NOTES (continued 5)
Michaud translation
Les manœuvres dites de forteresse, comme celles du service de santé, sont de la plus complète inutilité: les premières par l’impossibilité d’exécuter les travaux de terrassement dans les conditions et avec tout le développement que comporte la réalité, les secondes parce que tout y est fictif; de simples conférences sur le terrain les remplaceraient avantageusement. De même les manœuvres avec tirs réels et aussi les feux de guerre constituent des superfluités coûteuses, dont les résultats sont absolument nuls; la détermination des effets du tir dans telles et telles conditions se fait dans les polygones; ces expériences sont à reproduire de temps à autre dans les garnisons en se plaçant dans les meilleures conditions de réussite pour que chacun puisse en juger, tout le monde sachant du reste que plus on s’éloigne de ces conditions et notamment quand la distance est mal appréciée, les résultats déclinent rapidement pour en arriver facilement à être réduits à zéro et tout exercice réel de ce genre est superflu.
34, Permettoit.—Diogène Laerce, IV, 38.
35, Demis.—Ses détracteurs ont également reproché à Sénèque d’avoir écrit sur le mépris des richesses, alors que lui-même en avait de considérables; chez n’importe qui le luxe n’a rien de répréhensible, s’il a été bien acquis. Le mal, en pareil cas, n’est pas d’y entrer et d’en user, mais de savoir en sortir.
422,
2, Patience.—On juge, en effet, de tout par comparaison; et souvent, on est moins malheureux quand on voit plus malheureux que soi.
5, Accoustumance.—Au dernier alinéa du ch. XIX de ce même livre, Montaigne a déjà dit que les paysans et les gens du commun ont plus de véritable philosophie.
22, Saluste.—Catil., 4.
23, Cyrus.—Xénophon, Économique, IV, 20.
30, Rufus.—Pline, Epist., I, 3.—C’est à un Caninius Rufus, au lieu de Cornelius Rufus, que ce conseil est adressé.
37, Immortelle.—Cicéron, Orator, 43.—«Si tu cherches la retraite, que ce soit pour parler à toi, et non pour faire parler de toi», dit, au contraire, Sénèque, Epist. 25. V. I, 428.
424,
5, Contradiction.—N’en déplaise à Montaigne, il n’y a pas contradiction à chercher à occuper ses loisirs, quand on s’est retiré de la vie publique. Outre que, sans cela, on serait le plus souvent à charge à soi-même et aux autres, on ne saurait blâmer ceux qui emploient au mieux de ce qui leur est possible «les restes d’une vie qui s’en va, d’une ardeur qui s’éteint». Du reste, développant son idée, l’auteur ne critique que l’excès que l’on peut apporter dans les occupations nouvelles auxquelles on se livre, ce en quoi il a raison; mais, là où tout le monde peut ne pas partager son enthousiasme, c’est quand il exalte ceux qui se confinent dans la solitude, pour y mener une vie exclusivement contemplative; leur tranquillité relative est indéniable, mais pour avoir droit au repos, il faut l’avoir gagné, et c’est pourquoi, en ce qui les concerne, chaque cas est à juger en particulier.
21, Conseil.—Le conseil de Pline à Rufus.
22, Liures.—Les éd. ant. à 88 aj.: si elle a faute de regle et de mesure, elle.
31, Philistas.—Passage traduit de Sénèque, Epist. 51.—De ce nom «Philistas», ou mieux de celui de Phélestas (en grec φηλήτης) que les anciens Égyptiens donnaient aux voleurs de grand chemin (d’où viennent le mot latin fallere tromper et le mot français filou), a pu provenir celui de Philistins, attribué par les Hébreux à ces tribus qui occupaient une partie de la côte de Syrie, aux dépens desquels ils s’établirent, avec lesquels ils furent si fréquemment en guerre, et le nom est peut-être l’origine de celui de Palestine, donné par les Romains à cette contrée.
34, Suitte.—Ésope conte que Jupiter, voulant un jour mêler ensemble la volupté et la douleur, n’y parvint pas, et décida alors qu’elles se suivraient mutuellement, règle qui, en fait, est bien loin d’être d’application courante, aussi Antisthène recommandait-il de rechercher les plaisirs qui suivent la peine et non ceux qui la précèdent.
426,
13, Via.—Citation que Montaigne a fait précéder de sa traduction.
21, Presse.—Pour le monde, au bénéfice de la société.
34, Autres.—Les éd. ant. à 88 aj.: et les alonger de toute nostre puissance. Quamcumque Deus tibi fortunauerit horam, Grata sume manu, nec dulcia differ in annum (Quelle que soit l’heure à laquelle Dieu se montre favorable à toi, accepte avec reconnaissance, n’ajourne pas à plus tard ce qui est doux à recevoir).
38, Ambition.—V. I, 410 et N. Société.
428,
5, Troupe.—C.-à-d. se jeter plus avant dans la foule.—Faulsée est un vieux mot qui signifie choc, charge, incursion, irruption.
7, Philosophes.—Épicure et Sénèque; le premier chef de la secte qui porte son nom, le second appartenant à celle des épicuriens.—Sénèque (Epist. 21) cite un passage de la lettre d’Épicure à Idoménée, différente de celle que nous a conservée Diogène Laërce. Le Clerc.
19, Mesme.—Sénèque, Epist. 7.
23, Vray.—Épicure écrivait à Idoménée.
25, Peuple.—Cette idée, Sénèque l’attribue à Démocrite.
27, Taniere.—Sénèque, Epist. 68.
32, Gouuerner.—Sénèque, Epist. 25.
430,
2, Train.—C.-à-d. le respect que vous avez pour eux, vous remettra sur le droit chemin.
5, Cogitations.—Pensées; du latin cogitatio qui a même signification.
9, Premiers.—Pline le Jeune et Cicéron.
CHAPITRE XXXIX.
Ce chapitre est numéroté XL dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
10, Couples.—Épicure et Sénèque d’une part, Cicéron et Pline le Jeune de l’autre.
14, Registres.—Pline ne mérite pas ce reproche. Cicéron, Epist. fam., V, 12, écrivant à Lucceius, le prie, en effet, de ne pas s’attacher simplement à son endroit aux règles de l’histoire, et de franchir hardiment, en sa faveur, les bornes de la vérité; tandis que Pline, Epist., VII, 33, déclare expressément à Tacite qu’il ne demande pas qu’il donne la moindre atteinte à ce qui est: l’histoire, ajoute-t-il, doit émaner de la vérité qui suffit pour que soient acceptés tous les faits qu’elle relate.
16, Histoires.—Ce désir de voir leurs faits et gestes passer à la postérité (toute altération de la vérité mise de côté) était bien excusable chez ces deux personnages, en raison des services qu’ils avaient conscience d’avoir rendus. Les en blâmer serait condamner un des plus puissants stimulants, chez l’homme, du bien et du beau; et l’humanité, s’il en était ainsi, sans y rien gagner, pourrait y perdre beaucoup.
20, Amis.—Les lettres de Cicéron ne semblent pas, comme Montaigne le donne à entendre, avoir été écrites pour le public; lui-même n’en avait conservé que soixante-dix, les autres ont été recueillies par Tiron après sa mort; il suffit de lire surtout les lettres à Atticus pour être persuadé qu’elles ne s’adressaient qu’à lui. A l’égard de Pline le Jeune, l’assertion est au moins douteuse.
24, Monde.—D’une république souveraine du monde.
432,
7, Personnage.—Diderot ne partage pas cette manière de voir: «Le talent de s’immortaliser par les lettres n’est pas une qualité malséante pour personne à quelque rang que ce soit: la guirlande d’Apollon s’entrelace sans honte sur le même front que celle de Mars.»
9, Afriquain.—Térence, dont il est ici question, était d’origine africaine; amené à Rome comme esclave, il avait été acheté par Scipion Émilien et rendu par lui à la liberté.
11, Luy mesme.—Il ne l’avoue pas, et les passages du prologue de sa comédie des Adelphes où l’on a cru en voir indice ne sont autres que des marques de déférence à l’égard de protecteurs, ne comportant nullement l’idée de coopération; du reste, il était plus âgé que Scipion et Lélius et sa notoriété avait précédé la leur. Cicéron, dont on invoque aussi le témoignage sur ce point, ne le donne que comme un on dit, qu’il ne garantit pas. Payen.
14, Loüables.—Montaigne reproduit la même idée, I, 556.
17, Arquebusier.—Cette pratique d’un art manuel était assez fréquente chez les grands. Chez les Musulmans, elle est de règle, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit toujours observée; le Coran les y incite: «Prends un rabot, c’est une arme qui te fera combattre cette maladie de l’âme, cet affreux poison de la vie, qu’on appelle l’ennui.» Haroun er-Raschid, un de leurs plus célèbres khalifes, excellait dans la broderie sur cuir, dit la chronique de son temps, et dut à ce talent de ne pas perdre la vie; il s’était aventuré, incognito, chez un malfaiteur dont il avait surpris la criminelle industrie et dont, sur le point de se défaire de lui, la cupidité se laissa séduire par la proposition que le khalife lui fit de l’employer à des travaux de cette nature qu’il trouverait à vendre avantageusement, ce qui donna possibilité au prisonnier, par les arabesques dont il composa ses dessins, de faire connaître sa situation au dehors et d’être délivré.—Louis XVI, excellent géographe, s’adonnait aussi à la serrurerie. Un jour qu’il faisait admirer à un de ses valets de chambre une serrure qu’il venait d’achever, celui-ci lui fit cette réponse que devaient confirmer si tragiquement les événements qui, déjà peut-être, la lui inspiraient: «Quand les rois, Sire, s’occupent des ouvrages du peuple, le peuple s’empare des fonctions des rois!»
17, Bague.—Jeu d’adresse, où, étant à cheval et au galop, ceux qui y prennent part, tâchent d’enfiler et d’emporter avec le bout de leur lance des anneaux suspendus de place en place sur la carrière où se fait la course.
19, Propres.—Montaigne, dans tout ce chapitre, s’est montré fort sévère à l’égard de Pline et de Cicéron qui étaient précisément dans le cas qu’il admet: l’éloquence et la beauté du style n’étaient pas leurs seules qualités, elles se trouvaient unies à d’autres talents sinon plus rares et plus estimables, du moins d’une utilité plus générale dans les situations qu’ils ont occupées, quoiqu’il n’y ait peut-être pas eu de ville au monde où l’art de bien parler ait plus importé qu’à Rome. Naigeon.
28, Philippus.—Plutarque, Démosthène. En 358, avant les hostilités entre Philippe d’une part et les Athéniens et les Thébains de l’autre, qui aboutirent à la bataille de Chéronée.
38, Sciat.—Citation tirée de Virgile, mais où Montaigne introduit des changements.
434,
7, Bien.—Plutarque, Périclès, 1.
10, Moy.—Plutarque, Comment on peut discerner le flatteur d’avec l’ami, 25.
10, Iphicrates.—Plutarque, De la Fortune.—Iphicrate est demeuré fameux par la discipline qu’il exigeait des troupes. Faisant une ronde au siège de Corinthe et trouvant une sentinelle endormie, il la perça de son javelot; et, comme on le blâmait de l’avoir ainsi tuée: «Telle je l’ai trouvée, dit-il, telle je l’ai laissée.» C’est lui qui créa les Peltastes, soldats armés à la légère.
14, Ceux-là.—Plutarque, Traité de la Fortune.—Au moins en principe, il était admis jadis, dans les gouvernements démocratiques comme dans tous autres, que gouverner c’est conduire et non être conduit, mais ceux qui conduisent étant effectivement responsables de la manière dont ils s’en acquittent.
Les choses ont bien changé, c’est même le principe contraire que consacre cette institution, créée par crainte du despotisme, de rois constitutionnels et autres chefs d’État aux dénominations diverses qui sont irresponsables et dont le rôle, dans sa partie essentielle, se borne à la représentation, à la constitution des ministères et à la promulgation des lois et décrets à la rédaction desquels ils demeurent étrangers. Réduite à ce qu’elle est, leur action pourrait encore être de quelque efficacité; mais, pour cela, il faudrait qu’ils aient du caractère. Il est bien loin d’en être toujours ainsi; n’avons-nous pas vu l’un d’eux, durant les sept années qu’il a occupé ces fonctions, désavouer en maintes occasions ce que, contre le gré de sa conscience, il ratifiait de sa signature, sans jamais user du droit, peut-être illusoire, mais dont il eût dû user néanmoins, que lui conférait la constitution d’en appeler à une seconde délibération.
Malheureusement, en France, où, Dieu merci, aucune classe privilégiée n’existe plus sur laquelle on puisse prendre appui pour gouverner sauf à en abuser parfois pour opprimer les autres classes, mais où les minorités ne sont pas représentées en proportion de ce qu’elles sont, la passivité du chef de l’État, faute de contre-poids, conduit insensiblement à la ruine. Tous les pouvoirs se trouvant entre les mains des parlementaires qui, pour se faire nommer, ont promis à qui mieux mieux tout ce qui pouvait appâter les électeurs; une fois élus, irresponsables eux aussi, ils ne cherchent qu’à préparer leur réélection en se faisant des partisans, et vont gaspillant à cet effet la fortune publique dont ils n’ont cure.
