NOTES (continued 4)
Michaud translation
8, Valent.—Qui méritent d’y être admis.
17, Spectacles.—Le premier édifice moderne, complètement clos, spécialement destiné à cet usage, a été élevé, vers 1500, par le Bramante, dans le Vatican, à Rome; ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle, qu’il a été construit en France des salles permanentes de théâtre.—Tout récemment, on a cherché à faire revivre dans le midi, à Béziers, à Orange, le théâtre en plein air, et cela a réussi surtout par l’originalité, la rareté du fait; mais ces immenses scènes antiques à ciel ouvert conviennent bien mieux aux jeux du cirque, aux combats de gladiateurs, aux courses de taureaux, qu’à des représentations littéraires.
17, Diuertissement.—Diversions, qui servent à détourner les gens de se livrer en secret, à l’écart, à des actions qui ne sont pas à louer.
17, Occultes.—Tout ce passage est en contradiction avec ce qu’a écrit plus tard J.-J. Rousseau sur ce même sujet des spectacles; et ce que Montaigne en dit est incontestablement plus vrai, plus solide et mieux pensé que les sophismes éloquents du philosophe de Genève.
22, Espouser.—Ce chapitre, qui ne saurait être ni trop loué, ni trop lu, ni trop médité, fait autorité en matière d’éducation; la partie de l’Émile où J.-J. Rousseau traite cette question, n’en est qu’un commentaire. Ce sont les mêmes vues, les mêmes idées plus ou moins étendues ou resserrées, mais présentées d’une manière moins piquante, moins originale, avec une éloquence plus imposante sans doute, mais moins persuasive, parce qu’elle est moins naturelle. Il est à observer que les seuls préceptes véritablement utiles et pratiques sur l’éducation des enfants qu’on remarque dans le livre de Rousseau sont précisément ceux qu’il doit à Montaigne: pour peu qu’il s’écarte de son guide, il ne dit guère que des lieux communs, ou bien s’égare et se perd dans un dédale d’idées vagues, incohérentes, chimériques.
CHAPITRE XXVI.
Ce chapitre est numéroté XXVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
23, Suffisance.—Rien n’est plus vrai du fait même de notre raison dont la conception est des plus limitées, qui ne peut en outre juger que par déduction et est bien loin de voir les choses comme elles sont et en ignore toujours les causes premières, et plus encore par les influences des milieux ambiants qu’elle subit jusqu’à complet anéantissement.
Cet effet est particulièrement manifeste quand on considère à quelle omnipotence atteignent les croyances les plus contraires à la raison: «Credo quia absurdum, je crois par cela même que c’est absurde», aphorisme émis par Tertullien en matière de foi, est un axiome d’application constante.
De fait, une croyance ne dépend pas de la part de vérité ou d’erreur qu’elle peut contenir, mais uniquement des sentiments qu’elle fait naître et des sentiments qu’elle inspire. Impérative au suprême degré, elle n’admet ni analyse ni discussion et par elle les erreurs les plus évidentes se transforment en vérités éclatantes; chez les convaincus, l’intelligence la plus haute est impuissante contre l’entraînement de la foi; l’apôtre ne doute de rien, aucune difficulté ne l’embarrasse.
En dépit de tout raisonnement, les croyances communes constituent une force qui donne à un peuple une cohésion, une énergie qui contribuent dans la plus large mesure à sa sauvegarde; et l’un de nos plus grands dangers à l’époque actuelle est bien certainement de n’avoir plus guère de croyances communes (G. Lebon).
290,
29, Saturúsque.—Le texte latin porte satiate; saturus mis pour satur constitue un barbarisme. Le Clerc.
292,
1, Iuger.—Add. des éd. ant.: des choses.
2, Nature.—Les éd. ant. port.: Dieu.
12, Rien trop.—Maxime philosophique célèbre attribuée par Aristote à Bias; Pline en fait honneur à Chilon; Diogène Laerce pareillement, mais ensuite il en dote Solon; on l’a attribuée à d’autres encore.—Elle a été émise à maintes reprises; on en retrouve le sens dans Homère; Térence, dans son Andrienne, la met dans la bouche d’un esclave: «Je pense, dit-il, que beaucoup est chose utile dans la vie, pourvu que beaucoup ne soit pas trop.» Horace, dans sa satire I, la développe en deux vers souvent cités: «En toutes choses, il est certain tempérament, il y a des limites déterminées et le bien ne se trouve ni en deçà ni au delà.» Abstemius l’exprime de la sorte: «Nul immodéré ne dure longtemps.» «Trop, c’est trop,» a dit Rivarol. «Surtout, Messieurs, pas de zèle,» répétait Talleyrand à ses diplomates. «L’excès en tout est un défaut,» est un aphorisme des plus usités. On dit encore: «De peu on jouit, de trop on pâtit.» Dans le Paradis perdu de Milton, Adam demande à l’ange Gabriel s’il vivra longtemps: «Oui, dit l’ange, si tu observes la règle: Rien de trop.» La Fontaine en a fait le titre d’une de ses fables et a dit d’elle avec vérité:
«Rien de trop est un point Dont on parle souvent et qu’on n’observe point.»
Enfin, on peut en dire aussi qu’elle était la maxime favorite de Montaigne, qui aurait pu la prendre pour devise au même titre que «Que sçay-ie», car dans ses jugements en toutes choses, comme dans tous les actes de sa vie politique et privée, il en a fait une application constante.
15, Moquer.—En 1385. Froissart, III, 17, dit que la rapidité avec laquelle la nouvelle en parvint du Portugal en France, au comte de Foix, fut attribuée à ce que celui-ci avait à son service un malin esprit qui lui rapportait la nuit les nouvelles de ce qui, présentant de l’intérêt pour lui, s’était passé la veille dans le monde entier.
25, Perdue.—En 93. Antonius Saturninus, qui commandait deux légions dans la Germanie supérieure, s’était soulevé et avait été battu par le lieutenant de l’empereur en Gaule. La distance du lieu du combat à Rome, évaluée par Plutarque, Paul Émile, à 20.000 stades (le stade valant 150 pas environ), ce qui ferait 500 lieues, est en réalité de 250. La nouvelle s’en répandit dans la capitale de l’empire, le jour même où le fait se produisit, et Domitien, parti nonobstant à la tête d’une armée pour le combattre, rencontra, chemin faisant, le courrier qui lui était envoyé pour lui annoncer sa défaite.
26, L’accident.—Guerre civile, III, 36.
35, Nature.—Il est exact que Pline présente comme vrais, nombre de faits qui depuis ont été controuvés, mais c’est inévitable, et dans le domaine de la science bien des vérités du jour au lendemain perdent cette qualité; c’est ainsi qu’il n’existe plus de gaz permanents, alors qu’il n’y a pas un demi-siècle, on en comptait cinq. Par contre, certaines autres de ses assertions que nous tenons comme invraisemblables, ne le sont sans doute que parce que nous ne les avons pas encore vérifiées: telle cette propriété qu’il relate de l’huile maintenant le calme dans une certaine mesure parmi les flots d’une mer agitée, ce que longtemps on a considéré comme une fable, jusqu’à ce qu’assez récemment le hasard l’ait confirmé. Pline, qui manquait des moyens d’investigation si nombreux aujourd’hui, a composé son Histoire naturelle, comme Buffon a écrit la sienne qui, sous le rapport de l’exactitude, laisse aussi fort à désirer, ce dont ce dernier est peut-être moins excusable, vu la différence des temps et une plus grande facilité de contrôle; il n’en est pas moins un auteur éminemment précieux qui a conservé à la postérité beaucoup d’indications, de procédés que nous avons utilisés et qui, sans lui, ne seraient pas parvenus jusqu’à nous.
38, Impudence.—L’édition de 1588 porte: imprudence.
39, Tesmoigne.—De Civitate Dei, XXII.—Les corps de ces deux frères, martyrisés au Ier siècle, découverts, d’après une tradition, en 380, par saint Ambroise, sur l’indication qu’eux-mêmes, dans une apparition, lui avaient donnée du lieu où ils avaient été ensevelis, furent transférés par ses soins dans la cathédrale qu’il faisait construire à Milan; et c’est dans le cours de cette translation, qu’un aveugle qui avait touché le brancard portant ces reliques avait recouvré la vue.
294,
12, Recors.—Témoins; du verbe latin recordari, se souvenir. D’où cette appellation donnée couramment à ceux qui assistent un huissier pour lui servir de témoins et lui prêter main-forte en cas de besoin.
16, Frangerent.—On s’étonne de voir Montaigne, surtout après avoir décliné la croyance aux miracles attribués à saint Hilaire, se faire le défenseur si zélé de ceux que rapporte saint Augustin, parmi lesquels se trouvent quelques cas de résurrection. La vertu et la piété des témoins ne sont pas en pareille matière d’importance primordiale, elles peuvent même porter à se défier de témoignages de personnes dont la foi a pu sur ce point troubler le jugement et faire préférer ceux de profanes moins portés à céder à semblable entraînement.—Il y a du reste un point qui, en fait de guérisons miraculeuses, donne à réfléchir: Pourquoi tous les miracles de cette nature, des temps anciens comme de nos jours, prêtent-ils tous à être expliqués par la science à laquelle il arrive de résoudre elle-même des cas semblables? Que n’a-t-on vu une fois, une seule fois, une impossibilité indiscutable se réaliser, quelqu’un amputé d’un membre, par exemple, ne serait-ce que d’un petit doigt, le recouvrer soudainement et en user, comme avant l’accident survenu; ce serait là un miracle indéniable que seraient obligés de reconnaître les plus incrédules.
26, Creance.—C’est ce triage entre les choses à croire et celles à ne pas croire qui dans l’Église a donné naissance à la plupart des hérésies et des schismes, ce qu’indique l’étymologie même du mot hérésie, αἵρησις;, qui signifie proprement choix; quant au schisme, de σχίσμα, division, il n’en est que la conséquence.
34, Obeissance.—C’est le principe même de la religion catholique et, de fait, une religion ne saurait être une sans cela; seulement l’application de cette autorité souveraine est chose délicate: l’obligation de ne pas empiéter sur ce qui n’est pas de son domaine, de s’adapter, dans chaque pays, à ses mœurs et à ses lois, de n’être ni oppressive ni opprimée, est de bien grande difficulté, d’autant que toute erreur, toute maladresse préjudicie, à tort mais d’une façon effective, à la religion elle-même, surtout en des temps comme les nôtres de libre discussion et d’indifférence religieuse.
39, Sçauans.—Add. des éd. ant.: et bien fondez.
CHAPITRE XXVII.
Ce chapitre est numéroté XXVIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
296,
8, Amitié.—Shakespeare s’est souvenu de ce chapitre dans Hamlet, où il en a transporté des passages entiers et nombreux.
10, L’ensuiure.—Le suivre des yeux, le regarder travailler, voir comment il s’y prend.
12, Suffisance.—Élaboré, travaillé avec tout le soin dont il est capable.
24, Ignoré.—Qui ne savaient pas qu’il était déjà désigné sous ce titre.
24, Contre-vn.—Le Contre-un, ou Discours sur la servitude volontaire (Contre-un veut dire: contre le gouvernement d’un seul, la monarchie), opuscule d’une trentaine de pages in-octavo, est un pamphlet qui s’élève contre les abus du despotisme. Inspiré par les troubles de l’époque, il n’a pourtant pas trait aux événements d’alors, et de plus, il ne conclut pas.—Montaigne dans les éditions antérieures indique que La Boétie l’a composé à l’âge de dix-huit ans, et en fin de ce chapitre il dit seize, probablement pour mieux faire valoir la précocité d’esprit de son ami, car il ne se pique guère en général d’exactitude. Ce serait, d’après cela, vers 1548 que ce discours aurait été écrit; mais il témoigne d’une maturité de talent qui donne à penser à certains qu’il pourrait bien dater de 1554, alors que l’auteur avait vingt-quatre ans, ou tout au moins qu’il a été retouché à ce moment; ils s’appuyent pour cela sur ce qu’il y est fait mention de du Bellay qui n’avait rien publié avant 1549, de la Franciade de Ronsard et d’autres poètes de la Pléiade, dont les poésies commençaient seulement à se répandre.—Ce n’est que dix ans environ après la mort de l’auteur, en 1574, que cet écrit fut publié pour la première fois à Bâle, et encore en latin et par extraits; il ne l’a été intégralement et en français qu’en 1576, à Genève, inséré, comme du reste en 1574, dans un recueil comprenant d’autres pièces s’inspirant de la même idée. Du reste, il produisit peu d’effet sur le moment et n’a réellement acquis de la vogue qu’aux époques révolutionnaires, en 1789, 1852, où on le remit en lumière, adapté aux besoins du moment. Par lui, on a fait de La Boétie un précurseur des révolutions modernes: de telles idées étaient bien loin de son caractère, et ce discours a été de sa part un morceau purement littéraire où les sentiments généreux et la fougue de la jeunesse se sont donné carrière, plutôt qu’une œuvre politique réfléchie. Bonnefon. V. I, 318.
25, Ieunesse.—Les éd. ant. aj.: N’ayant pas atteint le dix-huitiesme an de son aage.
38, Gentil.—A ici le sens de généreux qui se retrouve dans «gentilhomme», mais dans lequel il n’est plus guère employé aujourd’hui, sauf dans quelques rares localités, avec tendance à disparaître complètement.
