← Table of contents
Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

NOTES (continued 6)

Michaud translation

514,

4, Face.—Voir pour la signification de ce langage héraldique la notice sur les illustrations.—Montaigne était fort épris de ses armoiries; il les laissa, ainsi qu’il le relate dans le Journal de ses voyages, à Plombières, Augsbourg et dans plusieurs autres villes; à Pise, il les fit «blasonner et dorer avec de belles et vives couleurs», les encadra et les cloua au mur de sa chambre «sous la condition qu’elles y resteraient; son hôte le lui promit et en fit serment». A sa mort, n’ayant point d’héritier mâle, il les légua à Charron, devenu son ami.

23, Procez.—Allusion au Jugement des voyelles de Lucien, où la consonne grecque Σ (sigma) porte plainte, devant les sept voyelles, contre Τ (tau), autre consonne, pour vol et violence, cette dernière la dépouillant de nombre de mots dans lesquels Τ s’est introduite, alors qu’ils se prononcent comme si c’était elle, Σ, qui entrait dans leur composition, ce qui se retrouve, du reste, dans notre langue où, fréquemment, t se prononce comme c, s ou z, ce qui est même une des modifications que poursuivent ceux qui, de nos jours, préconisent la réforme de l’orthographe.

26, Bon.—C.-à-d. ceci est important.

28, Connestable.—Ce nom que nous écrivons Guesclin, se trouve écrit dans les actes publics de l’époque: Glecquin, Gléaquin, Glayaquin, Glesquin, Gleyquin, Claikin, etc... Michelet.—En dehors des formes que signale Montaigne, Ménage en a relevé nombre d’autres: Guéclin, Gayaquin, Guesquinius, Guesclinius, Guesquinas, etc...—Dans ses Mémoires, III, 70, Froissart rapporte, sur l’origine de Duguesclin et de son nom, qu’un chevalier breton lui conta qu’au temps où Charlemagne combattait en Espagne les rois maures qui en étaient les maîtres, l’un de ces rois, du nom d’Aquin, passa par mer en Bretagne, débarqua à Vannes, conquit le pays et, pour affermir sa conquête et au besoin assurer sa retraite, construisit non loin de là, sur le bord de la mer, une tour «moult belle», qu’on appela le Glay. Charlemagne, de retour de son expédition, se porta contre Aquin qui, vaincu, s’enfuit en si grande hâte, qu’en se rembarquant, il oublia un de ses enfants qui dormait dans la tour. L’enfant fut porté à Charlemagne qui le fit baptiser; Roland et Olivier furent ses parrains; et, en souvenir de ces diverses circonstances, il reçut le nom d’Olivier du Glay-Aquin et de lui serait issu Bertrand du Guesclin. V. N. I, 32: Auuergne.

30, D’Alsinois.—François Ier avait fait à son sujet cet assez mauvais jeu de mots: «Pauvre comte qui ne possède que six noix.»

34, Escrits.—Le surnom de Lenis (doux) que Suétone, Othon, 10, semble donner à son père, paraît résulter d’une erreur de la part de ceux qui ont lu de la sorte. Le manuscrit où cela se lit, est avarié en cet endroit et certains estiment que ce qui s’y lit n’est que la fin du mot Paulinus, dont la première syllabe a disparu; de fait un Suétone Paulinus, personnage cité par d’autres écrivains, se trouve dans les conditions à être le père de l’auteur des Douze Césars.—Quant au surnom de Tranquillus, c’était bien effectivement celui de Suétone; Pline le Jeune, dans ses lettres, suivant l’usage des Romains, le désigne souvent par ce seul surnom.

516,

16, Laconum.—Ce vers, traduit du grec par Cicéron, est le premier de quatre vers élégiaques qui furent gravés au bas de la statue d’Épaminondas. V. N. III, 18: Epaminondas.

19, Queat.—Fragment, également rapporté par Cicéron, de l’épitaphe que fit Ennius pour le grand Scipion, le premier, l’Africain, dont il était le familier.

CHAPITRE XLVII.

518,

3, Parler.—C.-à-d. on a toute liberté de parler, ou, on peut parler à son aise.

9, Sainct Quentin.—En 1577; bataille livrée par le connétable de Montmorency aux Espagnols assiégeant Saint-Quentin. Le connétable y fut battu et fait prisonnier avec une foule de seigneurs, toute son artillerie et 4.000 hommes; pareil nombre demeura, en outre, sur le champ de bataille. Le duc de Savoie, qui commandait l’armée ennemie, voulait marcher sur Paris. Philippe II s’y opposa et fit continuer le siège. La ville, défendue par l’amiral de Coligny avec fort peu de moyens, fit une défense admirable et fut prise d’assaut après dix-sept jours d’attaque, alors que son enceinte était percée de onze brèches. En retenant aussi longtemps l’adversaire, elle sauva le royaume en permettant de reconstituer la résistance.

24, Guerre.—C’est cette même idée qui faisait dire à quelqu’un qu’«un général qui remporte des victoires dont tout le fruit est pour ceux qui vendent des crêpes et du drap noir, n’a pas grand mérite et ne rend pas grand service».

27, Vaincre.—Plutarque, César, 11.—En 48. César et Pompée s’y trouvaient en présence, mais dans des conditions bien différentes: Pompée, avec toute son armée et dans la plus complète abondance, parce qu’il était maître de la mer; César, avec peu de monde et en proie à la disette, parce que, pour atteindre son adversaire et le fixer, il avait fait diligence, devançant le gros de ses troupes demeuré à Brindisi, de l’autre côté de l’Adriatique, prêt à s’embarquer pour le joindre, mais attardé par le mauvais temps et le manque de bateaux.

35, Sociale.—Cette guerre (91 à 87) eut lieu entre Rome et ses alliés d’Italie, et en particulier les Marses, qui revendiquaient le bénéfice de leur alliance et entre autres le droit de cité qu’ils obtinrent. Tout en les combattant, Marius était avec eux de cœur et les épargnait dans la mesure du possible pour se les concilier, car déjà sa rivalité avec Sylla avait commencé.

520,

5, Mort.—En 1512. Bataille gagnée sur les Espagnols et les troupes du Pape, par les Français commandés par Gaston de Foix qui y périt en dirigeant une charge contre l’infanterie espagnole qui se retirait en bon ordre; elle fut une des plus sanglantes de cette époque en Italie. Outre leur général, les vainqueurs y perdirent 6.000 hommes; les vaincus 12.000, leur artillerie et leurs bagages. Ses résultats furent nuls en raison de la désorganisation qui régnait dans notre armée, en proie, faute de solde, à l’indiscipline et à la désertion.

7, Serizolles.—En 1544. Cette bataille gagnée avec des forces inférieures par les Français, commandés par le duc d’Enghien sur les Impériaux sous les ordres du marquis du Guast, qui y perdirent 12.000 hommes, leurs canons et leurs bagages, n’aboutit qu’à une trêve de trois mois, l’invasion de nos frontières de Champagne et de Picardie ayant obligé au prélèvement d’un fort contingent sur notre armée de Piémont.

10, Necessitatis.—C’est ce que Montaigne vient de dire en français.

17, Malheur.—L’an 419; Agis Ier était roi de Lacédémone et Pharax, un des membres du conseil de Sparte, l’assistait plutôt pour lui dicter sa conduite dans les cas graves que pour émettre de simples avis. Diodore de Sicile, XIII, 25.

20, Mourut.—En 528. Lancé à la poursuite de son adversaire en fuite, Clodomir ne s’aperçut pas qu’il était bien en avant des siens, et, entendant à quelque distance retentir son cri de guerre, il y alla; c’était un piège, il tomba au milieu d’ennemis qui le massacrèrent sur place.

24, Cæsar.—Suétone, César, 67.

27, Xenophon.—Cyropédie, IV, 4.

29, Cheres.—Justin dit des Scythes qu’ils ne faisaient usage de l’or et de l’argent que pour en ornementer leurs armes.—Cet usage des Asiatiques, notamment des Perses, de se faire ainsi accompagner de leurs familles et de leurs serviteurs à la guerre, grossissait considérablement leurs armées, où le nombre des non combattants excédait souvent de beaucoup celui des combattants, ainsi que ce fut également le cas lors des invasions des Barbares dans les derniers siècles de l’Empire romain. Cela ralentissait leur marche, compliquait leur ravitaillement, mais n’influait guère sur le gain ou la perte de la bataille, parce qu’on combattait toujours de front, sans jamais manœuvrer; aujourd’hui la chose serait impossible. Par contre toute défaite sérieuse se transformait alors en un véritable désastre, ainsi qu’il arriverait immanquablement aussi en ces temps-ci, à qui se ferait suivre de pareils impedimenta.

34, Samnites.—De 343 à 290. Ces peuples ne se faisaient cependant pas remarquer par leur luxe et l’affirmation de Montaigne à leur sujet est hasardée; ils étaient surtout adonnés à la vie pastorale et à la guerre; comme caractéristique, les filles les plus belles, les plus vertueuses et les plus riches étaient chez eux le prix de services rendus à la patrie.

35, Antiochus.—Aulu-Gelle, V, 5. Après avoir repris aux Égyptiens des provinces perdues par ses prédécesseurs et conquis l’Asie Mineure, Antiochus le Grand, roi de Syrie, était passé en Grèce, quand les Romains, qu’il avait indisposés en donnant asile à Annibal, appelés par les vaincus à leur secours, le battirent aux Thermophyles (191) et, l’année suivante, à Magnésie (Asie Mineure).

522,

3, Battaille.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.

10, Vitellius.—Plutarque, Othon, 3. Ou plutôt à ses lieutenants Cecina et Valens qui commandaient en son absence et gagnèrent pour lui la bataille de Bébriac (69), que les troupes de son adversaire s’étaient difficilement décidées à accepter et après laquelle Othon se donna la mort. C’est en visitant ce champ de bataille, quelques jours après le combat, qu’il prononça ces horribles paroles: «Le corps d’un ennemi mort sent toujours bon.»

26, Meslée.—Cette question qui pouvait avoir sa raison d’être jadis, alors que le corps à corps était à peu près l’unique mode de combat, ne se pose plus aujourd’hui où l’action se livre la plupart du temps à des distances telles que l’on se distingue à peine, si bien que parfois amis et ennemis se prennent les uns pour les autres, agissent en conséquence et n’arrivent à se reconnaître que lorsque le mal est fait.

524,

1, Iournée.—Plutarque, Pyrrhus, 8; le texte grec porte Mégaclès.—En 278, à la bataille d’Asculum. Ayant observé qu’il était l’objet d’attaques personnelles de l’ennemi, Pyrrhus avait donné son manteau et ses armes à Mégaclès, un de ses amis, dont lui-même avait pris l’armure. Ces attaques se poursuivant, Mégaclès, qu’on prenait pour le roi, finit par succomber, et la nouvelle de la mort du roi se répandant, faillit compromettre le succès de la journée: l’ardeur des Romains s’en accrut, tandis que les siens s’en trouvaient découragés, ce qui amena Pyrrhus à se multiplier en combattant à découvert pour que chacun fût à même de constater qu’il existait encore. V. I, 494 et N. Italie.

3, Particuliere.—Nelson, au combat de Trafalgar (1805), paré de toutes ses décorations, était facilement reconnaissable.—Henri IV se distinguait également bien au milieu des siens: «Si vous perdez vos enseignes, cornettes ou guidons, ralliez-vous à mon panache blanc, leur disait-il, à la bataille d’Ivry (1590); vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire.»

4, Gilippus.—Diodore de Sicile, XIII, 33.—Ce qualificatif de grand attribué à Gylippe ne s’explique guère, à moins que ce ne soit par ironie. A la vérité, il battit les Athéniens à Syracuse, mais condamné à mort pour s’être approprié une partie des contributions de guerre qu’il devait transporter à Sparte, il fut contraint de s’expatrier pour échapper au supplice. Son père, Cléarque, s’était trouvé dans le même cas. En dehors de cela, dit Plutarque, tenus tous deux pour d’excellents hommes (Ve siècle).

5, Pharsale.—Plutarque, Pompée, 19.—L’an 48. César y remporta sur Pompée une victoire décisive qui fut bientôt suivie du meurtre de ce dernier en Égypte, où il allait chercher asile.—César, De Bello civ., III, 17, blâme aussi Pompée de la faute qui lui est reprochée ici.

21, Haleine.—A l’époque actuelle où l’armement est tout autre et où, au combat, on manœuvre beaucoup plus que par le passé, l’offensive surexcite le soldat, accroît son moral, lui masque ses pertes, est dans le cas de surprendre l’ennemi, de faire que ses réserves immobilisées ou retardées n’arrivent pas à temps, l’empêchent de modifier, comme il conviendrait, son ordre de bataille.—La défensive-offensive qui consiste à laisser venir l’adversaire se briser contre une position favorable, dont les avantages naturels ont pu encore être accrus par les travaux qu’on a pu exécuter, puis à prendre à son tour l’offensive contre lui, quand il est épuisé, est théoriquement ce qu’il y aurait de mieux, si, à la guerre, on était maître des événements. Mais l’attaque se produit si souvent dans une direction autre que celle où on l’attend, l’offensive est si difficile à reprendre au moment précis où il faudrait qu’elle se produise, que ce procédé est inférieur à l’offensive pure et simple.—Quant à la défensive de parti pris, sans la ferme résolution de passer à l’offensive en cours d’action, elle a grande chance d’insuccès, et, dans les cas les plus favorables, ne mène à rien.

