NOTES (continued 10)
Michaud translation
24, Ne nous... deux.—Var. des éd. ant.: n’y a guiere d’asseurance, ny en l’vn ny en l’autre.
34, Vogue.—Var. des éd. ant.: credit et authorité.
35, Precedentes.—Les Essais venaient à peine de paraître, quand s’est produite cette tierce opinion, émise par Tycho-Brahé (1546 à 1601), dont le système en progrès sur celui de Copernic, modifié par Képler (1571 à 1631) que lui-même avait formé, et confirmé par Newton (1642 à 1727), est la base de l’astronomie moderne.
37, Introduicts.—V. au sujet de ces principes N. II, 300: Priuation.—Les éd. ant. aj.: de matiere, forme et priuation.
39, Lettres.—S.-ent. de crédit.
43, Boute-hors.—D’être déboutés, jetés dehors.
43, Deuanciers.—«Y a-t-il une chose, dit l’Ecclésiaste, dont on puisse dire: c’est du nouveau? Non, cette chose a déjà été dans les siècles qui furent avant nous; on ne se souvient plus des choses d’autrefois, de même on ne se souviendra plus des choses à venir, parmi ceux qui viendront plus tard.» Ceci, qui était déjà vrai du temps de Salomon, l’est probablement encore aujourd’hui; car nul ne peut assurer que notre civilisation ne disparaîtra pas comme d’autres qui l’ont précédée; et des hommes, dans la suite des siècles, découvriront encore ce que nous avons découvert avant eux et croiront que c’est du nouveau (Harduin).
358,
36, Toucher.—Telles sont en effet l’hyperbole et ses asymptotes: la première ligne courbe, de la nature de celles que l’on obtient en sectionnant un cône par un plan oblique à son axe, les secondes, lignes droites en corrélation particulière avec la première, si bien que toutes trois prolongées indéfiniment, les asymptotes vont approchant toujours de plus en plus l’hyperbole sans, comme l’indique leur nom, jamais la rencontrer, quoique sises dans le même plan. Mais leur découverte est bien antérieure à Jacques Peltier; on en trouve mention dans Apollonius, géomètre grec du IIIe siècle.
39, Combattre.—Add. des éd. ant.: et ruiner.
360,
7, Antipodes.—L’existence des antipodes a été fort controversée dans les temps passés: les philosophes anciens ne les admettaient pas; l’Église primitive pas davantage. Lactance dit à cet égard: «Quel est l’homme assez insensé, pour croire qu’il y a des hommes dont les pieds sont plus élevés que la tête?» S. Augustin abondait dans le même sens, parce que, disait-il, «les antipodes seraient au delà de la mer et que la mer est intraversable». Cette idée des antipodes, émise par Virgile prêtre, depuis fait évêque et canonisé, fut même qualifiée d’hérésie par le pape Zacharie, comme admettant, sous la terre, une autre terre, un autre soleil, une autre lune et des habitants sur cette autre terre, ne descendant pas d’Adam.
13, Sçauoir mon.—Il reste à savoir.
15, Disent.—Add. de 88: Aristote dict que toutes les opinions humaines ont esté par le passé et seront à l’aduenir, infinies autresfois. Platon qu’elles ont à renouueller et reuenir en estre après trente six mille ans.
17, Platon.—Dans le dialogue intitulé la Politique.
20, Herodote.—Liv. II, 142, 143, etc.
28, Salomon.—«Ce qui a été, est encore; ce qui doit être, a déjà été; Dieu rappelle ce qui est passé.» Ecclésiaste, III, 15.—Outre qu’il bâtit le temple de Jérusalem et les murailles de cette ville, Salomon possédait un savoir immense; on lui attribue plusieurs des livres saints: les Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclésiaste.
28, Isaïe.—«Je m’en vais créer de nouveaux cieux, une terre nouvelle, et tout ce qui a été auparavant s’effacera de la mémoire.» Isaie, LXV, 17. Nombre des prophéties d’Isaïe nous sont parvenues; elles se distinguent par la sublimité des idées, l’énergie des tableaux et le style qui est d’une véhémence extraordinaire; on admire surtout le cantique sur la ruine de Babylone.
31, Changement.—Rien ne se fait avec rien, donc l’univers n’a pas eu de commencement; rien ne se perd, tout se transforme, donc il ne prendra jamais fin. Ce dernier principe, nous en voyons par nous-mêmes l’action incessante en ce qui touche les choses de la terre; il n’est pas moins vrai en ce qui concerne les astres. Ceux-ci, en raison de la loi de la gravitation universelle, dont la réalité est vérifiée par le mouvement des corps célestes qu’elle explique jusque dans leurs anomalies apparentes qu’elle arrive à prévoir, ne peuvent résister éternellement à la désagrégation, ni se désagréger sans que leurs débris aillent, à travers les espaces, s’agglomérer à la longue à d’autres existants.
32, Escholes.—Celle de Platon.
39, Derriere.—Cette théorie du monde, de la terre, etc... pourvus d’une âme en même temps que d’un corps, et ayant des mouvements propres, aurait été émise par l’école de Pythagore; d’autres la trouvent en germe dans certains passages du Timée de Platon. Corpet.
39, Heraclitus.—Diogène Laerce, IX, 8.
362,
2, Mere.—On estime que cette lettre n’est pas d’Alexandre le Grand, mais d’un Alexandre, écrivain grec du Ier siècle. S. Augustin, qui la relate, semble avoir fait confusion.
5, Cicero.—De Divinat., I, 19.
5, Diodorus.—Liv. III, 31.
7, Pline.—Nat. Hist., XXX, 1.
7, Zoroastre.—Sa doctrine, qui constituait la religion des mages et prédominait en Perse avant que cette contrée ne devînt musulmane, est consignée dans le Zend Avesta. Elle admettait deux principes opposés, au-dessus desquels s’élève un Dieu suprême; elle prescrivait le culte du feu, réglait la vie publique comme la vie privée, annonçait des peines et des récompenses après la mort; c’est en somme un dieu unique, l’immortalité de l’âme et le jugement dernier. On ignore si Zoroastre a réellement vécu, ou si on a simplement rattaché à ce nom les traditions de cette religion des mages qui dominait dans le centre de l’Asie du XIIIe au VIe siècle.
8, Dit.—Dans le Timée.
11, Saïs.—Il y existait un temple d’Isis, où se lisait cette inscription: «Je suis ce qui a été, ce qui est, ce qui sera, et nul n’a encore soulevé le voile qui me couvre.»
16, Exemples.—Montaigne entasse ici, comme il l’a déjà fait précédemment, sans les avoir contrôlés, nombre de récits relatés dans les premiers ouvrages écrits par les Espagnols, après la conquête de l’Amérique, où l’ignorance et la prévention se sont donné beau jeu et dont l’exactitude est plus que douteuse.
29, Credit.—Pierre Meslie, Diverses leçons, I, 3, établit que le signe de la croix était pratiqué et estimé en certaines contrées de l’ancien monde, bien avant que N.-S. Jésus-Christ ne fût crucifié.
30, S. André.—Croix dont les deux branches sont de même longueur et ne se coupent pas à angle droit. C’est sur une croix de cette nature, par suite les jambes écartées à l’égal des bras, que S. André fut crucifié, d’où son nom; c’est également sur une croix de cette espèce, au lieu de roue, que souvent l’on plaçait les grands criminels condamnés à être roués, les y clouant et leur rompant ensuite bras et jambes.
364,
22, Liberté.—Tacite en dit autant des Germains.
24, Figures.—Dans le genre de l’écriture hiéroglyphique, ou encore de la langue chinoise. Cette langue, remarquable par son originalité, son antiquité, son immutabilité, son extension dans les contrées les plus peuplées de l’Asie, est, de toutes les langues anciennes, non seulement la seule qui soit encore parlée de nos jours, mais la plus usitée des langues actuelles.—La langue écrite n’est pas alphabétique; c’est la réunion d’une immense quantité de caractères plus ou moins compliqués, dont chacun exprime un mot, représente une idée ou un objet. Les caractères primitifs, qui sont des signes ou plutôt des dessins grotesques, sont au nombre de 214. Il y a quelques caractères pour le ciel, l’homme, les parties du corps, les animaux, les métaux, les plantes, etc. Ces caractères primitifs ont servi à former une innombrable quantité de signes, composés le plus souvent arbitrairement, mais qui offrent quelquefois des symboles ingénieux, des définitions vives et pittoresques, des énigmes d’autant plus intéressantes qu’on en a perdu la clef. Les notions abstraites furent très difficiles à exprimer: la colère est peinte par un cœur surmonté du signe de l’esclavage; une main tenant le symbole de milieu, désigne l’historien, dont le devoir est de n’incliner d’aucun côté; le caractère de la rectitude indique le gouvernement; deux images de perles (il est si difficile d’en trouver deux bien appareillées) désignent un ami; d’autres mots ont des compositions tout arbitraires, mais un grand nombre sont intéressants à analyser; beaucoup d’allusions et de traits piquants sont perdus, les étymologies ne se retrouvent pas toujours, mais bien certainement les Chinois se sont peints dans leur langue.—On traçait primitivement les signes avec une pointe métallique sur un bambou; mais trois siècles avant J.-C., on découvrit l’art de faire du papier et de l’encre, et le pinceau remplaça le poinçon. On écrit les caractères en lignes verticales en commençant par la droite et allant vers la gauche. Il y a aujourd’hui 30 à 40.000 caractères, mais les deux tiers seuls sont usités, et, en retranchant les synonymes, on trouve que la connaissance de 5 à 600 caractères suffit à comprendre les textes originaux.—La langue parlée est composée d’un nombre limité d’intonations monosyllabiques, 450 environ, qui, par la variation subtile des accents, se multiplient jusqu’à 1.600 environ; elle serait très facile (Gal Niox).
30, Aspergez.—Goupillons; le mot aspergez, qui vient de ce à quoi sert la chose, existe encore à l’état de substantif, mais est peu usité.
366,
10, Deffubler.—Découvrir, dégager, ôter un affublement.
25, Poste.—A son gré; c’est une expression italienne: a sua posta.
27, Main.—Nous sommes à même de nous rendre compte, de constater.
30, L’ame.—Chaque race possède une constitution mentale qui lui est propre, née à la longue de la communauté de sentiments et d’idées, créée par suite plus du fait des ancêtres que des vivants, car l’homme ne se forme pas tout seul, et la race dont il sort, comme le milieu où il vit, lui apportent leurs diverses influences. De cette mentalité procèdent ses croyances et ses institutions qui sont plus souvent des effets que des causes; son rôle dans l’existence de la race est prépondérant par l’influence qu’elle exerce d’une façon latente, mais continue, sur sa moralité, autrement dit sur ses règles fixes de conduite et sa fidélité à les observer, ainsi que sur ses actes.—Les différences dans la constitution mentale des peuples font qu’ils sentent, raisonnent et agissent de façons fort différentes, de sorte qu’ils se trouvent fréquemment en dissentiment sur nombre de questions dès qu’ils sont en contact; de là naissent la plupart des guerres.—Ces mentalités par exemple, chez les races latine et anglo-saxonne, se distinguent en ce que la première est beaucoup plus vaniteuse, loquace, superficielle, mobile, l’imagination y prédomine, elle est davantage portée à l’agriculture, la seconde à l’industrie, au commerce, à la colonisation. Les Latins se soucient peu de la liberté (chaque parti estime qu’elle règne, quand il est le plus fort), mais ils sont épris d’égalité, ce qui leur fait supporter tous les despotismes, à condition qu’ils soient impersonnels: et, de fait, chez eux, république, monarchie, socialisme sous des étiquettes différentes ont même effet, l’absorption de l’individu par l’État; les Anglo-Saxons sont assoiffés de liberté, la réalité est un mythe, et qu’ils soient en monarchie comme en Angleterre, ou en république comme aux États-Unis, l’action de l’État est réduite au minimum, celle des particuliers est sans limites.
En France en particulier, où les idées socialistes gagnent de plus en plus et viennent ajouter à la mentalité latine, s’accentue cette ingérence de l’État en toutes choses; alors qu’il ne devrait pas être le tuteur et le professeur perpétuels des citoyens, mais uniquement leur protecteur, parfois leur initiateur et dans certains cas leur serviteur, il va substituant son action à celle des individus et des associations et entrave ainsi leur libre développement, en dépit de l’expérience qui enseigne combien la gestion directe par l’État est plus onéreuse, plus routinière et moins à la dévotion du public; c’est ainsi qu’il monopolise les postes, le télégraphe, le téléphone, les tabacs, les allumettes, on pourrait même dire l’instruction, convoite les chemins de fer, a une imprimerie, des manufactures (Sèvres, les Gobelins), exploitant au lieu de se borner à contrôler. Il est vrai que c’est un moyen de se procurer des emplois à donner à soi-même quand la roue de la fortune tournera, à ses adhérents toujours nombreux à la curée, et d’augmenter le nombre des fonctionnaires et des employés qui sont autant d’électeurs dont on escompte les votes.
Cette intervention de l’État s’étend à tout, disons-nous; n’a-t-elle pas été s’immiscer dans les détails de ces fêtes séculaires qui ont lieu chaque année à Orléans, en mémoire de la levée, en 1429, du siège de cette ville, par le fait de Jeanne d’Arc!
