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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

NOTES (continued 11)

Michaud translation

16, Angoulemoisin.—Ou mieux, comme porte l’ex. de Bordeaux: Angoumoisin, patois de l’Angoumois et non d’Angoulême.

18, Gascon.—Les éd. ant. aj.: pur et desirerois le sauoir.

25, Maistre Iean.—Est ici synonyme de savant. Cette qualification de «maistre», en dehors de son sens ironique (V. N. I, 112: Maistre Iehan), était aussi donnée aux lettrés et à ceux qui excellaient dans un art quelconque; elle est devenue courante à notre époque, particulièrement à l’égard des gens du barreau et de bien d’autres encore; quoique fréquemment employée abusivement, elle est de celles qui flattent le plus ceux auxquels elle s’adresse, et bien rares sont ceux qui s’en offusquent.

480,

16, Beauté.—C’est bien plutôt la force, la finesse, la ruse, en un mot ce droit

«... qu’un esprit, vaste et ferme en ses desseins, A sur l’esprit grossier des vulgaires humains»,

qui ont donné aux uns le pouvoir sur les autres. Les avantages corporels ont contribué sans doute à établir, ou du moins à préparer cette supériorité; mais la vraie source de ce pouvoir, et ce qui a servi à le conserver chez ceux qui en jouissaient, n’est autre que l’inégalité des facultés intellectuelles. La force physique asservit un individu à un autre individu, mais elle ne lui soumet pas une multitude; s’il est plus fort que tel ou tel homme, il est plus faible que trois, que quatre, que dix; mais un degré supérieur d’intelligence suffit pour fonder cette prééminence d’un individu sur tout un peuple. Lucrèce n’a pas manqué de joindre sur ce point à la force physique la supériorité de l’esprit, et s’il assigne également une grande influence à la beauté, c’est lorsqu’elle se trouve réunie à la force corporelle et au génie. Naigeon.

23, Presence.—Prestance.

25, Haulteur.—Végèce, I, 5.

28, Doigt.—L’Église fait de même pour ses prêtres, et, indépendamment des autres conditions à remplir, n’accepte pas, pour ces fonctions, ceux de taille trop au-dessous de la moyenne, ou affectés de défauts physiques qui prêteraient à la raillerie.

30, Militaire.—S’il n’a pas cette taille commune, déjà assez faible, que le Courtisan exige pour son gentilhomme, et s’il était au-dessous, je n’en voudrais pas comme soldat.

31, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 7.

34, Procerité.—Haute taille; mot forgé, par Montaigne, du latin proceritas, grandeur.

34, Personnes.—Aristote, Politique, IV, 4, le dit des Éthiopiens; en ce qui concerne les Indiens, c’est Strabon qui rapporte que certains d’entre eux choisissaient pour roi le plus beau d’entre les concurrents.

482,

2, Hominum.—La question de la beauté de Jésus-Christ a été souvent débattue. Montaigne donne ici la prophétie de David dix siècles avant sa venue: «Il est le plus beau des hommes»; d’autre part, deux siècles après, le prophète Isaïe disait: «Nous l’avons vu, il n’avait ni éclat, ni beauté»; on concilie ces deux témoignages opposés en objectant qu’Isaïe le représente au moment de la Passion, quand il est abreuvé d’outrages et en proie à la souffrance. Ce qui est, c’est qu’aucune constatation pouvant être tenue pour authentique, n’existe. Ceux qui en tiennent pour l’opinion de David font surtout valoir que du fait même de sa divinité, il ne pouvait en être autrement; les autres, que s’il en eût été ainsi, cela eût été immanquablement consigné dans les documents de l’époque ayant trait à lui et notamment dans les évangiles; ce qui porte à adopter une opinion moyenne et à dire qu’il est probable qu’au point de vue physique, rien en lui n’attirait particulièrement les regards, mais que la sublimité de sa vie a fait croire à la beauté de ses traits.

2, Platon.—République, VII.

7, Philopœmen.—L’éd. de 80 porte: Phocion (ie puis aisement me mesconter aux noms, mais non pas à la substance).—Le fait est tiré de Plutarque, Philopœmen, 1. Philopœmen était le généralissime de la Ligue achéenne (ligue qui subsista de 281 à 146), constituée par les principales villes du Péloponnèse (Grèce), pour sauvegarder leur indépendance et dont pendant longtemps il fit triompher les efforts; il mourut les armes à la main; on l’a surnommé le dernier des Grecs. A des talents militaires sérieux, il joignait toutes les vertus civiques.

11, Philopœmen.—Var. de l’éd. de 80: Phocion.

28, Maladies.—Les éd. ant. à 88 portent: quoyque ie m’en sois serui assez licentieusement, au lieu de: «rarement... maladies».

31, Vns.—Ce qui donne à penser que ceci a été écrit un peu après 1573, «pieça» n’existant pas dans les premières éditions.

37, Euntes.—C’est ce qui fait que les contemporains s’étonnent souvent de ne pas reconnaître certains personnages dans les statues qu’on leur élève après leur mort; c’est qu’avec juste raison le sculpteur fait choix le plus souvent, pour les représenter, de l’époque où, dans la plénitude de leurs moyens, ils ont accompli ce à quoi ils doivent de se survivre. Si notre image doit passer à la postérité, n’est-il pas juste que ce soit tel que nous étions «avant d’avoir subi du temps l’irréparable outrage»? C’est ce qui conduisit la reine Victoria d’Angleterre, alors octogénaire, à faire faire, dit-on, sa statue la représentant à vingt ans, dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté, qui aurait été déposée, à l’insu de tous, dans une chapelle close et à demi enfouie sous les ronces d’une de ses demeures seigneuriales, et découverte par hasard quelques années après sa mort, avec cette mention «qu’elle l’avait fait faire afin que l’on sût qu’elle avait été jolie femme et épouse aimée».

484,

6, Gourdes.—Pesantes, maladroites; du latin gurdus qui, en langage trivial, signifiait sot, stupide; de gourd, vient engourdir.

8, Clerc.—A part cela, en dépit de ces défectuosités qui n’entachent pas le fond, j’en sais autant qu’un autre.—Clerc est à prendre ici dans le sens de savant, capable, comme dans la fable de La Fontaine «les Animaux malades de la peste»:

«Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue Qu’il fallait dévouer ce maudit animal.»

10, Plume.—Avant que l’usage des enveloppes de lettres se fût généralisé, on pliait celles-ci pour les fermer; et avant l’invention des plumes métalliques qui ne remonte guère qu’à quatre-vingts ans, on écrivait avec des plumes d’oie, que chacun taillait pour s’en servir.

12, Oyseau.—Dans la chasse au faucon, et aussi avec d’autres oiseaux y employés, chasse qui ne se pratique plus guère aujourd’hui, l’oiseau prêt à être lancé, était encapuchonné et porté sur le poing, jusqu’au moment où on le lâchait sur le gibier.

24, Aurum.—Les flots du Tage roulent de l’or en petite quantité.

26, Soing.—Montaigne avait d’abord écrit: Ie ne treuue rien si cherement acheté que ce qui me couste du souing; addition portée sur l’ex. de Bord. et qui finalement a été rayée.

36, Inquietude.—La parenthèse et ce qu’elle renferme ne figurent pas sur le manuscrit de Bordeaux qui porte: et en vn tel degré de sens que i’ay senti en auoir occasion; addition dont il a été tenu compte dans la traduction.

38, Austris.—Les vents étaient fils du Ciel et de la Terre. Ils avaient pour roi Eole, qui les tenait enfermés dans les cavernes des îles Eoliennes (auj. Lipari, au N. de la Sicile), d’où il les déchaînait sur la terre et les mers; les principaux étaient: Eurus, le vent d’orient; Notus et Auster, les vents du midi; Borée et Aquilon, les vents du nord; Zéphyr, celui d’occident. Myth.

41, Contenter.—Je n’ai eu besoin que de la suffisance de me contenter de ce que j’avais.—Les éd. ant. commençaient cette phrase ainsi: Estant né tel, qu’il ne m’a fallu mettre en queste d’autres commoditez...

486,

18, Mises.—De mes dépenses.

21, Furibus.—Montaigne détourne ici les paroles d’Horace de leur vrai sens, pour les adapter à sa pensée.

488,

10, Rabillage.—Par l’incertitude de les prévenir ou de les atténuer.

23, Gaudisseur.—Railleur. Gaudir, c’est se moquer par jeu et en riant. Nicot.

490,

16, Passé.—Les auteurs anciens qu’il affectionnait.

24, Sont.—Dans une édition des Essais (Lefebvre, Lyon, 1595), on a supprimé, comme injurieux pour la nation, ce passage qui relate un propos que certains ont attribué au chancelier Michel de l’Hôpital. Tite-Live ne nous avait pas beaucoup plus ménagés, dans ce passage que Rabelais, dans Gargantua, traduit de la sorte: «Telle est la nature et la complexion des Français, qu’ils ne valent qu’à la première pointe: lors, ils sont pires que des diables; mais s’ils séjournent, ils sont moins que femmes.»

492,

8, Vtiles.—C.-à-d. un prince ne peut faire ses affaires (réussir) qu’en se conciliant la bonne volonté (l’affection de son peuple); et nulles autres qualités (plus que celles qui viennent d’être indiquées) ne peuvent lui gagner cette affection, lui être plus utiles.

16, Plier.—L’ex. de Bord. porte tordre, qui est bien plus expressif.

26, Humain.—Les éd. ant. portent: tel qu’il est, car il n’y a rien qui ne soit digne d’estre veu, au lieu de: «Tout y... humain».

26, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 8.

29, Apollonius.—Sentence rapportée par Philostrate.

32, Sert.—Parce que cela lui sert, lui est utile.

38, Sottise.—«Il y a des vérités qu’il faut laisser au fond de leur puits.»—«Les injures sont souvent des vérités sans voile.»—«La vérité est utile à qui l’entend, nuisible à qui la dit.» Térence, Andrienne.

494,

6, Princes.—Louis XI, Charles VIII.

8, Macedonicus.—Aurelius Victor, De Viris ill., 66.—Nombre d’éditions postérieures à 1595 ajoutent ici: et publier. Cette variante, étant dans le sens de la phrase, a été adoptée dans la traduction, bien que ne se trouvant ni dans les éd. antérieures, ni dans l’ex. de Bordeaux.

9, Regner.—Maxime favorite de Louis XI.

20, Chose.—Donneraient un conseil de quelque utilité.

33, Enfance.—En 1537; Montaigne avait quatre ans.

496,

2, Dissimulé.—Cette phrase est à lier avec le membre de phrase qui termine l’avant-dernier alinéa: «Qui est desloyal enuers la verité, l’est aussi enuers le mensonge»; il en était ainsi dans les éd. ant. où l’alinéa intermédiaire n’existe pas.

17, Aristippus.—Diogène Laerce, II, 68.

21, Tout.—Montaigne s’est déjà plaint de la faiblesse de sa mémoire, liv. I, ch. IX (I, 58).

24, Tablettes.—Je ne saurais me charger de quelque commission, sans en prendre note.

498,

32, Maison.—V. III, 156 et Notice sur les Illustrations, pl. III, vol. IV, fasc. A.

500,

7, Memoire.—Pline, Nat. Hist., VII, 24, dit que Messala Corvinus oublia jusqu’à son nom.

8, Trapezonce.—Mourut dans une extrême vieillesse, ayant oublié tout ce qu’il savait.

13, Perfluo.—Les éd. ant. et l’ex. de Bord. portent effluo.

16, Ciceron.—«Je n’ai jamais ouï dire, écrit Cicéron, dans son Traité sur la vieillesse, 7, qu’un vieillard ait oublié l’endroit où il avait caché son trésor; il se souvient à merveille de tout ce qui l’intéresse, et sait fort bien ce qu’il a affermé ses terres, quels sont ses créanciers et surtout ses débiteurs.»

26, Dire.—Mlle de Gournay s’est livrée à ce travail qui porte sur près de douze cents citations, et, sauf une cinquantaine, les a, à peu près, toutes retrouvées, tâche difficile, l’auteur en ayant mêlé parfois deux ou trois ensemble et parfois aussi les ayant altérées soit dans la forme, soit dans le sens.

502,

10, Occupation.—Allusion à une anecdote que rapporte Pline le Jeune, V, 3, pour montrer combien son oncle, Pline l’Ancien, était ménager de son temps, ayant été jusqu’à s’impatienter de ce qu’un de ses amis assistant avec lui à une lecture, avait interrompu pour faire répéter une phrase mal lue, mais cependant encore intelligible.

28, Get.—Ou mieux ject, du latin jactus. Ni avec des jetons, ni avec la plume. V. N. I, 210: Ietter.

42, Brossailles.—Ceci s’applique à Démocrite, jugeant à Abdère, et non à Athènes, des dispositions de Protagoras pour les sciences, en le voyant arranger artistement des fagots. Diogène Laerce, IX, 53 et Aulu Gelle, V, 3.

44, Faim.—L’éd. de 80 ajoute: et fay grand doubte, quand i’auroy vn cheual et son équipage, que i’eusse l’entendement de l’accommoder pour m’en seruir.

504,

4, Suiet.—Les éd. ant. ajoutent: qui est moy.