Les causes de ces accroissements incessants de nos budgets, auxquels, pour y suffire, pointe à l’horizon l’impôt sur le revenu si inquisitorial, si dangereux par son élasticité et la possibilité qu’il donne de dégrever les amis et surcharger les adversaires politiques, sont multiples. En dehors des dépenses introduites pour donner satisfaction aux intérêts électoraux particulièrement sous forme d’amendements introduits au dernier moment lors du vote du budget et qui foisonnent surtout en fin de législature, des gaspillages résultant de la pléthore, également en progrès incessants, de fonctionnaires, des gestions directes de l’État si onéreuses, si tyranniques et qui vont aussi s’étendant de plus en plus, certains errements ajoutent encore au mal dans de notables proportions: c’est la défaveur irréfléchie attachée aux demandes de crédits supplémentaires qui, en effet fort souvent sujets à caution, devraient être examinés sans idée préconçue quand elles proviennent d’évaluations demeurées au-dessous des prévisions, ce qui, en l’état actuel, porte à demander au delà du nécessaire pour n’avoir pas à faire de nouvelles demandes; et en second lieu, aux crédits demeurés sans emploi, ce qui, trop souvent, entraîne des réductions non justifiées sur le budget suivant et fait qu’on dépense quand même la totalité des allocations; ce sont là des abus auxquels remédierait de pouvoir, sous certaines garanties, effectuer des virements pour, à l’aide de fonds demeurés disponibles, solder les dépenses insuffisamment dotées.
C’est à ces errements que nous devons d’avoir, pour l’année 1906, un budget qui, en dehors des budgets des départements et des communes qui le doublent, s’élève à trois milliards sept cents millions, dans lequel même on n’a pas tenu compte des recettes qui feront défaut par suite de la réforme postale, du rétablissement du privilège des bouilleurs de cru, etc..., votés au dernier moment. En 1876, après les désastres de 1870-71 et le paiement de l’indemnité de guerre à l’Allemagne, le budget ne s’élevait qu’à deux milliards six cents millions, soit plus d’un milliard en moins.—Et simultanément, notre dette, y compris les dettes départementales (cinq cents millions) et les dettes communales (quatre milliards), accrue de trois cent soixante-six millions pendant la seule législature de 1902-1906, atteint quarante-quatre milliards.—Nous avons mentionné la marée toujours croissante de fonctionnaires; leur nombre (en dehors de l’armée et des fonctionnaires coloniaux) s’élève toujours en cette même année 1906 à quatre cent cinquante mille, alors qu’ils n’étaient que deux cent quarante mille en 1873! la moitié, payée moitié plus, suffirait; eux-mêmes, les services auxquels ils sont attachés et aussi le budget y gagneraient.
Comment en serait-il autrement? Les ministres ne sont que des délégués, choisis non d’après leurs aptitudes, mais en raison de leur verbiage effronté et de leurs opinions du moment, faits et défaits au caprice d’une chambre houleuse où chacun n’a en vue que son intérêt personnel, préoccupation à laquelle eux-mêmes n’échappent pas. Ils sont par suite absolument hors d’état de résister au mandat impératif de leurs commettants, d’autant que leur responsabilité n’existe pas en fait et se borne à faire place à d’autres, quand ils ont cessé de plaire.
Le remède à pareil état de choses désastreux pour le pays, ressort de cet exposé même:
Il y aurait lieu de donner au Chef de l’État plus d’indépendance et plus d’autorité sans cependant lui donner possibilité de renverser la Constitution. On ne saurait en effet oublier les malheurs et la misère qui marquèrent la fin du règne de Louis XIV, dont les débuts avaient été si glorieux; la corruption et les hontes de celui de Louis XV; la faiblesse de Louis XVI à laquelle sont dus en partie les excès de la Révolution, faiblesse qu’il a payée de sa tête, et avec lui, bien d’autres qui n’en pouvaient mais;—le despotisme et l’ambition de Napoléon Ier qui, après avoir reconstitué la France, l’avoir parée d’une gloire éternelle, l’a finalement, malgré tout son génie, laissée amoindrie;—les journées de 1830, auxquelles conduisirent la réaction et le fanatisme religieux sous Louis XVIII et Charles X; Louis-Philippe fuyant comme son prédécesseur à la première manifestation tumultueuse;—Napoléon III, pour parer à des agitations intérieures, aboutissant à Sedan, après 25 années de prospérité.—Tout cela, qui n’embrassa pas moins de deux siècles de malaises et de crises, ne saurait être perdu de vue, non plus que les procédés employés en 1802 pour transformer le consulat en Consulat à vie, et deux ans après convertir le titre de premier consul en celui d’empereur, escamotages qui se renouvelèrent en 1848, 1851 et 1852, et il n’est que sage de se méfier et de chercher à en prévenir le retour.
On donnera plus d’indépendance au Chef de l’État, en le faisant élire non par la représentation nationale dont il demeure la créature et qui le choisit à sa dévotion, non par le suffrage universel direct trop irraisonné et trop facile à s’emballer et à être trompé, mais par ces mêmes collèges électoraux qui élisent les sénateurs. Du même coup on aura accru son autorité, ce mode d’élection ayant l’avantage de faire arriver à ces fonctions des hommes non inféodés à un parti et qui ne craindront pas d’user, en cas de divergence de vue avec les pouvoirs législatifs, des droits qu’il détient actuellement, auxquels devrait être ajouté celui d’ajourner à la législature suivante l’examen de tout projet de loi adopté contre sa manière de voir, et n’ayant pas obtenu une majorité de plus des deux tiers; et aussi de pouvoir retirer son portefeuille à tout ministre dont tels ou tels actes n’auraient ni son assentiment ni celui de la majorité de ses collègues et qui, en pareille situation, persisterait à ne pas démissionner.
Mais cela serait encore insuffisant si on ne modifiait également le mode d’élection des membres de la chambre des députés, de façon à les rendre eux aussi plus indépendants de leurs électeurs et moins dans l’obligation, pour assurer leur réélection, de sacrifier l’intérêt général aux intérêts locaux et particuliers, ce qui conduit à substituer le scrutin de liste au scrutin individuel, avec faculté de répéter le même nom sur un même bulletin autant de fois qu’il y a de candidats à élire. On assurerait de la sorte la représentation des minorités, ce qui n’est que justice et serait souvent une ressource précieuse pour le Gouvernement, contre les exagérations et les exigences de la majorité. En outre, les sénateurs, élus pour neuf ans, ne devraient pouvoir l’être à nouveau qu’après un intervalle de trois ans, et les députés élus pour quatre ans, et rééligibles, ne pouvoir après ces huit années être à nouveau réélus qu’après un intervalle de quatre ans; de la sorte ils se retremperaient de temps à autre auprès de leurs électeurs, et jugeraient mieux des abus.
Accessoirement, il serait désirable que le nombre des députés fût réduit à un pour 150.000 habitants, au lieu de 100.000, et le nombre des sénateurs diminué pareillement d’un tiers. Afin de permettre une représentation des minorités, chaque circonscription électorale devrait comporter au moins trois sénateurs et quatre députés et leur remaniement être effectué en conséquence. Cette réduction dans le nombre des députés et sénateurs compenserait en partie les 5.000.000 dont ils viennent de grever le budget déjà si lourd et en déficit, en augmentant leur indemnité, bien que cela ne figurât sur la profession de foi d’aucun d’eux, quand il était candidat.
Un projet de loi a été déposé en 1906, et même adopté par la Commission de la chambre, ce qui ne présage malheureusement pas son adoption prochaine et définitive, proposant la division de la France en dehors de Paris en vingt-cinq régions, au lieu des 86 départements actuels, ce que justifient pleinement les immenses progrès réalisés dans les facilités et la promptitude des communications. Ces régions seraient désignées par le nom de leurs capitales: Lille, Amiens, Rouen, Caen, Orléans, Versailles, Reims, Troyes, Nancy, Besançon, Dijon, Bourges, Tours, Nantes, Rennes, Poitiers, Clermont-Ferrand, Lyon, Grenoble, Marseille avec la Corse, Nîmes, Montpellier, Toulouse, Bordeaux et Pau.—Les services publics actuellement organisés par départements, le seraient par régions; préfectures et sous-préfectures disparaîtraient, cantons et communes continueraient à subsister tels que. Il serait fort à souhaiter que cela aboutît, et qu’on en profitât pour apporter au nombre et au mode d’élection des sénateurs et députés des modifications dans le sens sus-indiqué; mais si logique que ce soit, cela léserait trop d’intérêts locaux, pour qu’on puisse avant bien longtemps en espérer la réalisation.
Une cour suprême élective serait à créer, permettant d’en appeler des abus de pouvoir des ministres et de leurs agents.
Contre nos mandataires eux-mêmes abusant de leur mandat, le référendum devrait être admis contre tout acte d’un conseil municipal, d’un conseil général ou du pouvoir législatif, lorsqu’il serait demandé par un quantum d’électeurs déterminé, la moitié par exemple du nombre de votes émis au renouvellement de ces corps électifs.
La loi des candidatures multiples est à maintenir.
Les hommes mariés ou veufs avec enfants mineurs devraient avoir double vote, ils déposeraient dans l’urne deux bulletins au lieu d’un.—Les abstentions devraient constituer un délit, entraînant amende et affichage à la porte des mairies quand elles ne peuvent être justifiées et témoignent parti pris ou négligence.
Tout projet de loi, émanant du Gouvernement ou de l’initiative parlementaire, devrait avant discussion être soumis soit au Conseil d’État, soit aux Conseils supérieurs existants dans les différents ministères que la question intéresse et leur avis être joint; si le projet entraîne des conséquences budgétaires, l’évaluation de la dépense en résultant serait mentionnée et aussi les ressources disponibles avec lesquelles on se propose d’y subvenir.
Toute loi devrait avoir obtenu, dans chaque chambre, les voix des trois cinquièmes de ses membres.—L’indemnité allouée aux membres du Parlement, décomptée à raison de 300 jours par année, devrait être retenue aux absents, quel que soit le motif de l’absence, à raison de 1/300, soit cinquante francs par journée d’absence.
La loi de finance devrait comporter comme dépenses obligatoires toutes celles résultant de lois antérieures non abrogées par de nouvelles rendues dans les formes ordinaires; et aucune dépense n’y être admise en cours de discussion, dont le service qu’elle a pour objet d’assurer n’ait été au préalable l’objet d’une loi spéciale; on éviterait de la sorte ces demandes éhontées et si nombreuses de crédits qui, présentées au dernier moment, passent à la faveur de la surprise et de la hâte que l’on a d’en finir et qui pullulent surtout en fin de législature.
Enfin que d’économies à réaliser, par exemple ces affichages de discours qui seraient moins répétés s’ils avaient lieu aux frais de ceux qui les votent; dépense d’une douzaine de mille francs chaque fois, bien inutile, car personne ne les lit sur les murs, les feuilles publiques renseignant amplement chaque intéressé.
Ces propositions ne sont pas nouvelles, voilà beau temps que l’opinion publique les réclame, mais elles gêneraient ceux dont elles ont pour objet d’enrayer les abus, et c’est à eux qu’il appartient de prononcer!
16, Flustes.—Plutarque, Périclès.
24, Volume.—La dernière édition des Essais publiée du vivant de l’auteur (celle de 1588) était en un seul volume; en 1598, ils parurent en deux volumes in-8o; en 1608 en trois volumes in-12; en 1617 en quatre volumes in-4o; en 1669 en dix volumes in-12; déjà y avaient été ajoutés une notice sur l’auteur, la traduction des citations, des sommaires, des notes et une table analytique; toutefois jusqu’en ces derniers temps cette augmentation dans le nombre des volumes, qui dans les éditions modernes varie de trois à six, n’avait pas tant eu pour cause, comme actuellement, l’accroissement des commentaires que l’intention de réduire le format de manière à le rendre plus portatif.
27, Essais.—C’est précisément en s’inspirant de cette indication, «en espluchant vn peu plus curieusement les Essais», qu’est résultée l’extension donnée aux notes qui accompagnent la présente édition.
33, Air.—En disant que son livre «porte la semence d’vne matiere plus riche et plus hardie et souuent à gauche vn ton plus delicat», Montaigne veut probablement parler entre autres des questions afférentes à la politique intérieure à laquelle il ne fait que des allusions très indirectes, suffisantes toutefois pour indiquer qu’il trouvait que tout de ce côté n’allait pas à son gré, et à la religion, dont il parle à maintes reprises, mais avec des réticences continues dénotant un antagonisme profond, sur ce point, entre ses croyances de parti pris et sa raison.
436,
3, Philosophes.—Épicure et Sénèque.
12, Publiques.—Sénèque, Epist. 21.
15, Cadence.—Par cette critique, Montaigne donne à penser que dans les lettres écrites par Cicéron, la forme seule a de la valeur. Ce n’était pas ce qu’en pensaient ses contemporains; Cornelius Nepos entre autres, dans sa Vie d’Atticus, les apprécie comme «pouvant en quelque sorte remplacer l’histoire, et offrant tant de détails sur les hommes célèbres du temps, sur leurs vertus et leurs vices, sur les révolutions de Rome, qu’elles semblent en révéler tous les secrets».