32, Athenes.—Elle était consacrée à Minerve, d’où son nom Athéna qui est celui en grec de cette déesse. Pendant des siècles elle eut dans l’antiquité un éclat tout particulier; longtemps elle domina sur mer et eut de nombreux comptoirs et fonda un grand nombre de colonies: plus longtemps encore y fleurirent les lettres, les arts et l’esprit; elle fut la patrie de Phidias, de Socrate, de Périclès, de Démosthène et d’une multitude de philosophes, d’hommes d’état, d’écrivains, d’artistes éminents: on y admirait une foule de monuments, dont quelques-uns tels que le Parthénon étaient des chefs-d’œuvre et dont les ruines dénotent encore la splendeur.
35, Valentes.—Hésiode, Pindare, Épaminondas, Plutarque, nés à Thèbes ou environs, démentent la complète exactitude de cette réputation de «lourdauds» faite aux Béotiens.
368,
10, Infertiles.—Hérodote, IX, d’où le fait est tiré, prête à Cyrus une seconde raison: «De conquérants qu’ils étaient, leur dit-il, ils deviendraient la proie de quelque peuple belliqueux»; argument, ajoute l’historien, qui leur fit perdre l’envie qu’ils avaient eue d’émigrer.—Cette influence du climat, qu’Hérodote constatait il y a vingt-deux siècles, disant: «Les pays mous font des hommes mous», a été reconnue de tous temps; on la trouve accusée, entre autres, par Hippocrate, Platon, Galien, Cicéron, Sénèque, Bodin, Malebranche, Montesquieu, J.-J. Rousseau.
22, Iouyssance.—Qu’en dehors de ce que nous ne pouvons réaliser, même en imagination nous sommes incapables de désigner...
32, Lacedemoniens.—Platon, Second Alcibiade.
37, Et le Chrestien... Dieu.—Var. des éd. ant.: C’est pourquoy le chrestien plus humble, et plus sage, et mieux recognoissant que c’est que de luy, se rapporte à son créateur de choisir et ordonner ce qui luy faut. Il ne le supplie d’autre chose, sinon, au lieu de: «Et le Chrestien supplie Dieu».
370,
2, Desprier.—Mot créé par Montaigne; on n’en saurait trouver de plus clair, de plus court, de plus expressif pour rendre l’idée qu’il exprime ici; il est demeuré dans la langue, mais avec un sens plus restrictif, celui de retirer une invitation.
2, Prieres.—Pour le délivrer de ce don funeste, dont il l’avait gratifié sur sa demande, Bacchus fit baigner Midas dans le Pactole qui, depuis, dit la fable, roule des paillettes d’or dans ses flots.
8, Aueindre.—Atteindre; se disent encore l’un pour l’autre dans certaines parties de la France.
11, Biton.—Hérodote, I, 31.—Un jour de sacrifice, alors que tardaient à venir les bœufs qui devaient traîner au temple le char de leur mère qui en était prêtresse, ils s’y attelèrent eux-mêmes. Le peuple les acclama; leur mère, ravie, pria la déesse de leur accorder en récompense ce qui leur serait le plus avantageux, et, quand elle sortit du temple, elle les trouva tous deux endormis pour toujours dans les bras l’un de l’autre; «la mort est donc, en conclut Plutarque, qui conte aussi le fait, ce qu’il y de plus heureux».
11, Agamedes.—Plutarque, Consolation à Apollonius, 14.—Ayant demandé à Apollon leur salaire pour la construction du temple de Delphes, le dieu leur répondit qu’il le leur donnerait le septième jour, et ils moururent ce jour-là.—Une autre version raconte leur fin d’une façon moins honorable pour eux et moins probante pour la morale que Montaigne veut en tirer. Chargés postérieurement de bâtir pour le roi d’Orchomène un édifice pour y conserver ses trésors, ils y ménagèrent une entrée secrète, au moyen de laquelle ils venaient, la nuit, y puiser. Ce prince s’étant aperçu qu’on le volait, tendit un piège. Agamède y fut pris. Trophonius, craignant ses révélations, lui coupa la tête et s’enfuit en l’emportant, ce qui est une réédition de l’histoire de l’architecte de Rhampsinit. V. N. I, 56: Enfans.
32, Varro.—S. Augustin, De Civ. Dei, XIX, 2.
34, Disputat.—Au lieu de disputat, l’ex. de Bord. porte dissentit, variante conforme au texte de Cicéron.
372,
1, Apparences.—«Le corps d’un athlète et l’âme d’un sage, voilà, a dit Voltaire, à propos de Buffon, ce qu’il faut pour être heureux»; c’est le «mens sana in corpore sano (du jugement et de la santé)» de Juvénal, Sat., X, 152. Mais cela ne dépend pas de nous et, d’un moment à l’autre, peut cesser d’être; seul, celui qui sait être content de son sort, possède les conditions de bonheur en ce monde.—Le bonheur est une illusion, le plaisir souvent une duperie; il faut arranger sa vie de manière à éviter la douleur et se garer de l’ennui (d’après Schopenhauer).
6, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 3.
7, Archésilas.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 33.
12, Ataraxie.—Mot grec qui signifie tranquillité, sérénité parfaite, indifférence absolue.
17, Lipsius.—Juste Lipse a rempli en partie ce vœu dans un ouvrage assez considérable sur le stoïcisme qui parut en 1604, douze ans après la mort de Montaigne.
31, Diuin.—C.-à-d. qu’ainsi que la divinité, au dire même de Socrate, le lui avait elle-même appris, c’est satisfaire à ses devoirs que de se conformer aux lois de son pays.
38, Loix.—Cette agitation ne semble pas s’être calmée depuis l’époque où Montaigne écrivait. En France, durant la législature de 1898 à 1902, la dernière pour laquelle ce renseignement subsiste, en quatre ans, ont été présentés: 2.781 projets ou propositions de loi, dont 627 dits d’intérêt général, et il a été statué sur 1.690 d’entre eux; à quoi il y a lieu d’ajouter la discussion de 130 interpellations, 118 questions adressées aux Ministres, et enfin le dépôt de 3.597 pétitions; ce qui ne veut pas dire que la législature ait été plus profitable ou plus utile qu’une autre; jamais, au contraire, nous n’avons été plus éloignés de la pratique de cet adage: «acta, non verba» qui devrait être la devise d’un état bien gouverné; mais chacun veut avoir l’air de faire.
39, Voisins.—Montaigne a pu voir en effet, de 1534 à 1558, les Anglais ou plutôt la cour d’Angleterre sous Henri VIII, Edouard VI, Marie Tudor et Elisabeth, changer quatre fois de religion.
374,
5, Capitale.—Qui nous exposerait à une peine capitale.
10, Ancien.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, I, 3, 1.—Ce Dieu, c’est Apollon, dont la Pythie, sa prêtresse, rendait à Delphes ses oracles, montée sur un trépied.
15, Estoit.—Il serait peut-être plus exact de dire: «celle dans laquelle on a été élevé»; d’aucuns diraient: à quoi bon? ou, avec Renan: «l’orthodoxie procure de grandes joies, mais elle ferme à la vérité». Admirons avec quelle hâte après avoir risqué cette assertion, sur laquelle du reste il ne se prononce pas, Montaigne fait amende honorable; il se trouve là tout entier. C’est un grand tort, à mon sens, que de lier d’une manière indissoluble ces deux idées: Dieu et la Religion. La première, personne ne la discute, et le plus souvent ceux qui en raisonnent, déraisonnent, parce que pour tous c’est l’inconnu; seule, la seconde est en cause: elle s’étaye sur la première dont elle ne saurait se passer, tandis que celle-ci, dans son infinité, n’a que faire d’elle.
Il n’en est pas moins vrai que la Religion est une idée naturelle à l’homme dès qu’il est à même de juger de son néant en face de l’Univers et de ses merveilles sans cesse renaissantes qui n’ont point eu de commencement et n’auront pas de fin, et ce n’est pas sans raison que la Providence, l’âme de ce tout sans limites, tout en ne faisant pas qu’elle soit identique chez tous, ce qu’elle n’a pas probablement jugé indispensable, nous l’ait infusée, comme elle a fait de la raison, de la conscience, laissant à notre libre arbitre d’en faire l’estime que nous croyons, de même que, dans tous nos actes, nous tenons plus ou moins compte de ce que nous soufflent la raison et la conscience.
La religion, chez ses adeptes sincères, nous affermit dans l’observation de nos devoirs envers nous-mêmes et envers le prochain, et par l’espérance nous soutient dans l’adversité; elle ne fait que du bien, jamais de mal; par elle la morale et la résignation pénètrent les masses sur lesquelles n’ont point prise les dissertations philosophiques qui ne s’adressent qu’à la raison; il leur faut quelque chose qui préférablement agisse sur l’imagination, ce que leur offrent les légendes religieuses et les cérémonies du culte.
Chaque religion comporte trois choses: la morale, le dogme et le culte.
Chez les peuples civilisés elles n’ont jamais beaucoup différé sous le premier de ces rapports. Entre toutes cependant, la religion chrétienne qui a pour base essentielle la charité, aimer le prochain comme soi-même, faire à autrui ce qu’on voudrait qu’il soit fait pour vous-même, tient incontestablement, par cela même, le premier rang.
Comme dogmes, toutes se valent. Toutes ont pour point de départ l’existence de Dieu que tout démontre, que personne ne nie, que chacune dépeint à sa manière, y joignant, pour le rehausser, comme s’il en était besoin, certains faits surnaturels qui relèvent exclusivement de la foi, sorte d’hypnotisme, auquel il est difficile de se prêter quand on ne l’a pas; sur ces faits qu’elles imposent à notre croyance, toute discussion est stérile, car la raison et la foi sont deux antipodes, et entre elles nul ne sait où est la vérité.
C’est sous le rapport du culte que les diverses religions, et dans chacune, ses diverses sectes, diffèrent le plus.—Par son unité, par ses cérémonies réellement impressionnantes, la religion catholique l’emporte de beaucoup à cet égard sur toutes les autres. Elle l’emporte aussi par la confession auriculaire, qu’à l’encontre de bien d’autres je prise particulièrement; très discutable en théorie, bien innocente en réalité, elle permet à l’homme, être essentiellement faible, par l’aveu de ses fautes et l’absolution qu’il en obtient, d’en mesurer l’étendue, d’en éprouver des regrets, du repentir, d’être encouragé à les réparer, à résister aux tentations qui peuvent se reproduire, d’en faire en quelque sorte pénitence et en recevoir l’absolution, allège, réconforte et amende, à l’instar de ce qui se passe quand le criminel fait l’aveu de son crime au juge d’instruction et qu’il paie sa dette à la justice humaine; l’idée est grande et l’effet salutaire.
Ce sont ces considérations qui font que, personnellement, je place la religion catholique, apostolique et romaine au-dessus de toutes les autres. Mais si j’estime d’effet utile, pour le maintien de l’unité, l’autorité du pape, en matière de dogme et de culte, je tiens pour abusive son ingérence dans les questions d’administration diocésaine et les rapports du clergé avec les fidèles, et ceux des uns et des autres avec l’État; ce sont là des affaires du ressort, en cas de conflit, de conciles provinciaux ou nationaux.—Les erreurs, les abus si monstrueux commis à diverses époques par ses ministres, qui se sont montrés si intolérants chaque fois qu’ils ont eu la suprématie, n’altèrent en rien son excellence; ces ministres sont hommes et en ont les imperfections, il faut le regretter, sans en faire porter la responsabilité à l’institution; et c’est pourquoi je suis de tout cœur de l’Église catholique, apostolique et romaine en ce qui touche le spirituel, français en ce qui est afférent au temporel.
27, Au delà.—Pascal, qui a jugé si sévèrement Montaigne et copié en tant d’endroits, dit: «On ne voit presque rien de juste ou d’injuste, qui ne change de qualité, en changeant de climat; trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence, un méridien décide de la vérité; à quelques années d’intervalle, les lois fondamentales modifient le droit; plaisante justice qu’une rivière ou une montagne borne: qui, vérité en deçà des Pyrénées, est erreur au delà!... Pourquoi me tuez-vous? Eh quoi! ne demeurez-vous pas de l’autre côté de l’eau?»—Cette même idée, Chateaubriand l’exprime lui aussi: «Un homme, écrit-il, peut être pendu de ce côté-ci d’un ruisseau, pour des principes réputés sacrés de l’autre côté de ce même ruisseau.» Payen.
376,
7, Indifferentes.—Les philosophes de la secte de Zénon et de Pyrrhon l’admettaient aussi, cela et bien d’autres choses; en le relatant, Sextus Empiricus ajoute que toutefois ils se fussent bien gardés de jamais, dans la pratique, agir à l’encontre de ce qui est universellement admis.
7, Platon.—De la République, I.
24, Inconstance.—Autre pensée que Pascal s’est encore appropriée et qu’il rend de la sorte: «Le larcin, l’inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout cela a sa place entre les actions vertueuses...; il y a sans doute des lois naturelles, mais cette belle raison humaine a tout corrompu.» Payen.