Bien des facteurs, du reste, entrent en ligne de compte pour décider de l’attitude à prendre, alors même qu’elle n’est pas imposée, entre autres par les effectifs dont on dispose, l’état moral des troupes, les conditions de réapprovisionnement; d’une façon générale, le mauvais temps favorise la défensive et est préjudiciable à l’offensive: un terrain facile et découvert également, c’est l’inverse si le terrain est coupé et couvert, sous réserve cependant qu’il ne soit pas tellement difficile qu’on ne puisse s’y mouvoir et que la défense n’ait eu le temps d’atténuer les inconvénients qu’il présente pour elle, par des travaux appropriés.

Enfin, il est à observer qu’aujourd’hui, avec la puissance et la vitesse du feu de l’infanterie, il est presque impossible de donner, en ayant chance de succès, l’assaut à une ligne ennemie qui déjà n’a pas été notablement désorganisée par celui auquel elle-même a été en but, pendant un temps plus ou moins long, en vue de la préparation de l’attaque.

25, Perses.—A la bataille de Cunaxa (401), entre Artaxerxès II dit Memnon, roi des Perses, et Cyrus le Jeune, son frère, qui voulait le détrôner et qui y périt, tué de sa propre main, tandis que les Grecs, qu’il avait pour auxiliaires, remportaient pour lui la victoire, que sa mort rendit stérile, les obligeant, pour rentrer, dans leur pays, à cette retraite célèbre connue sous le nom de retraite des Dix mille. V. N. I, 396: Païs.

31, Trait.—Xénophon, Anabase, I, 8.

33, Sus.—Plutarque, Préceptes du mariage, 34.—Ce principe est encore vrai, mais son application délicate; et seul peut espérer réussir qui sait apprécier sainement le pour et le contre au moment même de l’exécution.

526,

1, D’eslire.—C.-à-d. dans le cas de choisir.

2, Terres.—C’est à ce dernier parti qu’il s’arrêta. Charles-Quint revenait d’Afrique, et François Ier avait profité de son éloignement pour renouveler ses tentatives sur le Milanais. L’empereur entra en Provence avec 50.000 h. Le connétable de Montmorency, chargé de lui résister, fit le vide autour de lui, détruisant tout dans le pays, attaquant ses convois, si bien que l’armée impériale, en proie à la famine, dut lever le siège de Marseille et repasser la frontière; son état d’épuisement fut tel, qu’arrivé à Nice, Charles-Quint conclut une trêve de dix ans, qui, de fait, n’en dura que six (1536).

6, Gast.—Desgast, comme portent les éditions antérieures à 1588.

7, Paisant.—L’habitant du pays, la population.

23, Est-ce.—Quoi qu’il en soit, toujours est-il que le roi se décida à rappeler.—Tout ce qui suit est tiré presque mot pour mot d’un discours que François Ier tint en conseil et qui est rapporté par du Bellay, VI.

26, Planté.—Abondance, du latin plenitas, d’où viennent plein, plénitude.

528,

4, Party.—Attendre l’ennemi chez soi, peut être avantageux quand le territoire qu’on cède ainsi est pauvre et vaste, que l’ennemi ne pourra y trouver facilement à vivre, que ses lignes de communication s’allongeront outre mesure, comme en Russie en 1812, ou encore que, de peu de ressources, la population y est par surcroît fanatisée comme en Espagne en 1808; dans le cas contraire c’est presque toujours une faute. En 1536, la Provence était peu riche, et en outre elle ne mène à rien; de plus, à cette époque toutes ses villes étaient fortifiées et en état de résister aux moyens d’attaque d’alors.—Mais on n’est pas toujours libre d’agir comme on le voudrait. Aujourd’hui, il faut s’attendre plus que jamais à voir les hostilités éclater sans déclaration de guerre préalable, comme ont eu lieu en février 1904 les attaques simultanées des Japonais contre Port-Arthur et Tchemulpo; et, étant donné la rapidité avec laquelle on peut entrer en opérations, on est exposé d’un moment à l’autre, en pleine paix, à une invasion que rien ne faisait prévoir alors que déjà elle s’est produite. En présence de l’intérêt qu’il y a à n’être point surpris de la sorte, à rendre impossible toute tentative de cette nature qui trouble la mobilisation, stérilise une partie de vos ressources en hommes et vous enlève toutes autres que présente le territoire envahi, causant en outre un effet moral désastreux dans le pays tout entier; quand on a une frontière, comme notre frontière de l’Est, ainsi menacée de l’irruption soudaine de 111.000 hommes, 10.000 sabres, 888 pièces d’artillerie dont plus de 150 de grosse artillerie (obusiers de 150 et mortiers de 210) capables d’avoir raison de nos forts les plus solidement construits, à laquelle nous ne pouvons opposer que 52.000 hommes, 8.000 sabres et 388 pièces d’artillerie de petit calibre (165 bataillons, 72 escadrons, 148 batteries à effectifs renforcés contre 104 bataillons, 68 escadrons, 89 batteries à effectifs réduits), au total moitié moins; que de plus la forme de notre gouvernement ne nous permet pas de la prévenir et qu’elle ferait tomber, sans coup férir, dès la première heure entre les mains de l’adversaire une ville aussi considérable que Nancy et un territoire aussi populeux et riche que ce qui nous reste de la Lorraine, semblable éventualité est à prévoir et le devoir est de parer à cette situation, en augmentant le nombre des unités de combat que nous avons sur cette frontière, en portant et maintenant constamment ces unités à leurs effectifs de guerre, et construisant autour de Nancy quelques ouvrages non pour en faire une place forte, mais pour la mettre, vu la proximité de la frontière, à l’abri d’un coup de main.—Pour Nancy, c’est uniquement affaire d’argent; pour le relèvement de nos forces, il faudrait supprimer nombre de nos garnisons de l’Ouest et du Sud-Ouest et réorganiser en partie notre état militaire en réduisant à deux dans les régiments d’infanterie des corps d’armée de l’intérieur le nombre des bataillons, en substituant aux brigades de cavalerie de corps de simples régiments, réduisant d’un groupe les régiments d’artillerie de corps, et, avec les économies en hommes, chevaux, bataillons, escadrons et batteries ainsi réalisées, renforcer les effectifs des troupes de l’Est et augmenter le nombre de leurs unités de combat. Il faut, en un mot, placer à demeure sur cette frontière le tiers, la moitié si le tiers ne suffit pas, de notre armée du temps de paix, ne laissant à l’intérieur que des embryons qui ne prendront corps qu’à la mobilisation, par l’incorporation des réserves. Le fera-t-on? Jamais, nous sommes trop veules pour cela; des raisons de politique intérieure interviendront encore, comme toujours: on fera sonner bien haut les dépenses résultant de la construction de nouveaux casernements; les engagements pris vis-à-vis des localités auxquelles on enlèverait ou dont on diminuerait les garnisons; on redoutera leur mécontentement et les conséquences que cela peut avoir pour leurs élus du moment. Ce sera comme pour les sous-préfectures: tout le monde est d’accord sur l’inutilité d’un aussi grand nombre, mais personne ne concède que la sienne soit de celles qui sont à supprimer et toutes demeurent.

9, Sien.—Pour obliger Annibal à évacuer l’Italie méridionale qu’il occupait depuis quatorze ans, Scipion l’Africain passa en Afrique. Carthage menacée rappela ses troupes d’Italie, et bientôt après, la deuxième guerre punique se terminait par la victoire de Zama que Scipion remportait sur Annibal (202).

11, Contraire.—La Sicile était peuplée de colonies grecques de race dorienne et ionienne, les unes clientes de Sparte, les autres d’Athènes. Pendant la guerre du Péloponnèse, les premières profitèrent des embarras de celle-ci pour opprimer les secondes; aussi les Athéniens, qui avaient l’arrière-pensée de s’annexer la Sicile, n’hésitèrent-ils pas à intervenir quand, en 421, venant de signer avec Sparte une trêve de cinquante ans, ils eurent leurs coudées franches; mais cela ne leur réussit pas. V. N. I, 524: Gilippus; N. II, 424: Sicile.

12, Soy.—Agathocle, assiégé dans Syracuse par les Carthaginois, équipa une flotte, en déroba la sortie à ses ennemis, aborda en Afrique, brûla ses vaisseaux pour mettre ses soldats dans la nécessité de vaincre, et, par cette diversion, obligea Carthage à rappeler ses troupes de Sicile (310).—Héraclius, empereur d’Orient, se trouva également bien de quitter Constantinople menacé par les Perses, pour aller porter la guerre chez eux (622).

28, Engage... aussi.—Var. des éd. ant.: n’est pas plus incertaine et temeraire que.

CHAPITRE XLVIII.

530,

4, Romans.—C.-à-d. les auteurs qui écrivent en roman. La langue romane a pris naissance au moyen âge; elle était alors dénommée «le nouveau langage», et est, à proprement parler, l’origine de la langue française.

5, Equos.—Les chars romains s’attelaient généralement à trois chevaux de front: un dans les brancards, funalis ou d’attelage, les deux autres en dehors, à droite et à gauche; ces deux derniers, ou l’un d’eux seulement, étaient parfois montés. Montaigne appelle celui de droite dextrarius; ce mot ne se trouve que chez certains auteurs du moyen âge.—Les desultorii étaient des chevaux de selle accouplés, desquels on passait, on sautait, comme l’indique leur nom, de l’un sur l’autre.

9, Gendarmes.—Le gendarme était anciennement l’homme de guerre, à cheval, armé de toutes pièces et accompagné de ses suivants; ici ce mot désigne les cavaliers numides.

23, Coustillier.—Valet qui portait la coustille (sorte d’épée ou de long poignard) et se tenait près de l’homme d’armes.

24, Maistre.—Hérodote, V.—La manière de faire du cheval d’Artibius était connue, et l’écuyer d’Onésilus l’avait rassuré en lui disant qu’il se chargeait de l’animal. Le fait se passait en 493, au début de la première guerre médique; Artibius fut tué, mais dans ce même combat périt Onésilus.

28, Vray.—Ce cheval s’appelait Savoye; c’était, dit Philippe de Comines, le plus beau cheval de son temps; il avait 29 ans; un poète de l’époque lui a consacré des vers. A cette même bataille de Fornoue (1495), le cardinal archevêque de Lyon demeura constamment près du roi, à cheval, la mitre en tête et la croix à la main.

35, Bons hommes de.—Var. de 80: bien à.

532,

2, Carriere.—Faire prendre carrière à un cheval, c’était, en langage des gens de cheval du temps, le faire galoper à toute vitesse.—Plutarque, César, 5.

7, Toreau.—D’où son nom «Tête de taureau». Alexandre était de première jeunesse quand ce cheval vint en sa possession, lui-même le dompta et dressa; l’animal ne se laissait monter que par lui et à plusieurs reprises il sauva la vie à son maître en le tirant de la mêlée; il mourut vers 17 ou 18 ans, de fatigue suivant les uns, suivant d’autres de blessures reçues à la bataille livrée contre Porus. Alexandre le fit enterrer et sur l’emplacement éleva une ville qu’il appela Bucéphalie. Bucéphale avait été acheté treize talents (65.000 fr.); on peut rapprocher ce prix de ceux payés de nos jours pour un cheval de course, Gladiateur, et un taureau, Duke of Connaught, vendus aux enchères le premier 200.000 fr., le second 118.125 fr. Disons encore qu’il y a un siècle et demi, en 1764, d’Eclipse, le père de tous les chevaux pur sang anglais, il a été refusé 300.000.

12, Venus.—Suétone, César, 61.

15, Platon.—Lois, VII.

15, Pline.—Liv. XXVIII, 4.

17, Xenophon.—Cyropédie, IV, 3.

17, Loy.—Add. des éd. ant.: de Cyrus.

18, Iustinus.—Liv. XLI.

29, Combat.—Quand le sort des armes était douteux, dit Suétone, César, 60, il renvoyait tous les chevaux, à commencer par le sien, afin d’imposer à ses soldats l’obligation de vaincre, en leur ôtant les moyens de fuir.—Dans les temps modernes, les régiments de dragons ont été créés dans ce double but de pouvoir combattre soit à cheval, soit à pied; actuellement, toute la cavalerie (les cuirassiers exceptés, qui n’ont d’autre raison d’être que la gloriole des potentats du jour de les voir leur servir d’escorte) est dressée en vue de semblable utilité.

29, Tite-Liue.—Liv. IX, 22.

33, Grand Seigneur.—Appellation sous laquelle on désignait le sultan de Constantinople.

534,

1, Anglois.—La guerre de Cent Ans, commencée en 1337 sous Philippe VI de Valois, à l’occasion de la protection accordée par Édouard III, roi d’Angleterre, à Robert, comte d’Artois, condamné par les Pairs de France à la perte de son comté, entremêlée de trêves, et terminée après de nombreux combats et fortunes diverses par l’expulsion hors de France, en 1453, des Anglais qui, au début, y possédaient de nombreux fiefs, l’Anjou, la Guyenne, etc., représentant à un moment beaucoup plus que ce qui demeurait à la France elle-même.