23, Barleduc.—Lors du voyage que la cour de France y fit en 1559, le roi conduisant en Lorraine Claude de France, sa sœur, mariée au duc Charles III.

24, René.—Le père du duc René, le vainqueur de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. C’est ce roi René qui se retira en Provence, ce qui donna lieu au dicton: «Se chauffer à la cheminée du roi René», pour dire: se chauffer au soleil.—On a pensé que l’exhibition de ce portrait avait eu pour objet de donner occasion aux Guise d’entamer un plaidoyer en faveur de leur maison, afin d’obtenir pour l’un des leurs l’investiture qui leur fut octroyée du duché de Bar, lequel duché était distinct de la principauté du même nom qu’ils détenaient déjà et qui à la mort du dit roi René avait fait retour à la couronne de France; du reste François II était inféodé aux Guise dont il avait épousé la nièce, Marie Stuart.

27, Creon.—Crayon; beaucoup de personnes encore prononcent créon, d’après l’orthographe ancienne.

35, Chrysippus.—Diogène Laerce, VII.

42, Vent.—Expression proverbiale fondée sur ce que font parfois ceux qui, ne sachant où porter leurs pas, jettent une plume en l’air et vont du côté vers lequel l’emporte le vent; ici, elle veut dire, comme Montaigne l’explique lui-même, s’abandonner à la merci de la fortune.

506,

5, Dets.—Rabelais a aussi imaginé un procès ainsi jugé avec des dés.

9, Matthiam.—Lors de l’élection par les Apôtres, pour se compléter à douze, d’un des disciples du Christ, en remplacement de Judas qui s’était donné la mort après l’avoir trahi et livré.—Le nom de Mathias ne figure pas néanmoins parmi ceux des autres apôtres dont, à certain moment de la messe, il est fait mention; tandis que celui de S. Paul, quoiqu’il n’ait pas compté au nombre des apôtres proprement dits, s’y trouve accolé à celui de S. Pierre. Cette anomalie tient précisément à ce que Mathias n’a pas été choisi comme apôtre par Jésus-Christ en personne et que S. Paul a été appelé à lui, sur le chemin de Damas, par Notre-Seigneur lui-même; et il a été qualifié l’apôtre des Gentils, parce que ses prédications ont eu principalement pour objet la conversion des Gentils ou païens, plus que celle des Hébreux.

11, Baston.—Voyez combien de bouts a ce bâton; c’est-à-dire de combien de façons chaque chose peut être présentée.

26, Machiauel.—Son principal écrit est «le Prince», ouvrage où il enseigne aux tyrans le moyen de réussir, même au mépris de la justice et de l’humanité, et où il expose cette détestable politique qui a reçu, de son nom, la qualification de machiavélique. On a aussi de lui le «Discours sur Tite-Live», où il se montre grand penseur et où l’on retrouve des doctrines non moins perverses; enfin, des comédies licencieuses. Quelque opinion que l’on ait de sa moralité, on ne peut contester qu’il ne soit un grand écrivain.

508,

5, Remuement.—Cette assertion étrange, qui étonne de la part de Montaigne, quelque satisfait qu’il pût être de son propre sort et si assoiffé qu’il fût de tranquillité, ne s’explique que par la lassitude résultant de l’état de troubles et de guerres civiles continues, durant lequel tout allait de mal en pis, qui en son siècle a désolé la France.

23, Monde.

«Sans songer comment va la flotte Qui vogue avec moi sur les eaux, Je laisse la crainte au pilote, Et la manœuvre aux matelots.» Gresset.

26, Celeste.—Ne dirait-on pas ceci écrit de nos jours quand on voit combien le peuple, sans distinction aucune, pas plus sous le rapport de l’intelligence que sous celui des moyens d’existence, et les plus fortunés, à cet égard, plus encore peut-être que ceux qui le sont moins, se désintéressent absolument des actes de leurs mandataires.—C’est ainsi qu’on en est arrivé à voir ces atteintes légales ou illégales journellement portées à la liberté religieuse, à la liberté politique, à la liberté du travail, à la liberté individuelle, à toutes les libertés, et souffrir toutes licences de quiconque a une attache gouvernementale officielle ou officieuse; à être témoin d’un gaspillage des deniers publics tel que ni l’accroissement effrayant de notre dette, ni l’augmentation continue des impôts n’y peuvent suffire; à assister à la délation érigée en système de gouvernement, à l’antimilitarisme progressant sans cesse dans notre armée de terre et de mer dont les chefs sont constamment tenus en suspicion et jamais soutenus; à l’impossibilité d’obtenir justice pour qui n’adhère pas hautement et ne donne de gages aux idées sectaires qui nous dominent; c’est à cela encore que nous devons notre politique étrangère si hésitante et si timorée, ces tendances à accroître les monopoles de l’État si contraires à toutes les lois économiques et que nous devrons l’impôt sur le revenu qui nous assujettira tous au bon plaisir des répartiteurs.—Il faudrait cependant réagir, et pour cela d’abord ne pas s’abandonner comme nous le faisons tous, les partis extrêmes exceptés. Lors des élections, des comités se forment qui provoquent des réunions électorales, donnant à ce moment un coup de collier; mais une fois les élections terminées, plus rien, c’est fini, les comités se dissolvent ou sommeillent, on laisse aller les choses à vau-l’eau; sauf, comme nous venons de le dire, chez les partis avancés, qui, eux, ne perdent pas de vue leur élu, lui envoient des injonctions, l’obligent de temps à autre à venir s’expliquer, rendre compte de son vote. C’est là ce que tous doivent faire; les comités demeurer constitués en permanence, pour secouer l’apathie des électeurs, les convoquer chaque fois que des questions importantes sont à l’ordre du jour, recueillir leur manière de voir, la porter à la connaissance de leur mandataire, de telle sorte qu’il n’en ignore et y puise une force qui lui permette de réagir contre les influences étrangères qui trop souvent déterminent son vote; et, lors des réélections, rejeter impitoyablement tous ceux qui auraient forfait par faiblesse ou autrement aux idées sous l’empire desquelles ils avaient été élus.

Mais surtout il ne faudrait pas aux élections, entre les divers groupes de conservateurs (monarchistes et républicains), de ces divisions intransigeantes qui sont la chance la plus sûre de leurs adversaires communs, lors même que ceux-ci, ce qui est le cas le plus fréquent, ont l’infériorité numérique. Il devrait être de règle absolue qu’au premier tour de scrutin, si l’accord n’a pu se faire, que chacun vote suivant ses préférences; mais qu’au second tour, n’en tenant plus aucun compte, tous, sans exception aucune, votent pour le candidat conservateur qui aurait obtenu le plus de voix au premier tour, tous les autres se désistant en sa faveur; hors de là, pas de salut!

Voilà pour l’avenir; en ce qui touche le présent, alors qu’on voit ceux qui détiennent le pouvoir, manquer au premier de leurs devoirs qui est de s’appliquer à faire régner l’ordre et la paix dans le pays, y semer l’inquiétude, fomenter l’agitation et, se faisant les complices des fauteurs de troubles, le mener à sa ruine, comment s’étonner de voir certains caractères énergiques qui, estimant que les grands maux appellent les grands remèdes, cherchent à stimuler le clan si craintif et si veule des conservateurs de toutes nuances et préconisent le recours à la violence, comme en Russie, mais dans un but diamétralement opposé, contre les criminels qui entretiennent pareil état de choses, provoquant contre eux des actes individuels dont il est malaisé de se défendre parce qu’ils ne peuvent se prévoir et que celui qui a fait le sacrifice de sa vie est maître de celle d’autrui, à l’exclusion de tout acte collectif qui, dirigé contre quiconque dispose de la force et de la légalité, serait en ce temps de télégraphe, de téléphone, d’armes à tir rapide, inévitablement écrasé dès qu’il serait démasqué.

32, Contradiction.—C.-à-d., si on s’aperçoit qu’on manque de jugement, cela seul est au contraire une preuve qu’on en a.

40, Disposition.—De bonne santé, c’est le sens qu’a encore aujourd’hui l’adjectif dispos.

40, Beauté.—Les éd. ant. ajoutent: et de la noblesse; addition qui avec juste raison a disparu, car la différence est grande entre le titre et la chose, elle existe chez beaucoup qui ne sont point qualifiés pour la posséder et inversement, et dans bien des cas le monde est loin de ratifier le jugement qu’à cet égard chacun porte sur soi.

510,

2, Touchons.—Nous sentons, nous apercevons bien facilement si elles surpassent les nôtres.

6, Peine.—Et encore avec beaucoup de peine.

10, Nom.—Les éd. ant. ajoutent: Le plus sot homme du monde pense auoir autant d’entendement que le plus habile.

13, Art.—C.-à-d. on doit s’attendre à fort peu d’encouragements et d’éloges à propos des ouvrages philosophiques et des simples productions de l’entendement que nous pouvons écrire parce que les savants qui les ont dans leur domaine, ne font cas que de l’érudition et de l’art et n’attachent de prix qu’à la science.

22, Sens.—Du jugement.

26, Siennes.—«D’où vient qu’un boiteux ne nous irrite pas et qu’un esprit boiteux nous irrite? C’est qu’un boiteux reconnaît que nous marchons droit et qu’un esprit boiteux dit que c’est nous qui boitons.» Pascal.

514,

24, Nul.—J’ai soixante-dix ans, j’ai vu et approché beaucoup de monde et je puis en dire autant. Bien rares sont les hommes qui, vus de près, s’élèvent notablement au-dessus de la moyenne des gens que nous tenons comme bien doués; plus rares encore sont ceux qui présentent un ensemble de qualités essentielles dont rien ne trouble l’harmonie. Parmi ces exceptions je n’en ai guère connu que trois: le général Desvaux, le commandant du Vallon, le général Niox.

Le général Desvaux (1810 à 1885), dont j’ai été l’officier d’ordonnance, devenu sous-gouverneur de l’Algérie et commandant de la cavalerie de la Garde impériale en 1870, à Metz, où il fut l’un des rares membres, le seul, dit-on, du Conseil de guerre, convoqué à la dernière heure, qui se soit prononcé contre la capitulation, était un homme chez lequel le jugement, l’instruction, la capacité, le caractère et les qualités du cœur allaient de pair; c’était un excellent administrateur et un chef militaire de premier ordre. A diverses reprises, après nos désastres, le Ministère de la guerre lui fut offert; il s’y refusa, les nécessités de la politique intérieure du moment rendant impossible l’obtention des mesures que son intégrité et son esprit de discipline lui faisaient considérer comme indispensables et sur lesquelles sa conscience ne lui permettait pas de transiger.

Le commandant du Vallon (1837 à 1866), tué au Mexique, étant à 29 ans déjà chef d’escadron et officier de la Légion d’honneur, et qui par sa grande intelligence, son esprit résolu, son ampleur de vue, sa facilité d’élocution, sa carrière si brillamment commencée, était appelé, si la mort ne l’eût arrêté, à de hautes destinées, étant donnés les événements qui ont suivi et dont seul Gambetta a émergé, tant étaient grandes les médiocrités, pourtant si nombreuses, en situation de devenir quelqu’un, qui s’y sont trouvées mêlées.

Le général Niox (né en 1840), l’ami de toute ma vie, devenu commandant de la place de Paris, puis des Invalides et Directeur du Musée de l’armée, qui lui doit son organisation. Remarquable entre tous par son intelligence supérieure, un jugement jamais en défaut, une honnêteté de sentiments à toute épreuve et une grande indulgence naturelle affermie par ses idées philosophiques, il est bien regrettable, au point de vue de l’intérêt commun, qu’une faiblesse de l’ouïe l’ait empêché, comme toutes ses qualités et connaissances l’y appelaient, d’arriver à la direction de notre état militaire qui n’eût jamais été en meilleures mains.

34, Liures.—Les éd. ant. aj.: et de la science.—Cette classe de gens qui, de nos jours, a nom «intellectuels», n’a pas varié dans leurs vaniteuses prétentions qui les poussent parfois hors des bornes de la raison; ils ont de la science, de l’esprit à foison, mais pas toujours du bon sens, appelé si à tort du sens commun.

516,

12, Hierosme.—S. Jérôme; a laissé un grand nombre d’écrits, les uns historiques, les autres polémiques, dans lesquels il combat les hérésies de son temps; son style est pur et éloquent, mais il se laisse entraîner à de vifs emportements; son plus beau titre est sa traduction latine de la Bible, faite sur l’hébreu, connue sous le nom de Vulgate et adoptée comme canonique par le concile de Trente.

14, Institution.—Système d’instruction ou mieux d’éducation.—Se reporter particulièrement à ce sujet au ch. XXIV du liv. I.

22, Elle.—Notre éducation nous a appris.

34, Lecteur.—Lecteur public, professeur.

37, Vie.—Polémon, dans sa jeunesse, s’était livré à la dissipation; la leçon qu’il entendit de Xénocrate parlant sur la tempérance, lui fit concevoir une telle honte de ses excès, qu’il se convertit aussitôt à la philosophie; il devint le disciple le plus zélé de Xénocrate et mérita de lui succéder dans la chaire de l’Académie. Diogène Laerce, Polémon, IV, 16; Valère Maxime, VI, 9, etc.

