NOTES (continued 7)
Michaud translation
618,
27, Lots.—Dix bouteilles, huit litres.
34, Ressiners.—Goûter, collation qu’on fait après le dîner; vient de recænare, fait de cæna, dîner, le repas du milieu de la journée.—«Il n’est desjeuner que d’escholiers; disner que d’advocats; ressiner que de vignerons; souper que de marchands.»
40, L’amour.—«Sans Cerès et Bacchus, Vénus est languissante.» Térence, Eunuque; contradiction qui n’est qu’apparente, Montaigne ne parlant ici que de l’abus du vin poussé jusqu’à l’ivresse.
620,
6, Marc Aurele.—Cette histoire de Marc-Aurèle ou l’Horloge des Princes, parue en 1629 à Valladolid (Espagne), est présentée par les critiques de l’époque comme un tissu d’inventions indignes d’un écrivain qui se respecte et a fortiori d’un évêque (Guerara, qui en était l’auteur, était évêque de Cadix); cet ouvrage, nonobstant très estimé en Espagne par ses contemporains, a été traduit en français deux ans après sa publication et en plusieurs autres langues.
15, Barre.—Jeter la barre; cet exercice a été remis en pratique depuis qu’en ces derniers temps la gymnastique de chambre est en faveur; c’est ce qui s’exécute soit avec des haltères, soit des boules accouplées par une barre.
16, Plombees.—Madame de Genlis faisait porter de semblables souliers à ses élèves Louis-Philippe d’Orléans, devenu roi de France, et sa sœur Madame Adélaïde.
16, Prim-saut.—De son agilité; littéralement du premier saut.—Prin ou prim est un vieux mot qui signifie premier; il nous reste dans «printemps», primum tempus. De primsault est venu «primsaultier», dont Montaigne se sert ailleurs en parlant de lui-même et qui, encore en usage, signifie un homme de prompte décision, prenant parti d’après sa première impression (V. N. II, 64: Primsautier).
17, Miracles.—Au nombre de ces petits miracles, on peut ranger la naissance de son dernier fils Mathecoulom, né le 20 août 1560, alors que lui-même était du 29 septembre 1495; ce Benjamin avait donc été engendré à plus de 64 ans.
18, Alaigresses.—De notre agilité, ou plutôt de notre peu d’agilité; vient du latin alacritas, qui a même sens qu’agilitas.
21, Propos.—De la chasteté.
22, Nommée.—Qui méritât d’être mal famée, qui eût mauvaise réputation.
30, Italie.—Le père de Montaigne, Pierre Eyquem, écuyer, seigneur de Montaigne, était né à Montaigne en 1495 et y mourut en 1568. Il demeura plusieurs années aux armées, fit la guerre en Italie sous Charles VII, fut maire de Bordeaux de 1554 à 1556; occupa un siège de conseiller à la cour des aides de Périgueux en 1554, quand cette cour fut créée, et le transmit l’année suivante à son fils; en cette même année 1554, il reconstruisait l’habitation de son domaine qu’il fortifia, la mettant en état de se défendre, ce qui n’était pas superflu, à cette époque où pour sa sûreté il fallait compter plus sur soi-même que sur les pouvoirs publics. Pierre Eyquem avait épousé en 1528 Antoinette de Louppes qui mourut en 1597; il en eut huit enfants, cinq fils dont Michel Montaigne était l’aîné et trois filles; elle était protestante, lui-même était catholique; deux de leurs enfants (un fils et une fille) furent protestants.
30, Bouteilles.—Au sujet qui nous occupe, qui a trait à l’ivrognerie.
33, Plaisir.—Naturel (add. de 80).
622,
3, Prix.—Quoique plus réservé ici que dans d’autres passages de son livre, Montaigne n’en reste pas moins très compréhensible.
10, Manger.—Les Orientaux ne boivent pas pendant les repas, mais seulement lorsqu’ils ont fini; ils étaient étonnés de voir, en Égypte, les Français faire autrement. Payen.
13, A mesme.—Aussitôt que, lorsque.
15, Anacharsis.—Diogène Laerce, I, 104.
19, Platon.—Lois, liv. II.
20, Ans.—Une loi, portée par Zaleucus, défendait aux Locriens, sous peine de mort, de boire du vin, à moins que ce ne fût comme médicament et sur l’ordre d’un médecin.—A Marseille, il en était une prescrivant à la femme de ne boire que de l’eau.—A Rome, le vin était interdit aux esclaves, aux femmes libres et aux adolescents jusqu’à trente ans; une dame romaine ayant forcé le tiroir où son mari serrait la clef du vin, fut condamnée à mourir de faim; Mécénius tua la sienne pour en avoir bu et fut absous. Salmuth.
25, Loix.—Liv. II, vers la fin.
35, Publiques.—«Ce n’est point aux rois de boire du vin, ni aux puissants de rechercher les liqueurs fermentées, de peur qu’en buvant ils n’oublient la loi et ne faussent le droit de tous les malheureux.» Livre des Proverbes, XXX, 4 et 5.
624,
1, Enfants.—Cette exception concernant aussi bien les femmes que les hommes, pour observer le précepte de Platon, ils auraient donc dû se donner le mot, quand ils étaient dans cette intention. Coste.
3, Pur.—Diogène Laerce, II, 120.
5, Arcesilaüs.—Diogène Laerce, IV, 44.—«On assure que Solon et Arcésilas se livraient au plaisir du vin,» dit aussi Sénèque.
7, Sapientiæ.—Citation donnée comme parodie.
17, Amoureux.—Lucrèce était sujet à des accès de frénésie, maladie qui provenait, dit-on, d’un philtre que lui avait fait prendre une maîtresse jalouse; il finit par se donner la mort dans un de ses accès; il avait 44 ans.
33, Desesperée... enroüée.—Les éd. ant. port.: vaincue du mal, au moins comme estant en vne aspre meslée.
35, Putet.—Montaigne détourne ici le sens de ce vers de Térence pour l’adapter à sa pensée.
36, Descharger.—Dispenser, exempter.
41, Iusques là.—Plutarque, Publicola, 3.—Le fils de Brutus et son neveu avaient conspiré pour le rétablissement des Tarquins (509); celui de Manlius Torquatus avait, contre son ordre, dans une guerre contre les Latins, accepté un défi d’un ennemi et l’avait vaincu en combat singulier (337). Tous deux, le premier consul, le second dictateur, prononcèrent eux-mêmes la sentence de mort et la firent exécuter en leur présence. V. N. I, 344: Reng.—Au dire de Plutarque, Darius, roi des Perses, aurait agi comme fit Brutus à l’égard de son fils Ariobarzan qui entretenait des intelligences avec Alexandre.
626,
4, Secte.—Celle des Stoïciens. V. N. I, 18: Stoiques.
6, Molle.—Celle d’Épicure. V. N. I, 30: L’aduenir.
11, Pilez.—Diogène Laerce, IX, 58.
14, L’autre.—C’est ce que Prudence, liv. Des Couronnes, hymne II, 401, fait dire à S. Laurent.—Celui-ci était diacre et trésorier de l’Église de Rome, quand éclata en 258 la persécution contre les Chrétiens de l’empereur Valérien. Il refusa de livrer le trésor dont il était gardien et le distribua aux pauvres. Pour l’en punir, il fut d’abord déchiré à coups de fouet par le bourreau, puis attaché à un gril sous lequel étaient des charbons ardents.
14, Iosephe.—De Maccab., 8.
23, Acharne les.—Ces paroles, sans être textuelles d’après le récit qu’en fait l’historien, qui donne en grand le supplice des sept frères Macchabées et de leur mère martyrisés (167) pour s’être refusés à manger de la viande de porc proscrite par la religion juive à laquelle ils appartenaient, reproduisent ce que dans l’ensemble chacun d’eux a dit et que Montaigne met dans la bouche d’un seul.
27, Ἡσθείειν.—Aulu Gelle, IX, 5; Diogène Laerce, VI, 3; Montaigne traduit ces mots avant de les citer.
32, Luy.—Sénèque, Epist. 66 et 92, etc.—Ce passage confirme au sujet d’Épicure ce que relate la note citée plus haut, I, 30: L’aduenir, et va à l’encontre du reproche de sensualité que, par ignorance, on est porté à lui adresser.
628,
1, Siege.—Lorsqu’elle est dans son état normal.
8, Premiers.—On conte qu’en 1756, lors de la prise de Port-Mahon par le duc de Richelieu sur les Anglais, forteresse qui passait pour imprenable, ceux-ci manifestant leur étonnement que l’assaillant eût pu escalader la muraille rocheuse qui fermait l’enceinte là où elle avait été forcée, les mêmes qui avaient pénétré dans la place par ce point, essayèrent de renouveler cet exploit, mais n’étant plus surexcités par la chaleur du combat, ne purent y parvenir.
10, Dict.—Dans son dialogue de l’Ion.
12, Aristote.—Problem., 30.
13, Folie.—Les éd. ant. port.: fureur.
17, Argumente.—Dans le Timée.
CHAPITRE III.
Il n’est question qu’à la fin de ce chapitre de ce qui fait l’objet de son en-tête, qui ne s’expliquerait guère, par ce seul fait, si, se rappelant ce passage de Strabon: «C’est un bel usage de l’île de Ceos que, lorsqu’on ne peut plus vivre avec honneur, on ne vive pas misérable», on ne se disait que Montaigne a tout simplement interverti l’ordre de son sujet et l’a commenté avant de l’exposer.
24, Cathedrant.—Docteur, celui qui enseigne en chaire.
24, Volonté.—Les éd. ant. port.: sacro-sainte volonté.
26, Contestations.—Dans ce chapitre, l’auteur penche visiblement pour le suicide; mais ne voulant pas mettre les théologiens contre lui, il débute en rééditant son adhésion à tout ce qui, chez eux, est de principe, ainsi qu’il agit chaque fois qu’il va émettre une proposition tant soit peu hardie et en opposition avec les idées en cours, déclarant que telle n’est pas sa croyance et qu’il ne fait qu’enquérir et débattre.—J.-J. Rousseau, dans ses fameuses lettres pour et contre le suicide (Nouvelle Héloïse, liv. II, lettres 1 et 2), a puisé ici plusieurs des arguments qu’il met en avant.
26, Philippus.—En 338, après la bataille de Chéronée.—Cet exemple et les suivants sont tirés de Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
30, Agis.—Agis I, roi de Sparte.
«Qui sait mourir, n’a plus de maître.» Sully Prudhomme.
31, Viure.—Vraiement (add. des éd. ant.).
630,
3, Mesme.—Les Romains avaient rendu un décret autorisant à se tuer quiconque auquel la vie avait cessé de plaire.—Montesquieu, J.-J. Rousseau se prononcent en faveur du suicide; Madame de Stael le présente comme un acte héroïque. V. N. I, 632: Contraste.
7, Maison.—Son maître lui demandait «le pot à pisser», l’enfant refusa; son maître insistant, il préféra se tuer que d’accomplir ce qu’il considérait comme déshonorant.
10, Volontiers.—En 330, à la suite du refus qu’ils faisaient de lui donner cinquante de leurs enfants en otage. V. N. I, 226: Païs.
12, Dit.—Celui qui parle ainsi, c’est Sénèque, Epist. 70.
19, Romains.—Tacite, Annales, XIII, 56.—Boiocalus, chef d’une peuplade de Germains, revendiquait des terres disponibles, pour prix de sa fidélité envers Rome; déçu de sa demande, il fit cette réponse et tenta d’acquérir par la force ce qu’il ne pouvait obtenir autrement; mais le sort des armes lui fut défavorable, lui et ses gens furent exterminés (58).
25, Maladie.—La plupart de ces idées sont de Sénèque, Epist. 69 et 70.
41, Mediane.—C’est la veine qui paraît dans le pli du coude.
632,
2, A tuer... insensibles.—Et vescut depuis ayant cette partie du corps morte (var. des éd. ant.).
3, Insensibles.—Pline, Nat. Hist., XXV, 3.—Cicéron le cite comme un critique émérite qui distinguait aisément de quels auteurs étaient tels ou tels vers qu’on lui citait, tellement il était fait à la manière de chacun.
6, Stoiciens.—Cicéron, De Finibus, III, 18.
14, Hegesias.—Diogène Laerce, 94.
20, Speusippus.—Diogène Laerce, IV, 3.
22, Contraste.—Euripide attache au suicide une sorte de flétrissure;—Pythagore dit que l’homme est à son poste comme une sentinelle et qu’il ne peut l’abandonner sans l’ordre de son général;—Platon érigeait en principe que nous ne devons pas quitter le poste où les dieux nous ont placé;—Aristote le tient pour une lâcheté;—Cicéron met ces paroles dans la bouche de Paul-Émile, parlant à Scipion, son fils adoptif: «Vous devez constamment retenir votre âme dans le corps où elle a son poste, autrement vous seriez coupable de rébellion envers la bonté divine»;—Martial opine dans le même sens dans plusieurs de ses épigrammes: «Il est bien facile de mépriser la vie, quand on est dans le besoin; le véritable courage consiste à soutenir dignement sa misère». «Tandis que Fannius fuyait son ennemi, il se tue lui-même; n’est-ce pas, je vous le demande, une étrange folie, que de se tuer pour échapper à la mort?» «Je n’approuve pas un homme qui achète la renommée au prix de son sang, qu’il lui est aisé de répandre; j’estime celui qui peut se rendre digne de louanges sans se donner la mort.»—Sénèque: «Mourir ainsi, c’est s’avouer vaincu.»—S. Augustin dit que c’est à tort qu’on a exalté Lucrèce, Caton et d’autres qui se sont abandonnés au suicide.—Napoléon: «S’abandonner au chagrin sans y résister, se tuer pour s’y soustraire, c’est se retirer du champ de bataille avant d’avoir vaincu.»—Lamartine: «Quant à moi, je serais déjà mort mille fois de la mort de Caton, si j’étais de la religion de Caton; mais je n’en suis pas, j’adore Dieu dans ses desseins; obéir à Dieu, voilà la vraie gloire; mourir, c’est fuir.» V. N. I, 630: Mesme.
