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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

NOTES (continued 14)

Michaud translation

19, Dessein.—A suivre mon inclination naturelle, de mon propre mouvement.

28, Rebours.—Et plus à contre-cœur.

30, Esperé.—Montaigne avait épousé en 1565 Françoise de la Chassaigne, fille d’un conseiller au Parlement de Bordeaux, comme lui-même l’était à ce moment. Il semble s’être marié un peu pour combler le vide laissé en lui par la mort de La Boétie, survenue deux ans auparavant. Bien que, dans les Essais, Montaigne se soit en quelque sorte fait une loi de passer sous silence sa vie conjugale, qu’il n’y fasse guère allusion que lorsqu’il se plaint des difficultés que présente par moments la vie domestique, ou qu’il exprime la confiance qu’il a, lorsqu’il s’absente, en qui en son absence a la gestion de sa maison, il y a lieu de penser qu’avec les idées qu’il avait sur le mariage si, comme il est probable, l’affection et la confiance ont régné entre les deux époux, leurs épanchements ont toujours été modérés, et qu’il n’eût pu dire, à son lit de mort, à sa femme comme son ami La Boétie, qui avait sur ce point des idées d’une élévation de sentiments bien autres, le dit à la sienne ainsi qu’il le rapporte lui-même: «Ayant été joint à vous par le saint nœud du mariage, qui est l’un des plus respectables et inviolables que Dieu nous ait donnés ici-bas, je vous ai aimée, chérie et estimée autant qu’il m’a été possible et suis tout assuré que vous m’avez rendu réciproque affection que je ne saurais reconnaître.»—De fait, Françoise de la Chassaigne, morte en 1627, femme de sens, très rangée, très entendue dans les soins du ménage, paraît avoir été en même temps une épouse discrète, s’effaçant volontiers, telle que Montaigne pouvait la souhaiter; lui mort, elle se dévoua à sa mémoire et à son œuvre.

202,

5, Traistre.—Ces deux vers sont d’un auteur inconnu; on peut leur appareiller ceux-ci dont la source est également ignorée:

I Si tu as maistre, sers-le bien: Dis bien de lui, garde le sien; Son secret cèle, quoi qu’il fasse, Et sois humble devant sa face.

II Ne souffre à ta femme pour rien, Mettre son pied dessus le tien; Le lendemain, la bonne bête Le voudra mettre sur ta teste.

10, Galantise.—Var. de 88: gentillesse.

11, Appetit.—Qui ne s’accorde pas avec mes désirs.

14, Recognoistre.—«Et c’est là pour moi une consolation, a dit un commentateur; je sais que je fais mal, donc je n’ai pas encore perdu la connaissance du devoir et par suite l’espérance de revenir au bien.»

20, Maistre.—Vole son maître. «Ferrer la mule», est une expression du temps de Montaigne, signifiant gagner sur un achat fait pour le compte d’un autre, autrement: «Faire danser l’anse du panier.»—Cette expression paraît venir de ce qu’aux temps où les magistrats allaient au palais montés sur des mules, les laquais qui gardaient ces bêtes pendant l’audience, buvaient ou jouaient pour se désennuyer, puis cherchaient quelquefois à s’indemniser de leur dépense ou de leur perte, en comptant à leurs maîtres des frais supposés pour le ferrage des mules.

32, Repentis.

«Amours qui commencent par anneaux, Finissent par couteaux.»

33, Iupiter.—Homère, Iliade, XIV, 295.

38, Considerations.—Préjugés.

39, Empescher.—Sans que cela nous arrête.

39, Isocrates.—Élien, Hist. div., XII, 25.

204,

6, Deuroient.—Add. de 88: au moins.

7, Differentes.—Ælius Verus pensait comme Montaigne, quand il disait à sa femme lui reprochant ses infidélités: «Souffrez que je passe mes caprices avec d’autres, le titre d’épouse est synonyme d’honnêteté et non de débauche.» V. I, 348.

13, Profuse.—Prodigue, s’étend trop loin; du latin profusus, que Montaigne a francisé, mais qui nous a donné «profusion» qui est resté.

15, Lycurgus.—A Sparte, tout jeune homme désirant une jeune fille en mariage l’enlevait à sa famille, la conduisait chez une matrone qui la recueillait et la cachait; lui-même ne venait la voir qu’à la dérobée et continuait à aller coucher la nuit dans les dortoirs communs avec les autres jeunes gens; cela durait quelquefois si longtemps que des maris avaient des enfants qu’ils ne s’étaient pas encore montrés en public avec leurs femmes; par là les époux s’accoutumaient à la tempérance et à la sagesse, qui entretenaient en eux la vigueur et la fécondité, leur conservaient leur première ardeur et renouvelaient leur amour.

19, Riotte.—Petite querelle, petite dispute.

21, Tempestueux.—Même dans les rapports les plus intimes que, d’un commun accord, nous avons avec elle, il y a encore désaccord et dispute.

25, Femme.—Ovide, Métam., III, 323.—Tirésias, un des plus célèbres devins de l’antiquité. La fable raconte que rencontrant deux serpents qui frayaient ensemble, il les sépara et aussitôt devint femme; au bout d’un certain temps, les rencontrant à nouveau en même situation, il reprit sa première forme d’homme. Comme il avait de la sorte connu les deux sexes, un différend s’étant élevé entre Jupiter et Junon sur la question de savoir si les femmes ont plus de part que les hommes au plaisir vénérien, il fut pris pour juge et prononça que de dix parts de plaisir dans cet acte, il y en avait neuf pour la femelle et une pour le mâle; la déesse, irritée de ce qu’il avait prononcé contre elle, le rendit aveugle; pour le dédommager, Jupiter lui accorda le don de prophétie.

28, Empereur.—Flavius Vopiscus, Proculus.—Proculus, tribun militaire en Gaule qui, sous le règne de Probus, fut fait imperator par ses troupes; vaincu, il fut mis à mort; il avait quelques talents militaires (280).

29, Emperiere.—Impératrice. Cette impératrice c’est Messaline, épouse de l’empereur Claude, qui se livra, s’imposa même parfois à tout homme de tout rang et de tout état, allant jusqu’à épouser publiquement, du vivant de son époux, un de ses amants qu’elle aimait éperdument; ce qu’apprenant, Claude la fit mettre à mort.

35, Cateloigne.—En Catalogne.

38, Foy.—Qu’en ce qui touche la religion, que ceux qu’elle impose à notre foi.

40, Hergnes.—Humeur chagrine, acariâtre; même racine que «hargneux (querelleur)», qui est encore en usage.

206,

4, Dix.—Add. de 88: par iour.

14, Prix.—Nicolas Bohier, jurisconsulte de Bordeaux, mort en 1553, conte ainsi le fait: «En son temps, un homme de la Catalogne avait de telles facultés prolifiques, que chaque jour il entrait jusqu’à dix fois en rapport avec sa femme; la reine d’Aragon en fut informée secrètement; elle le fit venir et il avoua le fait. Sur ce la reine lui interdit sous peine d’avoir la tête tranchée d’entrer désormais plus de six fois par jour en rapport avec sa femme, que davantage le mettait en péril de mort. Qu’est-ce qui en cela est le plus étonnant: ou ce dont le mari était capable ou la mauvaise querelle que lui avait faite son épouse?»