27, Chose.—Il nous reste une trentaine de lettres de Montaigne, dont deux seulement sont intéressantes: l’une, écrite à son père pour lui raconter la mort de La Boétie; l’autre, très courte, adressée à sa femme, où il lui déclare sans ambage que le temps est passé de la courtiser et de la caresser (il y avait cinq ans qu’ils étaient mariés), et, pour la consoler de la perte qu’elle vient de faire d’une fille, seule enfant qu’ils avaient eue jusque-là, née et morte en son absence, n’ayant vécu que deux mois, il lui envoie la traduction par La Boétie d’une lettre de Plutarque se rapportant à semblable situation. Toutes les autres sont dénuées d’intérêt, la plupart «cerimonieuses», s’accordant peu avec son caractère et son talent.
28, Verues.—Les Essais, qu’ailleurs leur auteur qualifie de rapsodie (I, 84), et ailleurs encore de galimafrées.
438,
17, Contenance.—Var. de 1588: Ceux que i’aime me mette en peine, s’il faut que ie le leur die, au lieu de: «l’honnore... contenance».
21, Bienuienner.—Complimenter, féliciter quelqu’un sur son heureuse arrivée, l’assurer de sa bienvenue.
32, Embabouinée.—Niaisement possédée, adonnée à.
34, Mal.—Montaigne exagère lorsqu’il dit qu’il peignait (écrivait) insupportablement mal; les spécimens qu’on a de lui sont d’une écriture très lisible, bien rangée, qui révèle peu la vivacité de caractère que certains lui attribuent; même ses annotations sur l’exemplaire de Bordeaux et sur différents ouvrages lui ayant appartenu, sont assez facilement déchiffrables.
CHAPITRE XL.
Ce chapitre est numéroté XIV dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
440,
19, Auons.—Ce chapitre est très beau, mais assez difficile à entendre. Montaigne y traite avec art et subtilité le thème qu’il lui a donné pour titre, on y trouve entre autres une digression très curieuse et très philosophique sur les trois états différents dans lesquels lui-même s’est trouvé sous le rapport de la fortune. Naigeon.
20, Ancienne.—Manuel d’Épictète, 10.
21, Mesmes.—Cette maxime est une de celles qui, dans son texte grec, étaient peintes sur les solives du plafond de la bibliothèque de Montaigne.
27, Cheuirons.—N’en profiterions-nous, n’en jouirions-nous?—Chevir est un vieux mot qui signifie venir à bout d’une chose, en jouir, en disposer; d’où chevance, bien que l’on possède.
442,
17, Parties.—Parties adverses, comme on dit au barreau; autrement dit «ennemies», mot que dans quelques éditions on a substitué à celui de parties.
21, Maux.
«La mort est simplement le terme de la vie. De pensers et de biens elle n’est point suivie; Ce n’est qu’un paisible sommeil, Que par une conduite sage La loi de l’univers engage A n’avoir jamais de réveil.» Abbé de Chaulieu.
22, La supportent... la vie.—Var. des éd. ant.: Ne la reçoiuent ils pas de tout autre visage?
27, Tuer.—En 295, alors que ce philosophe était envoyé près de lui, à titre de négociateur, par Ptolémée I, roi d’Égypte.
28, Cantharide.—Cicéron, Tusc., 40.—Avec la cantharide, insecte dont on fait grand usage en médecine pour les vésicatoires, on composait un poison qui était assez employé chez les anciens.
30, Populaires.—Les éd. ant. aj.: et communes.
444,
8, Ieusne.—C’est le sujet d’une épigramme d’Owen, I, 123.
21, Errer.—Les éd. ant. port.: que de se departir de ses opinions quelles qu’elles fussent, au lieu de: «que se laisser... errer».
22, Print.—En 1477, lors de la mainmise sur l’Artois, par Louis XI, à la mort de Charles le Téméraire.
26, Gallee.—Locution signifiant: «Vive le plaisir!» ou encore: «Allons, tout est bien!» «Vogue la galée!» dit Panurge, dans Rabelais, se voyant sorti sain et sauf d’une tempête (V. N. I, 250: Galler). Aujourd’hui on dit et on écrit par corruption: «Vogue la galère!» dont l’étymologie est autre et la signification: «Advienne que pourra!» différente.
446,
1, Mesmes.—On présentait à Mandrin, voleur fameux du XVIIIe siècle, qu’on allait rouer, un religieux pour confesseur; il répondit qu’«il le trouvait trop gras, pour un homme qui prêchait l’abstinence».—Ce mépris de la mort, en pareille occurrence, n’est pas l’apanage exclusif des scélérats; les honnêtes gens, victimes des fureurs populaires, se sont montrés maintes fois aussi indifférents. Les exemples en ce genre abondent sous la terreur: le général Biron, entre autres, condamné par le tribunal révolutionnaire, au moment d’être conduit à l’échafaud, se fit servir des huîtres et offrit un verre de vin au bourreau, en lui disant: «Prenez, cela vous donnera du courage; vous devez en avoir besoin au métier que vous faites.»
4, Des leurs.—Il en était de même en Thrace, au dire d’Hérodote.
4, Constamment.—Avec constance, courage, résignation.
9, Rescousses.—De prises et de reprises.—Rescousse signifiait secours, délivrance, d’où l’expression: «A la rescousse»; ce terme est encore usité dans la jurisprudence maritime pour reprise d’un navire dont on s’est trouvé dépossédé.
13, Sepmaine.—En 1520; sous François Ier, alors que les Français, en possession du duché de Milan depuis cinq ans, et depuis le même temps en lutte pour s’y maintenir, en étaient définitivement chassés.
18, Nombre.—Plutarque, Brutus, 8.—En 42. Après la mort de César, Brutus et Cassius cherchèrent à se créer un centre de résistance dans l’Asie Mineure. La ville de Xanthe n’accédant pas à leurs projets, Brutus l’assiégea et s’en empara. Les Xanthiens se défendirent avec acharnement, allant au-devant de la mort, se sacrifiant, eux, leurs femmes et leurs enfants; si bien que, touché de compassion, Brutus alla jusqu’à promettre une récompense à tout soldat qui sauverait un habitant. A peine parvint-on de la sorte à en sauver cent cinquante qui se décidèrent à accepter la vie à laquelle on s’efforçait de les retenir.
19, Vie.—«Toute opinion peut être préférée à la vie, dont l’amour cependant paraît si fort et si naturel.» Pascal.
22, Aux leurs.—Diodore de Sicile, V, 19.—En 479. Lors de la deuxième guerre médique, les différents peuples de la Grèce, un peu avant la bataille de Platée, s’unirent par un serment demeuré célèbre dans l’antiquité et dont voici la formule: «Je n’estimerai pas la vie plus que la liberté; je n’abandonnerai mes chefs ni vivants, ni morts, et j’ensevelirai mes compagnons tués dans le combat. Vainqueur, je ne contribuerai jamais à la destruction d’aucune des villes qui ont pris part au combat. Je ne relèverai aucun des temples brûlés ou renversés; je laisserai subsister ces ruines, comme un monument qui doit rappeler à la postérité la fureur sacrilège des Barbares.»
25, Castille.—Ferdinand et Isabelle. Expression consacrée par les Espagnols qui ne séparent pas ces deux noms; Isabelle était, de fait, reine de Castille, mais son mari Ferdinand le Catholique y régnait en son nom. Après l’expulsion des Maures, en 1492, ils prirent en commun le titre de rois d’Espagne.
25, Iuifs.—En 1492. Cette expulsion anéantit le commerce et l’industrie de l’Espagne; beaucoup se réfugièrent en Hollande et en France.
31, Escharcement.—Chichement, avec trop d’épargne; de l’italien scarso, qui veut dire chiche.
448,
5, Païs.—En 1497. Ce revirement chez Emmanuel fut dû à la reine, fille d’Isabelle de Castille, qui en avait fait une condition absolue de son mariage; la persécution qui s’ensuivit fut une des principales causes des troubles et divisions qui ont agité le Portugal pendant trois siècles.
20, Religion.—Le P. Jésuite Marianna dit, dans son Histoire d’Espagne, XXVI, 13, qu’en vertu de cet édit, les enfants devaient être baptisés de force, et il ajoute: «édit cruel, tout à fait contraire aux lois et maximes chrétiennes».
27, Prefix.—Qu’il leur avait fixé; du latin præfixere, déterminer.
34, Opinions.—En 1225. L’hérésie des Albigeois, dérivée de celle des Manichéens, repoussait entre autres choses l’autorité du pape et des prêtres. Née dans le XIe siècle, elle embrasa tout le midi de la France, que les persécutions dirigées contre elle mirent à feu et à sang. Cette guerre ne prit fin que vers 1229; mais aux croisades auxquelles elle avait donné lieu, se substituèrent alors, dans la région, pour y consolider la foi, l’Inquisition et toutes ses horreurs.
450,
2, Mort.—Il en est de même aujourd’hui: En France, du 1er janvier 1895 au 1er janvier 1905, on n’a pas relevé moins de 695 enfants de 16 ans et au-dessous qui se sont donné la mort, et voici quelques-unes des raisons alléguées dans les billets laissés par certains d’entre eux:—«Je me noye, mon père m’a grondé.»—«Je me suicide parce que je n’ai pas eu de prix.»—«Je me tue parce que j’ai trois dents cassés.»—Il en est qui se tuent par simple imitation ou bravade: «Tiens, dit l’un, en apercevant un pendu, il faut que je me pende aussi»; et il le fait séance tenante.—«Je me suis brûlé la cervelle exprès», écrit un autre qui se tue pour montrer qu’il est capable d’agir comme un homme.—En janvier 1907, à Paris, un collégien de dix-neuf ans se noyait dans la Seine de dépit d’une réprimande; un autre, de même âge, se tuait par chagrin d’amour.
3, Ancien.—Le fond de cette pensée est dans Sénèque, Epist. 70.
16, Orage.—Diogène Laerce, IX, 68.
29, Dernier.—Var. des éd. ant.: souuerain.
30, Effect.—Cicéron, Tusc., II, 13.
452,
2, Mal.—Cicéron, Tusc., II, 25, raconte le fait un peu différemment: Pompée venant de Syrie à Rhodes, où se trouvait Posidonius, désirait l’entendre et lui exprimait ses regrets de ne le pouvoir pas, le voyant affecté de douleurs aiguës: «L’état de souffrance où vous me trouvez, lui répondit le philosophe, ne m’empêchera pas de satisfaire à votre désir; il ne sera pas dit qu’un aussi grand homme soit venu inutilement honorer ma retraite de sa présence.» Réponse, ajoute Cicéron, qui fut suivi d’un discours, aussi grave qu’éloquent, sur cette question qu’il n’y a rien de bon que ce qui est honnête.
17, Instant.—Louis Racine fait dire à ce propos à un épicurien:
«Plongeons-nous sans effroi dans ce muet abîme Où la vertu périt, aussi bien que le crime; Et, suivant du plaisir l’aimable mouvement, Laissons-nous au tombeau conduire mollement.»
19, Habet.—C’est là une des assez fréquentes citations qui se rencontrent dans les Essais, composées d’auteurs différents et que ne distingue même pas la ponctuation: le premier de ces deux vers est de La Boétie, le second d’Ovide.
21, Craindre.—Les éd. ant. port.: Et à la vérité, ce que les Sages craignent, au lieu de: «Aussi... craindre».
34, Homicide.—Cela est vrai du mal de dents, mais non de la goutte qui finit fort souvent par devenir mortelle.
39, Estre.—Observer, pour la compréhension du texte, que, dans ce qui précède, Montaigne a fait parler ceux qui disent que la douleur est un mal; et que, maintenant, il va répondre à leurs arguments, en s’efforçant de prouver qu’il est en nous, sinon de faire que nous ne la ressentions pas, du moins d’en réduire notablement la sensation.
454,
6, Trampe.—Var. de 80 et 88: ie ne le croy pas.
13, Vulgaire.—Cette phrase est encore une de celles qui témoignent le plus que Montaigne a été aux armées et considérait comme sienne la profession des armes.
32, L’ame.—Les éd. ant. aj.: c’est d’auoir eu trop de commerce auec le corps.
34, Attendre.—De ne pas compter assez sur elle.—Certaines éditions portent: fonder. Attendre est employé ici dans le même sens que dans ces vers de La Fontaine: «Ne t’attends qu’à toi seul, c’est un commun proverbe» (L’alouette et ses petits avec le maître d’un champ).—«T’attendre aux yeux d’autrui, quand tu dors, c’est erreur» (Le fermier, le chien et le renard).
456,
23, Craint.—dans le Phédon.
25, Desclouë.—Une très violente douleur, de même qu’une volupté excessive, détache l’âme du corps, en ce qu’elle s’en empare en entier et ne laisse plus à celle-là aucune action sur celui-ci, comme s’il n’existait plus aucune liaison entre eux.
33, Doluerunt.—Add. des éd. ant.: dict S. Augustin.
37, Inseruerunt.—Montaigne détourne ici le sens de ce passage de saint Augustin.
40, Grandes.—«Tu engendreras tes fils dans la douleur,» dit la Genèse, III, 16.
458,
4, Ægyptiennes.—Que nous appelons aujourd’hui Bohémiennes, nom qui varie suivant les pays, et qui se donnent elles-mêmes comme étant de celui des Pharaons.—Les Bohémiens sont des bandes nomades d’aventuriers qui se trouvent un peu partout et dont la véritable origine est inconnue; les premiers qui vinrent en France, arrivaient de Bohême, d’où leur nom. Ils ont une physionomie particulière, parlent entre eux un argot spécial, vivent de petits métiers, disent la bonne aventure; on ne sait trop quelle est leur religion; leur morale est très relâchée et ils pratiquent volontiers le vol.