1, Assignées.—Ayant lieu pour ainsi dire de commun accord, d’où le nom de batailles rangées où chacun des adversaires avait pris ses dispositions essentielles de combat avant le commencement de l’action; la guerre de Cent Ans en fournit de nombreux exemples cités par Froissart. Ce qui jadis était presque de règle, est devenu aujourd’hui l’exception; on cherche surtout maintenant à surprendre l’ennemi, et la victoire s’obtient plus par les mouvements subséquents opérés une fois l’action engagée, que par suite des dispositions préliminaires conduites fréquemment davantage en vue de tirer profit de la victoire que de la remporter.

5, Xenophon.—Cyropédie, IV, 3.—Chrysanthe, seigneur perse, fut, auprès de Cyrus, le promoteur de l’usage qui s’établit chez ce peuple, de ne se déplacer qu’à cheval, au point de trouver déshonorant d’aller à pied, sauf le cas de force majeure.

19, Respondre.—C.-à-d. les armes les plus courtes sont les meilleures, ce que corroborait cet adage du temps: «A vaillant homme, courte épée.» Cette assertion n’est vraie que pour le combat corps à corps; exacte pour les guerres anciennes, elle ne l’est plus pour les guerres actuelles, où cette sorte de combat se fait de plus en plus rare.

22, Rouët.—L’un des moyens employés à cette époque pour l’inflammation de la poudre dans les armes à feu portatives, consistait en un silex (pierre à fusil), dont on tirait des étincelles par l’action d’une roue en acier, dite rouet.

29, Nostres.—L’auteur avait vraisemblablement l’intention de traiter ultérieurement en détail cette question des armes; il ne l’a pas fait et s’est borné à cette addition insérée dans l’édition de 1595 qu’on trouve quelques lignes plus bas, commençant à ces mots: «Celle de quoy les Italiens» pour se terminer à ceux-ci: «representoient de bien pres nos inuentions».

32, L’vsage.—On ne prévoyait pas à ce moment à quel degré de puissance et de rapidité de tir en arriveraient canons et fusils; nul doute qu’aujourd’hui Montaigne ne penserait pas ce qu’il dit de leurs effets et de leur abandon.

32, Italiens.—Les Italiens des temps anciens, avant même la fondation de Rome, ainsi qu’il ressort de la citation de Virgile, qui se rapporte à des événements antérieurs à cette fondation et fait expressément mention de cet engin de guerre.

34, Iaueline.—Sorte de trait pouvant être lancé à la main, qui se distinguait du javelot par une plus grande longueur de hampe ou hante, comme on disait et écrivait alors.

536,

14, Destinassent.—Cette adresse évoque le souvenir d’Aster, habile archer qui, au siège de Méthone (Macédoine), creva l’œil droit de Philippe de Macédoine avec une flèche sur laquelle était écrit, dit-on: «Aster, à l’œil droit de Philippe.» A quoi le roi répondit en en faisant lancer dans la place une autre portant: «Si Philippe prend la ville, Aster sera pendu»; ce qui eut lieu (353).—Ou encore, celle de Guillaume Tell abattant d’une flèche une pomme placée sur la tête de son fils (1307), fait discuté qui se retrouve également dans les légendes du Danemark.

17, Asie.—Les Galates, mélange de Gaulois et de Grecs qui, en l’an 278, envahirent l’Asie et s’établirent dans la partie N. de l’Asie Mineure.

24, Retraitte.—Effectuée après la bataille de Cunaxa. V. N. I, 396: Païs; I, 524: Perses.

28, Armé.—Xénophon, Anabase, V, 2.

28, Engeins.—Catapultes qui lançaient des pierres énormes et des pièces de bois dont la tête était armée de fer et dont la longueur atteignait jusqu’à 15 pieds (5 mètres). Elien, Var. Hist., VI, 12, en attribue l’invention à Denys; Diodore de Sicile, XIV, 42, se borne à dire qu’elle fut inventée de son temps à Syracuse; Pline, VII, 56, dit que ce furent les Syro-Phéniciens qui s’en servirent les premiers.

31, Inuentions.—Au temps de Montaigne, les armes à feu commençaient à faire leur apparition. L’arquebuse n’excédait guère en portée l’arbalète, une centaine de mètres, sa justesse était moindre, elle lui était encore plus inférieure sous le rapport de la rapidité du tir; le canon avait un effet notablement supérieur aux balistes et ses boulets de pierre portaient à plusieurs centaines de mètres, un kilomètre, tandis que les quartiers de roche que lançaient celles-ci allaient à peine à cent ou cent cinquante mètres.—Aujourd’hui le fusil, sous un angle de 32°, porte à 3.600m; avec la hausse de 400m, il atteint de 0m à 400m tout homme debout ou à genou; l’écart à cette distance n’est que de 0m,12 (à 800m, de 0m,30); sa balle, à cette même distance de 400m, pénètre de 0m,60 dans de la terre, traverse une lambourde de sapin de même épaisseur et une plaque de fer de 0m,005; la vitesse du tir peut atteindre 12 coups par minute... Le canon de campagne, du calibre de 0m,075, a sous un angle de 17 une portée de 6 kilomètres; son écart à 2 k. est de 10m; à la même distance son obus à mitraille traverse sans se rompre un mur de maçonnerie de 0m,50 d’épaisseur; indépendamment de ses fragments d’enveloppe, il projette en éclatant 180 balles qui, à 200m du point d’éclatement, sont encore meurtrières; sa vitesse de tir peut atteindre seize coups par minute. Les pièces de la marine, pour ne prendre que le canon de 0,305, et il en est de calibre supérieur, ont une portée qui atteint 12 kilomètres; le Variag, lors de la guerre russo-japonaise, a été coulé à la distance de 6 kilomètres; leurs projectiles percent des cuirasses d’acier de 0m,28 d’épaisseur et ils peuvent tirer jusqu’à trois coups en cinq minutes.—Quant aux effets de destruction des engins dont usèrent les anciens, si ingénieusement conçus et si puissants qu’ils aient été, peuvent-ils être comparés pour leurs effets aux énormes projectiles incendiaires de nos jours, qui, chargés de cent à cent cinquante kilos de mélinite (la mélinite est six à huit fois plus brisante que la poudre), qui écrasent les voûtes de maçonnerie de plusieurs mètres d’épaisseur les plus solidement construites, formant en éclatant des entonnoirs qui ont jusqu’à cinq ou six mètres de profondeur et dix ou douze de diamètre; ou à ces torpilles dont une seule suffit pour anéantir en quelques minutes ces colosses que sont les cuirassés d’escadre dont quelques-uns jaugent jusqu’à 18.000 tonneaux, portent un millier d’hommes et coûtent trente millions et au delà!

32, Sur sa mule.—Var. des éd. ant.: à cheual.

33, Paris.—Et ailleurs, aj. les éd. ant.

538,

1, Gascons.—Monstrelet, I, 66; il y joint les Lombards.

4, Mots.—Add. des éd. ant.: Ie ne sçay quel maniement ce pouuoit estre, si ce n’est celuy de noz passades (les carrousels de nos jours).

4, Suede.—César, De Bello Gall., IV, 1.—Il s’agit des Suèves, peuple de Germanie, devenus plus tard les Souabes. Les Bretons, dit César quelques lignes plus bas, avaient un usage semblable.

11, Autresfois.—Dans son voyage en Italie, en 1581, à Rome, du fait d’un Italien qui avait été longtemps esclave en Turquie.

19, Alphonce.—Alphonse XI, roi de Léon et de Castille.

22, D’argent.—Le marc de Castille était de 230 gr., d’une valeur par suite de 46 fr. de notre monnaie, abstraction faite de la plus-value de l’argent à cette époque.

28, Mules.—En Judée, au temps des Hébreux, l’âne servait de monture aux personnages les plus considérés, c’était d’ailleurs la mieux appropriée à la configuration accidentée du pays; c’est sur un âne que Notre-Seigneur fit à Jérusalem l’entrée triomphale que l’Église célèbre le dimanche des Rameaux.—Par contre, dans les pays musulmans où le Juif est un objet de mépris, monter un cheval ou un mulet lui sont interdits; l’âne est la seule monture qui lui soit tolérée. Dans ces mêmes pays, il n’y a pas longtemps encore, un chrétien ne pouvait davantage aller à cheval.

28, Xenophon.—Cyropédie, III, 3.

540,

2, Metellus.—En 118. «Boire leur urine et celle de leurs chevaux ne leur réussit pas; ils excitaient par là leur soif plus qu’ils ne l’apaisaient, et cela leur occasionna des souffrances que le vainqueur lui-même ne les eût pas contraints à endurer.» Valère Maxime, VII, 6.

9, Indes.—Les Indes occidentales; nom donné à l’Amérique lors de sa découverte.

13, Viandes.—Vivres, du latin vivandus, qui sert à vivre. V. N. III, 550.

16, Deçà.—Les Indes orientales; l’Hindoustan actuel.

20, Seul.—Arrien, Hist. Ind., 17.

23, Rutilianus.—Ou plutôt Rullianus, Tite-Live, VII, 30.—En 322, Papirius Cursor étant dictateur. L’idée première d’enlever leurs brides aux chevaux vint de L. Cominius, tribun militaire. Ce combat, où les Romains eurent l’avantage et où périt, dit-on, 20.000 ennemis, fut livré par Fabius, maître de la cavalerie, en l’absence et contre les ordres de Papirius Cursor qui, à l’exemple de Manlius, voulut punir cette désobéissance; et, malgré son nom et sa victoire, Fabius eût payé de mort ce succès, si Rome, toute entière, ne s’était employée à fléchir le dictateur.

34, Transcurrerunt.—Tite-Live, XL, 40.—L’an 180; cette mesure procura cette fois encore le résultat attendu, la cavalerie romaine rompit les Celtibériens contre lesquels s’était brisée l’infanterie et fixa la victoire en faveur de Rome.—A Waterloo, en 1815, la cavalerie anglaise chargeant la nôtre lors de notre première attaque du plateau de Mont Saint-Jean, avait aussi enlevé, dit-on, les gourmettes à ses chevaux.

542,

1, Delices.—Les Tartares font, avec le lait de jument fermenté, une boisson enivrante appelée kumisse, qu’on a employée parfois en Europe comme médicament.

3, Langue.—Cette servitude, qui avait commencé vers le milieu du XIIIe siècle, se maintint jusque vers la fin du XVe.

7, Vitale.—Dans la campagne de Russie de 1812, on a vu des blessés se réfugier dans l’intérieur de chevaux morts.

8, Tamburlan.—En 1402, à la bataille d’Ancyre (auj. Angora), en Asie Mineure, où Bajazet, sultan de Constantinople, fut battu et fait prisonnier par Tamerlan Mogol qui, dit-on, mais le fait semble controuvé, l’enferma dans une cage de fer et le traîna ainsi à la suite de ses hordes. Dans cette bataille, qui dura trois jours et deux nuits, un million d’hommes se combattirent et 240.000 furent mis hors de combat.—Bajazet était borgne; Tamerlan, par suite de blessures reçues à la main et au pied, était manchot et boiteux.

8, Belle erre.—En grande hâte; on retrouve ce mot avec ce sens dans une ballade de La Fontaine:

«Et je maintiens, comme article de foi, Qu’en débridant matines à grand’erre, Les Augustins sont serviteurs du roi.»

16, Prodige.—Un mauvais présage pour lui. Hérodote, I, 78.

18, Oreille.—Montaigne ne parle que des crins et de la queue; contre son habitude, il se tient sur la réserve; pour être exact, il eût dû ajouter: et est propre à la reproduction.

18, Montre.—C.-à-d. et on n’en admet pas d’autres dans les montres ou revues.

21, Triomphe.—Plutarque, Nicias, 10. V. N. I, 528: Contraire.

24, L’autre.—Quinte-Curce, VII, 7.

30, Second.—Premier écuyer du roi; Montaigne, lors de son premier voyage à Paris, vers 1555, a pu le voir, dans l’exercice de ses fonctions, donnant aux fils de Henri II leur leçon d’équitation, et peut-être est-ce le souvenir qu’il en a conservé qui lui a fait écrire au ch. VII du liv. III (III, 326): «Vn cheual qui n’est ny flateur ny courtisan, verse le fils du Roy par terre, comme il feroit le fils d’vn crocheteur.»

35, Estrier.—Vers 1840, en Algérie, le commandant de Bonnemain, alors sous-officier de spahis, accomplit un tour de force équestre analogue, mais plus étonnant encore. Élevé depuis l’âge de onze ans parmi les indigènes, même aux yeux des Arabes, c’était un cavalier émérite. Cheminant un jour, avec une troupe nombreuse, dans la plaine des Haractas, un lièvre fut aperçu. Si Mustapha, c’était le nom qu’il avait reçu des indigènes, se lança à sa poursuite, le suivit dans tous ses tours et détours, le força à la course et sans s’arrêter ni descendre de cheval, vidant d’un pied l’étrier et y conservant l’autre, il le saisit et l’enleva à la main.

36, Viuoit.—C’est ce même Italien dont il est question plus haut. V. N. I, 538: Autresfois.

38, A tours.—Tour à tour.

544,

8, Reales.—Petite pièce de monnaie d’Espagne, en argent, valant environ 25 centimes.