14, Solon.—Plutarque, De l’Amour.

17, Cela.—Que les femmes sont plus ardentes que nous aux effets de l’amour, ce que lui-même a dit à la page précédente, pour ne donner que maintenant sa conclusion.

18, Extremes.—Peut-être le sens est-il: «au risque de leur faire endurer les pires et plus extrêmes souffrances» (?)

208,

1, Polemon.—Diogène Laerce, III, 17.

3, Cassez.—Quant à ces autres femmes qui épousent des hommes vieux, cassés.

8, Approchée.—Xiphilin, Caligula.—Clodia Latea, à la mort de Caligula, subit le supplice infligé aux Vestales convaincues d’avoir manqué à leur vœu de virginité. Les vestales, prêtresses de Vesta, étaient à Rome chargées d’entretenir le feu sacré sur l’autel de la déesse; elles faisaient vœu de virginité durant le cours de leur ministère qui, commencé entre 6 et 10 ans, durait trente années; elles étaient au nombre de 6. Créées par Numa, elles furent abolies par Théodose; elles n’étaient point cloîtrées; jouissaient de grands privilèges, notamment d’être émancipées, d’aller en public précédées de licteurs, et de sauver la vie à tout criminel, mené au supplice, qu’elles rencontraient fortuitement. Si elles laissaient éteindre le feu commis à leur garde, elles étaient punies du fouet; celles infidèles à leur vœu de chasteté, primitivement lapidées, furent par la suite ensevelies vivantes: on les descendait dans un étroit caveau muré, où elles trouvaient un petit lit, une lampe allumée, un peu de pain, de l’eau et de l’huile; la pierre de ce sépulcre était refermée sur elles et scellée: leur complice devait mourir sous le fouet.

13, Boleslaus.—Surnommé «le Pudique». Cromer, De rebus Pol., VIII.—D’après l’Histoire ecclésiastique, Marcien, empereur d’Orient (Ve s.), et Ste Pulchérie auraient agi de même; et aussi S. Henri, empereur d’Allemagne, duc de Bavière (Xe s.), et Ste Cunégonde.

13, Roys.—Réminiscence de l’espagnol, où les Reyes (les rois) se disait alors souvent pour le roi et la reine; comme les Padres (les pères), pour le père et la mère; les Hijos (les fils), pour les fils et les filles.

20, Desgouster.—L’éducation des filles est un point que Montaigne ne fait qu’effleurer pour condamner les réticences exagérées dont on use vis-à-vis d’elles et qui ne font qu’exciter leur curiosité. Si on se reporte en outre à la manière dont, un peu plus loin, il parle des républiques où, dans les gymnases, les deux sexes se montraient à nu l’un à l’autre, il semble avoir été assez porté vers les idées actuelles de coéducation où, à l’instar de ce qui a lieu dans certaines écoles mixtes d’Angleterre, garçons et filles sont réunis, système préconisé comme essentiellement moralisateur et donnant à celles-ci plus de caractère.

21, Excusent.—Admettent, tolèrent le mariage pour celles chez lesquelles le besoin s’en fait prématurément sentir.—Ceci a dû être écrit vers 1586; Léonor, née en 1571, venait d’avoir quinze ans, limite inférieure à laquelle la femme, en France, pouvait et peut se marier; pour l’homme il le peut à 17 ans. En Autriche, ces limites sont de 20 ans pour l’homme et 16 pour la femme; elles étaient de 15 et 13 ans chez les Romains; Lycurgue les avait fixées à 37 et 17, Platon à 30 et 20. Chez les Orientaux elles sont moindres que chez nous, la nature étant plus précoce à cet égard dans les pays chauds que dans les pays tempérés; dans certains états de l’Amérique du Sud, un homme peut se marier à quatorze ans, une femme à douze, le mariage pourrait même avoir lieu plus tôt avec le consentement des pères et mères, mais un garçon de quatorze ans et une fille de douze ne dépendent plus sous ce rapport que de leur volonté. V. II, 26.

26, Fouteau.—C’est le nom du hêtre en vieux français; mais en langage trivial de l’époque on désignait aussi de ce nom, dérivation du mot latin fatuere (V. N. II, 178: Futuam), l’organe génital de la femme.

34, Scelerées.—Criminelles, scélérates.

35, Interdiction.—«On peut tout dire devant les jeunes filles, disait un contemporain de Montaigne: quand elles comprennent, on ne leur apprend pas grand’chose; quand elles ne comprennent pas, on ne leur apprend rien du tout.» A quoi on peut répondre: on excite les premières, lesquelles sont plus nombreuses que l’homme ne le croit et fort excitables à cet âge, et on provoque la curiosité des autres.

39, Vngui.—Voltaire, à l’âge de quinze ans, traduisait ainsi ces vers d’Horace:

«Voyez cette beauté; sous les yeux de sa mère, Elle apprend en naissant l’art dangereux de plaire Et d’exciter en nous de funestes penchants. Son enfance prévient le temps d’être coupable; Le vice trop aimable Instruit ses premiers ans.»

210,

1, Science.—«Le renard sait beaucoup, une femme amoureuse en sait bien davantage.» Proverbe espagnol.

4, Autresfois.—«Quiconque, dit Platon dans le Timée, aura mené la vie des justes, retournera dans l’astre fraternel jouir de la félicité suprême; les coupables deviendront femmes, quand ils reparaîtront sur la terre.»

7, Nostre-Dame.—Ancienne exclamation dite pour: «Par Notre-Dame!» Aujourd’hui par dérivation et en accentuant l’ellipse, nous disons «Dame!» dans le même sens.

14, Ame.—«Nature, jeunesse et santé sont trois bons maîtres.» Sedaine.

15, Engendrent.—«Les hommes consacrent leur jeunesse à se former un esprit, que les femmes apportent en naissant. Il vient à une fille avant la raison; à 15 ans, elle est faite, tandis qu’à 30, un homme souvent n’est qu’un sot.» J.-J. Rousseau.

22, Diffamez.—Var. de 88: affolez.

29, Escarquillements.—Ecartement des cuisses. «Esquarquiller», est-il dit dans le Dictionnaire de Monet, c’est ouvrir en élargissant.

31, Strato.—Diogène Laerce, V, 59.

32, Theophraste.—Id., ib., 43.

35, Phalereus.—Id., ib., 81.

36, Ponticus.—Id., ib., 87.

37, Antisthenes.—Id., VI, 15 et 18.

38, Aristo.—Id., VII, 163.

39, Cleanthes.—Id., ib., 175.

40, Spherus.—Id., ib., 178.

41, Eshontée.—Effrontée au delà de tout ce qui peut être souffert, admis, «plus le fait d’impudiques créatures que de dieux», ajoute Diogène Laerce, VII, 187, 188.