7, Garces.—Jeunes filles. Du temps de Montaigne, on disait une jeune garce pour dire une jeune fille, et garçon pour jeune homme; aujourd’hui ce mot garce est injurieux et ne se donne qu’aux filles publiques, tandis que celui de garçon s’est maintenu dans la langue avec sa signification primitive.
11, Iumeaux.—Plutarque, De l’Amour, 34.—En 78, Sabinus, seigneur gaulois, prit le titre de César, au commencement du règne de Vespasien, et fut vaincu. Proscrit, il se fit passer pour mort et vécut caché dans les ruines de sa maison, à laquelle il avait mis le feu. Éponine, sa femme, vint l’y rejoindre et y mit au monde deux jumeaux. Découvert au bout de plusieurs années, sa femme implora vainement sa grâce; ne pouvant l’obtenir, elle se mit à invectiver l’empereur, demandant à partager le supplice de son mari, ce à quoi Vespasien eut la cruauté d’accéder.
12 (Car ils... malice).—Var. des éd. ant.: (car le larreçin y estoit action de vertu, mais par tel si, qu’il estoit plus vilain qu’entre nous d’y estre surpris).
15, Descouurir.—Plutarque, Lycurgue, 14.
18, Mystere.—Valère Maxime, III, 3, qui cite le fait, l’attribue à un jeune Macédonien.
21, Cicero.—Dans les Tusculanes, V, 27.
34, Brasier.—Tite-Live, II, 12.—En 503. Porsenna, roi des Étrusques, avait pris en main la cause des Tarquins chassés de Rome qu’il assiégeait. L’acte de Mucius Scevola, par la crainte de le voir se renouveler, le décida à lever le siège et à faire la paix.
36, Incisoit.—Sénèque, Epist. 78.
40, Philosophe.—Sénèque, Epist. 78.—Il semble être question ici d’Anaxarque, que Nicocréon, tyran de Chypre, fit torturer et finalement broyer dans un mortier, sans pouvoir vaincre sa constance (IVe siècle). V. I, 626.
460,
4, Peau.—Les éd. ant. à 88 aj.: et l’en surnommoit on Madame l’escorchée.
14, Espagnolé.—Pour avoir une taille élégante et svelte, comme l’ont les Espagnoles.
16, Mourir.—Catherine de Médicis, dans le commencement de son séjour en France, avait inventé de nouvelles parures, entre autres le corset, «sorte de gaîne qui emboîtait la poitrine depuis le dessous des mamelles jusqu’au défaut des côtes et qui finissait en pointe sur le ventre» (Galerie des femmes célèbres, 1827). On ne faisait pas encore usage pour cet ajustement de fanons de baleine, qu’on remplace aujourd’hui par des lamelles d’acier; on se servait d’éclisses en bois qui, pressées fortement, rendaient à la longue la chair insensible et aussi dure que la corne ou le cal qui vient aux mains de certains ouvriers.
20, Luy mesme.—Lorsque Henri III, qui était roi de Pologne, la quitta secrètement pour venir occuper le trône de France à la mort de Charles IX (1574), le grand chambellan de sa cour le suivit et l’atteignit sur les frontières d’Autriche. N’ayant pu le déterminer à revenir, au moment de se séparer de lui, il lui promit une fidélité inviolable et, au grand étonnement du roi, il se donna un coup de poignard dans le bras et suça le sang de la plaie, voulant par là attester son dévouement et la sincérité de ses paroles.
21, Blois.—Ces États généraux, tenus à Blois en 1576, y avaient été convoqués par Henri III, pour en obtenir la condamnation du Protestantisme et des subsides pour le combattre, ce à quoi ils se refusèrent d’une façon absolue.
24, Poinçon.—Longue épingle à cheveux dont usent les femmes, encore actuellement, pour maintenir l’échafaudage de leur chevelure.
30, Aspres.—Monnaie turque qui vaut environ un sou.
35, Croix.—Lorsque l’empereur Honorius rapporta à Jérusalem la vraie croix que les Perses lui avaient rendue et que leur roi Chosroès II avait enlevée quatorze ans auparavant, il la porta lui-même sur ses épaules jusqu’au haut du Calvaire (622).
36, Foy.—Le sire de Joinville, dans ses Mémoires, II.
40, Nuict.—On montre encore à Notre-Dame de Paris la discipline de saint Louis.
42, Angleterre.—Mariée d’abord avec Louis VII (1137), Éléonore de Guyenne lui apportait en dot le duché de ce nom et d’importantes annexes. Répudiée pour son inconduite (1152), elle épousa peu après Henri, comte d’Anjou et duc de Normandie, qui, en 1154, devenait roi d’Angleterre et, tant par lui-même que par son mariage, se trouvait déjà avoir sur le continent une puissance territoriale surpassant notablement en étendue les domaines directs de son suzerain le roi de France. Cette situation a été le point de départ de la rivalité qui, depuis, n’a cessé d’exister entre la France et l’Angleterre et qui s’est traduite de la part de cette dernière par une opposition constante à notre endroit, et à maintes reprises par des guerres de plus ou moins longue durée; notamment:
En 1159, 1160, 1173, 1177, 1188, 1194, 1198;—de 1202 à 1206;—de 1213 à 1217, de connivence, marquée par la bataille de Bouvines;—de 1328 à 1340, bataille navale de l’Ecluse;—de 1345 à 1348, bataille de Crécy, prise de Calais;—de 1350 à 1360, bataille de Poitiers, traité de Brétigny;—de 1369 à 1375;—de 1378 à 1453, bataille d’Azincourt, Jeanne d’Arc, combat de Castillon;—de 1521 à 1525 et de 1544 à 1546, de connivence avec Charles-Quint;—de 1557 à 1559, de connivence avec Philippe II, roi d’Espagne, marquée par la reprise de Calais;—de 1627 à 1629, pendant la guerre de Trente Ans, marquée par le siège de la Rochelle;—de 1678 à 1679, jointe à la Hollande, à l’Espagne, à l’empereur d’Allemagne et à l’électeur de Brandebourg;—de 1692 à 1697, faisant partie de la ligue d’Augsbourg, durant laquelle eurent lieu les batailles navales de la Hougue et du cap Saint-Vincent;—de 1701 à 1712, unie à l’Autriche, la Hollande, le Portugal, la Savoie, et où elle s’empara de Gibraltar sur l’Espagne notre alliée;—de 1742 à 1748, où, alliée de l’Autriche, elle ruina notre marine et notre commerce;—de 1755 à 1763, où, alliée à la Prusse, elle nous enleva à peu près toutes nos colonies dont les Indes et le Canada;—de 1778 à 1783, qui aboutit à l’indépendance des États-Unis d’Amérique, est la seule où nous ayons été agresseurs vis-à-vis d’elle;—1793 à 1802, coalisée avec l’Autriche, la Russie et les divers États d’Italie, marquée par la prise de Toulon, le combat de Quiberon, la bataille navale d’Aboukir, le siège de Saint-Jean d’Acre, la convention d’El-Arisch;—de 1803 à 1815, avec la coopération successive des diverses puissances européennes, marquée par la bataille de Trafalgar, le bombardement de Copenhague, les batailles de Vittoria, de Toulouse, de Waterloo, et enfin les traités de 1815.
Et depuis, si aucune guerre ouverte n’a plus eu lieu, parce que toujours nous avons cédé, soit par faiblesse, soit par duperie, ayant la trop généreuse habitude de traiter les affaires sans arrière-pensée comme sans méfiance, que d’humiliations ne nous a-t-elle pas imposées, que d’entraves ne nous a-t-elle pas créées?—En 1823, elle nous contraint à aller combattre en Espagne les principes mêmes de notre Révolution;—en 1830, elle nous oblige à presser notre expédition d’Alger, pour qu’elle ne l’empêche pas;—Plus tard, elle est contre nous dans l’affaire dite des «mariages espagnols»;—en 1854-56, elle se sert de nous pour contenir la Russie, et cette alliance lui pèse tant, qu’au lendemain d’Inkermann, dans un conseil tenu par ses généraux, l’un d’eux émet l’avis que «l’armée anglaise se rembarque, laissant les Français recourir à la miséricordieuse générosité de l’empereur Nicolas»!—En 1860, en Syrie, elle paralyse notre action et fait qu’elle n’aboutit à aucun résultat utile;—Puis elle nous évince de la direction des douanes chinoises;—au Mexique, elle nous abandonne;—elle nous élimine de l’accord primitivement conclu pour la gestion des finances de l’Égypte en vue du paiement de sa dette;—elle accapare les actions du canal de l’isthme de Suez, construit par nous en dépit de son opposition et dont elle se rend ainsi maîtresse;—elle nous immobilise en Extrême-Orient, durant la guerre Russo-Japonaise, par le traité qu’elle conclut dans ce but avec le Japon;—elle nous humilie au plus haut point dans l’affaire de Fachoda et par ses prétentions et l’arrogant procédé qu’elle emploie pour les faire triompher, qui n’a d’égal que la facilité avec laquelle nous obtempérons à sa volonté et à ses menaces;—nos difficultés continues avec le Siam sont son œuvre;—enfin, elle nous pousse dans le guêpier d’Algésiras avec la pensée, d’une part, que nous nous userons au Maroc, et de l’autre, nous faisant miroiter une alliance sans grande valeur réelle dans la circonstance, que nous finirons, sous l’effet de ses excitations, à en venir aux prises avec l’Allemagne, et que s’entre-détruiront pour son plus grand avantage les deux seules puissances qui, pour le moment, comptent pour elle en Europe, l’une qu’elle jalouse et exècre depuis des siècles, l’autre qu’elle redoute par l’extension que prennent son commerce et sa marine.
Si longue que soit cette énumération sommaire des manifestations des dispositions de l’Angleterre à notre égard, qui ne relate que ce que tout le monde connaît, elle serait bien autre si elle était dressée en toute conscience par notre ministère des Affaires étrangères!
Et cependant, se laissant prendre à des démonstrations qui seraient flatteuses, si elles n’étaient aussi intéressées, si on pouvait oublier que toujours dans ses alliances l’Angleterre n’a en vue que de tirer de ses alliés le maximum de services possibles et s’évertue à leur persuader qu’elle leur fait grand honneur en leur accordant sa confiance et les faisant se battre pour elle, nos gouvernants méconnaissant ces leçons de l’histoire, hypnotisés par l’orage qui peut venir de l’autre rive du Rhin et qu’ils provoquent sans cesse, au lieu de s’appliquer à le conjurer, donnent en plein dans le piège, ruinant la France en entretenant un état militaire qui l’écrase et qui ne se justifierait que s’ils étaient résolus à en user à bref délai, tandis qu’au contraire, ils espèrent bien n’en jamais venir là! Au lieu de maugréer et de surexciter les populations par l’idée d’une revanche qui n’est pas dans leur pensée, que ne se résignent-ils, tout en réservant l’avenir, ce qui est dans l’ordre naturel, et n’imitent-ils l’Autriche après Sadowa? L’Allemagne détient l’Alsace-Lorraine, mais n’oublions pas pour cela en quelles mains sont le Canada, nos anciennes colonies des Antilles, des Indes et les îles dites Anglo-Normandes!
462,
4, Seigneur.—Ce pèlerinage fut entrepris par Foulques en expiation de ses fautes; traîné sur une claie, il criait pendant qu’on le flagellait: «Seigneur, ayez pitié de Foulques, traître et parjure.»
14, Deuil.—Cicéron, Tusc., III, 28.
19, Nourrice.—Pendant l’allaitement fait hors de chez moi. De son mariage avec Françoise de Chassagne, Montaigne eut six filles, dont cinq moururent toutes âgées de moins de trois mois; une seule survécut, Léonor, pour laquelle il n’était pas sans tendresse.—Cette phrase lui a été vivement et souvent reprochée, et probablement à tort. Elle ne figure pas dans les éditions antérieures; et l’exemplaire de Bordeaux porte: «i’en ay perdu, mais en nourrice, deux ou trois», au lieu de: «mais i’en ai perdu en nourrice deux ou trois». Elle est donc postérieure à 1588. Or, à ce moment il avait perdu ses cinq enfants en bas âge; par suite ces mots «deux ou trois» ne s’appliquent qu’au nombre de ceux qui avaient été mis en nourrice, ce placement en nourrice n’étant qu’un détail auquel, avec raison, il n’attache pas d’importance; si toutefois il le mentionne, c’est pour expliquer que le regret de leur perte a été atténué, ce qui s’explique assez naturellement, par ce fait qu’ils n’étaient pas élevés sous ses yeux.
31, Pallefrenier.—Plutarque, Apophth.
35, Esse.—Tite-Live, XXXIV, 17.—Cette mesure fut appliquée à tout le pays entre les Pyrénées et l’Èbre dont Caton, allant entrer en opérations dans le midi de l’Espagne, redoutait les soulèvements sur ses derrières.
38, Vilité.—Bassesse, du latin vilitas qui a cette même signification et d’où dérive notre adjectif vil.
40, Desbauche.—Sous-entendu: qui régnait autour de lui.
40, Conuioyt.—Ce verbe est au singulier, bien qu’ayant quatre sujets, dont un au pluriel; ce mode est fréquent dans Montaigne, il se rencontre souvent aussi dans Racan.