CHAPITRE XLIX.

14, Lælius.—Les éd. ant. port.: Scipion.

546,

16, Sagos.—Rétablir cette citation ainsi qu’il suit: Sinistras sagis...—Le sagum était l’habit militaire des Romains; en paix, ils portaient la toge. Chez les Gaulois, c’était le vêtement de tout temps; nos paysans le portent encore sous le nom de saye ou blouse.

18, Respondre.—César, De Bello Gall., IV, 5, dit que les Gaulois arrêtaient ceux qu’ils rencontraient, non pour leur demander qui ils étaient, mais pour s’enquérir des nouvelles;—on peut ajouter que cela leur était et est encore commun avec bien d’autres; ce qui l’était moins et explique cette remarque de César, c’est que chez eux il était interdit de répandre des nouvelles dans le public, et cependant le journal n’était pas chose inconnue à ce moment. Il existe trace de journaux, en quelque sorte officiels, en Égypte, 2000 ans avant notre ère; ils publiaient également tous les faits intéressants et notamment les scandales. Les Romains eurent d’abord les Annales tenues par les pontifes, et qui, du temps de César, firent place aux Actes diurnes ou Journaux, lesquels comprenaient à peu près tout ce qu’on trouve dans les feuilles publiques de nos jours, partie officielle et chronique. Ils prirent fin avec l’empire, pour renaître au quinzième siècle, en Italie, où ils se vendaient une «gazetta», petite pièce de monnaie, d’où le nom que Théophile Renaudot donna à sa feuille quand il la créa en 1631. V. N. I, 390: Necessité.

21, Iambes.—Sénèque, Epist. 86.

28, Front.—Les femmes du temps de Montaigne s’épilaient probablement le front, afin d’en augmenter la hauteur.

30, Propres à cela.—Add. des éd. ant.: qui seruoyent à cela de faire tomber le poil.—L’éd. de 88 aj.: qu’ils appelloient «psilotrum».

37, Caton.—Plutarque, Caton d’Utique, 15.

39, Assis.—Les Grecs et les Romains dînaient assis, parce que ce repas était fort court. Au souper, qu’ils prolongeaient beaucoup, étant alors débarrassés de leurs affaires, à l’exception des femmes qui étaient toujours assises, ils mangeaient ordinairement étendus sur des sortes de divans, lesquels, lorsqu’on était nombreux, étaient juxtaposés autour de la table, dont un côté demeurait libre pour le service. Sur chacun de ces lits ou divans, prenaient généralement place trois personnes; on s’y étendait la tête du côté de la table, la poitrine surélevée par des coussins, les pieds à l’opposé, en contrebas. On s’appuyait sur le coude gauche et on se servait avec la main droite; on pouvait ainsi facilement poser la tête sur la poitrine de son voisin de gauche, ainsi que fit saint Jean sur le sein de Jésus-Christ lors de la cène. De nos jours, les Arabes en agissent encore ainsi, sauf que, les divans n’existant pas, on s’étend à même le sol sur des tapis ou des nattes et que l’élévation de la table est réduite en conséquence.

548,

8, L’autre.—Diogène Laerce, VI, 89.

9, Table.—Ab ovo usque ad mala (depuis l’œuf jusqu’à la pomme), dit Horace, Sat., 1.

11, Obscæne.—Sale, malpropre, répugnant en raison de l’usage qui en était fait.

16, Estouffa.—Sénèque, Epist. 70.

16, Catze.—De l’italien cazzo, pénis, membre viril.

20, Passans.—Dans toutes les grandes villes, en France, il est actuellement pourvu à cette nécessité; avant, c’était une servitude des couloirs d’entrée des maisons, dont nombre comportaient des aménagements à cet effet. C’est à M. le Préfet de police de Rambuteau, dont longtemps ils ont gardé le nom, que Paris doit depuis moins d’un siècle environ les édicules dont certaines de ses rues sont pourvues pour cet objet; mais c’est à l’empereur Vespasien, dont ils ont également porté le nom, que l’idée première appartient. En les établissant, il les avait frappés d’un impôt et son fils Titus l’en ayant plaisanté, il lui mit, dit-on, sous le nez, le premier argent en provenant, en lui disant: «Sent-il mauvais?»—A Venise, il n’y a pas encore longtemps, aucune disposition particulière n’existait à cet égard et en certains endroits se prêtant le plus à la satisfaction de ce besoin, était parfois tracée sur le mur une croix noire bien apparente avec cette inscription: Rispetto (à respecter), que Théophile Gautier, qui narre le fait, rend plaisamment par cette traduction du vers d’Horace: «Enfants, allez plus loin; cet endroit est sacré», ajoutant que la recommandation est loin d’être pieusement observée.

26, Trenchans.—Eschançons et trenchans étaient des esclaves dont l’office était, celui des premiers, de verser à boire; celui des seconds, de découper les viandes.

550,

1, Nous.—Montaigne estimait ses contemporains inférieurs aux anciens, en vices et en vertus; était-ce exact? Les hommes semblent à cet égard avoir été, être et devoir être toujours à peu près les mêmes dans tous les siècles; et, pour un observateur consciencieux qui ne se laisse pas arrêter par les apparences et va au fond des choses, la somme des vertus et des vices dans un siècle est sensiblement la même comparée à ce qu’elle est dans un autre siècle. Naigeon.

3, Mal.—La Rochefoucault a exprimé cette même pensée de la sorte: «Un sot n’a pas assez d’étoffe pour être bon».

14, Estuues.—Les Romains, du moins dans le courant de la vie ordinaire, ne prenaient que des bains de vapeur, comme cela se pratique encore dans les pays orientaux; mais ces bains étaient d’usage journalier, ce qu’explique le climat, la vie passée continuellement au grand air et les loisirs de leur existence. Le confort moderne n’avait pas encore introduit chez eux l’eau et le feu à domicile, d’où, à peu d’exceptions près, la nécessité de thermes ou établissements de bains publics dont les ruines attestent les immenses proportions et la magnificence; entre autres, aux Thermes de Caracalla, à Rome, trois mille personnes pouvaient se baigner à la fois; il y avait seize cents sièges de marbre et de porphyre, et des baignoires de granit. On y accédait par des portiques somptueux; à l’intérieur se trouvaient des salles de conversation, des bibliothèques, des jardins décorés de statues et d’œuvres d’art, c’était quelque chose comme les établissements thermaux de nos jours dans certaines villes d’eaux, mais ils étaient publics, à Rome, du moins pendant l’empire; tout le monde y avait accès et il en existait dans la plupart des villes.—Les bains sont bien loin d’être aussi en faveur en France; Louis XIV, dit Saint-Simon, n’en prit jamais que sur ordonnance de médecin, et en ces derniers temps, il nous a été donné d’entendre une femme d’âge, venue à Lourdes y chercher la guérison, justifier son appréhension à descendre dans la piscine de la grotte, en disant qu’elle n’avait jamais pris de bain de sa vie. Actuellement on a tendance à y venir; bains et bains-douches, déjà d’usage courant dans l’armée, s’introduisent dans les populations, du moins dans celles de quelques grandes villes; des piscines municipales ont même été créées dans quelques-unes où pour quinze ou vingt centimes chacun peut se baigner; mais de fait, ce ne sont encore que de rares exceptions.

14, Hommes.—Jusque sous l’empereur Adrien, les bains des femmes n’étaient pas séparés de ceux des hommes.

19, Apollinaris.—Carm. IV, 239.

23, Naulage.—Les éd. ant. port.: voiture.—La question est de peu d’importance; actuellement on opère de deux façons: généralement on paie d’avance quand le prix est élevé ou qu’il peut y avoir grande affluence (chemins de fer, paquebots à destination lointaine, etc.), en cours de route ou à l’arrivée dans le cas contraire (omnibus, petites voitures, etc.).

28, Nicomedis.—Concubine; littéralement «la ruelle de Nicomède». Suétone, César, 49.—César, dans sa jeunesse, avait vécu quelque temps à la cour de ce prince, roi de Bithynie (Asie Mineure), et passait pour avoir été de la plus grande intimité avec lui, ce qui, en ce temps, était fréquent et admis; et c’est pourquoi il avait été gratifié de cette épithète dont l’origine provient de ce que, chez les Romains, la femme au lit couchait d’ordinaire, ainsi que le dit Montaigne, du côté de la ruelle. V. N. II, 634: Nicomedes.

33, Champisses.—Malignes, goguenardes; viendrait de «champis» qui, en Poitou, signifie enfant naturel, comme qui dirait procréé dans les champs, auquel on attribuait plus de malice qu’aux autres.

34, Iane.—Janus, le plus ancien roi d’Italie, XVe siècle. Établi dans le Latium, il y fit régner la paix. Il avait, à Rome, un temple dont les portes étaient ouvertes en temps de guerre et fermées en temps de paix et avant Auguste, elles ne furent closes que deux fois, l’une sous Numa, l’autre après la première guerre punique. C’est de Janus que le mois de Janvier passe pour avoir pris son nom.

37, Romaines.—Hérodien, IV, 2, 6.

39, Creu.—Les reines de France portaient jadis le deuil en blanc; Anne de Bretagne fut la première qui, à la mort de Charles VIII, le porta en noir. Les Chinois le portent également en blanc et, par exception, en rouge éclatant, pendant le premier mois, après la mort d’un père ou d’une mère; les Égyptiens le portaient en jaune; les Éthiopiens, en gris.

CHAPITRE L.

552,

7, Ceux.—C.-à-d. et même de ceux.

15, Entiers.—Les éd. ant. aj.: et à fons de cuue.

17, De cent... descouure.—Var. des éd. ant.: De mille visages qu’ils ont chacun, i’en prens celuy qui me plait: ie les saisis volontiers par quelque lustre extraordinaire et fantasque: i’en trieroy bien de plus riches et pleins si i’auoy quelque autre fin proposée que celle que i’ay. Toute action est propre à nous faire connoistre.

21, Inusité.—«Dans la plupart des auteurs, je vois l’homme qui écrit; dans Montaigne, je vois l’homme qui pense.» Montesquieu.

554,

27, Eschecs.—Le jeu d’échec ayant été inventé, dit-on, par Palamède, lors de la guerre de Troie, il est possible qu’Alexandre l’ait pratiqué.

32, Autre.—Socrate.

556,

9, Friuole.—C’est la même idée déjà exprimée, I, 432.

24, Merite.—«Il ne faut pas permettre à l’homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant, avec les impies, que notre vie est un jeu où règne le hasard, il ne marche sans règle et sans conduite au gré de ses aveugles désirs.» Bossuet.

34, Hommes.—Le mot «misanthrope» n’existait pas encore du temps de Montaigne.

558,

2, Peine.—Plutarque, M. Brutus, 3.

4, Face.—Diogène Laerce, II, 95.

6, Fols.—Diogène Laerce, II, 95.

CHAPITRE LI.

8, Paroles.—Ce chapitre a été traduit, vers 1689, en langage de l’époque par M. de Plassac.

10, Pied.—Ce mot est d’Agésilas. Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.

13, Thucydidez.—Non l’historien, mais le chef à Athènes du parti aristocratique contre Périclès; frappé d’ostracisme en 444, c’est alors qu’il se trouvait à Sparte; le fait est rapporté par Plutarque, Périclès, 5.

23, Orateurs.—Sextus Empiricus, Adv. Math., II.—«Les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs», dit un adage.

24, Peuple.—Quintilien, II, 16.

25, Flatter.—Dans le Gorgias.

560,

15, Rudes.—Du latin rudis, ignorant, grossier, qui n’est pas cultivé.

17, Dit-il.—Tite-Live, X, 22.

22, Caraffe.—D’une illustre famille napolitaine dont la mémoire fut abolie par le Sénat romain, en 1560, à la suite d’un procès amené par les exactions de quelques-uns de ses membres, procès qui, en 1566, fut revisé et suivi de la réintégration dans leurs titres et honneurs des survivants, parmi lesquels le cardinal dont il est ici question, qui personnellement avait été condamné à une amende de 100.000 écus.

562,

13, Macédoine.—Plutarque, Paul-Émile, 15.—En 167. Le discernement, l’attention, l’exactitude qu’apporta Paul-Émile dans les fêtes qu’il donna à la Grèce, après sa victoire de Pydna sur Persée (jeux, sacrifices, festins, fêtes de toute nature), excitèrent l’admiration à l’égard de cet homme qui montrait tant de diligence et de soins dans ces détails, et qui, chargé de si grandes affaires, observait dans les plus petites jusqu’à la moindre bienséance. Que nous sommes donc loin ici de cet adage si fort en honneur maintenant chez nous: «De minimis non curat prætor (le préteur ne porte pas son attention sur les détails)», que l’on a si souvent à la bouche, et qui, exact quand il s’applique à des cas où on ne sait pas faire la part des nécessités, blâmable quand il constitue des empiétements sur les devoirs et attributions d’autrui au lieu de se borner à en être le contrôle, ne fait dans toutes les autres circonstances que favoriser la paresse des uns, les abus des autres, au grand détriment des affaires publiques.

18, Apollidon.—Palais merveilleux qu’éleva, avec le secours de la nécromancie, Apollidon, un des personnages du roman d’Amadis des Gaules.

20, Allegorie.—Métonymie, métaphore, allégorie, sont des termes et figures de rhétorique.