212,

3, Cet office.—Dans l’éd. de 88, cette phrase suit immédiatement celle où l’on trouve quelques lignes plus haut que Zénon, par ses lois, réglait «les secousses du dépucelage». L’intercalation que Montaigne a faite postérieurement, rompt la liaison des idées et fait que l’on ne voit pas tout d’abord à quoi se rapportent ces mots «à cet office».

4, Nation.—Dans l’île de Chypre (Hérodote, I, 199; Athénée, XII);—à Héliopolis, en Phénicie (Eusèbe, Vie de Constantin, III, 58);—à Sicca Veneria, auj. le Kef, en Numidie (Valère Maxime, II, 6, 15).—A Babylone, dit Hérodote, I, 199, les dames, par dévotion, se prostituent une fois dans leur vie. Chacune, à cet effet, se rend au temple, et n’en sort qu’après avoir subi qui a jeté son dévolu sur elle; ne lui demandant rien pour prix de ses complaisances et tenue de recevoir ce qu’il lui remet. Celles qui ont une taille élégante et de la beauté n’y font pas long séjour; les laides y restent davantage parce qu’elles ne peuvent satisfaire à la loi, il y en a même qui y demeurent trois ou quatre ans. Après ce sacrifice, rentrées chez elles, leur vertu y est à l’abri de toute faiblesse.

5, Garces.—L’éd. de 88 aj.: et de garçons.

6, L’office.—V. III, 232 et N. Vie et Polices.

8, Extinguitur.—Un proverbe grec dit pareillement: «On éteint le feu par le feu»; et une galante marquise du XVIIe siècle le parodiant, disait: «C’est en succombant à la tentation qu’on y résiste.»

20, Diuinitez.—Athénée dit, d’après Héraclide de Syracuse, que dans cette ville, lors de la fête des Thesmophories, en l’honneur de Cérès et de Proserpine, le principal objet du culte des femmes était la partie qui les distinguait des hommes; il en était fait une image avec de la farine et du miel, et on la promenait en procession. Naigeon.

20, Bacchanales.—Fêtes en l’honneur de Bacchus qui prirent naissance en Égypte, d’où elles s’introduisirent en Phénicie, puis en Grèce, et de là en Italie. Au début, les femmes y participaient seules; ensuite les hommes y furent admis et les désordres devinrent tels que le Sénat romain les interdit (184). Mais la loi demeura peu de temps en vigueur; et sous l’Empire, les Bacchanales furent célébrées de nouveau avec plus de licence que jamais.

23, Corps.—Hérodote, II, 48.

24, Couurechef.—Voilette que les dames nobles portaient à peu près dans les mêmes conditions que cette partie de la toilette se porte aujourd’hui.

27, Matrones.—Dame romaine: suivant les uns, la matrone était la femme mariée qui n’avait pas d’enfant; suivant d’autres, celle qui n’en avait qu’un, celle en ayant plusieurs étant la mère de famille.

28, Priapus.—Était surtout en honneur à Lampsaque (Asie Mineure). Ses fêtes, là et partout ailleurs où son culte se pratiquait, étaient accompagnées d’affreux désordres.

30, Nopces.—Lactance, Divinat. Institut., I, 20; S. Augustin, De Civit. Dei, VI, 9.—Afin, dit Rozini dans son ouvrage sur les Antiquités romaines publié en 1700, «que le Dieu semble avoir les prémisses de leur virginité». Si cet usage n’était pas très conforme aux lois de la pudeur, il était du moins fort prudent; il ôtait aux maris tout prétexte à des soupçons qui, fondés ou non, sont la source la plus féconde des mauvais ménages et de tous les maux qu’ils entraînent après eux. Cette cérémonie couvrait les faiblesses des jeunes filles d’un voile impénétrable, leur rendait leur innocence première et assurait à leurs maris une tranquillité qu’aucun nuage ne pouvait plus troubler et ne contribuait pas peu à leur bonheur mutuel. Naigeon. V. N. III, 234: Estrangere.

32, Chaussure.—Signifie ici les hauts-de-chausses ou culotte, le reproche que leur fait Montaigne de dessiner d’une façon trop apparente les parties sexuelles ne laisse aucun doute à cet égard. V. N. I, 176: Public, et I, 499: Chaussure.

32, Suysses.—Les régiments suisses qui, à la solde de la France, entraient dans la composition de nos armées, depuis l’an 1521, époque à laquelle leur pays avait conclu avec François Ier une alliance perpétuelle.

34, Grecgues.—Grègues, espèce de hauts-de-chausses ou culotte; ce mot s’emploie encore quelquefois et toujours au pluriel.

214,

2, Vray.—Les nations les moins avancées en civilisation, dont les mœurs conservent leur simplicité primitive, portent encore des vêtements qui accusent dans toute leur réalité chez la femme les formes des parties qu’elles recouvrent; mais on peut en dire autant des costumes tailleur et des corsets dits de la faculté et autres de nos jours, qui chez nous les moulent bien autrement, en en rectifiant en outre l’esthétique.

4, Pied.—C.-à-d.: Alors, on instruisait le public des avantages qu’à cet égard on avait reçus de la nature (aujourd’hui il ne faudrait pas s’y fier), comme à présent on donne la mesure de son bras ou de son pied.

5, Veue.—Des dames du pays, aj. l’éd. de 88.—Ce bon homme paraît être le pape Paul IV (Caraffa), qui régna de 1555 à 1559. Vers la même époque, un prince Pamphyle, à Rome, à la sollicitation des Jésuites, mutila pareillement la plupart de ses statues et tableaux; postérieurement, dit-on, il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus. On cite encore le duc de Mazarin, époux d’une des nièces du Cardinal, et la duchesse de Guise comme ayant commis le même vandalisme. Bien avant eux, à la fin du VIe s., S. Grégoire avait fait mettre à couvert certaines statues antiques de Rome que les étrangers venaient considérer plus par amour de la chair que par amour de l’art. Un autre pape avait fait entourer de voiles de plomb les parties trop nues de magnifiques statues placées aux angles d’un tombeau monumental. La même idée fit, à Paris, sous Charles X, adopter sous la forme d’une feuille de vigne, une mesure analogue, qui s’applique parfois encore.

8, Deesse.—Cérès.

13, Ruunt.—Virgile, Georg., III, 244, que Delille traduit:

«Amour, tout sent tes feux, tout se livre à ta rage, Tout, et l’homme qui pense, et la brute sauvage, Et le peuple des eaux, et l’habitant des airs.»

14, Platon.—Vers la fin du Timée, d’où Montaigne a pris tout ce paragraphe.

18, Forcene.—Il extravague, perd son bon sens.

23, Legislateur.—«Le bon homme», c’est-à-dire le pape dont il a été précédemment parlé. Une intercalation faite dans l’éd. de 95 entre le passage où il en a été question et celui-ci qui se faisaient suite dans l’éd. de 88, en a rompu la liaison.