298,
6, Ciuiles.—L’édit de janvier 1562, sous le règne de Charles IX encore mineur. Cet édit accordait aux Huguenots l’exercice public de leur religion. Le parlement refusa d’abord de l’enregistrer, en disant: «Nec possumus, nec debemus (nous ne pouvons et ne devons)», et finit par s’exécuter après deux lettres de jussion. Il y a dans cet édit une sorte de règle de conduite pour les Protestants; il y est dit qu’«ils n’avanceront rien de contraire au concile de Nicée, au Symbole des Apôtres, ni à l’Ancien et au Nouveau Testament».
7, Place.—Le mémoire de La Boétie sur cet édit, si jamais il a été imprimé, n’existe plus. On ignore dans quel sens il était écrit; il est à supposer toutefois, étant donné le caractère de l’auteur et l’opposition que cet édit rencontrait, qu’il devait en approuver la teneur et constituer un plaidoyer en faveur de la tolérance religieuse.
10, Lumiere.—A Paris, en 1571.—Les œuvres de La Boétie se composent: d’une traduction de l’Économique de Xénophon, parue sous le titre de Mesnagerie; de celle de deux petits traités de Plutarque, de fragments du Dante; pièces de vers latins, de vers français, du Discours sur la servitude volontaire et de Mémoires sur nos troubles résultant de l’édit de janvier 1562. Ces deux derniers opuscules, Montaigne ne les publia pas, craignant qu’ils ne devinssent une arme pour les fauteurs de désordre de l’époque; la note ci-dessus, I, 296, Contre-vn, indique ce qui advint du premier. V. N. I, 320: Main.
19, Siecles.—A l’appui de sa thèse, Montaigne aurait pu indiquer ceux qui, dans l’antiquité, ont eu des liaisons de cette nature: Hercule et Philoctète, Thésée et Pirithoüs, Oreste et Pylade, Pythias et Damon, Épaminondas et Pélopidas, Alexandre et Héphestion, Scipion et Lelius, et pour clore par un mot de Phèdre: «Rien de plus commun que le nom, de plus rare que la chose.»
20, Aristote.—Morale à Nicomaque, VIII, 1.
300,
5, Enfans.—L’infanticide est commun en Chine; il y a nombre de gens, même à leur aise qui ne gardent pas plus de deux ou trois enfants. Annales de la propagation de la Foi.
7, L’aultre.—Les éd. ant. aj.: L’amitié n’en vient iamais là.
8, Aristippus.—Diogène Laerce, II.
11, Plutarque.—De l’amitié fraternelle.
14, Dilection.—Tendresse, affection, du latin dilectio, qui a même signification.
15, Alliance.—Ce terme de «frère» était souvent employé à cette époque pour marquer les relations d’affection entre personnes que n’unissait aucun lien du sang. C’est dans ce même ordre d’idées que Montaigne appelait Mademoiselle de Gournay sa fille d’alliance; ne dit-on pas dans le même sens des «frères d’armes» et «frères» et «sœurs» dans les communautés religieuses. Cette appellation est d’usage courant chez les peuples sémitiques, c’est à elle qu’est probablement due cette assertion de Renan, dans la Vie de Jésus, cette si charmante idylle, que Notre-Seigneur avait des frères.
18, Fraternelle.—Allusion probable au droit d’aînesse qui subsistait alors, d’après lequel l’aîné avait des privilèges et était favorisé, souvent de la façon la plus abusive, dans la succession des parents, et qui n’était pas sans avantage au point de vue de la société. Il maintenait la famille en lui donnant un chef et à ce chef une situation qu’il devait utiliser pour aider tous autres à se tirer d’affaire. Ce droit, aujourd’hui aboli en France, survit encore dans quelques majorats, immeubles ou dotations inaliénables attachés à la possession d’un titre de noblesse et permettant au titulaire de garder son rang. L’idée essentielle sur laquelle reposait le droit d’aînesse était d’empêcher la noblesse de péricliter, l’idée de la famille n’en était qu’une résultante; c’est au contraire exclusivement cette dernière qui a donné naissance à la pensée récemment émise de permettre de constituer des biens familiaux destinés à parer à la désagrégation de la famille, amenée par les exigences de l’existence et les facilités de se répandre au loin; biens de valeur restreinte, mais qui, bénéficiant de certaines immunités, demeureraient, quoi qu’il arrive, un centre à l’abri de toute éventualité.
20, Souuent.—«Rara concordia fratrum (la concorde, chose rare chez des frères)», est une maxime de jurisconsultes.
«Le frère est ami de nature, Mais son amitié n’est pas sûre.»
28, Amitié.—«Le sort fait les parents, le choix fait les amis» (Delille).
302,
15, Vsage.—L’abbé Sagette estime trop au-dessus de tout autre sentiment cette amitié bien éthérée pour de simples mortels, et que son culte pour la mémoire de son ami emporte l’auteur des Essais au delà de l’humaine nature, incapable d’un sentiment platonique si pur et si désintéressé.
25, Fins.—L’éd. de 80 aj.: comme de la generation, alliances, richesses.
31, Durable.—Mais inversement. Les femmes haïssent mortellement pour des sujets très légers. Mme de Genlis.
37, Reietté.—Contre cette opinion qui regarde les femmes comme peu propres à l’amitié, Thomas, littérateur français du XVIIIe siècle, dans son Essai sur les femmes, 1773, dit: «Rien ne leur échappe, elles devinent l’amitié qui se tait, encouragent l’amitié qui souffre»; les rapports de Mme Récamier (1778 à 1849) avec de Chateaubriand et Ballanche témoignent de la vérité de cette appréciation; en amour, Thomas leur accorde les mêmes délicatesses.
38, Grecque.—Passage des plus curieux où est fort bien expliqué ce que c’était que cet amour des Grecs pour les jeunes gens, dont on a tant et si diversement parlé.
304,
33, Achilles.—Achille, roi des Myrmidons, peuple de Thessalie (anc. Grèce); le plus fameux des héros grecs qui prirent part à la guerre de Troie et immortalisé par Homère dans l’Iliade; célèbre en particulier par sa liaison avec Patrocle, tué par Hector qu’Achille tue à son tour pour venger la mort de son ami, et tué lui-même par Pâris d’une flèche au talon, seule partie de son être qui fût vulnérable (XIIIe siècle). Son nom, dans toutes les langues, est synonyme de bravoure et d’intrépidité.
306,
7, Aristogiton.—Aristogiton était l’amant de Harmodius. Hipparque, qui gouvernait Athènes, conjointement avec son frère Hippias, cherchant à s’imposer à Harmodius, celui-ci et Aristogiton le tuèrent. D’autres disent qu’Hipparque, insulté par Harmodius, s’en vengea en insultant la sœur de ce dernier, qui avec l’aide de son ami tua l’insulteur. Ce faisant, Harmodius tomba lui-même sous les coups des gardes de son ennemi, tandis qu’Aristogiton, arrêté, périssait peu après dans les tortures. Leur mort fut le point de départ d’un mouvement populaire qui délivra Athènes du joug de la tyrannie, 509.
14, Equable.—C.-à-d. «d’une espèce d’amitié plus juste et plus égale» que celle dont il vient d’être parlé.
19, Parle.—Ce qui suit est une peinture des plus touchantes de l’amitié, condensée en quelques lignes.
25, Fatale.
«Il est des nœuds secrets, il est des sympathies Dont, par le doux rapport, les âmes assorties S’attachent l’une à l’autre, et se laissent piquer Par un je ne sais quoi qu’on ne peut expliquer.» Corneille.
33, L’autre.—Il y a dans saint Ambroise pleurant la mort de son frère, et répandant sur sa tombe les fleurs de son éloquence, des mots d’une tendresse charmante, des pensées d’un raffinement de sensibilité bien rare, que rappellent certaines pensées et certaines expressions de Montaigne. Payen.—Il en est de même dans les lettres de saint Jérôme à l’occasion de la mort de Népotien.—Quant à ce passage même des Essais, on en retrouve l’imitation suivante dans Lamartine:
«Par l’infaillible instinct, le cœur soudain frappé, Ne craint pas de retour, ni de s’être trompé. On est plein d’un attrait qu’on n’a pas senti naître; Avant de se parler, on croit se reconnaître; Pour tous les jours passés on n’a plus un regard; On regrette, on gémit de s’être vus trop tard; On est d’accord sur tout avant de se répondre; L’âme, de plus en plus, aspire à se confondre.»
34, Publiée.—Dans le recueil déjà cité plus haut, Paris, 1574; et plus récemment.
36, Durer.—Montaigne et La Boétie avaient lié connaissance en 1559; leurs relations durèrent donc quatre ans, ainsi du reste qu’il est dit un peu plus loin; lorsqu’ils se connurent, La Boétie avait 29 ans et Montaigne en avait 26.
308,
11, Pareille.—C.-à-d. avec un désir et un empressement égaux de part et d’autre.
15, Intelligence.—Tiberius Gracchus avait obtenu le vote d’une loi agraire qui distribuait aux citoyens pauvres les richesses qu’Attale, roi de Pergame, avait laissées au peuple romain; devant la résistance qu’y fit le sénat, un mouvement populaire se produisit dont les adversaires de Tiberius, qui redoutaient son influence, profitèrent pour le faire assassiner au milieu de ses partisans, contre lesquels, lui mort, des poursuites furent exercées, 133. Cicéron, De l’Amitié, 11; Plutarque, Vie des Gracques, 5; Valère Maxime, IV, 7.
20, Lælius.—A semblables questions insidieuses, que dans leur ardeur judiciaire les accusateurs publics sont trop souvent portés à adresser, une seule réponse est à faire, c’est celle que fit Monseigneur Turinaz, évêque de Nancy, poursuivi en justice à l’occasion de faits amenés en France par la loi de séparation de l’Église et de l’État. Le Président du tribunal lui disant à un moment donné: «Et qu’auriez-vous fait, si vous n’aviez été évêque?»—«La question ne se pose pas, répondit le prélat, puisque je suis évêque.»
24, Gracchus.—Les éd. ant. aj.: de laquelle il se pouuoit respondre comme de la sienne.—A la suite de cet événement, Blosius, qui ne fut pas autrement inquiété, quitta Rome pour retourner en Asie; mais peu après, il se donna la mort.
29, Commis.—Abandonné, confié; du latin committere, s’en remettre.
36, Plus.—C.-à-d. n’est pas plus déplacée que ne le serait la mienne.
310,
13, Deffier.—«L’adversité est la pierre de touche de l’amitié.» Maxime indienne.—«Les faux amis sont comme les hirondelles, qui paraissent dans la belle saison, et disparaissent dans la mauvaise.» Cicéron.—«Le faux ami ressemble à l’ombre d’un cadran qui se montre quand le soleil brille et disparaît quand les nuages le voilent.»—Réflexion d’Ovide exilé, que Ponsard traduit ainsi:
«Heureux, vous trouverez des amitiés sans nombre; Mais vous resterez seul, si le temps devient sombre.»
«Les amis de l’heure présente Ont le naturel du melon; Il faut en essayer cinquante, Avant que d’en trouver un bon.» Mermet.
«L’ami de tous et d’aucun, c’est tout un.»
15, L’aymer.—Aulu-Gelle, I, 3, qui attribue cette maxime à Chilon. Elle l’est à Bias, par Aristote, Diogène Laërce et Cicéron; elle l’a été à Thalès; elle se retrouve dans l’Ajax de Sophocle.—Elle a donné lieu à bien des controverses: les anciens, en général, abondent dans ce sens: «Je blâme l’homme qui, en exerçant l’hospitalité, fait d’excessives démonstrations d’amitié, comme aussi celui qui traite mal son visiteur; toutes choses sont mieux qui demeurent dans la mesure convenable.» Homère, Odyssée.—«Les leçons d’une longue expérience nous ont appris que les mortels devraient nouer leurs amitiés par des attaches légères, faciles à rompre ou à serrer, et qui ne pénètrent pas jusqu’à l’âme (mot à mot: jusqu’à la pire moelle de l’âme). D’une affection trop tendre qui trouble la vie, naissent, dit-on, plus de tourments que de charmes; aussi, je préfère en tout la modération à l’excès et j’aurai pour moi l’opinion des sages.» Euripide, Hippolyte.—Cicéron, dans son dialogue sur l’amitié, est du même avis.—Marc-Aurèle disait avoir appris de son père à «éviter les fureurs dans les attachements, même les plus purs».—Les vers suivants sont la contrepartie de cette même thèse:
«Ah! périsse à jamais ce mot affreux d’un sage, Ce mot, l’effroi du cœur et l’effroi de l’amour: «Songez que votre ami peut vous trahir un jour.» Qu’il me trahisse, hélas! sans que mon cœur s’offense, Sans qu’une douloureuse et coupable prudence, Dans l’obscur avenir, cherche un crime douteux, S’il cesse un jour d’aimer, qu’il sera malheureux!»
—De Sacy l’a aussi combattue dans son traité De l’Amitié.—De Joubert enfin est cette pensée, commentaire en quelque sorte de celle qui nous occupe: «Il n’y a plus aujourd’hui d’inimitiés irréconciliables, parce qu’il n’y a plus de sentiments désintéressés; c’est un bien né d’un mal.»