«Il est plus grand, plus difficile, De souffrir le malheur que de s’en délivrer.» Mme Deshoulières.
22, Plusieurs.—Les éd. ant. aj.: outre l’authorité qui en défendant l’homicide, y enueloppe l’homicide de soy-mesme: d’autres philosophes...
36, Caton.—V. N. III, 324: Regulus; N. II, 424: Premier.
634,
28, Vsque.—Sæpe vsque (var. de 80).
32, Loix.—Liv. IX.
42, Desdaigner.—L’assertion n’est pas établie d’une manière absolue. Certains cas de suicide semblent avoir été constatés chez quelques animaux. Outre ce qu’on dit du scorpion qui, entouré de charbons ardents, se pique de son propre dard pour se donner la mort, Montaigne donne comme exemple d’attachement (II, 172) le fait de deux chiens se jetant d’eux-mêmes dans les bûchers où brûlaient les corps de leurs maîtres. On cite comme s’étant laissé mourir de faim le cheval de Nicomède, roi de Bithynie, après que celui-ci eut été tué (N. II, 184: Ora); et Varron en mentionne (N. II, 176: Parenté) un autre qui se serait de lui-même précipité et brisé la tête, parce qu’on venait de lui faire saillir sa mère.
636,
5, Ἐξαγωγήν.—«Sortie raisonnable»; c’était l’expression employée par les Stoïciens. Diogène Laerce, VIII, 130.
11, Milesiennes.—Plutarque, Des Faits vertueux des femmes.
11, Reliques.—Restes; du latin reliquiæ qui a même signification. Reliques en français ne se dit plus guère que des saints que l’on conserve et propose à la dévotion des fidèles.
15, Ville.—En Allemagne, de 1880 à 1903, on a relevé 1.152 cas de suicide de garçons et de fillettes dans les écoles, dont 812 âgés de moins de 15 ans, soit 44 par an, sur lesquels un tiers par peur de punition.
28, Fortune.—Plutarque, Agis et Cléomène, 14.—Cléomène III, roi de Sparte, qu’il s’était aliéné par ses efforts pour y rétablir les institutions de Lycurgue, battu à Sellasie (222) par Antigone roi de Macédoine, s’embarquait pour passer en Égypte où il allait chercher un asile et solliciter des secours, quand eut lieu entre lui et Therycion, un de ses plus fidèles partisans, le fait dont il est ici question. Trois ans après, malgré toute sa ténacité, Cléomène suivit l’exemple de Therycion, le roi d’Égypte qui l’avait accueilli étant mort et son successeur ayant manifesté à son égard des dispositions tout autres.
34, Ancien.—Sénèque, Epist. 13.
638,
9, Si.—De tel biais (var. des éd. ant. à 88).
10, Inconuenient.—En 67, alors que Josèphe, gouverneur de Galilée au nom du grand conseil de Jérusalem en insurrection contre les Romains, se trouvait à Tarichée en butte à une sédition excitée contre lui, sous prétexte qu’il s’était approprié des prises qui provenaient d’extorsions et que, pour cette cause, il avait fait rendre à ceux qui en avaient été dépouillés. Étant parvenu à échapper par la fuite à ceux qui avaient dessein de le tuer, puis à se faire écouter par le peuple, il finit par le mettre de son côté. Josèphe, De Vita sua.
13, L’occasion.—A la première bataille de Philippes (en Macédoine) qu’après la mort de César, Antoine et Octave livrèrent à Cassius et à Brutus qu’ils poursuivaient, Cassius, qui commandait à l’aile gauche, la voyant plier et croyant à tort Brutus battu aussi de son côté, se perça de son épée. Un mois après, Brutus, vaincu en ce même lieu où il venait d’être victorieux, en fit autant (42). On dit qu’en mourant, il s’écria: «Vertu, tu n’es qu’un mot»; mais cette parole désespérante n’a rien d’authentique. V. N. II, 646: Brutus.
17, Victoire.—Montluc, Commentaires.—En 1544, dans le courant de l’action, le duc d’Enghien, voulant arrêter le gros de l’infanterie ennemie, qui, à un moment donné, devenait menaçant, le chargea à la tête de sa gendarmerie, mais ne parvint ni à le rompre, ni à l’arrêter, et éprouva des pertes énormes: «Dans son désespoir, M. d’Anguyen, dit Montluc, voyant ses gens de pied en fuite et qu’à peine lui restait cent chevaux pour soutenir le choc de cette colonne de cinq mille piquiers suivant toujours au grand trot leur victoire, deux fois se donna de l’espée dans son gorgerin, se voulant offenser soi-même.» Son acte de désespoir, comme l’effort de cette infanterie adverse, n’eurent pas de suites et la victoire se prononça en notre faveur.
24, Tuer.—Pline, XXV, 3, dit qu’il n’y a guère que trois sortes de maladie pour lesquelles on se tue: la pierre, les douleurs d’estomac et les douleurs de tête. Quant au droit de se tuer, qu’elles peuvent conférer, il n’en parle pas; du reste, les éd. ant. port.: accoustumé, au lieu de: «droit».
25, Retenüe.—Maladie dont Montaigne était atteint, c’est pourquoi il la cite à l’exclusion des deux autres que mentionnaient cependant les éd. ant.: la seconde, la douleur d’estomach: la tierce, la douleur de teste.
25, Seneque.—Epist. 58.
31, Corps.—Tite-Live, XXXVII, 46.—En 190; les Étoliens avaient été défaits par le consul Acilius Glabrio; Damocrite échappa de la sorte à la honte de figurer au triomphe qui fut décerné au vainqueur.
35, Couurir.—Tite-Live, XLV, 26.—En 167; Antinoüs et Théodotus, tous deux citoyens de Passaron, ville d’Épire, s’étaient compromis au point de ne pouvoir espérer trouver grâce auprès des Romains.
42, Siens.—Goze, petite île à l’occident de celle de Malte, dont elle n’est pas très éloignée; elle avait été cédée avec cette dernière en 1530, par Charles-Quint, aux Chevaliers de S.-Jean de Jérusalem, lorsque l’île de Rhodes leur avait été enlevée par les Turcs; ceux-ci et les corsaires d’Afrique la ravagèrent à diverses reprises, en particulier en 1551, année où se passa le fait que relate Montaigne; ils l’abandonnèrent peu après, ayant préalablement rasé le château.
640,
1, Antiochus.—Antiochus Épiphane, roi de Syrie, voulant fusionner les peuples sous sa domination, défendit aux Juifs de circoncire leurs enfants; ceux qui contrevenaient étaient crucifiés, leurs femmes pendues à leur côté avec leur enfant pendu au cou (167). Josèphe, Antiquités judaïques, XII, 5, 4.
12, Curée.—Montaigne renverse ici les rôles: Drusus Libon délibérait s’il se donnerait la mort ou s’il l’attendrait; Scribonia lui demanda quel plaisir il trouvait à faire la besogne d’un autre. Cette observation, dit Sénèque, Epist. 70, ne persuada pas Libon; il se tua et, ajoute-t-il, il eut raison.
30, Diuine.—Macchabées, II, 14.—En l’an 162; Nicanor était général de Démétrius I, roi de Syrie.
642,
1, Pelasgia.—Pelagia était d’Antioche (Asie Mineure) et était âgée de 15 ans seulement. Surprise chez elle par l’édit de persécution et mise en demeure de choisir entre sa virginité ou sa religion, elle obtint des soldats qui avaient envahi sa demeure un répit pour mettre ordre à sa toilette, promettant de les satisfaire; et, montant à l’étage supérieur, elle se précipita par une fenêtre. Sa mère et ses deux sœurs s’étaient enfuies; sur le point d’être atteintes, elles se dirigèrent vers la rivière qui était proche, y entrèrent comme pour s’y baigner, et s’avançant jusqu’à ce qu’elles perdissent pied, s’y noyèrent volontairement. S. Ambroise, De Virg., III.
1, Sophonia.—En 311, lors de la persécution à laquelle mit fin la victoire, sous les murs de Rome, de Constantin, qui assura le triomphe définitif du Christianisme (321). Rufin, Hist. ecclés., VIII, 27; Eusèbe, Hist. ecclés., VIII, 14, toutefois celui-ci ne la nomme pas, quoique ce soit la même.
15, Marot.—«De ouy et nenny», poésie de Cl. Marot:
«Un doulx nenny, avec un doulx sourire, Est tant honneste! Il vous le faut apprendre. Quant est d’ouy; si veniez à le dire, D’avoir trop dict je vouldrois vous reprendre; Non que je sois ennuyé d’entreprendre Le duict dont le desir me poinct; Mais je vouldrois qu’en me le laissant prendre, Vous me disiez: Non, vous ne l’aurez point.»
18, Passé.—Tacite, Ann., VI, 48.—En 36. Aruntius, impliqué dans un procès d’adultère imaginé pour le perdre, se tua, alors que ses amis cherchaient à lui persuader qu’il s’en tirerait en temporisant, disant que l’avènement à l’empire de Caligula lui faisait prévoir un esclavage pire que celui que Tibère avait fait peser sur eux et qu’il voulait mettre fin à la fois au passé et à l’avenir. L’estime en laquelle on le tenait était telle, que l’empereur Auguste, près de mourir, l’avait déclaré digne du rang suprême.
18, Proximus.—Tacite, Ann., XV, 71.
25, Prinse.—S’étant emparé du camp des Perses, Spargapisez et ses Scythes avaient fait main basse sur ce qui s’y trouvait, s’y étaient enivrés et endormis, si bien que surpris par leurs ennemis, ils avaient été faits prisonniers; revenu à lui, et apprenant le fâcheux état en lequel il se trouvait, Spargapisez sollicita qu’on lui ôtât ses liens et se tua (530). Hérodote, I.
28, Cheuance.—On comprenait sous ce nom l’ensemble de tout ce que quelqu’un possédait.
35, Soy-mesme.—En 475, pendant la deuxième guerre médique, lors des opérations qui suivirent la bataille de Platée. Hérodote, VII.
644,
16, Feu.—Le fait s’est passé sous la domination portugaise, qui, commencée en 1511, a pris fin en 1641, date à laquelle les Hollandais se substituèrent aux Portugais pour faire place en 1824 à l’Angleterre à laquelle ce territoire appartient actuellement.
20, Compagnie.—Tacite, Ann., VI, 29.—Scaurus s’était aliéné Tibère par une tragédie dont le sujet (Atrée) et quelques vers lui avaient été dénoncés comme une critique; ce fut la cause d’une accusation de lèse-majesté, que l’on renforça en y joignant une imputation d’adultère avec Livie, la mère de l’empereur, et de sacrifices magiques. A l’instigation de sa femme, qui partagea sa mort, il prévint son jugement, en se tuant (34).—Labéon, gouverneur de Mysie (Asie Mineure), était accusé de malversations; Tibère lui fit signifier qu’il lui interdisait sa maison; c’était une de ses formules de disgrâce et de proscription. Devançant la venue du bourreau, Labéon se fit ouvrir les veines; Paxéa, sa femme, imita son exemple (34).
21, Nerua.—Tacite, Ann., VI, 26.
34, Garde.—«Une femme ne cèle que ce qu’elle ne sait pas.» Proverbe.—Caton l’Ancien disait qu’il fallait se repentir de trois choses seulement: révéler son secret à une femme; passer un jour dans l’oisiveté; aller par mer dans un endroit accessible par terre.
35, Corps.—Auguste avait exprimé devant Fulvius ses regrets de laisser l’empire à Tibère son beau-fils et l’idée que, parfois, il avait de revenir sur sa détermination. Fulvius rapporta le fait à sa femme, et celle-ci à Livie, femme d’Auguste et mère de Tibère, qui vint récriminer. Aussi, le lendemain, quand Fulvius vint le saluer, lui disant suivant sa coutume: «Dieu te garde, César», Auguste lui répondit: «Dieu te fasse sage, Fulvius». Il comprit de suite par là que lui d’abord, sa femme ensuite, avaient trop parlé. Plutarque, Du trop parler, 9.—Tacite, Ann., I, 5, rapporte également le fait; mais il l’attribue à un nommé Fabius Maximus et ne dit pas que sa femme se tua, mais seulement qu’à ses funérailles on l’entendit s’accuser d’être la cause de sa mort.
36, Virius.—Tite-Live, XXVI, 13-15.—Après la défaite de Cannes, Capoue, à l’instigation de Vibius Virius, s’était détachée de Rome et avait ouvert ses portes à Annibal. Trois ans après, les Romains vinrent mettre le siège devant cette ville; il durait depuis deux ans déjà, et ils avaient dû l’interrompre à diverses reprises, mais enfin la résistance était à bout, quand Vibius, pour échapper à leur vengeance, prit la détermination dont il est ici question (211).