464,
12, Mortelle.—Origène se fit eunuque, prenant à la lettre ce passage de l’Écriture: «Beati qui se castraverunt propter regnum cœli (Heureux ceux qui se réduisent à l’impuissance pour l’amour du ciel)». Matth., XIX, 12.
14, Creua.—Démocrite, qui, a-t-on dit, se serait rendu aveugle en se crevant les yeux par la réflexion des rayons solaires à l’aide d’un miroir; mais le fait est controuvé. Tertullien l’accepte et dit que c’était pour se défendre de l’attrait des femmes; Plutarque le nie et donne comme probable que la cécité a été causée par l’âge et qu’il a fait de nécessité vertu; d’autre part, S. Jérôme, écrivant à Abigans pour le consoler d’être devenu aveugle, lui dit que «quelques philosophes se sont arraché les yeux, afin que leur esprit, dégagé de tous les objets sensibles, pût former des idées de plus en plus pures».—En Chine, fréquemment des anachorètes agiraient ainsi, «fermant de la sorte, disent-ils, deux portes à l’amour, pour en ouvrir mille à la sagesse».—D’après la légende, Somona Codom, le législateur des Siamois, aurait eu recours à ce même moyen, pour être moins distrait par les objets extérieurs.
18, Soy.—Au dire de Diogène Laerce, I, 26, la réponse de Thalès aurait été: «C’est que j’aime les enfants»; laquelle prête à double interprétation, étant donné ce que les anciens entendaient par aimer les enfants.
19, Choses.—Non moins que la coutume (V. I, 170).—L’opinion est reine du monde, elle l’est si bien que «lorsque la raison veut la combattre, elle est condamnée à mort; il faut qu’elle renaisse vingt fois de ses cendres, pour arriver peu à peu à chasser l’usurpatrice» (Voltaire).—«Qui dispense la réputation, donne le respect et la vénération aux personnes, aux grands, sinon l’opinion? Elle dispose de tout» (Bossuet).
27, Fret.—C.-à-d. nous prêtons toujours aux choses une valeur en rapport avec ce qu’elles nous coûtent.—Le fret d’un navire, c’est son prix de location et son chargement; courir à faux fret, c’est naviguer avec un chargement au-dessous de ce qu’il pourrait transporter et par extension à perte.
29, Tel.—Aristippe.—Diogène Laerce, II, 77; Horace, Sat., II, 3, 100.
31, Dit.—Sénèque, Epist. 17.
466,
1, Soulagement.—«Grande fortune, grande servitude»;—«Qui n’a guère, n’a guerre»;—«Il n’est richesse que de science et de santé», disent des adages bien répandus.
15, Piperesse.—C.-à-d. de manière que par loyauté, je devenais économe et inspirais ainsi plus de confiance à mes créanciers. Coste.
21, Iniurieusement.—Injustement; du latin injuria, qui signifie contre le droit, tort, injustice.
32, Sens.—C-à-d. à ma prévoyance et à ma raison.
33, Cæsar.—Avant d’occuper aucune charge publique, César était endetté de 1.300 talents, près de six millions et demi de notre monnaie; et lorsqu’en qualité de préteur il reçut le gouvernement de l’Espagne, il devait 8.000 talents, soit environ trente-huit millions (Plutarque).
468,
4, Rente.—C’est probablement à cela que s’élevaient ses revenus.—Deux mille écus, c’est six mille francs, l’écu étant de trois livres, quand il n’est pas spécifié qu’il est de six; mais la valeur de l’argent, à cette époque, était environ le double de ce qu’elle est aujourd’hui.
8, Frangitur.—Godeau, évêque de Grasse, a donné de ce vers la traduction suivante, que Corneille a transportée dans Polyeucte:
Et comme elle a l’éclat du verre, Elle en a la fragilité.
9, Poincte.—Renverser, bouleverser, mettre sens dessus dessous.—Cette expression «cul sur poincte» vient de ce qu’anciennement on appelait «cul», dans l’aiguille, la partie opposée à la pointe, qu’actuellement nous appelons «tête».
21, De l’argent... prins.—Var. de 88: des biens, ausquels ie me prins si chaudement, que.
24, Ordinaire.—C.-à-d. si on n’avait une avance d’une année de revenu.
470,
13, Bion.—Sénèque, De la Tranquillité de l’âme, 8.
20, Enuis.—C.-à-d. «et moins à contre-cœur», tournure latine minus invitus.
27, Part.—«L’argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître» (Bacon).
30, Platon.—Des Lois, I, 1.
33, Fils.—Plutarque, Apophth.—Le fait y est attribué à Denys l’Ancien.
33, Eut.—Add. de 88: sur ce propos.
40, Quelques.—L’éd. de 88 aj.: quatre ou cinq.
472,
1, Despence.—Probablement celui qu’il fit en Allemagne en 1580-81.
12, Faict.—C.-à-d. précisément au moment où nous en aurons le plus besoin.
16, Terres.—Pourtant il en acheta; il existe trace, à cet égard, de deux acquisitions assez importantes.
20, Vieux.—Add. de 88: laquelle i’ai tousiours tenu la moins excusable.
21, Folies.—Il ne faudrait pas en conclure que Montaigne ait dilapidé son patrimoine, il l’a plutôt accru; à son décès, sa succession a été estimée 90.000 livres et l’argent avait alors une valeur bien autrement grande que de nos jours.
31, Amy.—Xénophon, Cyropédie, VIII, 3.—Chateaubriand écrivait à Joubert: «Je suis ennuyé de toujours courir pour mon compte les chances de la vie; et si quelqu’un voulait se charger de me nourrir, de me vêtir et de m’aimer, cela me ferait grand plaisir.»
474,
10, Trouue.
«Est toujours malheureux, et toujours a grand tort, Celui-là qui jamais n’est content de son sort.»
«Rien n’a, qui assez n’a.» (Proverbe).
12, Vérité.—Qu’importe, en effet, que l’on soit fondé ou non à se plaindre de son sort? Du moment qu’on se trouve malheureux dans une position heureuse ou agréable, on l’est réellement; le bonheur ou le malheur sont choses purement relatives, et il est aussi absurde d’en vouloir juger chez autrui, que du degré de sensation de froid et chaud qu’il peut éprouver.
28, Eau.—Tycho-Brahé (astrologue suédois du XVIe siècle) est, dit-on, le premier qui ait bien connu et expliqué la réfraction.
29, Voye.—Depuis ces mots: «Certes, tout en la maniere», jusqu’ici, Montaigne traduit Sénèque, Epist. 81.
35, Abstersiue.—Du latin abstergere, dissiper, faire disparaître, nettoyer.
476,
7, De se reietter... reliques.—Var. des éd. ant.: nous donner en paiement cecy.
8, Necessité.—Sénèque, Epist. 12.
CHAPITRE XLI.
23, Autre.—«La passion de la gloire est la dernière dont les sages eux-mêmes se dépouillent.» Tacite, Hist., IV, 6.
30, L’encontre.—C.-à-d. que vous ne pouvez guère lui résister.
30, Cicero.—Dans le Plaidoyer pour Archias, II.—Cette pensée est reproduite aussi par Pascal.
478,
9, D’autruy.—Plutarque, Marius.—En 102. Les Cimbres descendant d’Allemagne par la vallée de l’Adige, Luctatius qui leur était opposé abandonna la région montagneuse pour se retirer sur le cours inférieur de ce fleuve, sur lequel il construisit un pont lui permettant de passer à volonté d’une rive sur l’autre et de conserver ainsi sa liberté de manœuvres; mais les barbares obstruèrent le cours d’eau, le franchirent; les Romains effrayés s’enfuirent. Le consul fit alors lever l’aigle, ce qui était le signal de la retraite, et, courant aux premiers rangs, se mit à leur tête, aimant mieux que la honte de ce mouvement rétrograde tombât sur lui, plutôt que sur sa patrie, et que les soldats eussent l’air non de prendre la fuite, mais de suivre leur général. Marius, son collègue, qui venait d’exterminer les Teutons, alliés des Cimbres, qui avaient essayé de pénétrer par la Ligurie, en suivant le bord de la mer, l’ayant rejoint, ils vainquirent et exterminèrent les Cimbres à leur tour, à Verceil.
17, Despens.—Antoine de Lèves, le plus habile des généraux de Charles-Quint, qui de simple soldat s’était élevé aux plus hautes dignités militaires, croyait tellement cette entreprise immanquable, dit Brantôme, Vies des hommes illustres, qu’il disait à l’empereur qu’il espérait bien que cela le mènerait à Paris, et demandait pour récompense d’être enterré à Saint-Denys. Son vœu fut exaucé, en ce qu’il mourut de chagrin, dit-on, de voir cette expédition échouer, et qu’il fut enterré à Saint-Denys, mais non près Paris, dans une église de Milan, placée sous ce vocable.—D’autres assurent, au contraire, que ce général fut entièrement opposé à ce dessein qui devait réussir si mal, et qu’il alla jusqu’à se jeter aux pieds de Charles-Quint pour le détourner de franchir les Alpes.
22, N’estoit.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
34, Exploit.—En 1346. «Quoi qu’il arrive, aurait, au dire de Froissart, I, 30, ajouté le roi, ne vous adressez plus à moi de la journée, tant que mon fils sera vivant.» Ce fait est d’autant plus remarquable, qu’on ne saurait nier que, chez les princes, la jalousie contre leurs fils ou leurs frères, et, en général, contre ceux qui doivent leur succéder, ne soit un mal très fréquent.
37, Sienne.—Plutarque, Instructions pour ceux qui manient les affaires d’État.
41, Obeyr.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
480,
4, Personne.—En 1591, Grégoire XIV promulgua un bref, à l’occasion de la Réforme, qui permettait à tous les ecclésiastiques de porter les armes contre les hérétiques.
8, Raison.—C.-à-d. les fit lui-même prisonniers.
11, Salsberi.—Le comte de Salisbury commandait les Anglais; c’était un frère bâtard de Jean Sans-Terre, roi d’Angleterre à ce moment.
12, Autre.—C.-à-d. c’était une subtilité de conscience à celle dont il va être parlé, car il s’agit de ce même évêque à la même bataille.
14, Masse.—De la sorte il mettait les gens hors de combat en les assommant, mais sans verser le sang, ce qu’interdisait aux ecclésiastiques un concile tenu à Trente en 1163, dont il respectait la décision en la tournant. Antoine Guerara parle d’un prêtre espagnol qui, lors de la conquête de l’Amérique, armé d’une arquebuse, tirait sur les Indiens, les bénissant au préalable en faisant un signe de croix avec son instrument de mort.—La masse d’armes tenait de la massue et du casse-tête; elle se composait d’une tige de fer, d’environ 0m,80 de long, terminée par une masse de même métal, soit sphérique, soit ovoïde, de la dimension d’une grosse orange, soit unie, soit garnie de pointes.
CHAPITRE XLII.
16, Entre nous.—Montaigne ne traite cette question qu’en ce qui touche l’individu; elle se pose aujourd’hui, autrement sérieuse, au point de vue des collectivités.
L’idée de remédier aux injustices du sort, en mettant en commun tout ce qui constitue les richesses d’un pays, en les confisquant ou les rachetant au profit de l’État, avec charge de les exploiter, chacun y participant sous son contrôle, et d’en répartir les revenus, n’est pas nouvelle; elle était la base de la législation à Sparte, et les Gracques cherchèrent à la faire triompher à Rome; aujourd’hui elle prend corps de plus en plus en France.
C’est là le principe fondamental du socialisme qui, avec l’accaparement par l’État de toutes les entreprises et de toutes les industries, vise à faire disparaître les fortunes grandes et moyennes par l’impôt progressif sur le revenu, l’élévation des droits de succession; tarissant du même coup tout ce qui stimule l’homme, le porte aux inventions, aux entreprises hardies et de longue haleine, en l’éloignant de toute préoccupation d’avenir et d’ambition; nivelant toutes les intelligences par une éducation identique, gratuite et obligatoire; enfin, par la puissance du nombre, dépouillant les classes actuellement dirigeantes de tout pouvoir politique: idéal qui n’est autre que celui d’une basse égalité et humiliante servitude.
Le socialisme répugne à reconnaître la supériorité intellectuelle, à laquelle l’humanité doit tous les progrès, et est ennemi du capital qui n’est en somme que le résultat du travail soit matériel, soit intellectuel, accumulé, qui seul permet les grandes entreprises; en Russie il a un champ d’expérience, le collectivisme agraire règne dans certaines régions et, de ce fait, le perfectionnement de la culture y est entravé, le rendement est moindre et le paysan russe n’aspire qu’à être libéré de ce joug et à voir se constituer la propriété individuelle, au rebours de ce que chez nous rêve le socialisme!
C’est surtout parmi les manœuvres, les ouvriers de la plus infime catégorie, mais qui sont aussi les plus nombreux, et les déclassés, qu’il recrute ses adeptes; les artisans, les populations agricoles, chez lesquels prévaut l’instinct de la propriété, y sont moins accessibles. Les plus ardents sont le produit dégénéré de nos universités et de nos écoles, cette cohue de licenciés et de bacheliers sans emploi, d’instituteurs mécontents de leur sort, professeurs dont le mérite est méconnu. A ces épaves des concours que l’État n’a pu caser, viennent se joindre quelques âmes candides autant que peu clairvoyantes qui, par un sentiment non raisonné, accepté par contagion, voient dans la réalisation de ce programme le règne de la justice et de la félicité universelles, comme si elles étaient de ce monde; enfin il a pour lui, et c’est là sa plus sûre chance de réussite, la peur et l’indifférence, ces deux grandes infirmités de la bourgeoisie moderne; sans compter qu’il se trouve en terrain tout préparé par la prédominance que l’État occupe en France, où chacun recherche sa tutelle.
