NOTES (continued 9)
Michaud translation
198,
4, Ordre.—C.-à-d.: ce que je dis là ne concerne que le commun des hommes et des femmes, et je ne serai pas sacrilège au point...
5, Sacrilege.—Var. des éd. ant.: Temeraire.
8, Terrestre.—Compliment à l’adresse de la reine Marguerite. V. N. II, 180: Donné.
13, Raison.
«De tous les animaux qui s’élèvent dans l’air, Qui marchent sur la terre ou nagent dans la mer, De Paris au Pérou, du Japon jusqu’à Rome Le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme.» Boileau, Sat., VIII.
17, Faire.—Les Latins disaient: «Se bien porter, est la première des choses»; les Grecs: «Qui n’a santé, n’a rien»; c’est ce que nous disons tous quand nous l’avons perdue.
18,—Stoïque.—Plutarque, Des communes conceptions contre les Stoïciens.
23, Circé.—A fourni à l’Odyssée d’Homère un de ses principaux épisodes: Ulysse ayant abordé dans son île (l’île d’Æa, au S. de l’Italie), elle transforma, par ses breuvages enchantés, tous ses compagnons en pourceaux; seul il échappa, grâce à un antidote que Mercure lui avait donné. Devenue éprise de lui, Circé rendit à ses compagnons leur forme première et les retint près d’elle une année entière.
36, Abandon.—Cette phrase, ainsi qu’en témoigne du reste sa contexture, est une ironie de la part de Montaigne.
38, Vaine fantasie.—L’éd. de 80 port.: biffe et piperie.
41, Insensé.—Les éd. ant. aj.: C’est donc toute nostre perfection d’estre homme.
200,
3, Discours.—C.-à-d. par de bonnes raisons.
5, Societé.—Voir N. II, 170: Nous.
11, Surpayé.—Exalté cette belle raison.
15, Socrates.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, I, 4, 12.—L’éd. de 88 port.: la philosophie.
34, Grecs.—Varron et Aristote.—Varron, homme de loi, fut aussi tribun du peuple, exerça un commandement militaire en Espagne; d’une immense érudition, était surnommé par ses contemporains «le plus savant des Romains»; a écrit plus de cinq cents volumes dont il ne nous reste que fort peu.—Aristote, V. N. I, 32: Aristote.
202,
1, Sienne.—Aristote fut l’objet de nombreuses imputations, mais qui sont loin d’avoir été prouvées. On a dit que, dans sa jeunesse, il avait dissipé son patrimoine; qu’à Athènes, il aurait joué le rôle d’espion, lorsqu’en 348 av. J.-C. la guerre éclata entre les Athéniens et Philippe de Macédoine; qu’il aurait comploté contre Alexandre, parce que Callisthène, son parent et disciple, s’était attiré la haine de ce prince; enfin, il fut accusé d’impiété comme ayant rendu un culte à sa femme, en l’érigeant en divinité à l’égal de Cérès.
4, Rigent.—«Au jeu d’amour, le muletier fait rage,» répond La Fontaine.
11, Tient... choses.—Var. des éd. ant.: est encore moins.
13, Plus comme.—L’ex. de Bordeaux ajoute: la beauté.
36, Epicurus.—Ou plutôt l’épicurien Colotès, ainsi qu’on peut voir dans le traité que Plutarque a écrit contre lui.—Un autre philosophe de cette même école a dit: «Si tous les hommes pouvaient voir les choses de la même manière et se ressouvenir à propos du parti le plus utile à prendre, ils n’auraient pas besoin de lois.»
204,
1, Cuider.—La présomption, la prétention, une confiance exagérée en soi.
5, Sereines.—Par la douceur de leur chant, les Sirènes entraînaient les voyageurs pour lesquels elles étaient invisibles à se précipiter dans la mer, où ils se noyaient.—Dans l’Odyssée, XII, 188, Ulysse, prévenu, ne leur échappe qu’en bouchant avec de la cire les oreilles de ses compagnons et se faisant attacher lui-même au mât de son navire. V. aussi Cicéron, De Fin., V, 18.
11, Cecy.—Add. des éd. ant.: pour le moins.
14, Nous.—Var. des éd. ant.: La science ne nous décharge point de douleur, de crainte, de desir et de reume, au lieu de: «Mais... nous».
17, Pituita.—Pituite; humeur blanchâtre et visqueuse que, dans certaines indispositions, on rejette par la bouche.
20, Presumption.—L’éd. de 88 aj.: et la gloire.
20, Epictete.—Manuel, 11.
26, Braues.—C.-à-d.: entendez ce pauvre et malheureux animal faire le brave, se pavaner.
31, Offense.—Cicéron, Tusc., I, 26.
206,
7, Cestuy-cy.—Lucrèce. Un breuvage que lui donna sa femme ou sa maîtresse lui troubla la raison et il finit par se donner la mort. Chron. d’Eusèbe.
9, Sapience.—«Folie et génie sont congénères»; c’est une des applications fréquentes de cet autre proverbe: «Les extrêmes se touchent», et les exemples à l’appui sont nombreux. En tout cas, il faut reconnaître que beaucoup d’hommes de génie et de personnages illustres se sont trouvés affectés d’une demi-aliénation mentale et sujets à un état anormal du système nerveux: Socrate, Malebranche, Newton, Descartes, J.-J. Rousseau, Le Tasse, étaient hallucinés; Lucrèce, Pierre le Grand, Balzac, Michel-Ange étaient maniaques.—Cicéron dit qu’«il ne se trouve pas d’esprit sublime sans quelque mélange de folie, et que la mélancolie est le propre des natures excellentes».—Mme de Stael: «La mélancolie est le sceau du génie.»
10, Choses.—Cicéron, Acad., II, 23.
11, Mortels.—Cicéron, De Fin., II, 13.
12, Dieu.—Plutarque, Des communes conceptions, etc., 30.
14, De soy.—Add. des éd. ant.: et aquis par ses estudes.
17, Surmonte.—Sénèque, Epist. 23, à la fin.
19, Il n’y a.—Les éd. ant. font précéder ces mots de: et toutesfois ie reconnoy qu’il.
27, Poules.—Il usera jusqu’à épuisement de toutes ses ressources.—«Faire de ses œufs poules», c’est s’abuser sur sa richesse, ses ressources; c’est un proverbe qui a le même sens que le proverbe anglais: «Tout homme prend ses oies pour des cygnes.»
28, Chemise.—Proverbe; c.-à-d. le réduire à la pauvreté la plus absolue, presque à la nudité.
32, Mal.—Cicéron, Tusc., II, 25.
34, Secte.—Add. des éd. ant.: ce n’est que vent et paroles.
35, Carneades.—Cicéron, De Fin., V, 31.—Un des familiers d’Épicure, par suite, autre que le fondateur de la nouvelle académie qui est postérieure de 60 ans à ce dernier.
208,
5, Stoïques.—Le fait est donné par Cicéron, Tusc., II, 25, qui, dans un autre passage, dit que ce même philosophe, ayant mal aux reins, criait à tue-tête que tout ce qu’il avait jugé auparavant de la douleur était faux.
6, Rabattre.—Les éd. ant. aj.: quelque chose des pointes de la douleur et de.
8, Pyrrho.—Diogène Laerce, IX, 69.—Pyrrhon, chef de l’école des Sceptiques, posait en principe que rien n’est certain; qu’à chaque proposition on peut opposer une proposition contraire également probable; que, par suite, le sage doit suspendre son jugement et tout soumettre à l’examen (en grec Σκέπτις). On a prêté à Pyrrhon mille folies que dément la réputation de sagesse dont il jouissait auprès de ses contemporains.
17, Naturelle.—Add. des éd. ant.: Certes la cognoissance nous esguise plutost au ressentiment des maux qu’elle ne les allege.
19, Ignorance.—Certains ont voulu voir là une allusion à la castration; le texte s’explique cependant très bien sans semblable hypothèse; de ce que l’enfant ne s’attend pas à une opération quelle qu’elle soit, qu’on va lui faire subir, et que chez un cheval, il ne s’en rend pas compte davantage, n’éprouvant pas d’appréhensions, ils s’en défendent moins.
22, Discours.—Sorte de gens sur lesquels, dans Le Malade imaginaire, Molière a si spirituellement exercé sa verve satirique.
23, Science.—C’est la médecine que Montaigne met ici en cause; ce qu’il indique lui-même plus loin, en ajoutant du reste que ce qu’il en dit s’applique à toutes autres.
27, Indisposition.—Critique à l’adresse de la chiromancie qui, ainsi que l’astrologie, avait encore nombre d’adeptes à cette époque.
210,
2, Philosophes.—Des philosophes sceptiques. V. N. II, 208: Pyrrho.
13, Viure.—Allusion aux avances qui lui étaient faites pour obtenir qu’il rentrât dans la vie publique, dont il s’était déjà retiré.
14, Maladies.—Les éd. ant. aj.: et de foiblesse; et 80 aj. en plus: Les hommes engagés au seruice des Muses m’en sçauroient bien que dire.
24, Homme.—Idée qu’a traduite La Fontaine. V. N. II, 202: Rigent.—Avant Montaigne et lui, Marot avait dit:
«Six ou sept fois, ce n’est point le mestier D’homme d’honneur; c’est pour le muletier.»
212,
14, Ouurages.—Un oratorien, Thomassin (1619 à 1695), homme d’une érudition profonde, qui avait fait de nombreuses conférences sur les Pères de l’Église, les conciles, l’histoire, oublia sur la fin de sa vie tout ce qu’il avait su et ne se souvenait même plus d’avoir rien écrit. Payen.
15, Informes.—Il s’agit ici du Tasse, l’auteur de la Jérusalem délivrée, qui, lorsque Montaigne voyageait en Italie, en 1580, était enfermé comme fou dans un couvent de Ferrare où il demeura ainsi pendant sept ans, de 1579 à 1586. Le texte pris à la lettre implique que Montaigne l’a vu dans sa prison et la gravure a reproduit cette visite; néanmoins il ne semble pas qu’elle ait eu lieu et il n’en dit rien dans son journal de voyage. Le mot «voir» serait, dans ce cas, mis pour avoir appris, savoir, sens dans lequel il est assez fréquemment employé, en parlant d’un fait accompli.
18, Assagir.—St Paul, Épître aux Romains, a dit de même en renversant la proposition: «Ils allaient disant vouloir devenir des sages, ils sont devenus des sots.»—Assagir, rendre sage, n’est pas demeuré dans la langue française, qui a retenu abestir, rendre bête, stupide; dans La Boétie, on trouve de même formation assotir, pour rendre sot.
19, Guider.—«Prenez de l’eau bénite, faites dire des messes, cela vous fera croire et vous abêtira; étrange moyen de nous rapprocher de Dieu, que d’étouffer la raison qui est un don de lui et nous fait à son image.» Pascal.—Tertullien n’a-t-il pas dit: «Credo quia absurdum (j’y crois par cela même que c’est une absurdité)»;—et Bossuet: «Nous ne sommes capables d’entendre Dieu, que par une entière cessation de notre intelligence»;—Joubert: «Ferme les yeux et tu verras»;—Huet: «Pour arriver à croire, il est utile de ne pas croire»;—Diderot: «Le premier pas vers la philosophie, c’est l’incrédulité»;—la reine Christine: «En matière de foi, il faut se crever les yeux pour voir clair»;—enfin l’Évangile: «Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux.»
24, Fuir.—Les éd. ant. port.: à desirer qu’à craindre, au lieu de: «à coup qu’à fuir».
32, Valentem.—Ces vers sont tirés de la satire de La Boétie, dont il a été question liv. I, ch. XXVII, I, 306.
34, Volupté.—La secte d’Épicure.—Les éd. ant. aj.: et l’a montée à son plus haut pris.
36, Auoir de bien.—Var. des éd. ant.: heureux bien estre.
38, Mali.—Citation que Montaigne fait précéder de sa traduction.
214,
7, Plombée.—Dans un tel état d’apathie.
13, Sentir.—Cicéron, Tusc., III, 7.
216,
1, Soufferts.—Cicéron, Tusc., III, 45.
2, Oubly.—C’est pourtant là le moyen le plus efficace, peut-être le seul de retrouver le calme et de n’être pas trop malheureux. Ressasser constamment, au contraire, en son esprit, les griefs vrais ou imaginaires que l’on peut avoir contre les hommes ou contre les choses, rend l’existence insupportable. «Ce qui est passé, est mort,» dit un proverbe arabe; et, quand on s’y applique, il n’est pas si malaisé que le dit Montaigne. La nature nous y aide, en atténuant avec le temps nos souvenirs; mais il faut pour cela écarter résolument et aussi souvent qu’ils se présentent à nous, les sujets dont nous voulons nous dégager; et, si nous y joignons une occupation suivie qui empêche que nous ne demeurions sans cesse en tête-à-tête avec nos pensées, sur ce point comme sur bien d’autres, la volonté finit par avoir raison de toute obsession, quelle qu’elle soit.
13, Perdre.—«On s’en souvient, en songeant qu’il faut qu’on l’oublie.» Moncrif.
17, Ausus.—D’Épicure.
31, Acceptassent.—Il est douteux que semblable marché soit accepté de quiconque a encore du sang dans les veines. Cette vie agréable et tranquille que les Italiens qualifient de vita del beato porco (vie béate du porc) ne saurait convenir à qui a du cœur et se sent capable de faire mieux, état d’âme que Racine a mieux su rendre que Montaigne, quand il fait dire à Achille:
«Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d’ans sans gloire, Ou peu de jours suivis d’une longue mémoire; Mais, puisqu’il faut enfin que j’arrive au tombeau, Voudrais-je, de la terre inutile fardeau... Et toujours de la gloire évitant le sentier, Ne laisser aucun nom et mourir tout entier?»
218,
7, Desplaisir.—Cette histoire et celle de Lycas qui précède sont tirées d’Athénée, XIII.