646,
19, De là.—De Capoue, ou de la Campanie, comme dit Tite-Live, Ann., XXVI, 15.
33, Consul.—Lors de la reprise de Capoue par les Romains (211).—D’après une autre version, Jubellius Taurea ne se serait pas tué lui-même; compris au nombre de ceux condamnés à périr, il aurait simplement à ce moment apostrophé le consul Quintus Fulvius. Tite-Live rapporte également qu’au moment où le supplice de ces sénateurs s’apprêtait, on remit au consul un courrier arrivant de Rome, contenant un sénatus-consulte leur faisant grâce, et que Fulvius, le pressentant, remit à l’ouvrir jusqu’à ce que l’exécution fût terminée.
39, Vie.—Ce fait semble se rapporter non à une ville des Indes, mais à celle des Marmaréens, peuplade qui occupait sur les frontières de la Lycie un rocher fortifié. Ayant attaqué l’arrière-garde d’Alexandre, celui-ci revint sur ses pas et mit le siège devant leur forteresse; convaincus bientôt de l’inutilité de toute résistance, ses défenseurs décidèrent de tuer enfants, femmes et vieillards, de mettre le feu aux maisons, d’exécuter ensuite une sortie et de se sauver dans les montagnes voisines, ce qu’ils firent (334). Diodore de Sicile, XXVII, 18.
648,
17, Suiuoit.—En 206. Astapa était assiégée par Marcius, chevalier romain, qui, après la mort des deux frères Scipions, avait pris le commandement de l’armée (V. I, 42 et N. Freres); fidèle aux Carthaginois et placée sur les communications de l’armée romaine, elle en interceptait les convois. Tite-Live, XXVIII, 22, 23.
24, Soy.—En 348. Abydos, auj. un des forts des Dardanelles, était une colonie d’Athènes; la guerre entre Philippe roi de Macédoine et les Athéniens avait été amenée par la mise à mort par ceux-ci de deux Acarnaniens (l’Acarnanie était située entre l’Étolie et l’Épire), peuple allié de Philippe, qui par suite d’une erreur de leur part, bien que non initiés, étaient entrés dans le temple de Cérès pendant la célébration des mystères d’Éleusis. Tite-Live, XXXI, 17 et 18.
27, Separées.—Que lorsqu’elles ont été prises séparément.
28, Iugements.—C’est exactement l’idée qui a cours aujourd’hui sur la mentalité des foules et la modification qu’y subissent, momentanément mais inéluctablement, les facultés intellectuelles de quiconque s’y trouve mêlé. V. N. I, 488: Roy.
650,
2, Testament.—Tacite, Ann., VI, 29.—Au Japon, les nobles qui sont condamnés à mort peuvent encore, dit-on, par faveur spéciale obtenir de s’exécuter eux-mêmes par le harikiri, privilège des hautes classes, qui consiste à s’ouvrir le ventre et, simultanément, être décapité par un ami, suivant un rite particulier; mourant de la sorte, ils évitent eux aussi la confiscation de leurs biens qui passent à leurs héritiers.
4, Iesus-Christ.—Epist. ad Philipp., I.
5, Liens.—Epist. ad Rom., VII.
5, Ambraciota.—D’Ambracie. Cicéron, Tusc., I, 34.
6, Phædon.—Un des dialogues de Platon, ainsi appelé du nom d’un des disciples de Socrate les plus fidèles à sa doctrine; dans le Phédon, il est traité plus particulièrement de l’immortalité de l’âme. V. N. II, 72: Platon.
11, Soissons.—En 1250, quand, après la bataille de Mansourah, l’armée se retirait sur Damiette, retraite dans laquelle saint Louis fut fait prisonnier.
16, Terres.—L’Amérique. Cela se voit aussi dans l’ancien continent: au Japon, aux Indes; dans cette dernière contrée, au royaume d’Aracan, on promène chaque année l’idole Guiay-Pora dans un grand char sous les roues duquel les plus dévots du pays se font écraser.
25, La iustice... volontaires.—Ce doubte (var. des éd. ant.).
31, Soy.—Valère Maxime, II, 6, 7.—Ce désir de mort volontaire y était admis pour cause soit d’adversité, soit de prospérité: l’une si elle était de durée prolongée, l’autre de peur qu’elle ne vînt à cesser; le fait relaté dans l’alinéa suivant rentre dans ce dernier cas.
31, Ailleurs.—Suivant Amundsen, explorateur moderne (1900), le suicide est permis chez les Esquimaux.
35, Compagnie.—Valère Maxime, II, 6, 8.—Le fait se passait en 51.
652,
19, Mercure.—Dieu de l’éloquence, du commerce et des voleurs; avait aussi la mission de conduire les âmes aux Enfers, où toutes, indistinctement, allaient après la mort: les unes aux Champs Élysées, séjour des bons; les autres au Tartare, réservé aux méchants.
25, Hyperborée.—Nation que Pline, Hist. nat., IV, 12, place au delà de l’Océan glacial arctique qu’il nomme Aquilon glacial, où, dit-il, les jours sont de six mois, les nuits de même durée; nation heureuse, ajoute-t-il, où la discorde est ignorée ainsi que toute maladie, où on ne meurt que par satiété de la vie.
31, Incitations.—Cicéron, Tusc., II, 27.—Cette opinion est conforme à la doctrine des Stoïciens, qui qualifiait de lâches ceux qui s’attachaient quand même à la vie, lorsque les infirmités les accablaient ou qu’ils étaient l’objet d’infortunes flétrissantes.—En somme, indépendamment des avis particuliers, dans un sens ou dans un autre, déjà cités (V. N. I, 630: Mesme; N. I, 632: Contraste), d’une façon générale: La loi de Moyse réprouve le suicide; les suicidés chez les Hébreux étaient privés de sépulture ou tout au moins enterrés de nuit, la Bible mentionne du reste fort peu de suicides. Les anciens livres sacrés des Hindous, les Védas, le condamnent, mais la religion de Brahma l’encourageant à titre de sacrifice religieux, le nombre de ceux qui, dans les Indes, s’immolent ainsi par fanatisme est inouï. En Chine, le suicide est fréquent; au Japon, on s’en fait souvent un point d’honneur. Zoroastre le condamne; de même Mahomet, et les suicides sont très rares chez les Musulmans. Dans l’antiquité grecque où Socrate en est un adversaire déclaré, il se produit fréquemment; et quoique condamné en principe par les lois, comme le Sénat à Marseille, l’Aréopage à Athènes l’autorisait quand il en approuvait les motifs. Nous connaissons l’opinion des Stoïciens; les Sceptiques, eux, se désintéressaient de la question. A Carthage, les fluctuations de la politique firent qu’il était de pratique courante. A Rome, rare au début, il l’est beaucoup moins vers la fin de la République, et, sous l’empire, nombreux sont ceux qui ont recours au suicide pour échapper à la tyrannie du prince; mais sous tous régimes il est réprimé avec une extrême rigueur chez le soldat dont toute tentative avortée entraîne la peine capitale. Il est fort en honneur chez les peuples primitifs de la Gaule, les vieillards y avaient souvent recours. Parmi les chrétiens, saint Augustin est le premier qui se prononce contre, sans restriction aucune; les conciles qui suivent le frappent d’excommunication; sous saint Louis, les suicidés sont jugés et les mesures prises contre leurs restes sont empreintes d’une extrême sévérité et leurs biens sont confisqués. Le protestantisme le réprouve également; J.-J. Rousseau et Voltaire se déclarent plutôt pour que contre; la Révolution abroge les peines qui le frappent.—Depuis, en France, comme partout ailleurs du reste, il tend à augmenter d’année en année particulièrement dans les grandes villes, motivé surtout par des maladies cérébrales, les souffrances physiques, et l’inconduite; puis encore par la misère, les revers de fortune, les chagrins domestiques, des amours contrariés, le désir d’éviter des poursuites judiciaires, l’ivrognerie, et chez quelques-uns le dégoût du service militaire. De 1.700 par an qu’était, en moyenne, en France, en 1827 le nombre des suicides, il s’est élevé, par une gradation ininterrompue, à 7.267 en 1865; sur ce nombre qui comprend des enfants de seize ans et au-dessous, les gens mariés entrent pour moitié, les femmes pour un quart. Cette progression est due à la même cause qui fait que la criminalité va croissant; chacun veut, chaque jour davantage, l’existence meilleure et plus facile et en supporte d’autant moins les déboires inévitables, ce qui est plutôt veulerie; on ne saurait douter non plus que n’y contribue chez beaucoup l’affaiblissement de la foi qui seule, qu’elle repose sur la vérité ou l’erreur, ce qui importe peu, donne, quoi qu’on en dise, aux croyants (heureuses gens!), patience et consolation en cette vie.—Pour conclure, on peut dire du suicide, comme de tant d’autres choses de ce monde, que le jugement à en porter est essentiellement variable suivant chaque cas particulier; s’il est en général à condamner, il est parfois excusable et dans quelques circonstances être le fait d’un grand caractère et d’un non moins grand courage, ne prêtant en rien à la critique la plus sévère.
CHAPITRE IV.
654,
1, Auec.—Grande (add. des éd. ant.).
7, Grec.—Montaigne avait appris le grec, il n’y a pas doute à ce sujet; mais il ne l’avait jamais su à beaucoup près comme le latin, et il est fort croyable qu’à l’âge où il était arrivé il n’y entendait plus grand’chose.
7, Sens.—Si beau (add. des éd. ant.).
16, Breuiaire.—Livre dont les ecclésiastiques doivent lire journellement des passages déterminés; par extension, livre de lecture habituelle, qui «ne quitte point nos mains, nuit et jour feuilleté», a dit Boileau.
17, Resigne.—Abandonne, signale.
21, Soy.—Moins embarrassé, plus naturel.
23, Plutarque.—Traité de la Curiosité, 14.
656,
15, De Boutieres.—Du Bellay, IX.—En 1543. Cet avis portait qu’une tentative allait être faite, à l’aide de voitures de foin qu’on chercherait à introduire dans la ville dont il était gouverneur, pour s’emparer de l’une des portes. De Boutières négligea d’en prendre connaissance et ce ne fut que par le fait du hasard qu’échoua ce coup de main consistant en cinq voitures de foin, portant au-dessous de leur fond des cages très ingénieusement aménagées, dans chacune desquelles avaient pris place six soldats qui devaient en sortir à l’improviste et, avec l’aide des conducteurs qui étaient également des soldats déguisés, assaillir le poste et s’en emparer.
20, Presenta.—Plutarque, J. César, 17.—Cet avis fut donné à César par Artémidore de Cnide, qui enseignait à Rome les lettres grecques et latines; voyant habituellement les complices de Brutus, il était en partie au courant de la conjuration. «Lisez seul et promptement,» lui dit-il en lui remettant son écrit. César essaya de lire à plusieurs reprises, mais il en fut empêché par la foule de ceux qui venaient lui parler; d’autres disent que cette même foule empêchant Artémidore d’approcher, il lui fit remettre ses papiers par un autre; toujours est-il que César entra au Sénat sans en prendre connaissance. Les éd. ant. aj. ici: contenant le faict de l’entreprise.
24, Preparoit.—Plutarque, De l’esprit familier de Socrate, 27.—En 378; le premier Archias était un capitaine thébain, gouvernant Thèbes au nom de Sparte qui l’y avait installé; l’autre, son hôte et son ami, était souverain-pontife à Athènes.
33, Faire.—En 1846, le prince de Metternich, chancelier d’Autriche, celui-là même qui avait tant contribué à la chute de Napoléon Ier, était, dit-on, jouant un soir aux cartes, quand survint une dépêche de Gallicie, où régnait une certaine fermentation. Tout entier à son jeu, ce ne fut que trois heures après qu’il décacheta cette dépêche, par laquelle on lui transmettait des propositions qui eussent tout arrangé. C’était trop tard: il y avait urgence, et la réponse n’arrivant pas, un conflit s’était produit, faisant deux mille victimes. Le prince garda tout le restant de ses jours le remords de cet instant d’oubli.
34, Consulaire.—Plutarque, Propos de table, I, 3, 2.
35, Deliure.—Plus dégagé.
36, Pour entretenir... assis.—Var. des éd. ant.: ou pour porter nouuelles à celuy qui seroit assis, ou pour lui donner quelque aduertissement à l’oreille.
CHAPITRE V.
658,
Conscience.—«Il est au fond de nos âmes un principe inné de justice et de vertu, d’après lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises; c’est à ce principe que je donne le nom de conscience.» J.-J. Rousseau.
1, Voyageant... durant.—Var. de 80: Ie passois vn iour païs pendant.
7, Air.—Foyer (var. des éd. ant.).
19, Masque.—Sur sa physionomie et malgré la croix, signe distinctif des catholiques, qu’il portait sur sa casaque (sorte de pardessus à manches larges), bien qu’il n’appartînt pas à ce parti.—Les protestants portaient l’écharpe; celle des partisans de Henri IV était blanche.
25, Pœonien.—Ce mot signifie à la fois: chargé des soins à donner aux paons, et individu originaire de la Pœonie. Les deux sens ont cours; avec le premier, Bessus serait une sorte de valet de ferme; nous avons adopté le second, l’anecdote étant vraisemblablement tirée de Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 8, qui le qualifie de capitaine, chef d’une troupe à pied, et le donne comme ayant abattu ce nid avec une pique qu’il avait en main.