Ce concours de circonstances fait que le Socialisme progresse chez nous à grands pas; déjà, il a gangrené les sphères parlementaires, a pris place dans le gouvernement, si bien qu’il n’est pas chimérique de prévoir qu’il en arrivera à ses fins à assez bref délai. Mais, vraisemblablement aussi, l’heure de son avènement sera aussi celle de son déclin; il se heurtera alors à des nécessités économiques et psychologiques qui amèneront de sanglants cataclysmes, et la foule déçue et si versatile se jettera, en l’acclamant, aux pieds d’un César quelconque qui sera parvenu à rétablir l’ordre intérieur, au prix de la liberté et peut-être au risque des pires aventures, continuant ainsi le cycle perpétuel des événements auxquels est assujettie l’humanité.
Ce socialisme d’État est présenté par tous ses partisans comme l’unique solution à la lutte entre le travail et le capital qui, avec les progrès de l’industrie, acquiert d’autant plus d’acuité, que, du fait de l’énorme extension donnée aux affaires, patrons et ouvriers deviennent de plus en plus étrangers les uns aux autres, que n’existe plus l’affection familiale d’antan née de leurs rapports continus, lutte qui, au grand préjudice de leurs intérêts communs, se traduit par des grèves répétées de plus en plus longues comme durée, donnant lieu à des incidents de plus en plus graves.—Il est indéniable que les revendications ainsi poursuivies, qui ne sont autres qu’une amélioration du sort des travailleurs, proportionnée aux bénéfices qu’ils contribuent à réaliser, sont des plus légitimes. Depuis longtemps elles ont reçu un commencement de satisfaction dans bien des cas et sous bien des formes: caisses de retraites, assurances diverses, sociétés de secours mutuels, sociétés coopératives d’alimentation, maisons ouvrières, etc...; mais toutes ces institutions, quoique d’efficacité réelle, ne sont que des palliatifs entachés d’un vice originel: l’intrusion du patron. Seules sont susceptibles d’être acceptées sans froissement d’amour-propre celles qui, affranchies de tout caractère de dépendance, mettent l’employé sur un pied d’égalité avec celui qui l’emploie et créent au premier les mêmes droits qu’il réclame sur un ton d’autant plus élevé que la loi, en autorisant des syndicats irresponsables et des grèves sans garantie effective contre la violence, sans sauvegarde réelle pour ceux qui veulent continuer le travail, lui donne une force dont, excité par des meneurs soudoyés souvent par l’étranger qui a intérêt à voir ruiner les industries similaires du voisin, soutenu parfois de ses subsides, il ne se fait pas faute d’abuser.
Au premier abord, la participation aux bénéfices semble réaliser cet accord si désirable pour l’un comme pour l’autre, entre l’ouvrier et le patron; mais la pratique n’a pas confirmé la théorie; l’accord existe quand il y a bénéfice et disparaît quand il y a perte. Le seul mode qui a donné le moins de mécomptes, est l’exploitation en commun, dont il existe quelques exemples de différents genres, tous ceux y attachés en étant copropriétaires par le moyen d’actions de prix peu élevé, 25 fr. par exemple, facilement acquises par chacun au moyen d’un léger prélèvement obligatoire sur son salaire journalier récupéré à la longue par la participation au dividende (G. Lebon).
17, Lieu.—Dans son traité Que les bêtes usent de raison, vers la fin.
18, Internes.—Add. de l’éd. de 80: Car quant à la forme corporelle, il est bien euident que les especes des bestes sont distinguées de bien plus apparente difference que nous ne sommes les vns des autres.
20, Commun.—Add. de l’éd. de 80: (car les folz et les insensez par accidents ne sont pas hommes entiers).
22, Beste.—Add. des éd. ant.: c’est-à-dire que le plus excellent animal est plus approchant de l’homme de la plus basse marche, que n’est cet homme d’vn autre grand et excellent.
35, Brasses.—Longueur de l’étendue des deux bras, y compris le travers du corps, d’où son nom; exactement cinq pieds de 0m,33, soit 1m,65. Est encore employée dans la marine comme mesure de profondeur d’eau et de la longueur des cordages.
41, Circo.—Ce passage de Juvénal a été imité par Boileau:
On fait cas d’un coursier qui, fier et plein de cœur, Fait paraître, en courant, sa bouillante vigueur; Qui jamais ne se lasse, et qui, dans la carrière, S’est couvert mille fois d’une noble poussière.
482,
2, Oyseau.—Un oiseau de fauconnerie.
2, Longes.—Terme de fauconnerie; laisse de cuir à l’aide de laquelle on portait et maintenait l’oiseau sur le poing.
5, Poche.—«Acheter chat en poche», c’est acheter une chose sans la voir, s’engager sans se rendre compte de ce qu’on fait; on disait jadis «chat en sac», de ce que pour dissimuler le gibier, on l’enfermait dans un sac, et que, vendu de la sorte, le lièvre ou lapin qui était censé s’y trouver, n’était souvent qu’un chat.
6, Cheual.—Sénèque, Epist. 80.
6, Bardes.—Ornements, caparaçons.
22, Quatrain.—Ancienne monnaie valant un liard (un peu plus d’un centime); du latin quadrans, également pièce de monnaie qui était le quart de l’as romain.
24, Ancien.—Sénèque, Epist. 76.
31, Traictes.—Nues, tirées du fourreau; du latin destrictus.
32, Equale.—Égal; du latin æqualis. Mot forgé par Montaigne.
42, Empire.—Add. des éd. ant.: et ses richesses: il vit satisfait, content et allegre.
484,
3, Stupide... seruile.—Var. des éd. ant.: ignorante, stupide et endormie, basse, seruile, pleine de fiebure et de fraieur.
8, Vilain.—Roturier; un vilain, c’était à proprement parler un serf; ce mot dérive du latin villanus, qui lui-même vient de villa, métairie. Il est à remarquer que ce nom de villa, ville, qui était autrefois uniquement attribué aux habitations d’exploitation en pleine campagne, a reçu une acception opposée à son étymologie en s’étendant aux agglomérations importantes.
11, Chausses.—On désignait sous ce nom la partie du vêtement de l’homme depuis la ceinture jusqu’aux genoux.—Ce passage a été pris à partie par Pascal: «Cela est admirable, dit-il: on ne veut pas que j’honore un homme vêtu de brocatelle et suivi de sept à huit laquais! Eh quoi! il me fera donner les étrivières, si je ne le salue. Cet habit, c’est une force, il n’en est pas de même d’un cheval bien harnaché à l’égard d’un autre. Montaigne est plaisant de ne pas voir quelle différence il y a, d’admirer qu’on y en trouve et d’en demander la raison.»—Cette critique a aujourd’hui bien perdu de sa valeur; on ne risque plus d’être battu, à ne pas saluer qui que ce soit; et la presse notamment respecte aussi peu les gens que la vérité; elle en est arrivée, en effet, à un degré de licence d’autant plus grand que la protection de la justice contre ses écarts est aussi insignifiante dans la répression que douteuse, difficile et coûteuse à obtenir; c’est bien elle qu’Ésope qualifierait maintenant la meilleure et la pire de toutes les choses.
15, Diane.—Hérodote, V, 7, d’où cette assertion est tirée, dit que les rois de Thrace adoraient Mercure à l’exclusion de tout autre dieu et se croyaient descendus de lui, mais il n’ajoute pas qu’ils méprisaient les autres.
15, Peintures.—Montaigne en revient à son idée que les rois et les grands ne sont différents des autres hommes que par les habits.
29, Lictor.—Licteur, sorte d’appariteur, qui, dans l’ancienne Rome, marchait devant les premiers magistrats; il portait une hache entourée d’un faisceau de verges. Le préteur en avait six, le consul 12, le dictateur 24; la vestale, quand elle sortait, était également précédée d’un licteur.
486,
2, Bonnetades.—Salutations en ôtant son bonnet, sa coiffure.
4, Colique.—Dans les lettres attribuées à Diogène le Cynique, on lui fait dire: «Les murailles ne te défendront pas, les maux sautent par-dessus; la fièvre n’est pas arrêtée par un mur, ni le catarrhe par une armée d’alliés.»
12, Dieux.—Plutarque, Apophth., Alexandre.—Ce fut dans un combat contre les Assacéniens, peuplade du cours supérieur de l’Indus, qu’Alexandre, atteint par un trait au talon, tint ce propos. Toujours avec ses troupes, nul ne se prodigua davantage, et nombreuses furent ses blessures: En Illyrie, il faillit être assommé d’une pierre et reçut un coup de pilon sur la nuque; au passage du Granique, il eut son casque fendu; à la bataille d’Issus, la cuisse traversée d’un coup d’épée que lui porta Darius lui-même; au siège de Tyr, il fut blessé assez grièvement à la poitrine; à celui de Gaza, un trait le frappa au pied, un autre lui transperça l’épaule; en Hyrcanie, sur les bords de la mer Caspienne, une pierre l’atteignit à la figure et faillit lui faire perdre la vue; au pays des Maracandiens, dans la Sogdiane, il fut blessé à la jambe; il a été question plus haut de la blessure qu’il reçut chez les Assacéniens; chez les Malliens, nation du cours moyen de l’Indus, un trait l’atteignit à la poitrine.
15, Rien.—Plutarque, Apophth., Antigone.
20, Cela.—C.-à-d. qu’importe.
33, Podagram.—Les éd. ant. aj. cet autre vers d’Horace, que l’édition de 1595 reporte à III, 684: Sincerum est nisi vas, quodcunque infundis, acescit (dans un vase impur, tout ce que vous y versez se corrompt).
36, Paré.—C’est là une observation qui, tout au moins, comporte des exceptions. Pour ma part, j’ai longtemps possédé un cheval d’armes qui, lorsqu’on lui mettait son harnachement de grande tenue, devenait tout autre; il piaffait pendant qu’on le sellait et, une fois monté, arrondissait son encolure, relevait ses allures et ne souffrait qu’impatiemment de se voir précédé par un autre, habitué qu’il était en pareil cas à tenir la tête.
36, Platon.—Lois, II.
488,
1, Strette.—Pincement, élancement; du latin strettus, serré, pressé.
4, Grandeurs.—Dans Don Quichotte, Sancho Pança dit qu’«un pape enterré ne tient pas plus de place qu’un sacristain».—Un dicton populaire: «Mieux vaut goujat debout, qu’empereur enterré.»—Et Malherbe:
«Et la garde qui veille à la porte du Louvre, N’en défend point nos rois.»
10, Biffe.—De l’italien beffa, pierre fausse, et par extension niche, moquerie; signifie ici: dehors trompeurs, fausse apparence.
12, Terre.—Plutarque, Si l’homme sage doit se mêler d’affaires d’État.
13, Roy.—Depuis Montaigne des changements radicaux se sont produits en France à cet égard. A l’autorité effective des rois, s’est d’abord substituée l’action dirigeante des classes moyennes, au profit surtout desquelles s’était faite la Révolution de 1789. Celles-ci, abstraction faite de quelques rares individualités, par le manque de caractère qui leur est propre, méconnaissant dans leur vue courte et inconsciente les devoirs que cette situation leur imposait, plus préoccupées de ce qui, sur le moment, les touche personnellement que de l’avenir et de l’intérêt général, ont laissé s’implanter le parlementarisme. A ce régime, de chute en chute et aidés dans cette évolution par l’affaiblissement des croyances religieuses et les conditions nouvelles d’existence et d’idées, suite des découvertes modernes dans les sciences et l’industrie, nous devons d’en être arrivés à l’avènement des classes populaires à la vie politique, et à leur aspiration à la direction des affaires publiques; à ce que Le Bon appelle l’ère des foules.
Ce n’est plus, dit-il avec bien juste raison, dans les conseils des princes, mais dans l’âme des foules que se préparent les destinées des nations. Leur voix est devenue prépondérante; par leur organisation actuelle, maintenant surtout que des mains imprévoyantes ont successivement renversé toutes les barrières qui pouvaient les contenir et que déjà une partie des pouvoirs publics est à elles, elles constituent une puissance avec laquelle il faut compter, et leurs revendications qui portent sur l’augmentation de plus en plus grande des salaires, concurremment avec la limitation des heures de travail, l’expropriation de toutes les sources de revenus, des chemins de fer, des mines, du sol, le partage égal de tous les produits, l’élimination de toute supériorité, tendent à la destruction de la société actuelle et à un retour au communisme primitif des groupes humains.
En analysant l’esprit qui les anime, on constate que les foules ont pour caractéristiques essentielles: l’irréflexion; souvent les mots les plus vides de sens, frappant leur imagination, suffisent à les conduire; une crédulité excessive, l’invraisemblance n’existe pas pour elles; l’exagération, la soudaineté de leurs résolutions; une intolérance qui fait qu’elles ne supportent aucune objection, ne se laissant arrêter par aucune considération; le sentiment de leur force qui est devenue immense en raison de leur nombre et de ce qu’elles échappent à toute responsabilité; l’inconscience de leurs actes. Très difficiles à gouverner, elles veulent les choses avec frénésie et sont surtout propres à détruire; la justice et la raison sont sans prise sur elles; la force seule leur en impose, pour elles la bonté n’est qu’un signe de faiblesse: «Il n’est rien moins esperable de ce monstre... que l’humanité et la douceur; il receura bien plustost la reuerance et la crainte» (I, 198).