22, Pellegrin.—Fin, poli, délicat; de l’italien pellegrino qui a cette même signification.

26, Puissance.—C’est ainsi, par exemple, qu’à Rome, les consuls étaient les premiers magistrats de la République; qu’au moyen âge, c’étaient dans quelques villes les anciens échevins (conseillers municipaux), dont le mandat avait pris fin; qu’avant la Révolution, on appelait ainsi les juges des tribunaux de commerce; et qu’actuellement, certains de nos représentants à l’étranger, soit diplomatiques, soit simplement commerciaux, portent ce nom.

27, De reproche à.—Les éd. ant. port.: tesmoignage d’vne singuliere vanité de.

27, Indignement.—Var. des éd. ant.: vainement et sans aucune consideration.

CHAPITRE LII.

564,

2, Carthaginois.—Valère Maxime, IV, 4, 6.—En 256, alors que, consul, après avoir battu les Carthaginois en Sicile, il venait de passer en Afrique et de les battre à nouveau.

3, Publique.—Au gouvernement.

5, Terre.—Environ trois hectares.

19, Dehors.—Plutarque, Caton le Censeur, 3.—Les uns regardaient cette conduite de Caton comme un effet de son avarice, les autres comme le résultat d’un parti pris pour corriger ses concitoyens de leur luxe et les ramener à la simplicité; on ne saurait cependant excuser qu’il se servît de ses esclaves comme de bêtes de somme, qu’il les chassât et les vendît quand ils devenaient vieux.—Cette exagération de sa part fut le point de départ de l’animosité avec laquelle plus tard il poursuivit Scipion. Il avait été désigné comme son questeur, lorsque celui-ci fut envoyé en Sicile, d’où il devait passer en Afrique. Voyant qu’il vivait avec magnificence et prodiguait l’argent à ses troupes sans ménagement, il l’en reprit, lui disant que le plus grand mal n’était pas dans la dépense excessive, mais dans l’altération de l’ancienne simplicité des soldats, qui employaient en luxe et en plaisirs le superflu de leur paye. A quoi Scipion répondit qu’il n’avait pas besoin d’un questeur si exact; que dans la guerre, il allait à pleines voiles, devant compte à la République non des sommes qu’il aurait dépensées, mais des exploits qu’il aurait accomplis. Sur cette réponse, Caton le quitta dès la Sicile. N. II, 60: Caton le Censeur.

21, Légation.—L’an 130. Valère Maxime, IV, 3, 13.

23, Vn.—Sénèque, Consol. ad Helv., 12.

25, Romains.—Montaigne détourne le fait du sens que lui donne Plutarque, Les Gracques, 3, qui, en l’exposant, dit bien qu’une allocation aussi dérisoire ne fut attribuée à Tiberius Gracchus que pour lui faire honte et dépit. Tribun du peuple, il venait de faire revivre une ancienne loi agraire interdisant à un même individu de posséder une étendue de terres de plus de cinq cents plèthres (le plèthre valait environ six ares); et ce qui serait ainsi rendu disponible devait être affermé à ceux ne possédant aucun fonds. Lorsqu’il dut partir pour effectuer cette opération, le Sénat, pour se venger, ne lui alloua pour sa dépense que neuf oboles par jour (un franc trente-cinq centimes), contrairement à ce qui se faisait d’ordinaire, où ces commissions étaient largement rétribuées.

CHAPITRE LIII.

566,

6, Faut.—C’est ce qui a donné lieu à cet aphorisme: «Fac ut credes, et quod prohiberi non potes, accipe (Fais ce que dois et accepte ce que tu ne peux empêcher)», dont la deuxième partie est corroborée par cet autre: «Unquam felix, nisi sua sorte contentus (Qui n’est pas satisfait de son sort, n’est jamais heureux).»

30, Façon.—S. Jean Chrysostome nous conseille de «ne désirer que peu de choses, si nous voulons être heureux».

33, Reuerence.—S. Ambroise dit que «la concupiscence s’imagine une infinité de besoins, qu’elle tâche de satisfaire à tout prix».

35, Exterreamur.—Dans les éd. ant., cette citation est suivie de sa traduction: Il se fait, par vn vice ordinaire de nature, que nous ayons et plus de fiance, et plus de crainte des choses, que nous n’auons pas veu, et qui sont cachées et inconnues.

CHAPITRE LIV.

568,

1, Lettre.—C’était une manie des poètes latins du moyen âge, surtout aux XIIe et XIIIe siècles.

2, Haches.—Et fréquemment aussi des autels, des chalumeaux.

4, Figure.—Comme bizarrerie analogue, citons entre autres que, dans un recueil de noëls de 1740, on en trouve un de cent deux vers, dont tous les mots n’ont qu’une syllabe.

7, Plutarque.—Xénocrate, au dire de Plutarque, indiquait le nombre de cent millions deux cent mille comme celui des syllabes que forment les diverses lettres de l’alphabet.

14, Exercice.—Il semble assez difficile de faire passer, en le projetant et même sans le projeter, un grain de mil par le trou d’une aiguille. Quintilien, II, 20, d’où le fait est tiré, et qui attribue à Alexandre d’avoir récompensé cette adresse en proportion de son utilité, dit, ce qui est plus admissible, qu’elle consistait, ayant un pois chiche dans la bouche et soufflant, à le lancer sur une aiguille à certaine distance et le ficher à la pointe de cette aiguille, et que cet homme ne manquait jamais son coup. Le minot valait un peu moins d’un litre.

17, Ioinctes.—Platon, dans un cas analogue, ne fut pas plus indulgent qu’Alexandre: seul, il n’admira pas un certain Anniceris, si bon cocher qu’il faisait faire cent tours à son char sans s’écarter de la plus petite distance de la même ornière; Platon jugeait qu’un homme qui s’était appliqué avec une attention si soutenue à atteindre une perfection si inutile, était incapable de grandes choses. A quoi on peut répondre que tout le monde n’est pas tenu à être propre aux grandes choses, sans pour cela cesser d’être estimable.

23, Marche.—Le titre de «dame», qui se donne aujourd’hui indistinctement à toutes les femmes mariées, était anciennement affecté aux femmes de chevaliers; les femmes des écuyers et toutes les autres femmes, mariées ou non, étaient simplement qualifiées de «Demoiselles»; c’est ce qui explique que Montaigne écrivant à sa femme, mettait en tête de sa lettre: «A Mademoiselle Montaigne, ma femme.» Cette appellation de «Dame» était en outre, comme il le dit, appliquée aux femmes de basse extraction, et aussi dans le sens de maîtresse, etc... Quand il s’agissait de femmes de mauvaise vie, on employait indifféremment l’une ou l’autre expression.

25, Disoit.—Plutarque, De Placit. philosoph., IV, 10.

34, Appetissans.—Du latin appetitus, rendant désirable et, par extension, diminuant, affaiblissant, autrement dit dans le cas présent, dorant la pilule.

570,

1, Desgoutement.—On dit aujourd’hui dégoût.

3, Rotissent.—Les coups de chaleur et de soleil produisent, en effet, sur les plantes et les animaux, l’homme compris, les mêmes effets que les grands froids; dans les deux cas, les plantes sont comme brûlées et dépérissent, et chez les êtres animés il y a congestion et danger de mort.

3, Cueux.—Gueuses, de l’allemand giessen, fondre; masses ou lingots de métal sortant de la première fonte.—Montaigne ne rapporte pas exactement la pensée d’Aristote qui se borne à dire que l’étain fond plus tôt que le plomb, puisqu’il se fond même dans l’eau, et indique ensuite des procédés de fusion.

6, Volupté.—Dans le Phédon, Platon fait dire à Socrate que «le plaisir et la douleur se tiennent».

16, Impression.—«La prospérité fatigue l’âme du sage, l’adversité l’affermit et la retrempe par les coups mêmes dont elle la frappe.»

24, Engendre.—C.-à-d. pour savoir qu’on ignore, il faut beaucoup savoir; ce qui est à l’adresse de ceux qu’en langage familier nous appelons des «demi-savants».

24, Premiere.—C’est ce que Bacon a traduit par: «Un peu de philosophie éloigne de la religion, beaucoup y ramène.»—J. de Maistre, dans ses Soirées de S.-Pétersbourg, a reproduit et développé cette idée de l’ignorance qui croit savoir, et de la science qui s’ignore.

25, Instruits.—Sçauants (var. de 88).

29, Sens.—Allusion à ceux qui, sans plus ample examen, séduits par leur simplicité, embrassèrent les doctrines nouvelles de Luther et de Calvin.—Gresset, dans Vert-vert, exprime la même pensée, appliquée d’une façon plus générale:

«L’homme éclairé suspend l’éloge et la censure.»

L’observation de Montaigne est d’application constante. De son temps, c’était la question religieuse qui préoccupait les esprits, depuis elle a cédé le pas à la politique; sauf cela, rien n’est changé à cet égard; peu de gens, aujourd’hui comme alors, sont capables de penser par eux-mêmes et, parmi ces privilégiés, peu prennent le temps de réfléchir et s’astreignent à l’effort de la réflexion; aussi l’influence du journal qui fournit sur chaque chose une opinion toute faite et dont chacun fait sa lecture quotidienne, est-elle considérable, on finit par ne plus penser et ne plus voir que par lui; c’est pourquoi la mauvaise presse fait tant de mal et pourquoi aussi la bonne presse, qui seule peut compenser l’influence néfaste de la première, est à soutenir et à encourager.

572,

11, Mestis.—C.-à-d. ceux qui tiennent des uns et des autres.—Métis vient du latin mixtus, mélangé; signifie engendré du fait d’espèces différentes, tels le mulâtre, né d’un blanc et d’une négresse; le mulet, d’un âne et d’une jument.

19, Villaneles.—Poésies pastorales, dont tous les couplets sont suivis d’un même refrain.

29, Vulgaires.—Ignorans (var. de 80).

29, Singuliers et excellens.—Délicatz et sçauants (var. de 80).

31, Trop.—L’éd. de 88 aj. en errata: adioutes, ils trouueroient place entre ces deux extremites.

31, Region.—Lucilius, dans Cicéron, dit qu’il ne veut pour lecteurs de ses ouvrages, ni savants, ni ignorants, parce que les uns sont trop habiles pour lui, les autres pas assez.

CHAPITRE LV.

574,

3, Plutarque.—Vie d’Alexandre, I.

5, D’estre... senteur.—Var. des éd. ant.: de ne sentir rien de mauuais.

9, Nihil olet.—Plaute, Mostell., I, 3, 116.—Montaigne, après avoir cité ce vers, le traduit en le modifiant quelque peu: «L’odeur de la femme, dit exactement le poète, est normale, est bonne, quand elle ne sent rien.»

10, Rien.—L’éd. de 88 et l’ex. de Bordeaux aj.: comme on dict que la meilleure odeur de ses actions, c’est qu’elles soient insensibles et sourdes.—«Une bonne réputation vaut mieux qu’un bon parfum,» dit l’Ecclésiaste, VII, 1, mais en l’appliquant à tous, hommes et femmes.

576,

5, L’air.—La science moderne attribue la contagion à l’existence d’êtres réels bien qu’infiniment petits: bacilles, microbes; ce sont eux qui, d’après elle, sont la cause et produisent l’effet; l’odeur n’est jamais qu’un indice et une conséquence.

7, Socrates.—Diogène Laerce, II, 25.

16, Contemplation.—L’encens, brûlé lors des sacrifices, semble plutôt avoir eu pour objet dans le principe de combattre les émanations des foules assemblées dans les temples et aussi l’odeur du sang provenant des victimes immolées.

20, Thunes.—Muley Haçan, bey de Tunis, qu’au chap. VIII du liv. II, Montaigne appelle Muleasses. Il vint à Naples en 1543, mais il n’y trouva pas Charles-Quint qu’il venait implorer contre les Turcs qui le menaçaient. A son retour, son fils, qui en son absence s’était emparé du pouvoir, lui fit crever les yeux.

23, Parties.—Ses livres de compte, ses mémoires de dépense.

23, Ducats.—Monnaie d’or de la valeur de 9 à 11 francs.

30, Boue.—Par marais, il faut entendre les lagunes qui entourent Venise et les canaux si nombreux qui s’y trouvent et qui exhalent souvent des odeurs pestilentielles.—A Paris, la voirie n’était ni établie, ni entretenue comme aujourd’hui, et la boue, dans la mauvaise saison, était une des grandes incommodités de Paris; Boileau, bien que de son temps (1660) elle se fût bien améliorée, nous en a conservé le souvenir dans une de ses satires:

«Six chevaux attelés à ce fardeau pesant, Ont peine à l’émouvoir sur le pavé glissant; D’un carrosse, en tournant, il accroche la roue, Et du choc le renverse en un grand tas de boue.»

CHAPITRE LVI.

578,

1, Prieres.—Ce chapitre est, en général, difficile à comprendre; on y est souvent arrêté et pas toujours sûr d’en saisir le sens; on y trouve plusieurs traits contre les calvinistes.