31, Penitence.—On fait souvent allusion à ce mode d’intervention imprévu de la Providence, sous le nom des «Grues d’Ibycus». Ibycus assassiné par des brigands, au milieu d’une forêt, était sur le point d’expirer, quand voyant dans les airs un vol de grues, il les prit à témoin de l’attentat dont il était victime. Quelque temps après, ses assassins se trouvant aux jeux Olympiques, l’un d’eux, voyant passer un vol de grues, s’écria imprudemment: «Voilà les témoins d’Ibycus!» Ce propos, sur lequel il fut appelé à s’expliquer, révéla leur culpabilité. Erasme.
660,
1, Peché.—Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 9.
2, L’attend.—Sénèque, Epist. 105, à la fin.
2, Meschanceté.—D’elle mesme (add. de 80).
8, Cantharides.—Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 9.—La cantharide est un insecte de la famille des coléoptères, qui, réduit en poudre, est la base des vésicatoires. Cette poudre, absorbée à l’intérieur, est un poison violent qui était assez en usage chez les anciens. Ils attribuaient en outre à la piqûre même de l’insecte la propriété de donner la mort qui se produisait, croyaient-ils, dans la disposition où l’on était à l’instant où l’on était piqué: si à ce moment, par exemple, on riait, on mourait en riant. La science moderne assigne le camphre comme antidote des empoisonnements par la cantharide; quant à recéler en elle-même son contrepoison, Plutarque ne le rapporte que comme un on-dit.
18, Maux.—Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 9; Polyen, IV, 6, 18.
20, Mesmes.—Sénèque, Epist. 97.—Sophocle et Lucien émettent une idée analogue: «Rien n’est caché, car le temps voit, entend et révèle tout,» dit le premier. «Tu pourras peut-être, dit le second, dérober aux hommes la connaissance de tes actions coupables; tu ne le pourras envers les dieux malgré tous tes calculs.»—La formule d’Épicure que donne Montaigne et que L. Racine a traduite dans son poème de La Religion:
«De ses remords secrets triste et lente victime, Jamais un criminel ne s’absout de son crime... Le cruel repentir est le premier bourreau Qui dans un sein coupable enfonce le couteau»,
semble moins prêter à controverse, et cependant on peut dire que chez le méchant, c’est-à-dire chez celui en lequel le mal prédomine, la conscience est oblitérée; soit parce qu’elle a toujours été telle, soit parce que trop souvent il a négligé de l’écouter, elle ne se fait plus entendre, le remords n’existe pas. Aussi sommes-nous de ceux qui n’en voulant pas au méchant, le considérant comme inconscient, voyons en lui un être malfaisant que la société a le devoir non de punir, elle n’a guère elle-même la faculté d’en juger sainement, mais de mettre hors d’état de lui nuire, comme elle fait d’un fou, d’un pestiféré, d’une bête fauve, d’un chien enragé, lorsqu’il est avéré qu’il constitue un danger public. Contrairement à ce qu’a introduit la chicane, c’est le fait qui est à apprécier et non l’intention; la constatation du premier est généralement facile, l’autre est toujours impossible, notre état mental, à tous, à un moment donné, essentiellement variable, échappant à toute appréciation: principe qui est la base de la loi du talion et de l’action civile ou réparation du préjudice causé. Il est à portée des intelligences les plus simples et a suffi dans les sociétés primitives à assurer le maintien de l’ordre, à protéger les personnes et les choses, au moins aussi bien que nous y parvenons dans nos sociétés modernes avec notre législation si prolixe, où tout est agencé pour jeter de la confusion dans les esprits, favorisant les mauvais au préjudice des bons, à l’opposé de ce que commandent la raison et l’équité.
31, Importante.—Plutarque, Comment on peut se louer soi-même, 5.—En 190. Scipion l’Africain, la loi semblant s’y opposer et les questeurs hésitant à le faire, de lui-même, simple particulier à ce moment, mais déjà paré des lauriers de Zama, avait ouvert le trésor public réservé pour parer à une guerre contre les Gaulois, et y avait puisé pour faire face aux besoins de la guerre que Rome méditait contre Antiochus, roi de Syrie, dont les progrès commençaient à donner de l’inquiétude, guerre dont son frère allait être chargé.
33, Teste.—De juger dans une affaire pouvant entraîner une condamnation capitale.
40, Suitte.—Valère Maxime, III, 7, 1.—En 188. Il avait accompagné son frère en Asie en qualité de lieutenant, et, en réalité, dirigé la guerre qui avait contraint Antiochus à restituer aux alliés de Rome toutes les conquêtes qu’il avait faites sur eux, quand, à leur retour, les deux frères furent accusés par le tribun Nevius de s’être laissé corrompre par l’ennemi.
47, Pieces.—Tite-Live, XXXVIII, 54 et 55.—En 187. Cette accusation portée contre Scipion l’Africain et Scipion l’Asiatique est la même, renouvelée, que la seconde dont Montaigne vient de parler et à laquelle ils avaient échappé l’année précédente en évoquant le souvenir de Zama. Sommé de produire ses comptes, Scipion l’Africain lacéra le registre où ils étaient consignés, disant qu’«il ne s’abaisserait pas à se justifier d’une dépense de 4.000.000 de sesterces (800.000 fr.) pour une expédition, lui qui, par ses victoires, avait enrichi le trésor de 200.000.000 de sesterces (40.000.000 de fr.), et n’en avait rapporté que le surnom d’Africain, et que s’ils étaient riches, c’était en ennemis beaucoup plus qu’en argent»; et il s’exila volontairement à Literne en Campanie, où il mourut en 184. Son frère fut condamné à une forte amende; ne pouvant la payer intégralement, il allait être conduit en prison, quand T. Sempronius Gracchus, autre tribun du peuple, qui jusqu’alors s’était montré l’ennemi des Scipions, s’y opposa. Ruiné par cette amende, Lucius Scipion n’accepta de ses parents et amis, qui mirent à sa disposition des sommes immenses, que de quoi racheter ce qui était strictement nécessaire à son existence.
47, Cauterizée.—Ulcérée, torturée par le remords.
662,
4, Innocence.—«La vertu s’avilit à se justifier.» Voltaire, Œdipe.
5, Gehennes.—La torture, appliquée aux accusés pour les forcer à avouer leur crime ou nommer leurs complices, dite question préalable, a été abolie en France par Louis XVI, en 1780.
11, Guerdon.—Une si belle récompense que celle.
22, Confessions.—Accusations, porte l’éd. de 88.
24, Fit.—Quinte Curce, VI.—En 329. Accusé d’avoir trempé dans un complot contre Alexandre le Grand, fut mis à la torture, déclaré coupable et lapidé. Le fait principal à sa charge était que pendant deux jours, alors qu’à diverses reprises il avait vu le roi, de l’intimité duquel il était, et ayant toute qualité pour l’entretenir, il ne lui avait pas donné avis d’une conjuration dont il avait été averti pour l’en prévenir, et à deux reprises différentes avoir répondu à celui qui l’en avait instruit, que l’occasion lui avait manqué pour le faire; ce que, pour sa défense, il expliquait en disant qu’il n’avait pas attaché d’importance à la révélation qui lui avait été faite, n’estimant pas vraisemblables les projets qu’on lui dénonçait.
35, Conte.—Il est dans Froissart, IV, 87.
37, Iusticier.—Bajazet I, appelé aussi l’Amorabaquin, ce qui signifierait fils d’Amurat.
CHAPITRE VI.
664,
6, L’exercitation.—Montaigne traite dans ce chapitre de l’exercice de la vertu, ou plutôt de la nécessité de ne pas se borner à l’exalter et d’y joindre la pratique.
11, Empeschée.—Les éd. ant. aj.: Quelques bonnes opinions qu’elle ait.
16, Escient.—Exprès, à dessein; c’est un sens que ce mot a fréquemment dans les Essais.
666,
2, Marault.—Monstre (var. des éd. ant. à 88).
12, Amis.—Sénèque, De Tranq. animi, 14.—Allant au supplice, ajoute Plutarque, il dit à un de ses amis qui l’accompagnait, qu’il viendrait lui parler la nuit suivante; il lui apparut en effet et discourut avec lui sur l’immortalité de l’âme et la lumière pure et éclatante dans laquelle la sienne se trouva après la mort.—Dans un autre ordre d’idées, surtout dans un but humanitaire et avec l’arrière-pensée d’y trouver un argument pour la suppression de la peine de mort, on s’évertue aujourd’hui à reconnaître si un individu décapité conserve encore sa connaissance dans l’instant qui suit l’exécution: si par exemple, à l’appel de son nom, un indice se produit qu’il l’a perçu; jusqu’ici les expériences faites à cet égard n’ont rien donné de concluant.
38, Souffrances.—Actions, port. les éd. ant., à quoi celle de 80 aj.: opérations.
668,
1, Insensible.—«Qu’on interroge les médecins et les ministres du culte accoutumés à observer les actions des mourants et à recueillir leurs derniers sentiments, ils conviennent qu’à l’exception d’un petit nombre de maladies aiguës où l’agitation causée par des mouvements convulsifs semble indiquer des souffrances chez le malade, dans toutes les autres on meurt doucement, tranquillement et sans douleur.» Buffon.—Cela est vrai, mais en tant seulement des derniers moments où l’organisme brisé par le mal qui le détruit est anéanti et va cesser d’être, autrement c’est assez discutable; la plupart du temps ce n’est qu’une accalmie et ce passage de vie à trépas a été précédé de souffrances dont il y a lieu de tenir compte avant de conclure.—«Une douleur très vive, ajoute Buffon, pour peu qu’elle dure, conduit à l’évanouissement ou à la mort. Nos organes, n’ayant qu’un certain degré de force, ne peuvent résister que pendant un certain temps à un certain degré de douleur; si elle devient excessive, elle cesse, parce qu’elle est plus forte que le corps, qui, ne pouvant la supporter, peut encore moins la transmettre à l’âme, avec laquelle il ne peut correspondre que quand les organes agissent, etc...»—En écrivant ce passage, et quelques autres que nous signalons plus loin, Buffon s’est certainement rappelé plusieurs idées de ce chapitre des Essais. Le Clercq.
21, Mort.—Montaigne a déjà dit la même chose, à peu près dans les mêmes termes. V. I, 122 et N. Mort.
23, L’effort.—Montaigne est ici bien dans le vrai, quoiqu’il agisse tout autrement, car son livre est plein de l’attente de cet événement. A quoi bon en effet cette préoccupation continue de la mort? Avec cette pensée toujours présente à l’esprit, on n’entreprendrait jamais rien, on ne jouirait de rien, et notre existence se passerait tout entière anxieuse et stérile. Qu’on y soit constamment préparé, c’est-à-dire qu’on ait toujours ses affaires en ordre, parce qu’elle peut nous surprendre, c’est raisonnable; que celui qui croit en une autre vie, où il renaîtra avec son individualité, et recevra la récompense ou le châtiment de ses faits et gestes sur cette terre, pense fréquemment à cette fin dernière pour y puiser une aide dans la voie du bien et une consolation dans l’affliction, cela se conçoit, mais quelle superfluité que de s’en préoccuper sans cesse! Quelles que soient les dispositions en lesquelles nous nous sommes ingéniés à être pour la recevoir, elle accomplit son œuvre sans que la pose que nous y mettons, y change quoi que ce soit, non plus que si elle vient sans que nous nous soyons mis en peine pour la recevoir.
25, Deuxiesmes.—Il y eut, en ce temps, huit guerres de religion: la seconde, de 1566 à 1568, fut marquée par le combat de S.-Denis où fut tué le connétable de Montmorency; la troisième, de 1568 à 1570, en cette dernière eurent lieu les batailles de Jarnac et de Montcontour.
36, Petit homme.—C’est Montaigne lui-même; voir son portrait ch. XVII du liv. II.
38, Contre-mont.—Ou, comme on dit familièrement, les quatre fers en l’air.
39, Estendu.—Mort estendu, port. les éd. ant.
670,
15, Menus.—Peu à peu.
40, Foiblesse.—L’éd. de 88 aj.: et de longue maladie.
41, Douleurs.—Les plus terribles agonies elles-mêmes effraient plus les spectateurs qu’elles ne tourmentent le malade. Combien n’en a-t-on pas vu qui, après avoir été à cette dernière extrémité, en sont revenus n’ayant aucun souvenir de ce qui s’était passé, de ce qu’ils avaient paru sentir; ils avaient réellement cessé d’être pour eux-mêmes pendant ce temps, puisqu’ils sont obligés de rayer de leur existence les moments passés dans cet état duquel il ne leur reste aucune idée; c’est qu’en effet la douleur que peut endurer le corps est proportionnée à sa force et à sa faiblesse; or, dans l’instant de la mort, il est plus faible que jamais, il ne peut donc éprouver qu’une très petite douleur, si même il en éprouve quelqu’une. Buffon.
42, Penibles.—La douleur de l’âme ne peut être produite que par la transmission qu’elle en reçoit du corps; une douleur excessive, venant à excéder ce que le corps peut supporter, l’anéantit et du même coup le fonctionnement de ses organes; il est hors d’état de continuer à transmettre à l’âme ses sensations, dont elle cesse, elle aussi, d’être affectée, n’en recevant plus communication. Buffon.
672,
33, Ego.—Iris, messagère des dieux et en particulier de Junon.
674,
4, Sens.—Qui sortent au hasard, mais n’ont aucun sens.
23, Dressent et couchent.—Les éd. ant. port.: et esmeuuent.