28, Autre.—Ce qui gouverne les hommes, ce sont les idées, les sentiments, les mœurs; leur ensemble crée à chaque race une mentalité particulière; les coutumes, les institutions, les lois ne sont que l’expression de cette mentalité; aussi, comme elle, sont-elles variables d’un peuple à un autre.
30, Coustume.—Les Hindous. Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., III, 24.—Strabon l’attribuait aussi aux Massagètes (peuple de la Scythie): «Ils estimaient, dit-il, que la mort la plus honorable, quand l’âge les a rendus inutiles, c’est d’être tués et mangés avec de la viande de mouton; quant à ceux qui étaient usés par la maladie, ils les détruisaient comme impies et ne les considéraient que comme dignes d’être dévorés par les bêtes féroces.» Un autre auteur les représente comme ne tenant rien comme plus malheureux que de périr autrement que par le fer, et c’est pourquoi ils se faisaient une loi de tuer ainsi les vieillards et de les manger. V. I, 170 et N. Eux-mesmes.
378,
10, Courage.—Diogène Laerce, II, 78.
14, Goujon.—Id., II, 67.
17, Choulx.—Diogène Laerce, II, 68; Horace, Epist., I, 17, 1.
23, Pacis.—Après la citation, les éd. ant. aj.: Il aduient de cette diuersité de visages, que les iugements s’appliquent diuersement au choix des choses.
27, Impuissantes.—Diogène Laerce, I, 63.
30, Socrates.—Id., II, 35.
32, Seruitude.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., III, 24; Plutarque, Cicéron, 26; Juvénal, I, 105, etc.
33, Public.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14; III, 24.
37, Colit.—«Les chrétiens, qui adorent un seul et même Dieu, se sont, à diverses reprises, montrés aussi acharnés les uns contre les autres que ces anciens peuples, parce que leurs croyances différaient sur certains points.» Coste.
380,
5, Semble.—Un avocat italien disait à une cour devant laquelle il plaidait: «Le mois dernier vos Excellences ont jugé ainsi; ce mois-ci, dans le même cas, vous jugez d’une façon tout opposée; de quelque façon que ce soit, c’est parfait.» Payen.
18, Considerable.—A considérer.
19, Fust.—C.-à-d. qu’il ne fallait pas considérer (qu’il importait peu), dans la paillardise, de quelle manière on s’y livrait.—Plutarque, Règles et préceptes de santé, 5. Mais Arcésilas entendait condamner, par là, la débauche sous quelque forme qu’elle se produisît chez l’un aussi bien que chez l’autre, parce que, ajoute Plutarque, il y a autant de mal d’un côté que de l’autre.
23, Propos.—De l’amour des garçons.
24, Diogarchus.—L’ex. de Bord. porte Dicearchus, ce qui est conforme au texte latin.
382,
8, Ceremonies.—Les éd. ant. aj.: Chacun a ouy parler de la deshontée façon de viure des philosophes cyniques.
8, Chrysippus.—Plutarque, Contredits des philosophes stoïques, 31.
12, Hippoclides.—Hérodote, VI, 129.
12, Fourché.—Jeu d’enfant consistant à se tenir verticalement sur les bras, contre un arbre ou un mur, la tête en bas, les jambes en l’air écartées l’une de l’autre.
13, Metrocles.—Diogène Laerce, VI, 94.
24, Affoler.—Ravaler, déprécier.
28, Estimation.—Le mystère, la réserve, la circonspection dans la jouissance des plaisirs de l’amour, font partie de leur prix.
35, Oisifs.—L’ex. de Bord. raye: vagabonds et oisifs.
35, Malaisance.—Pie V voulut, au commencement de son pontificat, supprimer les maisons de tolérance, mais il se vit bientôt dans l’obligation de les rétablir.—Au début de la conquête de l’Algérie, le général Bedeau, bien que, par son caractère et ses sentiments religieux, fort opposé à la prostitution, favorisa à Sétif, où il commandait, l’établissement de maisons publiques, comme sauvegarde de la tranquillité des femmes honnêtes.
36, Coruine.—Le texte de Martial porte Scævine.
384,
8, Aulx.—Ce fait, généralement attribué à Diogène le Cynique, n’est fondé sur le témoignage d’aucun auteur ancien. Bayle, Hipparchia.
9, Autheur.—S. Augustin, De Civ. Dei, XIV, 20.—Le passage où il exprime cette appréciation est, pour le moins, aussi licencieux que le français de Montaigne.
19, Frottant.—Diogène Laerce, VI, 69.
21, Rüe.—Id., VII, 58.
23, Discretion.—Sans faire de distinction; du latin discretio, qui a cette signification; aujourd’hui, ce mot ne s’emploie plus dans ce sens.
25, Regle.—Diogène Laerce, VI, 96.—L’ex. de Bord. portait: s’accouploit à lui en public; mais cette addition a ensuite été rayée.—Les éd. ant. et l’ex. de Bord. ajoutent: Solon fut, à ce qu’on treuue, le premier qui donna par ses loix liberté aux femmes, de faire profit publique de leurs corps. Cette phrase rayée depuis sur l’ex. de Bord. y avait été complétée de la sorte: toutefois, si ie ne me trompe, Herodote recite auant lui cet vsage receu à plusieurs polices, addition qui a pareillement été rayée.
31, Protagoras.—Sextus Empiricus, I, 29 et 32.
386,
7, Maintenir.—Luther faisant allusion aux interprétations diverses que chacun en tirait à l’appui de ses dires, appelait l’Écriture sainte «le livre des hérétiques».—Montesquieu en parle de même: «C’est un pays où les chrétiens de toutes sectes font des descentes et vont comme au pillage; c’est un champ de bataille où les nations ennemies se rencontrent, se livrent bien des combats, où l’on s’attaque, où l’on escarmouche de bien des manières; la plupart des interprètes n’ont point cherché dans l’Écriture ce qu’il fallait y croire, mais ce qu’ils croyaient en eux-mêmes.»
23, Pourtant.—C’est pourquoi, c’est pour cette raison.—Montaigne, qui fait un usage fréquent de ce mot, l’emploie presque toujours dans ce sens.
32, Landit.—Par le landit.—Le landit ou lendit était le salaire de leurs leçons que les écoliers donnaient à leurs maîtres, et qu’il était d’usage de remettre lors de la foire dite du Landit, qui se tenait à S.-Denis; d’où le nom attribué à ce paiement fait constamment à cette époque et qui, pour les élèves de l’université, consistait en six ou sept écus d’or fichés dans un citron et qu’on mettait dans un verre de cristal; les écoliers désignaient entre eux, sous le nom de «frippelandis», ceux qui frustraient leurs régents de ce présent. Quant au nom même de la foire, il viendrait du latin indictum, comme ayant toujours lieu à jour dit, fixé d’avance une fois pour toutes.
37, Dire.—Rabelais, prologue du livre I de Gargantua, exprime la même idée: «Croyez-vous, en vostre foy, qu’oncques Homere, escriuant l’Iliade et Odyssée, pensast es allegories, lesquelles de luy ont calfreté Plutarche, Heraclides Ponticq, Eustatie, Phornute, et ce que d’iceux Potitian a desrobé? Si le croyez, vous n’approchez ne de pieds ne de mains à mon opinion qui decrete icelles aussi peu auoir esté songées d’Homere que d’Ouide, en ses Metamorphoses, les sacremens de l’Euangile, lesquels vn frere Lubin, vray croquelardon, s’est efforcé demonstrer, si d’aduenture il rencontroit gens aussi fols que luy.»
388,
16, Mesmes.—Et on le met en opposition avec lui-même.
20, Heraclitus.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 29.
25, Amer.—Sextus Empiricus, Adv. Math., 163.
28, Cyrenayens.—Ou Cyrénaïques. Cicéron, Acad., II, 7.
34, Chacun.—Cicéron, Acad., II, 46.
37, Retirée.—Séparée, disjointe.
38, Cogitation.—C’est la conclusion que Platon poursuit dans le Phédon et le Théétète.
390,
14, Sentiment.—C’est à peu près la même idée qu’exprime Helvetius, quand il dit: «Juger, c’est sentir.»
17, Cognoissance.—Descartes, Locke, Condillac et autres philosophes de temps postérieurs à Montaigne, n’ont fait que le copier, quand ils ont dit et répété leur fameux: «Cogito, ergo sum (Je sens, je pense, donc j’existe).»
24, Dit.—Acad., II, 27.
30, Perdu.—Plutarque, Contredits des phil. stoïques, 9.
392,
22, Apprehendent.—Ne le saisissent, ne le conçoivent.
31, Bute.—Le tir à l’arquebuse.
40, Costier.—Que le coup a porté trop haut, ou à côté du but.
394,
1, Dire.—Que nous ayons à regretter, qui nous manque.
4, Sens.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
7, Rapporter.—Que peuvent être ces vertus d’assécher ou restreindre que Montaigne prête à la pomme? S’il veut dire qu’elle pourrait être susceptible de se dessécher et de se contracter, ce qui est, nous le constatons par la vue; s’il entend par là causer de l’altération et de la constipation, nous sommes à même de le constater par le palais et les intestins. Aussi, tout en saisissant parfaitement l’idée de l’auteur qui veut dire que «si la pomme a d’autres propriétés que celles que nous lui connaissons, elles nous échappent parce que peut-être nous ne possédons pas les sens nécessaires pour que nous nous en apercevions», faute de pouvoir préciser plus qu’il ne fait, nous le reproduisons textuellement.
12, Choses.—Cette réflexion de Montaigne se confirme de plus en plus de nos jours, avec les progrès de l’électricité dont nous constatons les effets, les produisant et même en tirant parti, alors que leur explication nous échappe et qu’eux-mêmes vont déroutant complètement notre entendement, comme il arrive encore de la télégraphie sans fil, des rayons X, du radium, etc., etc.
396,
11, Videtur.—Montaigne a traduit ces deux vers, avant de les citer.
21, Timagoras.—Cicéron, Acad., II, 25.
25, Epicuriens.—Au jugement des Épicuriens, c’est de.
398,
6, Plaira.—Aux exemples qu’il va donner, Montaigne aurait pu en ajouter beaucoup d’autres, particulièrement en ce qui touche la vue, le plus trompeur de nos sens; les illusions d’optique dues à la réflexion, à la réfraction, au mirage etc..., abondent en effet.
34, Vastité.—Étendue, immensité; mot forgé par Montaigne, du latin vastitas, d’où vient notre adjectif vaste.
41, Zenon.—Diogène Laerce, IV, 23.
400,
6, Fascheux.—Ne fut pas blâmable, n’eut pas tort.
9, Moy.—Diogène Laerce, IV, 36.
19, Espaigne.—Le corail.
20, Oceane.—Les perles.
22, Sien.—«L’irréel est, dans certains cas, plus vrai que le réel; ainsi, les objets ont des états, des formes nettement déterminés; états et formes qui n’importent pas tant que ceux sous lesquels nous les voyons constamment, souvent très différents de la réalité» (Le Bon), ainsi qu’il arrive, dans les effets de perspective, au théâtre, par exemple.
27, Narcisse.—Était d’une admirable beauté; s’éprit de sa propre image et, de chagrin de ne pouvoir la posséder, se noya dans la source où il l’apercevait et fut changé en la fleur qui porte son nom.
34, Sequitúrque.—Le texte latin porte loquiturque.
38, Tours.—Leur hauteur est de 68 m. L’église est érigée sur l’emplacement de l’ancienne cathédrale mérovingienne qui avait, elle-même, remplacé un temple païen; sa construction, commencée en 1163, ne fut achevée qu’en 1230, et encore seulement dans son ensemble.
402,
3, Terre.—Idée reproduite par Pascal: «Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il ne faut pour marcher à son ordinaire, s’il y avait dessous un précipice, quoique la raison le convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra.»
4, Deça.—Les Pyrénées, de ce côté-ci de la France.
12, Yeux.—Démocrite; mais le fait est controuvé. Cicéron, De Fin. bon. et mal., 29, n’en parle que comme d’une chose incertaine, et Plutarque, De la Curiosité, II, dit positivement que c’est une fausseté.
20, Theophrastus.—Plutarque, Comment il faut ouïr, 2.
28, Fureur.—L’inverse se produit également: David, jouant de la harpe, calmait Saül tourmenté par le mauvais esprit; Odette de Champdivers endormait parfois, en touchant de son luth, la sombre folie de Charles VI; et, de nos jours, des médecins parlent de traiter par la musique certaines maladies.
34, Protocole.—Protocole était, du temps de Montaigne, le qualificatif appliqué à qui, le texte d’un discours en main et placé derrière celui qui le prononçait, lui soufflait ce qu’il avait à dire s’il se trompait ou demeurait court; qui en un mot remplissait un rôle analogue à celui du souffleur au théâtre. Ce terme ne s’applique plus aujourd’hui qu’au formulaire suivi dans l’accomplissement d’actes publics et aux procès-verbaux auxquels donnent lieu certains d’entre eux.