518,

22, Excellent.—Daurat, de Bèze, etc., sont ici cités pour leurs poésies en latin; Ronsard, du Bellay comme poètes français.

30, Vieillesse.—A la bataille de S.-Denis (1567) où, lors de la deuxième guerre de religion, les catholiques furent vainqueurs, mais perdirent leur chef le connétable de Montmorency, homme d’une austérité qui atteignait à la rudesse.

33, De la Nouë.—Après avoir changé plusieurs fois de parti, fut blessé mortellement, pour le service de Henri IV, au siège de Lamballe (Bretagne); on a de lui des «Discours politiques et militaires», mémoires qui renferment des faits intéressants.

34, Parts.—Partis, factions.

36, I’ay pris.—Cet alinéa, consacré à Mlle de Gournay, n’existe pas dans les éditions antérieures; c’est en effet seulement lorsque Montaigne vint à Paris pour surveiller l’impression de l’édition de 1588, qu’il fit sa connaissance.—Dans l’édition de 1635, qu’elle-même a publiée, ce passage est modifié ainsi qu’il suit: les mots «beaucoup plus que» et les deux membres de phrase ci-après: «Et enueloppée... au monde», «Et entr’autres... cruellement», sont supprimés. Il est à croire qu’ils avaient prêté à de malignes interprétations et que leur suppression dont elle s’excuse en disant: «En ce seul poinct ai-je esté hardie, de retrancher quelque chose d’vn passage qui me regarde», a été une concession qu’elle a faite aux mauvaises langues de son temps, de même que quelques autres coupures dans cette même édition ont été une satisfaction donnée aux scrupules de ceux que choque une certaine liberté d’expressions.—Cicéron avait eu aussi sa Marie de Gournay: une dame romaine nommée Carolli se lia d’intimité avec lui, en tout bien, tout honneur, par amour pour la philosophie; elle avait 70 ans. Marie de Gournay n’en avait que 22.

38, D’alliance.—Marie le Jars, demoiselle de Gournay du nom du lieu où elle habitait (1565 à 1645), née à Paris.—Elle avait dix-huit ans, quand ayant lu les deux premiers livres des Essais, elle se prit pour leur auteur d’une véritable admiration. En 1588, ayant appris la présence de Montaigne à Paris, elle vint l’y voir et le charma si bien par son esprit et son érudition, qu’elle réussit à l’attirer à Gournay, en Picardie, chez sa mère, où il fit plusieurs séjours prolongés. De retour chez lui, il s’empressa d’insérer dans la nouvelle édition en préparation de son ouvrage, celle à laquelle la mort l’empêcha de mettre la dernière main, l’éloge de sa jeune admiratrice, qu’il qualifie sa fille d’alliance.—Mademoiselle de Gournay pleura Montaigne comme un père lorsqu’il mourut cinq ans plus tard; elle et un ami, le poète Pierre de Brach, l’avaient aidé lors de l’impression de sa dernière édition, aussi les désigna-t-il comme exécuteurs d’une réédition à laquelle il travaillait lorsque la mort vint l’atteindre. En vue de cette réédition il avait annoté et retouché un exemplaire de son édition de 1588; fidèle observatrice de ses intentions, sa veuve, pour ne pas se défaire de l’original, chargea Pierre de Brach de la mise au net de ces notes manuscrites, qu’il transcrivit en leur lieu et place sur un autre exemplaire de cette même édition, se bornant à rectifier quelques incorrections, et cette copie, envoyée en 1594 à Mademoiselle de Gournay qui la fit imprimer accompagnée d’une trop longue préface qu’elle-même avait composée, constitua l’édition de 1595. Cette copie est perdue; quant à l’original, longtemps ignoré, il a été retrouvé deux siècles après chez les Feuillants de Bordeaux et se trouve actuellement à la bibliothèque de cette ville.—Ce pieux devoir accompli, Mademoiselle de Gournay, en 1596, se rendit en Guyenne pour faire visite à la veuve et à la fille de son père par alliance, et s’inspirer de la vue des lieux où il avait vécu et où il avait écrit ce livre qu’elle mettait au-dessus de tout; elle n’avait alors que 29 ans; elle en vécut encore cinquante, toujours fidèle au culte de Montaigne, ne publiant pas moins de onze éditions de ses Essais, dont la dernière en 1635, magnifique in-folio qu’elle eut la bonne fortune de pouvoir dédier au cardinal de Richelieu. Elle-même était écrivain, et prit une large part au mouvement littéraire de l’époque; on a d’elle des poésies, quelques écrits dont le plus remarquable est «L’Égalité des hommes et des femmes», et des traductions de morceaux de Virgile, de Tacite et de Salluste.

520,

7, Bastantes.—Suffisantes; de l’italien bastare, suffire, d’où vient également «baste» encore en usage dans le style familier.

12, Quartier.—Pays.

15, Consideration.—Il est à remarquer que Montaigne parle toujours avec plus de chaleur et d’enthousiasme de ces liaisons où le sang n’est pour rien, de son amitié avec La Boétie, de son alliance avec Mlle de Gournay, que de ses affections de famille.

16, Aage.—Dans ce siècle, en ce temps.

CHAPITRE XVIII.

28, Ouuroirs.—Ateliers. Ce mot «ouvroir», qui s’appliquait jadis aux locaux où «ouvraient» (travaillaient) les gens de métier, ne se dit plus aujourd’hui que de locaux où on forme les jeunes filles à la couture et d’autres travaux analogues, et où des associations charitables exécutent, préparent des travaux de même genre pour les jeunes filles et femmes pauvres.

522,

2, Fermir.—Appuyer, fortifier; du latin firmare.—Affermir, qui est d’usage, a même racine et à peu près même signification; ferme, fermeté en dérivent plus directement encore.

3, Solide.—Allusion aux Commentaires de César et à l’Anabase de Xénophon, où tous deux font le récit de faits auxquels ils ont pris part; c’est également ce qui donne tant d’intérêt aux Commentaires de Napoléon.

8, Rogatus.—Le texte d’Horace porte coactus, qui signifie: je ne fais cette lecture qu’à mon corps défendant, lorsque j’y suis obligé; le changement apporté par Montaigne exprime plus exactement sa pensée.

14, Turgescat.—L’éd. de 88 donne le vers de Perse en entier, ajoutant: dare pondus idonea fumo (de donner du poids à la fumée).

18, Image.—A entrer en communication avec moi et me rappeler à son souvenir, grâce à ce tableau que je trace de moi-même.

29, Seing.—Add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction: des heures (livre de prières, dénomination qui subsiste encore).

30, Peculiere.—Particulière, personnelle; du latin peculiaris, qui a même signification.—Les éd. ant. ajoutent: vn harnois, vne espée qui leur a serui, ie les conserue pour l’amour d’eux, autant que ie puis, de l’iniure du temps.

30, Gaules.—On vaquait beaucoup à ses affaires, à cheval, en ce temps; et on a supposé que ces longues gaules pouvaient être des sortes de cravaches confectionnées en bois de houx ou tout autre également flexible, comme il s’en fait aujourd’hui dans le Roussillon en bois de micocoulier; peut-être n’était-ce que de simples baguettes comme on en tient souvent à la main; mais en raison du qualificatif qui les accompagne, il y a plutôt probabilité que ce devait être de longs bâtons, constituant de hautes cannes, comme celles qui furent si fort à la mode sous Louis XIV.

36, Escriture.—L’imprimerie.

37, Aisée.—Les éd. ant. ajoutent: pour m’exempter de la peine d’en faire plusieurs extraits à la main.

524,

4, Testonner.—Ajuster, parer. La Fontaine a employé ce mot, en l’expliquant, dans sa fable «L’homme entre deux âges»:

«Ces deux veuves, en badinant, L’allaient quelquefois testonnant, C’est-à-dire ajustant sa tête.»

7, Premieres.—Me peignant pour autrui, je me suis réellement rendu meilleur que je n’étais auparavant; le portrait a formé l’original.

8, Autheur.—Mon livre et moi sommes un; je ne suis pas autre qu’il me représente, et il n’est pas différent de ce que je suis. C’est cette même idée dont Montaigne tirait parti, quand il écrivait à Henri III, auquel il avait fait hommage de la première édition des Essais et qui l’en avait fait complimenter, disant que l’ouvrage lui plaisait extrêmement: «Il faut donc que je plaise à Votre Majesté, car il ne contient qu’un discours (une reproduction) de ma vie et de mes actes.» Bonnefon.

13, Heure.—Dans un soliloque de quelques instants.

13, Primement.—Exactement.

32, Sagoin.—Sagouin, sorte de petit singe.—Allusion ironique appliquée à un Sagon, par Marot contre lequel était dirigée son épître intitulée: «Fripelippes, valet de Marot, à Sagon».

526,

6, Pindare.—Clément d’Alexandrie, Strom., VI, 10; Stobée, Serm., XI.

13, François.—Vers 450, époque où écrivait Salvianus, De Gubernatione Dei, I, 14; il s’agissait des Francs, tribu de la Germanie, qui habitaient entre le Mein, la mer du Nord, l’Elster et l’Elbe, et qui venaient d’envahir la Gaule septentrionale.

31, Ancien.—Plutarque, Lysandre, 4.

34, Vilité.—Bassesse; du latin vilitas, comme l’adjectif vil qui est demeuré dans notre langue.

528,

11, Prononcée.—Rien chez les Perses, lit-on dans Hérodote, n’est si honteux que mentir; et, après le mensonge, que contracter des dettes, surtout, disent-ils, parce que celui qui a des dettes, ment nécessairement.

11, Grece.—Lysandre; voir sa vie dans Plutarque.

19, Grecs.—A l’appui de cette assertion on peut, entre autres, indiquer les deux faits historiques ci-après:—Marius, défié par un des chefs ennemis, lors de la guerre sociale (90), qui lui criait: «Si tu es si grand capitaine, viens te battre avec moi!» lui répondit: «Si tu es toi-même si grand guerrier, force-moi à combattre.»—Après la bataille d’Actium (31), Antoine ayant envoyé défier Octave, celui-ci répondit qu’Antoine avait assez d’autres chemins pour aller à la mort, sans s’exposer à périr honteusement comme un gladiateur.

26, Barbe.—Plutarque, Pompée, 16; Caton d’Utique, 7.—Il n’est pas exact que César fût appelé voleur à sa barbe. Il était en Gaule et Curion demandant au Sénat, ou que Pompée congédiât son armée, ou que César fût autorisé à retenir la sienne sous les drapeaux, le consul Marcellus, traitant ce dernier de brigand, opina pour qu’il fût déclaré ennemi de la Patrie, s’il ne posait immédiatement les armes.—Quant à la circonstance où Caton le qualifia d’ivrogne devant ce même corps constitué, elle est relatée au ch. XXXIII de ce même livre des Essais (II, 638).

CHAPITRE XIX.

Ce chapitre, traduit presque textuellement d’Ammien Marcellin, contient un bel éloge de l’empereur Julien; et, à son tour, a fourni à Voltaire la plupart de ce qu’il a dit sur ce prince.—Ce même chapitre, en raison des termes en lesquels il y est parlé de Julien, et avec lui les passages où, dans les Essais, sont taxés de cruauté les supplices au delà de la mort simple, et surtout l’usage répété qui s’y rencontre du mot «fortune», employé dans le sens de hasard, de fatalité, en place de celui plus orthodoxe de Providence, donnèrent lieu, à Rome, en 1580, de la part de la censure, à des observations dont l’auteur, du reste, ne tint aucun compte. V. N. I, 588: Indisciplinatis, et V. N. III, 474: Reuere.

530,

16, Monde.—Vopiscus, in Tacito imp., 10.

18, Creance.—Une grande partie des ouvrages de cet historien a été perdue, Montaigne en donne l’explication. Nous n’avons que des fragments de ses Annales qui allaient de la mort d’Auguste à celle de Néron; et de ses Histoires qui vont de l’avènement de Galba jusqu’à Nerva. Tacite est universellement regardé comme le plus grand historien des temps anciens; il est grave, profond, énergique, concis sans manquer d’abondance; il peint ses portraits des plus vives couleurs; ses jugements flétrissent le crime et la tyrannie; il est d’ailleurs exact, n’écrivant que ce qu’il a vu ou que des contemporains lui ont raconté.

22, Julian.—Était neveu de Constantin le Grand. Envoyé en Gaule avec le titre de César, il fixa son séjour à Lutèce (Paris) et se signala contre les Germains. Élu empereur en 361, il renonça ouvertement au christianisme dans lequel on l’avait élevé, ce qui le fit surnommer l’Apostat (du grec ἀφίσταμαι, se retirer), et fit de vains efforts pour relever le paganisme. Il ne régna que deux ans; durant ce temps, il fit de sages lois, réforma les abus les plus criants, fit la guerre aux Perses, débuta par des succès, mais dut battre en retraite, la région où il avait pénétré ayant été dévastée par l’ennemi et n’offrant plus aucunes ressources; blessé mortellement au cours de cette retraite, il mourut peu après (363).—Dédaigné à la cour dans sa jeunesse, il s’était adonné à l’étude et possédait à fond l’éloquence et la philosophie; il appartenait à l’école des Stoïciens dont il portait le manteau, la longue barbe, en même temps qu’il pratiquait l’austérité de leurs mœurs; jamais sa haine contre le christianisme ne le porta à aucune violence contre les Chrétiens.