36, Nue.—En l’air.
41, Vsage.—Comme par habitude.
676,
13, Moins poisante.—Les éd. ant. port.: si plaisante.
20, Encore.—Quatre ans après (add. de 80).
33, Leger.—J.-J. Rousseau nous a laissé, lui aussi, un récit de ses sensations, lors d’une chute à Menilmontant, en 1776.
35, Pline.—Nat. Hist., XXII, 24.
678,
6, Anciens.—Dans le nombre: chez les Grecs, Archiloque et Alcée; chez les Latins, Lucilius, et plus tard Marc-Aurèle et S. Augustin, ce dernier dans ses Confessions. En des temps plus rapprochés: J.-J. Rousseau, également dans ses Confessions qui, elles, ne sont que du roman; Restif de la Bretonne, dans S. Nicolas ou le cœur humain dévoilé (1794).
24, Place.—C.-à-d. faire toilette et prendre une attitude convenable pour se présenter, se produire en société.
25, Vicieux.—Pascal, qui prohibait jusqu’au mot «moi», a dit au sujet des Essais: «Le sot projet que Montaigne a eu de se peindre lui-même.» Voir N. II, 18: Extrauagant, la réponse qu’y fait Voltaire.
39, Veaux.—Balivernes, niaiseries, contes ridicules. Cette locution vient de ce que les veaux ne se bridant pas, les brides à veaux n’existent pas, que c’est autant dire rien.
680,
4, Trottoir.—C.-à-d. sur la voie publique, si bien que tout le monde en parle ou est à même d’en parler.
9, Voisins.—Les protestants.
12, Viure.—«Vivre, est le métier que je lui veux apprendre.» J.-J. Rousseau, Émile, I.
15, Gloire.—S’il est vain et présomptueux de proclamer soi-même ce que l’on vaut.—Le mot gloire était souvent employé, à cette époque, dans ce sens de vanité, présomption.
16, Hortense.—Mis pour Hortensius; Montaigne manque à son parti pris de ne pas franciser les noms propres étrangers; ce qui, par habitude, lui arrive encore parfois.
25, Skeletos.—Un squelette, ou plutôt un écorché pour études anatomiques.
31, Indifferemment.—Caton l’Ancien disait qu’il était aussi ridicule de se louer soi-même, que de se blâmer.
35, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 7.
35, Fausseté.—Nul homme vertueux ne cherche à se faire valoir par les qualités qu’il n’a pas.
682,
22, Nihilité.—Néant; mot forgé par Montaigne, du latin nihil, rien.
23, A certes.—Sincèrement, sérieusement.
FIN DES NOTES DU PREMIER VOLUME.
NOTES.
DEUXIÈME VOLUME.
LIVRE SECOND (Suite).
CHAPITRE VII.
10,
1, Cæsar.—Suétone, Auguste, 25.
10, Meurte.—Myrte; ce nom de meurte lui était assez général dans le midi de la France.
12, Flambeau.—Lors de la première guerre punique, après la bataille de Mylos (260), la première victoire navale qu’ils aient remportée, les Romains décernèrent au consul Duilius, avec les honneurs du triomphe, le privilège de se faire accompagner, le soir, à la lueur de flambeaux et au son des flûtes; de plus, une colonne rostrale fut élevée sur le forum, colonne qui existe encore, restaurée à la vérité, et sert actuellement de support à un réverbère!
13, Titres.—Après la Révolution de 1793, Napoléon rétablit la noblesse en France. Déjà en 1804, Masséna, entre autres, avait été fait duc de Rivoli; mais de 1806 date réellement la constitution de la noblesse impériale qui, dès le début, outre les royautés des Espagnes, de Hollande, de Naples et de Sicile, la vice-royauté d’Italie, comprit les duchés de Dalmatie, d’Istrie, du Frioul, de Cadore, de Bellune, de Conégliano, de Trévise, de Feltre, de Bassano, de Vicence, de Padoue et de Rovigo; auxquels vinrent s’ajouter plus tard et successivement ceux de Bénévent, Gaète, Otrante, Ponte-Corvo, Reggia, Trente, Massa, Carrare, Parme, Plaisance, Clèves et Berg, d’Auerstadt, d’Elchingen, les principautés de Guastalla, de Neufchatel, de Wagram, d’Essling, etc. Les Ministres, Sénateurs, Conseillers d’État, etc., devinrent comtes; les Présidents des diverses cours, les évêques, les maires des 52 villes les plus importantes de l’empire devinrent barons; réserve était faite pour les généraux, préfets, officiers civils et militaires des titres qui pouvaient être conférés à chacun.—De nombreuses dotations furent jointes à certains de ces titres, elles arrivèrent à dépasser 30.000.000 fr. de revenus, dont partie constituaient des majorats, c’est-à-dire étaient attribués à titre perpétuel et inaliénable à l’aîné des fils. Ces majorats pouvaient être également constitués, avec ou sans le concours de l’État, par le dignitaire lui-même: les grands dignitaires de l’empire, en affectant 200.000 fr. de revenus à ces majorats, conféraient à leur fils le droit de porter le titre de duc, dès le vivant du père; les comtes ayant 30.000 fr. de revenus, les barons en ayant 15.000 et en constituant un tiers en majorat, dotaient l’aîné de leurs enfants du titre immédiatement inférieur au leur et les autres étaient chevaliers; de ce fait, le budget est aujourd’hui encore grevé de plus d’un million.—En tout, Napoléon Ier a fait 9 princes, 32 ducs, 388 comtes et 1.000 barons.
Trois générations successives dans la Légion d’honneur transmettaient la noblesse à toute la descendance; cette disposition, tombée d’elle-même, n’a pas été abrogée.
Enfin en 1811, on procéda à la régularisation des anciens titres féodaux, qui avaient été supprimés par décret du 17 juin 1790 de l’Assemblée constituante.
En principe, l’institution des titres de noblesse se justifie parfaitement; mais la prodigalité les discrédite et leur perpétuité, qui contribue à les multiplier outre mesure, les fait tomber dans la banalité et leur enlève tout stimulant. Leur transmission semblerait devoir être limitée à une, deux, trois ou quatre générations au plus, chacune ne conservant que le titre immédiatement inférieur à celui de la génération précédente, si par elle-même elle n’en a acquis un plus élevé. C’est le système inverse qui est appliqué, aggravé encore par les substitutions, abus que rien ne justifie, qui font que sur les 50.000 nobles qu’on peut compter en France, un millier à peine peut se prévaloir de titres qui soient indéniables.
Quant à la particule de, dite nobiliaire et regardée communément comme attestant une noble origine, elle n’a jamais eu, par elle-même, ce caractère et n’est pas un critérium infaillible de noblesse.
Abolis à nouveau par la République de 1848, les titres de noblesse ont été une seconde fois rétablis en 1852 par le prince Louis Napoléon.
13, Armoiries.—La maison d’Estaing, par exemple, portait des fleurs de lys dans ses armoiries, parce qu’à la bataille de Bouvines (1214), l’un des siens avait sauvé la vie au roi Philippe-Auguste.
12,
3, Sainct Michel.—L’ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI en 1469. Cet ordre, primitivement destiné à la haute noblesse, finit par être accordé aux gens de robe, de finance, etc.; supprimé à la Révolution, rétabli à la Restauration, il a été définitivement aboli en 1830.
10, Plustost... vtile.—Var. de 80: qu’à nulle autre.
12, D’occasions.—Add. des éd. ant.: c’est vne monnoye à toute espece de marchandises.
16, Trahison.—Add. des éd. ant.: et autres que nous employons à nostre vsage, par l’entremise d’autruy.
28, Fidelité.—L’éd. de 80 port.: frugalité.
32, D’honneur.—Ces récompenses honorifiques.
34, Largesse.—Les décorations sont en effet un moyen précieux de reconnaître le mérite et les services rendus; mais l’abus le déconsidère; et ce que constate ici Montaigne pour l’ordre de S.-Michel est presque chose faite pour notre ordre de la Légion d’honneur qui pendant près de trois quarts de siècle a été à si juste titre en si haute estime; si bien qu’aujourd’hui, nombre de ceux qui croient l’avoir mérité, dédaignent de le porter, tant il a été prodigué; au commencement de 1907, en effet, on ne comptait pas moins, en France, de 52.000 membres de la Légion d’honneur et 220.000 décorés ou médaillés de tous ordres nationaux; jamais il n’avait été fait pareille débauche de décorations que depuis que nous sommes en République, gouvernement qui par sa nature même devrait en être plus sobre que tout autre.—Outre l’abus qu’on fait de cette décoration, on en crée journellement de toutes sortes; croix et médailles pullulent, sans compter les décorations étrangères pareillement distribuées avec non moins de profusion et sans plus de raison; aussi les unes comme les autres ont-elles perdu tout prestige, et de prime abord et jusqu’à plus ample informé, elles témoignent plutôt de l’intrigue que du mérite.—Depuis trente ans, certains de nos gouvernants, inespérément arrivés au pouvoir dont ils ne savent que mésuser, ne voient là qu’une ressource facile et commode de donner satisfaction, sans qu’il leur en coûte rien, à ceux qui les y ont portés et à l’entourage qui les flatte et souvent gouverne en leur nom; d’autres entraînés par les théories socialistes, dont ils sont les apôtres généralement plus intéressés que convaincus, y ajoutent l’arrière-pensée d’arriver à tuer par le discrédit une institution qu’ils exècrent, parce qu’elle leur vient d’une autre époque et qu’elle porte atteinte à l’égalité qu’ils poursuivent, en ramenant le plus possible, ici comme en tant d’autres choses, tout ce qui a tendance à s’élever à leur niveau moral, au niveau inférieur.
35, Nostre.—Montaigne dit «nostre», parce que lui-même était chevalier de S.-Michel; l’ordre du S.-Esprit, créé vers cette époque, l’était quand il écrivait ce chapitre, puisqu’il en parle un peu plus loin, seulement il ne l’avait pas.
14,
10, Parle.—La vaillance militaire.
14, Militaire.—C’était l’idée de l’amiral de Coligny; il voulait réunir tous les Français dans une guerre visant la conquête des Pays-Bas espagnols; Charles IX semblait goûter ce plan, avant de s’engager dans la S.-Barthélemy, et ce fut le motif par lequel, à la cour, on retint, à ce moment-là, Coligny qui se méfiait. Il se peut que Montaigne ait écrit ce passage sous une réminiscence de ce fait.
16,
2, Derniere.—L’ordre du S.-Esprit, institué par Henri III en 1578.—Pour y être admis, il fallait être catholique et avoir déjà reçu l’ordre de S.-Michel. Il est passé par les mêmes vicissitudes que ce dernier (V. N. II, 12: Sainct Michel).—Ces ordres et celui de S.-Louis, créé plus tard, disparus à la Révolution, ont fait place quelques années après à celui de la Légion d’honneur, qui seul subsiste aujourd’hui. Institué par décret des Consuls du 19 mai 1802, il fut inauguré le 14 juillet 1804. Le Chef de l’État en est le Grand-Maître; l’administration en est confiée à un Grand-Chancelier qui travaille directement avec lui; cet ordre est destiné à récompenser les services civils et militaires, il se compose de 80 grands-croix, 200 grands-officiers, 1.000 commandeurs, 4.000 officiers et un nombre illimité de chevaliers (V. N. II, 10: Titres).—En dehors de cet ordre, et de catégorie tout autre, nous avons encore nombre de récompenses honorifiques, dont la médaille militaire et la médaille d’honneur ou de sauvetage, dont le prestige à bien juste titre est intact, parce que généralement elles sont méritées; les Palmes académiques, le mérite agricole qui se distribuent par brassées, les médailles commémoratives et d’autres de toutes natures, sans compter les Ordres coloniaux, auxquels il faut ajouter les Ordres étrangers, qui pullulent également, au point qu’aujourd’hui en France est décoré qui veut, et que seuls se remarquent ceux qui ne le sont pas.
11, Propos.—Les éd. ant. aj.: et nous estant si familier par l’air François qu’on lui a donné si perfect et si plaisant.
19, Force.—Virtus, en latin, signifie force, courage; de là est venu le mot français vertu, ces qualités constituant, chez les anciens, la vertu par excellence. «La force, dit J.-J. Rousseau, Émile, V, est la base de toute vertu; la vertu n’appartient qu’à un être faible par sa nature et fort par sa volonté» (V. N. II, 86: Vertueux).
20, Militaire.—Cela était encore vrai du temps de Montaigne, mais a cessé d’être. Quand, à la Révolution, Napoléon rétablit les titres nobiliaires, par une pensée bien digne de son génie, il s’en servit pour récompenser tous les genres de mérites et de services, aussi bien ceux rendus dans la vie militaire que dans les charges civiles; dans les lettres, les arts, les sciences, le commerce, l’industrie, l’agriculture qu’à la guerre, et son exemple a été suivi depuis.
CHAPITRE VIII.
18,
Enfants.—Ce chapitre est un des plus beaux des Essais, on y trouve partout du bon sens, de la raison, un jugement exquis. Montaigne y parle en philosophe qui a beaucoup observé, et ses idées sages et réfléchies sur ce sujet de première importance sont exposées d’une manière simple et naturelle dans l’ordre où elles se sont offertes à son esprit. Naigeon.