32, Royales.—Allusion aux images obscènes que, de tous temps, les gamins ont tracées et tracent encore grossièrement, au charbon ou à la craie, sur les murs des édifices publics et autres.

32, Vient.—De là vient que les femmes ont un profond mépris...

216,

3, Cela.—A Sparte, où il en était ainsi, il n’y avait pas de loi contre l’adultère.

12, Liuia.—Dion, Tibère.—Livie eut un grand ascendant sur l’empereur, auprès duquel elle poussait la complaisance jusqu’à le pourvoir de jeunes filles, belles et vierges; aussi parvint-elle à lui faire adopter et désigner comme successeur Tibère qu’elle avait eu d’un premier mari, auquel il l’avait enlevée, alors qu’elle était enceinte d’un second enfant (Drusus). Le mot que Montaigne rapporte d’elle est du reste tout à son éloge: elle le dit pour sauver des individus qu’on allait mettre à mort parce qu’ils s’étaient rencontrés devant elle, dans la plus complète nudité, ce qui constituait un crime de lèse-majesté.

16, Exercices.—Non seulement, à Sparte, les jeunes filles assistaient aux jeux auxquels dépouillés de tout vêtement les jeunes gens se livraient dans les gymnases, mais elles-mêmes, dans le même état de nudité, aux yeux de tous, les célibataires seuls exclus, car c’était là l’une des flétrissures qui leur étaient infligées, pratiquaient ces mêmes exercices: la course, la lutte, le jet du disque et du javelot; allant aussi chantant et parfois leurs chants, appropriés aux faits du moment, raillaient l’un des assistants, donnait à un autre des éloges, tout cela dans le but d’exciter chez tous une noble émulation.

17, Platon.—République, V.—Platon ne parle pas des femmes lacédémoniennes, mais des femmes en général.

18, Vertugade.—Ou vertugadin; gros bourrelet que les femmes portaient sous leur robe pour en faire gonfler la jupe et produire un effet analogue à celui obtenu au XVIIIe siècle des cercles en baleine dont étaient formés les paniers, et aux cercles en acier constituant la crinoline au XIXe.

19, S. Augustin.—De Civit. Dei, XXII, 17.

23, Acharne.—Excite.—Acharner est employé ici dans son sens direct, qu’il n’a plus actuellement et que rend bien l’expression triviale «porter à la peau».

24, Ventre.—Puis nous leur reprochons les désirs que nous avons fait naître en elles.

218,

5, Garde.—«La continence est une chose très difficile et de très pénible garde; il est mal aysé de résister du tout à nature; or c’est icy qu’elle est plus forte et ardente, etc.» Charron, De la Sagesse, III, 41.

8, Hallebrenez.—Épuisés, meurtris, hors d’état de subvenir à leur tâche. Hallebrené est un terme de fauconnerie qui sert à désigner l’oiseau de chasse qui a une ou plusieurs plumes rompues.

15, Occupet.—Citation dont Boileau a traduit ainsi la dernière partie:

«... Un baiser cueilli sur les lèvres d’Iris Qui mollement résiste, et par un doux caprice Quelquefois le refuse, afin qu’on le ravisse.»

24, Lumbis est.—Citation dont Montaigne a inscrit lui-même la traduction en marge de l’exemplaire de Bordeaux.

30, Galant.—Un homme adroit et expérimenté.

33, Choix.—C.-à-d. et non parce qu’elle se réserve pour un galant favorisé.

220,

8, Orront.—Écouteront.—Futur du verbe «ouïr» qui est encore en usage.

13, Chasteté.—On croit que cette reine est Marguerite, reine de Navarre.—On a rapproché de ce passage celui où Ovide dit: «Est chaste, celle que personne n’a jamais sollicitée.» Les deux idées ne sont pas identiques: d’après Ovide, seules les femmes qui n’ont pas été mises à l’épreuve seraient chastes, ce qui revient à nier la chasteté chez la femme; tandis que la reine dit que celles-là seules peuvent se vanter d’être chastes qui, mises à l’épreuve, n’ont pas succombé.—Corneille, dans Polyeucte, émet la même pensée:

«Ce n’est qu’en ces assauts qu’éclate la vertu, Et l’on doute d’un cœur qui n’a pas combattu.»

Régnier, lui, se montre plus sceptique et n’épargne que la vierge

«Et la veuve, aussi bien comme la mariée, Celle est chaste, sans plus, qui n’en est pas priée.»

16, Se forfaire.—Il peut se donner quelque liberté sans se rendre coupable.—L’éd. de 88 port.: s’affoler.—Forfaire, c’est mal faire; il est généralement suivi d’un complément et signifie alors violer, manquer à: il a forfait à l’honneur.

32, Iniure.—A été longtemps compromise et injustement soupçonnée.—«Par injure» est un latinisme: injuria, c’est-à-dire sine jure, sans justice.

38, Langage.—Ceci est rapporté dans les sentences recueillies par Antonius et Maximus.

222,

11, Douceurs.—Var. de 88: diuines graces, au lieu de: «tendres et mignardes douceurs».

19, Addresse.—Est sans influence sur moi, ne m’atteint pas.

21, Cratis.—Élien, Hist. des animaux, XII, 12.

32, Angoisse.—Le père du triumvir. Qualifié le plus méchant des hommes, par Sylla auquel il espérait succéder; il s’était composé à cet effet une troupe de gens sans aveu; chassé d’Italie, il se retira en Sardaigne où il mourut de maladie qui lui vint non tant du regret de la ruine de ses affaires, dit Plutarque, Pompée, 5, que de la douleur qu’il éprouva d’une lettre qui tomba entre ses mains, par laquelle il connut que sa femme avait forfait à son honneur.

35, Raphanique.—Surmulets, poissons de mer de même espèce que le rouget. Allusion au supplice que les Athéniens infligeaient aux adultères, consistant à leur introduire dans le corps, par le fondement, des raves ou des surmulets.

37, Honte.—Vulcain, qui, ayant surpris Vénus son épouse avec Mars, les emprisonna pendant leur sommeil dans un filet d’acier aux mailles imperceptibles et appela ensuite à jouir de ce spectacle les autres dieux qui se moquèrent de lui.

40, Molles.—Var. de 88: douces.

224,

1, Bastard.—Énée, fils de Vénus qui l’avait eu d’Anchise et auquel elle fit faire de nouvelles armes par Vulcain, quand, fuyant Troie qui venait de succomber, il passa en Italie, pour y fonder une nouvelle patrie.

22, Maltalent.—Méchanceté, dépit.

28, Don.—C’est ce qui ne fut que trop bien vérifié par un Octavius. Ce fait donna lieu à un acte de dévouement d’un des affranchis du meurtrier, qui, pour sauver son maître, se déclara l’auteur du crime; mais, quelque temps après, la vérité fut connue et justice fut faite (58). Tacite, Ann., XIII, 44.

34, Monopoles.—Assemblées factieuses.

226,

6, Chasteté.—Var. de 88: temperance.