En somme cette maxime, appliquée à la vie privée, est très discutable; elle l’est beaucoup moins dans la vie publique et doit être de règle absolue dans les relations de peuple à peuple; ce n’est pas, comme dit La Bruyère, un principe moral, c’est un axiome politique.—C’est ce qui fait que l’Angleterre, malgré l’entente cordiale que présentement on s’efforce d’établir entre elle et nous, et les grands avantages économiques qu’elle en retirerait, se refuse obstinément et à bien juste raison à laisser construire le tunnel sous la Manche. Ne sachant ce que sera demain, elle ne veut pas mettre une chance contre elle, une chance d’invasion, si faible soit-elle, alors que de par sa position insulaire elle est inexpugnable. (Ce tunnel projeté de Sangatte (Pas-de-Calais) à Douvres aurait une longueur de 24 milles (44 kil. ½) sous la mer et 30 milles (55 kil. ½) avec les raccordements à fleur du sol; la dépense est évaluée approximativement à 400 millions).—C’est en vertu de ce même principe que notre attitude boudeuse et hargneuse depuis 1870-71 est si inepte; nous aurions dû accepter de bonne grâce les conditions que nous avons signées à Francfort, jusqu’au moment où nous nous serions crus en mesure de le rompre et résolus à le faire; c’était ce à quoi nous invitait Gambetta quand à propos de la revanche il disait qu’il fallait y penser sans cesse et n’en parler jamais; c’est du reste sous cette réserve que sont conclus tous les traités de paix quels qu’ils soient. Nous avons fait et continuons à faire tout le contraire; sans y penser, c’est-à-dire alors que nous sommes pour la paix à tout prix, que si la guerre survient c’est qu’elle nous sera imposée, qu’il nous sera impossible de nous y dérober, nous en parlons toujours, d’où une situation constamment tendue, et nous nous étonnons de trouver l’Allemagne, que par surcroît notre presse est sans cesse à exciter, en travers de toutes nos intentions. Une semblable attitude, peu digne, n’a que des inconvénients, celui entre autres de nous mettre à la remorque de quiconque a intérêt à attiser notre rancune.
19, Amy.—Diogène Laerce, V, 21.—Dans Don Quichotte se trouve ce proverbe espagnol: «Il n’y a point d’ami; pour ami, les cannes deviennent des lances.»—Autre proverbe: «Il faut se dire beaucoup d’amis et s’en croire peu.»
29, Eux.—«Tout est commun entre nous, l’amitié est commerce d’égalité.» Maxime pythagoricienne.
32, Aristote.—Diogène Laerce, V, 20.
312,
1, Ensemble.—Cette interdiction a pour unique objet d’empêcher que, lors du décès, ces donations ne lèsent les héritiers naturels du défunt.
5, Le liberal.—Les éd. ant. port.: l’honneste et le courtois.
8, Demandoit.—Diogène Laerce, VI, 16.
10, Singulier.—Extrait du Toxaris de Lucien, 22.
16, Suruiure.—Le Poussin a consacré par son pinceau cette action sublime; il a représenté Eudamidas dictant ses dernières volontés; la gravure a reproduit ce tableau.
21, Talens.—Le talent n’avait pas une valeur uniforme, celle du talent attique était de 5.720 francs.
24, Iour.—«On chercherait en vain dans les temps modernes un pareil trait à citer, et les filles sans dot de notre époque ne sauraient s’en prévaloir pour concevoir des espérances.» Victor Thierry.—On cite bien un fait s’en rapprochant, mais déjà les conditions sont autres: Eulalius qui, de fort riche, était devenu fort pauvre, institua son héritier Justin I, empereur d’Orient; il le chargeait de faire élever ses filles, de les doter et aussi de payer ses dettes; Justin accepta et remplit les clauses du testament, Ve siècle.—Charlotte Corday, condamnée à mort, chargea son défenseur Chauveau-Lagarde de payer, de sa bourse, ce qu’elle devait dans sa prison, 1793.
314,
2, Moy.—Cette façon de penser n’est pas celle de tous: «Une confidence faite à un ami, sur ce qui touche l’honneur d’autrui, est une atteinte à la charité.» S. Ambroise.—Bourdaloue a exprimé la même idée en la développant.
20, Alliance.—Xénophon, Cyropédie, VIII, 3.
24, Reste.—C.-à-d. sans exception, ni restriction aucune.
28, Doiuent.—Un évêque de Cracovie avait pour marchand un Juif; pour fermier, un socinien (adhérent à la secte de Sozzini, hérésiarque italien du XVIe siècle, qui repoussait le dogme de la Sainte Trinité et en particulier la divinité de Jésus-Christ); pour intendant, un protestant, et disait: «Ces gens-là seront damnés dans l’autre monde, mais ils me sont nécessaires dans celui-ci.»
316,
1, Cil.—Celui; cil est un joli mot qu’on aurait dû conserver, quand ce n’eût été qu’à cause des services qu’il peut rendre à la poésie. Coste.
5, Action.—Il s’agit ici d’Agésilas. Plutarque, Agésilas, 9.—On raconte un fait analogue de Henri IV qui, surpris par l’ambassadeur d’Espagne, à quatre pattes, promenant ses enfants à cheval sur son dos, lui dit: «Vous êtes père, Monsieur l’Ambassadeur, vous me comprenez et m’excusez.»
13, Menander.—Le même qui a dit: «Celui-là meurt jeune qui est aimé des dieux.»
14, Amy.—Plutarque, De l’Amitié fraternelle, 3.
20, Années.—De 1559 à 1563. Les éd. ant. port.: quatre ou cinq années, au lieu de «quatre».
31, Particeps.—Montaigne, comme il fait souvent, a changé plusieurs mots dans cette citation.
33, Demy.
«Pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau: La moitié de moi-même a mis l’autre au tombeau.» Corneille.
318,
7, Amabo.—La lecture de ce chapitre qui, de fait, se termine ici, est à compléter par celle du chapitre des œuvres de Bourdaloue intitulé des Amitiés humaines, dans lequel il examine le danger des amitiés trop ardentes, aveugles, partiales ou trop tendres, et où il repousse les entraînements du cœur qui offensent la justice, faussent la conscience et pervertissent la charité.
8, Seize.—Les éd. ant. port.: dixhuict.
9, Ouurage.—Le Discours sur la servitude volontaire que Montaigne renonce à insérer contrairement à ce qu’il s’était proposé au commencement de ce chapitre, parce qu’il venait d’être partiellement publié en Suisse par les Protestants (1578), dans le but de s’en faire une arme contre la royauté. V. N. I, 296: Contre-vn.
18, Iouant.—C’est ce que dit Cornelius Nepos d’Épaminondas: «Il était tellement respectueux de la vérité, qu’il ne mentit jamais même en jouant.»
29, Autre.—Les vingt-neuf sonnets qui font l’objet du chapitre suivant.
30, Enioué.—Les éd. ant. aj.: Ce sont 29 sonnets que le sieur de Poiferré homme d’affaires et d’entendement, qui le connoissoit long temps auant moy, a retrouué par fortune chez lui, parmy quelques autres papiers, et me les vient d’enuoyer: dequoy ie luy suis tres obligé, et souhaiterois que d’autres qui detiennent plusieurs lopins de ses escris, par-cy, par-là, en fissent de mesme.
CHAPITRE XXVIII.
Ce chapitre est numéroté XXIX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
31, Chapitre XXVIII.—Ce chapitre n’est à proprement parler que la dédicace à Madame de Grammont de vingt-neuf sonnets de La Boétie, élégie amoureuse à l’imitation de Pétrarque, composée dans la jeunesse de l’auteur et aussi faible dans la forme que dans le fond. Ils ont été supprimés, comme n’étant pas de Montaigne, dans la plupart des éditions postérieures à celle de 1588. Nous en aurions fait autant, s’il était bien prouvé que la mention écrite, à la vérité de sa main, sur l’exemplaire de Bordeaux: «Ces vingt neuf sonnets d’Estienne de la Boétie, qui estoient mis en ce lieu, ont esté despuis imprimez avec ses œuures», et qui figure, à l’exclusion des dits sonnets, sur l’édition originale de 1595, témoignait incontestablement qu’il n’avait pas l’intention de les reproduire, auquel cas la dédicace aurait dû disparaître également et ce chapitre tout entier être supprimé. La conserver seule est, comme le font observer Courbet et Royer, une anomalie.
33, Guissen.—Diane, vicomtesse de Louvigny, de la maison de Foix, connue avant son mariage sous le nom de la Belle Corisande d’Andouins, avait épousé le comte de Grammont et de Guiche, qui mourut au siège de La Fère en 1580. Le nom exact est Guissen, dont par corruption on a fait Guichen, puis Guiche. Devenue veuve, Madame de Grammont devint et demeura longtemps la maîtresse de Henri de Navarre avant son avènement au trône de France. Il en était éperdument amoureux et eut même l’intention de l’épouser; c’est pour aller la retrouver qu’il s’arrêta, au lieu de pousser de l’avant, après la bataille de Coutras et perdit de la sorte le fruit de sa victoire. Du reste, elle le payait de retour et lui fut dévouée toute sa vie; pendant les guerres de la Ligue, elle vendit pour lui ses diamants, engagea ses biens et alla jusqu’à lui envoyer des levées de 20 à 24.000 gascons qu’elle avait enrôlés à ses frais.
320,
12, Main.—Montaigne est ici quelque peu aveuglé par son affection pour son ami. Cette pièce de vers, élégie ayant trait à quelque aventure de jeunesse de l’auteur, n’offre rien d’intéressant; ce n’est d’un bout à l’autre qu’une plainte amoureuse exprimée en style assez rude et confus, où éclatent les faiblesses et les emportements d’une passion inquiète qui se nourrit de soupçons, de craintes, de défiances, dont elle est accablée. En voici le thème:
«L’auteur constate qu’il est amoureux. Ce sentiment, auquel jusqu’ici il avait été étranger, le tient tout entier; en vain il a cherché à s’en défendre, il s’avoue vaincu, un regard de celle qui l’a conquis, a suffi pour le mettre à sa merci. Il ne la nomme pas; mais en disant qu’elle est la plus belle, chacun la reconnaîtra; elle est sa Dordogne, et bientôt ses chants et son amour feront passer son nom à la postérité.—Mais est-il payé de retour? Elle demeure sourde à ses prières, et lui va se consumant. Il perd courage; se jouerait-elle de lui? Qu’elle prenne garde; s’il sait aimer, il sait haïr aussi!—Dieu! quel blasphème et combien il maudit les vers qui ont pu exprimer une telle pensée! Et voilà qu’au lieu du châtiment mérité, un mot d’elle vient l’assurer de son pardon.—C’en est fait, c’est pour la vie qu’il se reprend à l’aimer. Mais, hélas! si sa bienveillance va le captivant de plus en plus, c’est sans lui rien concéder. Aussi quelle douleur est la sienne; et cependant il se complaît dans ses souffrances; il en mourra, mais est-il possible qu’il en soit autrement? Ses vers, du moins, en révélant son triste sort, le vengeront de l’Amour, en même temps qu’ils l’exalteront, elle dont la grâce et les perfections sont de nature à asservir tous les cœurs.»
La Boétie (N. I, 298: Lumiere) a composé quelques autres pièces de vers français, on y relève les passages suivants:
«Le premier coing duquel l’or fut battu, En battant l’or abattit la vertu.»
«Ainsi l’on voit en vn ruisseau coulant, Sans fin l’vne eau après l’autre roulant; Et tout de rang d’vn éternel conduit, L’vne suit l’autre, et l’vne l’autre fuit; Par cette-ci celle-là est poussée Et cette-ci par vne autre auancee: Tousiours l’eau va dans l’eau, et tousiours est-ce Même ruisseau et tousiours eau diuerse.»
17, L’oreille.—Ce secret a-t-il été révélé? Toujours est-il que le nom de la personne qui a inspiré ces vers, ne nous est pas connu.
326,
27, Dourdouigne.—Le poète personnifie ici la dame de ses pensées en la Dordogne (N. I, 328: Honte) au cours placide; plus loin (Sonnet XIV), dans un moment d’irritation, il l’assimilera à sa sœur la Vézère, au cours capricieux.
35, Fidelle.—Ce vers, qui exprime très heureusement une idée fort juste, a pris place parmi les locutions fréquemment employées: «Qu’est-il plus beau qu’vne amitié fidelle?»
328,
8, Iumeaux.—Castor et Pollux, qui reçurent le don d’immortalité dont ils jouissaient alternativement; la belle Hélène, cause de la guerre de Troie, était leur sœur.
12, Honte.—La Dordogne, formée de deux ruisseaux: la Dore et la Dogne, prend sa source à quelques lieues en amont de Sarlat, patrie de La Boétie, et se termine en Guyenne. A cette époque, cette province et la France, dont elle avait été séparée pendant plus d’un siècle, quoique réunies, conservaient encore leurs appellations distinctes; c’est ce qui fait dire à l’auteur que sa Dordogne a honte de se montrer si modeste en France, alors que lorsqu’elle en sort et devient gasconne, son cours est beaucoup plus important.
13, Sorgues.—Ruisseau illustré par les poésies de Pétrarque en l’honneur de la belle Laure de Noves, qu’il avait rencontrée à Avignon qui se trouve à proximité.
15, Loir.—Nommé ici, parce qu’il passe à Vendôme, ville aux environs de laquelle est né Ronsard, auquel ce passage fait allusion.