1, D’Estissac.—Louise de la Béraudière, veuve du baron d’Estissac, devint la maîtresse d’Antoine de Navarre (le père de Henri IV), et épousa, en secondes noces, de Combaut, premier maître d’hôtel du roi. Sa fille, mariée à un de la Rochefoucauld, a apporté à une branche cadette de cette famille le nom d’Estissac qu’elle porte encore.
12, Extrauaguant.—C’était l’avis de Pascal (V. N. I, 678: Vicieux), auquel Voltaire répondait: «Le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement, comme il a fait; car il peint la nature humaine. Si Nicole, Malebranche avaient toujours parlé d’eux-mêmes, ils n’auraient pas réussi. Mais un gentilhomme campagnard du temps de Henri III, qui est savant dans un siècle d’ignorance, philosophe parmi les fanatiques et qui peint, sous son nom, nos faiblesses et nos folies, est un homme qui sera toujours aimé.»
17, L’honneur.—Et reuerence singuliere (add. des éd. ant.).
20,
3, Fils.—Fut un des compagnons de Montaigne, quand celui-ci fit son voyage en Italie en 1580-81; tué en duel en 1586.
6, Puerilité.—Jeunesse, ou mieux enfance, comme portent les éditions antérieures et l’exemplaire de Bordeaux; vient du latin puerilitas, qui a cette même signification.
24, Grande.
«L’affection, comme les fleuves, Descend et ne remonte pas.» Nadaud.
24, Aristotelique.—Aristote, Morale à Nicomède, IX, 7.
28, Estre.—D’autant que nous regardons l’être, l’existence, comme une chose précieuse.
22,
8, Moy.—Je préférais les voir mis en nourrice (V. N. I, 462: Nourrice).
17, Nostre... hommes.—Var. des éd. ant.: le plaisir que nous en receuions, non pour eux-mesmes.
22, Mesme.—Au moment, sur le point de le quitter.
32, Effect.—En Guyenne, la législation sur la puissance paternelle, conforme au droit romain, admettait que ce que le fils mineur et non marié acquérait, appartenait au père; dans certaines régions, quel que fût son âge, fût-il marié et père de famille lui-même, il demeurait sous l’autorité paternelle tant qu’il n’était pas émancipé et que, du consentement du père, la vie commune n’avait pas été interrompue pendant dix ans.
24,
21, Moins.—Les Gascons paraissent avoir eu à cette époque assez mauvaise réputation; ce passage de Montaigne implique en eux une certaine tendance à s’approprier le bien d’autrui; ce que confirme Rabelais, III, 42, en y ajoutant encore: «Le Gascon semble vouloir se battre avec tout le monde; il est enclin à dérober; bonnes femmes, prenez garde à votre ménage.»
23, En.—Var. de 80: de Gascogne.
27, Contrées.—Add. de 80: de la France.
37, Aristote.—Morale à Nicomède, IV, 3.
26,
16, Coups.—A deux reprises différentes.
18, Nourrisse.—Pendant l’allaitement (V. N. I, 462: Nourrice).
19, Infortune.—Léonor de Montaigne, dont il est encore parlé au ch. V du liv. III (III, 208), née en 1571, morte en 1616, épousa en premières noces, en 1590, un seigneur de la Tour, mort en 1594; elle en eut une fille, dont la postérité s’éteignit à la première génération. Remariée en 1608 à un vicomte de Gamaches, de cette deuxième union naquit une deuxième fille, dont la descendance est représentée aujourd’hui par les familles de Puysegur, de Segur et Pontac.
38, Questuaire.—C.-à-d. dans les autres états où l’on est obligé de travailler, de rechercher le gain pour vivre; du latin quæstuarius, mercenaire.
41, Ans.—«Le vingt-trois septembre 1565, i’espousai Françoise de la Chassaigne», a inscrit Montaigne dans ses éphémérides.
42, Aristote.—Politiq., VII, 16; porte trente-sept, et non trente-cinq.
42, Trente.—République, VI; de trente à trente-cinq, y est-il dit.—«Conduis ta femme à ta maison en temps opportun, quand tu auras ni beaucoup moins ni beaucoup plus de trente ans; c’est l’âge convenable pour te marier.» Hésiode.
28,
2, Engeance.—Leur lignée, leur progéniture; ce mot ne s’emploie plus guère qu’en mauvaise part:
«Quand de ces médisants l’engeance tout entière Irait, la tête en bas, rimer dans la rivière.» Boileau.
5, Temps.—Diogène Laerce, I, 26.
6, Gaulois.—Ce que Montaigne attribue ici aux Gaulois, probablement d’après César, celui-ci le dit, non des habitants de la Gaule, mais de ceux de la Germanie, De Bello Gall., VI, 21.
18, D’enfants.—Mahomet, le père de ce roi de Tunis dont il a déjà été question au ch. LV du liv. I (V. N. I, 576: Thunes), avait eu, de différentes femmes, trente-quatre enfants.—J’ai connu, en 1860, un cheikh du Ferdjoua (Province de Constantine, Algérie), Bou Akkas, le dernier chef arabe ayant conservé son indépendance, laquelle a pris fin à cette époque, qui, alors âgé de près de quatre-vingts ans, passait pour en avoir eu soixante-douze dans les mêmes conditions.
19, D’autres.—Platon, Lois, XI.—Jecus, Astylus, etc., étaient des athlètes.
20, Olympiques.—Jeux qui se donnaient durant les fêtes célébrées dans l’ancienne Grèce, à Olympie, en l’honneur de Jupiter Olympien. L’origine de ces fêtes se perd dans les temps fabuleux; elles revenaient tous les quatre ans, avaient lieu au solstice d’été et duraient cinq jours; elles servirent pendant des siècles, pour la supputation du temps. De 776 à 292, les Grecs ne comptèrent que par olympiades.
21, Palæstrine.—Lieu public chez les Grecs et les Latins, où on se formait aux exercices du corps; se disait également des luttes qui constituaient le principal de ces exercices.
37, Pompes.—Les éd. ant. à 88 aj.: et de ses riches atours.
30,
7, Acquise.—Charles-Quint, empereur d’Allemagne et roi d’Espagne, abdiqua la couronne d’Espagne en 1555 (il avait alors 55 ans), en faveur de son fils Philippe II; et, l’année suivante, il céda l’empire à son frère Ferdinand, se retirant au monastère de S.-Just en Estramadure (Espagne), où il demeura jusqu’à sa mort (1558); on dit qu’il regretta vivement le pouvoir dont il s’était démis.
9, Ducat.—Boileau a traduit, ainsi qu’il suit, ces deux vers d’Horace:
«Malheureux, laisse en paix ton cheval vieillissant, De peur que tout à coup, efflanqué, hors d’haleine, Il ne laisse, en tombant, son maître sur l’arène.»
14, Monde.—«Les vieillards ne se croient jamais vieux; ils parlent de leur passé, parce que la faiblesse se plaît à revivre le temps de la force, et la souffrance dans le temps des plaisirs; de leur expérience, qui est la chose du monde à laquelle on croit le moins. Ils exigent des respects qui sont des aumônes; tenus dans une dépendance universelle, ils n’obtiennent qu’une compassion sèche. Un homme qui a vécu, c’est-à-dire observé, réfléchi, trouve dans le mépris de toutes choses la seule consolation du vieil âge.» Lamennais.
28, Accoustumé.—Les éd. ant. aj.: de produire librement ce qui me vient à la bouche.
32,
17, Commodité.—Cette cohabitation des parents avec les enfants à même de vivre de leur vie propre et ainsi tenus en tutelle, aboutit rarement au résultat qu’on avait espéré. Montaigne n’en a pas fait l’expérience; il n’a pas vécu jusqu’à un âge où une vie aussi calme que possible devient un impérieux besoin, ce que, malgré les apparences, les conditions qu’il préconise réalisent rarement. Chacun chez soi, ou à sa chacunière, suivant sa propre expression, est, à cet égard, ce que l’on peut faire de mieux.
21, Reume.—On comprenait alors sous ce nom de rhume: les catarrhes, la goutte et plusieurs autres maladies. Payen.
37, Authorité.—Comme si la nature n’avait pas assez bien pourvu à notre autorité.
38, Famille.—Henri IV introduisit pareillement cette réforme dans sa famille, «car il ne voulait pas, dit Péréfixe, que ses enfants l’appellassent monsieur, nom qui semble rendre les enfants estrangers à leur pere et qui marque la servitude et la sujetion; mais qu’ils l’appellassent papa, nom de tendresse et d’amour» (Hist. de Henry le Grand).
34,
6, Cheneuiere.—Mannequins ou drapeaux servant à mettre en fuite les oiseaux qui viennent manger les graines en terre, dans les champs où croît le chanvre, ou tous autres ensemencés.
22, Addonne.—S’attache à lui.
36,
12, Desseignée.—Faite à dessein, préparée d’avance.
14, Œconomies.—Soins de ménage, administration de maison; c’est dans ce même sens qu’on dit: l’Économique d’Aristote, de Xénophon.
14, Effect.—C.-à-d. j’ai vu assez de ménages où les choses, pendant un temps souvent long et d’une façon continue, se passaient exactement ainsi.
16, Maris.—Montaigne veut dire: «Les femmes ont toujours du penchant à contrarier la volonté des maris» et sa phrase est passée à l’état de dicton.
«Ci-gît ma femme... Oh! quel bien Pour son repos et pour le mien!»
«Qui femme a, noise a.» Proverbe.
«A qui Dieu veut aider, sa femme lui meurt.» Proverbe.
«Gai, gai, de profundis! Ma femme A rendu l’âme. Qu’elle aille en Paradis. Dieu, faut-il lui survivre? Me faut-il la pleurer? Non, non, je veux la suivre... Pour la voir enterrer.» Béranger.
16, Couuertures.—Prétextes, moyens détournés.
32, D’ennemis.—Sénèque, Epist. 47; Macrobe, Saturnales, I, 11, etc.
38,
21, De Montluc.—L’auteur des Commentaires.—Son fils Bertrand, dit le capitaine Peyrot, se rendait en Afrique avec trois vaisseaux qu’il avait équipés, pour y tenter aventure et s’y créer un établissement. Une tempête le porta sur l’île de Madère où, bien qu’on fût en paix avec les Portugais, ils firent feu sur lui; il descendit à terre, prit la place et se fût emparé de l’île, s’il n’eût été blessé à mort (1568).
40,
4, Tyrannique.—«Je ne puis lire qu’avec les larmes aux yeux (dans les Essais de Montaigne) ce que dit le maréchal de Montluc du regret qu’il a de ne s’être pas communiqué à son fils, et de lui avoir laissé ignorer la tendresse qu’il avait pour lui. Mon Dieu, que ce livre est plein de bon sens.» Mme de Sévigné, Lettre à sa fille.
7, Science.—Les éd. ant. à 88 port.: souuenance.
9, Amy.—Cette invocation s’adresse au souvenir de La Boétie.
12, Obseques.—De m’en remémorer à tout jamais, constamment, le souvenir.—«Il devrait y avoir dans le cœur des sources inépuisables de douleur pour certaines personnes.» La Bruyère.
18, Cæsar.—De Bello Gal., VI, 18.
30, Escus.—Il y avait le petit écu et l’écu de six livres. Quand la valeur n’était pas spécifiée, c’était toujours du petit écu qu’il était question; il valait trois livres, soit environ trois francs de notre monnaie.
36, Dot.—Sa femme, Françoise de Chassaigne, lui avait apporté 7.000 livres de dot, et renoncé à tous droits sur la succession de ses père et mère.
37, Maisons.—La maison est ce qui porte le nom.—La dot apportée par la femme demeurant sa propriété, ce pouvait être, dans l’idée, une cause de ruine, si elle était considérable, parce qu’elle était tenue en dehors des dépenses d’ordre général, qu’il fallait qu’elle se retrouvât intacte lors de la dissolution du mariage, pendant lequel la femme avait tendance à l’accroître au préjudice de la communauté et aussi à s’en prévaloir pour augmenter son luxe tout en en laissant la charge au mari.
42,
19, Mere.—Les livres saints (Proverbes, XXXI, 3) disent: «Ne donnez point votre bien aux femmes.»
44,
7, Masculines.—Attribution à des héritiers mâles, d’héritages qui devraient revenir à des femmes, afin d’empêcher que par elles ils ne passent dans des maisons étrangères.—A sa mort, Montaigne n’a pas été conséquent avec lui-même; cédant précisément à ces préoccupations masculines qu’il condamne quelques lignes plus bas, mû par le désir de perpétuer son nom, ce à quoi son livre a surabondamment pourvu, il a fait un testament par lequel il disposait de plus qu’il ne possédait et instituait le puîné de ses descendants héritier de sa terre et de son nom, ce qui a donné lieu à un procès qui ne s’est terminé que deux siècles après; le seigneur et le philosophe, en cette circonstance, se sont tenus nettement en contradiction. Le fait s’est produit dans les conditions ci-après: En 1590, lors du mariage de sa fille Eléonore avec François de la Tour, Montaigne attribua par contrat de mariage, avec substitution graduelle et perpétuelle au second des enfants mâles qui naîtraient de ce mariage, la terre de Montaigne, ses dépendances et une somme de 30.000 livres. François de la Tour mourut en 1594, laissant une fille, Françoise, qui, en 1600, n’ayant que six ans, fut fiancée à Honoré de Lur qui n’en avait que neuf; le contrat définitif de mariage fut passé en 1607. L’année suivante, Eléonore se remariait au vicomte de Gamaches, et dès ce moment la disposition insérée par son père dans son premier contrat devint un sujet de difficultés entre les deux branches. Françoise de la Tour était morte en 1613, laissant un fils, le vicomte d’Orellian, né l’année précédente; Eléonore, en 1616, lorsqu’elle mourut, le nomma à la substitution de la terre de Montaigne. De son second mariage, elle avait eu une seconde fille, Marie de Gamaches, qui épousa Louis de Lur, baron de Fargues, frère d’Honoré, le mari de sa sœur Françoise (V. N. I, 74: Salusse). Un accord survenu en 1627 entre les deux frères régla à l’amiable le différend pendant par suite de la substitution; mais la mort du vicomte d’Oreillan, tué en 1639, au siège de Salces, dans le Roussillon, rouvrit les revendications de la branche cadette et il en résulta une série de procès qui durèrent deux cents ans.