23, L’apostat.—«Ce sont deux grands écueils de tout croire et de ne rien croire. Si vous voulez savoir quels étaient Constantin et Julien, ne croyez ni tout le mal qu’on a dit de Julien, ni tout le bien qu’on a dit de Constantin.» Catherinot.

23, Rare.—Par ses vertus et ses actes, l’empereur Julien a été au-dessus de son époque, et Montaigne, avec juste raison, le représente comme tel.—Il est à observer toutefois, d’une façon générale, que notre auteur ne se piquait nullement d’exactitude, acceptait sans les contrôler (il en a fait l’aveu I, 150) tous faits et dires qu’il jugeait à propos, pour les traiter à sa mode; si ses déductions sont presque toujours frappées au coin de la logique et du bon sens, on ne saurait cependant sans discussion s’appuyer sur son autorité en matière d’histoire ou de science.

30, Vne.—Ammien Marcellin, XXIV, 8.

532,

2, Predecesseurs.—Ammien Marcellin, XXII, 10; XXV, 5 et 6.—«Julien, a dit Voltaire, qui eut le malheur d’abandonner la religion chrétienne, mais qui fit tant d’honneur à la religion naturelle; Julien, le scandale de notre église et la gloire de l’empire romain.»—Plus philosophe qu’empereur, il était de ceux qui, si déjà l’empereur Antonin ne l’avait exprimé, auraient pu inspirer à Etienne Tabourot, auteur comique du XVIe siècle, ces mauvais vers qui traduisent une pensée assurément juste:

«Heureuses seront les provinces, Dedans lesquelles régneront Des princes qui philosopheront, Ou quand les sages seront princes.»

4, Marcellinus.—Ammien Marcellin.—V. II, 58 et N. Marcellinus. A écrit une histoire des empereurs romains depuis Nerva jusqu’à Valentinien; le premier livre en est perdu. Cet ouvrage jouit d’une grande autorité, surtout dans sa dernière partie, où l’auteur rapporte ce qu’il a vu; la modération, bien rare pour l’époque, qu’il apporte quand il parle du christianisme et du paganisme, fait qu’on ne peut deviner par ses écrits et qu’on ne sait, quoique Montaigne donne à supposer ici qu’il était chrétien, à quelle religion il appartenait.

4, Histoire.—Amm. Marcellin, XXII, 10, etc.

9, Nous.—Chrétiens.

11, Recitent.—Sozomène, Hist. ecclés., V, 4.

16, Affectant.—Julien affecta, témoigna en cette circonstance.

21, Sang.—Eutrope, X, 8.—Sans persécution; par opposition à celles qu’à diverses reprises avait eu à endurer le christianisme naissant.—L’édition de 1580 porte ici le passage afférent à l’exclamation prêtée à l’empereur Julien, lorsqu’il se sentit frappé à mort, que l’édition de 1595 reproduit légèrement modifiée, un peu plus loin (II, 534: Ce langage, etc.).

24, Constantius.—Amm. Marcellin, XXII, 2.—A la mort de Constantin le Grand (337), l’empire fut partagé entre ses trois fils: Constantin, Constance et Constant. Le second ne tarda pas à demeurer seul par suite de la mort de ses frères (350); mais il se rendit tellement odieux, que les armées de Gaule proclamèrent Julien empereur; il marchait contre lui, quand la mort le surprit en route (361).

26, Accoustumoit.—Les éd. ant. ajoutent: tousiours.

27, Guerre.—Amm. Marcellin, XVI, 2.

31, Estudier.—Id., XVI, 17; XXVI, 5.

40, Artifice.—Id., XVI, 2.

534,

8, Armées.—Amm. Marcellin, XXV, 3.

13, Sacrifices.—Id., XXV, 6.

27, Gloire.—Id., XXV, 4.

28, Brutus.—Dans la nuit qui précéda la première bataille de Philippes (42), où Cassius, battu, se tua, Brutus, qui commandait avec lui, avait vu apparaître un fantôme qui, interpellé, lui dit: «Je suis ton mauvais génie, tu me verras dans les plaines de Philippes.» Un mois après, la veille de la deuxième bataille de ce nom, où, à son tour, Brutus éprouva le même sort que Cassius, et comme lui se tua, cette vision se serait renouvelée. V. N. II, 646: Brutus.

29, Mort.—Amm. Marcellin, XX, 5; XXV, 2.

30, Nazareen.—Théodoret, Hist. ecclés., III, 20.

35, Attache.—Ce passage: «Ce langage... attache» (lig. 29 à 35), existe un peu modifié dans l’édition de 1580 (V. N. II, 532: Sang); supprimé dans les éditions suivantes, il a été rétabli dans celle-ci où nous le retrouvons.

36, Marcellinus.—Amm. Marcellin, XXI, 2.

536,

5, Constantinople.—Paraît avoir été fondée par les Grecs, sous le nom de Byzance, à une époque très reculée et avoir joué dès les temps les plus anciens un rôle important; à diverses reprises ravagée ou détruite, elle devint sous Constantin le Grand, qui lui donna son nom, la capitale de l’empire (330), et bientôt surpassa Rome même, par la magnificence de ses monuments, sa population, ses richesses et son commerce. Les Turcs s’en sont emparés et en ont fait leur capitale en 1453.

8, Religion.—Amm. Marcellin, XXII, 3.

12, Intelligence.—Cette même politique avait été observée, au dire de Diodore de Sicile, par les Égyptiens qui laissaient se multiplier chez eux divers cultes, dans l’idée que les dissensions qui se produiraient entre eux, détourneraient de créer des difficultés au gouvernement; c’est un peu ce que chercha à faire Catherine de Médicis pour contenir les catholiques par les protestants et réciproquement; c’est également le système actuel de gouvernement des sultans de Constantinople, ce n’est en somme qu’une application particulière du principe d’application si générale: «Diviser, pour régner.»

CHAPITRE XX.

31, Elemens.—L’air, le feu, la terre et l’eau, tenus encore, du temps de Montaigne, comme les éléments essentiels de tout ce qui a vie.

32, Matiere.—Les éd. ant. ajoutent: plus vile.

538,

1, Seruice.—L’or et l’argent, en raison de leur peu de dureté relative, ne sont, en effet, employés à l’état pur, ni dans les monnaies, ni dans l’orfèvrerie, mais alliés au cuivre à raison de 9/10 de métal fin (or ou argent) et 1/10 de cuivre pour les monnaies; pour les pièces d’orfèvrerie la proportion de l’alliage (du cuivre) est un peu plus forte.

4, Aristippique.—Telle que la conçoit l’école cyrénaïque fondée par Aristippe. V. N. II, 240: Cyrenaiques.

12, Morbidezza.—Terme de peinture et de sculpture; mollesse et délicatesse des chairs, en particulier chez la femme et chez l’enfant.

17, Donnent.—C’est là une pensée d’Épicharme, conservée par Xénophon, dans ses Mémoires sur Socrate, II, 1, 20. Elle a été reproduite par Voiture: «Pour l’ordinaire, la fortune nous vend bien chèrement ce qu’on croit qu’elle nous donne.» Elle se retrouve chez La Fontaine, qui dans son poème de «Philémon et Baucis» semble l’avoir imitée de Voiture:

«Il lit au front de ceux qu’un vain luxe environne, Que la Fortune vend ce qu’on croit qu’elle donne.»

De son côté, Voltaire dit:

«Le bonheur est un bien que nous vend la Nature.»

21, Socrates.—Dans le Phédon de Platon.

23, Metrodorus.—Sénèque, Epist. 99.

29, Melancholie.—La Fontaine, dans Psyché, II, exprime la même pensée:

«... Il n’est rien Qui ne me soit souverain bien, Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique.»

32, Seneque.—Epist. 63.

34, Veteris.—L’ex. de Bordeaux porte vetuli, et aussi le texte de Catulle.

540,

3, Fondre.—S’enfoncer, s’effondrer, succomber.

7, Enfondrer.—Où il ne peut se fixer et où il craint de s’embourber.

16, Platon.—Telle n’est pas la pensée beaucoup plus restrictive émise par Platon, République, IV, 5, qui dit que si au préalable on ne fait pas l’éducation de la jeunesse et qu’on ne la dresse pas à respecter les lois, elles deviennent inutiles, parce qu’il n’y en a pas de parfaites, et quelque amendement qu’on y apporte, on ne pare à un inconvénient qu’en en substituant d’autres, si bien que quelles qu’elles soient, elles sont toujours en défaut dans un cas donné. Naigeon.

17, Hydra.—L’hydre de Lerne, serpent monstrueux qui, d’après la Fable, séjournait dans le lac de Lerne en Argolide (Grèce ancienne); il avait sept têtes, et chacune repoussait à mesure qu’on la coupait; Hercule en délivra la terre. Le monstre, transporté au ciel, forme la constellation australe de l’Hydre. Myth.

26, Pourtant.—C’est pour cela que...

542,

6, Verité.—Cicéron, De Nat. deor., I, 22; Bayle, Simonide.—Le roi Hiéron avait prié Simonide de lui dire ce que c’est que Dieu; celui-ci lui répondit qu’il avait besoin d’un jour pour examiner la question. Le lendemain, le roi ayant renouvelé sa question, le poète demanda encore deux jours pour faire réponse; et, chaque fois, il alla doublant le nombre de jours demandés. Cicéron, rapportant le fait, dit: «Je crois que Simonide, après avoir promené son esprit d’opinions en opinions, toutes plus subtiles les unes que les autres, et cherché vainement la plus probable, désespéra finalement de trouver la vérité.»

6, Qui.—Cet alinéa fait suite à l’avant-dernier de ceux qui précèdent; entre les deux a été intercalé l’incident de Simonide, qui n’existe pas dans les éditions précédentes, d’où un peu d’obscurité dans le texte.

8, Engin.—Un esprit ordinaire, de moyenne capacité; vient du mot latin ingenium, esprit.

12, Mesnage.—D’économies, de savoir-faire.

18, Conte.—Probablement Henri III; ce fut aussi le caractère de Louis XV.

CHAPITRE XXI.

23, Debout.—Suétone, Vespasien, 24.

25, Propos.—Spartien, Verus, 6. «Un empereur doit mourir dans la plénitude de ses facultés physiques et morales et non affaibli par l’âge ou les maladies.» On peut du reste en dire autant de tous ceux qui ont à commander ou à administrer, toutefois l’application de ce principe augmente d’autant plus d’importance que la fonction occupée en a elle-même davantage.

30, Appoltronny.—Proprement accoutumé au lit; viendrait de poltroniser, dérivé lui-même de poltro qui, en italien, signifie lit, couche, oreiller, coussin; d’où, par extension, s’accoutumer à la paresse, rendu lâche, énervé; c’est là une étymologie de notre mot poltron, quelque peu différente de celle qu’on lui attribue généralement (V. N. II, 568: Voyage).

32, Nonchalant.—Si peu soucieux.

544,

13, Absence.—Henri de Navarre, devenu Henri IV.

13, Selym I.—Plein de courage et de fermeté, mais ambitieux, perfide et cruel, Sélim Ier détrôna et fit périr son père, ordonna la mort de plusieurs de ses frères, soumit la Syrie et prit le titre de calife (vicaire de Mahomet), dont il déposséda le dernier calife Abbasside de Bagdad et que ses successeurs à Constantinople ont conservé depuis; conquit l’Égypte sur les Mamelouks, la Mecque et Alger.

15, Completes.—Cela est exact; mais, par contre, tout aussi vrai quand au lieu de victoires que l’on remporte, ce sont des défaites que l’on éprouve: François Ier, à Pavie; Philippe de Valois, à Crécy; Jean le Bon, à Poitiers; Charles XII, à Pultawa; Napoléon, à Waterloo, etc.—C’est là du reste une question qui n’est pas d’actualité en France où de parti pris le chef de l’État n’a guère chance d’être un soldat; il semble d’ailleurs devoir en être de même dans un avenir prochain du Ministre de la guerre. Les gens politiques n’ont-ils pas toute science infuse, et qu’y aura-t-il de changé sauf que les bureaux dirigeront au lieu d’être dirigés, et que le personnel sera bouleversé au gré des influences et passions politiques du moment? Aussi, ce qu’en semblable situation on peut espérer de mieux pour notre état militaire c’est l’existence d’un Conseil supérieur de la guerre, comprenant tous ceux désignés pour, en cas de guerre, exercer le commandement de nos armées, dont les avis en toute question militaire de quelque importance soient d’obligation et toujours communiqués in extenso à qui il appartient de décider; l’établissement des tableaux d’avancement et l’initiative des nominations à tous les hauts grades et emplois de l’armée devraient également lui être attribués. La guerre éclatant, le Ministre, qu’il soit civil ou militaire, demeurerait, continuant à pourvoir aux besoins de tous, avec l’assistance de l’un des sous-chefs de l’État-Major général du temps de paix, toujours prêt à remplacer son chef, devenant, ipso facto, le Major général des armées opérant sur le principal théâtre d’opérations. Une fois les hostilités commencées, ce sont les événements qui décident de ce qui suit, toute prévision à cet égard est sans objet, toute idée préconçue peut être une entrave; il faut et il suffit que les hommes appelés à y pourvoir aient été choisis à hauteur de la tâche qui peut leur incomber, qu’ils soient au fait de la situation et aient du caractère.