34, Gracchus.—Plutarque, Comment il faut refréner la colère, 6.—T. Gracchus était emporté, violent dans sa manière de dire, et avait pour le calmer un de ses serviteurs qui, avec une petite flûte, jouant sur un ton doux et mélodieux quand sa voix s’élevait, l’en avertissait. «Je voudrais, quant à moi, ajoute Plutarque, que l’on me présentât un miroir quand je me mets en colère et que j’y visse mes traits convulsés par cette passion; ce serait aussi utile à d’autres.»—L’histoire romaine présente un autre cas d’un joueur de flûte attaché aux pas d’un autre personnage; mais c’est à un tout autre titre, non pour le rappeler à lui-même, mais pour le signaler aux autres: à Duilius, vainqueur à la première bataille navale remportée sur les Carthaginois (l’an 200, lors de la première guerre punique), le Sénat accorda, à titre d’honneur, d’être reconduit le soir à la lueur de flambeaux et précédé d’un joueur de flûte. A cette même occasion fut érigée à Rome une colonne rostrale qui, restaurée à diverses reprises, existe encore; l’inscription qu’elle porte est un des monuments les plus anciens de la langue latine; cette colonne est aujourd’hui surmontée d’un bec de gaz!
404,
1, Enuy.—Pascal a reproduit cette même idée, en employant les mêmes termes: «Les sens abusent la raison par de fausses apparences; et cette même piperie qu’ils lui apportent, ils la reçoivent d’elle à son tour. Elle s’en revanche: les passions de l’âme troublent les sens et leur font des impressions fâcheuses. Ils mentent et se trompent à l’envy.»
3, Thebas.—On voit..., comme voyait Penthée, roi de Thèbes, poursuivi par les Bacchantes dont il avait surpris les mystères et qui le mirent en pièces.
25, Cymmeriennes.—Semblables aux ténèbres au milieu desquelles vivent les Cimmériens, peuple mythologique habitant la région montagneuse au Sud de Naples, et qui passait pour vivre sous terre dans des ténèbres continues; les poètes plaçaient chez eux l’une des entrées de l’enfer.
406,
4, Democritus.—Plutarque, Des Opinions des phil., IV, 10.
14, Cherchons.—Pendant longtemps, la salive a joui d’une grande réputation contre beaucoup de maladies, en particulier contre les plaies et les ulcères. Payen.
15, Marins.—Poisson qu’on nomme aussi cycloptère ou blème. «Il ne peut, dit-on, raconte Pline (Nat. Hist., XXXII, 1), être capturé vivant; par contre, lorsqu’il est dans son élément, il suffit de le toucher du doigt, pour être empoisonné et en mourir.»
18, Poisson.—C.-à-d.: Que croire? est-ce le poisson qui est un poison pour l’homme, ou l’homme qui est un poison pour le poisson?
25, Hyposphragma.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.—L’Hyposphragma est un épanchement de sang sous la conjonctivite, membrane qui unit les paupières au globe de l’œil.
408,
4, Ordinairement.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
28, Choses.—Les éd. ant. portent: Les malades prestent de l’amertume aux choses douces: par où il nous appert que nous ne receuons pas les choses comme elles sont, mais, au lieu de: «Nous... choses».
34, Quoy.—S’agit-il maintenant de prouver que les sens...; ou encore: Veut-on une preuve que nos sens...
36, Plate.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
38, Sentiment.—Odorat.
40, Veue.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
41, Pennes sans fin.—Bague en métal bruni fort en usage jadis et qui n’a pas complètement disparu, qu’on appelle parfois aujourd’hui «bague sorcière», constituée par un anneau strié extérieurement comme des barbes de plumes. Les stries qui forment entre elles un angle obtus semblent, par un effet d’optique, s’évaser lorsqu’on tourne la bague sur le doigt, présentant alors quelque ressemblance avec la plume d’oiseau; si le métal n’est pas bruni, l’illusion est moins prononcée. C’est un effet analogue à celui qui se produit quand on regarde deux colonnes torses dont les hélices sont en sens contraire; elles paraissent n’être pas parallèles, alors même que toutes deux sont dressées verticalement.
410,
6, Oculaire.—Sénèque, Nat. Quæst., I, 16.
11, Humeur.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
24, Veillent.—Les éd. ant. aj.: puis que cet estat là, a force de donner aux choses vn autre estre, que celuy qu’elles ont: puis qu’vne humeur iaunâtre, nous change toutes choses en iaune.
29, Temperé.—Sextus Empiricus, Pyrr. Hypot., I, 14.
34, Verité.—Les éd. ant. aj.: ny quelle est leur nature.
412,
16, Rouet.—C.-à-d. au bout de nos moyens d’action.—Être au rouet, terme de chasse, se dit du lièvre qui, pourchassé et épuisé par une longue course, ne fait plus que tourner autour des chiens.
27, Passions.—Sensations, perceptions.
29, Discrepances.—Différences, du latin discrepantia, contradiction, disconvenance, diversité.
414,
15, Platon.—Dans le Théétète.
18, Fluxion.—Vicissitude; du latin fluere, couler, s’échapper, s’évanouir.
18, Muance.—Changement, transformation, du latin muere qui a même signification.
22, Labile.—Sujette à changer; du latin labilis, tombant, caduc, fragile.
25, Heraclitus.—Sénèque, Epist. 58; Plutarque, Traité sur le mot Εἴ.
29, Autres.—Tout ce qui suit, jusqu’aux mots «et sans fin» (pag. 418, lig. 15), excepté les vers qui s’y trouvent inclus, est un passage de Plutarque, Traité sur le mot Εἴ, transcrit dans les propres termes d’Amyot, son traducteur.
416,
41, Incontinent.—«Le moment où je parle est déjà loin de moi.» Boileau. «Le présent est très court; si court que quelques hommes ont nié son existence; en effet, il est toujours en marche: il vole, se précipite, il a cessé d’être avant d’être arrivé.» Sénèque.
418,
9, Sera.—Plutarque ne fait ici que transcrire et développer ces paroles du Timée de Platon: «Nous avons tort de dire, en parlant de l’éternelle essence: Elle fut, Elle sera; ces formes du temps ne conviennent pas à l’éternité; elle est, voilà son attribut. Notre passé et notre avenir sont deux mouvements; or l’immuable ne peut être de la veille, ni du lendemain; on ne peut dire qu’il fut, ni qu’il sera; les accidents des créatures sensibles ne sont pas faits pour lui, et des instants qui se calculent ne sont qu’un vain simulacre de ce qui est toujours.»
19, Payen.—Plutarque, ou peut-être Platon dont Plutarque vient d’exprimer la pensée.
20, Condition.—Païen comme le premier, c’est Sénèque.
21, Dit-il.—Sénèque, Nat. Quæst., I, préf.
27, Car.—Les éd. ant. port.: Il n’est mot en toute la secte stoïque plus veritable que celuy là, mais, au lieu de: «Voilà... car».
31, Celestes.—Cette conclusion résume bien la thèse absolument contraire à celle de Sebond, que l’auteur s’est proposée dans ce long chapitre: que l’homme ne peut, par ses propres moyens, arriver à rien de certain et qu’il a besoin à cet effet, d’être éclairé par une lumière divine.
CHAPITRE XIII.
420,
2, Humaine.—«C’est un beau cinquième acte, qu’une bonne mort.» Sainte-Beuve.
4, Resolus.—Persuadés, convaincus.
35, Qu’vn.—J.-J. Rousseau exprime et développe cette même pensée, qui chaque jour devient de plus en plus vraie, en ce temps de vie à outrance: «Nous tenons à tout, nous nous accrochons à tout; les temps, les lieux, les hommes, les choses, tout ce qui est, tout ce qui sera, importe à chacun de nous; notre individu n’est plus que la moindre partie de nous-mêmes... O homme! resserre ton existence au dedans de toi.»
422,
5, Mei.—César, dans sa hâte de suivre Pompée passé en Grèce, avait, faute de moyens de transport suffisants, laissé la majeure partie de ses troupes à Brindisi. Ne les voyant pas arriver et craignant qu’elles ne fussent coupées de lui par la flotte dont disposait Pompée alors que lui-même n’avait que des bâtiments de commerce, voulant presser leur venue, il s’embarqua incognito, de nuit, sur une barque, par un temps affreux; et, le pilote n’arrivant pas à surmonter les difficultés, César, pour stimuler ses efforts, lui dit: «Que crains-tu? tu portes César et sa fortune.» Nonobstant cette confiance en lui-même, il ne parvint pas à effectuer la traversée qu’il avait en vue, les flots le rejetèrent à son point de départ.
18, Actions.—L’éd. de 88 et l’ex. de Bord. aj.: et qu’vn grand roy lui couste plus à tuer qu’vne puce.
29, Temps.—Il faut encore tenir compte si c’est une mort soudaine ou qui vienne pour ainsi dire à pas comptés.
32, Tourmens.—Le cruel empereur qui voulait faire sentir la mort à ses victimes, c’est Caligula (Suétone, Caligula, 30); et c’est Tibère qui dit, de l’une des siennes qui s’était tuée elle-même, qu’elle lui avait échappé (Suétone, Tibère, 61); mais ces deux monstres se ressemblent si fort en cruauté, qu’il est aisé de les prendre l’un pour l’autre.
39, Desseignoit.—Avait dessein, projetait.
43, Planché.—Planchéié, comme il se dit aujourd’hui.
424,
4, Mourir.—Lampridius, Heliog., 33.—Héliogabale fut tué dans une sédition militaire par des soldats qui le massacrèrent dans des latrines où il s’était réfugié: son cadavre fut traîné par les rues et jeté dans un égout; mais l’égout s’étant trouvé trop étroit, on le précipita, une pierre au cou, dans le Tibre (222). V. I, 380 et N. Retraict.
8, Propre.—Si on l’eût mis dans le cas de se tuer.
14, Prusse.—Les Abruzzes, province de l’Italie méridionale.—On a pensé qu’il y avait là une faute d’impression évidente et qu’il faut lire Prusse; c’est douteux, du moins en ce qui touche la substitution d’un P au B: certains auteurs, en effet, écrivent Apruzia, d’où Montaigne a fait la Prusse, comme l’Apulia, autre province de la même région, est devenue la Pouille.
15, Apres.—En 48, à Corfinium. Désespérant de pouvoir s’y défendre, Domitius demanda du poison à son esclave qui était médecin. L’ayant absorbé et apprenant avec quelle bonté César traitait ses prisonniers, il regretta son acte, mais son esclave le rassura en lui avouant que ce n’était qu’un narcotique qu’il lui avait remis. Satisfait de cette assurance, il alla trouver César qui l’accueillit avec beaucoup d’amitié, ce qui ne l’empêcha pas de passer, peu après, à nouveau dans le camp de Pompée. Plutarque, César, 10.
22, Gents.—Tacite, Annales, IV, 22.—Plautius Sylvanus était sous le coup d’une accusation capitale pour avoir précipité sa femme du haut de sa maison (22).
24, Parties.—A ses ennemis.—Tacite, Ann., VI, 48. Albucilla était accusée d’adultère et d’impiété envers le prince (36).
25, Sicile.—Plutarque, Nicias, 10.—Lors de l’expédition des Athéniens en Sicile, en 413, Démosthène, l’un de leurs généraux, se voyant, après une résistance opiniâtre, hors d’état d’échapper, se perça de son épée; mais, ne s’étant pas tué du coup, il fut fait prisonnier et, quelque temps après, lapidé par les Syracusains.
26, Impetra.—Obtint par des prières; du latin impetrare qui a cette signification; impétrer est demeuré dans le langage judiciaire.
27, Acheuer.—Appien, De Bello Mithrid.—Fimbria, un des plus fougueux et plus cruels partisans de Marius. Envoyé en Asie Mineure, il y assassina son général pour se substituer à lui; pressé par Sylla, il se donna la mort (85). Un de ses hauts faits fut la destruction de fond en comble d’Ilion (l’ancienne Troie), et le massacre de tous ses habitants.
31, Transperça.—Tacite, Ann., XVI, 15.—Ostorius, qui jouissait d’une grande réputation militaire et de l’éclat d’une couronne civique méritée en Bretagne, fut réduit à se tuer, parce que, chez lui, avait été lu un poème satirique contre Néron (68).
35, Tuer.—Xiphilin, Adrien.—Cette précaution ne lui réussit pas; pressé par la maladie et voulant en finir, il ne trouva personne qui voulût lui porter le coup mortel, ni lui donner du poison.
37, Courte.—Suétone, César, 87.—César tint ce propos dans un repas, la veille de sa mort; ce disant, il faisait allusion aux conspirations journellement ourdies contre lui et dont on ne cessait de l’entretenir, et il ajouta: «Mieux vaut mourir une fois, que de craindre toujours.»
39, Humaine.—Pline, Hist. nat., VII, 53, dit: «une mort subite».—«Le dernier plaisir de la vie, est de mourir sans y penser.»
426,
4, Mourir.—De là cette locution si répandue: «Je voudrais, je préférerais être mort», qui se dit fréquemment à propos de toute difficulté ou souffrance morale ou physique dont la mort vous délivrerait. Mais avant d’être mort, ce que l’on peut souhaiter de fort bonne foi, il faut mourir; et nos appels à la mort en sont moins sincères, ainsi que l’a si bien rendu La Fontaine, dans sa fable de «la Mort et le bûcheron»; parce qu’entre les deux, pour qui est en pleine possession de lui-même, il y a un moment redoutable à franchir: le corps s’y trouve généralement aux prises avec la douleur, et fréquemment l’âme appréhende l’inconnu de l’au-delà.