12, Couuertement.—Hérodote, IV, 2, dit bien que les Scythes ôtaient la vue à leurs esclaves, mais il ne parle ni de leurs femmes, ni du motif que Montaigne leur prête.

13, Opportunité.—«Une femme (fort sage d’ailleurs à ce que dit l’histoire) déclarait qu’elle répondait d’elle toute l’année, hormis le mois de mai.» Payen.

27, Discrepance.—Que sommes-nous du reste, sinon un amas de pensées et de passions contraires, qui sont sans cesse en opposition entre elles?—Discrepance: contrariété, discordance, du latin discrepantia; n’est plus usité.

31, Enuis.—Mal volontiers, à contre-cœur, avec répugnance; du latin invitus.

32, Homere.—Odyssée, XVII, 347.

228,

3, Difficulté.—Et j’ai autant de peine à refuser ceux qui sollicitent mon assistance.

8, Pulmonique.—Poitrinaire, ou, comme on dit plus généralement aujourd’hui, tuberculeuse.—«En elles, dit un proverbe lorrain, le haut défend le bas.»

11, Marché.—Elles n’en rendent leur vertu que plus suspecte, d’autant que les excuses...

20, Contraire.—Ces deux dernières phrases, depuis le mot «Outre», se rapportent à ce que Montaigne a dit plus haut des femmes «qui se vantent d’avoir leur volonté vierge et froide».

26, Contrepoil.—Qui fait entendre le contraire de ce qu’elles disent.

34, Estrangere.—Qui sans ingérence étrangère, uniquement laissées à elles-mêmes.

230,

5, Adiré.—Égaré, perdu. Vient de «à dire»; est encore en usage dans le langage judiciaire: une pièce adirée, est une pièce qui est à dire, qui manque. V. N. I, 164: A dire.

10, Fatua.—Varron, dans Lactance, 1, 22.

13, Hommes.—«Un jour, quelqu’un reprochant à Hiéron qu’il avait l’haleine puante, et lui tançant sa femme de ce qu’elle ne lui en avait jamais rien dit, elle lui répondit: «Je pensais que l’haleine de tous les hommes sentait ainsi.» Plutarque, Apophth. des rois, et dans son traité Comment on pourra recevoir utilité de ses ennemis, 7.

21, Soy.—S. Augustin conte un fait analogue: «Acindynus, consul l’an 430, étant gouverneur d’Antioche, avait menacé un débiteur du trésor public qui était en retard pour le paiement d’une livre d’or, de le faire pendre, s’il ne s’acquittait à bref délai. Celui-ci avait une femme dont était épris un homme fort riche, qui lui offrit de payer cette dette, si elle voulait passer une nuit avec lui. La femme, après avoir pris conseil de son mari qui était retenu en prison, y consentit: mais après cet homme éluda sa promesse. La victime alla porter plainte au Gouverneur qui, se reconnaissant le premier coupable pour trop de sévérité, se condamna lui-même à désintéresser le trésor et punit le mystificateur.» Bayle.

27, Entremise.—A cet égard, le monde n’a pas changé, et, aujourd’hui comme alors, combien d’hommes doivent leur fortune à leurs femmes! L’ignorent-ils? quelques-uns assurément; mais pour la plupart on n’en saurait douter, surtout quand on les entend attribuer impudemment à leur seul mérite les hautes positions auxquelles ils sont parvenus. Victor Thierry.

27, Argien.—Plutarque, traité De l’amour, 16.

29, Mecenas.—Plutarque, De l’amour, 16.—Ce fait est aussi rapporté par Cicéron d’après Lucilius qui vivait cent ans avant lui. Ce n’est donc pas de Mécène, qui vivait au temps d’Auguste, qu’il est ici question; on ignore également le Galba dont il s’agit.

31, Coussin.—On mangeait alors, chez les Romains, à demi couché sur des lits analogues aux canapés sans dossier et chaises longues de notre époque.

36, Desbordées.—Dans l’éd. de 88, cette phrase suit immédiatement ces mots qu’on a lus plus haut: «Gardons les à vn plus noble siege».

232,

6, Indes.—Arrien, Hist. Ind., 17.

13, Viure.—Diogène Laerce, II, 105; Aulu-Gelle, II, 18.—Phédon n’en fit pas métier de son plein gré, comme Montaigne le donne à entendre; mais, étant esclave, son maître l’y forçait. V. N. I, 650.

15, Vie.—«Voyant, dit Hérodote, la ville remplie de jeunes gens qui, dans l’ardeur de leurs passions effrénées, ne cessaient d’attenter à ce qui devait être l’objet de leurs respects, Solon acheta et plaça dans des lieux déterminés, des femmes toujours prêtes et à l’usage de tous»; nos maisons publiques ne sont pas autre chose.

16, Polices.—Notamment chez les Lydiens, Hérodote, I, 94; les Babyloniens, Hérodote, I, 196; etc.

17, Sollicitude.—De la jalousie.

19, Boucler.—Pris ici au figuré; réminiscence des ceintures de chasteté dont il était fait usage au moyen âge et dont il existe des spécimens dans les musées, notamment dans celui de Cluny, à Paris.

25, Rengrege.—Aggrave encore davantage.

36, Veoir.—Quelle folie d’arracher...

234,

1, Rapport.—Qui n’affligent que par la publicité qu’on leur donne.

5, Voyage.—Plutarque, Les demandes des choses romaines, 9.

10, Estrangere.—Montaigne donne de ce singulier abus qui a existé aux temps barbares de la féodalité une explication admissible. La religion, du fait de ses ministres, alors que la femme était bien peu (aujourd’hui elle est beaucoup, et va tendant à devenir trop), a pu dans le principe intervenir pour la sauvegarder quand son passé n’était pas irréprochable et assurer ainsi la paix des ménages. V. N. III, 212: Nopces. Par la suite le seigneur, un autre sentiment (libidinage, cupidité) se joignant à la cause première, sera arrivé à se substituer au prêtre et de la sorte se sera établi ce droit dit de jambage, de cuissage, de prélibation, dont l’existence a été niée, mais dont on retrouve de nombreuses preuves irréfutables. V. N. I, 162: Faire. Ce droit, suzerains clercs et laïques le possédaient bel et bien jadis et de fait en usaient quand bon leur plaisait, le remplaçant quand ils le jugeaient à propos par une redevance qui, à la longue, devint la règle quand les mœurs s’adoucirent et surtout lorsque serfs et bourgeois en arrivèrent à imposer leurs revendications.—Les chanoines de Lyon, notamment, sont mentionnés comme l’ayant possédé et s’étant longtemps refusés à y renoncer, probablement dans sa forme pécuniaire. Rabelais y fait allusion. Parmi ceux qui aujourd’hui le révoquent en doute, il en est qui y voient simplement une interprétation maligne, transmise par la tradition, de la coutume qui aurait existé au commencement, dans la Chrétienté, de consacrer à la prière les trois premiers jours du mariage, usage renouvelé, paraît-il, des Athéniens, où la mariée, durant ces trois jours, conservait sa couronne virginale.