13, Icy.—Bien des auteurs, plus hardis que Montaigne, ont, au moyen âge et dans les siècles qui ont suivi, comme lui désavoué à l’avance, par crainte des persécutions, ce qui dans leurs écrits pourrait choquer l’Église; précaution inspirée, la plupart du temps, par la prudence plus que par les convictions.—Quoi qu’il en soit, la déclaration ici est formelle et, étant donné que l’auteur la renouvelle assez fréquemment sous une forme ou sous une autre dans le cours des Essais, elle indique nettement que la différence qu’il accuse entre Montaigne et le maire de Bordeaux (III, 500) subsiste également chez lui entre le chrétien et le moraliste. Comme chrétien, sa foi est voulue. Entretenue peut-être par le désir qui chez lui primait tout de vivre en paix avec lui-même comme avec tous autres, elle n’admet ni examen ni discussion; tandis que les réflexions qu’il couche en sa rapsodie, sont telles que son bon sens lui suggère, et qu’elles soient ou non contraires aux solutions et prescriptions de l’Église, ce qui est fréquent, le moraliste n’en a cure.

16, Dieu.—L’oraison dominicale, laquelle est tirée textuellement de l’Évangile de S. Mathieu.—On trouve dans le second Alcibiade de Platon une prière qui, en substance et tenant compte de la différence des temps, n’en diffère pas beaucoup. Dans ce même dialogue, Socrate, lui aussi, s’applique à démontrer qu’avant de prier, il faut réfléchir à l’objet de sa prière, parce qu’on risque, sans cela, de demander aux dieux des biens qui pourraient être des maux, et il conclut à la formule suivante: «Puissant Jupiter, donne-nous les biens, soit que nous les demandions, soit que nous ne les demandions pas; et éloigne de nous les maux, quand même nous te les demanderions!»

20, Fust le.—Les éd. ant. aj.: seul.

29, Cette là.—S. Cyprien tient l’oraison dominicale comme la prière la plus parfaite.—«Le Paternoster est ma prière, a dit Luther; il n’en est aucune qui lui soit comparable, je l’aime mieux qu’aucun psaume.»

580,

4, Soit.—C’est ce qui a fait dire avec quelque exagération à Ch. Lemesle que, dans de telles conditions, la prière est une impiété.

9, D’icelle... demandes.—Var. des éd. ant.: de sa iustice non selon nos inclinations et volontez.

10, Loix.—Liv. X.

15, Vieillesse.—Cette assertion prête fort à la controverse. Que Dieu existe, personne ne le nie; mais qu’est-ce que Dieu, personne non plus ne saurait le dire; tout au plus peut-on admettre cette vague définition: qu’«Il est ce qui préside à tout ce qui existe». Dire qu’il nous a faits à son image et par conséquent qu’il est à la nôtre, aller jusqu’à lui prêter nos passions, c’est aller trop loin; notre raison, qu’en somme nous avons pour en user, se refuse à une telle proposition que rien ne justifie et qui est de la part de l’homme d’une outrecuidance dépassant toutes les bornes; de là aussi ce malentendu entre ceux qui sont dits croyants et ceux dont on dit qu’ils ne croient pas.—Ceci posé, il ne semble pas que Montaigne soit dans le vrai, quand il donne comme règle générale que ceux qui doutent en leur jeunesse, viennent à résipiscence dans leur vieillesse. Ce qui est plus vrai, c’est que chez beaucoup le scrupule de combattre, chez qui a le bonheur d’en avoir, les croyances religieuses toujours si réconfortantes et jamais préjudiciables, le respect de la liberté de conscience chez autrui, et même à certains moments les défaillances de notre être, comme aussi un certain esprit de concession à l’égard de ceux qu’ils aiment, font qu’ils ne se montrent pas toujours aussi récalcitrants pour des pratiques auxquelles ils n’attachent pas autrement d’importance, qui en définitive font généralement du bien, et même à ceux auxquels elles n’en font pas, ne font jamais de mal.

32, Malice.—«La prière des impies est un nouveau péché.» Le Père Quesnel.

582,

2, La haine... l’iniustice.—Vsures, veniances et paillardises (var. de 88).

3, Dieu.—Autrement dit: Il faut faire tout en temps et lieu.—Dans Paris ridicule (édition de 1666), Le Petit dit à une fille galante qui l’invite à la débauche:

«... Ce sera, s’il plaît à Dieu, Pour dimanche, après la grand’messe. Il faut tout faire en temps et lieu.»

16, Quoy.—C.-à-d., mais que dire de ceux qui fondent leur vie entière sur...

584,

7, L’Eglise.—Les éd. ant. aj.: Catholique.

7, Promiscue.—Confus, indifférent; du latin promiscuus qui a le même sens.

8, Dauid.—Les psaumes, dont la majeure partie est de David; cantiques sacrés des Hébreux, dont un grand nombre sont passés dans notre liturgie, et que les Protestants chantent constamment.

15, Tracasser.—Traîner.—L’éd. de 88 aj.: entre les mains de toutes personnes.

21, Sursum corda.—«Haut les cœurs!»—Paroles que le prêtre prononce à la messe, au moment où, après l’Évangile, et immédiatement avant la Préface, c’est-à-dire lorsqu’il va commencer à procéder au Saint Sacrifice proprement dit.—Cette même interjection se dit encore à propos de faits extraordinaires qu’on va énoncer, pour y préparer et pour qu’on se mette à l’unisson. Bossuet l’affectionnait d’une façon particulière, comme de mise à tous les moments de l’existence; quand le cœur souffre, que le sort est contraire; aussi bien dans la vie publique, la vie sociale, que dans la vie privée. C’est par elle que débutait la proclamation qu’en 1870 Gambetta adressait à la France, lui annonçant la capitulation de Metz et l’invitant à un nouvel effort (V. N. II, 72: Sursum corda).

25, Empirent.—«Les mauvais esprits font de la parole de Dieu ce qu’un méchant lapidaire fait d’un diamant.» S. Jérôme.

27, Gents.—Les Protestants. C’est là une charge à fond contre le Protestantisme qui admet le libre examen et les prières du culte dans la langue usuelle.

33, Chacun de.—Le traduire et (add. de 88).

586,

5, Apparence.—En novembre 1901, des protestations unanimes, qui ont dégénéré, dans les rues d’Athènes, en une émeute sanglante, ne se sont-elles pas produites en Grèce, parce qu’une tentative a été faite d’y rendre d’usage courant une traduction en grec moderne des textes sacrés; troubles causés précisément par les difficultés d’interprétation qui faisaient que, chacun appréciant à sa façon, la traduction donnée ne satisfaisait personne.—C’est là, en effet, la raison pour laquelle l’Église maintient les langues mortes, l’hébreu, le grec et le latin, pour les liturgies de Jérusalem, de Constantinople et de Rome, qui sont actuellement les trois principales de la Chrétienté; elles se trouvent de la sorte soustraites aux fluctuations des langues vivantes qui, chaque fois qu’une adaptation serait terminée, obligeraient à en préparer une autre. Du reste le grand nombre de livres où, conjointement, les principales prières sont traduites en langage courant avec le texte ancien en regard, supplée à l’inconvénient que les cérémonies aient lieu dans une langue incomprise des fidèles.—A titre de spécimen de ce à quoi on arrive par les traductions ainsi faites par chacun, nous citerons ce verset du Miserere, relevé dans la traduction en vers des Psaumes faite à l’instigation de Marguerite de Valois en 1543 par Clément Marot, poète de valeur et zélé protestant; le roi David, s’adressant à Dieu, lui dit: «Amplius lava me ab iniquitate mea et a peccato meo munda me (Seigneur, purifiez-moi de plus en plus de mon iniquité, purifiez-moi de mon péché)»; ce que Marot traduit ainsi:

«Lave-moi, mon Sire, et relave bien fort, Car je suis un gros butor.»

7, Langue.—Le Nouveau Testament avait déjà été traduit en basque en 1571.

8, Ardu.—Difficile, du latin arduus, qui a même signification; par extension, délicat, qui est le sens dans lequel ce mot est employé ici.

17, Gentils.—De gentes, nations. Nom sous lequel les païens sont désignés dans l’Évangile et par les premiers chrétiens; S. Paul, qui les a évangélisés et n’est point des douze apôtres, est appelé l’Apôtre des Gentils.

24, Humaine.—Ce sont pareillement les passions antireligieuses qui, de nos jours, ont fait prononcer la séparation de l’Église et de l’État: lourde faute au point de vue politique, qui fait que l’Église échappe à la main mise sur elle, grâce au Concordat. Faute d’autant plus grave de la part du Gouvernement actuel, dont les tendances ne sont rien moins que conservatrices, que, dans quelques années, remise de la secousse, l’Église rendue à elle-même, sans jouer de rôle apparent, sera un appoint sérieux dans la lutte des partis, en groupant contre le socialisme et l’anarchie avouée ou dissimulée les différents partis conservateurs républicains et autres, leur fournissant un point d’appui et de concentration qui leur fait défaut aujourd’hui et est cause que chaque jour ils vont perdant de plus en plus de terrain.

25, Théodose.—S. Ambroise ou S. Grégoire de Nazianze qui, tous deux, ont été les conseillers de Théodose le Grand.

33, Continuoyent.—La discussion, au dire de Nicétas, II, 4, historien d’Andronic Comnène, avait lieu dans la tente de celui-ci, entre Euthyme, évêque de Patras, et un nommé Jean Ciname; elle portait sur ces paroles de l’Évangile de S. Jean: «Pater major me est (Mon père est plus grand que moi)»; il n’y est pas question de Lapodius.

35, Platon.—Lois, liv. I.

588,

1, Euesque.—Cet évêque est Osorius qui ne dit pas de ses habitants qu’ils n’épousent qu’une seule femme dans toute leur vie, mais seulement qu’ils n’en épousent qu’une à la fois, autrement dit qu’ils ne sont pas polygames (V. la note suivante).

2, Isle.—L’île en question semble celle qui aujourd’hui a nom Socotora; elle est située dans l’océan Indien, à la sortie du golfe d’Aden. Occupée par les Portugais au XVe siècle pour surveiller le détroit de Bab-el-Mandeb, elle est depuis 1886 sous le protectorat de l’Angleterre; c’est un rocher, prolongation en quelque sorte du cap Guardafui, peuplé d’indigènes pillards, de naturel fourbe, de religion musulmane, ne vivant guère que des épaves des nombreux navires qui y font naufrage, par suite des brouillards qui y règnent six mois de l’année.

17, Nom.—Plutarque, De l’Amour, 12.—Autant en peuvent dire tous les hommes, de tous les temps, de tous les lieux, en parlant de la divinité; mais leur orgueil égale leur ignorance sur ce point et les empêche d’en convenir.

33, Sacraire.—Sanctuaire; de sacrarium qui en latin a même signification.

36, Indisciplinatis.—Non orthodoxes. Ces deux mots verbis indisciplinatis ne figurent pas dans les éditions antérieures; ils ont été ajoutés, à titre d’amende honorable, pour satisfaire aux observations qu’à Rome, la censure lui avait faites sur l’emploi de certains mots et expressions. V. N. II, 528: Conscience; III, 474: Reuere.

38, Mode.—Vulgaire (add. de 88).

590,

5, Instruisants.—Nouvelle déclaration de l’auteur, confirmant combien en lui chrétien et moraliste sont deux. V. N. I, 578: Icy.

11, Nostres.—Autrement dit les Protestants.—L’éd. de 88 port.: de nostre auis.

17, Xenophon.—Xénophon semble être nommé par erreur; c’est probablement du second Alcibiade de Platon qu’il est ici question.

22, Vitieuses.—Et détestables, aj. l’éd. de 80.

22, Pardonne.—Montaigne, peut-être par réminiscence du latin qui a été la langue de ses premiers ans et, en tout cas, conséquent avec ses idées sur les rapports qui doivent exister entre les parents et les enfants, est pour le tutoiement vis-à-vis de Dieu, ce père par excellence; les Protestants en agissent de même.

25, Toutesfois.—Ie vois qu’en nos vices mesmes.

27, Diuis.—Sénèque a dit de même: «A voix basse, ils font aux dieux des prières exécrables; et si quelqu’un vient à les écouter, ils se taisent, découvrant à Dieu ce qu’ils ne veulent pas qu’il soit su des hommes.»

32, Desgosiller.—Égorger; on disait aussi esgosiller, qui s’est conservé, mais avec un sens autre.

33, Petarder.—Faire sauter à l’aide d’un pétard (grosse cartouche remplie de poudre).

35, Auarice.—Épicure disait que «si les dieux accordaient aux mortels tout ce qu’ils demandent, le genre humain serait bientôt anéanti».

592,

1, Marguerite.—Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier et femme d’Henri d’Albret, roi de Navarre.

9, Deuotion.—La reine conte qu’à l’aller il ne s’arrêtait jamais, mais qu’au retour il ne manquait pas d’entrer et de demeurer longtemps en oraison.—Louis XI demandait à la petite image de la Vierge qu’il portait à son bonnet, pardon de ses méfaits qui, pour lui être inspirés par la politique, n’en étaient pas moins grands et fort nombreux.

11, Matieres.—Var. de 88: mysteres.

20, Requestes.—Add. des éd. ant.: et prieres.