9, Βίος.—Montaigne a traduit ce vers avant de le citer.
10, Ecclesiaste.—Ch. 1, versets 17 et 18.
18, Resiste.—Le commencement de cette citation est un passage altéré de Sénèque; le reste est de Cicéron.
20. Cette réflexion sur la transformation du B en V ne doit s’appliquer ici qu’à bibat; introduite dans abeat, elle n’aurait aucun sens; le proverbe latin: «Aut bibat, aut abeat (qu’il boive ou qu’il s’en aille)» qui signifie: «Il faut s’accoutumer à l’humeur de ceux avec qui on vit ou s’en séparer», devient alors avec la prononciation gasconne: «Aut vivat aut abeat (qu’il vive ou qu’il meure).»—C’est cette même transformation de lettres familière aux Gascons qui a fait dire d’eux: «Beata gens, cui bibere idem est ac vivere (Heureuses gens pour qui boire et vivre ne font qu’un)»; ou encore: «Felices quibus bibere, vivere est (Heureux ceux pour lesquels boire, c’est vivre).»
32, Pendre.—Plutarque, Contredits des philosophes stoïques, 14.
34, Approcher.—Id., ibid.
36, Hart.—Diogène Laerce, VI, 86.
37, Plutarque.—Comment on pourra apercevoir si on s’amende, etc., 5.—Sextus le pythagoricien est cité fréquemment par Sénèque dans ses différents ouvrages, en particulier dans ses lettres 59, 64, etc.
220,
12, Valentian.—L’empereur Valens.
14, Mahumet.—Mahomet, fondateur de l’Islamisme qu’il commença à prêcher à la Mecque vers quarante ans; l’opposition qu’il rencontra au début l’obligea à s’enfuir à Yatreb (622) où il fut accueilli avec transports et dont le nom, dans la suite, a été changé en celui de Médine (ville du prophète), en souvenir de cette fuite ou hégire, d’où date l’ère des Musulmans (Musulman et Islamisme ont même étymologie et viennent de l’arabe سلم selam qui signifie abandon complet en Dieu de sa personne et de ses biens, résignation). A partir de ce moment, Mahomet poursuivit avec succès son œuvre les armes à la main; et, à sa mort, survenue en 632 à Médine où est sa tombe, dans la majeure partie de l’Arabie, y compris la Mecque, la religion nouvelle avait remplacé le culte des idoles. Ses successeurs ou khalifes (lieutenants), continuant ses conquêtes et son prosélytisme, ont été en progrès constant jusqu’au XIVe siècle; leurs croyances dominent encore aujourd’hui sur une grande partie du globe: l’Asie occidentale, l’Afrique septentrionale, la Turquie. Les dogmes et les préceptes de la religion de Mahomet sont consignés dans le Coran (le livre, livre par excellence), qui embrasse à la fois la religion, la législation pénale et civile, ainsi que l’administration. Ses principaux dogmes sont: l’unité de Dieu, l’immortalité de l’âme, un paradis avec des jouissances toutes sensuelles; le fatalisme, n’excluant pas pourtant la responsabilité de nos actes; les préceptes sont: la circoncision, la prière, l’aumône, les ablutions, le jeûne, l’abstinence du vin et de toutes les liqueurs fermentées; la polygamie est autorisée, le Coran autorise quatre femmes légitimes.—Mahomet n’a nullement interdit ni les sciences, ni les lettres à ses adeptes; mais dans le principe, ses lieutenants se conduisirent à la vérité comme si elles étaient proscrites. Un revirement se fit plus tard et pendant un temps les arts et les sciences ont compté des savants émérites parmi ses sectateurs, mais il faut convenir qu’actuellement il ne semble plus guère en être question dans le monde musulman.
16, Lycurgus.—Sa législation, qui fit de Sparte une république militaire plus qu’une monarchie, et à laquelle elle dut la prépondérance sur toute la Grèce, tant qu’elle l’observa fidèlement, avait principalement pour but d’établir l’égalité entre tous les citoyens et de former un état guerrier sans esprit de conquêtes. Ses dispositions essentielles étaient: le partage des terres en portions égales, avec interdiction d’accroître, de diminuer et d’aliéner tout ou partie du lot échu à chaque famille; la substitution d’une monnaie de fer à la monnaie d’or et d’argent; les repas pris en commun; une éducation austère, toute martiale, et exclusivement dirigée en vue de développer la moralité, la force et l’adresse, donnée en public; les arts, les sciences, et tous les métiers en général abandonnés aux esclaves; comme gouvernement: deux rois, ayant l’initiative des lois, présidant à tous les actes de la vie publique, commandant les armées, mais dont l’autorité était limitée par les Ephores; un sénat de 28 membres décidant de la paix ou de la guerre et des alliances; l’assemblée du peuple élisant les magistrats, votant les contributions, ratifiant les lois.—D’après la tradition, Lycurgue, après avoir fait jurer aux Spartiates l’observation de ses lois jusqu’à ce qu’il revînt, se serait expatrié sans esprit de retour.
37, Vices.—Ce passage est une reproduction d’une idée de Varron, qu’on trouve consignée dans Nonius Marcellus.
222,
11, Droicturiere.—C’est là, bien qu’il ne les nomme pas, une sortie de Montaigne contre Luther et Calvin.
13, Δεισιδαιμονία.—Desdémone (superstition); c’est le nom de l’héroïne de la tragédie d’Othello, de Shakespeare.
14, Πείτεται.—Mot attribué à Socrate et que Montaigne a traduit avant de le citer.
15, Empesches.—Pascal s’est inspiré de cette pensée: «Il y a, dit-il, assez de lumière pour ceux qui ne désirent que voir, et assez d’obscurité pour ceux qui sont en disposition contraire; assez de clarté pour éclairer les uns et assez d’obscurité pour les porter à s’humilier; assez d’obscurité pour aveugler les autres et assez de clarté pour les condamner et les rendre inexcusables,... c’est pourquoi il est juste et utile que Dieu nous soit en partie caché et en partie découvert.»—«La vanité et l’orgueil coûtent plus que la faim et la soif.» Jefferson.
16, Sage.—Platon, Apologie de Socrate.—Chérophon, disciple et ami de Socrate, étant à Delphes, demanda à l’oracle s’il y avait sur la terre un homme plus sage que Socrate; la prêtresse lui répondit qu’il n’y en avait aucun; ce que Socrate interpréta, en disant que la réponse de l’oracle n’avait d’autre but que de le donner pour exemple, parce qu’il reconnaissait qu’il n’y avait véritablement aucune sagesse en lui. V. N. III, 576: L’vn.
24, Sagesse.—«La vanité est l’amour-propre qui se montre; la modestie, l’amour-propre qui se cache.» Fontenelle.
26, Cendre.—«Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière», c’est la formule, tirée de la Genèse, III, 19, de l’Église à la cérémonie du mercredi des cendres.
«Dieu connaît le néant d’où naissent les humains, Puisque ses propres mains Les ont jadis créés de poussière et de boue; Il connaît leur faiblesse, et sait de quel mépris La fortune se joue De tous les grands desseins que forment leurs esprits.» Racan.
27, Ombre.—Cette phrase se trouve dans les Psaumes de David.—On lit encore dans l’Ecclésiaste: «Dieu a fait l’homme semblable à l’ombre après le coucher du soleil»; et aussi: «Pendant les jours de sa vie fugitive, l’homme passe comme l’ombre.»—Dans l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre, Bossuet dit: «L’homme que Dieu a fait à son image, n’est-il qu’une ombre?»
38, Scire.—«Dieu t’a fait pour l’aimer, et non pour le comprendre.» L. Racine.
224,
4, Ayme.—Ne trouve-t-on pas dans l’Écriture elle-même que Dieu se repent: «Jéhovah se repentit du mal qu’il avait parlé de faire à son peuple», Exode, XXXIII, 14; qu’il se moque, qu’il se rit, etc.
8, Cognoistre.
«Qu’est-ce que Dieu? Loin de rien décider de cet être suprême, Gardons, en l’adorant, un silence profond; Le mystère est immense et l’esprit s’y confond. Pour dire ce qu’il est, il faut être lui-même.» L. Racine.
10, Prudence.—Le passage qui suit est une traduction intégrale de Cicéron, De Nat. deor., III, 15.
20, Aristote.—Morale à Nicomaque, VII, 1.
226,
6, Croyans.—S. Paul, Ep. aux Corinthiens, I, 1, 19.
11, Recognoistre.—Add. des éd. ant.: sa vilité et.
17, Cornes.—L’idée est reproduite de Plutarque, Contredits des philosophes stoïques, 10; mais l’expression appartient à Montaigne.
22, Appris.—Cicéron, De Nat. deor., I, 17.
29, Descouure.—Diogène Laerce, I, 122.
29, Onques.—Socrate (V. N. II, 222: Sage).—Les éd. ant. aj.: (Et qui à l’auenture n’eust nulle plus viste occasion, d’estre appelé sage, que cette sienne sentence).
31, Rien.—«Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien,» disait aussi de lui-même Pline l’Ancien.
39, Lettres.—Valère Maxime, II, 2, 3, ne dit rien de semblable; Montaigne a été ici induit en erreur par une incorrection qui subsiste dans quelques éditions de cet auteur.
228,
21, Admirables.—Les éd. ant. aj.: en reglement et en droicture.
28, Queste.—C’est précisément par là que Sextus Empiricus, d’où Montaigne a tiré bien des choses, commence son livre des Hypotyposes (expositions, hypothèses) pyrrhoniennes, et en déduit d’une façon générale la caractéristique des différentes manières de philosopher: l’une dogmatique, c’est celle qui assure avoir trouvé la vérité; une autre académique, appliquée par ceux qui déclarent qu’elle est au-dessus de notre compréhension; la troisième sceptique, qui est le propre de ceux qui la cherchent encore.
30, Stoiciens.—Péripatéticiens, V. N. I, 32: Aristote, et I, 82: Peripateticiens;—Epicuriens, V. N. I, 30: L’aduenir;—Stoiciens, V. N. I, 18: Stoiques.
33, Academiciens.—École philosophique fondée à Athènes, par Platon, vers 388; elle tirait son nom d’un jardin, devenu promenade publique, ayant appartenu primitivement à un certain Academus et dans lequel Platon donnait ses leçons.—On compte trois Académies: la première, ou Académie ancienne, avait pour base les enseignements de Socrate, transmis et érigés en système par Platon: elle admettait l’existence d’un Dieu, d’une Providence, l’immortalité de l’âme; au point de vue moral, elle considérait la raison humaine comme impuissante à nous donner la solution précise de toutes les questions en présence desquelles l’homme se trouve, et indiquait dans l’ordre moral la pratique du bien, comme le plus sûr moyen d’arriver au bonheur; dans les arts, le beau, comme l’idéal du but à poursuivre; Aristote, qui plus tard fonda l’école des Péripatéticiens, Speusippe, Xénocrate, Crantor en firent partie. La deuxième, ou Académie moyenne, fondée vers 244, par Arcésilas, posait en principe qu’en rien on ne peut arriver à la certitude. La troisième, ou Académie nouvelle, fondée par Carnéade, vers 160, sans tomber dans un scepticisme absolu, enseignait que l’on ne peut atteindre qu’au probable.—Ces principes se modifièrent encore par la suite, avec Philon notamment qui, vers l’an 88, revint à la doctrine de Platon et s’efforça de la concilier avec le stoïcisme.
37, Epechistes.—Qui hésitent, qui s’abstiennent de juger; qualification donnée aux sceptiques et que Montaigne explique un peu plus loin.—V. N. II, 208: Pyrrho, et Lexique au mot Sceptiques.
38, Homere.—Auteur de l’Iliade et de l’Odyssée, considérées toutes deux comme les chefs-d’œuvre de l’épopée. On ne sait que peu de chose de lui; la tradition le représente vieux et aveugle, errant de ville en ville et récitant ses vers; certains ont contesté son existence et émis l’idée que ces deux poèmes résument les œuvres éparses d’une époque fabuleuse de la Grèce.—Dans l’Iliade, Homère chante les effets de la colère d’Achille, les malheurs des Grecs au siège de Troie pendant la retraite de ce héros et la vengeance terrible qu’il tire du meurtre de Patrocle son ami. On y admire la grandeur des conceptions, la beauté et la simplicité du plan, la hardiesse de l’imagination, la richesse et la sublimité des images.—Dans l’Odyssée, il raconte les aventures d’Ulysse errant de contrée en contrée après la prise de Troie, et le retour de ce prince dans son royaume d’Ithaque. Le plan en est régulier, l’imagination moins éclatante, mais un vif intérêt et une séduisante naïveté vous captivent.—Ces deux poèmes, en dehors de leur beauté intrinsèque, avaient pour les anciens le mérite de renfermer les traditions théologiques, les noms et l’origine des peuples, la description et la situation des pays, et, à ce titre, jouissaient chez eux, sous ces divers rapports, d’une grande autorité.
38, Sages.—Thalès, Solon, Bias, Chilon, Cléobule, Pittacus, Périandre; quelques-uns substituent à ce dernier Myson, d’autres Anacharsis, bien que celui-ci fût scythe; ils s’occupaient surtout de morale et de politique.
39, Archilochus.—Aussi méchant que licencieux dans ses poésies; il fut banni par plusieurs villes qui mirent ses écrits en interdit, et il finit par être assassiné; il était cependant tellement estimé pour ses talents poétiques, qu’on le regardait presque comme l’égal d’Homère; il ne reste de lui que quelques fragments de poésie.
39, Euripide.—Son style, modèle d’élégance, brille surtout par le pathétique; il fait exprimer à ses héros des maximes philosophiques d’une grande hardiesse. Il avait composé, dit-on, 84 tragédies; il ne nous en est parvenu que dix-neuf; les plus estimées sont Hécube, les Troyennes, Médée, Iphigénie en Tauride.
230,
21, Science.—Cicéron, Acad., II, 47.