5, Æstimo.—Le vers latin, qui est de Cicéron, est la traduction d’un vers grec d’Epicharme.
13, Cogitation.—Mesuré et calme, plutôt qu’aigri et surexcité par le fardeau d’une telle pensée. V. N. III, 576: L’vn.
28, Fois.—Cornelius Nepos, Atticus, 22.—Nulle mort dont le récit nous a été conservé ne témoigne un plus grand détachement de la vie; parmi les plus belles, on peut dire que celle de Socrate lui était imposée par sa condamnation, celle de Caton par la situation, et qu’ils ont eu à cœur de se montrer à hauteur de leurs principes; chez Atticus, aucun motif n’excite son courage, il meurt parce qu’il est las de la vie, sans forfanterie, à l’insu de tout le monde.
33, Cleanthes.—Diogène Laerce, VIII.
40, Marcellinus.—Tout ce récit est emprunté de Sénèque, Epist. 77.
428,
13, Roüons.—Tournons. Ce mot est encore aujourd’hui employé comme terme de marine: Rouer un câble, c’est le plier en l’enroulant sur lui-même.
15, Mort.—C’est ce que les Anglais appellent le spleen.
30, Essayer.—La goûter, la savourer.
430,
4, Premier.—Après la bataille de Thapsus (46), Caton qui commandait à Utique, voyant les affaires perdues, après avoir pourvu à la sûreté de tous ceux qui s’étaient réfugiés dans la place et se trouvaient compromis, résolut de se tuer, ne voulant pas en outre devoir de grâce à César, dont on connaissait les dispositions bienveillantes à son égard. Sa résolution avait transpiré; pour l’empêcher de la mettre à exécution, la veille on lui avait retiré son épée; il s’en était aperçu et l’avait fait rapporter, observant à ses proches et amis qui le pressaient de renoncer à son dessein, que finalement une épée n’était pas indispensable pour mettre fin à ses jours. Il passa la nuit à lire et méditer le Phédon, dialogue où Platon traite de l’immortalité de l’âme. Le lendemain matin, jugeant le moment venu, il fit retirer chacun et se perça de son épée; le bruit qu’occasionna sa chute fit accourir son fils et ses amis; on profita de son évanouissement pour panser la blessure qu’il s’était faite, mais revenu à lui, il repoussa le médecin avec violence, arracha le pansement, déchira la plaie de ses propres mains et expira sur-le-champ.—Ce sujet fut le premier donné, l’an V (1797) de la République, par l’Institut national de France, aux élèves de peinture pour le concours du grand prix, après l’interruption causée par la Révolution. V. N. II, 586: Ieune Caton.
CHAPITRE XIV.
7, Iustement.—Également.
10, Faim.—C’est le sophisme dit de l’âne de Buridan qui, supposant un âne également pressé par la faim et la soif, placé entre une mesure d’avoine et un seau d’eau et à égale distance, demandait: «Que fera-t-il?» Si on lui répondait qu’il demeurerait immobile: «Il se laissera donc mourir?» disait Buridan. On lui répliquait qu’il ne serait pas bête à ce point. «Alors, concluait-il, se tournant d’un côté plutôt que d’un autre, il a donc son libre arbitre.»—Ce sophisme embarrassa fort, paraît-il, les dialecticiens de l’époque; il était cependant aisé d’y répondre: Comment aurez-vous la certitude que lorsqu’il se décidera l’animal sera au même degré pressé par un besoin et par l’autre, et qu’il ne cède pas à celui qui, à votre insu, le presse le plus?
11, Stoïciens.—Plutarque, Contredits des phil. stoïques, 24.
28, Circonference.—Ces absurdités sont jeux d’écoliers, nous ne connaissons pas le raisonnement captieux démontrant que «le contenu est plus grand que le contenant».—Pour prouver que «le centre d’un cercle est aussi grand que sa circonférence, on suppose le cercle se déroulant suivant une ligne droite; sa circonférence se développant de A en A’, le centre O vient en O´, or OO´ = AA´. De même acabit sont les problèmes suivants:

«Le diamètre d’un cercle est égal à sa demi-circonférence.» Observons tout d’abord que dans un cercle les deux demi-circonférences décrites sur les deux moitiés d’un diamètre sont au total égales à la demi-circonférence qui les englobe; appliquant ce principe de proche en proche à toutes les demi-circonférences intérieures que l’on peut construire de la sorte, leur total reste égal à la demi-circonférence extérieure en même temps qu’elles en arrivent à se confondre avec le diamètre.—Si on considère que dans le problème précédent AA´ est égal à trois fois le diamètre, et que la présente démonstration conclut à ce que le diamètre est égal à la demi-circonférence, on en arrive à ce que un égale deux.

Si un égale deux, «deux égale trois». Supposons trois nombres a, b, c, tels que: a = b + c. Il en ressort que: 2a = 2b + 2c et aussi 3a = 3b + 3c; de ces deux additions égales en inversant les deux termes de la seconde, on a: 2a + 3b + 3c = 2b + 2c + 3a; de chacun des deux termes de cette dernière retranchons 5a, elle devient 3b + 3c - 3a = 2b + 2c - 2a ou 3 (b + c - a) = 2 (b + c - a); supprimant le facteur commun b + c - a, on a 3 = 2.
«Une bouteille vide égale une bouteille pleine.» On est en droit de poser: ½ bouteille vide = ½ bouteille pleine; supprimons ½ facteur commun, et l’énoncé du problème est démontré.
«Une flèche qui atteint le but, dit Zénon d’Élée, n’a pu cependant franchir la distance.» Divisons cette distance en deux parties; ce qui reste également, continuons de la sorte indéfiniment, il restera toujours quelque chose à diviser, et par suite à franchir.—C’est une démonstration du genre de celle qui prouve que deux courriers se pourchassant, si vite qu’aille celui qui poursuit, il ne peut rattraper l’autre, si lente que soit l’allure de ce dernier et si faible que soit la distance qui les séparait au début.
30, Cercle.—La recherche de la pierre philosophale (alchimie) et de la quadrature du cercle (construction d’un carré de surface équivalente à celle d’un cercle donné) sont deux problèmes insolubles, qui occupaient beaucoup les esprits aux temps jadis.
32, Pline.—Les éd. ant. aj.: Il n’y a rien de certain que l’incertitude et rien de plus misérable et plus fier que l’homme. Cette addition est la traduction de la citation qui suit.
CHAPITRE XV.
432,
Malaisance.—Difficulté d’avoir les choses.
2, Remaschois.—Au figuré, remâcher, c’est repasser à diverses reprises dans son esprit.
2, Mot.—Les éd. ant. aj.: et tres veritable.—Cet ancien, c’est Sénèque, Epist. 4.
5, Preparez.—Sénèque, Epist. 4.
6, Fruition.—Jouissance; mot forgé, par Montaigne, du latin frui, jouir.
9, Estroict.—Les éd. ant. port.: ferme.
15, Parens.—Danaé, fille d’Acrisius, roi d’Argos (Grèce), fut enfermée dans une tour d’airain par son père, auquel l’oracle avait prédit qu’il serait tué par l’enfant qui naîtrait d’elle. Jupiter pénétra dans cette tour sous forme d’une pluie d’or (la toute-puissance de l’argent a été connue de tous temps), et séduisit Danaé. De cette union naquit Persée, qui plus tard, en effet, fut, par accident, le meurtrier d’Acrisius. Myth.
24, D’autre.—Plutarque, Lycurgue, 11.
28, Sauce.—Dans son poème Les filles de Minée, La Fontaine dit:
«La défense est un charme; on dit qu’elle assaisonne Les plaisirs, et surtout ceux que l’amour nous donne.»
34, Morsures.—Plutarque, Pompée, 1.
434,
6, Ancone.—La marche d’Ancône, province de l’Italie centrale, où est le sanctuaire de N.-D. de Lorette en qui l’on croit posséder la Santa Casa ou maison de la S. Vierge et une statue d’elle, en bois de cèdre, sculptée par l’apôtre S. Luc. Cette maison de la Vierge aurait été transportée par les saints Anges de Nazareth à Lorette; à l’encontre de cette tradition un érudit, le chanoine Ulysse Chevalier, a publié en 1906 que, d’après ses études, elle a tout simplement été construite avec les pierres d’une carrière voisine, par des architectes nommés Anges.
7, Sainct Iaques.—S.-Jacques de Compostelle à Santiago en Galice (Espagne), où se trouvait le corps de l’apôtre S. Jacques.
8, Liege.—A Liège (Belgique). Non loin de là se trouvent les eaux de Spa, appelées ici, par Montaigne, les bains d’Aspa.
10, François.—Par application du proverbe: «Nul n’est prophète en son pays.»
12, Autre.—Plutarque, Caton d’Utique, 7.—Caton, qui avait deux enfants d’un mariage antérieur, avait consenti à se séparer de sa femme Martia, dont il n’en avait pas, pour la céder à Hortensius son ami, qui n’en avait pas non plus, ce qui était admis par les mœurs romaines. A la mort d’Hortensius, autant par affection que pour ne pas la laisser dans une position difficile, Caton reprit Martia par un second mariage en règle, toutes choses qu’autorisait à Rome la faculté illimitée du divorce; César néanmoins lui en faisait de vifs reproches dans son Anti-Caton: «S’il avait besoin de femme, disait-il, pourquoi céder la sienne à un autre; et, s’il n’en avait pas besoin, pourquoi la reprendre? Cela ne montre-t-il pas une arrière-pensée: on prêtait une femme pauvre à Hortensius, on espérait la retrouver riche». V. N. II, 586: Ieune Caton.
28, Plus.—La Fontaine disait à une courtisane chez laquelle il était entré un jour par hasard et qui se laissait doucement caresser, sans opposer la moindre résistance à ses désirs: «Je t’en prie, repousse-moi un peu.»
37, Amants.—Tacite, Ann., XIII, 45.—Chez les Lacédémoniens, les filles sortaient en public à visage découvert et les femmes voilées, parce qu’il faut, disaient-ils, que les filles trouvent mari et que les femmes gardent celui qu’elles ont; comme quoi, une même chose peut être envisagée à deux points de vue complètement opposés.
41, Bastions.—Au propre, saillants de fortification; ici, pris au figuré, allusion aux vertugadins, paniers dont les dames faisaient alors usage dans leur toilette, sorte de jupons garnis de cercles de baleine, assez analogues aux crinolines du second empire, soutenant les jupes et rendant les robes bouffantes.
43, Appetit.—Par la difficulté, aj. l’éd. de 88.
436,
8, Desbaucher.—Porter à une gaîté licencieuse.
10, Triompher.—Add. de l’éd. de 88 et de l’ex. de Bord.: de la rigueur.
14, Haissent.—Add. de l’éd. de 88: mortellement.
30, Seruist.—Valère Maxime, II, 1, 4.—Cette assertion est-elle exacte? ce qu’il y a de certain, c’est qu’à Rome les femmes étaient assez libres et le divorce appliqué pour la moindre cause.—Toujours est-il que son introduction en France est loin de confirmer la thèse de Montaigne. Il y a été autorisé en 1884; de 1885 à 1890, la moyenne annuelle des demandes a été de 9.300, suivant d’année en année une progression ascendante constante. En 1901, 10.500 instances ont été introduites se répartissant à peu près également entre gens ayant des enfants et gens n’en ayant pas, 9.000 ont été accordées, à quoi il convient d’ajouter plus de 2.000 séparations de corps. En 1904, il y en a eu 9.860 prononcés en dehors des séparations de corps; en 1905, 10.019.—Il est à observer que les divorces pour cause d’adultère sont presque en nombre double pour adultère de la femme, que pour cette même faute commise par l’homme; ce n’est pas que celui-ci soit plus respectueux de la foi conjugale, mais outre que dans son cas il n’y a pas risque d’un enfant pouvant en résulter, cela tient encore à ce que pour des raisons diverses la femme supporte plus facilement d’être trompée et aussi qu’elle est plus facile à l’être. Et aujourd’hui que le divorce est passé dans les mœurs, l’idée gagne de l’affranchir des fictions judiciaires qui en restreignent l’obtention: les motifs légaux n’existant pas, on les suppose, on va jusqu’à en créer les apparences de commun accord; d’où la tendance à l’admettre par consentement mutuel, et même sur la volonté d’un seul avec conditions de délai; il y a bien la question des enfants, mais n’a-t-on pas déjà passé outre! C’est là le seul point intéressant; et à l’encontre de ce qui se pratique, il semble qu’il vaudrait mieux pour eux, quel que soit le motif du divorce, au lieu d’être attribués à l’un, sous réserve de certains droits concédés à l’autre, que celui auquel ils sont laissés, les ait sans restriction ni obligation vis-à-vis de la partie adverse; les obtiendrait celui en faveur duquel le divorce serait prononcé dans les cas d’indignité, d’inconduite, de sévices et injures graves; celui contre lequel la demande en divorce aurait été introduite dans le cas d’incompatibilité d’humeur quand il sera admis, ce qui avec les idées actuelles ne saurait tarder beaucoup.—Du reste, le mariage lui-même tend à être réduit à sa plus simple expression. On voudrait le rendre aussi facile que possible à contracter, ne le subordonner à aucun consentement autre que celui de ceux qui veulent s’unir; supprimer la puissance maritale, chacun des conjoints ayant mêmes droits, toute liberté et toute indépendance; le régime de la séparation de biens deviendrait la règle unique; l’adultère cessant d’être un délit ne serait plus qu’une cause de divorce, dont l’obtention serait du reste grandement facilitée, si bien que les seules différences qui subsisteraient encore entre le mariage et l’union libre, se réduiraient à la publicité donnée à l’union contractée, l’octroi de la légitimité aux enfants nés pendant sa durée et la possibilité de liquider les intérêts matériels de chacun après sa dissolution.