18, Mince.—Le Mincio. Mentionné comme rappelant Virgile, originaire de Mantoue, qu’arrose cette rivière.
19, Arne.—L’Arno, qui passe à Florence, patrie de Pétrarque dont le souvenir a été évoqué quelques lignes plus haut et l’est encore dans le sonnet suivant.
31, Migregeois.—A moitié grec. Properce est ainsi qualifié en raison des tournures grecques qu’affecte son style, bien qu’il écrive en latin.
330,
3, Mesure.—Ces quatre derniers vers: Chacun sent..., sont sans contredit les meilleurs de la pièce; par les idées qu’ils expriment, la manière dont ils les rendent, ils méritent attention.
17, Leandre.—Se noya en franchissant à la nage l’Hellespont, ainsi qu’il le faisait chaque nuit, pour aller voir Héro, son amante, prêtresse de Vénus, qui de désespoir se précipita dans les flots. Myth.
25, Sauuez.—Allusion à la fable d’Hellé, fille d’un roi de Thèbes, et de son frère. Traversant la mer sur un bélier à toison d’or, pour fuir les fureurs de leur belle-mère, Hellé tomba dans les flots et y périt, tandis que son frère et le bélier furent saufs, d’où cette mer prit le nom d’Hellespont (actuellement détroit des Dardanelles).—La largeur de l’Hellespont varie de 1.750 à 3.000 mètres; il est donc facilement franchissable à la nage, par un excellent nageur; lord Byron, en 1810, l’a franchi dans ces conditions à la suite d’un pari. On ne saurait en dire autant du Pas-de-Calais, dont la traversée à la nage a été souvent tentée et ne semble avoir été accomplie qu’une fois, au siècle dernier, par un Anglais, le capitaine Webb, parti de France pour atterrir en Angleterre; il est vrai que sa largeur est de 34 kilomètres et que des courants régnant au large obligent à un parcours notablement plus considérable et augmentent les difficultés.
334,
3, Faux.—Les sonnets XIV et XV que, dans son repentir, l’auteur désavoue.
21, Breuet.—Un billet qui a la vertu d’un talisman.
336,
30, Meleagre.—Les destins avaient décidé qu’il vivrait tant que durerait un tison qui brûlait dans le foyer au moment de sa naissance. Sa mère éteignit aussitôt ce tison et le conserva soigneusement. Dans la suite, une discussion s’étant élevée entre lui et ses oncles, dans la chaleur de la dispute, il les frappa d’un coup mortel; sa mère, irritée du meurtre de ses frères, jeta au feu le tison fatal et son fils expira aussitôt. Myth.
CHAPITRE XXIX.
Ce chapitre est numéroté XXX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
344,
20, Excessiuement.—Les éd. ant. port.: immoderement.
20, Iuste.—Les éd. ant. aj.: et vertueuse.
21, Diuine.—Saint Paul, Ep. aux Romains, XIII, 3.—«Ne sois pas juste à l’excès et ne te montre pas sage outre mesure.» Ecclésiaste, VII, 6.
22, Sage.—Molière, dans le Misanthrope, émet la même pensée:
La parfaite raison fuit toute extrémité, Et veut que l’on soit sage avec sobriété.
C’est là encore une application de la maxime: «Rien trop» (N. I, 292).
24, Sorte.—Il y a probabilité que Montaigne veut parler ici de Henri III, roi de France, qui, par des retours de conscience, alliait à des débauches sans nom les pratiques de la religion la plus austère et duquel le cardinal d’Ossat écrivait à sa veuve que «ce prince avait vécu une vie aussi et même plus religieuse que royale»; tandis que Sixte-Quint en disait: «Il n’est rien qu’il n’ait fait et ne fasse pour être moine, ni que je n’aie fait, moi, pour ne l’être point.»
28, Fils.—Pausanias, roi de Sparte, trahissant la Grèce auprès des Perses et ayant été dénoncé, se réfugia dans le temple de Minerve, pour échapper à une condamnation à mort prononcée contre lui. Nul n’osait violer cet asile lorsque Alcithée, sa mère, se présenta, dit-on, devant le temple et, sans proférer une parole, prenant une brique qu’elle avait apportée, la plaça sur le seuil de l’entrée et revint chez elle. Les Lacédémoniens, adoptant son jugement, l’imitèrent et murèrent ainsi la porte du temple. Pausanias fut réduit à y mourir de faim, 477. Diodore de Sicile, XI, 45; Cornelius Nepos, Pausanias, 5.—Plutarque, citant également ce fait, en raconte un semblable survenu à Rome, lors de la guerre contre les Latins, 341. Un nommé Cassius Brutus avait fait marché avec l’ennemi pour lui ouvrir les portes de la ville; découvert, il s’enfuit dans le temple de Minerve auxiliatrice, où son père le tint tant enfermé qu’il l’y fit mourir de faim et jeta son corps sans sépulture.
30, Reng.—Dans une guerre entre les Romains et les Volsques, Posthumius, dictateur, aurait fait tomber sous la hache la tête de son propre fils qui, séduit par l’espoir du succès, aurait quitté son poste et livré un combat d’où il était sorti vainqueur, 496. En relatant le fait, Tite-Live, IV, 29, dit ne pas y croire et qu’il doit y avoir erreur chez les historiens antérieurs à lui qui le rapportent et auront confondu avec l’acte analogue de Manlius Torquatus.—Plutarque, dans sa Collation abrégée d’histoires romaines avec autres semblables grecques, prête, d’après Ctésiphon, la même conduite à Epaminondas, en la mettant en parallèle avec celle de Manlius. Se trouvant en présence des Lacédémoniens et rentrant momentanément à Thèbes pour l’élection des magistrats, Epaminondas avait remis le commandement de l’armée à son fils Stesimbrotus, en lui défendant de combattre. Les Lacédémoniens, avertis de son absence, vinrent provoquer son fils, lui reprochant de n’oser, faute de cœur, se mesurer avec eux, si bien que, passant outre aux ordres de son père, il accepta le défi et battit l’ennemi. Epaminondas, de retour, lui aurait ceint le front d’une couronne, emblème de sa victoire, et trancher la tête pour sa désobéissance.
33, A coup.—Tout à coup. Marot a dit dans le même sens: «Si tu ne veux qu’à coup, je perde l’âme.»
35, Platon.—Dans le Gorgias.
346,
13, Endroit.—Dans la Secunda Secundæ, 154, 9.
19, Raison.—Les éd. ant. aj.: soit en l’amitié, soit aux effets de la iouissance.—C’est là une raison aussi étrange qu’inexacte. Cette prohibition, prononcée par nombre de législateurs de tous les temps, est motivée par la dégénérescence physique et intellectuelle qui résulte parfois pour les enfants de la consanguinité des parents à un degré trop rapproché, ce dont il existe de nombreux exemples. Ces mariages de nos jours se font rares: dispersé de bonne heure par les nécessités de l’existence moderne, le milieu familial existe et dure de moins en moins; et versant dans l’extrême opposé, on ne s’y marie plus guère; on prend femme ailleurs là où le sort vous a porté, sans prendre le temps de se connaître autrement que d’une façon banale, sans rien savoir généralement des tenants et des aboutissants l’un de l’autre, autrement dit sans garantie aucune; qu’ils sont loin de nous ces dictons de jadis qui cependant n’ont rien perdu de leur vérité:
«Marie-toi dans ta rue, si tu veux; dans ta maison, si tu peux.»
«Qui va loin se marier, sera trompé ou veut tromper.»
«Homme de passage n’attrape femme sage.»
23, Liberté.—Syndiquer sa liberté, c’est l’aliéner, donner à un autre des droits sur elle, d’où syndicat, mot qui aujourd’hui rend si bien la chose; en ce que ceux qui en font partie abdiquent toute volonté entre les mains de quelques-uns qui se font les porte-paroles des revendications de tous ceux qui les suivent, parfois à regret, parfois contre leurs intérêts, jusque dans leurs exagérations et leurs violences, au risque parfois de tuer dans un avenir plus ou moins proche la poule aux œufs d’or, autrement dit l’industrie qui les fait vivre.—Les syndicats qui, en France, sont présentement (1906) au nombre de 12.000, réunissant 2.000.000 d’adhérents, constituent un mode d’association dont la puissance est énorme, par le nombre et l’unité de volonté. C’est une force aveugle souvent, redoutable toujours, d’autant qu’ils sont irresponsables, qui transforme de craintifs mercenaires en hommes avec lesquels il faut discuter sur un pied d’égalité; malheureusement leurs tendances despotiques dépassent souvent le but, les excès qu’ils provoquent portent trop fréquemment atteinte à notre industrie et à notre commerce et rendent peu enviable le sort des patrons. La nécessité finira par amener une détente dans ces rapports, on arrivera à comprendre que les intérêts de ceux-ci et de leurs ouvriers sont de même ordre, que les uns et les autres ont un maître commun, la clientèle seule régulatrice réelle des salaires, mais que de désastres avant d’en être arrivés là! En attendant il serait indispensable que les syndiqués portassent solidairement la responsabilité des attentats aux personnes et aux propriétés qu’ils commettent et que de ce fait leurs chefs soient passibles des peines portées contre quiconque a incité à commettre les crimes et délits dont sont l’occasion les désordres dont ils sont la cause première.
Leur action a du reste parfois des effets imprévus, bien différents de ce qu’ils espéraient; c’est ainsi qu’en voulant réglementer les heures de travail et les salaires, ils ont amené les patrons à restreindre le nombre de leurs ouvriers, à ne garder que les plus capables et les payer à la tâche. Les autres sont allés grossir le nombre déjà si considérable des ratés de toutes sortes, et s’ils cherchent encore à demander au travail quelques moyens d’existence, ils sont obligés d’accepter à des prix dérisoires celui qu’ils arrivent accidentellement à se procurer d’industriels éhontés qui exploitent leur misère et contre lesquels leurs syndicats ne peuvent rien. G. Lebon.
25, S’il s’en... acharnez.—Var. des éd. ant.: «car il y a grand dangier qu’ils ne se perdent en ce debordement».
28, Obseruée.—Montaigne traite ce même sujet, liv. III, ch. V (III, 196).—Ce précepte devait être d’observation difficile dans l’antiquité, là où il était dans les habitudes que les époux couchassent nus dans leur lit, ce que mentionne Hérodote et dont on trouve confirmation dans nombre d’auteurs anciens, dans S. Cyprien entre autres. Payen.
29, Illegitime.—C’est dans cet esprit que l’Église prônant la continence interdisait tout rapprochement entre les nouveaux mariés durant les trois premiers jours de leur union, et aussi défendait au mari de voir sa femme nue:—Maritus non debet uxorem suam nudam videre.» Payen. Cette abstinence durant les trois premiers jours, l’ange Raphaël la conseilla pareillement, pour conjurer le démon, à Tobie épousant Sara, qui déjà avait eu sept maris, morts dès la première nuit de leurs noces, sans l’avoir déflorée. Livre de Tobie.
29, Encheriments.—Caresses, démonstrations d’affection, de cherer ou cherir, caresser:
«Ne vous forcez de me cherer. Chere ne quiert point violence.» Marot.
Chérir est seul demeuré dans la langue, mais avec un sens plus platonique.
35, Simple.—Dans une annotation sur un exemplaire des Essais, Florimond de Rémon, auquel Montaigne avait vendu sa charge de conseiller au parlement, avait écrit: «I’ai ouy dire à l’auteur, qu’encore que plein d’ardeur et de ieunesse, il eut épousé sa femme tres belle et bien aimable, si est ce qu’il ne s’estoit iamais ioué auec elle, qu’auec le respect et l’honnesteté que la couche maritale requiert, sans auoir vu oncques à decouuert que la main et le visage, non pas mesme son sein, quoique parmi les autres femmes il fut extrêmement folatre et débauché.»
37, Seuerité.—Saint Jérôme regarde la chasteté conjugale comme plus difficile que celle de l’état de virginité ou de viduité. Bourdaloue.
38, Consciencieuse.—«La santé et la disposition morale des époux, au moment de la conception, ont l’influence la plus grande sur la santé, le caractère et les dispositions des enfants; et il est très important de se pénétrer de la grandeur, de la sublimité du mystère de la procréation et de ne jamais s’approcher de sa femme avec indifférence et pensant à autre chose.» Sterne.
41, Embrassement.—Var. des éd. ant.: cette accointance: cela tiens ie pour certain qu’il est beaucoup plus sainct (sain) de s’en abstenir.
348,
1, Platon.—Lois, VIII.
3, Flueurs.—Du latin fluere, couler; d’où par corruption et ignorance est venu «fleurs», qui n’a aucun sens.—La loi de Moïse punissait ce fait de mort, même en mariage légitime: «Si un homme couche avec une femme qui a son indisposition menstruelle, ils seront retranchés tous deux du milieu du peuple.» Lévitique, XX.
4, Mariage.—Épouse d’Odenath, un de ceux qui, de la captivité de l’empereur Valérien à la mort de Gallien son fils, se proclamèrent empereurs et sont connus dans l’histoire sous le nom des «trente tyrans», bien qu’ils fussent loin d’être des tyrans et d’atteindre ce nombre. Après la mort de son mari, en 272, Zénobie poursuivit, non sans éclat, l’accomplissement de ses audacieux projets, déployant un grand faste; elle finit par être vaincue par Aurélien, successeur de Gallien, 275. Trebellius Pollion, 30.