232,
27, Infrasquer.—Du latin infrascare qui signifie couvrir de feuillages, d’où par métaphore, embrouiller, embarrasser.
31, Choisissiez.—Cicéron, Acad., II, 43.
234,
1, Panætius.—Montaigne continue de traduire Cicéron, Acad., II, 33.
8, Præoccupé.—Prévenu, rempli de préjugés.
17, Sustineatur.—Cicéron, Acad., I, 2.—Le texte porte assensio, au lieu de assertio, qui semble une erreur de copie.
236,
2, Naturelles.—Sextus Empiricus, Pyrrh. hypot., I, 6.
7, Pyrrho.—Les éd. ant. port.: ce que Laertius dict de la vie de Pyrrho et à quoy Lucianus, Aulus Gellius et autres semblent incliner, car ils, au lieu de: «ce qu’on... Ils».—Du temps de Julien, la plupart des écrits de Pyrrhon avaient déjà péri, et cet empereur s’en félicitait. Lebeau.
11, Souche.—Montaigne, qui se déclare ici ouvertement et avec raison contre cette aveugle insensibilité qu’on a attribuée à Pyrrhon, semble la reconnaître ailleurs (liv. II, ch. XXIX, II, 592), quoiqu’elle lui paraisse, dit-il, quasi incroyable.
17, Secte.—Ici encore l’auteur copie Cicéron, Acad., II, 31.
37, Deuement.—La complaisance avec laquelle Montaigne s’étend ici sur le Pyrrhonisme et conclut en sa faveur, montre bien qu’il est de cette école. Tous les principes qu’il expose comme étant ceux de ces philosophes sont les siens; cela ne fait pas doute pour qui est au fait de sa vie et auxquels les Essais sont quelque peu familiers; ce sont eux qui lui ont inspiré sa devise «Que sais-je?» que l’on retrouve un peu plus loin; il leur a même emprunté la leur «Ἐπέχω (je m’abstiens)». V. N. II, 276: Que sçay-ie?
238,
14, L’Ecclesiaste.—III, 22, et V, 17.
20, Troisiesme.—Les deux premières comprennent les Académiciens et les Sceptiques; la troisième, que Montaigne désigne sous le nom collectif de Dogmatistes, comprend les Péripatéticiens, les Stoïciens, les Épicuriens.
29, Sectateurs.—Des sectateurs de Platon, de qui est le Timée dont il vient d’être question, et non des Dogmatistes dont l’auteur semble, au début de l’alinéa, vouloir nous entretenir en détail; du reste le philosophe qu’il met en cause est Cicéron, qui était de l’école des Académiciens.
240,
6, Et si.—C.-à-d. Aristote est le prince des dogmatistes, et cependant nous apprenons de lui.
7, Doubter.—Cette pensée n’est pas d’Aristote; on l’attribue à Æneas Sylvius, qui a été pape en 1458, sous le nom de Pie II.
8, Escient.—Les éd. ant. aj.: (comme pour exemple sur le propos de l’immortalité de l’âme).
19, Difficulté.—L’obscurité,—pour en voiler leurs opinions (add. de l’éd. de 1588).
23, Estoit.—Cicéron, Acad., II, 45.
24, Facilité.—C.-à-d. c’est pourquoi Épicure a évité dans ses écrits d’être clair et facile à entendre.
25, Σκοτεινὸς.—Le ténébreux. Cicéron, De Fin., II, 5.
31, Cicero.—De Offic., I, 6.
35, Cyrenaiques.—Diogène Laerce, II, 92.—Secte de philosophes grecs qui avaient pour chef Aristippe de Cyrène (Afrique sept.), qui, après la mort de Socrate, dont il était un des disciples, fonda cette école, qui ne tarda pas à se fondre avec les Épicuriens. Dénaturant la morale de son maître, il plaçait le souverain bien dans les plaisirs des sens modérés par la raison.
37, Disciplines.—Diogène Laerce, VIII, 32.
39, Exercice.—Chrysippe, dans Plutarque, Contredits des philosophes stoïques, 25, dit le contraire de ce que Montaigne lui fait dire ici.
242,
9, Profuerunt.—Ici, comme en maintes autres, le texte de la citation est altéré.
10, Sçauoir.—Add. des éd. ant.: et par la philosophie.
13, Dubitateur.—Add. des éd. ant.: et ne rien établissant.
22, Asseuerante.—Chancelante et n’assurant rien.
22, L’est.—Pic de la Mirandole, un des disciples les plus fervents de Platon, à dix-huit siècles d’intervalle, après beaucoup d’efforts pour déterminer le but de chacun des dialogues de ce philosophe, fut obligé de convenir qu’il n’y en avait pas. Dans le traité des Lois, il est parlé de la nature de l’âme, de sa génération, de son immortalité; il est encore question de cette immortalité dans Phédon, le Phèdre et le Timée; il est parlé de géométrie dans le dialogue de Menon, qui est un discours sur la vertu, sur laquelle on trouve une digression dans celui d’Alcibiade, etc. etc. Payen.—On s’étonne quelque peu de voir cet admirateur sans égal de Montaigne relever chez un autre ce désordre littéraire, quand c’est là une des caractéristiques essentielles de son auteur de prédilection.
22, Disoit.—Dans le Théétète de Platon.
30, Engin.—Esprit; du latin ingenium.
31, D’autrui.—Socrate résumait son rôle, en se disant «Accoucheur d’esprits», avouant et rappelant ainsi la profession de sa mère qui, elle-même, était sage-femme. V. N. III, 576: L’vn.
38, Prez.—Les éd. ant. port.: Chez qui se peut voir cela plus clairement, que chez nostre Plutarque? combien diuersement discourt il de mesme chose? combien de fois nous presente il deux ou trois causes contraires de mesme subiect, et diuerses raisons, sans choisir celle que nous suons à suiure, au lieu de: «Cela... prez» (lig. 36 à 38).
244,
5, Fantasies.—Socrate entendant Platon lire son dialogue de Lysis, ou de l’Amitié, se serait écrié: «Dieux! que de choses ce jeune homme me prête!» Et, en effet, Platon a mis sous le nom de son maître beaucoup de choses que celui-ci n’a jamais dites. Diogène Laerce.
26, Verité.—Add. de 88: Car au bout de ses discours, il venoit à s’escrier...
29, Elle est.—Cicéron, Acad., II, 5; Sextus Empiricus, Adv. mathem.
35, Bride.—Retenue; modération, comme port. les éd. ant.
36, Figues.—Le texte grec de Plutarque, Propos de table, I, 10, porte concombre au lieu de figue (ce qui du reste importe peu à la moralité de l’histoire); Montaigne a suivi ici la version française d’Amyot ou le latin de Xylander. Coste.
246,
3, Despita.—Add. des éd. ant.: et se mit en cholere.
26, Profession.—Ainsi s’exprime Cicéron, Acad., II, 41.
31, Soudainement.—Plutarque. Qu’on ne saurait vivre joyeusement selon la doctrine d’Epicure, 8.—L’éd. de 88 aj.: comme fut Phaeton.
248,
1, Nombres.—Les Atomes, les Idées, les Nombres, sont des hypothèses diverses imaginées par ces philosophes pour expliquer, chacun à sa façon, leurs théories sur le système du monde; c’est du reste ce qu’indique la citation latine qui suit.
2, Sages.—Les éd. ant. port.: cleruoyans.
8, Contraires.—C’est l’idée du proverbe italien: «Se non e vero, e bene trovato (si ce n’est vrai, c’est bien trouvé).»
15, Religions.—Les éd. ant. aj.: car il n’est pas deffendu de faire nostre profit de la mensonge mesme, s’il est besoing.
20, A certes.—C.-à-d. comme certain.
26, Loix.—Les Lois, de Platon, traité sur les institutions à donner à un peuple.
31, Republique.—Liv. V. La République de Platon, traité sur la meilleure forme de gouvernement.
32, Piper.—D’où cette coutume, assez généralement existante dans les religions anciennes, de s’entourer de mystères et d’en tenir les profanes à l’écart. En Gaule, notamment, les Druides agissaient ainsi: ils cachaient avec soin au peuple les doctrines qu’ils s’étaient faites sur la terre et les cieux, ne les enseignaient qu’à leurs disciples sans les écrire, et il fallait à ceux-ci jusqu’à vingt années d’études pour acquérir toute cette science.
38, Academique.—V. N. II, 228: Academiciens.
40, Belutez.—Etudiés, scrutés; bluter, c’est passer au blutoir (tamis pour séparer la farine du son).
250,
28, Sortables.—Montaigne (liv. I, ch. XXXI, I, 378) blâme l’usage «de chercher à affermir et appuyer nostre religion par la prospérité de nos entreprises; nostre créance, ajoute-t-il, a assez d’autres fondemens, sans l’authoriser par les euenemens».
36, Et.—Add. des éd. ant.: voylà pourquoi.
39, Excusable.—Saint Paul, ayant reçu mission du Saint-Esprit de prêcher les Gentils, était à Athènes (51). Conférant avec quelques philosophes épicuriens et stoïciens sur les idées qu’il venait propager, ceux-ci le menèrent à l’Aréopage pour qu’il y exposât sa doctrine, et là il s’exprima de la sorte: «Athéniens, lorsqu’en passant je regardais les objets de votre culte, j’ai aperçu un autel avec cette inscription: Au dieu inconnu; ce Dieu que vous adorez sans le connaître, c’est lui que je viens vous annoncer.» Actes des apôtres, XVII, 23.
40, Pres.—Approcha la vérité de plus près, en traça une image plus fidèle.—Adombra, mot latin francisé par Montaigne, de adumbrare, imiter, représenter.
252,
5, Numa.—D’origine sabine, Numa vivait dans la solitude et avait quarante ans, quand les Romains l’appelèrent au trône. Pas une guerre ne troubla son règne, tout entier voué à la législation et aux institutions religieuses. Il fonda des temples, donna des lois écrites, régularisa l’année qui jusque-là n’avait que dix mois et à laquelle il en donna douze, et répartit le peuple en corps de métiers. Pour faire adopter ses institutions, il feignait des révélations d’Egérie, nymphe révérée des Romains comme déesse des fontaines. Certains critiques modernes pensent que Numa n’a pas existé et qu’il n’est que la personnification de la législation religieuse et civile des Romains.
20, Effect.—La religion de Confucius observée en Chine est la religion des lettrés, ses pratiques extérieures ne sont que des formalités traditionnelles qui au fond lui sont étrangères; de fait, elle reconnaît un Dieu suprême, n’a ni dogmes, ni culte, ni prêtres, consiste uniquement en principes de morale qui ne le cèdent en rien à ceux de la religion chrétienne, et est peut-être celle qui se rapproche le plus de la religion idéale philosophique. Mais Montaigne est dans le vrai quand il estime qu’il faut aux peuples une religion qui les saisisse; et l’Église catholique avec son unité, le principe de l’amour du prochain qui en est la base essentielle, les espérances si consolantes, si bien conçues, pour aider l’homme à lutter contre ses mauvais instincts, à le soutenir contre les adversités auxquelles chacun est ou se croit plus ou moins en butte ici-bas, la confession qui lui rend la paix de la conscience quand il l’a perdue, ses cérémonies répétées, si bien ordonnées, tout à la fois simples et grandioses, si propres à saisir l’imagination et en même temps accessibles à tous, est incontestablement sous ce rapport la plus parfaite de toutes, lorsque ses ministres s’abstiennent de l’intolérance si peu dans l’esprit du Christ, si compatissant au contraire pour toutes les faiblesses humaines, à laquelle certains ont quelque propension et qui, à d’autres époques, en ont terni l’histoire.
D’une façon générale la religion qui répond à un des besoins essentiels de l’humanité (car à qui a la foi, elle donne un but à la vie), est un soutien et une consolation dans ses épreuves, en est aussi l’agent moralisateur par excellence, et personne jusqu’ici n’a rien trouvé en approchant qui comme efficacité soit de nature à lui être substitué. «S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer», a-t-on dit de Dieu; on peut en dire autant de la religion, et bien aveugles sont ceux qui le nient, bien criminels ceux qui la combattent. Si son action est bienfaisante, et en conscience le contraire n’est pas soutenable, qu’importe ce que sont ses dogmes et ses mystères! ses ennemis au nom de la raison les taxent de superstition, de mystifications, peut-être, mais qu’opposer à ce fait qu’il y a parmi les croyants autant d’intelligences supérieures que parmi ceux qui ne le sont pas?
De nos jours ces derniers, l’emportant dans les conseils du Gouvernement, dans l’espoir de la saper, après en avoir chassé les Congrégations religieuses enseignantes et hospitalières dont, à juste titre, ils redoutaient l’influence pour le triomphe de leurs idées, sont, dans leur aveuglement, arrivés à faire prononcer en France la séparation de l’Église et de l’État. Envisagée à ce seul point de vue, c’est là une lourde faute politique: l’État y perd la main-mise sur le clergé, qu’il avait du fait du Concordat; après quelques années d’épreuve, l’Église, devenue indépendante, sera plus forte que jamais, et aura acquis de pouvoir jouer un rôle politique considérable alors qu’auparavant elle n’en avait aucun. Quel sera ce rôle? Il est douteux qu’elle entre dans le jeu de ceux qui ne rêvent que sa ruine; conservatrice par essence, elle apportera aux conservateurs un point d’appui qui leur fait actuellement défaut, et son action pourra devenir prépondérante si elle a la sagesse de ne s’inféoder plus particulièrement à aucun des partis (monarchiques ou républicains) de cette nuance. Il lui suffira, pour cela, qu’après avoir, par les moyens dont elle dispose, fait de la propagande et stimulé le zèle électoral de tous ses fidèles, restant neutre entre tous les partis conservateurs jusqu’après le premier tour de scrutin, de propos délibéré elle agisse au second tour, avec toute son énergie, exclusivement en faveur de celui d’entre eux, quel qu’il soit, qui, au premier, aura obtenu la majorité, lui ralliant tous ceux sur lesquels son influence a action.