24, Vicissitude.—Attendez-vous donc à la pareille et préparez-vous à l’être à votre tour, car tout est vicissitude dans la nature et tout y est compensé.

32, Sages.—«Les sages ne dévoilent pas leurs dissensions domestiques.» Euripide.

34, Languager.—Ou langagier; bavard, verbeux, loquace, qui aime à parler.

36, Sent.—Camus, évêque de Belley, répondit à un mari qui le priait d’engager sa femme à une vie plus honnête et plus décente: «Tout ce que je pourrais représenter à votre femme serait assez inutile; le silence de ma part, et surtout de la vôtre, me paraît beaucoup plus sage. Croyez-moi, mon ami, il vaut mieux s’appeler «Cornélius Tacitus» que «Publius Cornélius.» Naigeon.

236,

6, Pittacus.—Plutarque, Du contentement ou repos de l’esprit, 14.

6, Defaut.—Incommodité, quelque chose qui trouble notre repos et nous empêche d’être heureux.

11, Interiner.—Déclarer valable, accepter.—On dit aujourd’hui «entériner», et le mot n’est plus employé qu’en langage judiciaire.

13, Femme.—Ce cas, donné par Montaigne, comme admis par le Sénat de Marseille, pour justifier à ses yeux le suicide, est de l’invention de l’auteur; les raisons admises étaient uniquement l’adversité ou une trop grande prospérité, ainsi qu’il est indiqué, d’après Valère Maxime, liv. II, ch. III des Essais, I, 650.

17, Sourd.—C’est-à-dire qu’une femme doit fermer les yeux sur bien des peccadilles et qu’un mari ne doit pas prêter l’oreille à tous les commérages. Bonnefon.—Cette maxime est du roi Alphonse V d’Aragon, elle a été ainsi mise en vers:

«Il faut, pour qu’un hymen en tous points soit heureux, Que le mari soit sourd et la femme sans yeux.»

23, Cheuet.—Hausser le chevet; expression usitée du temps de Montaigne pour dire «renchérir sa marchandise».

27, Flaminius.—En 192. Devant entrer en opérations contre Antiochus roi de Syrie, auquel on prêtait force alliés, pour ramener à leur juste valeur les forces de ce prince qu’on exaltait devant lui, Flaminius contait qu’un hôte, chez lequel il avait été reçu, lui ayant offert, au mois de juin, un festin où figuraient du gibier en quantité abondante et variée, on s’étonnait qu’il pût en être ainsi en cette saison. A quoi l’hôte répondit que cette diversité n’était qu’apparente, que cette venaison n’était autre que de la chair de porc déguisée par les assaisonnements. «Il en est ainsi, ajoute Flaminius, des armées du roi, dont il vient d’être fait une description si emphatique.» Tite-Live, XXXV, 49.

27, Felon.—Var. de 88: ambitieux.

39, Parties.—Ses intrigues.

238,

10, Ville.—En 48. Tacite, Ann., XI, 26, 27.

13, Insistant.—En lui résistant.

21, Intelligence.—Tacite, Ann., XI, 36.—Entre autres Mnester et Traulus Montanus. Le premier était un danseur dont Messaline était éperdument amoureuse; ne pouvant le faire consentir à ses désirs, elle pria l’empereur de lui commander d’obéir; Claude, sans plus s’inquiéter de ce dont il s’agissait, lui ordonna de faire tout ce qu’il plairait à Messaline, et dès lors, il ne fit plus de résistance.—Traulus Montanus était un jeune chevalier romain qui, dans la même nuit, avait été appelé et renvoyé par elle, qui passait avec une égalité du désir au dégoût (49).—Quelques années auparavant (42), un Appius Silanus avait été mis à mort pour l’avoir offensée en refusant de consentir à sa passion.

24, Vulcan.—Voir plus haut (III, 194): Dixerat...

240,

1, Infusus.—Tous ces mots si naturels et si expressifs se trouvent, les uns dans le passage de Virgile cité III, 194, les autres dans celui de Lucrèce qui vient d’être reproduit.

3, Rencontre.—Pointe d’esprit, jeu de mots.

4, Constante.—Douce, coulante.

7, D’efforcé.—De forcé, disons-nous aujourd’hui.

11, Penser.—A quelqu’un lui demandant la recette de son style, J.-J. Rousseau répondait: «Pensez comme moi, vous écrirez comme moi.»

23, Choses.—Plutarque, Démosthène, 1, s’exprime ainsi: «Bien tard déjà, étant au déclin de ma vie, quand je vins à m’occuper d’ouvrages latins, il m’arriva une chose étrange bien que très vraie: c’est que je n’ai pas tant compris ce qu’ils contenaient par la connaissance que j’avais de la langue, que parce que je savais ce dont il était question, ce qui m’a conduit à saisir aisément la signification des mots employés.»

30, Langue.—«La fréquente lecture d’Amyot et de Montaigne est une fort bonne initiation à l’art d’écrire, parce que les tours de phrase et certaines des expressions de leur temps ont une naïveté, une richesse ou une énergie auxquelles notre langue actuelle atteindrait difficilement.» Ch. Nodier.

33, Appesantissent.—Leur donnent plus de poids, plus de force, plus d’expression, enrichissent la langue de tours nouveaux, grâce à l’application sage et ingénieuse qu’ils savent en faire.

242,

4, Siecle.—Montaigne vise ici vraisemblablement Ronsard et son école, les poètes de la Pléiade.

5, Discretion.—Mais l’appropriation qui laisse à désirer et l’abus qu’ils en font les perdent.

8, Nouuelleté.—Pourvu qu’ils puissent trouver dans la nouveauté de quelques mots de quoi s’applaudir, ils ne se mettent point en peine de peindre exactement les choses.—«Se gorgiasser», qui signifie se plaire, se flatter, s’applaudir, est présentement tout à fait hors d’usage.

13, Emprunter.—Suivant l’idée exprimée ici, beaucoup de termes employés soit à la chasse, soit à la guerre, sont passés dans la langue, quelques-uns avec une acception un peu modifiée et, comme le prévoyait Montaigne, sans rien perdre de leur grâce. De la chasse, nous viennent: prendre son essor, tenir en ses serres, faire gorge chaude, fureter, être aux aguets, à l’affût, aux abois, sur la voie, sur la piste, sur les traces, aller sur les brisées, se rabattre, etc...; de la guerre: se ranger sous les drapeaux, se jeter dans la mêlée, recruter des adhérents, revenir à la charge, reparaître dans l’arène, être désarçonné, rompre en visière, être armé de toutes pièces, etc...

15, Maniant.—Souple, flexible, maniable.

22, Commun.—En notre langage des basses classes.

28, Mode.—Manière; du latin modus, qui signifie manière, façon.

34, Faire.—Dieu veuille qu’ils aient eu raison d’agir ainsi!

244,

2, Equicola.—Allusion aux ouvrages intitulés: «Les Assolains, de la nature d’amour» du cardinal Bembo, et «Della Natura d’Eamore» d’Equicola.

9, Antinonydes.—D’après Valère Maxime, Aulu-Gelle, Plutarque et Suidas, c’est «Antigénides».

25, Inaduertement.—Ce qui ne peut guère être autrement, puisque j’écris à la hâte et sans attention.

36, Moy.—V. N. II, 524: Autheur.

246,

20, S’encheuestroyent.—Se mettaient la chevêtre (le licou), comme on fait à une bête de somme;—signifie ici «s’embarrasser», ce qui est son acception la plus ordinaire.

21, Eux mesmes.—Elien, De Animal., XVII, 25; Strabon, XV.—Alexandre était sur les bords de l’Hydaspe, occupé à construire la flotte qu’il envoya en reconnaissance sur le golfe Persique, lorsque sur le sommet d’une colline lui apparurent rangés en bataille un assez grand nombre de ces singes; les prenant pour des ennemis, il allait les faire charger, quand le roi Taxile, qui l’accompagnait, le détrompa; ils étaient de taille extraordinaire, c’étaient probablement des orang-outangs (nom qui en malais signifie homme de la forêt) qui existent encore dans ces contrées; ils ont une grande ressemblance avec un homme et par leur intelligence et leur conformation semblent des êtres intermédiaires entre lui et la brute; se tiennent ordinairement debout sur les pieds de derrière, sont pleins de force et d’agilité et de caractère relativement doux. Pour s’en emparer vivants, les chasseurs, quand ils en voient sur un arbre, s’établissent avec un seau d’eau à portée de leur vue et font mine de se débarbouiller, substituent à leur seau un pot rempli de glu et s’éloignent; le singe descend de son arbre, s’englue la figure et, n’y voyant plus, devient de proie facile. On procède encore, en ayant de grands sacs dans un desquels entre le chasseur qui, en se retirant, en laisse d’autres garnis de poils et enduits de glu à l’intérieur, que naturellement les singes essaient de chausser, ce qui les met à leur merci; néanmoins on les connaît peu, tous ceux qui ont été amenés en Europe, n’ayant pu y supporter les rigueurs du climat.—A la même catégorie appartiennent le Gibbon qu’on trouve également dans ces contrées, le Chimpanzé qui dans l’ensemble se rapproche encore plus de l’homme et appartient au continent africain. En Afrique se trouve aussi le Gorille, de taille beaucoup plus considérable, dépassant parfois deux mètres, beaucoup plus fort et de caractère offensif, n’hésitant pas à attaquer l’homme, dont, au contraire, les autres évitent l’approche.

25, Serments.—Ce juron s’emploie encore fréquemment; s’il est la plus droite des exclamations de cette nature, la moins droite, autrement dit la moins orthodoxe, était Jarnidieu (je renie Dieu), fort employée aussi à cette époque; d’où pour éviter un blasphème est venu Jarnicoton qui avec Ventre-saint-gris étaient les jurons habituels d’Henri IV; Louis XI disait Pasquedieu; Duquesne, Cent diables.—Par le Chien! est un juron sans signification particulière, imaginé pour éviter de jurer par les dieux, analogue à celui de Vertuchou, par la vertu du chou, qui s’emploie parfois en France. Cappari viendrait, dit-on, du nom italien du câprier, auquel cas il ne signifierait également rien; ne serait-ce pas plutôt le juron grec altéré catara, qui signifie malédiction et qui est d’usage courant dans le pays de Naples?

27, Cappari.—Diogène Laerce, VII, 32.

27, L’air.—Diogène Laerce, VIII, 6.

28, Superficielles.—Ceci a rapport à ce que Montaigne a dit plus haut, qu’«on l’a veu plus souuent iurer par similitude que par complexion»; les deux phrases se suivent immédiatement dans l’éd. de 88.

32, Enuis.—Plus à contre-cœur.

248,

11, Resueries.—C’est de ce nom que Montaigne a déjà qualifié son livre (liv. I, ch. XXV, I, 226), et Boileau dit en en parlant:

«Tantôt son livre en main, errant dans les prairies, J’occupe ma raison d’utiles rêveries.»

14, I’ahane.—Plus je m’efforce de...

20, Soif.—Var. de 88: faim.

22, Vases.—Ses organes génitaux.—L’auteur avait d’abord écrit «ses rognons»; contre son habitude, il y a substitué le mot «vases», comme plus décent, scrupule qu’il n’avait pas eu lorsqu’il a traduit la citation de S. Jérôme (III, 218).

24, Socrates.—Dans le Banquet de Platon.

27, Cratippus.—Il enseignait à Athènes, eut pour disciple Brutus, le meurtrier de César; Pompée alla le voir après la bataille de Pharsale et en reçut des consolations.

250,

3, Platon.—Lois, I, 13.—Ce mot est cité par Polybe, XV; Clément d’Alexandrie, VIII; Synesius, II; etc.

4, Iouët.—Var. de 88: qu’on se ioue de nous, au lieu de «qu’il est... iouet».

17, Deuantiere.—Si elle est toute découverte. «Devantière» était le nom d’une sorte de grand tablier que les femmes portaient à cheval.

26, Alexandre.—Plutarque, Moyens de discerner le flatteur d’avec l’ami, 23.

39, Estendu.—Toutes les opinions s’accordent sur ce point, sans compter que l’usage si étendu de la circoncision en est un témoignage.

39, Circoncisions.—Qui en est vne punition, add. de l’ex. de Bord. qu’on a cru devoir insérer dans le texte.

252,

4, Esseniens.—Pline, Nat. Hist., V, 17.—Les Esséniens proscrivaient le mariage, la servitude et la guerre; ils formaient une sorte d’association morale et religieuse, vivant dans des espèces de monastères, mettant en commun leurs biens et se livrant à l’agriculture; ils offraient une grande analogie avec ce qu’étaient les premiers chrétiens. Ils ont duré environ deux siècles.

9, Zenon.—Diogène Laerce, VII, 13.

12, Fuit.—Var. de 88: desdaigne.

19, Atheniens.—Thucydide, III, 104.

20, Mundifier.—Purifier.

22, Pœnitet.—«Nous estimons à vice nostre estre»; Montaigne a ainsi traduit cette citation, que l’éd. de 88 fait suivre: Nous accusons en mille choses, les conditions de nostre estre.

23, Mangeant.—Jean Léon, dans sa Description de l’Afrique, dit: «Dans les déserts de Libye, les gentilshommes du pays portent en tête un linge noir, dont ils se couvrent le visage, n’en laissant apercevoir que les yeux, et vont toujours ainsi; quand ils mangent, ils lèvent leur voile pour introduire leur nourriture dans la bouche et le baissent aussitôt: ils donnent pour motif de cette singularité que de même qu’il est indécent de rejeter devant tout le monde ce qu’on a dans l’estomac, de même il est inconvenant de le remplir à la vue de chacun.»—Ce port d’un voile d’une façon continue, est encore pratiqué par les peuplades qui sillonnent le Sahara, notamment par les Touareg, et est motivé par le besoin de se protéger contre les sables ténus qui constituent le sol dans ces contrées que le moindre vent déplace, qui sont en permanence en suspension dans l’air et pénètrent partout, les vêtements aussi bien que les tentes, sans qu’on puisse s’en défendre.