7, Deduit.—Ce poète si mal qualifié c’est Homère (Iliade, XIV, 294); mais il se borne à dire que Jupiter, apercevant Junon, ressentit la même ardeur que celle qu’il avait éprouvée lorsqu’il allait jouir d’elle pour la première fois.
20, Respect.—Plutarque, Préceptes du mariage.
25, Capitaine.—Plutarque, Instructions pour ceux qui manient affaires d’État.
30, Chastes.—Cicéron, De Officiis, I, 40.
30, Consciencieuse.—Par motif de conscience.
34, Concupiscence.—Spartien, Verus.—«Dans le mariage il n’y a pas d’amour, parce qu’on ne peut aimer où il n’y a pas d’obstacle; si Laure eût été la femme de Pétrarque, il n’aurait point passé sa vie à rimer des sonnets en son honneur.» Lord Byron.
37, Desbordez.—Le fait est rapporté par S. Justin et se serait passé sous Marc-Aurèle. S. Jérôme cite le cas de Fabiola, dame romaine, mariée à un homme corrompu au point qu’elle le prit en aversion et le quitta; encore jeune, elle se remaria et, après sa mort, fut canonisée. Le fait de cette femme de Catalogne, mentionné par Montaigne, rentre un peu dans ce cas. En France, en 19.., le tribunal de la Seine prononçait un divorce pour excès d’amour.
350,
20, Gallio.—Tacite, Annales, VI, 3.
38, Isthme.—L’isthme de Corinthe, vers 1445. Amurat II fit la conquête de la Morée.
352,
1, Aage.—L’Amérique, que venait de découvrir Christophe Colomb, 1492.
7, D’autres.—Au Mexique, avant la conquête espagnole. On fendait la poitrine de la victime avec un couteau de pierre, et on en retirait le cœur dont on frottait le visage de l’idole. A certaines fêtes, des sacrifices humains avaient lieu où les prêtres écorchaient les victimes et revêtaient de leurs peaux des ministres subalternes qui se distribuant dans les divers quartiers de la ville, allaient chantant et dansant.
20, Guerre.—Il s’agit ici de Montézuma qui immolait tous les ans plus de 20.000 de ses ennemis ou de ses sujets rebelles; il se faisait, à Mexico, des sacrifices qui, à eux seuls, coûtaient la vie à ce nombre de captifs.
CHAPITRE XXX.
Ce chapitre est numéroté XXXI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
29, Cannibales.—A proprement parler, peuplades anthropophages d’Amérique; mais, dans les Essais, cette dénomination s’applique indistinctement à tous les indigènes du Nouveau Monde, en dehors du Mexique et du Pérou, dont il avait eu occasion de voir quelques-uns venus en France, sous Charles IX, lesquels font en majeure partie le sujet de ce chapitre.
30, Italie.—Plutarque, Pyrrhus, 8.—Pyrrhus guerroya à deux reprises différentes en Italie contre les Romains: en 280 et en 274.
354,
1, Païs.—L’an 197, quand Flaminius vint à leur secours contre Philippe, roi de Macédoine, qu’il vainquit à Cynocéphales, 196. Plutarque, Flaminius, 3.
3, Galba.—L’an 200, lors de la guerre suscitée par la mise à mort, par les Athéniens, de deux Araucaniens qui, par imprudence, avaient surpris les mystères de Cérès. Les Araucaniens, pour venger la mort de leurs concitoyens, firent appel à Philippe de Macédoine; les Athéniens demandèrent et obtinrent le secours de Rome; c’est à l’arrivée de ces secours qu’il est fait allusion ici. Cette guerre est la même que celle à laquelle se rapporte la note précédente; la venue de Sulpitius Galba en marque le commencement, celle de Flaminius la fin. Tite-Live, XXXI, 34.
8, Antartique.—Villegaignon, envoyé par Henri II pour faire une exploration en Amérique et y fonder une colonie, débarqua au Brésil en 1555; l’établissement qu’il y fit ne s’y maintint pas. Bayle, Villegaignon.
13, Ventre.—Var. des éd. ant.: comme on dict, le et dit on de ceux, ausquels l’appetit et la faim font plus desirer de viande, qu’ils n’en peuuent empocher. Ie crains aussi que nous auons beaucoup, au lieu de: «et».
15, Platon.—Dans le Timée.
28, Deluge.—Cette croyance des anciens qu’on retrouve dans Platon, Élien, Ammien Marcellin, S. Grégoire, a-t-elle été une réalité, ou l’Atlantide n’a-t-elle été qu’une île imaginaire, on ne saurait dire; certains ont voulu y voir le continent américain.
31, Italie.—La séparation de la Grande-Bretagne d’avec la Gaule s’est probablement effectuée aussi de la même façon.
34, Surie.—La Syrie (Asie Mineure).
35, Bœoce.—La Béotie (Grèce ancienne).
41, Espaigne.—Platon ne dit rien de semblable.—On trouve aussi dans les phrases suivantes quelques erreurs géographiques, répandues sans doute par les premiers voyageurs qui parcoururent le Nouveau Monde.
356,
15, Contiennent.—Ces modifications dans les rives des cours d’eau qui vont gagnant et se retirant tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, sont fréquentes: si bien que les conséquences en sont réglées juridiquement: les terrains ainsi détruits par l’érosion des eaux sont perdus sans donner lieu à indemnité; ceux, au contraire, provenant d’alluvions ou de retrait des eaux profitent au riverain.
23, Fourriers.—C.-à-d. qu’ils assignent à la mer, lui marquent en quelque sorte la limite dans laquelle elle doit se contenir.
23, Montioies.—Ou mieux «mont joug», du latin mons jugum; ce sont à proprement parler des mouvements de terrain dénommés «croupes» en topographie; cette appellation est fréquente dans les régions montagneuses, notamment dans le Jura; de là vient le nom du château ou fort de Joux, près de Pontarlier.
25, Païs.—Arzac est une localité à cinq lieues de Bordeaux.—L’envahissement des sables dans le Médoc est estimé de 20 à 25 mètres par an. On a calculé que depuis l’époque à laquelle remonte la formation de ces dunes (environ 2.500 ans), l’Océan a empiété sur les terres de 80 kilomètres; le fort Cantin, construit en 1754, à plus de 200m en arrière du rivage, est depuis plus de cinquante ans déjà enseveli sous les eaux; dans deux mille ans, les sables atteindraient Bordeaux, si on ne les arrêtait ou s’ils ne s’arrêtaient d’eux-mêmes; on les combat au moyen de plantes à racines nombreuses et traçantes qui les fixent et finissent par les convertir en terres cultivables.
29, Gibaltar.—Gibraltar. Selon les anciens, ce détroit n’existait primitivement pas: d’après la fable, ce serait Hercule qui aurait ouvert ce passage aux eaux de l’Océan, en séparant les deux monts Abyla et Calpé qui, depuis, furent dénommés «Colonnes d’Hercule». Le nom de Gibraltar qu’il porte aujourd’hui, dérive de l’arabe «Djebel el-Tarik (montagne de Tarik), le premier général musulman qui, le franchissant, envahit l’Espagne, 710.
39, Estat.—Le fait se serait passé en l’an 397. Partie de l’équipage qui aurait fait cette découverte, se serait établie sur ce nouveau territoire, tandis que le reste revenait à Carthage où le Sénat les fit tous mettre à mort, redoutant pour l’avenir de la ville les conséquences qu’elle pouvait avoir.
358,
3, Tesmoignage.—Cette assertion est discutable; l’ignorance et la simplicité d’esprit portent à accepter comme vrai tout ce qu’on voit, tout ce qu’on vous dit; on n’observe pas, on n’analyse rien, aussi avec elles le merveilleux s’accredite-t-il facilement.
360,
8, Entreprinses.—J.-J. Rousseau a sans doute puisé dans ces réflexions de Montaigne le célèbre morceau qui commence l’Émile: «Tout est bien, sortant des mains de l’Auteur des choses; tout dégénère entre les mains de l’homme, etc.» Amaury Duval.
14, Platon.—Lois, X.
19, Originelle.—Le caractère essentiel de la civilisation, c’est de raisonner et de prévoir, qui fait qu’aux instincts du présent qui est l’unique préoccupation des peuples primitifs, se substitue chez les peuples civilisés une conception des conséquences pour l’avenir. G. Lebon.
35, Vsage.—L’éd. de 88 port.: goust.
362,
1, Perfection.—L’exemplaire de Bordeaux ajoute ici cette citation: «Viri a diis recentes (voilà des hommes qui sortent de la main des dieux)». Sénèque, Epist. 90. Elle a probablement été supprimée par les éditeurs de 1595, comme faisant double emploi avec la suivante.
19, Flanq.—Les Canadiens habitent dans des bâtiments de 100 pieds de long, sur 15 à 20 de large, où il n’y a ni fenêtres, ni cheminées.—En Guinée, les sauvages ont leurs habitations semblables à des granges, pouvant recevoir plus de cent personnes. Wilson.
27, D’autant.—C.-à-d. dans le jour et abondamment.
32, Duit.—Du verbe duire qui vient du latin decet, il sied, il convient.—Le breuvage des sauvages brésiliens est fait avec la racine de manioc ou yucca (plante à racine charnue comme la pomme de terre), que l’on fait bouillir et que les femmes mâchent ensuite et rejettent dans des vases où elle bout une deuxième fois. Le manioc est de deux espèces: l’une, dont un des emplois vient d’être indiqué, se mange aussi cuite sous la cendre; l’autre est un poison violent.—Il se fait également de la boisson avec du maïs.
364,
31, Brusler.—Hérodote, IV, 69.
366,
1, Routes.—Déroute, défaite; mis pour roupte, du latin ruptus, rompu.
12, Absens.—Dans la Nouvelle-Zélande (grandes îles de l’Océanie au nombre de deux et qui sont l’antipode de la France), l’anthropophagie est regardée moins comme une satisfaction physique, que comme une excitation morale, et il est honorable pour le vaincu d’être mangé par le vainqueur, c’est le sort des armes; un prisonnier qui n’est pas mis à mort est déshonoré. L’anthropophagie ne s’y pratique qu’entre tribus belligérantes et seulement durant la guerre. Reybaud.
38, Nourriture.—Diogène Laerce, VII, 188.
368,
2, Dehors.—On a employé en médecine la momie d’Égypte; il en entrait dans la Thériaque de Venise (préparation pharmaceutique). Ambroise Paré, contemporain de Montaigne, en fait souvent mention, mais presque toujours pour en blâmer l’usage. Payen.
11, Vberté.—Fertilité, fécondité, du latin ubertas, qui a même signification.
34, Liberté.—Add. des éd. ant.: et leur fournissent de toutes les commoditez de quoy ils se peuuent aduiser.
370,
1, Loyer.—Add. des éd. ant.: vertu et à leur.
22, Pugnat.—Le texte latin porte: etiam si ceciderit (et s’il tombe).
25, Fortune.—Sénèque, De Constantia sapientis, 6.
26, Vaincu.—Les éd. ant. aj.: c’est son mal’heur qu’on peut accuser, non pas sa lâcheté.
29, Sicile.—Salamine; victoire navale remportée par les Grecs sous Eurybiade, roi de Sparte, et Thémistocle, chef des Athéniens, contre les Perses, 480.—Platée; les Grecs, sous Pausanias, roi de Sparte, et Aristide, général des Athéniens, y défirent les Perses, 479.—Mycale; la flotte grecque commandée par l’Athénien Xantippe y vainquit celle des Perses, le même jour qu’avait lieu la bataille de Platée.—Sicile; il s’agit probablement de la défaite qu’y éprouvèrent les Athéniens, en 414, devant Syracuse, du fait de Gylippe, général lacédémonien.
31, Thermopyles.—En 480, Léonidas, roi de Sparte, préposé à la défense de ce défilé, après y avoir arrêté, pendant quelques jours, l’invasion de Xerxès à la tête d’une armée incroyablement plus nombreuse, apprenant qu’il allait être tourné et se rendant compte que tout ce qui demeurerait serait exterminé, ne conservant avec lui que 300 Spartiates et les contingents de Platée et de Thespie, ensemble 4.000 hommes, succomba après une défense héroïque, obéissant aux lois de Lacédémone qui lui interdisaient d’abandonner un poste qui lui avait été confié et, du même coup, assurant à Sparte, par ce sacrifice, la supériorité morale sur toutes les autres villes.—Les historiens grecs estiment à deux et même à trois millions d’hommes l’armée des Perses en présence de laquelle se trouvait Léonidas. Mais, outre que dans leurs armées le nombre des non combattants excédait celui des combattants, ce n’est que par les Grecs que nous connaissons les guerres médiques, et il y a lieu de penser que leur amour-propre et leur vanité ont de beaucoup exagéré les forces de leurs ennemis, et que le récit de leurs hauts faits, par manque de renseignements contradictoires, est lui-même quelque peu sujet à caution.—Quoi qu’il en soit, l’appréciation qu’en porte Montaigne est pleinement justifiée, parce que, ne pouvant vaincre, ils sont morts; en dehors d’être, jusqu’au dernier, dans l’impossibilité de combattre, il n’est pas de défaite glorieuse.
33, Perte.—En 364, lors de la guerre entre Sparte et Thèbes dont les Arcadiens étaient les alliés. Diodore de Sicile, XV, 64.