20, Celles.—Des divinités.—Dans les éd. ant. cette phrase suit immédiatement celle où il est parlé de la divinité inconnue à Athènes, ce qui explique l’interruption d’idée que le texte présente.
21, Requis.—Add. des éd. ant.: pour la conception du peuple.
23, Soleil.—De toutes les idolâtries, celle du soleil passe pour la plus ancienne, et, comme le dit Montaigne, c’est la plus naturelle. Encore au VIIe siècle, les Perses adoraient le Soleil; son culte, d’où découle celui du feu observé par les sectateurs de Zoroastre, subsiste encore en certains lieux de l’Asie centrale; dans le nouveau monde les Péruviens, les Natchez le pratiquaient; par contre les Hottentots adoraient la Lune.
42, Thales.—Cette analyse de la théologie païenne est extraite surtout de Cicéron, De Nat. deor., I, 10, 11, 12, etc.
256,
1, Iupiter.—Ou Zeus; le dieu suprême, père et maître des dieux et des hommes chez les Romains, comme chez les Grecs. Il était fils de Saturne et vainquit les Titans qui avaient détrôné son père qu’il rétablit sur le trône, et qu’il renversa lui-même plus tard, pour se partager l’empire du monde avec ses frères Neptune et Pluton, donnant au premier les mers, au second les enfers, et se réservant le Ciel et la Terre. Il épousa sa sœur Junon, dont le caractère altier lui causa bien des ennuis, et eut une foule de maîtresses tant parmi les déesses que parmi les mortelles. Vulcain, Bacchus, les Muses, Apollon et Diane, Mercure, Hercule, Minerve et nombre d’autres étaient ses enfants. Il est représenté sur un trône, tenant d’une main un sceptre, de l’autre lançant la foudre; à ses pieds un aigle déployé. Le chêne lui était consacré; ses temples les plus célèbres étaient ceux de Dodone et d’Olympie en Grèce, d’Ammon en Libye et le Capitole à Rome.
19, Genus.—Ennius, cité par Cicéron, De Divinat., II, 50.
23, Miennes.—Les mœurs et les idées qui diffèrent des miennes.
32, L’ancienneté.—Les éd. ant. port.: car d’adorer celles de nostre sorte, maladiues, corruptibles et mortelles, comme faisoit toute l’ancienneté, des hommes qu’elle auoit veu viure et mourir, et agiter de toutes nos passions, au lieu de: «Parquoy... ancienneté».
33, Discours.—C’est ce que même la faiblesse de notre raison ne peut excuser.
258,
20, Isis.—Sérapis, dieu égyptien en lequel ses adorateurs voyaient le dieu suprême, celui qui ressuscite et donne la vie et la santé; on l’identifie parfois avec Osiris, et il semble que ce soit le cas de Montaigne. Isis était sœur et femme d’Osiris; l’Égypte célébrait en son honneur des mystères qui se répandirent dans la Grèce et l’Italie.—En réalité Osiris et Isis, avant d’être déifiés, auraient été, croit-on, des souverains qui avaient régné sur l’Égypte et y avaient fait fleurir l’agriculture; le bœuf Apis, qui y était adoré, semble n’avoir été qu’un emblème rappelant ce règne bienfaisant.
23, Varro.—Cité par S. Augustin, De Civ. Dei, XVIII, 5.
26, Cicero.—Tusc., I, 26.
33, Pluton.—Ou plutôt prairie où, suivant Platon, au sortir du corps, toutes les âmes vont séjourner plus ou moins longtemps d’après ce qu’ont pu rendre nécessaire, pour se purifier, leurs faits et gestes en ce monde. Deux chemins en partent: l’un conduit au Tartare (partie de l’Enfer des anciens où les méchants subissaient la peine due à leurs crimes), l’autre aux îles fortunées; c’est en somme la conception, sous une forme plus anodine, du Purgatoire de la religion chrétienne. Plutarque appelle de ce même nom et donne cette même affectation à l’espace entre la terre et la lune, où, suivant lui, les âmes viennent après la mort et d’où, après une pénitence suffisante, celles des bons se rendent dans les régions visibles de la lune, et celles des méchants dans les régions invisibles.
260,
17, Ce qu’elle peut.—Var. des éd. ant.: nous sçauons la foiblesse et incapacité de nos forces.
29, S. Paul.—Lettre aux Corinthiens, I, 2, 9, d’après Isaie, LXIV, 4.
35, Hector.—Participa avec gloire au siège de Troie où il soutint de nombreux combats contre les plus redoutables guerriers grecs; tua plusieurs de leurs chefs, entre autres Patrocle, l’ami d’Achille, et périt lui-même sous les coups de ce dernier, sorti de son inaction pour venger son ami. Achille vainqueur attacha son cadavre à son char et le traîna trois fois autour des murs de la ville; il consentit cependant à rendre ce corps à Priam venu pour l’implorer; ces faits et la colère d’Achille qui les a précédés sont le sujet principal de l’Iliade.
262,
4, Ny que... nous.—Var. des éd. ant.: et qu’il souffre pour luy? et.
12, Premier.—Pline, Nat. Hist., X, 2.—Le phénix était un oiseau fabuleux qui, suivant les anciens, était unique en son espèce, vivait plusieurs siècles, se faisait périr sur un bûcher et renaissait de ses cendres.
40, Luy.—Selon l’expression du pape S. Calixte et de S. Augustin que le concile de Trente a adopté, «Dieu couronne ses dons, en couronnant nos mérites».
43, Faillir.—«Pourquoi nous as-tu fait fourvoyer, ô Eternel, hors de tes voyes, pourquoi as-tu estrangé nostre cœur de ta crainte?» Isaie, traduction de Calvin.
264,
14, Plutarque.—Dans le traité: Pourquoi la justice divine diffère quelquefois la punition des maléfices, 4.
20, Cognoissance.—De nos jours, on n’hésite cependant pas, en France, à faire de pareils gens ministres de la guerre et de la marine et eux-mêmes ne doutent pas un instant être à hauteur de leur tâche et les voilà jouant avec la plus entière conviction le rôle de la mouche du coche, avec cette différence toutefois que leur action, moins anodine, s’exerce surtout sur le personnel qu’ils bouleversent, sans la moindre conscience, au gré de leurs passions politiques. Pour le reste, la machine, il est vrai, continue à fonctionner en vertu de la vitesse acquise; les conséquences de leur direction nulle ou néfaste ne se font sentir qu’à la longue, alors qu’en a déjà disparu la cause; mais le mal est fait, l’aiguillon demeure dans la plaie! Puissent les événements, par de trop cruelles épreuves, ne pas ouvrir trop tardivement nos yeux sur le danger que présentent pour le pays ces atteintes flagrantes au bon sens.
29, Sempronius.—En 196.—Tite-Live, XLI, 16.
32, Minerue.—Tite-Live, XLV, 33. A Amphipolis, en 168, lors des fêtes données pour célébrer la défaite de Persée et la pacification de la Grèce; mais les armes seules des ennemis furent brûlées, les autres dépouilles furent envoyées à Rome et les masses de numéraire, lingots et objets d’orfèvrerie versés au Trésor étaient si considérables que les citoyens romains ne payèrent plus, dit-on, d’impôt jusqu’à l’an 44, c.-à-d. pendant plus d’un siècle.
35, Aussi.—«A l’embouchure de l’Indus, Alexandre s’avança au delà et en pleine mer sacrifia aux dieux et précipita dans les flots les taureaux immolés à Neptune et les coupes d’or qui ont servi aux libations, demandant aux dieux de protéger le voyage que Néarque va entreprendre dans le golfe Persique.» Arrien, VI, 19.—Aucun historien ne parle des sacrifices humains ou boucheries d’hommes, que lui prête Montaigne.
40, Vmbris.—Pallas, fils d’Évandre, roi du Latium, allié d’Énée, ayant été tué par Turnus, roi des Rutules, que la jalousie avait armé contre ce dernier, celui-ci, après lui avoir fait de magnifiques funérailles, comprenant les sacrifices dont il est ici question, vengea sa mort en tuant Turnus. Ce sujet est le thème des six derniers livres de l’Énéide.
266,
1, Getes.—Hérodote, IV, 94.
10, Amestris.—Plutarque, De la superstition, 13; Hérodote, VII, 114.—Amestris était la femme et non la mère de Xerxès; celle-ci était Atossa, fille de Cyrus.
14, Themixtitan.—Ou plutôt Tenuxtitlan, pris souvent pour une divinité, est l’ancien nom de Mexico; ce nom de Mexico (source d’eau) n’était alors lui-même que celui d’une partie de la ville, les Espagnols l’ont appliqué à la ville entière.
16, Innocence.—Ces sacrifices humains, d’enfants et autres, étaient fréquents chez les Mexicains; en une seule fois, rapportent les chroniques, auraient été immolés douze mille prisonniers de guerre. Au début de la conquête, des blancs, faits prisonniers ou dont les indigènes s’étaient emparés par surprise, furent sacrifiés de la sorte. Dans certains temples, on nourrissait parfois une année durant, un esclave qui représentait l’idole principale et qui, après avoir joui tout ce temps de l’adoration, était sacrifié à la fin de son règne. Herrera et autres.
18, Carthaginois.—Plutarque, De la superstition, 13.
22, Lacedemoniens.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens, vers la fin.
25, Gratifier.—Add. des éd. ant.: l’ouurier par la ruyne de son ouurage, et.
27, Coulpables.—Préserver les coupables de la peine qu’ils avaient méritée.
30, Commises.—V. N. I, 24: Dueil.
33, Et ces... ennemis.—Var. de 88: Et que Decius pour acquerir la bonne grace des dieux, enuers les affaires Romaines, se brulast tout vif en holocauste à Saturne, entre les deux armées.
33, Decius.—Décius, consul romain, dans une bataille qu’il livra aux Latins, se voua aux dieux infernaux, sur la foi d’un oracle, pour assurer la victoire à son armée, et se jetant au milieu des rangs ennemis, y périt sous leurs coups (341). Son fils et son petit-fils imitèrent son dévouement: le premier, dans une bataille livrée aux Samnites (295); le second, dans la guerre contre Pyrrhus (279).—Codrus, le dernier roi d’Athènes, se sacrifia de même dans une guerre contre les Ioniens, un oracle ayant déclaré que l’avantage demeurerait à celui des deux peuples dont le chef serait tué (1132).
268,
9, Poisson.—Hérodote, III, 41 et 42.—La mauvaise fortune que Polycrate avait si infructueusement tenté de conjurer, finit par l’atteindre: alors qu’il méditait la conquête de l’Ionie, il fut pris par trahison et mis en croix (524).
11, Mahometans.—Les Corybantes étaient les prêtres de Cybèle dont ils célébraient le culte, de la façon la plus bruyante et la plus désordonnée, hurlant et allant jusqu’à se déchirer dans leurs accès de frénésie (V. N. II, 594).—Les Ménades ou Bacchantes célébraient le culte de Bacchus, leur dieu, par des orgies où elles se livraient à des transports furieux de même ordre.—De nos jours encore, chez les Mahométans, les Aissaoua en Afrique, les Fakirs en Orient et surtout dans les Indes, se soumettent aux jeûnes les plus austères et aux tortures les plus affreuses pour mériter la félicité éternelle et la vénération de leurs coreligionnaires.
20, Mastiner.—C.-à-d. de mutiler son corps, le rendre incapable des fonctions qui lui appartiennent, fonctions purement matérielles et soumises par leur nature à la direction de l’âme, et cela pour épargner à celle-ci...
33, Interest.—Préjudice.
270,
2, Cela.—Diogène Laerce, II, 117.
26, Seiour.—Sans jamais se reposer.
32, Attaquent.—Var. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: attachent.
272,
14, L’asseure.—Dans le Timée.
23, Epicurus.—Diogène Laerce, X, 85.
29, Ceres.—Bacchus répandit, parmi les hommes, la culture de la vigne; Cérès leur enseigna l’agriculture.
29, Herodote.—Les dires qui suivent sont tirés de Pline, VII et VIII, et d’Hérodote, III et IV; mais, en les rapportant, ils ne les présentent que comme des on-dit, et déclarent en même temps ne pas y croire; Pline ajoute même que, si on les admettait, il faudrait également ajouter foi à tous les contes dont la fausseté a été avérée depuis tant de siècles.
34, Pates.—Pline estime que ce doit être une espèce de singes.
40, Feu.—Dans les îles Mariannes, dans le Grand Océan, découvertes par Magellan en 1521, les habitants, outre quantité de choses que nous croyons nécessaires à la vie, qui leur manquaient, n’avaient jamais vu de feu; ils ignoraient également qu’il y eût d’autres terres et se regardaient comme les seuls hommes qui fussent dans l’univers.
41, Noire.—Un curieux et habile anatomiste, dit Hérodote, m’a assuré que le fait était absolument faux.
42, Hommes.—Il est vraisemblable que ces transformations étaient produites tout simplement parce que ces gens se vêtissaient une partie de l’année de peaux de loup et de cheval.
43, Plutarque.—Dans son traité De la face de la Lune; Pline, VII, 2.
44, Odeurs.—Plutarque en effet, et Pline avec lui, parlant sur la foi de Mégasthène, disent qu’à l’extrémité des Indes, près des sources du Gange, il y a une peuplade qui n’a point de bouche, ce qui les fait nommer «Astômes»; ils sont tout velus, et ne mangent ni ne boivent; ils font brûler une certaine racine qui se trouve dans le pays et se nourrissent du parfum qui s’en exhale, qu’ils respirent par les narines.
274,
14, N’auoit.—Add. des éd. ant.: ny force, ny cognoissance.
16, Noire.—Cicéron, Acad., II, 23 et 31; Galien, II, 1; Lactance, Div. Instit., III, 23; etc. Dans des temps plus rapprochés, un Allemand, Voigt, a publié aussi une dissertation Adversus alborem nivis (contre la blancheur de la neige).