L’individu en foule diffère essentiellement de l’individu isolé; du moment qu’il est en foule, il acquiert le sentiment d’une puissance irrésistible, s’imagine irresponsable et cède à des instincts que seul il eût forcément refrénés, car par une sorte d’hypnotisme produit par les effluves qui émanent du milieu dans lequel il se trouve, sa mentalité s’altère, le plus intelligent, le plus savant descend au niveau de ceux qui le sont le moins: il n’a plus de volonté, sa raison cesse de le guider, il devient inconscient et capable d’obéir à toutes les suggestions, «l’ardeur de la societé rauissant les particuliers iugements» (I, 648). Cet effet se produit que la foule soit homogène ou non, qu’elle soit composée d’éléments quelconques ou choisis; c’est à cela qu’on voit des jurys rendre des verdicts que désapprouvent chaque juré individuellement, des assemblées parlementaires adopter des lois et des mesures que réprouvent en particulier chacun de ses membres; sous ces influences ambiantes l’avare se transforme instantanément en prodigue, le sceptique en croyant, l’honnête homme en criminel, le héros en poltron; «la contagion est tres dangereuse en la presse» (I, 410).
Les foules ne sauraient se passer de meneurs. Ce sont le plus souvent des rhéteurs subtils ne poursuivant que des intérêts personnels, cherchant à persuader en flattant de bas instincts, agissant fréquemment en sous-main, et s’esquivant quand il pourrait y avoir danger. Leur autorité très despotique, ne s’imposant la plupart du temps que par ce despotisme, peut à un moment être très grande, et de plus en plus ils tendent à remplacer les pouvoirs publics au fur et à mesure que ceux-ci se laissent discuter, sans cependant que pour eux la Roche Tarpéienne soit toujours très proche du Capitole.—Parmi les meneurs, il en est parfois qui ont foi et sacrifient tout, intérêts, famille, à leurs convictions, toujours prêts à l’action; leur parole en acquiert d’autant plus de puissance; mais ceux-là sont rares et presque toujours c’est pour d’autres qu’ils retirent les marrons du feu.
Les foules sont au plus haut degré impressionnables, et qui connaît l’art de les impressionner, connaît aussi celui de les gouverner. Ce qui frappe leur imagination affecte toujours une forme simple, nette, c’est-à-dire dégagée de toute interprétation, de tout commentaire accessoires, en même temps que très exagérée, tels: une grande victoire, un grand miracle, un grand accident, un grand crime, un grand espoir. L’orateur qui veut les séduire, doit s’imprégner de ces idées et affirmer, exagérer, répéter, sans se laisser aller à produire de preuve ou tenter de démontrer quoi que ce soit par le raisonnement.—Pour acquérir sur elles une action prolongée, il faut la foi, ou le prestige, qu’il vienne du nom, de la situation; et encore faut-il dans l’un ou l’autre cas que l’occasion se produise et que les circonstances s’y prêtent.
16, Imbecillité.—Faiblesse, du latin imbecillitas qui a cette même signification atténuée. C’est dans ce sens que ce mot est constamment employé dans les Essais.
25, Xenophon.—Dans le traité intitulé Hiéron ou de la condition des rois.
32, Ennuyeuse.
«Ne soûlez pas votre désir. Car si tôt qu’un plaisir nous lasse, C’est moins plaisir que déplaisir.» Ch. d’Arcussia.
490,
1, Démettre.—Rabaisser, descendre; du latin demittere qui a ce sens.
14, Butte.—C.-à-d. les princes sont trop en vue et trop observés.
21, Mesme.—Cicéron, De Legibus, III, 14.
30, Maiesté.—Sémélé, mère de Bacchus qu’elle tenait de Jupiter, cédant aux conseils insidieux de Junon qui, jalouse d’elle, avait pris les traits de sa nourrice pour la perdre, demanda au maître des dieux de se montrer à elle dans tout l’éclat de sa puissance. Après avoir longtemps résisté, Jupiter céda et lui apparut au milieu des foudres et des éclairs; le palais s’embrasa, et Sémélé périt dans les flammes. Myth.
33, Païs.—Les lois fondamentales de certains pays interdisaient aux rois de sortir de leurs États. Les temps sont bien changés, les souverains de nos jours passent leur temps à voyager, et Paris ayant l’honneur de leur visite qui fréquemment leur est rendue dans leur propre pays, ce ne serait pas une minime économie budgétaire que d’établir en principe que, sauf circonstances toutes particulières, l’incognito est de rigueur pour tout souverain qui met le pied sur le sol français et que, comme jadis aux doges de Venise, il est interdit au Président de la République, pendant la durée de ses fonctions, de sortir du territoire; sans compter que, s’il en eût été ainsi, ne se serait pas produite, lors d’une visite rendue à Rome au roi d’Italie, cette grossièreté (qu’il eût été si facile d’éviter, si elle n’avait été intentionnelle, en choisissant une autre ville comme lieu de rencontre) faite au Pape, de ne pas aller le voir, de sembler l’ignorer, alors que la religion catholique, dont il est le chef, était encore reconnue par le Gouvernement, auprès duquel il n’avait cessé d’avoir un représentant attitré; la question de la séparation de l’Église et de l’État était déjà à la vérité dans l’esprit de quelques-uns, cet incident a pu la précipiter parce qu’on en veut toujours à ceux envers lesquels on a des torts; on reconnaîtra qu’il n’était cependant pas indispensable pour y arriver.
42, Percée.—Louis XIV, à Versailles, en 1685, avait sur l’état de sa maison un office de cette nature qui y figurait pour une dépense de 15.000 livres.
492,
6, Temps.—César, De Bello Gallico, VI, 23, dit simplement que chez les Germains, et non en Gaule, «en paix il n’y a pas de magistrats dont l’action s’étende sur l’ensemble; ce sont les chefs qui, dans chaque territoire et dans chaque localité, rendent la justice et veillent au bon ordre». Mais peut-être Montaigne a-t-il une réminiscence d’un passage de Cicéron, Ep. fam., VII, 5, qui reproduit ici une lettre de César qui écrit: «Quant à M. Orfius que tu me recommandes, j’en ferai un roi des Gaules, on l’enverrait quelque part autre avec une délégation.»
20, Venise.—Nous disons aujourd’hui le Doge de Venise; quant à être libre, il ne l’était guère, quoi qu’en dise Montaigne.
32, L’autre.—Idée déjà émise liv. I, ch. III (I, 30).
494,
7, Plus tost... la leur.—Var. des éd. ant.: pour en tirer leurs agrandissemens et commodités particulieres.
7, Fortune.—Montaigne semble s’être inspiré ici du souvenir de Tacite qui fait dire par l’empereur Galba à Pison qu’il vient d’associer à l’empire: «Toi et moi, nous nous parlons aujourd’hui en toute franchise; les autres parlent à notre fortune plus qu’à nous-mêmes»; et il ajoute: «Ce qui coûte, c’est conseiller aux princes de faire leur devoir; les approuver dans tout ce qu’ils font, ce n’est pas les aimer.»
14, Seroient.—Ammien Marcellin, XXII, 10.
25, Semez.—Aurel. Victor, Dioclétien.—L’empereur Dioclétien avait abdiqué. Les affaires de l’empire s’aggravant, Maximien, auquel il avait cédé le pouvoir, l’envoya solliciter de les reprendre; pour toute réponse celui-ci l’invita à venir voir ses jardins à Salone.
25, Anacharsis.—Plutarque, Banquet des sept sages, 13.
28, Precedence.—Supériorité; du latin præcedere, précéder, exceller, surpasser.
29, Italie.—Plutarque, Pyrrhus.—En 280. Pyrrhus, roi d’Épire, avait des talents, mais ambitieux et inconstant, il n’a laissé que la réputation d’un aventurier; il conquit la Macédoine qu’il ne put conserver, combattit les Romains, guerroya en Sicile et fut tué à Argos.—Dans sa première Épître, Boileau a imité ce passage.—V. N. I, 46: Médecin; 352: Italie; 404: Pleurer; 524: Iournée.
496,
4, Deux.—En 1815, Blücher, le vainqueur de Waterloo, bivouaquant quelques jours après dans le château de S.-Cloud, disait, en en admirant les richesses: «Faut-il qu’un homme soit fou, pour avoir été courir à Moscou, quand il avait toutes ces belles choses en sa possession!»
CHAPITRE XLIII.
12, Fin.—Philippe le Bel fit des lois pour réprimer le luxe qui devenait excessif: les ducs, les comtes et les barons ne pouvaient donner à leurs femmes que quatre robes par an; les dames moins riches ne devaient en avoir qu’une; il n’y avait que les femmes de grands seigneurs qui pouvaient employer des étoffes à 30 sols l’aune (lm,20); les bourgeoises ne pouvaient y mettre que dix sols, ce qui équivalait à 20 sous de notre monnaie. Ces ordonnances tombèrent bien vite en désuétude.
16, Choses.—Les éd. ant. port.: vanitez.
23, Degrez.—C.-à-d. nous et le rang que nous occupons.
498,
1, Ville.—Les éd. ant. port.: que vous en faisiez soudain argument que c’estoit un homme de néant (éd. ant. à 88), peu (éd. de 88).
6, Pollisseure.—Propreté, du latin politura qui a même signification; et par extension, éclat.
7, Roys.—Les éd. ant. aj.: et les princes.
12, Locriens.—Diodore de Sicile, XII, 20.—Une des lois de Zéleucus portait que l’adultère aurait les yeux crevés; son fils ayant été convaincu de ce crime, il voulut lui appliquer la loi; le peuple demanda grâce. Zéleucus condescendit à ses instances, en ne lui faisant crever qu’un œil, dit-on, mais en s’en faisant crever un à lui-même.
17, Putain.—Le roi saint Louis ne permettait qu’aux courtisanes de porter des ceintures dorées, d’où le proverbe: «Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.»
17, Ruffiens.—Entremetteur, proxénète, de l’italien ruffians.
20, Diuertissoit.—Détourner, du latin divertere qui a même sens.
25, Cour.—L’éd. de 88 aj.: ces façons vitieuses naissent pres d’eux.—«Les citoyens d’une république sont tels que ceux qui les gouvernent.» Platon. Toutefois on dit plutôt aujourd’hui et avec juste raison: «On a le gouvernement que l’on mérite.»—«A l’exemple des rois, un chacun se gouverne.» Lacroix de Maine. Longtemps avant lui, Claudien avait écrit cet hémistiche passé en proverbe: Regis ad exemplar (à l’exemple du roi).—«Les exemples des rois nous font ce que nous sommes.» S. Didier.—«L’exemple du monarque est la loi de la terre.» La Harpe.—Louis XI ne voulait pas que son fils sût un mot de latin; toute la cour de son temps méprisa les belles-lettres; François Ier les fait enseigner à ses enfants, toute la cour s’y remet. Henri III aime la débauche, le luxe, toute la cour s’y livre.—De nos jours, un président de la Chambre des députés (un des rois du moment en France) se marie en redingote, voilà l’habit de cérémonie démodé. Le roi d’Angleterre arbore un chapeau melon, le chapeau haut de forme est menacé.—Le roi Alphonse comparait ses sujets aux plantes qui, toutes, se tournent toujours vers le soleil.
«Communément la ville et la province Règlent leurs mœurs sur celles de leur prince.» Mlle Lheritier.
«L’exemple est plus puissant sur les esprits vulgaires Que toutes les raisons et tous les commentaires.» Penicaud.
26, Chaussure.—On comprenait sous cette appellation le vêtement de la partie inférieure du corps, qui parfois n’était que d’une seule pièce, mais qui plus communément se subdivisait en haut-de-chausses, culotte s’arrêtant au genou, et bas-de-chausses ou simplement bas. Le reproche que lui fait ici Montaigne de dessiner la forme des membres occultes, il l’a déjà formulé I, 176.
500,
6, Loix.—Liv. VIII.
CHAPITRE XLIV.
502,
6, Pressant.—Plutarque, Alexandre, 7.—Dans la nuit qui précéda la bataille d’Arbelles (331), et contrairement à ses habitudes en pareil cas.—Le grand Condé dormit également la veille de la bataille de Rocroy (1643). «Le lendemain à l’heure marquée, il fallut réveiller d’un profond sommeil cet autre Alexandre.» Bossuet.—Napoléon disait que ce n’était pas là une preuve de grandeur d’esprit, mais de lassitude; lui-même dormit de la sorte la nuit qui précéda Austerlitz (1805).
12, Ronfler.—Plutarque, Othon, 8.—Vaincu à Bébriac (69), Othon, quoiqu’il n’eût pas encore lieu de désespérer, se sacrifia, contre le sentiment de ses soldats qui lui étaient tout dévoués, dans la pensée, qui ne se réalisa pas, de ramener la paix et l’union dans l’empire.—Louis XVI dormit paisiblement la nuit qui précéda son supplice (1793); de même le général Biron, en 1794, le maréchal Ney, en 1815.
22, Partement.—Départ.—Plutarque, Caton d’Utique, 19. V. N. II, 586: Ieune Caton.
31, Outrance.—Vraisemblablement des gladiateurs; gens qui se louaient pour combattre à l’épée, jusqu’à ce que mort s’ensuive, pour le plaisir du peuple, et aussi pour tous autres qui les prenaient à leur service, sans souci de leur propre vie, non plus que de celle de leur adversaire.
40, Escarmouche.—Plutarque, Caton d’Utique, 8.—Métellus proposait de rappeler à Rome, sous prétexte de la protéger, Pompée et ses troupes alors en Asie; c’était en réalité pour lui donner la dictature. Caton, collègue de Métellus au tribunat, s’y opposa; et, après une lutte de plusieurs jours où il eut à résister à la foule qui faillit le lapider, il parvint à empêcher que la loi ne passât (63). V. N. II, 586: Ieune Caton.
41, Cet homme.—Les éd. ant. port.: ces trois hommes, et modifient en conséquence la contexture de la phrase.
504,
2, Ordinaires.—Le sommeil répare le corps, l’espérance répare l’esprit, ce qui faisait dire à Platon: «L’espérance est le sommeil de l’homme qui veille.»
3, Combat.—Suétone, Auguste, 16.
10, Ennemis.—En 36. Montaigne, comme Suétone d’après lequel il cite ce fait, dissimule la lâcheté d’Auguste, dont toutes les victoires qui l’élevèrent à l’empire furent l’œuvre d’autrui; celle de Philippes fut due à Antoine seul; celle d’Actium, comme la défaite de Sextus Pompée dont il est question ici, furent le fait d’Agrippa; nonobstant, il s’acquit l’affection des soldats, qui faisaient plus de cas de la libéralité de leur général que de son courage.
17, Plus.—Plutarque, Sylla, 13.—En 82, près de Préneste; Marius le Jeune, battu, se tua.
20, Sommeil.—En 186. Suivant les uns, Persée se laissa mourir de faim dans sa prison. Suivant d’autres, ayant mécontenté ses gardiens, ceux-ci pour se venger, épiant le moment où le sommeil le prenait, employaient toutes sortes de moyens de le tenir éveillé; il finit par mourir de cette insomnie continue.
21, Dormir.—Mécènes, agité d’une fièvre continue, ne dormit pas un seul moment durant les trois dernières années de sa vie. Pline, Hist. nat., VII, 52; c’est le seul exemple qu’il en donne.
23, Années.—Hérodote, IV; il dit n’en parler que par ouï dire et ne pas y croire; cela s’applique probablement aux peuples habitant les régions polaires, dont l’année, disait-on, était composée d’un jour de six mois et d’une nuit de même durée, ce qui déjà ne voudrait pas dire que les gens y demeureraient éveillés ce jour entier et dormiraient d’un seul trait toute la nuit qui la suit; en réalité pendant six mois les jours y sont excessivement courts, tandis que pendant les autres six mois ce sont les nuits dont la durée y est de plus en plus réduite.
24, Suitte.—Diogène Laerce, I; Pline, VII, 52.
CHAPITRE XLV.
25, Dreux.—Livrée en 1562, sous Charles IX, et gagnée par les catholiques sous le commandement du connétable de Montmorency et le duc de Guise, contre les protestants ayant à leur tête le prince de Condé.
506,
4, Machanidas.—En 206, à Mantinée; bataille autre que celle livrée en ce même lieu par Epaminondas. Celle dont il est ici question se termina par une sorte de combat singulier entre Philopœmen et Machanidas, celui-ci cherchant à fuir, celui-là à l’arrêter, et dans lequel Machanidas fut tué. Plutarque, Philopœmen, 6.
18, Bœotiens.—En 394, à Coronée. Plutarque, Agésilas.
30, Route.—En pleine déroute; comme si, précipité du haut d’une montagne, il était contraint à une descente rapide, s’exécutant en désordre et sans arrêt possible. V. N. I, 366: Routes.
CHAPITRE XLVI.
508,
3, Galimafrée.—Terme de cuisine: sauce rapidement faite, dans laquelle il entre de la moutarde et de la poudre de gingembre; par extension, assemblage, mélange, galimatias.
5, Benoist.—Jehan était souvent, au moyen âge, employé comme synonyme de sot, innocent, badaud; on dit encore de nos jours, dans le même sens: «Jeanjean»;—Guillaume se disait parfois, comme terme de mépris, des gens dont on ne faisait pas grand cas;—Benoist et Benêt se prononçaient de même façon et avaient même signification, qu’a conservée l’épithète de «benêt», niais ridicule.
8, Guillaumes.—Quatorze rois d’Égypte portèrent le nom de Ptolémée; huit rois d’Angleterre celui de Henri; neuf rois de France, à l’époque de Montaigne, s’étaient appelés Charles; la Flandre a eu neuf de ses comtes du nom de Baudoin; l’Aquitaine, dix de ses ducs du nom de Guillaume.
10, Venu.—Guienne ne vient pas de Guillaume, mais de l’ancien nom romain du pays, Aquitania, dont on a fait d’abord Aquienne, et ensuite la Guyenne.
18, Nom.—Guillaume le Breton (conseiller intime de Philippe-Auguste), étant venu à Rouen, invita à manger chez lui, le jour de la fête de son saint patron, tous les chevaliers portant ce nom; il s’en trouva trois cents.
19, Seruiteurs.—C’est la très grande affluence de gens du même nom, se distinguant parfois, mais pas toujours, par des surnoms ou des sobriquets, qui, lors des croisades, au XIIe siècle, introduisit en France, pour permettre de s’y reconnaître, l’usage des noms de famille. Chez les anciens, ce nom n’existait pas davantage, toutefois, dans les grandes familles, le nom de l’un des ancêtres qui avait marqué était quelquefois conservé, et si ses descendants ne le portaient pas toujours, il servait néanmoins à indiquer qu’il en faisait partie, tels les Séleucides en Grèce, la gens Fabia à Rome, et même les Mérovingiens, les Carlovingiens dans l’ancienne France. Cela se retrouve encore chez les Orientaux; mais, en outre, au nom de chacun s’accole d’une façon indissoluble l’indication de qui il est fils: Atman ben Mohamed (Atman fils de Mohamed).
22, Viandes.—Spartien, Géta, 5.
25, Reputation.—«Les noms ont une très grande vertu.» Platon.—«Il faut donner de beaux noms aux enfants; un beau nom vaut mieux qu’une fortune.» Pline.
«Les noms ont efficace et puissante vertu.» Ronsard.
26, Nom.—Add. des éd. ant.: beau et.
31, Droit.—C.-à-d. ne pouvoir, à cause de son nom, nommer à un grade ou à une place un gentilhomme, bien qu’il y eût droit.
510,
1, Gascongne.—Philippe II, roi d’Espagne, ne voulut jamais rien faire pour un ecclésiastique, parce qu’il s’appelait Luther, du même nom que le célèbre réformateur.
4, Enfants.—Il importe, en effet, de ne pas donner aux enfants des noms, c’est-à-dire des prénoms ridicules qui dans leur jeune âge leur attirent des railleries de leurs camarades (cet âge est sans pitié), ce qui peut les rendre malheureux, leur aigrir le caractère, créer des inimitiés. De même de ceux qui sont susceptibles de donner lieu dans l’avenir à des contrastes trop saillants; combien de Blanche sont brunes, de Rose sont pâles.—On conte à ce propos l’anecdote des deux filles du roi d’Espagne Alphonse IX. L’une s’appelait Urraca et l’autre Blanca. Des envoyés de Philippe, roi de France, vinrent demander en mariage, pour leur maître, l’une ou l’autre de ces princesses. Urraca était l’aînée et beaucoup plus belle que sa sœur; celle-ci fut pourtant préférée parce que le nom d’Urraca avait moins bonne grâce et eût été moins bien accueilli en France. L’auteur qui rapporte ce fait, ajoute: «Qui ignore qu’en France le nom de Henri est considéré comme néfaste, en raison de la fin tragique des rois qui l’ont porté: Henri II, tué dans un tournoi; Henri III et Henri IV, assassinés»; toujours est-il qu’il n’a pas porté bonheur à celui de leurs descendants qui a pris le nom de Henri V et n’est jamais monté sur le trône.—On cite encore à ce sujet une remarque assez piquante du maréchal Pélissier: «Voyez quelle bizarrerie, dit-il, en parlant de quelques maréchaux ses compagnons d’armes: Canrobert s’appelle Certain (il était au contraire de peu de décision); Vaillant, Alexandre, et Randon, César (tous deux, administrateurs estimés, ne passaient pas pour des foudres de guerre); et moi, je m’appelle Aimable (ce qu’il était fort peu)!—Quant à l’importance des noms patronymiques, elle est bien autrement grande; ne voit-on pas, en effet, journellement, même à notre époque, nombre de grandes familles de France redorer leurs blasons et revivifier leur race par des alliances avec les filles de financiers, d’industriels et de commerçants auxquels la fortune a souri, comme du reste leurs pères avec les filles de fermiers généraux, alliances dans lesquelles le nom qu’ils tiennent d’illustres aïeux est leur seul apport!
14, Voyons.—Bouchet, de qui le fait semble tiré, dit que le jeune homme, presque un enfant, était le neveu du doyen de Notre-Dame la Grande qui s’appelait alors Saint-Nicolas. Couché avec une fille de joie, ce jeune homme apprit d’elle qu’elle se nommait Marie. Saisi de honte, il s’abstint de la toucher et eut une si grande contrition de son péché qu’il en mourut sur l’heure. En raison de la circonstance, il fut inhumé en terre profane; mais quelques jours après apparut sur sa tombe «une rose blanche sur branche verte nouvellement venue», bien que ce ne fût pas la saison. En raison de ce prodige, on exhuma le corps et l’on trouva dans la bouche un papier portant en lettres d’or le nom de Marie. On informa et ayant acquis la conviction qu’il était décédé de douleur et de repentir, on le mit en terre sainte, et en commémoration on changea le vocable de l’église, qui devint Notre-Dame.
14, Voyelle.—Vocale, orale.
16, Pythagoras.—Sextus Empiricus, Adversus Mathem., IV.
19, Spondaïque.—Monotone; ce qualificatif de spondaïque s’appliquait à un genre de musique, usité dans l’antiquité, composé de notes longues et d’égale durée.
22, Foy.—Tout ceci est dit par ironie contre les Calvinistes qui affectaient une piété excessive et donnaient à leurs enfants des prénoms tirés de l’Ancien Testament, au lieu de ceux en usage chez les catholiques.
512,
2, Cognoissance.—Il est bien regrettable que ce souhait exprimé par Montaigne, bien souvent renouvelé depuis lui, soit encore à l’état de desideratum, et qu’on continue à franciser les noms propres étrangers, aussi bien les noms d’hommes que les noms de lieux, tandis que par contre on a une tendance prononcée à employer dans le langage courant nombre de mots exotiques pour désigner des choses qui souvent ont leur nom en français. Pourquoi nous obstiner à dire Londres au lieu de London, Rome au lieu de Roma; à appeler Guillaume, Charles, au lieu de Wilhelm, de Carle, les souverains de l’Allemagne, du Portugal! Cette manie de dénaturer les noms propres n’a-t-elle pas transformé en «Pas des lanciers» un lieu dit de Provence «Pas de l’ansie» dont l’appellation, par sa signification, «pas de l’angoisse, passage difficile», en expliquait la nature, et combien d’autres dans le même cas.
12, Eschappé.—La maison régnante de France était celle des Valois qui prit fin avec Henri III et descendait de Charles de Valois, fils cadet de Philippe III, petit-fils par conséquent de saint Louis, branche indirecte des Capétiens dont le point de départ, remontant déjà à trois siècles, était certainement ignoré alors de beaucoup. Et il en était de même en ce qui concernait Henri IV qui allait succéder à Henri III et tenait également ses droits de saint Louis d’une façon tout aussi indirecte du fait de son sixième fils Robert de Clermont, sire de Bourbon. On connaissait les Valois et les Bourbons, on n’avait plus guère souvenir de la manière dont ils se rattachaient aux Capétiens.
20, D’autres.—Elles sont nombreuses, en effet, les familles qui se croient ou se disent issues de sang royal: rien qu’en Gascogne, les Montesquiou, les Montlezun, les Pardailhan, les Comminges se font descendre de la première race. Mais il y en a ailleurs en France, et un peu partout: les de Croy se disent venir des rois de Hongrie; les Carrion Nisas, des rois d’Aragon; les Commène, les Lascaris, des empereurs d’Orient; les Montmorency ont une tradition mérovingienne; plusieurs princes russes, d’origine tartare, se donnent comme descendants de Gengis Khan, etc., etc..., car ils sont légion. Qu’ils soient ou non de bonne foi, en dehors des origines qu’ils avouent et de celles qu’ils n’avouent pas, de combien d’autres non moins illustres, tout comme un chacun du reste, ne seraient-ils pas en droit de se targuer, s’ils les connaissaient? Le calcul ne démontre-t-il pas qu’en France, à raison de trois générations par siècle, tous nous avons dans les veines le sang de vingt millions de contemporains de l’an mil; à qui donc à ce compte peut-on dénier d’avoir au moins un prince dans ses alliances, tout en laissant de côté les liens de parenté que nous pouvons revendiquer du fait d’Adam et Ève, nos ancêtres communs?