372,
3, Tuition.—Défense, mot francisé par Montaigne, du latin tuitio qui a même signification.
20, Trétous.—Ou trestouts, souvent employé dans les Essais, semble le superlatif de tous.
34, Nostre.—Ce sentiment d’admiration pour la vie primitive, sorte d’âge d’or, se retrouve dans tous les écrivains de cette époque, qui n’ont fait que passer dans ces nouveaux continents. Ceux qui y ont séjourné, en parlent tout autrement; en vivant au milieu de ces peuples, disent-ils alors, on y retrouve tous les vices et les mauvais penchants des pays civilisés.
374,
4, Vertu.—Les éd. ant. port.: valeur.
7, Maris.—La mémoire, ou plutôt l’attention de Montaigne est en défaut; Sara était femme non de Jacob, mais d’Abraham; n’ayant pas d’enfant et pensant n’en avoir jamais, elle lui donna, pour lui en procurer, Agar, servante égyptienne, qu’elle chassa ensuite, elle et son fils, quand elle-même vint à en avoir.—Lia et Rachel, femmes de Jacob, agirent à peu près de même, mais avec plus d’humanité: Rachel, jalouse de ce que Lia sa sœur avait des enfants, donna Béla sa servante à son mari pour en avoir, et Lia, ayant cessé d’en avoir, se fit suppléer, elle aussi, par Zelpha sa servante, et elles considérèrent comme leurs les enfants nés dans ces conditions. Des douze fils de Jacob (il eut aussi des filles), six naquirent de Lia, deux de Rachel (Joseph et Benjamin), deux de Béla et deux de Zelpha. Genèse.
8, Auguste.—L’empereur Auguste fut toujours fort adonné aux femmes, dit Suétone (Auguste, 71), et, avec l’âge, aima surtout les vierges; aussi lui en cherchait-on de tous côtés, même sa femme pour arriver de la sorte à conserver son ascendant sur lui. Dans le même but, Madame de Pompadour se prêtait pareillement aux caprices amoureux de Louis XV, ce fut l’origine du Parc aux cerfs.
8, Interest.—Contre son intérêt, à son détriment, à ses dépens; cette acception, tout opposée à celle de nos jours, est fréquente dans les Essais.
12, Pere.—Ne pouvant avoir d’enfant de Déjotarus son mari, Stratonice, pour ne pas laisser le trône de Galatie sans héritier, le pria d’en chercher auprès d’une autre et choisit elle-même à cet effet, parmi les captives faites à la guerre, une belle jeune fille qui avait nom Electra. Plutarque, Des vertueux faits des femmes.—Une reine de Portugal, Elisabeth, prenait sur ses genoux les enfants que son mari avait eus de diverses maîtresses; Diane de Poitiers le faisait pour les enfants de Catherine de Médicis.
14, Vsance.—Usage; de l’italien usanza, qui a même signification.
30, Deça.—De ce côté-ci des mers, de notre pays.
34, Estoit.—En 1562, après la reprise de cette ville par le duc de Guise sur les Protestants.
376,
8, Maisons.—On voit que ce n’est pas chez Proudhon qu’est née l’idée que la propriété, c’est le vol; ce paradoxe, si cher aux socialistes et base de leurs revendications, émis avant lui sous une autre forme par ces sauvages, il n’a pas davantage été le premier à le soutenir; on le trouve, en effet, exposé et développé dans un dialogue d’Estienne Pasquier, datant de 1560. Payen.
13, Capitaine.—Chef; du latin caput, tête.
17, Espace.—C’est de cette façon, au dire d’Hérodote, que Xerxès avait pu faire le dénombrement de son immense armée.
22, Chausses.—«Comment saurait-on être Persan», a dit, un siècle après, Montesquieu, avec la même ironie narquoise. Bonnefon.—«La prévention du pays et l’orgueil de la nation (auxquels nous appartenons) nous font oublier que la raison est de tous les climats et que l’on pense juste partout où il y a des hommes.» La Bruyère.—Le haut-de-chausses était la partie du vêtement couvrant depuis la ceinture jusqu’aux genoux, ce qu’actuellement on appelle communément culotte.
CHAPITRE XXXI.
Ce chapitre est numéroté XXXII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
26, Platon.—Dans Critias.
378,
9, Esteuf.—Au propre, leur balle; est ici pris au figuré: leur jeu.
29, Iarnac.—En mai 1569, avait eu lieu à La Roche l’Abeille une échauffourée, où l’amiral Coligny, chef des Protestants, avait eu le dessus sur l’armée catholique que commandait le duc d’Anjou (depuis Henri III), lequel, le mois précédent, avait été vainqueur à Jarnac, et, quelques mois après, en octobre, gagnait la bataille de Montcontour.
32, Froid.—Prendre d’un sac deux moutures, c’est se faire indemniser deux fois pour un même service rendu.—Souffler le chaud et le froid, c’est soutenir indifféremment le pour et le contre, c’est avoir la langue double. La Fontaine, dans «le Satyre et le Passant», une de ses fables le moins bien réussies, conclut:
«Arrière ceux dont la bouche Souffle le chaud et le froid.»
Avant lui, Le Noble avait usé de cette locution, à l’adresse des avocats:
«Quoi, coquin!... Souffler de même bouche et le chaud et le froid.»
35, D’Austria.—1571, dans le golfe de Lépante, où la flotte turque fut détruite par les flottes combinées de l’Espagne, de Venise et du Pape.—«Dom» et «Don» viennent de Dominus (seigneur). Don est un titre d’honneur en Espagne, en Autriche et en Portugal, et se place devant le nom; en France, on disait Dom, accolé également en avant du nom, en parlant de religieux de haut rang de certains ordres.
380,
1, Heresie.—Arius n’admettait ni le mystère de la Sainte Trinité, ni la divinité de Jésus-Christ.
4, Amo.—Arius, nommé patriarche de Constantinople, malgré l’opposition de saint Alexandre évêque d’Alexandrie, allait faire son entrée solennelle dans son église, quand il mourut subitement d’une violente colique; ses partisans prétendirent qu’il avait été empoisonné, ses adversaires que sa mort était un miracle accordé par Dieu à la prière du saint évêque, 336. Sandius, Hist. ecclés., II.—Léon avait été nommé pape en 364, par les évêques hérétiques; il régna vingt mois, mais ne figure pas sur la liste des papes, qui porte un interrègne. Au concile de Poitiers, discutant avec saint Hilaire, il fut pris de mal de ventre, alla aux lieux où, n’en revenant pas, on alla le chercher; on le trouva les entrailles sorties du corps. Athanase, Épître à Sérapion.
6, Retraict.—En 222, dans une sédition de sa garde prétorienne; pour le cas où il serait contraint par un événement semblable de se donner la mort, il avait fait des préparatifs tout autres (V. II, 424 et N. Mourir). Lampridius, Héliogabale, 17.
7, Fortune.—Par contre l’empereur Charles-Quint n’est-il pas né à Gand, dans des lieux d’aisance où sa mère Jeanne la Folle s’est trouvée surprise par les douleurs de l’enfantement? 1500.
CHAPITRE XXXII.
380,
24, Viure.
«Quand on a tout perdu et qu’on n’a plus d’espoir, La vie est un opprobre et la mort un devoir.» Voltaire.
29, Ἀθλίως.—On trouve dans Stobée, Serm., 20, des sentences toutes semblables à ces trois-là.
382,
7, Lucilius.—Sénèque, Epist. 22.—Lucilius, personnage peu important du temps de Néron, dont le nom a été conservé à la postérité, à la faveur de celui de Sénèque qui lui a adressé de nombreuses lettres qui passent pour son chef-d’œuvre.
23, Syrie.—Il s’y trouvait exilé par l’empereur Constance à la sollicitation des évêques ariens.
24, Deça.—De ce côté-ci de la mer, c.-à-d. en France.
25, Nourrie.—Élevée; de même on rencontre, dans les Essais, nourriture pris dans le sens d’éducation.
37, Ioye.—Abra avait fait vœu de chasteté, et son père craignait que si elle venait à lui survivre, ce qui était dans les lois de la nature, elle ne pût résister aux demandes en mariage dont elle était l’objet, d’où l’ardeur de ses prières pour qu’elle mourût avant lui. Bouchet.
42, S. Hilaire.—Le mariage n’était, dans le principe, interdit aux prêtres ni avant, ni après l’ordination. Plus tard, les règles ecclésiastiques ont beaucoup varié sur ce point, et, bien que condamné par différents conciles, entre autres par celui de Latran, 1139, qui défendit d’entendre la messe de prêtres mariés, on en voit encore longtemps après qui le sont, l’indigne cardinal Dubois notamment qui fut sacré archevêque de Cambrai par l’évêque de Nancy, assisté de Massillon. A l’époque actuelle, chez les Maronites, chrétiens d’Asie Mineure, rite reconnu par Rome, les prêtres ne peuvent se marier; mais les gens mariés sont admis à l’exercice du sacerdoce.
384,
5, Commun.—«C’est égal, dit une jeune femme, à la lecture de ce passage, saint Hilaire n’était qu’un égoïste qui n’aspirait qu’à sa parfaite tranquillité; et si j’eusse été sa femme, j’aurais demandé la même grâce... pour lui d’abord.» Victor Thierry.
CHAPITRE XXXIII.
6, Raison.—Dans ce chapitre qui est l’analogue du chapitre XXIII de ce même livre, Montaigne semble s’être proposé de prouver que la Providence dirige parfois les événements par une intervention immédiate et directe.—Le mot fortune considéré comme ayant le sens de fatalité, qui se trouve employé ici et ailleurs dans bien d’autres passages des Essais avec cette acception et qu’il eût pu remplacer sans rien changer à son idée par celui-là même de Providence, est un de ceux qui, à Rome, prêtèrent à la censure, lorsque le livre fut examiné par les docteurs moines, ainsi que les appelle l’auteur dans son journal de voyages, lors de son séjour en Italie en 1581. Dans les pays d’inquisition, à Rome surtout, il était défendu de dire fatum ou fata (destin, fatalité). Montaigne se justifie (I, 588) d’avoir employé quelques-uns de ces mots prohibés, verba indisciplinata, plaidoyer qu’il n’a introduit dans son ouvrage, qu’après son retour de Rome. Le Clerc.
19, Fortune.—En 1503. Guicciardini, Hist. de France, VI.—Cette autre pire fortune fut qu’à partir de ce moment, le duc de Valentinois, César Borgia, vit renverser sa puissance et tout tourner contre lui. Le pape Jules II, successeur de son père, le fit arrêter et le contraignit à livrer toutes ses forteresses; à peine sorti de prison, il fut arrêté à nouveau par Gonzalve de Cordoue et envoyé au roi d’Espagne qui avait des griefs contre lui. Étant parvenu à s’échapper, il se réfugia auprès du roi de Navarre son beau-frère, et l’ayant accompagné dans une expédition contre l’Espagne, fut tué au siège de Viana, 1507.
23, Foungueselles.—Ou plutôt Fouquerolles. Du Bellay, II.
386,
3, Amorem.—Dans les éd. ant. à 1588, cette citation de Catulle se continue par ce quatrième vers: Posset vt abrupto viuere coniugio (comme s’il était possible de vivre étant ainsi séparés).
6, Dames.—Du Bellay, II.—En 1525. Les Espagnols s’étant approchés de Saint-Omer, la garnison fit une sortie qui fut repoussée; le sieur de Liques fut pris en soutenant la retraite; sa mise en liberté, à laquelle s’employa le seigneur d’Estrées, fut la suite d’un renvoi, sous caution, des prisonniers dont le nombre embarrassait le vainqueur.
8, Finit.—Constantin le Grand, après avoir triomphé de ses compétiteurs, mis fin aux incursions des Barbares et fait de la religion catholique la religion de l’empire romain, transporta le siège du gouvernement à Byzance, qui prit de lui le nom de Constantinople, 330. Cet état de choses se maintint, avec de nombreuses vicissitudes, jusqu’en 1453, date à laquelle l’empire prit fin par la prise de Constantinople, par les Turcs, sur Constantin XII, qui, après une défense honorable, mourut en héros sur la brèche.
11, Diuine.—En 508. Le fait est rapporté, sans autre détail, par S. Grégoire de Tours: «Le Seigneur accorda, dit-il, au roi Clovis, une si grande grâce, qu’à sa vue, les murs s’écroulèrent d’eux-mêmes.»
15, Ruine.—Vers l’an 1002. Le règne de ce roi faible et dévot à l’excès, est fécond en prodiges de toute nature; Bouchet, qui mentionne celui-ci, n’en dit pas davantage. Au roi Robert est due la construction, à Orléans, d’une église consacrée à S. Aignan pour lequel il avait un culte particulier.
19, Empenné.—C.-à-d. que le mur soulevé retomba tout d’une pièce, verticalement sur sa base, sans que ses pierres emboîtées comme les barbes d’une plume se soient disjointes.
20, Moins.—En 1524; Arone, que défendaient les Impériaux, avait déjà résisté à un siège de vingt-cinq jours et à deux ou trois assauts, quand le seigneur de Rence s’avisa de ce dernier moyen qui échoua par suite de la circonstance relatée ici, et qui le détermina à la retraite. Du Bellay, II.