18, Dire.—Cicéron, Acad., II, 23; Sextus Empiricus, Hyp. Pyrrh.
21, Ἔστι.—Citation que Montaigne a fait précéder de sa traduction.—Cette pensée d’Euripide a été utilisée, comme forme et comme fond, par Arnobe, Descartes, Bossuet, Pascal et d’autres: «Ce que l’on appelle veiller (être éveillé), n’est peut-être qu’une phase du sommeil perpétuel.» Arnobe.—«Qui sait si cette autre partie de la vie où nous pensons veiller, n’est pas un autre sommeil, peu différent du premier.»
24, Eloise.—Eclair. Le mot est encore employé couramment dans les campagnes du S.-O. de la France; vient du latin elucere, briller, comme le mot éclair lui-même.
29, Melissus.—Diogène Laerce, IX, 24.
32, Protagoras.—Diogène Laerce, IX, 51; Sénèque, Epist. 99.
35, Mansiphanes.—Sénèque, Epist. 88.—Est mis ici, par erreur de typographie, pour Nausiphanez, rectification que porte l’ex. de Bordeaux.
276,
2, Comprins.—Cicéron, Acad., II, 37; Sénèque, Epist. 88.
3, Il m’a.—Dans les éd. ant. ce passage commence par cette précaution oratoire: Ie ne sais si la doctrine Ecclesiastique en iuge autrement, et me soubs-mets en tout et par tout à son ordonnance, mais il m’a.
11, Grammariens.—C.-à-d. viennent du fait des grammairiens; sont «question de mots», dirions-nous aujourd’hui.—Cette influence omnipotente de la grammaire, Molière, dans Les femmes savantes, la signale de la sorte:
«La grammaire qui sait régenter jusqu’aux rois, Et les fait, la main haute, obéir à ses lois.»
«Quelque étrange que cette assertion puisse paraître, dit de son côté Mgr Dupanloup, Discours de réception à l’Académie française, je ne crains pas d’affirmer que la grammaire et le dictionnaire sont deux colonnes de la raison et de la société humaine.»
16, Hoc.—Mot latin qui signifie «ceci», et par lequel commence la formule de la consécration dans le sacrement de l’Eucharistie: «Hoc est corpus meum (ceci est mon corps).»—Allusion de Montaigne à la querelle sur ce point des catholiques et des protestants, ceux-ci niant la transsubstantiation, autrement dit le changement qui s’opère en ce moment du pain et du vin en la substance même du corps et du sang de N.-S. Jésus-Christ.
Boileau, dans sa Satire XII, Sur l’Équivoque, qui traite précisément de la diversité des interprétations auxquelles prête le langage (satire qui fut frappée d’interdit et ne parut qu’après la mort de l’auteur), celui-ci faisant allusion aux disputes religieuses soulevées au IVe siècle, entre les orthodoxes disant que le Fils est de même substance que le Père «homousios», et les Ariens soutenant qu’il est d’une substance semblable «homoiousios», mots qui ne diffèrent que par la diphtongue oi, qui manque dans le premier et se trouve dans le second, a dit:
«Et l’Eglise elle-même eut peine à s’en sauver... Lorsque attaquant le Verbe et sa divinité, D’une syllabe impie, un seul mot augmenté Remplit tous les esprits d’aigreurs si meurtrières Et fit du sang chrétien couler tant de rivières!»
Il avait d’abord écrit:
«Tu fis dans une guerre et si triste et si longue, Périr tant de chrétiens, martyrs d’une diphtongue.»
21, Donc.—C’est le raisonnement désigné en scolastique sous le nom de «Sophisme du menteur», attribué par les uns à Zénon (Cicéron, Acad., II, 29; Aulu-Gelle, XVIII, 2; etc.), par d’autres à Épaminondas, et qui a été le sujet de discussions innombrables: «Tu dis que tu es un menteur; si tu dis vrai, tu mens; si tu mens, tu ne dis pas vrai; donc tu n’es pas un menteur.»
36, Que sçay-ie?—Cette devise et la balance en équilibre, sont devenues l’épigraphe des Essais. Elles figurent pour la première fois dans l’édition de 1635, au-dessous du portrait de Montaigne. Elles caractérisent du reste parfaitement sa philosophie, que peint également bien cette maxime qu’il avait inscrite en grec sur les solives de sa bibliothèque: «Il n’est point de raisonnement auquel on ne puisse opposer un raisonnement contraire.» C’est ce «Que sçay-ie?» qui indignait si fort Pascal et lui a fait dire en parlant de Montaigne: «Il met toutes choses dans un doute si universel et si général, que l’homme doutant même s’il doute, son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel et sans repos, s’opposant également à ceux qui disent que tout est incertain et à ceux qui disent que tout ne l’est pas, parce qu’il ne veut rien assurer. C’est dans ce doute qui doute de soi, et dans cette ignorance qui s’ignore, que consiste l’essence de son opinion. Il ne peut l’exprimer par aucun terme positif; car, s’il dit qu’il doute, il se trahit en assurant au moins qu’il doute, ce qui étant formellement contre ses intentions, il en est réduit à ne s’expliquer que par interrogations, de sorte que, ne voulant pas dire: «Je ne sais», il dit: «Que sais-je?» de quoi il a fait sa devise, en la mettant sous les bassins d’une balance, lesquels pesant les contradictions, se trouvent dans un parfait équilibre; en un mot, il est pur Pyrrhonien.»—Et, ce disant, Pascal était bien dans le vrai, car non seulement Montaigne était pyrrhonien, mais il en a convenu: Lors de la reconstruction de son château, après l’incendie de 1885, on a trouvé dans les décombres un jeton de cuivre dont l’empreinte figure au Musée de Périgueux et porte: sur une face les armes de Montaigne entourées du collier de Saint-Michel et l’exergue «Michel, seignevr de Montaigne»; au revers, dans un écu, une balance dont les plateaux sont horizontaux et la légende «42. 1576 Ἐπέχω» (Je m’abstiens), qui est précisément le mot d’ordre et le principe essentiel de l’école des sceptiques: le chiffre 42 indique l’âge que Montaigne avait alors, en 1576.—Une autre épigraphe: «Vires acquirit eundo (ses forces s’accroissent au fur et à mesure qu’il va)», se trouve sur une édition de 1598 et un grand nombre d’autres subséquentes. Elle est écrite de la main même de l’auteur sur l’exemplaire de Bordeaux qui devait servir à la réimpression de l’ouvrage, et cependant elle n’a été reproduite ni sur l’édition de 1595, ni sur celle de 1635, ce qui porte à croire que les éditeurs posthumes de Montaigne, s’inspirant probablement de sa pensée qu’ils avaient été à même de connaître, ne l’ont considérée que comme une idée à laquelle, à la réflexion, il n’aurait pas été donné suite; si exacte fût-elle, puisque le texte primitif allait toujours en augmentant, appliquée à son œuvre par l’auteur lui-même, elle eût dénoté par trop de prétention, escomptant par avance une vogue qui n’est venue que notablement plus tard.
278,
2, Irreuerence.—Dont il est question plus haut: «Dieu ne peut faire ceci ou cela.»
6, Ancien.—Cet ancien c’est Pline, II, 7, dont Montaigne, dans les éd. ant., avait inscrit le nom que, finalement, il a rayé.
28, Point.—Ne le comprend point.—Du temps de Montaigne, le mot appréhender, du latin apprehendere, prendre, saisir, n’était employé que dans ce sens et absolument inconnu dans celui de craindre qui, aujourd’hui, a tendance à prédominer.
32, Poix.—Montaigne, en philosophe, contredit ici l’auteur qu’il a traduit et qu’il dit défendre: «L’homme, dit très orthodoxement Sebond, est, par sa nature, en tant qu’homme la véritable et vivante image de Dieu; de même que le cachet marque son empreinte sur la cire, Dieu a empreint en l’homme sa ressemblance, etc...»
38, Encore.—C.-à-d. et je désire qu’aucun chrétien ne fasse comme eux.
40, Yeux.—Et mesurer à nostre mesure, ajout. les éd. préc.
41, Nostres.—C.-à-d. chrétien comme nous. Il s’agit ici de Tertullien, dans ce passage si connu et si souvent cité dans les discussions théologiques: «Quis negat Deus esse corpus, etsi spiritus sit? (Qui peut nier que bien qu’esprit, Dieu n’ait aussi un corps?)» ce qui, à tout prendre, n’est qu’une assertion de rhéteur qui n’éclaire en rien la question.
280,
1, Curant.—Cicéron, De Nat. deor., III, 35.—Ce que ce même auteur a encore exprimé sous cette autre forme plus connue: «De minimis, non curat prætor (le préteur [magistrat romain qui, dans les provinces, était investi de tous les pouvoirs] ne s’occupe pas des détails)»; maxime favorite de bien des paresseux et de bien des ignorants, portés à en faire l’excuse de leur paresse et de leur ignorance, par une application abusive et aussi une traduction fautive, pour être trop littérale, son vrai sens étant: Le préteur ne se laisse ni absorber ni arrêter par les détails, une fois sa décision prise et l’action en train.
26, S. Paul.—Ep. aux Romains, I, 22 et 23.
34, Faustine.—Hérodien, IV.—C’est par ironie que Montaigne l’appelle «honneste femme»; ses débauches n’étaient ignorées, dans l’empire, que de Marc-Aurèle, son mari.
35, Cheuremorte.—Porter quelqu’un ainsi, c’est le porter sur le dos, ses bras entourant le cou, ses jambes, que l’on soutient, enserrant le corps de celui qui porte.
282,
9, Offre.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
10, Douzaines.—La Bruyère a exprimé la même pensée: «Faites donc seulement une goutte d’eau», dit-il, au lieu de: «Il ne sçauroit forger vn ciron»; seulement l’assertion de Montaigne est toujours vraie, tandis que les progrès de la science ont réduit à néant le défi de La Bruyère.
10, Trismegiste.—Hermès Trismégiste; personnage fabuleux que les Égyptiens et, d’après eux, les Grecs, regardaient comme le père de toutes les sciences, le législateur et le bienfaiteur de l’Égypte, et que l’on place dans le XXe siècle. Il existait sous son nom quarante-deux livres sacrés, appelés «livres hermétiques», confiés aux prêtres seuls et qui contenaient toute l’encyclopédie religieuse et scientifique des premiers temps de l’Égypte.
13, Faire.—Asclepius dialog., ap. Apuleium.
17, Animal.—Animé.—Cicéron, De Nat. deor., III, 13, 14; tous les arguments qui suivent sont tirés du même ouvrage, II, 6, 8, 11, 12, 16, etc.
284,
1, Imbecillité.—De faiblesse, d’imperfection.
8, Desbastiment.—Le théisme et l’athéisme, tous ces arguments pour et contre la divinité, se forgent...
10, Estirons.—Étendons, allongeons.
21, Mont Senis.—Montaigne cite ici le mont Cenis, au pied duquel il était passé en revenant d’Italie, comme représentant pour lui et vraisemblablement son époque, le point le plus élevé de la terre, bien qu’il n’ait que 3.600 m., tandis que son voisin le mont Blanc, sommet culminant de l’Europe, en a 4.800. Mais on s’inquiétait peu alors de ce dernier, perdu dans le massif des Alpes, non plus que de ces autres absolument inconnus, il y a à peine quatre-vingts ans: le Kilimandjaro (6.130 m.) en Afrique; le Sorata (7.900 m.), un des sommets des Andes dans l’Amérique du Sud; le Gaurizankar (8.840 m.) dans l’Himalaya, en Asie, la plus haute montagne du globe.—Quant à la profondeur des mers, on n’avait pas sur elle de données plus approchées; ce n’est également que depuis le siècle dernier qu’on a donné à cette étude une extension de laquelle il résulte qu’à l’heure actuelle la plus grande profondeur relevée se trouve dans l’océan Pacifique, en un point dénommé «Fosse du Néro», où a été constaté un fond de 9.650 m.
22, Astrolabe.—Instrument pour mesurer la hauteur des astres au-dessus de l’horizon.
27, Temple.—Le fait, rapporté par Josèphe, Ant. jud., XVIII, 4, qui parle d’Anubis, au lieu de Sérapis, se passa en l’an 32, sous le règne de Tibère, qui fit crucifier les prêtres qui avaient pris part à ce sacrilège, détruire le temple, jeter la statue du dieu dans le Tibre et exila l’amoureux, lui accordant les circonstances atténuantes, en raison de la violence de son amour.
38, Diuins.—Plutarque, Romulus, 3, qui donne Taruncius, qu’il nomme Tarucius, non comme un jeune homme, ce qui eût été plus généreux de la part du Dieu, mais comme un homme déjà fort âgé.
39, Estoc.—Des deux côtés, du côté paternel et maternel.—Estoc, ligne d’extraction, source d’une lignée, point auquel la lignée entière rapporte son commencement. Nicot.
286,
2, Neptune.—Platon descendait au sixième degré, par sa mère, de Solon qui, lui-même, tirait son origine de Neptune.
4, Platon.—Plutarque, Symposiaques, VIII, 1, rapporte que, d’après une tradition, Apollon aurait apparu à Ariston, lui défendant d’avoir commerce avec sa femme, parce qu’elle était enceinte de son fait, et qu’elle accoucha le jour même de l’anniversaire de ce dieu, dont Platon était considéré comme étant fils. Voir aussi Diogène Laerce, III, 2.—C’est le cas identique, à quatre siècles d’intervalle, à celui de Joseph et de Marie, au dire des saintes Écritures.
11, Langue.—Ce nom de «merlin» donné à ces enfants supposés nés du fait d’un enchantement, d’un miracle, est probablement une allusion au célèbre enchanteur de ce nom, qui vivait au Ve siècle et était issu, disait-on, d’une religieuse et d’un démon ayant pris forme humaine pour la circonstance, ce que l’Église (S. Cyprien, S. Augustin), et aussi la science (Ambroise Paré), ont longtemps admis; aussi, les tribunaux ecclésiastiques n’hésitaient-ils pas à pourchasser le démon en livrant au feu sa victime, pour la débarrasser de son persécuteur.