17, Pensée.—Cela n’a jamais été d’une absolue vérité, l’action dirigeante du chef en dehors du combat ayant toujours eu quelque influence sur le résultat, bien qu’incomparablement moindre qu’aujourd’hui, comparée à sa conduite pendant le combat proprement dit. D’abord on ne manœuvrait guère autrefois, on se bornait généralement à se porter à la rencontre les uns des autres; et, d’autre part, le combat se livrait sur une étendue peu considérable, si élevés que fussent les effectifs en présence; tout ce qui s’y passait, était vu d’un grand nombre et, transmis à la voix, était à l’instant su de tous; l’effet en était immédiat, et dans ces conditions l’attitude du chef était d’importance capitale.—De nos jours, c’est tout autre: Dès le principe et longtemps avant qu’on n’en vienne aux mains, le chef manœuvre en vue d’acquérir la supériorité morale, d’avoir toute liberté de mouvements et d’entraver celle de l’adversaire, et de faire que, tout en ne se compromettant pas trop lui-même, un succès de sa part, quand le heurt se produira, soit aussi désastreux que possible pour son ennemi. Quand approche le moment de l’action, il prend, dans la mesure du possible, les dispositions que commande la situation. Quand elle s’engage, il observe, mais de loin pour mieux juger de l’ensemble sans être distrait par les détails, et n’intervient que par l’envoi en ligne de ses réserves quand il le juge utile. Lorsqu’elle prend fin, c’est lui qui, s’il a le dessus, s’applique à faire que la poursuite transforme la défaite de l’adversaire en déroute, ou à le contenir s’il a le dessous. Du commencement à la fin, sa pensée est toujours en action, et moins il engage sa personne, mieux il fait; sur une zone aussi étendue que celle sur laquelle se livrent les combats actuels, à moins qu’il ne s’agisse d’un engagement insignifiant par le nombre des combattants, l’intervention personnelle d’un chef, dans la mêlée, ne saurait guère excéder en résultat physique celle du moindre de ses soldats, elle a toute chance d’être sans effet réellement utile, et risque fort de compromettre la direction.—Cette dernière partie de l’assertion de Montaigne qui, de fait, est on ne peut plus vraie, doit donc s’entendre du chef qui, présent sur le théâtre de l’action, exerce le commandement effectif des troupes engagées, à l’encontre de celui qui, à distance, prétend gouverner les événements et dicter des ordres à ceux qui, sur place, sont aux prises avec les difficultés dont il ne peut juger.

20, Ferme.—«Ayant les pieds sur la terre ferme», comme un planteur de choux. Coste.

21, Hottomane.—Branche de la race turcomane (race dominante dans le Turkestan, en Perse et en Asie Mineure), du nom d’Othman I, fondateur de l’empire turc (XIIIe siècle).

25, Ammurath.—Vainquit les Perses et les Hongrois, enlevant aux premiers trois provinces, aux seconds, l’importante place de Raab; avait débuté en faisant étrangler ses cinq frères, tous en bas âge.

27, Edouard.—Prétendant à la couronne de France, du chef de sa mère, sœur de Charles le Bel, gagnait contre Philippe de Valois la bataille de Crécy (1346), prit Calais (1347) et plusieurs autres villes; son fils le prince de Galles gagnait sur le roi Jean, successeur de Philippe, la bataille de Poitiers (1356); mais moins heureux contre Charles V, il perdait peu à peu toutes ses conquêtes et ne possédait plus que quelques places maritimes en France, quand il mourut.

28, Charles.—Fit avec succès la guerre à Edouard III d’Angleterre qui avait envahi la France, au roi de Castille, et réunit à la couronne le Poitou, la Saintonge, le Rouergue, une partie du Limousin, le comté de Ponthieu et la Guyenne. Il eut pour généraux Olivier de Clisson, Bertrand du Guesclin, Boucicaut; témoin des malheurs causés par la captivité de son père Jean le Bon, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, il s’était fait une loi de ne point commander ses troupes en personne et dirigeait tout du fond de son cabinet.

33, Castille.—Montaigne fait ici allusion à la découverte et à la conquête du Mexique, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade, du Chili et de Buenos-Ayres, réalisées à cette époque, au nom des rois de Castille, par les Christophe Colomb, les Fernand Cortez, les Pizarre, etc.

33, Portugal.—Par les expéditions de Diaz, de Vasco de Gama, de Cabral, les conquêtes d’Albuquerque, le Portugal, au XVIe siècle, était maître, en Asie, des Indes, des Moluques, et en Amérique, du Brésil.

35, Facteurs.—Agents des grandes compagnies par lesquelles, jadis, les états européens exploitaient leurs colonies.

39, Respirer.—Zonaras, d’où ceci est tiré, dit: «Julien se démontra si sobre, que presque il ne rotait ni ne crachait et allait jusqu’à dire que, s’il était possible, un philosophe devrait même se garder de respirer.»

546,

3, Persienne.—Xénophon, Cyropédie, I, 2, 16, ne parle pas plus de la sueur à propos des Perses, que Zonaras à propos de Julien; il dit seulement qu’il était déshonnête parmi eux de cracher, de se moucher et de paraître plein de vents.

5, Seneque.—Epist. 88.

10, Fortune.—«Venez voir mourir un maréchal de France,» disait Ney faisant à Waterloo (1815) un dernier effort, avec la brigade Brue, contre les lignes anglaises prenant l’offensive pour seconder l’action de Blücher. «Je ne rentrerai à Paris que mort ou victorieux,» disait de son côté le général Ducrot, en sortant pour livrer la bataille de Champigny (1871). Et tous deux, bien que demeurés constamment exposés aux coups des ennemis, se retrouvaient vivants en fin d’action, malgré ce qu’ils avaient dit et espéré.

17, Gradiuum.—Porteur de glaive, surnom du dieu Mars.

18, Deos.—En 479. Les Romains, en guerre avec les Èques, avaient vu échouer leurs efforts par l’insubordination de leurs soldats, motivée par une loi agraire en discussion à Rome. Redoutant la même mauvaise volonté l’année suivante, alors qu’on était en présence des Étrusques, qui venaient les insulter jusque dans leur camp, les consuls refusèrent quand même d’en venir aux mains, jusqu’à ce que leurs soldats eussent juré de vaincre ou de mourir, ce qu’ils firent, et tinrent parole, à l’encontre de ce qu’en dit Montaigne.—Celui-ci semble confondre cet épisode avec celui des Fabiens, guerriers à l’effectif de 306, tous de la famille Fabia, qui, deux ans après (477), ayant à leur tête le consul Fabius Vibulanus, se chargèrent à eux seuls de combattre les Véiens, qu’ils battirent en diverses rencontres; mais étant tombés dans une embuscade, ils périrent tous, accablés par le nombre.

31, Philistus.—Plutarque, Dion, 8. Philistus défait fut, suivant les uns, pris et tué par les ennemis; selon d’autres, il se tua pour ne pas tomber entre leurs mains.

38, Frustratoirement.—Inutilement, en vain. Frustratoire est encore en usage au palais; frustratoirement n’est plus français.

548,

4, Castille.—De Thou, LXV.—Bataille d’El-Ksar el-Kebir, au Maroc, en 1578. Y périrent: Sébastien, roi de Portugal, qui disparut dans le combat; le vainqueur Muley Abd el-Melek, roi de Fez et de Maroc, terrassé par la maladie dans le cours même de la bataille; Muley Mohammed, son neveu, qu’il avait détrôné et à l’instigation duquel était venu Sébastien, auquel il s’était joint, se noya dans sa fuite; de la sorte périrent par la maladie, le fer et l’eau, trois rois dans cette même journée.—Sébastien ne laissant pas d’enfants, le cardinal Henri, son oncle, lui succéda; et, à la mort de celui-ci (1580), Philippe II, roi d’Espagne, s’empara de la couronne du Portugal.

34, Tracasser.—Mener çà et là, malgré les souffrances qu’il éprouvait.

550,

2, Nouuelle.—De Thou, LXV, raconte qu’on prêtait le même fait à Charles de Bourbon, l’ancien connétable, tombant expirant au pied des murailles de Rome, à laquelle il donnait l’assaut avec les bandes à la tête desquelles il s’était mis (1527).—Nelson, en 1805, à Trafalgar, en agit de même: blessé à mort sur le pont de son vaisseau amiral, et transporté dans sa chambre, il se fit couvrir la figure et ses décorations de son mouchoir, afin de n’être pas remarqué de l’équipage et de ne pas l’impressionner défavorablement.

10, Main.—V. N. II, 430: Premier.—Une fois sa résolution arrêtée, dit Plutarque qui raconte cette mort avec grands détails, ayant près de lui l’épée avec laquelle il était décidé à se tuer, il s’endormit lisant le Phédon et alternativement prenant un peu de repos.

CHAPITRE XXII.

13, Essaye.—Éprouve, fatigue.

13, Lisois.—Dans la Cyropédie de Xénophon, VIII, 6, 9.

20, Gruës.—Les empereurs du Mexique avaient des courriers à pied, qui atteignaient à peu près à la même vitesse; ils étaient dressés à la course et leurs exercices, à Mexico, avaient comme but final les pieds d’une idole auxquels on arrivait en montant 120 marches.

20, Cæsar.—De Bello civili, III, 11.

24, Mille.—Suétone, César, 57. Le mille romain valait environ 1500m (exactement 1481); cent milles font donc à peu près cent cinquante kilomètres.

27, Tiberius Nero.—Pline, Nat. Hist., VII, 20. Tibère, le même qui devint plus tard empereur. Le fait se passait en l’an 9; son frère Drusus, après de nombreux succès en Gaule, opérait en Germanie, quand il tomba malade et mourut. Tibère prit la conduite des opérations et acheva la déroute des Germains, 8.

552,

3, Peruenit.—Tite-Live, XXXVII, 7.—En 190; l’armée romaine, en marche contre Antiochus, devait traverser la Thrace; Sempronius Gracchus fut député à Philippe de Macédoine dont elle dépendait, pour pénétrer ses sentiments et savoir si on l’aurait pour ou contre soi.—La distance d’Amphise à Pella est d’environ trois cents kilomètres.

3, Postes assises.—Relais permanents, d’usage habituel.—Louis XI, en France, fut le premier qui établit un service de poste régulier; les relais étaient placés de deux en deux lieues (8 kilomètres).—Qu’est-ce que la vitesse de ces moyens de transport auprès de celles réalisées de nos jours par les moyens de locomotion qui sont venus s’ajouter aux anciens; alors que sur hippodrome, la plus grande vitesse obtenue à pied a été de cinq kilomètres en seize minutes et celle à cheval de 3.000m en 3m 15 (réalisée en 1903, par Quo Vadis, au Grand Prix de Paris), déjà avec le vélocipède, dont aujourd’hui tout le monde use, on fait aisément d’une façon suivie sur une bonne route 25 à 30 kil. à l’heure; tandis qu’en mer on arrive à des vitesses de 33 nœuds (60 kil. à l’heure) par des torpilleurs; l’Angleterre a même actuellement sur chantier un croiseur qui doit marcher à 36 nœuds (65 kil. 400); des trains de chemin de fer vont couramment à la vitesse de 100 kil. à l’heure, le dépassant même; des automobiles ont atteint jusqu’à 120.

5, Cecinna.—Il avait, dit Pline, Nat. Hist., X, 24, des quadriges (chars attelés à quatre chevaux de front) qu’il faisait courir; et, pour annoncer à ses amis le résultat, il lâchait celles de ses hirondelles qu’il emportait avec lui à Rome, teintes de la couleur du parti qui avait remporté la victoire.—La vitesse des hirondelles semble notablement supérieure à celle des pigeons: récemment, une hirondelle avait été amenée d’Anvers à Compiègne et, en même temps, 250 pigeons de même provenance. Lâchés ensemble, l’hirondelle aurait regagné son nid en une heure sept minutes, ce qui donne 207 kilomètres à l’heure, tandis que les premiers pigeons arrivés auraient mis quatre heures et deux minutes pour franchir cette même distance de 235 kilomètres.

10, Rome.—Les théâtres, dans l’antiquité, étaient à ciel ouvert. Indépendamment des représentations théâtrales, ils servaient, à Rome, aux combats de gladiateurs, aux courses, etc., lesquels étaient l’objet de paris dont il importait de connaître les résultats qui se transmettaient ainsi.

13, D. Brutus.—Pline, Nat. Hist., X, 77.—Assiégé dans Mutine (Modène), D. Brutus fit parvenir au camp des consuls des lettres attachées aux pattes de pigeons, et déjoua ainsi la vigilance d’Antoine, malgré les filets tendus par celui-ci en travers du fleuve pour intercepter toute communication (43).