26, Guerit.—C’est la version de Pline, Hist. nat., VII, 50; Valère Maxime et Sénèque disent que c’est d’un assassin que Jason reçut cet important service.
33, Attaindre.—Pline, Hist. nat., XXXV. Ce chien à l’écume faisait partie du tableau «le chasseur Jalyse», chef-d’œuvre de ce peintre. Ce tableau, qui périt à Rome dans un incendie, sauva Rhodes que Démétrius Poliorcète assiégeait; pour ne pas livrer aux flammes le faubourg où Protogène avait son atelier et que ce tableau ne fût pas compromis, ce prince attaqua la ville d’un autre côté et échoua.
33, Adresse.—Ne redresse-t-elle pas.
38, Fortune.—Les éd. ant. à 88 aj.: la print en mer.
39, Seureté.—Froissart. En 1326; la reine Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, mariée à Édouard II, roi d’Angleterre, se voyant négligée par son mari, livrée à d’indignes favoris, vint sur le continent solliciter des secours étrangers, à l’aide desquels repassant en Angleterre, elle s’empara de sa personne, fit prononcer sa déchéance et proclamer roi son fils Édouard III; c’est d’elle que celui-ci et ses successeurs prétendaient tenir des droits à la couronne de France.
42, Βουλεύεται.—Ménandre. Ce vers que Montaigne traduit après l’avoir cité, était passé en proverbe chez les Grecs.
43, Icetes.—Vers 354, après l’expulsion de Denys le Jeune par Timoléon. Plutarque, Timoléon.
388,
15, Attiques.—Le mine attique valait 100 drachmes (environ 50 francs).
18, Prudence.—N’a-t-on pas vu, lors du cataclysme qui, en septembre 1905, a si fortement éprouvé l’Italie méridionale, à Stefanoconi, dans les Calabres, une famille de quatre personnes ensevelie sous l’effondrement de leur maison; et, quelques heures après, une nouvelle secousse de tremblement de terre faire crouler le clocher voisin qui, tombant sur un mur resté debout, ouvrit une issue à cette famille qui, ainsi, put sortir saine et sauve.
21, Fils.—Appien, Guerres civiles, IV.—En 42, sous le triumvirat d’Octave, Antoine et Lépide; Suétone désigne les victimes sous le nom d’Aquilius Florus.
CHAPITRE XXXIV.
Ce chapitre est numéroté XXXV dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
390,
10, Necessité.—La réalisation de cette idée ne s’est pas fait trop attendre, car déjà lorsqu’en 1631 Renaudot fonda le premier journal français la Gazette, il y introduit l’«Inventaire des adresses du bureau de rencontre, où chacun peut donner et recevoir avis de toutes les nécessités et commodités de la vie». Et depuis, quels progrès! c’est devenu l’unique objet des Petites affiches, qui datent de 1752, et des bureaux de placement; en outre il n’est pas une feuille publique de nos jours, et elles sont légion, qui ne lui réserve, contre deniers comptants, une grande place qui, si grande qu’elle soit, est encore insuffisante, puisque ces mentions vont s’étalant sur tous les murs, et même en pleine campagne, au grand détriment du pittoresque.
17, Souhaiteroit.—On suppose que c’est à lui-même que Montaigne fait allusion.
34, Qu’il auoit.—Les éd. ant. port.: qu’es commandemens qui lui estoient tombés en main, il auoit.
38, Chacuniere.—Chez soi. Rabelais, auquel l’expression semble empruntée, a dit de même: «Ainsi chascun s’en va à sa chascuniere.»
CHAPITRE XXXV.
Ce chapitre est numéroté XXXVI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
392,
6, Mores.—Indiens et Mores (ou Maures), appellations anciennes; la première des peuplades indigènes de l’Amérique, la seconde de la population dominante dans l’Afrique septentrionale (Tripolitaine, Tunisie, Algérie et Maroc).
12, Eguille.—Expression proverbiale signifiant: «Être pourvu de tout ce qu’il faut pour se suffire.»
25, Nostre.—Sous la même latitude que nous.
28, Contadins.—Paysans, de l’italien contadino, qui a même signification.
394,
7, Face.—Cette réponse fut faite à Florimond de Rémon (V. N. I, 346: Simple).—Elien prête la semblable à un Scythe dont le roi des Perses plaignait la nudité en temps de neige.
12, Moy.—Sainte Thérèse, alors carmélite, couchant sur la paille, une nuit d’un froid excessif, priait ses compagnes de lui donner de quoi mieux se couvrir; elles lui répondirent avec un éclat de rire: «Comment, notre Mère, vous avez tout ce qu’il y a de couvertures à la maison et vous n’en avez pas encore assez!»
13, Massinissa.—Cicéron, De Senectute.
16, Dit.—Liv. III, 12.
21, Agesilas.—Plutarque, Agésilas.
22, Vesture.—Vêtement, habillement; du latin vestitus qui a même signification. Ne se dit aujourd’hui, du reste avec même étymologie, que de la prise d’habit dans les couvents, cérémonie où l’on revêt pour la première fois un novice de l’habit de l’ordre.
22, Suetone.—Dans sa Vie de César, 58.
31, Cheual.—Balbi, joaillier vénitien, qui visitait les Indes en 1579.
34, Roy.—Étienne Bathory qui, en 1574, succéda sur le trône de Pologne au roi issu de la maison de France qui l’y avait précédé (le duc d’Anjou, depuis Henri III) (V. N. I, 460: Luy-mesme).—C’est à lui, et non à son prédécesseur, que se rapportent les mots qui suivent: «qui est à la verité l’vn des plus grands princes de nostre siecle».
39, Varro.—Pline, Hist. nat., XXVIII.
396,
1, Pere.—Cela a été présenté comme une bizarrerie; mais, à l’époque, par suite de la bigarrure des costumes introduite par François Ier, cela n’avait rien de singulier.
2, Luxembourg.—En 1543, lors du ravitaillement de cette place dont nous nous étions emparés et que s’efforçait de reprendre Charles-Quint; la réussite de ce ravitaillement décida les Impériaux à se retirer. Du Bellay, X.
4, Coignée.—Dans l’hiver de 1408, les choses s’étaient passées de même à Paris; de Comines parle d’un froid pareil survenu en son temps, en 1469, dans le pays de Liège; en 1544, par toute la France, le vin se coupa à coups de hache, dans les tonneaux.
5, Ouide.—Les éd. ant. aj.: à deux doigts pres.
11, Nauale.—Le Palus Mæotis, dit Strabon, VII, se prend à l’époque des grands froids et l’on vit, dit-on, Néoptolème, l’un des lieutenants de Mithridate, y battre les barbares, l’été dans un combat naval, et l’hiver dans un combat de cavalerie.—En 1658, le roi de Suède traversa le Sund sur la glace, pour envahir l’île de Seeland, en Danemark.—A une époque plus récente, en janvier 1795, la cavalerie française s’empara de la flotte hollandaise, immobilisée par les glaces à l’entrée du Zuyderzée, flotte qui, à la vérité, se rendit à première sommation.
13, Plaisance.—En 218, à la bataille de la Trébie où Annibal défit le consul Sempronius. Tite-Live, XX, 54.
19, Païs.—En 401, lors du retour, connu sous le nom de Retraite des Dix mille, sous la conduite de Xénophon, à travers l’Asie Mineure, avec des dangers et des fatigues inouïs, des Grecs qui avaient combattu à Cunaxa pour Cyrus le Jeune. Xénophon, Anabase, IV, 5.
30, Gelée.—Quinte-Curce, VII, 3.—La nation en question est celle des Parapamisades, populations clairsemées dans les hautes vallées de 4 à 5.000 mètres d’altitude, séparées et dominées par des cimes de 7 à 8.000 mètres qui constituent le plateau de Pamir, nœud de montagnes d’où partent les chaînes les plus puissantes de l’Asie.
30, Voir.—Cela a lieu en effet en France: dans le Roussillon pour les orangers, dans les environs de Paris pour les figuiers où ces arbres sont du reste en petit nombre.
CHAPITRE XXXVI.
Ce chapitre est numéroté XXXVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
398,
1, Caton.—Dit le Jeune, pour le distinguer de son grand-oncle, surnommé l’Ancien; dit aussi d’Utique, du lieu où il se donna la mort dans des conditions qui en font un des actes de l’humanité le plus admirés. V. N. II, 586: Ieune Caton.
2, Moy.—Var. des éd. ant.: iuger d’autruy selon moy, et de rapporter la condition des autres hommes à la mienne: ie croy aysement d’autruy beaucoup de choses, où mes forces ne peuuent attaindre; au lieu de: «iuger... moy».
10, Capuchins.—Les Feuillants, ordre monastique des plus rigoureux, dérivant de l’ordre de S. Benoît; ils devaient avoir la tête et les pieds nus, dormir sur des planches, manger à genoux et boire dans des crânes humains; mais l’austérité de la règle fut bientôt adoucie; ils prirent une grande part aux troubles de la Ligue.—Les Capucins, religieux de l’ordre de S. François, ainsi nommés du capuchon ou capuce dont ils se couvraient la tête, furent introduits en France par Catherine de Médicis; ils s’y multiplièrent rapidement, vivant d’aumônes et se livrant à la prédication.
17, Confidunt.—Citation tirée de Cicéron, Orator, 7, ou encore des Tusculanes, II, 1, que Montaigne, en raison des changements qu’il y a faits, semble avoir insérée de mémoire.
21, Corruption.—Add. des éd. ant.: et debauche.
24, Ie ne dis... l’imagination.—Var. des éd. ant.: le goust.
29, Possent.—Montaigne applique ici à la vertu ce que Cicéron dit de la philosophie et de ceux qui la blâment.
31, Action.—Add. des éd. ant.: purement.
400,
8, Potidée.—En 479; l’auteur a mis par méprise «Potidée» au lieu de Platée.
19, Passée.—Hérodote, IX; Cornelius Nepos, Pausanias.—Aristodème et Eurylus, tous deux du corps des trois cents Spartiates qui accompagnaient Léonidas aux Thermopyles, étaient, au début de l’action, retenus dans un bourg voisin, par une maladie d’yeux. Eurylus, à la nouvelle de la situation critique dans laquelle allait se trouver la troupe à laquelle il appartenait, se fit armer par son ilote, conduire au lieu du combat et y fut tué; Aristodème n’en fit rien, il retourna à Sparte où il fut couvert d’opprobres jusqu’à ce qu’à Platée il eût réparé ce moment de faiblesse. Que les Spartiates lui aient tenu compte, pour lui refuser le prix de la valeur, de sa conduite antérieure aux Thermopyles, cela se conçoit; que le désir de se réhabiliter ait été le mobile auquel lui-même a obéi, c’est probable; mais la justesse du motif allégué à l’appui de son éviction est discutable: pourvu qu’on agisse bien, qu’importe la cause? on peut même ajouter avec Juvénal: «Qui pratiquerait la vertu, s’il n’en attendait la récompense?»
19, Nos iugemens.—Les éd. de 80, 85, port.: Qui plus est, nos iugemens.
402,
5, Ny dressée à.—Remplacé dans les éd. ant. par: «pour imaginer et».
10, Ambition.—Les éd. ant. à 88 aj.: et de ceux qui font l’honneur, la fin de toutes actions glorieuses.
11, Gloire.—C’est dans cet esprit critique qu’en 1794, lors de leur procès devant le tribunal révolutionnaire, Fabre d’Eglantine faisait application à Danton son co-accusé de ces vers de Campistrous, dans sa tragédie de Juba:
«Tu verras que Caton, loin de nous secourir, Toujours fier, toujours dur, ne saura que mourir.»
13, Atteindre.—Velleius Paterculus dit de lui: «Il n’a jamais fait de bonnes actions pour paraître les avoir faites, mais parce qu’il n’était pas en lui de faire autrement.»
16, Latins.—Ces cinq poètes, dont il est donné plus loin des citations, sont, dans l’ordre où ces citations sont faites: Martial, Manilius, Lucain, Horace et Virgile.
26, Cognoistre.—Il est sûrement plus facile de faire de mauvais vers, et même des vers médiocres, que de se connaître en beaux vers; mais il est bien plus difficile de faire de bons vers que de bien juger une tragédie ou un poème; et quoique à vrai dire les bons juges soient fort rares, les grands poètes, les grands orateurs, les grands philosophes, etc... le sont plus encore. Naigeon.—Huet (savant prélat français, 1630 à 1721), après avoir jugé Corneille et lui avoir refusé l’équité et la justesse dans l’appréciation des poèmes et des poètes de l’antiquité, termine en disant: «tant est vrai ce que j’ai osé affirmer ailleurs, contrairement à l’opinion commune, qu’on trouvera plus de poètes excellents, lesquels sont cependant très rares, que d’appréciateurs habiles et équitables de la poésie».
404,
4, L’autre.—Toutes ces images sont prises de l’Ion de Platon.
19, Catoni.
«En faveur de César les dieux ont combattu, Les dieux servaient le crime et Caton la vertu.» Lebrun.
«Devant le grand Dandin, l’innocence est hardie, Oui, devant ce Caton de basse Normandie, Ce soleil d’équité qui n’est jamais terni, Victrix causa Diis placuit, sed victa Catoni.» Racine.
CHAPITRE XXXVII.