438,
5, Serpunt.—L’auteur parle ici des Juifs et de leur religion; Montaigne applique son dire à un sujet tout autre.
8, Moyen.—Peut-être; mais l’excès contraire a plus d’inconvénients encore; et, à notre époque, la peine de mort est tellement atténuée, la prison si bénigne à tous ses degrés, la grâce et les réductions de peine sont tellement passées dans les habitudes, que les malfaiteurs, dont le nombre, ainsi que l’audace et la fréquence des méfaits, vont croissant en proportion du besoin de bien-être et de luxe, conséquence des progrès de la civilisation, s’en donnent à cœur joie. La publicité des exécutions n’a plus de raison d’être, n’amenant plus chez le spectateur que cette simple remarque: «Tiens! ce n’est que cela!» En la supprimant, on ferait cette peine un peu plus redoutée; en n’abusant pas du droit de grâce, en n’en usant que lorsqu’il y a des circonstances atténuantes dont il n’a pas été tenu compte, ou qu’un doute peut exister sur la culpabilité, en un mot comme correctif d’une erreur possible du jury; en rendant beaucoup plus pénibles les divers genres d’emprisonnement et réduisant d’autant la durée des condamnations, on modifierait rapidement l’état d’esprit de nombre de criminels qui, actuellement, se disent que ce qui peut leur arriver de pis, c’est de vivre sans rien faire aux dépens de la société, dans des conditions bien moins pénibles que s’il leur fallait gagner leur vie par le travail, ce qui est bon seulement pour les honnêtes gens.—Et pourtant, l’expérience est faite: Pour parer aux recrudescences de crimes à certaines époques contemporaines, les Anglais, qui cependant ont beaucoup plus que nous le respect de la liberté individuelle, n’ont pas hésité à rétablir temporairement des moyens de répression tombés en désuétude: le «Treadmill» où le condamné est mis automatiquement dans l’obligation de coopérer, à l’aide des mains et des pieds, à faire tourner une roue; le Cat (le chat à neuf queues) qui consiste à infliger matin et soir, pendant un nombre de jours déterminé, un certain nombre de coups de fouet; ces procédés depuis mis de côté, sans cesser d’être légaux pour le cas où le besoin s’en ferait de nouveau sentir, eurent vite raison de ces associations de bandits qui terrorisaient Londres en étranglant les passants, etc., tout comme nos apaches parisiens en agissent actuellement avec le couteau et le revolver. Mais, chez nous, gouvernants et législateurs ont plus souci de jouir de la situation à laquelle ils sont arrivés, d’assurer leur réélection pour continuer à vivre aux dépens de la chose publique, que de satisfaire à leurs devoirs essentiels, faire régner la liberté et refréner la licence, favoriser le bien, poursuivre et punir le mal; assoiffés de popularité, imbus par calcul d’idées soi-disant humanitaires, leurs actes démentent leurs paroles, leurs sympathies vont de fait aux scélérats bien plus qu’à leurs victimes.
9, Argippées.—Hérodote, IV, 23, dit qu’il ne les connaît que par ouï-dire; qu’ils sont chauves, ont le nez aplati et ne se nourrissent que de fruits et de lait. Chacun habite sous un arbre que, l’hiver, il recouvre d’une étoffe de laine blanche, qu’il a soin d’ôter l’été. Personne ne les insulte, ils n’ont pas d’armes et sont considérés comme sacrés.
19, Violence.—C.-à-d. peut-être la facilité qu’on a d’entrer dans ma maison, contribue-t-elle à la mettre à l’abri de la violence.
32, Frontieres.—Ce n’est pas en effet des places frontières qui sont à construire. La défense des frontières d’un état est le propre des armées elles-mêmes; les fortifications ne devraient être employées que pour couvrir certains points en nombre très restreint, particulièrement importants en vue de l’offensive beaucoup plus qu’en vue de la défensive, ceux où sont nos approvisionnements, et aussi les grandes agglomérations plus particulièrement menacées dont il importe, en raison des ressources qu’elles présentent, de ne pas laisser l’ennemi s’emparer dès le début sans coup férir. Les murailles de Chine n’ont jamais dans le passé satisfait à ce qu’on en attendait, et y satisferont moins encore dans l’avenir, étant donnés les moyens actuellement mis en œuvre, au nombre desquels il faut compter l’envahissement du territoire de l’adversaire sans déclaration de guerre préalable. Vauban, qui à l’époque de Louis XIV avait organisé la défense de nos frontières sous l’empire de ces idées, reconnut, sur la fin de sa vie, cette erreur, qu’après 1870 ses élèves, héritiers de sa science mais non de son génie, ont commise à nouveau, nous amenant à fortifier, une fois encore, outre mesure notre frontière de l’Est au lieu de renforcer ses effectifs dans toute la limite du possible, avec ceux qui, pour des raisons de clocher, demeurent disséminés dans le reste de la France où ils n’ont que faire. S’il en eût été ainsi, Nancy, bien que sans fortifications, serait à l’abri d’un coup de main; et, ayant ces troupes stationnées ailleurs, on n’aurait pas été tenté de les employer abusivement à des œuvres de police, pour lesquelles l’armée n’est point faite, qui la discréditent, où se perd la notion du devoir, auxquelles la nécessité fait que la masse se prête à contre-cœur, non sans que cependant se produisent quelques rares protestations, qui honorent leurs auteurs, mais ruinent leur carrière.
36, Riches.—Pauvres et riches s’intéressent au pillage que promet une incursion sur un territoire étranger; les riches seuls le sont à s’en défendre sur leur propre territoire.
37, Faitte.—Le père de Montaigne avait, en 1554, réédifié sa maison, en la fortifiant selon les habitudes et les nécessités de l’époque; Montaigne nous fait connaître ici que lui-même ne jugea pas à propos de tirer parti de ces dispositions défensives. Cette maison demeura telle jusqu’en 1859, où ses descendants s’en défirent. Déjà en partie transformée par les changements que les acquéreurs y avaient apportés, elle devint la proie des flammes en 1885, à l’exception de la grosse tour et de quelques communs qui furent épargnés; elle a été reconstruite depuis, mais sur un plan notablement différent: seules la tour et la pièce constituant la bibliothèque de Montaigne qu’il décrit III, 156, ont été maintenues dans leur état primitif.
440,
2, Defortifié.—Henri IV et surtout Richelieu firent en effet démanteler quantité de ces forteresses particulières.
3, Dangereux.—Regrettable, triste, fâcheux.
6, Infiables.—Suspectes.
12, Improuidence.—Votre défaut de vigilance et de prévoyance à pourvoir à votre sûreté.—Montaigne affectionne ces mots négatifs formés avec un préfixe (dé, il, im, in, ir, suivant le cas), et les forge fréquemment quand ils n’existent pas.
29, Enregistrable.—La maison de Montaigne, épargnée jusque-là, finit par être pillée.
29, Ans.—Ces troubles avaient commencé en 1560.
CHAPITRE XVI.
442,
19, Hominibus.—Dans l’Évangile de S. Luc, d’où cette citation est tirée, la phrase est complétée par ces mots: bonæ voluntatis (aux hommes de bonne volonté).
23, Diogenes.—Cicéron, De Fin., III, 17.
32, Loüanges.—«L’art de louer commença l’art de plaire.» Voltaire.
36, Fleurisse.—Traduction d’un vers d’Homère, que Cicéron a également traduit, De Fin., V, 18.
39, Acquerir.—Cicéron, De Fin., III, 17.
444,
5, Cache ta vie.—Ce précepte, dû à Nicoclès frère d’Épicure, devint un des principes fondamentaux de l’école. Dans un de ses traités, intitulé: Si ce mot commun «cache ta vie» est bien dit? Plutarque s’élève avec force contre cette maxime qu’il considère comme destructive de tous intérêts sociaux, en détournant de se mêler des affaires publiques, dont le tracas est incompatible avec la tranquillité; elle est plutôt à entendre comme signifiant qu’exposés à l’envie comme nous le sommes, il est prudent de cacher ses avantages pour pouvoir en jouir à l’aise.
«Pour être heureux, n’excitez point l’envie. Le secret du bonheur est de cacher sa vie.» De la Bouisse.
8, Celuy.—Épicure.
23, Hermachus.—Cette lettre d’Épicure est dans Cicéron, De Fin., II, 30, qui dit Hermarchus; Diogène Laerce, X, 22, la donne comme adressée à Idoménée, autre disciple de ce philosophe.
446,
1, Metrodorus.—Cicéron, De Fin., II, 31.
2, Desirable.—Cicéron, De Fin., III, 17, attribue cette doctrine aux Stoïciens, et ajoute qu’ils ne l’ont admise que parce que, sur ce point, ils n’ont pu répondre à Carnéade.—Carnéade, député à Rome par ses concitoyens, s’y était fait remarquer par son éloquence; mais une fois, ayant parlé au Sénat avec un égal talent pour et contre une même question, Caton fit décider de renvoyer au plus tôt un sophiste aussi dangereux.
8, Fuyr.—Aristote, Morale à Nicomède.
10, Subiect.—Ce traité de Cicéron sur la gloire est aujourd’hui perdu; Pétrarque semble l’avoir possédé. C. de M.
13, Suitte.—Marcellus avait élevé un temple à la Vertu, un autre à l’Honneur, et il fallait passer par le premier pour arriver au second, symbolisant ainsi que la vertu est le principe même de l’honneur.
18, Philosophe.—Montaigne, dont les critiques à l’égard de Cicéron sont jusqu’ici pour la plupart justifiées, en arrive à l’exagération et à l’injustice. Cicéron aimait passionnément la gloire, comme il aimait la justice et aussi la liberté à laquelle il a fait le sacrifice de sa vie. Il n’a pas dit que la gloire fût préférable à la vertu: «Si la vertu, lit-on dans son Discours pour Milon, pouvait envisager un prix, le plus haut de tous serait la gloire; elle seule nous console de la brièveté de la vie par les longs ressouvenirs de la postérité; elle nous rend présent où nous ne sommes point, elle nous fait vivre même après la mort.»
26, Toy.—Cicéron, De Fin., II, 18.
31, Richesses.—Plotius avait légué toute sa fortune à Peduceus, à l’insu de sa veuve, à laquelle celui-ci la restitua. Cicéron, De Fin., II, 18.
34, Cicero.—De Fin., II, 18.—Un nommé Fadius Gallus, homme extrêmement riche, pour éluder une loi qui limitait ce dont pouvaient hériter les femmes, avait institué comme son légataire S. Rufus, mais en le priant de transporter tout son héritage à sa fille Fadia. S. Rufus nia cette clause, et, se retranchant derrière la loi, se borna à abandonner à Fadia ce à quoi elle avait légalement droit.
36, Hortensius.—Quelques intrigants avaient apporté de Grèce à Rome un faux testament d’un nommé Minucius Balbus, homme fort riche. Afin de recueillir plus facilement la succession, ils s’étaient donné pour cohéritiers Crassus et Hortensius, deux des hommes les plus puissants de l’époque. Ceux-ci soupçonnaient bien la fausseté de l’acte, mais ils n’y avaient pas trempé et ils ne se refusèrent pas à profiter du crime d’autrui. Cicéron, De off., III, 18.
448,
16, Vouloit.—«La gloire suit la vertu, comme l’ombre suit le corps.» Cicéron.
450,
4, Blessé.—L’éd. de 88 aj.: mais d’Hannibal ie sçay bien qu’on le dit, et de Scanderberg.—Alexandre l’a été maintes et maintes fois (V. N. I, 486), parfois assez grièvement, notamment au siège de Tyr, et dans son expédition contre les Malliens Oxydraques, peuplade du bassin de l’Indus. Napoléon l’a été une fois à la cuisse au siège de Toulon, une autre fois au talon à Ratisbonne, chaque fois sans gravité.—Une blessure à la guerre ne prouve généralement pas grand’chose, sinon qu’on y était, surtout actuellement avec la longue portée des armes; bien rares sont celles reçues dans l’accomplissement d’un fait méritant une mention personnelle. Napoléon, à Waterloo, avait un guide pris sur place, suivant son habitude, les cartes n’indiquant que d’une façon générale et sommaire les mouvements de terrain; ce guide, lié sur son cheval, faisait mauvaise figure aux balles et aux boulets, il s’agitait sur sa selle, détournait la tête, se courbait sur l’encolure de sa monture, si bien que l’empereur lui dit à un moment: «Mais, mon ami, ne remuez pas tant; un coup de fusil vous tuera aussi bien par derrière que par devant et vous fera une plus vilaine blessure.» H. Houssaye. Dans ma jeunesse, un de mes camarades, fort brave du reste, qui depuis a été tué en 1870 à Frœschviller, et qui avait fait ses premières armes en Crimée où il avait été blessé deux fois et avait été décoré de la médaille militaire, nous contait, en toute franchise, que sa première blessure, il l’avait reçue alors que derrière une haie il mettait culotte bas, et la seconde, alors que surpris par les Russes dans une embuscade il fuyait à toutes jambes; pas plus dans un cas que dans l’autre, il ne faisait face à l’ennemi.