14, Ailleurs.—Cet emploi des pigeons pour les communications rapides est très ancien. Les Grecs en usaient aux jeux olympiques pour signaler les vainqueurs, les Romains aux jeux du cirque; les Chinois s’en servaient; en Égypte, on annonçait de la sorte à l’intérieur l’arrivée des bateaux à Alexandrie. Leur usage à la guerre est plus récent, Montaigne en cite le premier exemple connu; pendant les croisades, les Sarrasins en firent grand usage et les Croisés les imitèrent dans des proportions plus restreintes. En Europe, il ne remonte guère qu’au milieu du siècle dernier, mais il s’est depuis considérablement étendu, nonobstant le télégraphe et l’invention de la télégraphie sans fil. La vitesse des pigeons bien entraînés est estimée de 60 à 80 kil. à l’heure, et les traites fournies atteindre 4 à 500 kil., cela toutefois semblant des maxima.—Les anciens, comme tous les peuples primitifs, ont souvent usé, pour communiquer à distance, de feux allumés sur des points élevés dont, de jour la fumée, de nuit la lueur, marquaient qu’un événement attendu venait de se produire. C’est à cela que servaient, au moyen âge, les nombreuses tours dont les ruines s’aperçoivent encore sur notre rivage méditerranéen; elles signalaient par leurs feux l’apparition au large des navires suspects et invitaient les populations éparses dans les campagnes à se mettre en sûreté dans les bourgs.—Citons encore comme moyen de communication rapide en usage au temps jadis les cris répétés de distance en distance; c’est ainsi, dit César, dans ses Commentaires, que le massacre des Romains qui avait été fait à Orléans au lever du soleil, fut connu à neuf heures du soir en Auvergne à cinquante lieues de distance.—Le télégraphe aérien, inventé sous la Révolution, outre sa permanence, réalisait le grand avantage, par son code de signaux, de pouvoir transmettre à peu près tout; mais son fonctionnement était interrompu par la nuit et le brouillard. La télégraphie électrique qui s’est substituée à lui, presque instantanée, puis le téléphone semblaient le nec plus ultra, et voici que la télégraphie sans fil va encore au delà de ce que l’on pouvait concevoir; née d’hier, elle a déjà donné possibilité de communiquer à des distances de deux cents kilomètres.

20, Chemin.—Il en était de même chez les Romains, où, comme on l’a vu plus haut, ce service comportait aussi des coches. Le cas échéant, chevaux de selle, bêtes de trait et véhicules pouvaient être réquisitionnés par les courriers dans l’embarras; cette servitude fut abolie par l’empereur Adrien.

22, Seiour.—Soulagement.

23, Vsage.—C’est cependant d’un effet salutaire pour les longues courses, se répétant plusieurs jours de suite, qu’on les fasse à pied ou à cheval, mais il faut y être habitué.—Les sultans entretenaient également des courriers à pied, auxquels, dit-on, par une opération chirurgicale, on enlevait la rate pour les rendre plus dispos et plus agiles. Payen.

CHAPITRE XXIII.

554,

11, Atletes.—En dehors de l’entraînement continu auquel de nos jours sont soumis les jockeys qui prennent part aux courses, on leur fait suivre un régime spécial et, entre autres choses, on provoque pareillement, chez eux, d’abondantes transpirations pour les rendre plus légers, avant qu’ils ne montent à cheval pour courir.

20, Marée.—Foule; comme on dit «les flots de la multitude».

22, Grece.—Les Turcs; mais cette situation a pris fin en 1830, époque à laquelle une insurrection datant de 1821 et la bataille navale de Navarin, gagnée en 1827 par les flottes combinées de France, d’Angleterre et de Russie, rendirent à la Grèce son indépendance.

32, Inconuenient.—C’est actuellement encore, en Europe, une des causes de guerre des plus à redouter que de servir de palliatif à des difficultés économiques, ou de dérivatif à des difficultés de politique intérieure, qui vont croissant sans cesse par suite de l’aveuglement, de l’inertie et de la division des conservateurs et, d’autre part, de l’esprit de plus en plus entreprenant et des exigences de plus en plus grandes des socialistes.

39, Carthaginois.—Carthage, située non loin de l’emplacement où se trouve actuellement Tunis, devenue la capitale d’une république maritime très puissante, et la rivale de Rome, eut à soutenir contre celle-ci de longues luttes connues sous le nom de «guerres puniques», qui se terminèrent par la prise et la destruction de la cité africaine (146).

39, Bretigny.—Froissart, I, 213.—Le traité de Brétigny (1359), par lequel le roi Jean le Bon, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, abandonnait à l’Angleterre, pour racheter sa liberté, toutes les conquêtes faites par ses prédécesseurs, ne fut pas reconnu par les États généraux convoqués à cet effet par le Dauphin. La guerre reprit alors de plus belle, pour ne se terminer qu’en 1453, par la bataille de Castillon; elle avait duré cent quinze ans.

556,

2, Outre-mer.—Allusion à une expédition en Angleterre, méditée vers 1338 par Philippe IV de Valois, pour laquelle il avait réuni vingt à trente mille hommes, et que devait commander son fils Jean, duc de Normandie, depuis Jean le Bon, alors âgé de 20 ans; cette expédition n’eut pas lieu, le roi d’Angleterre ayant pris lui-même l’offensive et envahi la France.

10, Ruine.—C’était l’avis de l’amiral de Coligny; et, s’il se trouvait à Paris lors de la S.-Barthélemy, c’est qu’il était question, à ce moment, entre le roi et lui, d’une guerre dans les Pays-Bas devant servir de dérivatif à nos troubles intérieurs d’alors, guerre dans laquelle il eût exercé un commandement.

13, Commodité.—«La guerre n’est qu’un instrument de la politique.» Clausewitz.

14, Virgo.—Némésis, déesse de la vengeance, chargée de punir le crime et de renverser une insolente prospérité; surnommée Rhamnusia, de ce qu’elle avait un temple à Rhamnus, bourg de l’Attique.

20, Elotes.—Plutarque, Lycurgue, 21.—Elotes ou Ilotes; à l’origine ce nom désignait les habitants d’Hélos, ville de Laconie (Grèce anc.), prise et détruite en 1059 par les Lacédémoniens qui les réduisirent en esclavage. Il fut ensuite étendu à tous leurs esclaves indistinctement, qu’ils traitaient avec une extrême dureté, les entretenant soigneusement dans l’état le plus abject.

27, Art.—Celse dit à cet égard: «Ceux qui pratiquent la médecine rationnelle, estiment qu’Hérophile et Erasistrate agissaient bien, en obtenant des rois que les criminels leur fussent livrés pour être disséqués vivants, et qu’on pût observer, alors qu’ils étaient encore pleins de vie et avant qu’ils eussent rendu l’âme, la disposition, la couleur, la forme, les dimensions des organes»; mais il ajoute: «disséquer ainsi des hommes vivants, est aussi cruel qu’inutile».

35, L’empereur.—Ce ne fut qu’en 403 que les combats de gladiateurs furent abolis par l’empereur Honorius, après que les spectateurs eurent tué à coups de pierre un anachorète, nommé Télémaque, qui, venu exprès de l’Orient à Rome, s’était jeté entre les combattants pour les séparer.

558,

17, Rumpi.—Dans les combats de gladiateurs, le vaincu devait mettre bas les armes et était égorgé, à moins que les spectateurs ne voulussent lui sauver la vie; le vainqueur les consultait du regard: le bras étendu, le poing fermé, le pouce détaché et en dessus, marquait qu’il eût à achever son adversaire; le poing renversé, le pouce en dessous, qu’on faisait grâce.

30, Interest.—Le fait était assez fréquent jadis: le landgrave de Hesse, le duc de Brunswick en Allemagne vendaient leurs sujets aux recruteurs anglais; le prince de Waldeck, aux Hollandais; les Suisses se vendaient eux-mêmes. A la bataille de S.-Quentin, il y avait des Allemands des deux côtés; de même des Suisses, à la bataille de Fontenoy, etc.

CHAPITRE XXIV.

31, Romaine.—Ce qui a le plus contribué à rendre les Romains les maîtres du monde, c’est qu’ayant combattu successivement tous les peuples, ils ont toujours renoncé à leurs usages, sitôt qu’ils en ont trouvé de meilleurs. Montesquieu.

560,

4, Suetone.—César, 56.

10, Moy.—Cicéron, Epist. fam., VII, 5.—La lettre en question porte M. Orfius.—Quelques-uns ont regardé l’offre de César comme un badinage, Montaigne la prend au sérieux et il a probablement raison; ces chefs de peuplade étaient de fait des lieutenants de la république romaine et il n’y a pas à s’étonner qu’elle pourvût à leur nomination.

12, Deiotarus.—Cicéron, De Divinat., II, 37.—Déjotarus était allié de Rome; malgré ses traités avec elle, César lui enleva son royaume parce qu’il avait suivi le parti de Pompée auquel il s’était lié d’amitié; plus tard, il le reçut en grâce.

13, Gentil-homme.—Les éd. ant. à 88 ajoutent: sien amy.

16, Escus.—Suétone, César, 54, indique comme se montant à six mille talents (27.900.000 fr.) la contribution que versa Pompée.

19, Marcus Antonius.—Plutarque, Antoine, 8.

34, Immortels.—En 170. Tite-Live, XLV, 12 et 13.

562,

5, Reges.—Citation que Montaigne a traduite, avant de la donner.—C’est le régime qui, de nos jours, subsiste dans la partie de l’Hindoustan soumise à la domination de l’Angleterre, qui en a absorbé une portion, en administre une autre directement et a laissé le reste à ses princes indigènes respectifs à titre de tributaires, vassaux ou alliés. C’est ce qu’elle est en train d’appliquer à l’Égypte; et ce que nous-mêmes pratiquons en Tunisie, sous le nom de protectorat.

10, Acquis.—En 1526, Jean Zapoly disputait à Ferdinand d’Autriche (le frère de Charles-Quint) le trône de Hongrie: battu par son compétiteur, il s’adressa à Soliman dont il se reconnut le vassal, et en obtint, en retour, l’investiture d’une partie de ce royaume et des secours.

CHAPITRE XXV.

21, Appian.—Guerres civiles, IV.

29, Hebetée.—Affaiblie.

34, Liaisons.—Bandages.

564,

1, Froissard.—Mémoires, 1, 29.

8, Bicles.—Ceux qui louchent.

11, Mot.—C’est ce qui arrive fréquemment quand, pour se moquer, les enfants contrefont un tic, un défaut de prononciation: c’est ce qui leur fait contracter si facilement et d’une façon inconsciente l’accent des pays où ils séjournent; c’est également un effet analogue qui fait qu’entendre tousser, voir bâiller nous provoque à le faire nous-mêmes. Cela avait donné lieu chez les Grecs à un proverbe que rapporte Plutarque: «Si tu fréquentes un boiteux, tu apprendras à clocher»; et à ce propos, Montaigne dit encore au chap. XX du livre I des Essais (I, 132): «Vn tousseur continuel irrite mon poulmon.»

15, Seiourner.—Et de me reposer dessus.

19, Pline.—Nat. Hist., VII, 50.

22, Ailleurs.—«Fortis imaginatio generat casum, disent les clercs»; entrée en matière du ch. XX du liv. I (I, 132).

28, Lucilius.—Sénèque, Epist. 50.

CHAPITRE XXVI.

566,

20, Barbares.—Tacite, Ann., XII, 47.—Cette coutume était en usage chez les peuples de l’Asie septentrionale: les Ibériens, les Arméniens, les Parthes.

26, Pollere.—Les éd. ant. aj.: qui signifie exceller sur les autres.

568,

6, Populariter.—V. N. II, 558: Rumpi.

11, Armées.—Suétone, Auguste, 24.

12, Italique.—Ou sociale; guerre entre les Romains et leurs alliés les peuples d’Italie, qui réclamaient, pour prix de leurs services, le droit de bourgeoisie et les privilèges attachés au titre de citoyen romain (91 à 87).

15, Voyage.—Les éd. ant. portent: cette guerre, au lieu de: «ce voyage».—Valère Maxime, V, 3, 3.—On croit que c’est de là (a pollice trunco, de ce qu’on se mutilait le pouce pour se dispenser du service militaire) que vient le mot poltron (V. N. II, 542: Appoltronny).—En 367, l’empereur Valentinien condamna à être brûlés vifs ceux qui se coupaient les doigts pour se soustraire à la milice. De nos jours, en France, ceux qui se rendent coupables de faits semblables ou analogues, ce qui arrive de temps à autre, sont punis judiciairement et, à l’expiration de leur peine, envoyés dans des corps de discipline où ils accomplissent leur temps de service.

15, Quelqu’vn.—Ce quelqu’un c’est Philoclès, un des généraux d’Athènes, dans la guerre du Péloponnèse, qui, lui-même fait prisonnier un peu plus tard à la bataille d’Ægos Potamos (404), fut mis à mort avec 3.000 autres prisonniers. Plutarque, Lysandre, 5; Xénophon, Hist. Gr., II; etc.

18, Æginetes.—En 458. Cicéron, De Off., III, 11; Valère Maxime, IX, 2; mais Elien, Plutarque et Xénophon, qui relatent également le fait, disent que ce fut pour les mettre hors d’état de manier la lance, sans les rendre incapables de ramer. Peut-être est-ce en retour que fut rendue à Égine cette loi qui ordonnait de mettre à mort tout Athénien qui aborderait dans l’île, loi dont faillit être victime Platon quand il y fut déporté par ordre de Denys le Tyran; il n’aurait dû son salut qu’à ce que quelqu’un aurait dit par dérision que ce n’était qu’un philosophe, sur quoi on se borna à l’agréer comme esclave.—A certains moments de l’empire romain, on coupa aussi les jarrets aux prisonniers de guerre pour les empêcher de servir plus tard.