23, Figure.—Cicéron, De Nat. deor., I, 18.
26, Xenophanes.—Eusèbe, Prép. évang., XIII, 13.
28, Nous.—Cette réflexion de Montaigne rappelle cette boutade de Fontenelle, répondant à quelqu’un disant devant lui que Dieu avait fait l’homme à son image: «Celui-ci, depuis, le lui a bien rendu.»
36, Mangent.—Dans tout ce passage, Montaigne, qui combat les idées de ceux qui estiment que tout a été fait pour l’homme, est en opposition complète avec Sebond, ch. 97: «Le ciel te dit (à l’homme): Ie te fournis de lumiere le iour, à fin que tu veilles; d’ombre la nuict, à fin que tu dormes et reposes; pour ta recreation et commodité, ie renouuelle les saisons, ie te donne la fleurissante douceur du printemps, la chaleur de l’esté, la fertilité de l’automne, les froideurs de l’hyuer... L’air: Ie te communique la respiration vitale, et offre à ton obéyssance tout le genre de mes oyseaux. L’eau: Ie te fournis de quoy boire, de quoy te lauer. La terre: Ie te soutiens; tu as de moy le pain de quoi se nourrissent tes forces, le vin de quoi tu esiouis tes esprits, etc...»—Bossuet, critiquant sur ce point la manière de voir de l’auteur des Essais et son mode de discussion, prend notamment à partie ce passage où il assimile l’homme à l’oison: «Les hommes voudraient se persuader qu’ils ne sont que corps, et ils aspirent à la condition des bêtes qui n’ont que leur corps à soigner; ils semblent vouloir élever les animaux jusqu’à eux-mêmes, afin d’avoir droit de s’abaisser jusqu’aux animaux et de vivre comme eux. Ils trouvent des philosophes qui les flattent dans ces pensées: Plutarque a fait des traités entiers sur le raisonnement des animaux qu’il élève, ou peu s’en faut, au-dessus des hommes; c’est plaisir de voir Montaigne faire raisonner son oie, qui, se promenant dans sa basse-cour, se dit à elle-même que tout est fait pour elle; que c’est pour elle que le soleil se lève et se couche; que la terre ne produit ses fruits que pour la nourrir; que la maison n’est faite que pour la loger; que l’homme lui-même n’existe que pour prendre soin d’elle et qu’enfin, s’il égorge parfois des oies, ainsi fait-il bien de son semblable!»
38, Region.—Un poète anglais a émis la même idée: «Le crabe, au fond de la mer, dit: Dieu est trop bon de me traiter aussi magnifiquement et de tant faire pour moi!»
288,
11, Veteris.—Telluris iuvenes, les Enfants de la Terre, appelés aussi les Titans, ou les Géants, êtres fabuleux, de taille colossale, qui tentèrent, en entassant Ossa sur Pélion (deux montagnes de la Grèce anc.), d’escalader le Ciel pour détrôner Jupiter, lequel, aidé d’Hercule, les terrassa et, les frappant de la foudre, précipita les uns dans les Enfers, et ensevelit les autres sous des montagnes volcaniques. Myth.
17, Tenet.—Neptune avait construit les murs de Troie; mais le salaire convenu lui ayant été refusé, il se déclara contre elle, lors de la guerre qui éclata entre ses habitants et les Grecs; Junon avait également pris parti pour ces derniers par rancune du jugement de Pâris. V. Lex., Scæes.
22, Territoire.—Hérodote, I, 172.
23, Necessité.—C.-à-d. la puissance des dieux est partagée et répartie suivant nos besoins; l’un guérit...—On peut en dire autant des saints de l’Église romaine où beaucoup sont particulièrement honorés dans certaines localités et certains invoqués dans des cas spéciaux comme, par exemple, S. Antoine de Padoue pour retrouver ce qui est égaré, pour ne parler que de l’un de ceux le plus en faveur de nos jours.
28, Ponant.—Occident; ce terme était fréquemment employé au XVIe siècle.
35, Venerandus.—Le texte d’Ovide ajoute erat, addition qui figure également sur la plupart des éditions modernes.
41, Mille.—Ce renseignement paraît tiré d’Hérodote, Opera et Dies, 252; toutefois cet auteur n’en compte que trente mille; par contre, son assertion est tenue comme beaucoup trop faible, notamment par Maxime de Tyr, qui dit qu’ils sont innombrables, et par Varron.—On estime à vingt-cinq mille environ les saints de l’Église catholique.
290,
5, Physiciens.—Médecins. Cette dénomination leur était fréquemment donnée jadis dans les campagnes; elle leur est encore appliquée parfois, dit-on, en Angleterre. Payen.
9, Chrysippus.—Plutarque, Des communes conceptions, etc., 27.
13, Creten.—Jupiter avait été secrètement élevé dans l’île de Crète, par les soins de sa mère et à l’insu de Saturne son père, auquel Titan, frère aîné de ce dernier, avait cédé le trône sous condition qu’il n’élèverait pas d’enfant mâle. Myth.
18, Fallitur.—S. Augustin ajoute que Varron estimait que «là était tout le secret des politiques et des ministres d’état». Les choses ne semblent guère avoir changé depuis: l’homme le plus honnête, le plus courtois dans la vie privée, perd absolument toute notion de probité et de courtoisie dès qu’il est mêlé à la politique; de quelque parti qu’il soit, mentir, tromper, manquer à ses engagements, caser ses créatures, gaspiller les deniers publics, n’avoir d’autre règle en quoi que ce soit que son intérêt politique et cela impudemment, sans la moindre vergogne, sont pour lui une seconde nature; les débutants et les naïfs se transforment rapidement et inconsciemment de la sorte; et, dès lors, chez eux comme chez tous autres plus ou moins éhontés ou ayant déjà vécu dans cette atmosphère cela devient calcul et parti pris.
21, Phaeton.—Avait obtenu d’Apollon, son père, de conduire le char du Soleil; mais, l’entreprise étant au-dessus de ses forces, les chevaux mal dirigés s’emportèrent, la surface de la terre fut embrasée, les eaux desséchées, et Jupiter ne put mettre fin à ces désordres qu’en foudroyant l’imprudent conducteur.
25, Fer, et.—L’ex. de Bordeaux aj.: auecq Anaxagoras.—Xénophon, Memor., IV, 7, 7; Plutarque, De Plac. phil., II, 20.
26, Dit-il.—Cicéron, De Nat. deor., II, 22.
32, Socrates.—Xénophon, Mém. sur Socr., IV, 7, 2.
34, Polyænus.—Cicéron, Acad., II, 38.
37, Xenophon.—Mémoires sur Socrate, IV, 7, 6 et 7.
292,
1, Perscrutent.—Qui recherchent, scrutent; mot forgé par Montaigne, du latin perscrutari, chercher, rechercher avec soin, examiner à fond.
7, Herbes.—Montaigne semble dire que le soleil ne tue ni les plantes, ni les herbes; cela se produit dans certaines conditions. Pour ce qui est de la pierre qui, dit-il, «ne luit point au feu», on rend facilement incandescent aujourd’hui un caillou avec les hautes températures que l’on obtient avec le four électrique, et on ne peut pas plus fixer ces foyers de 3000° qu’on ne peut regarder fixement le soleil.
8, Point.—Ce n’est pas précisément sur les questions de science, auxquelles il était étranger, que la manière de voir de Socrate offre de l’intérêt; toutefois sur ce point particulier, lui et Montaigne sont bien dans le vrai. Certaines sciences, en effet, qui ont donné tout ce qu’elles pouvaient et auxquelles il n’y a pas d’intérêt réel à s’adonner davantage, sont encore pratiquées aujourd’hui: telles sont l’astronomie poussée à outrance et réduite à étudier la topographie de la lune et les taches du soleil, et ces explorations des régions polaires inabordables actuellement, suffisamment connues pour qu’on sache qu’il n’y a présentement aucun parti à en tirer. En citant l’astronomie transcendante, nous n’avons pas entendu y comprendre la météorologie, science bien autrement importante, dédaignée de sa grande sœur et presque encore en enfance.
24, Ordo.—Citation empruntée à la description du char du Soleil.
29, Platon.—République, X, 3.
34, Acceptat.—Ces vers, rapportés par le grammairien Valérius Probus, sont de Varron; leur reproduction n’est toutefois pas textuelle.—Les cinq zones dont il est ici question, environnant le monde, sont celles déterminées par les deux cercles polaires arctique et antarctique, et les deux tropiques du Cancer et du Capricorne; la bordure qui les traverse obliquement, c’est le zodiaque avec ses douze constellations. V. N. I, 254: Aqua.
294,
1, Ainigmatique.—Platon ne dit ni que la nature est une poésie, ni même qu’elle est énigmatique, ce qui néanmoins est de toute vérité; il dit simplement, à propos d’un vers d’Homère dont le sens est difficile à saisir, que «toute poésie est, de sa nature, énigmatique».
9, Descousu.—Timon l’appelle, par iniure, grand forgeur de miracles; addition de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.—Timon est un poète satirique, cité par Diogène Laerce, dans sa Vie de Platon.
16, Empruntée.—Sous François II, Montaigne étant encore enfant, les hommes trouvèrent qu’un gros ventre donnait un air de majesté; les femmes s’imaginèrent aussitôt qu’il en serait de même d’un gros derrière: on eut alors de gros ventres et de gros derrières postiches et cette mode ridicule dura trois ou quatre ans. Essais historiques sur Paris, 1757.—Qu’est-ce autre chose qu’un de ces derrières postiches, généralement dans de fort modestes proportions, il est vrai, que cet ajustement, du nom de tournure, dont font usage nos femmes pour faire bouffer leurs robes?
19, Epicycles.—Cercles dont les centres se meuvent sur la circonférence d’un autre de plus grand diamètre. En faisant décrire aux planètes des orbites de cette nature, Ptolémée, astronome du IIe siècle, expliquait leurs mouvements et les irrégularités apparentes de ces mouvements.
20, Astrologie.—Du temps de Montaigne, on entendait par là l’astronomie.
22, Subject.—S. Hilaire de Poitiers dit que l’orgueil caché des prétendus sages les porterait, s’ils le pouvaient, à aller jusque dans le ciel, changer et corriger les mouvements des astres.—Alphonse, roi de Castille, auquel le système de Ptolémée déplaisait, disait qu’il se croyait de taille à donner de bons conseils à Dieu.
25, Platon.—Dans le Timée.
32, Rauissement.—Rétrogradation, trépidation, ascension sont autant de termes empruntés au système astronomique de Ptolémée, qui tenait la terre comme fixe et en faisait le centre du monde: reculement, ravissement y sont ajoutés par plaisanterie.
34, Petit monde.—En grec: microcosme.
39, Ame.—Quelques auteurs ont donné à l’homme deux âmes: l’une rationnelle, l’autre sensitive; Platon en compte trois. C. de M.
296,
1, Imaginaire.—Une république, un gouvernement imaginaire.
9, Condonons.—leur concédons; mot francisé, par Montaigne, du latin condonare, accorder, pardonner, remettre.
21, Pieds.—Platon, qui dans le Théétète conte ce fait, dit seulement que Thalès, marchant les yeux levés vers le ciel pour contempler les astres, tomba dans un puits, et ne fait nullement intervenir sa servante comme cause de l’accident. Cela semble avoir fourni à La Fontaine le sujet de sa fable: «l’Astrologue qui se laisse tomber dans un puits», où il dit:
«Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir, Penses-tu lire au-dessus de ta tête?»
et encore:
«C’est l’image de ceux qui bâillent aux chimères Ce pendant qu’ils sont en danger, Soit pour eux, soit pour leurs affaires.»
24, Plagas.—Cette critique présentée par Montaigne, comme émise par Démocrite et reproduite par Cicéron, émane au contraire de celui-ci et est dirigée contre le premier.—Dans sa fable (liv. II, fabl. 13) La Fontaine reproduit cette citation: «Sans rien voir sur la terre, on se perd dans les cieux.»
27, Platon.—Dans le Théétète, là même où il est question de l’accident de Thalès.
42, Congé.—Autorisation, permission.
298,
6, Faucée.—Du latin fauces, entrée, avenue, défilé, brèche, pénétration.—Le sens de la phrase est: «Mais savoir comment une impression spirituelle peut exercer une action si intense sur la partie matérielle de l’homme, connaître la nature des rapports et de la connexité de ces admirables ressorts, jamais homme ne l’a fait.» De nos jours, les médecins, les physiologistes disent que c’est un effet de sympathie, ce qui signifie qu’ils n’en savent pas plus, à cet égard, que du temps de Montaigne.
8, Sçeu.—Les éd. ant. aj.: comme dict Salomon.
9, Pline.—Nat. Hist., II, 37.
9, S. Augustin.—De Civ. Dei, XXI, 10.
33, Autre.—L’autorité d’Aristote fut toute-puissante pendant des siècles, au point qu’en 1624, le parlement de Paris bannit de son ressort trois hommes qui avaient voulu soutenir publiquement des thèses contre la doctrine de ce philosophe, et qu’il défendit à toute personne de publier, vendre et débiter les propositions contenues dans ces thèses à peine de punition corporelle, et d’enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs approuvés, à peine de la vie; qu’en 1629, cette même cour édictait qu’on ne pouvait choquer les principes de la philosophie d’Aristote, sans manquer à ceux de la théologie scolastique reçue par l’Église. Bayle.
300,
1, Diogenes.—Diogène d’Apollonie. Sextus Empiricus, Pyrr. hypot., III, 4.