Ce chapitre est numéroté XXXVIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
30, Pleurer.—En 273. Deux partis divisaient Argos, qui avaient appelé, l’un Antigone roi de Macédoine, l’autre Pyrrhus roi d’Épire, qui tous deux avaient répondu à leur appel. Dans un combat qui se livra dans la ville même, Pyrrhus fut tué, frappé d’une tuile que, du haut d’un toit, une femme lui lança pour sauver son fils que ce roi menaçait; témoin du fait, le fils d’Antigone lui coupa la tête et courut la présenter à son père demeuré hors ville. Plutarque, Pyrrhus.—V. I, 494 et N. Italie.
31, Deffaire.—Devant Nancy, en 1477.
406,
1, Dueil.—En 1364, près de Vannes.—Sophocle porta, dit-on, le deuil d’Euripide, son rival, qui mourut quelque temps avant lui.
8, Spectacle.—Plutarque, César, 13. V. N. I, 100: Suspendues.
18, Est.—La traduction qui est donnée de cette citation, est de Mlle de Gournay.
20, Passions.—Rubens, dans un tableau de la naissance de Louis XIII, a su exprimer deux sentiments opposés sur le visage de Marie de Médicis: la douleur de l’enfantement et la satisfaction de l’orgueil maternel.
408,
4, Badin.—Écervelé (V. N. I, 202: Badin).—Veau avait parfois et a ici le sens d’ignorant.
9, Bren.—Ou bran, Fi! interjection qui marque le mépris.—Bran est un mot gaulois qui signifiait le son, la partie la plus grossière du blé.
14, Pitié.—Agrippine, mère de Néron, s’attachant à lui, le provoquant même à l’inceste pour conserver son pouvoir sur lui, celui-ci, fatigué de ces obsessions, témoigna le désir d’en être débarrassé et acquiesça à sa mort. Une tentative fut faite pour la noyer comme par accident, elle échoua; le lendemain même il la fit poignarder, 59.—Tacite, Annales, XIV, 4, en racontant la dernière entrevue entre la mère et le fils, n’est pas aussi affirmatif que Montaigne sur la cause de l’émotion que fit paraître ce dernier et donne à penser que ce pouvait bien être pour endormir les soupçons de sa victime.
30, Larmes.—En 480, au commencement de la deuxième guerre médique (V. I, 42 et N. Athos; N. I, 370: Thermopyles). Hérodote, VIII, 45 et 46; Pline, Epist., III, 7; Valère Maxime, IX, 13.
410,
1, Corps.—Faire un ouvrage complet et tout d’une pièce.
6, L’autre.—Plutarque, Timoléon; Diodore de Sicile, XVI.—Vers 365. Après s’être opposé de toutes ses forces aux entreprises de son frère Timophane qui voulait usurper le pouvoir à Corinthe, n’ayant pu le détourner de ses projets criminels, Timoléon le fit mettre à mort, et, s’exilant volontairement après ce sacrifice, resta vingt ans éloigné des affaires.
CHAPITRE XXXVIII.
Ce chapitre est numéroté XXXIX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
7, Solitude.—Les pages écrites par Madame Périer sur les mortifications de Pascal, son frère, sont le contrepied complet de ce chapitre de Montaigne; leur lecture simultanée est, à cet égard, de grand intérêt. Payen.
10, Publicq.—Traduction d’un vers de Lucain, II, 383, à l’éloge de Caton d’Utique.
12, Recherche.—A remarquer trois sujets, dont deux au pluriel, et le verbe au singulier.
13, Particulier.—Le bien public a été de tous temps le prétexte de tous ceux qui, mus par une ambition et un intérêt tout personnels, vont, sur une plus ou moins grande échelle, soit isolément, soit en association, agitant le monde; c’est en particulier, de nos jours, le cas de la plupart de ceux qui s’adonnent à la politique: bien peu dans le nombre, quoi qu’ils en disent, ont un mobile désintéressé; s’ils sont de valeur, ils visent à tout; ceux de peu d’envergure se bornent à trafiquer de leurs voix, de leurs recommandations et à pêcher en eau trouble; les scrupules et la conscience n’arrêtent ni les uns, ni les autres; les Verrès y sont nombreux, les Phocion bien rares.
17, Société.—«La plus contraire humeur à la retraite, c’est l’ambition,» dit plus loin Montaigne (I, 426), en contradiction, mais seulement apparente, avec lui-même: l’ambitieux, veut-il dire, n’a que lui-même en vue, et ne peut songer à abandonner un seul instant la partie.
17, Franches.—Les éd. ant. à 88 aj.: et point de compagnon.
19, Grande.—Diogène Laerce, Bias.
20, Bon.—«Ayez beaucoup d’amis qui vivent en paix avec vous, mais choisissez pour conseil un homme entre mille.» Ecclésiastique, VI, 6.
23, Presse.—La contagion chez les foules est constante et presque irrésistible, les exemples en sont innombrables. C’est elle qui fait qu’on les voit si souvent se livrer à des manifestations, sans que le plus grand nombre de ceux qui y prennent part sache ce dont il s’agit, et que, si fréquemment sans motif plausible, elles changent de caractère et de pacifiques en viennent à commettre des actes criminels. Les paniques n’ont pas d’autre cause. C’est également à la contagion que l’on doit de voir parfois, lorsqu’un accident se produit, les gens et jusqu’aux parents les plus proches venir successivement affirmer l’identité de victimes qu’on voit plus tard réapparaître saines et sauves, que les incidents les plus saillants d’un combat sont inexactement rapportés, si bien qu’il est impossible d’accorder pleine créance au témoignage des foules et que l’unanimité des témoins est loin d’être une garantie de vérité.
26, Dissemblables.—Réflexions traduites de Sénèque, Epist. 7.
412,
3, Moy.—Diogène Laerce, Bias.
8, Bord.—Variante de l’exemplaire de Bordeaux: «en sauueté», au lieu de «à bord».—Singulière idée qu’eut là Albuquerque, qui aurait plutôt l’air d’une plaisanterie que d’un acte religieux, si on ne savait à quel point la superstition porte le trouble dans l’esprit de la plupart des hommes. Naigeon.
15, Compagnie.—Diodore de Sicile, XII, 4.—Nous nous bornons présentement à leur dire: «Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.»
18, Malades.—Diogène Laerce, Antisthène.
28, Marché.—Place publique, acception du mot latin forum.
34, Cura.—La traduction donnée de cette citation est de Boileau, dont le vers élégant est passé en dicton.
414,
1, Soy.—«On ne s’amende pas pour aller à Rome,» dit un proverbe.—La Fontaine exprime la même idée; parlant d’un pélerin, il dit:
«Prou de pardons il auoit rapporté. De vertus point, chose assez ordinaire.»
30, Vnquam.—Montaigne a traduit lui-même ce vers avant de le citer.
42, Sien.—Sénèque, Epist. 9, dont Montaigne a adopté la version, dit bien que Stilpon avait perdu femme et enfants; mais il est seul à le dire; ni Diogène Laërce, ni Plutarque n’en font mention, en rapportant sa réponse qui s’exprime mieux ainsi. Dire n’avoir rien perdu, s’il avait perdu tous les siens, eût été pousser par trop loin le stoïcisme. Naigeon.
45, Naufrage.—Diogène Laerce, VI.
416,
3, Entier.—En 409, lors de l’invasion des Goths. S. Grégoire de Tours mentionne qu’en cette circonstance, S. Paulin racheta de sa propre liberté le fils d’une pauvre veuve réduit à l’esclavage.
8, Despende.—On peut rendre son bonheur indépendant des biens de la fortune et même cela est sage; mais il est bien difficile d’avoir pareille indifférence pour la santé, dont on peut dire aussi ce que La Fontaine dit de la liberté: «Ce bien sans lequel les autres ne sont rien»; ainsi du reste que Montaigne en convient plus loin, «d’autant que sans elle, dit-il, la vie nous vient à estre pénible et iniurieuse».
23, Regarde.—Quiconque réfléchit et observe, peut, à tout moment, constater la vérité de cette assertion en lui et chez les autres.
29, Délices.—«Cette citadelle que défend un soldat et qu’un autre attaque; et le fait de cet érudit acharné à l’étude de Plaute, ces deux petits tableaux, ces deux toiles de Meissonier, c’est du pur La Bruyère.» G. Guizot.
34, Plaute.—Mélanchthon, savant théologien du XVIe siècle, a, le premier, reconnu la mesure des vers de Térence; jusqu’alors tous les anciens manuscrits de cet auteur présentaient un texte suivi, comme si c’eût été de la prose.
418,
2, Gens.—Ce sentiment est indépendant de nous: on est bon ou méchant, vertueux ou vicieux selon qu’on veut; mais on n’est pas plus sensible qu’insensible à volonté et à moment donné, ce que Chaulieu exprime si bien, à propos d’un ami que la mort lui a enlevé:
«J’appelle à mon secours raison, philosophie; Je n’en reçois, hélas! aucun soulagement. A leurs belles leçons insensé qui se fie! Elles ne peuvent rien contre le sentiment. J’entends que la raison me dit que vainement Je m’afflige d’un mal qui n’a point de remède, Mais je verse des pleurs dans le même moment Et sens qu’à ma douleur toute ma vertu cède.»
Tout ce que l’on peut concéder, c’est que le premier moment passé, la raison est à même de reprendre le dessus sur la nature, et qu’en outre de l’effet du temps, en s’évertuant à écarter de sa pensée les sujets pénibles, on finit dans une certaine mesure par y échapper.
32, Dit.—Cette maxime des Pythagoriciens n’est pas de Socrate; Montaigne la lui attribue parce que dans le recueil de Stobée, d’où il l’a tirée, elle suit immédiatement un mot de Socrate.
35, Office.—La rédaction du texte grec est la suivante: «Chaque âge a ses devoirs particuliers: les enfants doivent suivre les écoles; les jeunes gens s’appliquer à connaître les lois et les usages de la société; aux hommes faits incombe d’agir et d’occuper les charges publiques; aux vieillards les fonctions de juge et l’entrée dans les conseils en raison de leur expérience.»—Une autre sentence grecque dit pareillement: «Le vieillard délibère, l’homme fait agit, l’adolescent s’instruit.»
420,
31, Paix.—De nos jours, ce sont les manœuvres dites à double action, que clôturent les manœuvres d’automne, qui constituent cette préparation à la guerre; mais ici encore on a trop tendance à donner dans l’extrême.—C’est sans contredit une chose excellente que tout chef fasse manœuvrer sur le terrain l’unité qu’il commande, en vue de la conduite à tenir à une proximité telle de l’ennemi, qu’on peut en venir aux mains d’un moment à l’autre. Or, dans ces conditions, le commandement immédiat ne saurait excéder le corps d’armée; par suite, deux corps d’armée agissant l’un contre l’autre est le maximum d’envergure qu’on peut raisonnablement donner à ces manœuvres. Cette limite imposée dans la réalité par l’étendue des fronts à la guerre, l’est encore ici par les invraisemblances du temps de paix qui augmentent considérablement avec les effectifs en présence et les espaces sur lesquels on opère; et si quand même on veut faire concourir à une même action au delà de deux corps d’armée opposés, on en arrive au grotesque et chacun y désapprend au lieu d’apprendre; du reste c’est surtout avec des effectifs moyens, composés des trois armes (régiment, brigade, division), qu’en dehors de toute autre considération les manœuvres de ce genre sont le plus profitables.
A la vérité, il est non moins indispensable de former le commandement et les états-majors à la manœuvre et à l’établissement des ordres de mouvement d’effectifs comprenant plusieurs corps d’armée dans la période qui prend fin au moment où la bataille est sur le point de s’engager, alors que par exemple la distance qui sépare les masses opposées n’excède pas une journée de marche, soit une vingtaine de kilomètres; mais, pour cela, les manœuvres dites sur la carte satisfont amplement; les hypothèses suffisent, la présence des troupes n’ajoute rien, bien plus elle est nuisible par les conditions différentes du temps de guerre dont il faudrait tenir compte; la vue du terrain n’est pas indispensable; il ne l’est pas davantage que chefs et états-majors soient réunis, chacun peut demeurer à son poste habituel; le travail peut se faire et s’est fait (car ce n’est point là une innovation) par correspondance, les participants aux quatre coins de la France; il peut prendre des mois, cela importe peu, d’autant qu’il faut laisser à chacun le temps de la réflexion, point capital quand il s’agit d’études.
Quant aux manœuvres d’automne, limitées quant aux effectifs comme il a été dit, leur durée devrait être de sept à neuf jours, coupée par une journée de repos et non compris l’aller et le retour; les cantonnements, changés le moins possible, n’être pas distants de plus de 8 à 10 kilomètres du point initial de la manœuvre et de celui où elle doit prendre fin. On y arriverait par l’emploi de la tente-abri, concurremment avec le cantonnement; la saison s’y prête, elle ne surchargerait pas outre mesure l’homme qui ne porte à peu près rien, il ne perdrait pas l’habitude d’en faire usage, le temps donné à la manœuvre s’en trouverait accru et bien des situations de guerre pourraient être envisagées dont il n’est pas tenu compte actuellement.—La revue finale est à supprimer; elle donne à la vérité occasion aux hommes politiques de se montrer, de prononcer des banalités, de prodiguer des éloges sans valeur parce que la compétence leur fait défaut; mais en dehors de cela elle est sans utilité, influe quelquefois défavorablement sur la conduite des manœuvres et ajoute à la dépense.