19, Lacedemone.—Plutarque, Lycurgue, 14.

CHAPITRE XXVII.

21, Couardise.—Lâcheté, poltronnerie.

25, Friuoles.—Robespierre, au plus fort de la Terreur, voyant pêcher, après un repas qu’il avait fait à la campagne, s’apitoyait, dit-on, sur les souffrances des poissons qui, une fois pris, mouraient hors de l’eau. Mme Campan.

28, Andromache.—Hécube, pendant la guerre de Troie, perdit presque tous ses enfants au nombre de dix-neuf, vit massacrer sous ses yeux son mari, sa fille Polyxène, son petit-fils Astyanax, fils d’Hector, et devint l’esclave d’Ulysse, tandis que sa fille Andromaque devenait celle de Pyrrhus, fils d’Achille, qui l’épousa. Les malheurs de l’une et de l’autre ont fait le sujet de tragédies grecques et aussi de tragédies françaises.

29, Iours.—Plutarque, Pélopidas, 15.—Alexandre de Phères, assistant à une représentation des Troades d’Euripide, sortit brusquement du théâtre et fit dire à l’acteur de ne pas s’inquiéter et de continuer à bien jouer son rôle; que s’il était sorti, ce n’était pas qu’il fût mécontent de son jeu, mais qu’il avait honte que lui, qui sans pitié envoyait tant de gens à la mort, on le vît s’attendrir sur les malheurs d’Hécube et d’Andromaque.

570,

2, Voir.—S’arrête, dès qu’elle voit.

8, Gendarme.—S’accoutume au meurtre et devient cruel par l’habitude de plonger, jusqu’aux coudes, ses mains et ses bras dans le sang.—«Se gendarmer», c’est se mettre en humeur, en posture d’homme qui veut combattre.

20, Bouquer.—«Faire bouquer quelqu’un», c’est lui causer du dépit, le mortifier, le faire enrager, l’obliger à céder. Au propre, c’est, en se jouant, donner sur les joues du patient, qui les tient gonflées, deux petites tapes, du plat et du revers de la main, qui l’obligent à desserrer et à laisser échapper l’air qui sort avec un bruit semblable à celui d’un petit coup de baguette sur un tambour.

29, Commise.—Plutarque, Des délais de la Justice divine, 2.—Montaigne se trompe en disant que Bias plaignait les Orchoméniens; c’est Patrocle, un des interlocuteurs de ce dialogue de Plutarque, qui cite cet exemple de la vengeance trop tardive des dieux, sans indiquer en quoi a consisté cet acte de trahison, ni à quelle époque il a été commis, mais seulement que de ce fait les Orchoméniens auraient perdu enfants, parents et amis, et que ce ne serait que longtemps après que Lyciscus aurait été atteint d’une maladie par suite de laquelle son corps tombait en décomposition et que lui-même considérait comme une punition du ciel.

37, Pistolade.—Coup de pistolet.

572,

16, Vertu.—Courage.

19, Vaincre.—Les éd. ant. portent: mais lâchement, sans combat et sans hazard; au lieu de: «plus seurement qu’honorablement».

24, Aueugle.—«Faire la figue à quelqu’un», c’est lui faire la nique, lui tirer la langue, lui rire au nez, en un mot se moquer de lui en lui faisant quelque grimace (V. N. I, 124: Figue).

24, Sourd.—«Dire des pouilles à quelqu’un», c’est lui dire des injures, des paroles méprisantes.

27, Morts.—Pline, dans sa Préface à Vespasien. C’est Plancus lui-même qui fit la réponse donnée par Montaigne comme exprimée en son nom.

29, Noisif.—Querelleur; dérive de noise que l’on retrouve encore dans cette expression souvent employée: «chercher noise».

29, Aristote.—Diogène Laerce, IX, 18.

32, Coup.—Les éd. ant. ajoutent: de baton.

574,

8, Combat.—C’est ce à quoi on est revenu de nos jours.

33, Henry.—Chroniques de Monstrelet, I, 9.—En 1371; le duc d’Orléans, frère de Charles VII et père de Dunois, accusé d’avoir contribué à la maladie du roi devenu fou, et de le tenir en chartre privée, avait provoqué Henry IV roi d’Angleterre, qui avait tenu ce propos; chacun devait être accompagné de cent chevaliers. Henry n’accepta pas le défi, disant qu’il n’était pas dans les usages de ses prédécesseurs que le roi se mesurât avec quelqu’un qui n’était pas de son sang (de moindre état qu’il n’était lui-même).

34, Lacedemoniens.—Hérodote, I, 82; Pausanias, X, 9; Athénée, XV, 6; etc.—Les Argiens et les Lacédémoniens, en querelle au sujet du territoire de Thyrée, convinrent de remettre leurs intérêts à trois cents de chaque parti. Le combat eut lieu; il ne demeura que deux Argiens et un Lacédémonien du nom d’Othryadès; la nuit les sépara; les deux Argiens se retirèrent; Othryadès, resté seul, érigea un trophée avec les armes des ennemis, y traça de son propre sang une inscription qui attribuait la victoire à son pays et se donna la mort pour ne pas survivre à ses compagnons. Mais cela ne servit de rien; on ne s’entendit pas sur le vainqueur; les deux armées en vinrent aux mains et la victoire demeura à Sparte (VIe siècle).

35, Curiatiens.—Le combat eut lieu à la vue des deux armées, pour décider à laquelle, de Rome ou d’Albe, appartiendrait la suprématie. Trois frères de part et d’autre, les Horaces pour Rome, les Curiaces pour sa rivale, étaient en présence: au premier choc deux Horaces tombèrent, les trois Curiaces étaient blessés. Le survivant des Horaces, craignant de succomber contre ses trois adversaires réunis, feignit de prendre la fuite afin de les diviser, persuadé qu’ils le suivraient plus ou moins vite suivant la gravité de leurs blessures. Sa prévision se réalisa; revenant alors impétueusement sur ses pas, il immola successivement ses trois adversaires et assura ainsi le triomphe de sa patrie (667).—En citant ce fait, Plutarque en conte un autre, à peu près identique dans ses détails, survenu lors d’une guerre entre les habitants de Tégée et de Phenée (Grèce); des deux côtés, les champions étaient trois frères jumeaux.

39, Meslé.—A ajouter à cette nomenclature le combat des Trente, célèbre défi porté en 1351 par Jean, sire de Beaumanoir, au châtelain anglais de Ploërmel. Trente chevaliers bretons et autant d’anglais en vinrent aux mains au pied du chêne Mi-voie (Bretagne); huit anglais furent tués, les autres se rendirent. Dans l’ardeur de l’action Beaumanoir blessé, épuisé de fatigue et de la perte de son sang, faiblissait: «Bois ton sang, Beaumanoir!» lui cria son frère qui était au nombre des combattants. Bouillet.

39, Domestique.—De famille.—Ce duel, dont il va être parlé, Montaigne n’en fait pas mention dans son journal de voyage, ce qui donne à penser qu’il a dû avoir lieu après son départ d’Italie, où son frère l’avait accompagné et où il demeura après lui; on peut voir tout le détail de cette affaire dans les Mémoires de Brantôme, touchant les duels.

576,

29, Theorique.—Nous disons aujourd’hui théorie, quoique nous ayons conservé pratique; c’est une bizarrerie de l’usage.—Rabelais, I, 5, dit comme Montaigne: «Ie n’entends point la théorique; la practique, ie m’en aide quelque peu.»—Brantôme, parlant des duels, dit pareillement: «Les Italiens en ont tres bien sceu les théoriques et practiques.»

34, Germains.—Tite-Live, XXVIII, 21.—Tous deux se disputaient la succession à une principauté; ils résolurent de s’en remettre au sort des armes. Ils se battirent en présence de l’armée romaine, dans l’arène des gladiateurs à Carthage (et non en Espagne), alors qu’on y célébrait des jeux funèbres à l’occasion de la mort des deux Scipion (206).

578,

15, Butes.—C’étaient des tirs organisés pour l’arc et l’arbalète, avec ou sans banquette pour le tireur d’une part; et de l’autre, à distance convenable, une levée de terre contre laquelle se plaçait le but à atteindre comme il en existe encore beaucoup dans le Nord de la France. Le mot «butes» signifie ici ce genre de tir, plutôt que son aménagement.

Tous les exercices concourant au développement de la force et de l’adresse, sont à pratiquer, et notamment ceux qui sont d’utilité immédiate à la guerre. A ce titre le tir à l’arme de guerre est particulièrement à encourager, car la défense nationale y est intéressée: les efforts individuels de quelques-uns à cet égard sont insuffisants, il faut que cela devienne une institution d’État. Pour ce faire, et c’est possible, facile même, il faudrait que ces tirs à la cible pussent s’effectuer au centre même des populations, et nonobstant n’offrir aucun danger; être gratuits dans une certaine mesure, pour tout individu de nationalité française, de l’âge des enrôlements volontaires à celui du passage dans l’armée territoriale. On peut satisfaire aux deux premières conditions, en établissant ces tirs souterrainement, dans les villes, sous les promenades publiques ou les principales artères (à Paris par exemple sous l’esplanade des Invalides, aux Tuileries sous la terrasse du bord de l’eau, etc.), et dans les localités moindres, dans le voisinage immédiat, à l’instar des tirs forains. On emploierait à cet effet des tuyaux métalliques de 2 à 5m de longueur, s’ajoutant les uns aux autres, de forme appropriée, de 1m de hauteur sur 0.60 de largeur, d’épaisseur variable suivant qu’ils seraient en acier ou en fonte, suffisante pour n’être pas perforés par la balle; leur longueur totale permettant le tir à 200m. A l’origine du tir serait, pour le personnel et les tireurs, une construction également souterraine analogue à celle qui vient d’être édifiée pour un tout autre usage, à Paris, près de l’église de la Madeleine; l’autre extrémité serait aménagée pour les marqueurs; un fil électrique les relierait. Des organisations analogues ont déjà fonctionné à Lisieux, à Bergerac, et donnent les meilleurs résultats.—Le tir aurait lieu les dimanches et jours de fête. Le nombre des cartouches allouées annuellement à titre gratuit aux seuls individus dont il a été question ci-dessus, pourrait être de 36 à chaque ayant-droit, qui aurait la faculté de les tirer quand bon lui semblerait par série de six, en trois séances au moins: l’État trouverait là un heureux moyen de renouveler ses approvisionnements de mobilisation; on intéresserait les tireurs, en leur tenant compte des résultats lors de l’appel sous les drapeaux ou des périodes d’instruction. L’installation de ces tirs, et il devrait en être créé un au moins par canton, serait peu considérable: 3.000 fr. environ; elle serait à la charge des communes du canton. L’État pourrait leur venir en aide par des subventions, cela constituant au premier chef une dépense d’utilité publique indispensable pour que le tir, qui importe à un si haut degré à notre sécurité et à notre indépendance, pénètre dans les mœurs.

15, Tournois.—Sorte de fête publique, très en faveur au moyen âge, où les chevaliers se mesuraient entre eux à cheval, armés de pied en cap, mais à armes courtoises. Ces jeux, qui souvent entraînaient mort d’homme, prirent fin en France en 1559, à la suite d’un accident survenu au cours de l’un d’eux et qui causa la mort du roi Henri II.

15, Barrieres.—C’était une variante de ce qui se pratiquait dans les tournois: au lieu d’avoir liberté entière de mouvements, les deux adversaires étaient séparés par des barrières qui empêchaient le combat corps à corps.

19, Dommageables.—Par ce qu’il a dit du duel et ce qu’il dit ici de l’escrime—qui en est l’exercice préparatoire—on voit que Montaigne réprouve à la fois l’un et l’autre. En ce qui touche le duel proprement dit, cette réprobation est parfaitement justifiée, c’est un reste d’institutions barbares où le bon droit n’entre pour rien et a trop souvent le dessous, mais il est dans les mœurs et par cela même difficile à déraciner, au point que la peine de mort édictée contre les duellistes, et appliquée à certains moments, n’a pu en avoir raison. De nos jours, où les lois, à cet égard, sont absolument lettre morte, il est surtout cultivé par de faux braves auxquels il sert à faire de la réclame. Il n’en serait pas ainsi si on ridiculisait comme elles le méritent ces rencontres sans motifs sérieux, aboutissant à des résultats qui ne le sont pas davantage. Si, chaque fois, elles devaient se poursuivre jusqu’à la mise hors de combat de l’un des deux adversaires et n’étaient pas arrêtées à la moindre égratignure, ou à la première balle tirée même perdue, leur nombre s’en réduirait déjà considérablement; et bien plus encore si chaque fois aussi la justice, comme c’est son devoir, citait devant elle sans exception et non à sa fantaisie tous ceux ayant soit comme adversaires, soit comme témoins participé à un duel, quel qu’en ait été le résultat, et frappait impitoyablement pour fait ou tentative d’homicide ou de coups et blessures celui qui serait reconnu avoir à sa charge les torts ayant rendu le duel indispensable ou l’ayant amené abusivement. Dans ces conditions, on se respecterait davantage les uns les autres, tout en n’allant sur le terrain que pour des raisons en valant la peine, si toutefois il en existe qui justifient que, quelle que soit l’inégalité que crée entre les adversaires la pratique des armes, se faire tuer ou blesser répare une injure dont on a été victime. Cela est tellement absurde qu’il serait tout aussi efficace et bien plus logique de la part de ceux qui sont d’accord pour régler leurs querelles de la sorte, de fixer d’abord à l’amiable, par l’intermédiaire de leurs témoins, la réparation jugée nécessaire: la mort, une balle ou un coup de poignard dans la poitrine, dans un membre, ou encore payer une amende, accomplir tel ou tel acte, satisfaire à telle convention, suivant ce qui aurait été ainsi décidé, et tirer au sort auquel des deux il échéerait de s’exécuter. De cette façon, les chances seraient égales, le but ne serait pas dépassé, et la justice n’aurait pas à intervenir; sans compter que si hétéroclite que cela paraisse, ce mode de réglement a parfois été déjà employé.