34, Mot.—Platon, second Alcibiade.—Œdipe, en apprenant qu’il était le meurtrier de son père et le mari de sa mère (V. N. I, 172: Enfants), se creva les yeux et vécut caché dans son palais; mais il en fut chassé par ses fils Étéocle et Polynice, et, dans son irritation, forma le vœu rapporté ici et qui se réalisa: l’accord entre les deux frères ne fut que de courte durée; ils en appelèrent aux armes et se livrèrent un combat singulier où, dans leur acharnement, ils se tuèrent réciproquement, XIVe siècle.

35, Prudence.—«Qui sait ce qui est bon pour l’homme dans la vie?» Ecclésiaste, VI, 12.

594,

2, Expiation.—Générale, aj. les éd. ant.

11, Platon.—Lois, IV.

15, Penates.—Les Pénates; dieux qui, chez les Romains, présidaient aux biens domestiques; ils sont souvent confondus avec les dieux Lares qui étaient plutôt, dans les familles, chargés du soin des personnes que de celui des richesses.

CHAPITRE LVII.

22, Huict ans.—Plutarque, Caton d’Utique, 20.

24, S’entretiennent de.—Se consolant en (var. des éd. ant.).

596,

4, Esperable.—On meurt de vieillesse, ou pour mieux dire d’usure, à tout âge, suivant le degré de force vitale que l’on a reçu en naissant, et les épreuves survenues postérieurement. Toutefois on peut admettre qu’aucune autre cause de mortalité n’intervenant, ce degré de force est normal, quand il fait durer l’homme jusqu’à 70 ans, et a fortiori au delà. Les tables de mortalité de Duvillard établissent que sur un million d’êtres humains qui viennent au monde viables: 117.000 arrivent à l’âge de 70 ans; 35.000 à celui de 80 ans; 4.000 à 90; 207 à 100; 1 à 109; aucun à 110.—Des cas de longévité plus considérable sont cependant accusés, même en assez grand nombre, dans les temps reculés, mais seule la tradition les rapporte et nous n’avons rien qui permette de les contrôler. Les plus saillants sont, d’après la Bible: Adam, qui vécut 930 ans; Mathusalem, 969; d’après les auteurs profanes: la Sibylle d’Erythrée, 1000 ans; Épiménide, en Crète, 157 ans. On cite aussi, et celui-là avec un certain caractère d’authenticité, le cas d’un Anglais, qui serait né en 1483 et mort en 1651, ayant vécu 169 ans; dix rois, dans ce laps de temps, se sont succédé sur le trône d’Angleterre.

19, Durer.—Les chances théoriques, mais non effectives, que nous avons d’arriver à tel ou tel âge, varient suivant celui auquel nous sommes parvenus. Ces chances sont actuellement assez exactement déterminées par les tables de mortalité: Montaigne, par exemple, qui avait quarante-deux ans, quand, vers 1574, il écrivait ce chapitre, avait plus de chances de longévité, infirmités à part, que lorsque, n’ayant que trente-neuf ans, il écrivait le ch. XIXe de ce même livre. V. I, 112 et N. Autant.—Toutefois ces indications, résultat de statistiques, qui vont acquérant de jour en jour plus d’exactitude, ne sont pas immuables; elles accusent un accroissement constant de longévité. La vie moyenne qui, avant la Révolution, était de 29 ans, semble, en France, être de 46 ans (45 pour les hommes, 47 pour les femmes), grâce surtout aux mesures prises pour la conservation des nouveau-nés et des enfants en bas âge, aux progrès de l’hygiène et à une plus grande préoccupation de l’homme pour sa conservation, quelque peu aussi à l’avancement des sciences médicales, mais ce, il faut bien le dire, au détriment de la santé, de plus en plus compromise par le maintien à l’existence, à force de soins et de précautions, d’individus chétifs et perpétuellement souffreteux; la sélection qui s’opérait jadis, se faisant moins bien aujourd’hui, ils vont transmettant à ceux qu’ils engendrent les tares dont ils sont eux-mêmes affectés, que viennent aggraver à chaque génération le surmenage intellectuel et physique, moins d’exercices fortifiants, moins de grand air, l’abus de l’alcool, les excès et la continuité des jouissances de toute nature, et aussi les falsifications de plus en plus nombreuses et nocives des denrées alimentaires. En somme, la durée de la vie humaine s’accroît, mais à tous les âges on se porte notablement plus mal; est-ce progrès?

25, Trente ans.—Suétone, Auguste, 12.—Les lois fixaient chez les Romains l’âge de 31 ans pour l’obtention de la questure; 37, pour l’édilité; 40, pour la préture; 43, pour le consulat; mais on accordait souvent des dispenses, témoin Scipion Émilien postulant le consulat et répondant à quelqu’un qui lui objectait qu’il n’avait pas l’âge: «Je l’aurai, si je suis nommé.» En 81, Sylla fit rendre une loi complémentaire interdisant de commander une armée avant d’être questeur, et consul avant d’en avoir commandé une; et elle interdisait d’être nommé une seconde fois à une même charge avant deux ans d’intervalle.

27, Guerre.—Aulu Gelle, X, 28.

28, Seiour.—Repos, retraite.

32, Cettuy-ci.—Auguste, dont il vient d’être parlé.

34, Trente.—Cette émancipation des souverains est générale, et partout on les voit exercer le pouvoir royal à un âge où, simples particuliers, ils ne pourraient gérer leurs propres intérêts. Il semble qu’il y ait pour la gestion des affaires publiques des grâces d’état, car indépendamment de cette anomalie, en partie justifiée par l’éducation spéciale dont ces princes sont l’objet, combien de nos hommes politiques gèrent les nôtres, qui, au su et connu de tout le monde, ne savent pas gérer les leurs et auxquels nous ne confierions pas nos intérêts privés; que les incrédules aillent se renseigner, auprès des trésoriers de nos deux Chambres, sur les oppositions dont sont l’objet les traitements, au début de leurs mandats, de nos députés et sénateurs.

35, Estre.—Montaigne se prononce ici pour l’émancipation complète de l’homme à 20 ans. De son temps, les coutumes, sur ce point, étaient variables; cependant, en général, la majorité légale était, à peu près partout, fixée à 21 ans, mais les droits qu’elle concédait étaient restreints; la majorité parfaite, qui seule permettait de disposer des immeubles, n’avait lieu qu’à 26 ans. Depuis la Révolution, sauf sous le rapport du mariage, exception dont se poursuit l’abrogation, on est absolument hors tutelle à 21 ans.

37, Arre.—Arrhe, marque, témoignage.—Philippe de Comines dit de même: «Il faut noter que tous les hommes qui jamais ont été grands et fait de grandes choses, ont commencé fort jeunes; cela tient à l’éducation, ou vient de la grâce de Dieu.»

598,

29, Tard.—Les éd. ant. port.: longtemps.

LIVRE SECOND

CHAPITRE PREMIER.

600,

6, Venus.—Son audace et son intrépidité dans les dangers l’avaient fait tout d’abord appeler «fils de Mars»; mais, par la suite, ses actions ayant témoigné des qualités tout opposées, on l’appela «fils de Vénus». Plutarque, Marius, à la fin.

8, Chien.—Boniface VIII, d’un caractère tout à la fois fin, impérieux et violent, eut de vifs démêlés avec l’empereur d’Allemagne et surtout avec le roi de France Philippe le Bel, parce qu’il voulait élever la puissance spirituelle du pape au-dessus de la puissance temporelle des souverains. Arrêté par ordre du roi de France qui voulait le faire juger par un concile, il fut délivré quatre jours après par le peuple; mais, tombé malade, les uns disent par suite des mauvais traitements qu’il avait subis, de dépit suivant d’autres, il mourut (1303).—Le Dante, qu’il avait voulu faire périr, l’a placé dans son enfer.

12, Mort.—Sénèque, De Clementia, II, 1.—Quand Néron fit cette réponse à Burrhus, préfet du prétoire, qui lui présentait à signer la condamnation de deux voleurs, il était jeune, venait à peine d’être élevé au pouvoir, n’était pas encore corrompu par la toute-puissance et les flatteurs de son entourage, et son caractère atrocement cruel ne s’était pas encore révélé.

18, Potest.—L’éd. de 88 aj.: C’est vn mauuais conseil qui ne se peut changer (traduction de la citation qui précède).

602,

6, Iuges.—C.-à-d. que les juges les plus hardis n’ont pu porter sur son caractère un jugement sûr et arrêté.

12, Ancien.—Sénèque, Epist. 20.

17, Mesure.—Certains vices peuvent faire naître des qualités: l’avarice produit la sobriété; la peur, la prudence; la défiance, l’ordre; l’orgueil, la charité.

21, Constance.—«La prudence est le principe de toutes les vertus; le courage en est la perfection; l’une nous enseigne la route, l’autre nous y affermit.» Démosthène, dans le Discours funèbre, qui lui est attribué, sur les guerriers morts à Chéronée.

29, Couche.—Le caméléon, petit lézard inoffensif qui a une couleur grisâtre assez mal définie qui lui est propre, mais dont la nuance change sous l’effet de la présence des objets ambiants dont, par reflet, il prend la coloration.

604,

6, Librement.—Certains ont vu là une réfutation embryonnaire du libre arbitre attribué à l’homme qui ferait librement ce qu’il veut, mais qui invinciblement, fatalement serait astreint à vouloir telle chose, plutôt que telle autre, ce qu’en d’autres termes on nomme la carte forcée.—La phrase elle-même est traduite de Sénèque, Epist. 52.

12, Mourir.—Diogène Laerce, VIII, 83.—Élien prête ce mot à Platon.

12, Discours.—Cette phrase est la suite de celle qui finit trois lignes plus haut par ces mots: des choses aux autres. La phrase intermédiaire, qui n’est point dans les éditions antérieures, rompt la liaison des idées, cas assez fréquent dans les Essais.

14, Touché.—C.-à-d. celui qui a posé le doigt sur une des touches d’un clavier, les fait résonner toutes.—On donnait autrefois le nom de marches aux touches des clavecins, des orgues, etc.

19, Estat.—C.-à-d. les désordres engendrés par les guerres civiles de l’époque.

29, Lucrece.—Femme romaine, épouse de Tarquin Collatin. Violée par Sextus, fils de Tarquin le Superbe, roi de Rome, elle fit l’aveu de son malheur à ses proches et se tua sous leurs yeux, en demandant vengeance (509); ce fut l’occasion du renversement de la royauté et de l’établissement de la République.

30, Non si difficile.—Bonne et amiable (var. de l’éd. de 80).

32, Pointe.—C.-à-d. quand vous n’aurez pu réussir à obtenir les faveurs de votre maîtresse.—Certains pensent qu’il y a ici une faute d’impression, qu’il faut «sailly» au lieu de failly (l’ s initial et l’ f ne différant dans les caractères d’imprimerie de l’époque que par le trait horizontal que celle-ci porte en son milieu); le sens serait alors: Parce que vous aurez satisfait votre maîtresse. Ceux qui en tiennent pour cette version, s’appuient sur le membre de phrase qui précède: «Comme dit le compte», que l’on croit être la deuxième nouvelle de la troisième journée de Boccace, intitulée «Un Palefrenier», où il est question d’un homme de cet état, qui s’introduit près de la reine des Lombards avec laquelle il couche, celle-ci s’imaginant, avant comme après, qu’elle a affaire à son mari.

34, Heure.—Voltaire a exprimé la même idée:

«Et l’amant maltraité prend souvent pour vertu Les fiers dédains d’un cœur qu’un autre a corrompu.»

38, Froidement.—Var. des éd. ant.: lâchement.

606,

1, Vie.—Plutarque, Pélopidas, 1.

17, Englouti.—En 1456, pendant les opérations se rapportant au siège de Belgrade, défendu par Hunyade et où échoua Mahomet II qui y fut blessé et faillit y être fait prisonnier.

20, Lendemain.—Les Espagnols ne disent pas d’un homme qu’il est brave, ils disent qu’il fut brave tel jour.

24, Autre.—Lasche, port. les éd. ant.

29, Simple.—Ce composé d’idées contraires qu’est l’homme est constaté par les philosophes de tous les temps, et bien souvent a été donnée en explication l’existence en lui de deux âmes, l’une végétative gouvernant l’organisme, l’autre intellectuelle; cette doctrine a même été condamnée en divers conciles et en dernier lieu et d’une manière formelle dans le concile œcuménique de Latran en 1513.—Pascal, d’après Montaigne, a dit comme lui, copiant même ses expressions: «Suyvons nos mouvements, observons-nous nous-mêmes et voyons si nous n’y trouverons pas les caractères vivants de ces deux natures. Tant de contradictions se trouveraient-elles dans un sujet simple? Cette duplicité de l’homme est si visible, qu’il y en a qui ont pensé que nous avions deux âmes, une seule leur semblant incapable de telles et soudaines variétés d’une présomption démesurée à un horrible abattement de cœur.»—Bacon l’admet: «L’une d’ordre divin, l’autre matérielle.»—En tout cas, il y a bien incontestablement en nous deux principes, celui du bien et celui du mal, qui, au début, sont en conflit continu; leur degré de puissance n’est pas le même chez tous, non plus qu’à tous moments chez un même individu, et suivant que l’un ou l’autre l’emporte, nous agissons bien ou mal. L’homme vertueux est celui qui d’ordinaire triomphe de la tentation, et, à la longue, cela lui devient naturel: le principe du mal est vaincu; il demeure encore, mais à l’état latent. C’est l’inverse qui se produit chez celui qui d’ordinaire n’écoute pas la voix de sa conscience: elle se fait de plus en plus faible au fur et à mesure qu’on l’éconduit davantage et finit par somnoler, le principe du mal l’emporte et règne alors sans conteste; chez l’un comme chez l’autre, l’habitude est devenue une deuxième nature.