40, Faire.—C’est-à-dire la satisfaction du devoir accompli. Mais l’homme est homme; et, outre qu’il y en a peu qui n’aient besoin d’être encouragés dans la voie du bien, c’est un impérieux devoir pour ceux auxquels cela incombe, que de rechercher et récompenser ceux qui demeurent ainsi dans l’ombre et de ne pas s’en laisser imposer par ces autres, toujours prêts à se faire valoir, soit en s’exaltant eux-mêmes, soit en recourant à autrui à charge de revanche; les sociétés d’admiration mutuelle sont un des plus grands obstacles que le vrai mérite rencontre sur sa route.
452,
18, Demetrius.—Sénèque, Epist. 91.
454,
1, Timon.—Passage de Sénèque, Epist. 85, que Montaigne paraphrase.
7, Absence.—Tite-Live, XLIV, 22.—En 168.—«N’ajoutez foi, dit en substance Paul-Émile au peuple romain, qu’à ce que je vous écrirai; n’accréditez pas, par votre crédulité, des rumeurs vaines et sans fondement. Il y a des gens qui s’érigent en maîtres, critiquent tout ce qui n’est pas conforme à leur manière de voir; cette habitude est funeste. Je ne me crois pas infaillible, mais c’est de ceux qui ont de l’expérience, qui sont sur les lieux et connaissent la situation, que je prends avis. Si donc il est quelqu’un parmi vous qui se croit à même de me donner quelque conseil utile, qu’il vienne avec moi, je le défrayerai de tout; autrement qu’il se taise et sache que les avis de mes compagnons d’armes me suffisent.»—Semblable propos serait également de mise aujourd’hui en France; mais ce n’est pas à un personnage ayant le courage de le tenir que l’on confierait le commandement de nos armées; et en tout cas, si, y étant nommé, il se révélait tel, de semblables exhortations de sa part demeureraient lettre morte, et le premier prétexte venu, le moindre échec sans conséquence, toujours possible, le feraient indubitablement tomber en disgrâce.—Ce discours de Paul-Émile est donné par l’avant-dernier chapitre de Tite-Live qui nous ait été conservé, car nous ne possédons qu’une faible partie de son Histoire qui allait jusqu’à l’ère chrétienne, et ce qui nous en reste s’arrête à l’an 166. Le pape Grégoire, vers la fin du VIe siècle, le jugeant dangereux en raison des fréquents prodiges qu’il rapporte, le comprit dans la proscription des livres profanes qui lui est attribuée et fit brûler tous les manuscrits qu’il en put découvrir.
8, Destourbier.—Trouble, obstacle, empêchement; du latin disturbare, empêcher.
12, Consentement.—Fabius, par sa prudence, s’étant attiré beaucoup de critiques et Minutius, son chef de cavalerie, ayant obtenu quelques légers succès en combattant contre la défense qu’il lui en avait faite, avait vu son autorité répartie entre eux deux, et pour ne pas l’affaiblir avait proposé à son ancien lieutenant de commander à tour de rôle. Celui-ci, pour rester maître de ses actions, avait préféré répartir les troupes entre eux. Peu après, il se faisait battre et n’était sauvé que par Fabius, auquel spontanément il fit amende honorable, en même temps qu’il se replaçait sous ses ordres (217).
34, Main.—Il est ici question de l’anneau de Gygès. Platon, République, II, 3; Cicéron, De Off., III, 9.—Gygès était le favori de Candaule, roi de Lydie (Asie Mineure). Candaule, fier de la beauté de sa femme, la lui fit voir toute nue; celle-ci, outragée, mit Gygès dans l’alternative de périr lui-même ou de tuer le roi; il prit ce dernier parti et épousa la reine et monta lui-même sur le trône (VIIe). Platon fait de Gygès un berger et raconte qu’ayant trouvé dans les flancs d’un cheval d’airain un anneau ou bague merveilleuse qui, en tournant le chaton à l’intérieur de la main, rendait invisible celui qui le portait, il en profita pour séduire la reine et assassiner le roi; et il ajoute que si un tel anneau était en la possession d’un sage, il ne s’en prévaudrait pas pour faire le mal, les honnêtes gens considérant si une chose est honnête et non si elle est ignorée.
456,
17, Herostratus.—Le temple de Diane à Éphèse (Asie Mineure), qu’Érostrate brûla (356), dans le but de s’illustrer par quelque moyen que ce fût, était regardé comme une des sept merveilles du monde. (On désigne communément sous ce nom, sans toutefois que l’accord existe à cet égard: 1o les jardins suspendus et les murs de Babylone; 2o les pyramides d’Égypte; 3o le phare d’Alexandrie; 4o le colosse de Rhodes; 5o le Jupiter Olympien de Phidias; 6o le tombeau de Mausole; 7o le temple d’Éphèse). L’incendie de ce temple eut lieu la nuit même de la naissance d’Alexandre le Grand. Les Éphésiens, pour déjouer les calculs du fou qui en était l’auteur, rendirent un décret qui défendait sous peine de mort de prononcer son nom; c’était le meilleur moyen de les réaliser.—La réflexion que relate Montaigne à son sujet, émane de Valère Maxime, VIII, 14, et non de Trogue-Pompée.
17, Capitolinus.—Tite-Live, VI, 11.—Après la bataille de l’Allia, Manlius, voyant Rome au pouvoir des Gaulois, se jeta dans le Capitole. Cette forteresse elle-même allait tomber aux mains des Barbares qui déjà en escaladaient les murs, lorsque Manlius, éveillé par le cri des oies sacrées que l’on y nourrissait, prit les armes et précipita l’ennemi du haut des murailles, ce qui lui valut le nom de Capitolinus (390). Dans la suite, aspirant à la tyrannie et accusé devant le peuple, il sut se faire absoudre en montrant le Capitole qu’il avait sauvé; mais une autre fois l’assemblée s’étant réunie dans un autre lieu d’où on ne pouvait apercevoir ce théâtre de ses exploits, il fut condamné à être précipité du haut de la roche Tarpéienne (384).
20, Parle.—Nous avons plus de souci qu’on parle de nous, que de la façon dont on en parle.
23, Autruy.—Il semble que pour être connu, il faille en quelque sorte commettre sa vie...
26, Fantastique.—Boileau, dans une de ses épîtres, blâme également cette tendance à trop agir avec la préoccupation de ce que les autres pourront en penser:
«C’est là de tous nos maux le fatal fondement; Des jugements d’autrui nous tremblons follement, Et chacun, l’un de l’autre, adorant les caprices, Nous cherchons hors de nous nos vertus et nos vices.»
458,
1, Surnom.—Ce nom d’Eyquem, que l’auteur qualifie de surnom (mais au XVIe siècle, surnom s’employait souvent comme synonyme de nom), était bel et bien son nom de famille, et il est le premier qui l’ait abandonné.—Son bisaïeul, Ramon Eyquem, habitait le village de Blanquefort en Médoc, à quelques kil. N.-O. de Bordeaux, et avait dans cette dernière ville une maison de commerce de vins, de pastels et de poissons salés, située près du fort du Ha (actuellement le palais de justice), dans l’espace existant entre ce fort et l’église cathédrale de Saint-André. Ce Ramon acheta, en 1478, la maison noble de Montaigne (à environ cinq lieues en aval de Bergerac), dont son arrière-petit-fils prit le nom à l’exclusion du sien, ce qui se faisait et se fait encore communément.—Ce nom d’Eyquem, il est vraisemblable que Montaigne ne l’a supprimé qu’après la mort de son père et après avoir quitté ses fonctions de conseiller, car on trouve encore les deux noms accolés dans le passage du testament de La Boétie où celui-ci lègue ses livres et papiers à M. Michel Ayquem de Montaigne, conseiller, etc.—Ce nom, qui semble venir du flamand Ecke (chêne) et du germain Heim (hameau, habitation), existant en Gascogne et se retrouvant en Angleterre, il est probable que c’est le fait des alliances contractées entre Gascons et Anglais durant les trois siècles pendant lesquels la domination étrangère s’est maintenue dans cette partie du midi de la France.
4, Place.—L’autre nom de Montaigne, c’est Michel, son prénom qui, en effet, pouvait et a dû être attribué à bien d’autres.
6, Fauorir.—Favoriser, donner du relief; du latin favere qui a le même sens; c’est un mot que comme un certain nombre d’autres Montaigne a fait passer de son chef dans notre langue. Favorir l’inanité, c’est favoriser le néant, donner de l’importance à ce qui n’est pas.
7, Inanité.—L’éd. de 88 aj.: quel proufit m’en reuient-il?
9, Violæ.—Montaigne change ici le sens de la citation, où, en outre, il substitue les mots Laudat posteritas à Laudant convivæ.
34, Nous.—Combien peu de Grecs et même de Romains, malgré tant d’écrivains... dont les noms sont parvenus jusqu’à nous!
«Un redoutable instant nous détruit sans réserve: On ne voit au delà qu’un obscur avenir; A peine de nos noms un léger souvenir Parmi les hommes se conserve.» Mme Deshoulières.
37, France.—Montaigne ne prévoyait pas les progrès que devait faire l’imprimerie et le développement que prendraient ses moyens de vulgarisation.—Une autre raison du reste qui a fait qu’à rencontre de ses prévisions, le souvenir de ces temps troublés est de ceux de notre histoire qui se sont le moins effacés, c’est qu’un des effets des guerres civiles est de faire que plus qu’en toute autre situation, chacun se montre à découvert, avec ses talents et ses vices prédominants, et que les bouleversements profonds et imprévus qui en résultent, modifient souvent du tout au tout la fortune des individus et parfois aussi celle des classes de la société et des partis qui la divisent. Qui connaîtrait Cromwell, sans la révolution de 1649; Napoléon, sans celle de 1793; Gambetta, sans celle de 1870?—Nonobstant, l’observation de Montaigne est très juste; aujourd’hui les noms d’un beaucoup plus grand nombre reçoivent de la publicité, mais combien éphémère! Bientôt enfouis dans les bibliothèques, ils y dorment du plus profond sommeil, à jamais ignorés tout comme avant, en dépit des efforts, pour de bien rares exceptions, de quelque érudit en mal de réputation pour lui-même; on peut même dire plus: notre époque, avec ses idées utilitaires, plus préoccupée du présent et de l’avenir que ses devancières, en dehors de ceux qui y ont un intérêt direct, se soucie au fond beaucoup moins qu’elles du passé.
38, Muses.—Elles étaient au nombre de neuf, et présidaient: Clio, à l’histoire; Euterpe, à la musique; Thalie, à la comédie; Melpomène, à la tragédie; Terpsichore, à la danse; Erato, à l’élégie; Polymnie, à la poésie lyrique; Uranie, à l’astronomie; et Calliope, à l’éloquence et à la poésie héroïque.
38, Battaille.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
460,
8, Faueur.—C’est ce qu’un poète latin a rendu: «Habent sua fata libelli (Les livres ont leur destinée).» Cet aphorisme, après avoir été attribué aux plus célèbres poètes latins, se trouve être d’un des plus obscurs, Terentianus Maurus; il est lui-même un exemple de la vérité de sa réflexion, car on ne cite guère de lui que ce fragment de vers, et encore en le croyant d’un autre (Larousse).—Ceux qui suivent, assez médiocres, du reste, d’un auteur non moins inconnu, expriment cette même idée, en la développant davantage:
«L’esprit seul ne saurait faire vivre un écrit, Chaque jour nous en donne une nouvelle preuve. Il faut plus, si du temps on veut franchir l’épreuve. Que d’auteurs qu’on a lus, que de livres de prix... Enveloppent le poivre, ou sont mangés des vers! Seule la destinée éternise les vers.»
12, Assignées.—Rangées.
40, Traian.—Fils d’un soldat de fortune élevé aux honneurs par Vespasien, Trajan se montra lui-même brave et habile. Élevé à l’empire, il refréna les Daces et les Parthes, qui le menaçaient; à l’intérieur, il fit fleurir la justice, cesser les délations, s’environna de capacités de tous genres, allégea les impôts et mérita, au moins par sa vie publique, d’être considéré comme le meilleur des empereurs romains.
40, Neron.—Empereur grâce aux intrigues d’Agrippine sa mère qui l’avait fait adopter par Claude, au détriment de son propre fils, il affecta beaucoup de douceur au début de son règne, mais bientôt se montra cruel et débauché, s’entoura de courtisanes, d’histrions, prit part aux jeux du cirque et finit par se livrer aux pires atrocités, ne reculant devant aucun crime, assassinant successivement Britannicus, sa mère, sa femme; accusé d’un incendie qui consuma la moitié de Rome, il en rejeta l’accusation sur les chrétiens et ouvrit contre eux une ère de persécutions qui fut des plus violentes; fit périr quiconque lui déplaisait ou le gênait, et lui-même, renversé par une conspiration amenée par ses excès, eut à peine le courage de se tuer. Il demeure, dans l’histoire, le type le plus accompli d’un tyran exécrable, d’un monstre de cruauté.
462,
4, Platon.—Lois, XII.
9, Pedagogue.—Platon et Socrate.—La plupart des ouvrages de Platon sont présentés sous forme de dialogues. Le personnage principal expose le fond du sujet; ses auditeurs, par leurs questions et leurs objections, aident à son développement. Dans presque tous, c’est Socrate qui est ce personnage principal; dans les Lois, c’est Platon lui-même qui, par modestie, dissimule sa personnalité sous celle d’un Athénien étranger.
13, Miracles.—Diogène Laerce, Platon, III, 26.
23, Numa.—V. N. II, 252: Numa.
23, Sertorius.—Avait, dans la guerre civile entre Sylla et Marius, embrassé le parti de ce dernier; quand il fut vaincu, Sertorius passa en Espagne (84), s’y rendit indépendant et se maintint tel jusqu’à sa mort. Il avait établi dans son armée un simulacre de Rome: un sénat, des consuls, etc...; il inspirait à ses soldats une confiance aveugle et leur avait persuadé qu’il était en commerce avec les dieux, par l’entremise d’une biche blanche dont il se faisait suivre partout; il fut assassiné par un de ses lieutenants jaloux de sa supériorité.
27, Zoroastre.—V. N. II, 362: Zoroastre.
29, Oromazis.—Principe du bien, comme Ahriman était celui du mal, c’est lui qui avait créé le monde, la lumière, la chaleur, les puissances bienfaisantes; il est constamment en lutte contre l’esprit des ténèbres.
29, Trismegiste.—Trismégiste, législateur des Égyptiens, leur donna des lois au nom de Mercure; cette double élision se reproduit dans les membres de phrase qui suivent.
30, Zamolxis.—V. Lexique.
30, Charondas.—Se perça, dit-on, de son épée, parce qu’il avait enfreint par mégarde une loi qu’il avait portée lui-même, qui défendait de se présenter en armes dans l’assemblée du peuple; à celui qui lui faisant observer qu’il était en défaut en enfreignant sa loi: «Non, dit-il en se tuant, je la confirme.»
31, Minos.—Gouverna avec tant de sagesse, que les poètes en ont fait un des trois juges des enfers avec Rhadamante, son frère, et Éaque, roi d’Égine.
31, Lycurgus.—V. N. II, 220: Lycurgus.
32, Dracon.—Ses lois criminelles étaient si rigoureuses qu’on alla jusqu’à dire qu’elles étaient écrites avec du sang; aussi ne tardèrent-elles pas à tomber en désuétude.
32, Solon.—Un des sept sages de la Grèce; reçut mission vers l’an 593, des Athéniens, de leur donner des lois au lieu et place de celles qu’ils avaient reçues de Dracon; y substitua un code sage, humain; établit en même temps une constitution qui était un mélange habile de démocratie et d’aristocratie, et calma ainsi momentanément les troubles violents dont la ville était l’objet incessant et qui reprirent de plus belle moins de dix ans après, pour aboutir à la tyrannie de Pisistrate.
34, Moïse.—Né en Égypte, où les Hébreux étaient en quelque sorte captifs, Moïse fut exposé dès sa naissance sur le Nil, en vertu des ordres de Pharaon, roi d’Égypte, qui voulait faire périr tous les enfants mâles de cette race; il fut sauvé par la fille même du roi, élevé à la cour et instruit dans les sciences des Égyptiens. Informé de sa naissance, il s’enfuit au désert et reçut, de Dieu, mission de délivrer les Israélites de la servitude; il y parvint (1645), et mourut, les ayant amenés jusque sur les confins de la terre de Judée, et leur ayant donné, dans l’intervalle, les tables de la loi que lui-même avait reçues de Dieu, sur le mont Sinaï. Moïse est l’auteur du Pentateuque, c’est-à-dire des cinq premiers livres de l’Ancien Testament, qui renferment l’histoire sacrée depuis la création du monde jusqu’à l’entrée des Hébreux dans la Terre promise, un code de lois et un recueil de prescriptions religieuses.—Il est à observer que le moyen employé par Moïse pour faire accepter ses lois, est analogue à celui dont ont usé les législateurs dont Montaigne vient de parler: Il s’entretenait seul à seul sur le Sinaï avec Dieu, par des temps d’orage et de brouillard, le peuple étant consigné à distance (Exode, XIX).
35, Bedoins.—L’islamisme.
35, Iouinuille.—Dans ses Mémoires, 58.
464,
6, Escorce.—V. N. I, 62: Tout.
CHAPITRE XVII.
Presumption.—Dans ce chapitre, Montaigne dit d’excellentes choses et donne des détails sur son caractère et la nature de son esprit, sur sa personne, ses écrits, son style, son défaut de mémoire, son ignorance des choses les plus communes, sur son irrésolution qu’il appelle une cicatrice bien mal propre à produire en public.
21, Valeur.—De notre mérite.
466,
27, Fuit.—Pour avoir écrit leurs mémoires.
31, Propensions.—Il n’est pas étrange, il n’est pas extraordinaire que nous ayons des qualités, des penchants, etc.
36, Consente.—Qui s’accordait, qui était en harmonie avec...
37, Gras.—Add. des éd. ant.: Estant douez d’vne extreme beauté, ils s’y aidoient vn peu, sans y penser, par mignardise.
37, Cæsar.—Plutarque, César, I, à la fin.—On a dit la même chose de Pompée. Sénèque, Contr., III, 19; Plutarque, De l’Utilité à retirer de ses ennemis, 6.
39, Rincer.—Froncer, rider; du latin ringi, grogner en montrant les dents, en parlant des chiens enragés.
42, Salutations.—Var. de 1588: Bonnetades.
468,
2, Gloire.—Par orgueil.
9, Constantius.—L’empereur Constance II, fils de Constantin; Ammien Marcellin, XXI, 14, se borne à parler de sa prestance et de sa dignité hautaine; le surplus semble une amplification de Montaigne.
15, Moy.—Les gestes et le port du corps, dont il a parlé plus haut.
17, Vice.—A une vaine et sotte fierté, ainsi qu’il est dit également au commencement de ce paragraphe.
32, Maistrise.—La possession.
470,
4, Effect.—Lorsque je me propose de faire telle ou telle chose, je n’ai point d’avance la notion exacte des moyens dont je pourrai user pour réussir, et je n’en suis instruit que par le résultat.
7, Desseigne.—Je les détermine, j’en forme le dessein.
30, Escriture.—L’Ecclésiaste dit: «Ce désir infini de savoir qui est né avec nous, a été donné par Dieu à l’homme, comme une démangeaison et une lèpre, pour le tourmenter sans aucun fruit.»—Les légendes d’Ève chez les chrétiens, de Pandore chez les anciens, sont la personnification des méfaits de la curiosité.
37, Prix.—Je me regarde comme étant de la classe commune et ordinaire des hommes, et m’en contente; les défauts les plus communs, les plus répandus dans les basses classes, je les ai et ne les désavoue ni ne m’en excuse; la seule chose que j’apprécie en moi, c’est que je sais ce que je vaux.
472,
5, Foiblesse.—Les éd. ant. aj.: Ie me connoy tant, que s’il estoit party de moy chose qui me pleut, ie le deuroy sans doubte à la fortune.
7, Ouurer.—A l’employer, à la mettre en œuvre.
11, Poësie.—Il est sûr que c’est l’espèce d’ouvrage qui souffre le moins la médiocrité, et c’est bien de la poésie et des poètes qu’on peut dire: «Qui ne vole au sommet, tombe au plus bas degré.» Naigeon.
18, Est.—Ce mot manque dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
19, Peuples.—Des peuples tels que ceux dont il va être parlé, qui, malgré sa puissance, marquèrent si vivement le mépris qu’ils éprouvaient pour la mauvaise poésie de Denys.
29, Olympiques.—Ces jeux se célébraient tous les quatre ans à Olympie. Pendant leur durée les hostilités étaient suspendues; les femmes n’y pouvaient assister; seuls les Grecs (y compris ceux de leurs colonies) pouvaient y prendre part. Ils comprenaient des courses de chars et de chevaux;—des courses à pied;—la lutte, où les adversaires étaient absolument nus et oints d’huile;—le pugilat, où ils avaient la tête protégée par une calotte d’airain et usaient de gantelets en lanière de cuir; cet exercice, toujours sanglant, était souvent mortel et ceux qui s’y livraient mouraient presque tous avant l’âge; le pancrace, comprenant la lutte et le pugilat; mais les poings étaient nus, il était interdit de mordre et le combat se prolongeait jusqu’à ce que l’un des adversaires se déclarât vaincu, aussi y avait-il souvent mort d’homme;—le panthèle, se composant, comme l’indique son nom, de cinq épreuves: la lutte, le saut, la course, le jet du disque et celui du javelot; les enfants y prenaient part dans un concours particulier.—Ils comportaient aussi des concours de poésie.—Les vainqueurs étaient particulièrement honorés; les poètes, les sculpteurs ont maintes fois célébré leurs hauts faits; Chylon, un des sept sages, mourut de bonheur en embrassant son fils victorieux.
De nos jours on a cherché à faire revivre en Grèce, quelque peu modifiés en raison des temps, ces jeux auxquels ce nom a été maintenu, bien qu’ils aient lieu à Athènes. En 1906, les résultats des principaux exercices ont été les suivants: Course, dite de Marathon, exécutée sur le parcours suivi par ce guerrier qui, après la bataille de ce nom (490), vint en toute hâte à Athènes annoncer la victoire et, sa mission remplie, tomba mort d’épuisement aux pieds des magistrats: la distance à franchir, 42 kil., l’a été en 2h 51 min.: il est à observer que la route est dure et en mauvais état; même parcours (aller et retour) sur vélocipède en 2h 41; saut en hauteur avec élan, 1m,77; sans élan, 1m,56; lancement du disque, 35m,17.
30, Faillit.—Manqua, ne put aborder.
33, Poëme.—Diodore de Sicile, XIV, 104.
43, Leneïens.—Diodore de Sicile, XV, 74.—La tragédie dont il est ici question, présentée par Denys aux fêtes Lenéennes (fêtes qui avaient lieu à Athènes en l’honneur de Bacchus, et se célébraient par des concours dramatiques), a nom «la Rançon d’Hector».
474,
1, Conceut.—V. N. I, 28: Tyran.
19, Estage.—Les éd. ant. portent: Et en mon imagination mesmes, ie ne conçoy pas les choses en leur plus grande perfection, au lieu de: «Et cette... estage».
25, D’y aspirer.—Var. des éd. ant.: de me le representer.
27, Quelqu’vn.—Ce quelqu’un, c’est Xénocrate. Plutarque, Préceptes du mariage, 26.
30, Gratiis.—«L’amitié même a besoin d’elles», a dit Moncrif. Dans une épître à Fontenelle, le cardinal de Bernis écrit:
«Les Grâces seules embellissent Nos esprits, ainsi que nos corps; Et nos talents sont des ressorts Que leurs mains légères polissent.»
36, Moy.—C’est pour me conformer à moi-même, être fidèle à mon caractère.
476,
1, Rabirius.—Orateurs qui, au dire de Cicéron, Acad., I, 2, dissertaient sur toutes choses, sans art, en style vulgaire et sans jamais conclure; ils appartenaient à la secte des Épicuriens, lesquels méprisaient la rhétorique et la dialectique.
11, Les raisons.—Les éd. ant. font précéder ces mots de ceux-ci: Ce que i’ay à dire, ie le dis tousiours de toute ma force.
13, Commune.—De sujets communs, de choses vulgaires.
15, Exorde.—Cicéron, De Universo, 2.—L’exorde est la première partie d’un ouvrage.
20, Profonder.—Approfondir.
26, Iamais.—Cela est particulièrement vrai pour Platon, qui est souvent bien vide de choses et dont le plus grand mérite consiste dans le style et l’élocution. Naigeon.
30, Affection.—Var. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: l’affectation; version qui a été introduite dans la traduction.
34, Platon.—République, X.
40, Seneque.—Montaigne n’a ni les saillies de Sénèque, ni en général son style et sa manière; il est plus dense, plus serré, plus nerveux; il ne revient pas aussi souvent que Sénèque sur les mêmes pensées et ne cherche pas autant que lui à faire de l’esprit; comme lui, son style est heurté, inégal, mais la manière et la tournure d’esprit diffèrent notablement. Naigeon.
41, Taire.—L’ex. de Bord. porte: faire; variante adoptée dans la traduction.
478,
6, Tacitus.—De Oratoribus, à la fin.
10, Creu.—«Ce n’est pas le langage de Montaigne, c’est son imagination qu’il faut regretter.» Voltaire.—Nonobstant, ce langage a bien son mérite, eu égard à l’état de la langue française à l’époque où il écrivait.