21, Platon.—Lois, XI.
29, Delphique.—«Γνωθὶ σεαυτόν (Connais-toi toi-même)», inscription qui était gravée au fronton du temple d’Apollon à Delphes. V. N. I, 28: Congnoy.
46,
12, Loy.—La loi salique, code civil et pénal des Francs Saliens. Un de ses articles fixe que les mâles seuls peuvent succéder au fief donné au guerrier en vue du service militaire; appliquée jusqu’alors uniquement aux propriétés particulières, elle le fut, pour la première fois, à la couronne de France, en 1316, à la mort de Louis le Hutin.
26, Petits.—Add. des éd. ant.: ny goust de parenté.
31, Charge.—Ce qui n’empêche que les siens, «il ne les souffrait pas volontiers nourris près de lui» (II, 22), «et qu’il en a mis deux ou trois en nourrice» (I, 462 et N. Nourrice).—Ce qui convient sur ce point, en ces temps-ci où les santés et les constitutions sont si délabrées par l’hérédité de parents déjà malingres ou avariés dans le sens général du mot comme dans celui plus spécial dans lequel on l’emploie aujourd’hui, par la vie à outrance que chacun mène soit pour ses plaisirs, soit par nécessité de situation et les habitudes nouvelles, et aussi par la sophistication la plus étendue et la plus éhontée de toutes les denrées alimentaires, semble être que l’enfant est à mettre en nourrice si la mère est vraiment hors d’état de l’allaiter dans de bonnes conditions et qu’elle est coupable lorsqu’elle s’affranchit de le nourrir elle-même, étant à même de le faire.
36, Nostres.—Il en est malheureusement encore ainsi; pourtant la législation est récemment intervenue pour, dans une certaine mesure, prévenir les abus: elle interdit notamment de priver tout enfant de moins de trois mois, du lait de sa mère pour le donner à un nourrisson. Dans sa comédie des «Remplaçantes», M. Brieux combat ces mêmes errements si contraires aux lois de l’humanité; mais plus nous allons, moins on a de propension à faire passer avant toute autre considération l’intérêt de l’enfant, d’après lequel toute femme qui peut nourrir son enfant et ne le fait pas commet un crime, et que celle qui, ne le pouvant pas, s’y obstine pouvant faire autrement, tout en étant excusable, parce qu’elle obéit à un sentiment naturel, n’en commet pas moins une faute grave.
48,
17, Indifferemment.—Si dans certaines contrées les femmes étaient en commun, il en était d’autres où les mariages se faisaient à la criée, conte également Hérodote. En Babylonie, une fois l’an, dans chaque bourgade, les filles nubiles étaient réunies et divisées en deux catégories: les belles, et celles qui ne l’étaient pas, étaient estropiées, etc. On commençait par les premières et dans celles-ci par la plus belle, chacune était successivement attribuée au plus offrant; on passait ensuite aux autres en procédant par la moins avenante. Le prix d’adjudication des premières était payé par les acheteurs, et pour les secondes remis aux acquéreurs, l’argent versé pour les belles servant de la sorte à constituer des dots aux laides.
19, Pas.—Hérodote, IV, 180, dit que l’on regarde alors comme le père de chaque enfant celui auquel il ressemble le plus.
21, Autres nous mesmes.—Les éd. ant. port.: chair de nostre chair et os de nos os.
32, Platon.—Dans Phèdre.
50,
2, Fille.—Nicéphore, XII, 34.—Ses histoires éthiopiques qui comprennent entre autres l’histoire amoureuse de Théagène et Charyclée, qu’appréciait tellement Racine que, dit-on, il la savait par cœur. Le fait raconté par Montaigne est contredit par Bayle, Héliodore.
20, Estudes.—Ce genre de peine, qui ne s’applique plus aujourd’hui, s’est longtemps maintenu de pratique courante; et, jusqu’à la Révolution, on condamnait au feu et on brûlait un peu partout, en France, en Angleterre, aussi bien qu’à Rome, les livres frappés d’interdit et notamment ceux entachés d’hérésie.—En 1735, Voltaire eut ses Lettres philosophiques, ou Lettres anglaises, brûlées à Paris par la main du bourreau; et en 1760, il en fut de même, à Genève, de l’Émile de J.-J. Rousseau.
28, Ensemble.—Sénèque le Rhéteur, Controverses, V.—Ce Labienus n’est pas le fils, mais le petit-fils du lieutenant de César, qui, devenu son adversaire, périt à la bataille de Munda (45). Quintus son fils alla, après la mort de César, chez les Parthes pour les décider en faveur de Brutus, et fut vaincu, pris et mis à mort par Ventidius, lieutenant d’Antoine.
37, Manger.—Tacite, Ann., IV, 34.—En 20; c’était la première fois qu’une accusation de ce genre était portée; elle le fut à l’instigation de Séjan: l’auteur se défendit avec énergie en présence même de Tibère. L’ouvrage condamné échappa nonobstant à la destruction; on le cacha et plus tard il reparut.
52,
4, Bouche.—Tacite, Ann., XV, 70. En 65; Lucain avait participé à la conjuration de Pison contre Néron, par ressentiment de ce que ce dernier, par jalousie littéraire, cherchait à étouffer la gloire de ses vers et lui avait défendu de les montrer. Tandis que, les veines ouvertes, son sang s’échappait et qu’il allait s’affaiblissant, il se rappela un passage où il avait décrit chez un soldat blessé une mort analogue et s’éteignit en les récitant. V. II, 66 et N. Lucain.
10, Epicurus.—Diogène Laerce, X, 22; Cicéron, De Finibus, II, 30.
22, Enfans.—Saint Augustin, d’après ses Confessions, aurait eu des enfants, avant sa conversion; mais cette appréciation de Montaigne, qui est de celles qu’on lui a reprochées, ne saurait être incriminée que par des critiques par trop superficiels, ce n’est chez lui qu’une manière de dire.
33, Rome.—Les éd. ant. port.: France.
34, Aristote.—Morale à Nicomaque, IX, 7.
38, Lacedemoniens.—Diodore de Sicile, XV, 87.—Épaminondas blessé mortellement à la bataille de Mantinée (363), ses amis l’entouraient et l’un d’eux s’écria en pleurant: «Ah! Épaminondas! faut-il que tu meures sans enfants!»—«De par Jupiter, répondit celui-ci, cela n’est pas; je laisse deux filles, la victoire de Leuctres et celle de Mantinée.»—D’après Cornélius Népos, Épaminondas, 10, ce grand capitaine n’aurait parlé que d’une fille, la bataille de Leuctres, ignorant peut-être à ce moment que son nouveau succès qui lui coûtait la vie fût aussi complet (V. N. I, 344: Reng; N. III, 18: Epaminondas).
39, D’eschanger... gorgiasses.—Var. des éd. ant.: à eschanger celles-là aux mieux nées et mieux coiffées.
54,
1, Estre.—Tous deux en eurent: Alexandre en eut un, Hercule, de Barsine, fille d’Artabase, du sang des rois d’Arménie, ce fils atteignit l’âge de dix-sept ans; et un autre posthume, Alexandre, de Roxane, fille d’un satrape de Perse. Cassandre, fils d’Antipater, les fit mourir tous deux avec leurs mères (V. N. III, 14: Possession). L’histoire conserve encore le souvenir d’un troisième, né de Cléophis, reine d’un royaume des Indes, qui reçut son nom et régna sur les états de sa mère.—De César, on connaît Césarion, qu’il eut de Cléopâtre (V. N. II, 634: Cæsarion); on lui attribuait aussi la paternité de Brutus, l’un de ses assassins, fils de Servilia, sœur de Caton d’Utique.
1, Phidias.—Ses œuvres les plus célèbres sont: le Jupiter Olympien, les sculptures du Parthénon, dont il fut l’architecte, et la statue de Minerve, qui en surmontait le fronton.
6, Filles.—Attila avait un grand nombre de femmes parmi lesquelles se trouvait une de ses filles, nommée Esca; ces alliances incestueuses n’étaient pas réprouvées par les Huns.—Dans des conditions particulières, l’histoire des filles de Loth nous présente quelque chose d’analogue (Genèse, XIX).
6, Fils.—Cette assertion de Montaigne évoque le souvenir de la réplique de Marie-Antoinette accusée, devant le Tribunal révolutionnaire, d’avoir corrompu son fils, dans la tour du Temple: «La nature se refuse à pareille question faite à une mère; j’en appelle à toutes celles qui sont ici» (1793).—Et cependant on a accusé Agrippine d’avoir cherché à retenir, par ce moyen, son influence sur son fils qu’elle sentait lui échapper; mais ce fils était Néron, et l’une comme l’autre étaient des prodiges de vice.
8, Pygmalion.—Devint amoureux de la statue de Galathée qui était son propre ouvrage, obtint de Vénus que ce marbre s’animât et l’épousa. Myth.—Cette fable est le sujet d’un charmant opéra-comique de Massé, paru en 1852.
CHAPITRE IX.
20, Salade.—Casque léger sans cimier, ou armet, à l’usage des hommes à cheval du XVe au XVIIe siècle, qui venait des Italiens qui l’appelaient celata, dont par corruption on a fait salade.
24, Esloigner.—S’éloigner de; cette même construction se rencontre en Corneille dans sa tragédie de Pompée:
«... Ses vaisseaux en bon ordre, Ont éloigné la ville...»
29, Cortex.—Il s’en fabrique aujourd’hui pour les colonies, confirmant le proverbe que rien n’est nouveau sous le soleil; il est vrai que ce n’est pas comme défense contre le plomb ou le fer, mais contre les rayons solaires.
56,
8, Tacitus.—Annales, III, 43.
11, Lucullus.—Plutarque, Lucullus, 13.
12, Garentir.—On l’a essayé; les cuirasses des navires, les tourelles et coupoles cuirassées en acier chromé qui protègent les pièces d’artillerie, les bétonnages épais qui revêtent les parapets ou recouvrent les abris, réalisent dans une certaine mesure cette garantie contre le canon; on a été moins heureux pour les abris mobiles offrant dans la guerre de campagne une protection tant soit peu efficace, où les tranchées-abris et les boucliers métalliques des pièces d’artillerie d’usage récent donnent seuls des résultats appréciables.
19, Elephans.—Les éléphants jouèrent un grand rôle dans les guerres d’Alexandre et de ses successeurs, dans celles de Pyrrhus en Italie, durant les guerres puniques du côté des Carthaginois. On leur protégeait la tête et le poitrail, on garnissait leurs défenses de pointes d’acier et on les surmontait de tours portant généralement de six à huit hommes; la Bible parle de 32, cela semble exagéré.—Actuellement, on les emploie encore aux armées, dans les pays où on peut s’en procurer aisément, dans les Indes, aux transports, voire même à celui de pièces d’artillerie légères.—En certaines autres contrées, notamment en Afrique, dans le Sahara, entre l’Algérie et Tombouctou, on utilise de même, pour les expéditions qui s’y font, le méhari, dromadaire de selle, qui peut soutenir, pendant une quinzaine de jours, des marches quotidiennes de 70 kilomètres et franchir en cas de besoin 120 kilomètres en douze heures; le méhari est la monture habituelle des Touareg, seuls habitants de cette région. Déjà, en 1798, lors de la campagne d’Égypte, avait été constitué un régiment de dromadaires pour pouvoir excursionner dans le désert et y atteindre l’ennemi en fuite.
21, Chausse-trapes.—Clou de 12 à 15 centimètres de long, formé de quatre pointes dont une se trouve toujours en l’air.—En Espagne, en 124. Valère Maxime, III, 7, 2, dont le fait est tiré, ne le présente que comme une idée proposée à Scipion qui la repoussa; aujourd’hui on n’en agirait pas de même; on estime avec raison que tout, en dehors de ce qui est déloyal, est licite à la guerre, qui de fait n’est soumise qu’à la loi du plus fort et à celle, fort élastique et peu précise, de la conscience des belligérants.
28, Gauche.—Plutarque, Apophth. de Scipion le Jeune, 18.—Allusion à ce que le bouclier, arme défensive, se portait au bras gauche, et que les armes offensives, armes de main et armes de jet, se maniaient avec la main droite et qu’à la guerre attaquer vaut mieux que se défendre.
36, Caracalla.—Xiphilin, Caracalla.
38, Morion.—Casque à l’usage des hommes à pied, assez semblable à celui du nom de «salade», affecté aux gens à cheval (V. N. II, 54: Salade).
38, Escu.—Bouclier; vient du latin scutum, provenant lui-même du grec scutos (cuir), parce qu’anciennement les boucliers étaient en cuir.
58,
2, Paux.—Pieux, palissades; pluriel de pal, du latin palus qui a cette signification.
3, Poix.—Dans nos dernières guerres, le chargement du fantassin s’élevait à une vingtaine de kilos, soit un tiers de moins que celui du soldat romain. Malgré cette énorme différence, ce poids est devenu écrasant pour notre époque où tout ce qui est à peu près valide est appelé sous les drapeaux, et n’a pas la force des soldats de métier des temps passés; aussi s’évertue-t-on à réduire ce chargement à l’indispensable, ce qui permettra de le ramener à douze ou treize kilos. Mais, au lieu de supprimer l’excédent, on en surcharge les trains régimentaires, perdant de vue que fréquemment, avec nos armées à gros effectifs, ils ne rejoindront pas et qu’en outre, il est bien inutile de les encombrer d’effets de remplacement, alors qu’on peut si facilement en assurer le renouvellement par les services de l’arrière au fur et à mesure des besoins.
5, Haste.—Plutarque, Marius, 4.—Ses exigences envers ses soldats leur avaient fait donner le sobriquet de «mulets de Marius»; toutefois on assigne encore une autre origine à cette appellation: Au siège de Numance, Scipion examinait les chevaux et mulets de ses troupes, pour vérifier en quel état ils se trouvaient; Marius amena les siens qu’il soignait lui-même et les présenta en si bon état qu’il passa dès lors en proverbe, pour louer avec raillerie un homme laborieux, assidu et patient, et en particulier un soldat présentant ces qualités, de dire que c’était un mulet de Marius.
9, Cuit.—Plutarque, Apophth. du second Scipion.—En 133. Scipion, nommé consul pour la seconde fois, vint prendre en Espagne le commandement de l’armée qui, devant Numance, était depuis dix ans tenue en échec. Il y trouva un grand désordre. Il chassa du camp deux mille femmes de mauvaise vie, les aruspices, les devins qui la transformaient en un lieu de débauche et un champ de foire; en bannit le luxe; ordonna que l’on dînât debout, sans manger de viande chaude; au souper, on pouvait s’asseoir, mais on devait se borner à de la soupe et un plat de viande; lui-même s’était mis à ce régime et, vêtu d’un manteau noir, disait qu’il portait le deuil de son armée. A ses soldats, il fit élever des murailles, creuser des fossés qu’il renversait et comblait ensuite: «Qu’ils se couvrent de boue, disait-il, puisqu’ils ne veulent pas se couvrir de sang.» Il temporisa pour attaquer à nouveau l’ennemi, jusqu’à ce qu’il se crût en mesure de l’emporter, et finit par les réduire à s’entr’égorger. Après la prise de la ville, les vieillards reprochaient à leurs défenseurs de s’être laissé battre par des gens qu’ils avaient battus tant de fois; un d’eux leur répondit: «Les moutons sont bien les mêmes, mais le berger a été changé.»
14, Marcellinus.—Ammien Marcellin, XXIV, 7.—Fit longtemps la guerre en Germanie, dans les Gaules, et accompagna l’empereur Julien dans son expédition contre les Perses (V. N. II, 532: Marcellinus).
17, Romaine.—Les éd. ant. aj.: Or, par ce qu’elle me semble bien fort approchante de la nostre, i’ay voulu retirer ce passage de son autheur, ayant pris autresfois la peine de dire bien amplement, ce que ie sçauois sur la comparaison de nos armes, aux armes Romaines: mais ce lopin de mes brouillars m’ayant esté desrobé auec plusieurs autres, par vn homme qui me seruoit, ie ne le priueray point du profit, qu’il en espere faire: aussi me seroit-il bien malaisé de remascher deux fois vne mesme viande.
21, Lieu.—Ammien Marcellin, XXV, 1.
38, Bardes.—Avec son armure et celle de son cheval.
41, Soixante.—Plutarque, Démétrius, 6.—Montaigne fait quelque changement au récit de l’historien qui dit qu’Alcymus revêtait une armure de cent vingt livres, tandis que celles de Démétrius et de tous autres n’étaient que de soixante; et que le roi en fit faire deux pour Alcymus et pour lui-même, qui n’en pesaient que quarante, mais se distinguaient par la trempe du métal, si bien qu’à la distance de vingt-six pas, un trait lancé par une machine de l’époque n’y produisait qu’une empreinte très légère, à peine perceptible.
CHAPITRE X.
60,
Liures.—Dans ce chapitre, Montaigne passe en revue les principaux auteurs latins ou français dont il faisait sa lecture habituelle et qui ont fourni la majeure partie des faits ou des idées qui ont servi soit de point de départ, soit d’arguments à l’appui des réflexions qui composent les Essais.
4, Acquises.—«Comment Montaigne peut-il parler ainsi, après les lectures infinies dont son ouvrage même est la preuve? N’est-ce pas acquérir que de lire beaucoup, et surtout de réfléchir, comme lui, sur tout ce qu’on a lu?» Servan.
14, Retention.—Je suis homme qui ne retiens rien de ce que j’ai appris.
15, Iusques... i’en ay.—Les éd. ant. port.: ce que ie pense: Excutienda damus præcordia (donnant nos pensées pour ce qu’elles valent), citation qui n’est donnée que par l’éd. de 88, et qui est rayée en cette place sur l’ex. de Bordeaux et reportée sur cet exemplaire et la présente édition liv. III, ch. IX, III, 444: et iusques à quel poinct monte, pour cette heure, la connoissance que i’ay de ce dequoy ie traitte.
16, S’attende.—Ne s’arrête pas.
16, Matieres... i’y donne.—Var. des éd. ant.: choses de quoy ie parle, mais à ma façon d’en parler et à la creance que i’en ay.
17, Qu’on voye... sçauroient payer.—Var. des éd. ant.: Ce que ie desrobe d’autruy, ce n’est pas pour le faire mien; ie ne pretends icy nulle part que celle de raisonner et de iuger: le demeurant n’est pas de mon rolle. Ie n’y demande rien sinon qu’on voie si i’ay sceu choisir ce qui ioignoit iustement à mon propos. Et ce, que ie cache parfois le nom de l’autheur à escient és choses que i’emprunte, c’est pour tenir en bride la legereté de ceux qui s’entremettent de iuger les choses par elles-mesmes, s’arrestent au nom de l’ouurier et à son credit.
26, Solage.—Terroir, terrain; du latin solum qui a cette même signification et dont nous avons fait sol.
28, Escrits.—Les éd. ant. aj.: et n’ayant pas le nez capable, de gouster les choses par elles-mesmes, s’arrestent au nom de l’ouurier et de son credit.
62,
1, Vulgaire.—Qui sont en langage vulgaire, ce qui met tout le monde à même d’en parler, et aussi donne à croire qu’il n’y a rien que de vulgaire dans le plan et les pensées.
3, Veux.—Les éd. ant. port.: Ie veux qu’ils s’eschaudent à condamner Ciceron et Aristote en moy, au lieu de: «Ie veux... moy».
«Le critique imprudent, qui se croit bien habile, Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile; Et ceci (tu peux voir si j’observe ma loi), Montaigne, il t’en souvient, l’avait dit avant moi.» André Chénier.
5, Musser.—Cacher par de belles paroles: «Louis XI savait, par de belles paroles, donner la musse à ses ennemis.» Pasquier.
5, Credits.—«Montaigne a commis plagiats sur plagiats; il s’en accuse en particulier envers Sénèque, Plutarque, déclarant que s’il ne signale pas les emprunts qu’il leur a faits, c’est qu’il est bien aise que ceux qui critiqueront les Essais, critiquent ces auteurs et autres dont il s’est inspiré, en croyant le critiquer lui-même; mais, au moins en ce qui touche Sénèque, il est plus facile que Montaigne ne le croit de reconnaître la phrase courte, figurée, sentencieuse, presque toujours antithétique de l’auteur latin, au travers de la riche abondance du style des Essais, étendue sans être lâche, détaillée sans être prolixe.» Ch. Nodier.
Quant à Cicéron, vis-à-vis duquel il est très sévère et qu’il ne nomme pas parmi ceux auxquels il a fait des emprunts très considérables cependant, S. de Sacy écrivait en 1865: «Je viens de relire Cicéron et je sais Montaigne par cœur; j’affirme que les traités philosophiques du premier, dont celui-ci dit: «qui me peuvent servir chez lui, à mon desseing», notamment ceux de la Nature des dieux et de la Divinité, ont passé presque tout entiers dans les Essais; on peut même y joindre les Tusculanes et les Questions académiques. Non seulement Montaigne a pris le fond, il s’est aussi inspiré de la forme.»—Par contre, Charron, dans son traité de la Sagesse, a copié textuellement de Montaigne ses plus magnifiques passages et d’autres aussi que Montaigne a tirés de Sénèque ou de tel autre. La Mothe le Vayer, La Bruyère, S.-Evremond, Fontenelle, Bayle et Voltaire ne se sont pas montrés plus délicats; mais aucun d’eux cependant n’approche de Pascal dans l’audace du larcin. Parmi les Pensées de ce dernier il y en a qui lui appartiennent en propre, ce sont celles empreintes de mélancolie superstitieuse, morose, et comme illuminée, qui trahit l’état où le plongeait la maladie; mais ces élans d’une âme forte, ces traits grands et inattendus, dont on a dit qu’ils tenaient plus des dieux que de l’homme, c’est Timée de Locres, S. Augustin, Charron et spécialement Montaigne qui les ont fournis; et le ton tranchant et dédaigneux dont nonobstant il parle des Essais, comme si, non content de s’en être enrichi, il voulait les perdre de considération pour hériter seul de leur gloire, impressionne défavorablement. Ch. Nodier.
9, Nation.—C.-à-d. d’où ils viennent.
21, Bande.—Sergent de bande ou de bataille; celui qui les jours de combat rangeait les troupes en bataille.
27, Temerairement.—C.-à-d. dont on peut parler sans préparation et hardiment.—Personne n’a jamais et plus exactement rendu le pêle-mêle, la demi-science, le jugement qui se rencontrent dans les Essais, que leur auteur ne le fait ici.
31, Science.—Add. des éd. ant.: mesme.
64,
6, Primsautier.—Qui fait ses plus grands efforts du premier coup, de prime saut; du latin a primo saltu. V. N. I, 620: Prim-saut.
9, Dissipe.—L’exemplaire de Bordeaux porte ajouté, puis rayé: mon esprit pressé se iette au rouet.
18, Intelligence.—Les éd. ant. port.: ne se satisfaict pas d’vne intelligence moyenne, au lieu de: «ne sçait... intelligence».—Montaigne veut dire qu’il n’avait qu’une médiocre connaissance de la langue grecque, ce qu’il a déjà indiqué au ch. XXV du liv. I et au ch. IV du liv. II, ce qui ne l’empêche pas d’en citer assez souvent des passages.
19, Decameron.—Ouvrage capital de Boccace, publié en 1352 et qui l’a placé à la tête des prosateurs italiens et a immortalisé son nom. C’est un recueil de cent nouvelles pleines de gaîté, où la décence n’est pas toujours respectée, mais dont le style original n’a été égalé par aucun des écrivains contemporains de l’auteur.
19, Rabelays.—Auteur de l’histoire de Gargantua et Pantagruel, roman satirique publié de 1533 à 1534 (en partie après la mort de l’auteur), rempli de folies, d’extravagances, de quolibets, de mots barbares et forgés à plaisir, de passages inintelligibles, et, en même temps, plein d’originalité, de bon sens et même d’érudition; c’est un ouvrage où le fond et la forme sont tout imagination, mais qui, dans certains détails, offre d’utiles leçons, des allusions piquantes et de sévères censures; les moines et le clergé y sont surtout fort maltraités.—Rabelais, disait Boileau, veut toujours être plaisant et l’est toujours.—Nul, disait J.-J. Rousseau, n’a mieux connu les richesses et l’énergie de la langue française et n’en a su si bien tirer parti.
20, Second.—Poésie latine du genre élégiaque, publiée en 1541, se composant d’épigrammes sur le sujet constituant le titre de l’ouvrage.—L’auteur, mort n’ayant pas encore vingt-cinq ans, un des meilleurs poètes latins modernes, fut qualifié par un de ses contemporains, par ce jeu de mots: «Jean Second, qui fut loin d’être le second parmi ceux de son époque».
20, Tiltre.—Add. des éd. ant.: et des siecles vn peu au dessus du nostre l’Histoire Æthiopique.
21, Amadis.—Ce roman espagnol de chevalerie, autrefois très célèbre, a pour héros Amadis de Gaule, dit le Chevalier du lion, fils de Perion, roi fabuleux de France, qui est resté le type des amants constants et respectueux, aussi bien que de la chevalerie errante dans ce qu’elle avait de noble et de beau; on pense que les aventures qui y sont relatées, n’ont rien d’historique, on ne sait même à quelle époque les rapporter. La traduction qui en a été faite au XVIe siècle par le Sieur des Essarts a été longtemps en grande faveur et fut longtemps classique; on peut y cueillir, disait un écrivain de ce temps, toutes les belles fleurs de notre langue française.
24, L’Arioste.—Auteur italien de Roland furieux (Orlando furioso), épopée chevaleresque publiée en 1516, dont Roland, neveu de Charlemagne, est le héros et où les exploits des paladins sont racontés avec un art inimitable qui mêle le plaisant et le sérieux, le gracieux et le terrible, et fait marcher de front une foule d’actions diverses qui toutes intéressent.