9, Priuation.—Montaigne énumère ici les principes essentiels que chacun des philosophes qu’il mentionne avait imaginés pour expliquer le système du monde:—Platon admettait l’existence de certains types ou modèles qu’il appelait Idées;—Épicure expliquait tout par le concours fortuit des Atomes;—Leucippe et Démocrite, par le Vide et les Atomes en nombre infini doués d’un mouvement éternel;—Thalès posait comme principe matériel de toutes choses l’Eau ou l’état liquide, et y ajoutait l’esprit comme principe moteur;—pour Anaximandre, c’était l’Infini;—pour Diogène d’Apollonie, c’était l’Air;—pour Pythagore, les Nombres; le monde lui-même n’était qu’un tout harmonieusement composé;—pour Parménide, il n’existait qu’un être, unique, immuable, infini;—Anaxagore estimait qu’à l’origine, tous les éléments, en nombre infini, étaient confondus, et que c’est par l’intervention d’une intelligence suprême qu’avait eu lieu la séparation des éléments hétérogènes et l’assemblage des éléments similaires.—Empédocle admettait quatre éléments: le feu, la terre, l’air et l’eau, et deux causes premières: l’amitié qui les unit, la haine qui les sépare;—pour Héraclite, il n’existait qu’un principe, le feu, mais un feu pur et subtil, bien différent de celui que nous voyons;—enfin Aristote, estimant que les points de vue sous lesquels toute chose peut être envisagée se réduisent aux éléments dont elle est composée, à sa nature intime ou essence, à sa cause et au but ou fin vers laquelle elle tend, distinguait quatre principes: la matière, la forme, la cause efficiente et le principe final, lesquels doivent se retrouver partout et que la philosophie a pour mission de déterminer.
15, L’escole.—Aristote, dont les éd. ant. mettent le nom.
21, Boule-veuë.—A première vue; comparaison tirée du jeu de boules. Jouer à boule-vue, c’est agir sur un simple coup d’œil jeté sur le jeu sans se donner le temps d’apprécier la distance ni de calculer ce qu’il y a de mieux à faire.
26, Volonté.—«Appartenir à une école, c’est en épouser nécessairement les préjugés et le parti pris.» Le Bon. Cela est vrai aussi bien en politique qu’en scolastique.
302,
9, Philodoxes.—Platon, Rép., V (vers la fin), les définit ainsi: Gens qui se remplissent d’opinions dont ils ignorent les fondements, qui s’entêtent de mots, qui n’aiment et ne voient que les apparences des choses.
15, Philosophique.—Il ne saurait cependant à de semblables propos, être fait de réponses plus probantes.
40, Essais.—C’est aller un peu loin que de vouloir d’un philosophe qu’il connaisse le pourquoi et le comment de toutes choses; il observe, cherche à se rendre compte de tout, mais ne saurait être tenu d’en donner, quand même, une explication.
304,
15, L’aimant.—Diogène Laerce, I, 24.—Combien aujourd’hui avec ce que nous connaissons de l’électricité, qui n’est du reste qu’une forme particulière du magnétisme ou aimantation, s’affermirait en eux cette idée, bien moins singulière à la réflexion qu’elle ne semble de prime abord.
22, Dicæarchus.—C.-à-d. la raison humaine a appris à Cratès et à Dicéarque qu’il n’y avait absolument point d’âme et que le corps s’ébranlait, etc. Sextus Empiricus, Pyrr. hypot., II, 5; Cicéron, Tusc., I, 10.
24, Platon.—Lois, X.
25, Repos.—Thalès ajoutait: «et qui se meut de soi-même». Plutarque, De Plac. phil., IV, 2; là, se trouve également rapportée l’opinion d’Asclépiade.
27, Parmenides.—Macrobe, in Somn. Scip., I, 14.
27, Empedocles.—Cicéron, Tusc., I, 9.
27, Sang.—Certains font dériver le mot latin anima, âme, du grec αἷμα, qui signifie sang.
29, Posidonius.—Diogène Laerce, VIII, 156.
30, Chaleureuse.—Galien, tout en admettant cette idée, déclare qu’en fin de compte il n’ose rien affirmer sur la nature de l’âme.
32, Hippocrates.—Macrobe, in Somn. Scip., I, 14.
32, Varro.—Lactance, De Opif. Dei, 17.
35, Elemens.—Suivant Zénon, l’âme est du feu; et cette idée qu’elle est la quintessence des quatre éléments que lui attribue Montaigne, est d’Aristote qui, au dire de notre auteur, quelques lignes plus loin, se serait tu sur sa nature. Cicéron, Tusc., I, 10.
35, Ponticus.—Stobée, Eclog. phys., I, 40.
35, Xenocrates.—Macrobe, in ">Somn. Scip., I, 14.
40, Aristote.—S.-ent. qui définit l’âme.
41, Entelechie.—Mot grec signifiant «la perfection». Cicéron, Tusc., I, 10.
306,
2, Lactance.—De Opif. Dei, 47, au commencement.
3, Seneque.—Nat. quæst., VII, 14.
6, S. Bernard.—Lib. de anima, I.
8, Heraclitus.—Diogène Laerce, IX, 7.
11, Essence.—Qu’est-ce que l’âme? disons-nous à notre tour. C’est le principe de la vie, ou encore, d’après nos dictionnaires, l’ensemble des facultés morales et intellectuelles de ce qui a vie. Mais ce ne sont là que des effets et ils n’en expliquent pas la production. De fait, nous nous trouvons en présence d’un de ces infinis problèmes que notre intelligence n’arrive pas à résoudre, et si nous tentons de l’élucider, il nous faut, comme en tant d’autres choses, déduire l’inconnu du connu. Or les manifestations de l’âme ne prennent naissance en nous que peu à peu; au début de l’existence, rien n’apparaît; c’est ensuite l’instinct, c’est-à-dire une action irréfléchie, qui se montre seul; puis, en germe, chez l’homme, du moins, parce que son organisme le comporte, tout ce qui compose l’âme telle que nous la concevons dans l’être humain: la notion du bien et du mal, les vertus et les vices, toutes les qualités bonnes ou mauvaises, les affections, les répulsions ainsi que la volonté, la mémoire, l’intelligence, la raison, la réflexion qui les mettront en œuvre, variables chez chaque individu suivant la conformation de son cerveau, qui est l’organe qui en est le point de départ et dont un rien congénital ou accidentel suffit à différencier toute la vie durant ou momentanément l’homme de génie de l’imbécile, le fou du sage, le criminel de l’honnête homme, ce que du reste le bon sens populaire rend si exactement quand il dit de quelqu’un qui n’est pas comme tout le monde, qu’il lui manque une case; et cet ensemble grandissant ensuite peu à peu, s’épanouissant au fur et à mesure que le corps lui-même se développe; et, chez tous, reposant quand il repose, s’oblitérant plus ou moins quand il est malade, mourant quand il meurt, l’abandonnant la plupart du temps partiellement avant même que la vie n’ait pris fin, dès que la désagrégation commence.—Qu’en conclure, sinon que l’âme est essentiellement fonction de l’être, qu’elle ne fait qu’un avec lui, qu’elle est une conséquence de son organisation à laquelle elle ne survit pas? Pas plus que lui elle ne vient du néant, ni n’y retourne, mais, comme lui, elle se forme et se transforme, telles l’électricité, la chaleur, la lumière qui partout, à l’état latent, apparaissent ou disparaissent suivant que les éléments d’où elles naissent sont dans telles ou telles conditions; tel encore par exemple le fer qui, dans le minerai, échappe à notre vue et dont certaines transformations le dégagent, que certaines préparations assimilent aux êtres animés, aux végétaux, que la rouille réduit en poussière et rend à la terre, où ses molécules impalpables, sans jamais cesser d’exister, demeurent susceptibles de participer à tout, sans jamais redevenir elles-mêmes; ainsi l’âme qui, en nous, naît dans des conditions données, se transforme avec ces conditions; et quand celles-ci cessent d’exister, elle se désagrège et ses éléments retournent se confondre avec l’universalité des choses, où de toute éternité là aussi tout est dans tout, à l’état embryonnaire.
12, Herophilus.—Plutarque, Des Opin. des phil., IV, 5.
13, Aristote.—Sextus Empiricus, Adv. Mathem.
20, Stoïciens.—Plutarque, Des Opin. des phil., IV, 5.
20, Erasistratus.—Id., ibid.
21, Empedocles.—Id., ibid.
22, Moyse.—Genèse, IX, 4; Lévit., VII, 26; Deutér., XII, 23; etc.
24, Strato.—Plutarque, Des Opin. des phil., IV, 5.
30, Chrysippus.—Galien, De Plac. Hipp. et Plat., II, 2.
39, Stoïciens.—Sénèque, Epist. 57.
42, Trapelle.—Souricière, de l’italien trappola, qui a même signification.
308,
8, Plutarque.—Thésée, préambule.
8, Chartes.—Cartes géographiques; du latin charta, feuille de papier.
8, Orée.—Bord, extrémité; du latin ora qui a même sens.
14, Bestise.—Pascal a dit aussi en parlant de l’homme: «Trop et trop peu d’instruction l’abêtissent.» Et, en un autre passage: «Les sciences ont deux extrémités qui se joignent: la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant; l’autre est celle où atteignent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent dans cette même ignorance, d’où ils sont partis.»
19, Platon.—Plaisanterie que l’on attribue à Diogène le Cynique, et à laquelle il fut répondu en ajoutant à la définition déjà donnée «et à larges ongles». Diogène Laerce, IV, 40.
35, Iliade.—Cicéron, De Nat. deor., II, 37.
36, Zenon.—Id., ibid., III, 9.
38, Cotta.—Id., ibid., II, 12.
310,
6, Sectes.—Les éd. ant. aj.: comme il s’en voit infinis chez Plutarque contre les Epicuriens et Stoïciens: et en Seneque contre les Peripateticiens.
8, Montre.—Un échantillon.
17, Lasches.—Les éd. ant. aj.: combien de fois leur voyons-nous dire les choses diuerses et contraires?
18, Ailleurs.—Dans le premier Alcibiade. C’est Socrate qui, par ses arguments, réduit Alcibiade à le dire.
32, Inconstante.—«Montaigne sut ramener sur le territoire de la philosophie le bon sens qui en avait été si longtemps exilé.» Dégerande.
312,
17, Fortuit.—C.-à-d. je me suis trouvé philosophe sans l’avoir cherché et tout à fait par hasard.
18, Ame.—Les éd. ant. aj.: (car i’ai choisi ce seul exemple pour le plus commode à tesmoigner nostre foiblesse et vanité).—L’analyse qui suit de la doctrine de Platon est prise dans la seconde partie du Timée, ou simplement de Diogène Laerce, III, 67.
24, Ratiocine.—Raisonne; du latin ratiocinari qui signifie la même chose.
31, Inconuenient.—Aussi n’est-il pas étrange, extraordinaire.
42, Vniuerselle.—L’empereur Julien pensait ainsi. Payen.
314,
6, Locum.—Delille a donné de cette citation la traduction ci-après:
«Dieu remplit, disent-ils, le ciel, la terre et l’onde; Dieu circule partout, et son âme féconde A tous les animaux prête un souffle léger; Aucun ne doit périr, mais tous doivent changer, Et, retournant aux cieux, en globes de lumière, Vont rejoindre leur être à la masse première.»
28, Touche.—Plutarque, Pourquoi la justice div., etc., 19.
30, Recordation.—Souvenir; mot francisé par Montaigne, du latin recordatio qui a cette même signification.
37, Sçauantes.—Add. des éd. ant.: et pleines de suffisance.
41, Sçauoir.—Add. des éd. ant.: de cette prudence et sapience.
42, Platon.—Dans le Phédon.
316,
15, Nous.—Vivants.
31, Futurs.—Autant de mauvaises actions on aurait commises, autant de personnes on aurait lésées de la sorte, seraient d’après Platon, République, X, punies d’une peine de dix ans chacune, jusqu’à concurrence de dix fois, soit cent ans, durée de la vie humaine.
33, Temporelles.—Origène, d’après saint Augustin, rejetait l’éternité des peines.
36, Receue.—Add. des éd. ant.: aux siecles anciens.
318,
12, Desmue.—Tirée hors de, déplacée, détournée; participe passé de desmouvoir, qui vient du latin dimovere, dont c’est la signification.
43, Philosophe.—Ils ne remédient pas au cas où, par accident, chez un philosophe...
320,
12, L’vsage.—Var. des éd. ant.: le goust.
28, Decidere.—Montaigne a traduit cette citation avant de la transcrire.
38, Aristote.—Métaphys., II, 1.
43, Syrius.—De Syros. Cicéron, Tusc., I, 16.—Le texte latin porte Tullius.
322,
11, Gloire.—Les éd. ant. aj.: et de la reputation.
13, Platon.—Lois, X, 13.
20, Estançonner.—Appuyer, étayer; s’estançonner par ses inventions, c’est assurer, renforcer son existence par ses propres imaginations.
324,
7, Nemroth.—Il semble que la pyramide dont il est ici question soit celle qui existait à Barsippe en Chaldée, pyramide quadrangulaire à gradins, demeurée inachevée de temps immémorial et que les Chaldéens identifiaient avec la tour de Babel.
24, Raison.—Car cela ne nous a été nullement appris par la nature, non plus que par la raison.
24, Retentera.—Essayer, éprouver de nouveau; du latin retentare, tenter derechef.
29, Stoïcien.—Sénèque.
326,
1, Nous.—L’ex. de Bordeaux aj.: en diuers lieux; add. dont il a été tenu compte dans la traduction; cette croyance existe en effet en Perse, en Hindoustan et ailleurs.
2, Pythagoras.—La métempsycose, que Lucrèce appelle un officieux mensonge qui délivre des frayeurs de la mort et rassure l’esprit en lui donnant l’espérance de renaître dans un autre corps.
7, Maison.—Les éd. ant. ajout.: Socrate, Platon et quasi tous ceux qui ont voulu croire l’immortalité des ames, se sont laissez emporter à cette inuention, et plusieurs nations, comme entr’autres la nostre et nos Druides.—Ces derniers mots: et nos Druides manquent dans l’éd. de 1588.
10, Ans.—Montaigne a déjà traité ce sujet et cite (vol. II, pag. 106) un passage d’Ovide à ce propos.—D’après Héraclide de Pont, Pythagore racontait avoir été Éthalide que l’on disait fils de Mercure; et ce Dieu lui ayant promis de lui accorder tout ce qu’il voudrait, excepté l’immortalité, il lui avait demandé à conserver pendant sa vie et après sa mort, la mémoire de tout ce qui lui arriverait; c’est pourquoi il était à même d’affirmer être passé dans le corps d’Euphorbe après avoir été Éthalide; être ensuite devenu Hermotine; puis Pyrrhus, un pêcheur de Délos, et enfin Pythagore. D’autre part, Euphorbe, blessé par Ménélas au siège de Troie, déclarait avoir été Éthalide et prétendait se rappeler par quelles plantes, dans quels animaux son âme avait successivement passé depuis qu’il avait cessé d’être Éthalide, ce qu’elle avait éprouvé aux enfers et ce qu’il avait vu éprouver aux autres. Hermotine disait avoir été Euphorbe et, pour le prouver, avait été au temple d’Apollon et avait montré son bouclier que Ménélas, après l’en avoir dépouillé, avait consacré à ce Dieu, à son retour de Troie. Pyrrhus, le pêcheur de Délos, se souvenait d’avoir été Éthalide, Euphorbe, Hermotine; et Pythagore avait conservé les mêmes souvenirs, en y ajoutant celui de Pyrrhus.—V. également Diogène Laerce, VIII, 4, 5.
16, Recite.—De quelques faiseurs d’horoscope, dit S. Augustin, De Civ. Dei, XXII, 28.
18, Chrysippus.—Lactance, Div. instit., VII, 23.
19, Platon.—Dans le Ménon.
21, Ailleurs.—Platon, dans le Timée.
328,
17, Dit-il.—Romulus, 14.
28, Socrates.—Ce sont là deux des opuscules des œuvres morales de Plutarque, intitulés, l’un, «De la face qui apparaît dedans le rond de la lune»; l’autre, «Du démon de Socrate».
330,
3, Physicien.—V. N. II, 290: Physiciens.
4, Disoit.—Diogène Laerce, II, 17.
6, Dit.—Plutarque, Des Opin. des phil., V, 3. Les citations qui suivent sont tirées de ce même chapitre.
19, Democritus.—Plutarque, Des Opin. des phil., V, 5, dit expressément que Démocrite était d’une opinion contraire, mais que Zénon et Aristote étaient tous deux de cet avis sur ce point.
28, Moys.—Ceci porte à croire que la mère de Montaigne était, ou croyait être accouchée de lui au onzième mois de sa grossesse. En ce qui me touche, la conception d’une de mes petites-filles m’a été annoncée par ses parents un premier janvier, et, sous la direction d’un médecin des hôpitaux de Paris, la mère, qui a ressenti successivement tout ce que la femme éprouve en pareil cas, a pris les précautions d’usage, et l’enfant n’est venu au monde que le vingt-deux décembre, sans que rien d’anormal, sauf sa durée, se soit produit dans la gestation.—En pareille matière, rien n’est moins certain que la supputation du temps, la question n’a jamais été complètement décidée pour l’espèce humaine, et les observations faites sur les animaux prouvent qu’il y a chez eux de grands écarts (Cuvier). D’après la loi française, l’enfant qui vient au monde avant l’expiration du 300e jour (dix mois) après la mort du mari est seul réputé légitime; Pline, chez les anciens, admettait onze mois; Rabelais également, qui cite de nombreux auteurs à l’appui de son dire.
37, Protagoras.—Sextus Empiricus, Adv. Math.
332,
6, Thales.—Diogène Laerce, I, 36.
8, Vous.—La personne à laquelle ce chapitre est dédié, et qu’ainsi qu’il a été dit plus haut, on pense être Marguerite de France, fille de Henri II, reine de Navarre, à la demande de laquelle cette apologie de Sebond aurait été écrite.
9, Corps.—De m’étendre si longuement sur un même sujet.
16, Reseruément.—De ce passage on peut conclure que Montaigne est d’avis que, dans les disputes philosophiques en général, et en particulier dans celles où la religion est intéressée, il ne faut invoquer l’incertitude de nos connaissances, se réfugier dans le doute et, en matière religieuse, admettre la tradition, que lorsque, pressé de toutes parts, on n’a plus aucune bonne raison à alléguer en faveur de son opinion.
21, Deux.—Hérodote, III, 78.—En 522, lors de la conjuration qui donna le trône à Darius (V. N. III, 324: Perse). Gobrias, un des conjurés, avait saisi l’usurpateur par le corps et luttait avec lui dans l’obscurité, quand, de crainte de voir son adversaire lui échapper, il dit à Darius, son complice, de frapper sans souci de l’atteindre lui-même.
26, Impatiens.—Ne pouvant supporter.
33, Mie.—Pas, nullement.
38, Attrempance.—Mesure, réserve gardée dans ce qu’on fait et dans ce qu’on dit.
334,
3, Plaist.—Ceci confirme ce que l’on suppose de la dédicace de ce chapitre à Marguerite de France (N. II, 332: Vous), en raison de son rang, de son érudition et aussi de ce qu’elle était une des plus belles personnes de son temps.
6, Fantasie.—Add. des éd. ant.: et qui se fut seruy à faire son amas, d’autres que de nostre Plutarque.
7, Epicurus.—Plutarque, Contre Colotès, 27.
9, Platon.—Lois, IX.
28, Outrageux.—L’éd. de 1588 port.: dangereux.
35, Effrenée.—Les éd. ant. port.: iugement à cette liberté desreglée, au lieu de: «vol... effrenée».
336,
14, Vsage.—On ne plaide plus, on ne discute pas pour savoir si cette monnaie est de bon ou de mauvais aloi, mais seulement si elle est d’usage, si elle passe ou ne passe pas.
16, Liaisons.—Nouement d’éguillettes. V. N. I, 136: Liaisons.
17, Domifications.—Du latin domus, maison, et facere, faire. Terme d’astrologie signifiant le partage du ciel en douze zones, en vue de tirer l’horoscope de quelqu’un.
18, Philosophale.—Substance à la recherche de laquelle s’adonnaient les alchimistes et à laquelle on prêtait la propriété de transformer en or tous les métaux.
23, Vitale.—Mensale, vitale, etc., sont des termes de chiromancie (art de prédire la destinée par l’inspection de la main): la mensale est la ligne qui à l’intérieur de la main va de dessous le petit doigt vers l’index; la vitale, celle qui du milieu du poignet va aboutir entre le pouce et l’index; la moyenne naturelle, celle qui a son point de départ entre le pouce et l’index et aboutit entre le poignet et le petit doigt; au centre de la main est le triangle sur lequel Mars a action; l’enseigneur, c’est l’index; les tubercles, appelés monts, sont les proéminences formées par la dernière phalange de chaque doigt. Chacune est plus spécialement soumise à l’action d’un dieu ou d’une déesse et son plus ou moins de saillie accuse, plus ou moins accentués chez l’individu, la qualité ou le vice auxquels préside cette divinité.
338,
9, Leschant.—Add. de 80: et formant.
33, D’accord.—Add. des éd. ant.: s’ils ne le sont meshuy après tant de siecles!
340,
1, Iugement.—Les académiciens admettaient quelques modifications à ce jugement sur notre complète ignorance.
5, Sphere.—Eudoxe estimait le monde formé de sphères concentriques dont la terre était le centre et dans chacune desquelles se mouvaient dans l’ordre suivant, d’après leur éloignement de la terre: la Lune, le Soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne; une huitième sphère comprenait les mouvements de tous les autres astres, système qui fut adopté par Platon et par Aristote.
10, Plus vray-semblables.—Var. des éd. ant.: beaucoup plus veritable et plus ferme.
15, Vraysemblable.—Logique. Montaigne veut dire que l’opinion des pyrrhoniens est plus liée, se soutient mieux que celle des Académiciens.
27, Pas.—Add. des éd. ant.: le corps et.
30, Vanter.—Jouer, aller au gré du vent.
342,
8, L’autre.—Add. des éd. ant.: car la verité n’est iamais qu’vne.
344,
19, Pas.—Sous-entendu: habiter, tenir; ellipse analogue à celle que présente cette locution: «Il n’en peut plus».
35, Sappho.—Les anciens sont unanimes pour admirer la verve et le feu qui brillaient dans ses vers; on la surnommait la dixième muse; il ne nous reste d’elle que quelques fragments. Se confond souvent avec une autre Sapho, également lesbienne, courtisane célèbre qui vécut plus tard.
36, Cleomenes.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
346,
1, Fortuna.—Add. des éd. ant. et de l’ex. de Bordeaux: qu’il iouysse de ce bon heur (traduction de la citation qui précède).
7, Part là.—Le code criminel, établi lors de la refonte de nos codes, après la première révolution, était très dur et très rigoureux, et était tel, disait-on, parce qu’il avait été rédigé par Treilhard (1742 à 1810) alors tourmenté de la gravelle.
7, Areopage.—Ce tribunal était composé de 31 membres; on n’y tolérait aucun artifice oratoire susceptible d’émouvoir ou d’attendrir les juges; longtemps il jouit d’une immense réputation de sagesse et d’impartialité; il siégeait de nuit comme l’indique Montaigne et rendait son jugement séance tenante, nul procès à Athènes ne pouvant durer plus d’un jour.
15, Tourneuirent.—Le tournent et le virent en tous sens.
21, Vie.—Un dicton latin résume ainsi l’existence humaine: «Nasci, pati, mori (naître, souffrir, mourir).»
348,
14, Homme.—Montaigne dit ailleurs (III, 186): «Ie croy Platon de bon cœur, qui dit les humeurs faciles ou difficiles, estre vn grand preiudice à la bonté ou mauuaistié de l’ame.»
21, Moy.—Add. de 88: sans le congé du iugement.
26, Virer.—Add. des éd. ant.: en cent visages.
42, Comme moy.—Var. de l’éd. de 88: bien.
350,
7, Formaliser.—Pour y conformer son esprit, son jugement, son attention.
31, Cupiditez.—Passions.
32, Themistocles.—Prit part à la bataille de Marathon (490) et porta un coup mortel à la flotte de Xerxès par la victoire de Salamine (486); exilé par suite des intrigues de Sparte, il se réfugia chez les Perses et s’empoisonna pour n’être pas obligé de porter les armes contre la Grèce.
32, Demosthenes.—Ce prince de la parole n’acquit son grand talent oratoire que grâce à un travail long et opiniâtre; son style était pur et concis; son éloquence, éminemment persuasive, était absolument dépouillée d’artifice. Pendant quinze ans il s’employa tout entier contre Philippe de Macédoine qui voulait asservir sa patrie, et prononça contre lui ses immortelles Philippiques et Olynthiennes; il assista à la bataille de Chéronée (388); après la mort d’Alexandre, il mit son éloquence au service des Grecs confédérés, et s’empoisonna pour échapper à Antipater.
38, Clemence.—Var. de l’éd. de 80: liberalité et à la iustice.
352,
9, Vertueuses.—Add. des éd. ant.: Au moins cecy ne sçauons nous que trop, que les passions produisent infinies et perpetuelles mutations en nostre ame et la tyrannisent merueilleusement. Le iugement d’vn homme courroucé ou de celuy qui est en crainte, est-ce le iugement qu’il aura tantost quand il sera rassis?
18, Trouble.—Var. des éd. ant.: desreglement et de la cecité?
19, Maladie.—Var. des éd. ant.: fauceté.
20, Perturbation.—Var. des éd. ant.: l’erreur.
20, La temerité.—Var. des éd. ant.: le mensonge.
25, Insensez.—Platon, Phèdre.
28, Sommeil.—Cicéron, De Divinat., I, 57.
31, Apporte.—Par son anéantissement (l’anéantissement de la raison), causé par la fureur ou le sommeil, image de la mort, nous devenons...
40, Pas.—La philosophie.
354,
5, Infiable.—Infidèle, peu digne de foi.
13, Souffre.—«Le premier soupir de l’amour est le dernier de la sagesse.»
22, Planir.—Diminuer et s’aplanir.
39, Volubilité.—Add. des éd. ant.: et imperfection.
40, Constance.—Add. des éd. ant.: et fermeté.
356,
7, Entier.—Var. de 1588: pur et entier, au lieu de: «entier».
19, Nicetas.—Cicéron, Acad., II, 39, où suivant l’édition on lit Nicétas ou Hicétas.
19, Syracusien.—Var. des éd. ant.: il y a enuiron 18. cens ans que quelqu’vn, au lieu de: «Cleanthe... Syracusien».
21, Aixieu.—V. N. I, 254: Aqua.—Cette constatation semble due aux Assyriens, desquels l’auraient tenue Pythagore et son école, mais contre laquelle s’éleva Aristote. Pour cette théorie, Cléanthe, au dire de Plutarque, De la Face de la Lune, 4, sur la dénonciation d’Aristarque, qui demandait qu’il fût poursuivi comme blasphémateur, faillit avoir le sort qui, vingt siècles après, menaça Galilée pour avoir soutenu cette même thèse alors que déjà deux cents ans auparavant elle avait été rééditée par Copernic. Celui-ci admettant en effet le double mouvement de la terre sur elle-même, mouvement s’effectuant suivant un plan (celui de l’écliptique) incliné par rapport à la ligne des pôles, établit sur ce principe le système planétaire qui porte son nom et qui a renversé celui de Ptolémée admis jusqu’alors.—Certains toutefois estiment, en ce qui concerne Cléanthe, qu’une erreur a dû être commise dans la transcription du texte de Plutarque et que les rôles y sont inversés: d’après eux ce serait Aristarque qui affirmait le mouvement de la terre et Cléanthe qui lui en faisait un crime.