38, Veritable.—Véridique.

608,

4, Distinguo.—Terme de logique, emprunté du latin, signifiant: Je distingue, qui se retrouvait à tous propos dans les discussions scolastiques, faisant le pendant de ces deux autres: Concedo (j’accorde, j’admets) et Nego (je nie, je n’admets pas).

17, Assaut.—Devant l’ennemi, l’homme est retenu par l’honneur et le devoir; sa mort est exaltée à l’avance; s’il recule, c’est l’infamie et il a pour témoin l’armée entière; dans son lit, aucun de ces mobiles ne le soutient, sa pensée le reporte vers ce qu’il a sujet de regretter, son entourage gémit, l’au-delà l’inquiète, souvent ses idées sont affaiblies; les circonstances sont absolument différentes, il est naturel que l’état d’âme s’en ressente.

21, Barbiers.—La lancette du chirurgien. Les barbiers, jadis, faisaient en partie office de chirurgiens; jusqu’en 1789, ils continuèrent de saigner et de panser certaines blessures.

23, Cicero.—Tusc. Quæst., II, 27.

34, Pusillanimité.—La superstition dont fit preuve Alexandre le Grand a été expliquée par ce fait que, confiant en sa fortune, il tenait, pour soutenir le courage de ses soldats, à faire ratifier les entreprises qu’il concevait par les devins qui l’accompagnaient et passaient aux yeux de la foule pour être les interprètes de la volonté des dieux; et à cette fin, il fallait se les concilier pour s’en faire des auxiliaires. Cette appréciation se trouve confirmée par l’apostrophe qu’il adressa à l’un d’eux qui se montrait défavorable à une attaque qu’il préparait: «Si, quand tu te livres aux pratiques de ton art, quelqu’un intervenait, tu le considérerais probablement comme gênant et fort mal venu.—Sans doute.—Eh bien, que penses-tu d’un devin superstitieux qui, lorsque je suis occupé de choses autrement sérieuses, vient se jeter à la traverse en me parlant des entrailles des victimes?»

36, Courage.—«En voyant Clitus tomber à ses pieds, la colère d’Alexandre s’évanouit; il arrache la javeline du corps de sa victime et veut s’en frapper; ses gardes le retiennent et l’emportent; il passe toute la nuit et le jour suivant à fondre en larmes; épuisé, n’ayant plus la force de crier ni de se lamenter, il reste étendu par terre sans proférer une parole, ne poussant que de profonds soupirs jusqu’à ce qu’Aristandre, lui remémorant un songe se rapportant à cette mort, lui représenta que ce malheur était écrit et sa victime prédestinée à pareille fin, ce qui amena l’apaisement dans son esprit.» Plutarque, Alexandre.

610,

1, Rapportées.—L’ex. de Bordeaux porte ici intercalée la citation suivante: «Voluptatem contemnunt, in dolore sunt molles, gloriam negligunt, franguntur infamia (Les mêmes hommes qui méprisent la volupté, montrent une extrême faiblesse quand ils souffrent, négligent le soin de leur réputation et ne peuvent supporter sans en être profondément affectés la perte de l’honneur et de l’estime publique).»

4, Visage.—Des poingts (var. des éd. ant.).

11, Auau le vent.—Comme souffle le vent.

12, Talebot.—Général anglais qui se signala pendant les guerres des règnes de Charles VI et Charles VII; fut défait et tué, ainsi que son fils, à la bataille de Castillon (1453), non loin du château de Montaigne; a été inhumé à la place où il est tombé, son tombeau s’y voit encore.—En parlant de lui, qui pendant 60 ans combattit contre nous, Montaigne dit: «Nostre Talbot», peut-être parce qu’il était d’une famille originaire du Limousin; peut-être aussi parce que nul plus que ce preux n’a laissé meilleur souvenir en Guyenne, où il s’est toujours comporté avec justice et humanité, ne manquant jamais à sa parole, dans un temps où on ne s’en faisait pas faute, et dont la mort fut celle d’un héros.—La bataille de Castillon est le dernier fait de la guerre de Cent Ans; c’est là que pour la première fois nous fîmes usage de canons.

12, Ancien.—Sénèque, Epist. 71 et 72.

23, Qu’on.—L’Aréopage. Cicéron, De Senectute, 7.

25, Tragédies.—Le procès intenté à Sophocle sur le déclin de sa vie par l’un de ses fils avait pour objet de s’opposer à la reconnaissance d’un autre comme enfant légitime: «Ou je suis un imbécile, dit le poète dans sa défense, ou je suis Sophocle; et, dans ce cas, je ne suis pas un imbécile»; et, pour convaincre ses juges, il leur récita un fragment de son Œdipe à Colone qu’il venait d’achever, celui de l’arrivée d’Œdipe dans la forêt sacrée, où se trouvent plusieurs passages applicables à sa propre situation et à la conduite de son fils, et l’enthousiasme qu’il souleva emporta leurs suffrages.—Le fait toutefois n’est pas absolument établi, et le serait-il qu’il ne prouverait pas grand’chose; on peut être grand poète et, comme tout le monde, avoir des faiblesses à certains moments.

27, Tirerent.—Hérodote, V, 29.

612,

8, Gendarme.—Remplit de courage, de hardiesse.—A proprement parler, gendarmer signifie braver. Pasquier, dans son jugement sur les Essais, reproche à Montaigne d’avoir employé, comme dans le cas présent, des mots dans un sens incorrect, «auxquels, si je ne m’abuse, dit-il, malaisément l’usage donnera vogue».

CHAPITRE II.

23, Pas.—C’est sur le principe contraire, si inique par lui-même, qu’est fondée notre législation pénale: la même peine atteint le malheureux qui vole un objet de peu de valeur, et le banqueroutier éhonté qui réduit à la misère nombre d’individus dont il a capté la confiance; l’étendue du préjudice commis n’entre pas en considération. De ce fait, le faible et le pauvre sont bien plus frappés que le riche et le puissant: leurs peines finies, ceux-ci jouissent impunément du fruit de leurs larcins, ceux-là se trouvent dans une position pire qu’avant.

31, D’acquest.—A gagner.

34, Sien.—C.-à-d. cherche à rendre le sien plus léger, à l’atténuer; le soulève pour qu’il ne pèse pas autant dans le plateau de la balance.—La Fontaine, dans sa fable de la Besace, commente cette même idée: «Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous»; c’est, autrement dit, la question de la paille et de la poutre de l’Évangile.

37, Maux.—«La sagesse vaut mieux que la force, et l’homme prudent que l’homme robuste.» Ecclésiaste, VI, 1.

614,

9, Credit.—D’après ce que Montaigne dit quelques lignes plus loin des Allemands servant dans nos rangs, de l’usage qu’ils font de grands verres à la fin des repas, de leur façon de boire, il se pourrait que ce soit eux qu’il veuille désigner ici.—L’ivrognerie, qui s’est bien généralisée, est plutôt un vice des pays froids que du midi, parce que, dans les pays de vignobles, on s’enivre avec du vin, dont il faut pour produire l’ivresse une certaine quantité et qui n’est pas malfaisant quand il n’est pas frelaté, tandis que, dans le nord, on a recours à l’alcool qui agit beaucoup plus sous un bien moindre volume, et avec d’autant plus de force qu’il est de plus mauvaise provenance, ce qui est le cas le plus fréquent: c’est alors un véritable poison, dont l’action délétère s’exerce sur l’organisme, l’intelligence et le moral de l’individu. La chimie moderne en augmentant chaque jour la production, et aussi malheureusement la nocivité, en même temps qu’elle en réduit le prix de revient, l’alcoolisme, inconnu aux temps jadis, va se développant de plus en plus, mal d’autant plus redoutable que l’intoxication des parents est héréditaire et pèse lourdement sur la constitution physique et les facultés intellectuelles des enfants à naître, comme font sur ceux déjà existants la misère et le mauvais exemple qu’elle introduit au foyer domestique.

10, Renuerse.—«L’ivresse est un acheminement vers la folie.» Pythagore.

24, D’autant.—Aussi fréquemment et aussi copieusement qu’on vous y convie par les toasts, sorte de défis courtois qu’on vous porte et dont la formule au temps de Montaigne était: «Je bois à vous»; à quoi l’on répondait: «Je pleige d’autant», qui peut se traduire: Et moi de même.—Les Juifs, à l’époque de Josèphe (67), étaient divisés en plusieurs factions; pour se défaire de lui, ses ennemis lui ayant envoyé un émissaire pour l’attirer dans un guet-apens, il enivra cet émissaire et apprit de lui les mauvais desseins qu’on avait sur sa personne. Josèphe, De Vita sua.

29, Yure.—Ces deux exemples sont tirés de Sénèque, Epist. 83, auquel, dans ce chapitre, plusieurs idées sont empruntées.

30, More Lyæo.—La citation diffère un peu du texte de Virgile dont elle est tirée.

31, Cassius.—L’instigateur du complot contre César, par haine de la tyrannie et aussi parce que celui-ci ne s’était pas prononcé pour lui quand il briguait le consulat; ce fut lui qui détermina Brutus, son beau-frère, à se mettre à la tête des conjurés (44).

35, Rang.—Du quartier où ils logent, du mot d’ordre, de leur place dans les rangs.

616,

4, Macedoine.—Justin, IX, 6.—Pausanias, jeune gentilhomme macédonien, outragé par Attale, grand de Macédoine qui, dans un festin, l’avait enivré pour abuser de lui, poignarda Philippe, quelque temps après, pour se venger de ce qu’il n’avait pu obtenir, de lui, justice de cette offense; Olympias, mère d’Alexandre le Grand, que Philippe venait de répudier pour épouser la sœur d’Attale, fut soupçonnée d’avoir poussé à ce meurtre (336).

16, Consent.—Qui se sentirait coupable de ce fait.

22, Vice.—On peut même dire que les Livres saints n’y sont pas absolument opposés: «Donnez à ceux qui sont affligés, lit-on aux Proverbes, XXXI, 6 et 7, une liqueur qui soit capable de les enivrer, et du vin à ceux qui sont dans l’amertume du cœur; qu’ils boivent et qu’ils oublient leur pauvreté et perdent pour jamais la mémoire de leur douleur.»

25, D’autant.—C.-à-d. de se donner liberté de boire autant qu’ils veulent. La suppression de ce complément «d’autant» amènerait un sens tout opposé et signifierait s’exempter de boire.

25, L’ame.—Ce reproche de s’adonner à l’ivrognerie a été adressé à maints hauts personnages, entre autres: à Philippe de Macédoine; à son fils Alexandre; à l’empereur Trajan; à Michel III, empereur d’Orient (842 à 867), surnommé l’Ivrogne; à Selim II, empereur ottoman, le vaincu de Lépante, auquel fut donné ce même sobriquet; à Pierre le Grand de Russie (1672 à 1725).

27, Ferunt.—Ce qui ne veut pas dire que Socrate s’enivrât; aussi bien sous ce rapport que sous tous autres, ses mœurs étaient irréprochables, et rien, dans les accusations portées contre lui par ses ennemis, ne porte à supposer le contraire. V. III, 690.

28, Ce censeur... autres.—Et la vraye image de la vertu stoique (var. des éd. ant.).

30, Virtus.—J.-B. Rousseau a ainsi paraphrasé ces deux vers d’Horace:

La vertu du vieux Caton, Chez les Romains tant prônée, Était souvent, nous dit-on, De falerne enluminée.

«On a reproché à Caton l’Ancien de s’enivrer; ceux qui lui adressent ce reproche me feront plus facilement voir une vertu qu’un vice chez Caton; il réjouissait par le vin son esprit fatigué des affaires publiques.» Sénèque.—Plutarque ne semble pas admettre cette sorte de réhabilitation: «Au commencement, dit-il, Caton l’Ancien ne consacrait que fort peu de temps à ses repas, ne buvant qu’un seul coup; après quoi, il se levait; mais, dans la suite, il prit plaisir à boire et passait souvent une grande partie de ses nuits à table.»—V. N. II, 586: Caton le Censeur.

32, Cyrus.—Plutarque, Artaxerxès, 2.—Il s’agit ici de Cyrus le Jeune. V. N. I, 524: Perses.

36, Paris.—Célèbre par son avarice, qui lui valut de Buchanan une épitaphe en latin dont voici la traduction: «Ci-gît Silvius qui jamais ne donna rien gratis; mort, il gémit de ce que, gratis, tu peux lire ceci.»—Silvius passait pour l’homme de son temps parlant la langue latine avec le plus de pureté et d’élégance.

38, S’engourdir.—C’était aussi, paraît-il, l’avis d’Hippocrate. Payen.—L’éd. de 88 aj.: Platon luy attribue le mesme effect au seruice de l’esprit.

39, Affaires.—Hérodote, I, 133, et autres auteurs.—Les Perses discutaient bien le verre en main des affaires sérieuses, mais sans prendre de décision, laquelle était toujours remise au lendemain où la discussion reprenait alors qu’ils étaient de sang-froid.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings