au choix ou d’idolâtrer, ou de se souffrir...

28, Celles.—Pourtant, dans leur erreur, elles ne seraient pas dégoûtées, les femmes qui...

31, Ariston.—Plutarque, traité De la Curiosité, 3.

33, Rebrasser.—Retrousser, découvrir; on trouve dans le dictionnaire de l’Académie: «rebrasser ses manches».

190,

1, Sot.—Cela arrive très souvent, et a fait dire à La Rochefoucauld dans ses Pensées qu’un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon.

3, Paroy.—Le côté intérieur d’une muraille.

5, Huguenots.—Mot qui dérive par corruption de eidgenossen, qui signifie confédéré par serment.

10, Eschange.—D’être pris pour autre que je ne suis.

17, Cher.—J’aimerais autant.

19, Archelaus.—Plutarque, Apophth. des rois.—Tout le monde connaît le mot de Turenne à un de ses domestiques qui, lui ayant, par méprise, appliqué un grand coup sur les fesses, lui en demandait pardon à genoux, disant qu’il l’avait pris pour Georges son camarade: «Et quand c’eût été Georges, dit tranquillement Turenne, en se frottant le derrière, était-ce une raison pour frapper si fort!»

22, Socrates.—Diogène Laerce, II, 36.

35, Cabinet.—C.-à-d. que les femmes, en raison de la liberté avec laquelle il y parle de l’amour, n’oseront lire ce chapitre qu’en particulier, dans leur boudoir.

192,

4, Reglez.—Dans sa préface de l’édition de 1595, Mademoiselle de Gournay entrant dans les idées de Montaigne à ce propos et le défendant, dit en substance: «Qu’ils sont donc chatouilleux sur cette question, ceux qui font croire à la jeunesse qu’on ne peut entendre parler de l’amour sans le ressentir; c’est comme si un prédicateur venait dire que c’est rompre l’abstinence en temps de carême, que d’entendre parler de manger et de ce qui s’y rapporte.» Mais il faut ajouter qu’en fait d’amour, fort probablement Mademoiselle de Gournay ne s’y connaissait guère (en 1595 elle avait déjà 30 ans), et qu’elle en parlait un peu comme un aveugle des couleurs.

5, Trahir.—Cicéron, Epist. fam., IX, 22; dans cette lettre Cicéron expose sur la liberté de langage les principes des Stoïciens.

8, Bon.—Car il est à remarquer que...

14, Franchise.—Dans l’asile, sous la sauvegarde.

14, L’arracher.—Ce que Montaigne dit ici est exact; mais la cause de cet état de choses qu’il peint si bien n’est autre que, si cette loi du silence, devenue instinctive et contre laquelle il s’élève, n’existait pas, les dévergondages occasionnés par cette passion, déjà si grande, en arriveraient à un degré tel qu’ils ne pourraient plus être contenus; elle est une sauvegarde de la société sur un point où celle-ci est à la vérité quelque peu en contradiction avec la nature. Où irions-nous, si on en pouvait parler en toute liberté? La délimitation entre ce qui se peut et ce qui ne se peut pas dire sans inconvénient sur ce sujet est trop délicate à fixer, serait trop difficile à observer; il a été plus pratique et plus sage de proscrire complètement ce thème de conversation.

20, Supprimez.—Tacite, parlant des Annales de Cremutius Cordus, que le Sénat fit brûler, dit: «L’ouvrage n’en est pas moins resté, on le cacha et plus tard il reparut.»

—St-Amand apprécie de même cette mesure dans sa Rome ridicule:

«C’est doublement les faire vivre, Que les faire mourir ainsi».

20, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 9.

21, Honteux.—La pudeur doit servir...

24, Estriuent.—Résistent.

25, Suiuent.—Vers de la traduction, par Amyot, du traité de Plutarque, Qu’il faut qu’un philosophe converse avec les Princes, 5.

30, Mal mesler.—Brouiller.

194,

4, Dieu.—Il n’y a pas si longtemps que j’ai cessé d’être enrôlé sous les drapeaux de ce dieu.

32, Maritale.—Cette appréciation de Montaigne est aussi celle de Bernardin de S.-Pierre qui, dans son Préambule de l’Arcadie, insère la citation qui précède et la fait suivre de ce commentaire: «Mais, pour affaiblir ce que ce tableau a de licencieux et de contraire aux mœurs conjugales, le sage Virgile oppose immédiatement après, à la déesse de la volupté, qui demande à son mari des armes pour son fils naturel, une mère de famille, chaste et pauvre, occupée des arts de Minerve pour élever ses petits enfants; et il applique cette image touchante, aux mêmes heures de la nuit, pour présenter un nouveau contraste des différents usages que font du même temps le vice et la vertu.»

33, Mousses.

«L’amour que l’on contracte entre mains de notaire, Ne connaît point d’amour les plus secrets mystères; C’est un amour bâtard, qui naquit (ce dit-on), Là-bas, dans les enfers, de la vieille Alecton. Mais l’autre, qui fut fils de la belle Cyprine, D’une plus douce flamme échauffe la poitrine. Il nous apprend des tours qui sont bien plus plaisants, Et de cent mille jeux entretient nos beaux ans.» Gilles Durand de la Bergerie, 1591.

37, Raison.—Doivent avec raison être pris en considération, entrer en ligne de compte.

196,

3, Ailleurs.—Liv. I, ch. XXIX; II, 346.

4, Prudemment.—Il faut prudement, c.-à-d. avec pruderie, décence, réserve; Aristote dit en effet: «Que le mari approche de sa femme avec pruderie et modestie; qu’il soit vergogneux (chaste, réservé) en paroles, droiturier et honnête en actions.»—Le concile de Trente a dit de même: «Le mariage est une chose sainte, il faut le traiter saintement.»—Dans le langage du XVIe siècle, pruderie était toujours pris en bonne part et signifiait décence austère, exempte d’hypocrisie, comme dans ces vers du Roman de la Rose:

«Prudes femmes, par Saint Denys, Autant en est que de Phenix.»

16, D’aguet.—Avec précaution, circonspection; en demeurant sur ses gardes.

21, Troubler.—Var. de 88: mesler.

25, Vertu.—Sage et judicieuse réflexion sur la noblesse comparée à la vertu.

28, Nil.—Les sources de ce fleuve, si célèbre de toute antiquité, qui a un cours de 6.500 kil., sont longtemps demeurées inconnues; leur recherche préoccupait déjà les anciens.—Néron envoya une expédition pour les découvrir. Au IIe siècle, le géographe Ptolémée faisait sortir le Nil de deux grands lacs situés au pied de montagnes couvertes de neiges éternelles (montagnes de la Lune) et les cartes et les sphères du XVIe siècle indiquent d’une manière relativement précise la situation de ces lacs, indication que ne reproduisent pas les cartes du XVIIIe siècle. A partir du commencement du XVIe siècle, les Européens entrèrent en relations avec les rois d’Abyssinie et connurent les sources du Nil bleu qui sort du plateau abyssin, mais plus de trois siècles devaient encore s’écouler avant que celles du Nil blanc (Bahr el-Abiad) ne fussent découvertes. En 1850, un explorateur anglais, Livingstone, le signala comme sortant d’un grand lac de l’Afrique équatoriale qu’il ne put atteindre. En 1858, Speke, officier de l’armée des Indes, y parvint, lui donna le nom de Victoria-Nyanza, mais n’arriva pas à reconnaître l’endroit d’où le fleuve en sort. Ce ne fut qu’en 1875 que Stanley le constata, en même temps que l’existence d’un autre lac qu’il appela l’Albert-Édouard, dont les eaux se déversent dans le cours d’eau sorti du Victoria-Nyanza. Enfin en 1892, un missionnaire allemand, Baumann, reconnut le Kagera, principal tributaire du Victoria-Nyanza, qui sort d’un lac de beaucoup moindre étendue qu’il nomma lac Alexandra; de telle sorte qu’on tient aujourd’hui comme sources du Nil blanc le lac Albert-Édouard (source occidentale) et le lac Alexandra (source orientale).

38, Antigonus.—Plutarque, De la mauvaise honte, 10.

198,

10, Ruffiens.—Amants, galants; mot de provenance italienne.