Quoi qu’il en soit, le duel est et restera toujours une institution qui n’a pas le sens commun:—Tandis qu’il est permis aux personnes soi-disant distinguées de se faire justice à coups d’épée ou de pistolet, il est défendu à l’homme du peuple de se la faire à coups de bâton (Colonel Perron).—On rougit dans le monde honorable de ruiner un joueur qui ne sait pas jouer, on ne rougit pas d’ôter la vie à qui ne sait pas se défendre.—Ces rencontres sont tout à l’avantage de l’homme immoral qui, parce qu’il sait manier une arme, se croit tout permis; elles ne prouvent même pas la véritable bravoure, s’allient souvent aux vices les plus dégoûtants et même avec la lâcheté militaire; les plus hardis bretteurs ne sont parfois que de mauvais soldats (le journal l’Eclair).

22, Confus.—Erreur évidente; il faut lire «consul», comme le porte du reste l’ex. de Bordeaux.—Le fait est rapporté par Valère Maxime, II, 3, 2.

28, Pharsale.—Plutarque, César, 12.—La recommandation faite par César à ses troupes, de frapper leurs adversaires plutôt au visage, tenait à ce que la cavalerie de Pompée était recrutée en majeure partie parmi les jeunes patriciens, qui appréhendaient surtout de se voir défigurés. Ce qu’avait prévu César, arriva: détournant la vue, se couvrant la tête pour se préserver la face, ils ne tardèrent pas à prendre honteusement la fuite, ce qui causa la perte du reste de leur armée.

31, Philopœmen.—Plutarque, Philopœmen, 12.

580,

1, Cape.—En habit de guerre.

2, Sachez.—Platon, dans le dialogue de ce nom.

8, Platon.—Traité des Lois, VII.

9, Cecyo.—L’ex. de Bord. porte Epicius, au lieu d’«Epeius», et Cercyo au lieu de «Cecyo».

11, Conferent.—Contribuent. «Conférer», dans ce sens, est purement latin.

12, Maurice.—Philippe est désigné sous le nom de Philippicus et indiqué comme beau-frère et non comme gendre de l’empereur Maurice, par Zonaras et Cedrenus.—Phocas, avant de tuer l’empereur qu’il avait fait prisonnier, fit égorger, en présence de sa victime, ses cinq enfants. La nourrice du plus jeune, pour le sauver, lui avait substitué le sien; Phocas l’apprit et le fit livrer au bourreau.

26, Macedoine.—Tite-Live, XL, 3 et 4.—Ce Philippe est celui qui, à deux reprises, fit la guerre aux Romains, et, en dernier lieu, subit à Cynoscéphales, en Thessalie (Grèce), une défaite qui fut suivie d’un traité honteux; il allait reprendre les hostilités, quand il mourut. De naturel très soupçonneux, il alla, sur de faux rapports, jusqu’à faire mettre à mort son propre fils.

28, Resoudre.—Se rassurer.

37, Propos.—Ce passage «Les belles matieres... à mon propos», ne figure pas dans l’ex. de Bord. Son intercalation coupe assez inopportunément le récit, qui est tiré de Tite-Live, XL, 4, que toutefois Montaigne ne s’est pas astreint à traduire bien fidèlement.

582,

8, Roy.—Qui ordonnait de saisir les enfants de tous ceux qu’il avait fait tuer.

19, Ioindre.—Comme ces gardes étaient sur le point de les atteindre.

24, Traictes.—Tirées du fourreau, mises à nu; du latin tractus.

26, Forte.—Plus noble, plus courageuse.

34, Maistres.—Le fait se passait en 185.

38, Vengeance.—Allusion au mot de Caligula: «Je veux qu’il se sente mourir.» Suétone, Caligula, 30.

584,

1, Engins.—C.-à-d. les voilà forcés de trouver des moyens par lesquels ils puissent savourer, à la fois, complètement et lentement le plaisir de la vengeance.

4, Cruauté.—Cette même pensée se trouve déjà exprimée dans les mêmes termes, liv. II, ch. II (II, 102), et ce fut un des passages des Essais dont la censure, à Rome, fit reproche à son auteur.—Là se borne l’appréciation de Montaigne sur la peine de mort, et les philanthropes de nos jours qui en poursuivent l’abolition ne sauraient s’appuyer sur lui. Cette peine n’est pas à supprimer, même à l’égard des criminels ne jouissant pas de la plénitude de leurs facultés; ils ont montré qu’ils sont un danger public, comme l’est un chien enragé, la société a le devoir de se débarrasser d’eux comme de lui. Quant à son efficacité préventive, elle n’est pas niable, pas plus que celle des châtiments corporels si malencontreusement supprimés en France. Ce qui restreint l’effroi salutaire qu’elle inspire c’est surtout l’espoir d’y échapper, depuis que les jurys et le chef de l’État ont exigé en principe, les uns les circonstances atténuantes lors même qu’il n’y en a pas, l’autre la grâce octroyée lors même qu’elle est le moins justifiée. Par trop de sensiblerie pour les mauvais, on en est arrivé à compromettre la sécurité des bons: l’assassinat, les attaques nocturnes sont devenus en France de pratique courante; à Londres, qui a six millions d’habitants, on ne compte en moyenne par an que seize à vingt assassinats, tandis qu’à Paris, où la population est moitié moindre, il y en a dix fois plus. C’est qu’aussi chez nos voisins d’outre-Manche tout assassin est pendu: il n’y a ni circonstances atténuantes, ni distinction de sexe; toute attaque nocturne est punie du «Chat à neuf queues», sorte de knout, sans préjudice du «hard labour» (travaux forcés), et celui qui en a goûté une fois, ne s’expose guère à le recevoir une seconde.—Quant à la publicité des exécutions, elle est sans utilité et a même des inconvénients, dont le plus grave est de diminuer la crainte qu’elle inspire, en montrant combien c’est peu de chose; l’abus qu’on en fit sous la Terreur n’avait-il pas enlevé à la plupart des prisonniers déférés au Tribunal révolutionnaire, certains dès le premier moment du sort qui les attendait, et familiarisés avec cette idée, les préoccupations inhérentes d’ordinaire à ceux qui sont sous le coup d’accusations capitales!

10, Iosephe.—Dans l’Histoire de sa vie, vers la fin.

16, Mechmed.—Chalcondyle, Hist. des Turcs, liv. X.—Mahomet II; s’empara de Constantinople dont il fit sa capitale et subjugua la presque totalité des provinces qui font partie ou relèvent encore actuellement de la Turquie d’Europe; à la gloire des armes, joignit celle des lettres; l’histoire lui reproche cependant des actes d’une cruauté révoltante.

10, Simeterre.—Ou mieux cimeterre; sabre à lame fort large et recourbée dont faisaient particulièrement usage les Turcs.

27, Cræsus.—Hérodote, I, 92; Plutarque, De la malignité d’Hérodote.

29, Foullon.—Artisan qui fabriquait le drap.

30, Cardes.—Sorte de peignes formés de pointes de fer très fines, disposées sur un grand nombre de rangées, servant à démêler la laine, la bourre ou la soie dont on fait les étoffes.

33, Vayuode.—Titre porté autrefois par les princes des principautés danubiennes.

38, L’enuie.—Toute la haine qu’inspiraient les méfaits de l’un et de l’autre. Du latin invidia qui a cette signification; exemple, parmi tant d’autres, de la propension de Montaigne à écrire le français en latin, y transposant et adaptant tous mots, expressions et tournures de phrase lui semblant propres à mieux rendre sa pensée.

586,

3, Suitte.—Chronique de Carion et Annales de Silésie.—En 1514. A l’occasion d’une croisade projetée en Hongrie contre les Turcs, un soulèvement de gens sans aveu éclata. Ils prirent pour chef Georges Sechel, qui commit à l’égard de la noblesse les actes les plus horribles. Vaincu en diverses rencontres et en dernier lieu à Temesvar, Sechel expia ses forfaits par le supplice qu’indique Montaigne: nu et enchaîné sur un chevalet, on lui mit sur la tête une couronne de fer ardent; on le saigna et on fit boire son sang à son frère; puis après lui avoir refermé les veines, on fit dévorer à belles dents son corps par vingt de ses complices et ce qui demeura de son corps fut haché, bouilli et rôti, et on le leur fit manger; eux-mêmes, on les fit périr ensuite dans d’affreux supplices.

CHAPITRE XXVIII.

4, Caton le Censeur.—Fut préteur; consul, obtint par ses succès en Grèce les honneurs du triomphe; enfin censeur, fonctions qu’il exerça avec une grande sévérité. Dans ses dernières années, redoutant la rivalité de Carthage, il terminait tous ses discours au Sénat, quel qu’en fût l’objet, en disant qu’il fallait la détruire. On lui a reproché son avarice (V. N. I, 564: Dehors; N. II, 110: Seruy) et trop de penchant pour le vin (V. N. I, 616: Virtus).

4, Ieune Caton.—Montra de bonne heure une âme ferme et courageuse qui ne se démentit jamais. Lors de la rivalité de César et de Pompée, il se déclara pour ce dernier; du reste bien avant déjà il s’était prononcé contre César dont il redoutait l’ambition et qui avait été l’amant de sa sœur. Après la défaite de Pompée, il rallia son armée et passa en Afrique pour continuer la résistance; la bataille de Thapsus anéantit ses espérances; enfermé dans Utique, il s’y donna la mort, et de ce fait a été appelé Caton d’Utique pour le distinguer de son grand-oncle Caton le Censeur (V. I, 502 et N. Escarmouche; N. II, 430: Premier; N. II, 434: Autre; N. I, 404: Catoni).

5, Apparient.—Les éd. ant. portent: font à mon opinion grand honneur au premier: car ie les trouue eslongnez d’vne extreme distance; au lieu de: «apparient... siecle».

6, Visages.—C.-à-d. le premier montra son beau naturel sous plus d’aspects différents.

6, Precelle.—L’emporte; du latin præcellere, surpasser, vaincre.

11, Scipion.—L’animosité de Caton le Censeur contre Scipion l’Africain ne prit jamais fin. Non content de l’attaquer lui-même, il lui suscita des accusateurs (V. I, 660); et, ne parvenant pas à l’atteindre à cause de son illustration, il poursuivit son frère Lucius qu’il fit condamner à une amende excédant ses ressources et plus tard, lorsque lui-même fut censeur, il alla jusqu’à le priver de son cheval, pour insulter à la mémoire de son frère.

13, Dit.—Plutarque, Caton le Censeur, 1.

14, Grecque.—Caton avait quatre-vingts ans quand il commença à se livrer à l’étude de cette langue.

17, Enfantillage.—En enfance. Cette expression de Montaigne est de celles que Pasquier lui reproche d’avoir employées dans un sens inaccoutumé.

17, Et tout.—Aussi. On dit encore dans certaines parties de la France, notamment en Sologne, «itout», pour aussi.

18, Patenostre.—L’oraison dominicale, le Pater noster, comme l’on dit quelquefois, ou simplement le Pater, expression d’usage courant. Patenostre, au dire de Pasquier, était à l’époque une expression purement gasconne: «Dieu nous garde des patenostres de M. le Connétable», disait-on alors, en parlant du connétable de Montmorency qui, dévot autant que sévère, marmottait toujours Pater, Credo et Ave Maria, ne s’interrompait que pour ordonner des mesures de rigueur et reprendre aussitôt ses oraisons.

21, Gaigna.—Plutarque, Parallèle de Flaminius avec Philopœmen.—En 197; à la bataille de Cynoscéphales, où il défit Philippe V, roi de Macédoine.

22, Honestis.—Dans Juvénal, d’où elle est tirée, cette phrase a un sens tout autre que celui dans lequel elle est employée ici.

24, Encore?—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens. Xénocrate, dit-il, venait à l’école d’Eudeminondas pour y apprendre la vertu: «Quand en usera-t-il, s’il en est encore à la chercher?» aurait observé celui-ci. Le fait ainsi présenté semble douteux, Xénocrate ayant été des disciples de Platon, au nombre desquels comptait également Eudeminondas, et ayant dirigé l’Académie, après Speusippe, pendant vingt-cinq ans; mais il se peut que Xénocrate qui, lui aussi, l’avait eu pour auditeur, allât parfois l’entendre quand il en vint lui-même à professer.

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