12, Leur.—Arrien dit que chez les Indiens, le peuple était divisé en plusieurs ordres, et qu’une loi défendait les mariages entre individus d’ordres différents: un laboureur ne pouvait épouser la fille d’un artisan et ainsi des autres.

13, Pollus.—Souillés; du latin pollutus, qui a même signification.

18, S’entreheurter.—En dehors de ruelles étroites, il n’y a à proprement parler que fort peu de rues à Venise; des canaux de largeur variable et en nombre infini en tiennent lieu. On y chemine en gondoles (barques légères), qui dans leur marche silencieuse courraient risque de se heurter, aux tournants, dans les croisements où la vue est interceptée par les maisons en bordure, si, par un cri particulier, les gondoliers ne se signalaient entre eux.

28, Est.—Ce membre de phrase et ce qu’il dit plus loin (III, 344): «Il y a toujours quelque piece qui va de trauers, etc.», donnent à penser que dans le ménage de Montaigne tout n’allait pas continuellement pour le mieux; mais, comme il le dit, n’est-ce pas une règle générale et peut-il en être autrement, étant donné la versatilité de notre nature?

«Qui se marie par amour, A bonnes nuits et mauvais jours; Qui se marie par argent, A jour et nuit le cœur dolent.»

200,

9, Socrates.—Diogène Laerce, II, 33.

9, Commode.—Avantageux.

11, Repentira.

«Aller à la guerre ou se marier Ne doit se conseiller.»

«C’est le célibataire qui n’a point de disputes» (Proverbe cité par S. Jérôme).—«Es-tu délivré de femme, n’en cherche point.» S. Paul.

12, Lupus.—La première de ces deux sentences: «L’homme est à l’homme un dieu», est du poète comique Cécilius, qui ajoute: «s’il connaît son devoir». La seconde, «un loup», est de Plaute, qui la complète en disant: «lorsqu’il ne sait quel il est».

18, Collo.—Nombre de gens pensent de la sorte; il en a été ainsi de tous temps, mais cela ne fait que croître avec les besoins de bien-être qu’amènent les progrès de la civilisation et les difficultés de la vie; le mariage a tendance à être délaissé, malgré l’atténuation résultant du divorce rendu chaque jour plus accessible, et la femme, exposée de plus en plus à rester fille, est réduite à chercher par elle-même les moyens d’existence qu’elle devrait tenir du travail d’un mari.—C’est qu’aussi combien est plus facile la vie pour le célibataire: les restaurants pourvoient à sa nourriture, les cercles à son intérieur, les maisons de santé le recueillent quand il est malade; il lui est aisé de satisfaire ses appétits sensuels, au mieux de ses caprices du moment; il ne connaît ni les orages, ni les embarras ni les soucis d’un ménage; les enfants ne lui sont point à charge; il n’a à penser et ne pense qu’à lui; toutes choses égales, il est libre et riche, alors que le père de famille a des obligations et se trouve dans la gêne. Même sous le rapport de l’affection, ayant dans le présent plus de ressources, pour l’avenir l’entière disposition de son héritage, l’entourage ne lui fait pas défaut et il trouve chez des parents, des étrangers, les attentions, les témoignages de sentiments en apparence les plus désintéressés, qu’on ne rencontre pas toujours chez les enfants, auxquels on en passe davantage et qui ont des droits, qui font qu’ils en prennent beaucoup plus à leur aise.—Le célibataire est un parasite, qui ne rend pas à la société ce qu’il en retire; à Sparte, il était noté d’infamie, certaines exclusions étaient portées contre lui et parmi les hontes qui lui étaient imposées, à certaine fête, les femmes lui faisaient faire le tour d’un autel, en le battant de verges. On ne saurait à notre époque user de semblables procédés qui seraient par trop inefficaces, et cependant il ne serait qu’équitable de compenser, dans la mesure du possible, les obligations auxquelles il échappe; on pourrait par exemple dans l’obtention de certains emplois, de certaines faveurs, avantager à mérite égal les pères de famille tandis que souvent cette situation tourne contre eux; mais surtout un impôt spécial, proportionnel à leurs revenus, devrait frapper les célibataires et le produit en être affecté à l’attribution de subsides aux familles chargées d’enfants qui sont nécessiteuses, etc.

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