23, Grandes.—Add. de 88: en toute sorte de grandeur.

254,

6, Adorées.—En Afrique: les Atarantes, dit Hérodote; les Éthiopiens (Strabon); les Atlantes (Pline).

10, Necessaires.—Var. de 88: naturelles.

18, Partisanes.—Féminin de partisans; ces lois doivent donc être des lois de parti, de faction; mais comme Montaigne oppose ici les lois partisanes de l’homme aux lois universelles de la nature, ces lois partisanes doivent être des lois partielles, particulières, comme il les nomme à la ligne suivante; de son invention, comme le porte une variante de l’éd. de Bordeaux. V. ci-dessous: Ordonnances.

18, Fantastiques.—C.-à-d. aux tiennes qui sont dictées par tes passions personnelles et tes préjugés.

20, Ordonnances.—Var. de l’ex. de Bord.: regles positiues de ton inuention t’occupent et attachent et les regles de ta paroisse; celles de Dieu et du monde, au lieu de: «ordonnances... monde».

23, Poëtes.—De Virgile sur Vénus et Vulcain, III, 194; et de Lucrèce sur Vénus et Mars, III, 238.

26, Reseul.—Guimpe, sorte de fichu en étoffe légère.—Reseul, littéralement réseau, du latin reticulum, filet à mailles, d’où vient également réticule, nom donné au petit sac qu’actuellement les dames portent presque constamment au bras, les exigences de la mode faisant que les robes n’ont plus de poche.

29, Ægyptien.—Plutarque, De la curiosité, 3.

256,

1, Ceux-ci.—Virgile et Lucrèce.

4, Mineuses.—Minaudières, comme nous disons aujourd’hui.

6, Aualloit.—On attribue ce souhait à Philoxène, le même que Denys le Tyran condamnait aux carrières pour avoir trouvé ses vers mauvais. Aristote, Ethic., III, 10; Athénée, I, 6.

25, Commodité.—Cette mesure apportée à nos plaisirs, tournerait à notre avantage...

258,

2, Paissoit.—Diogène Laerce, VII, 130, donne une autre raison de la continence de Thrasonydes: c’est qu’il n’était pas aimé de sa maîtresse et qu’appartenant à l’école stoïcienne, ses poursuites étaient contraires aux principes de cette école qui tenait l’amour comme étant de l’amitié éveillée par la vue de la beauté. Si la raison que lui prête Montaigne eût été réelle, c’eût été bien de l’inexpérience de sa part, une occasion perdue ne se retrouvant guère, comme l’ont dit Horace: «Carpe diem (Saisis le jour où elle se présente)»; Martial: «Vive hodie (Vis aujourd’hui même)», et tant d’autres, y compris La Fontaine dans son conte de Nicaise et sa fable Le Loup et le Chasseur:

«Jouis!—Je le ferai.—Mais quand donc?—Dès demain. —Eh, mon ami! la mort peut te prendre en chemin, Jouis dès aujourd’hui...»

5, Socrates.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, I, 3, 11.

11, Culilingis.—Montaigne a changé le dernier mot de cette citation pour la rendre plus acceptable.

12, Party.—Partagé.

12, Laides.—«On a cent mauvais jours pour une bonne nuit.» Remarques d’un cosmopolite, 1791.

15, Bon.—Martial, dans plusieurs de ses épigrammes, s’élève contre cette mode des baisers. Les premiers chrétiens se baisaient ainsi sur la bouche dans leurs agapes; cet usage, qui dura plus de quatre siècles, fut aboli à cause de ses conséquences. Ce mode d’embrasser les femmes de la sorte existait jadis en France; on dit qu’il est encore fréquent en Angleterre.—De nos jours, le baiser où que ce soit, est l’objet d’une campagne tendant à sa suppression par raison d’hygiène, comme propagateur de certaines maladies contagieuses: la tuberculose, la syphilis, la diphtérie, les maladies éruptives, etc. En Amérique s’est même formée une ligue contre son usage. Baiser les bibles, les évangiles, les patènes, etc., offre même danger. Les perruches en vous bécotant, les chiens en vous léchant sont susceptibles de communiquer pareillement certaines maladies, surtout, de la part du chien, des maladies parasitaires (les vers), quand ce sont des enfants qui les caressent.

22, Practiquer.—Gagner par des pratiques adroites.

24, Saillir.—L’éd. de 88 port.: sallir.

25, Faicte.—Valère Maxime, VIII, 11, 5.—Cette Vénus, qui était en marbre blanc, ornait le temple de Gnide (Asie Mineure). «Ce temple, écrit Pline, est ouvert de toutes parts, de sorte qu’on peut la contempler de tous les côtés, ce qu’on croit ne pas déplaire à Vénus; dans quelque sens qu’on l’examine, on ne cesse de l’admirer. Un inconnu, dit-on, se passionna pour elle, se cacha la nuit dans le temple, et laissa sur le marbre la tache dénonciatrice de ses amours.»—On cite dans ce même ordre d’idées, mais plus excusables parce qu’ils sont le fait d’erreurs occasionnées par l’art, sur des êtres privés de raison: un cheval hennissant à la vue d’une cavale en peinture; des chiens aboyant à la vue d’une chienne représentée dans un tableau; un taureau, à Syracuse, s’enflammant et devenant furieux, pour une génisse d’airain de parfaite ressemblance. Valère Maxime.

26, Ensueroit.—Envelopper d’un suaire, d’un linceul; ce mot, fort usité du temps de Montaigne, ne l’est plus aujourd’hui.

30, Enterrement.—Hérodote, II, 89.

31, Merueilleusement.—Var. de 88: monstrueusement.

32, Trespassée.—On ne sait d’où Montaigne a tiré ce fait. Diogène Laerce, I, 96, dit que Périandre, irrité contre sa femme par ses concubines, la tua dans un accès de colère, en la précipitant du haut des degrés de son palais, en lui donnant un coup de pied, pendant une grossesse. Quoi qu’il en soit, on rapporte aussi qu’il sacrifia à sa mémoire toutes les parures des femmes de Corinthe. Leur ayant prescrit de se réunir dans le temple de Junon, elles s’y rendirent comme à une fête avec leurs plus riches parures et là, sans distinction de rang, ni de naissance, elles furent dépouillées par des gardes apostés à cet effet, et tous leurs habits brûlés en holocauste.

34, Mignon.—D’après la Fable, avait été placé dans le ciel par Jupiter qui, ensuite, l’en chassa et le condamna à un sommeil perpétuel, parce qu’il avait osé attenter à l’honneur de Junon. Diane s’éprit d’une vive passion pour lui pendant qu’il dormait et venait souvent le visiter; il est à croire qu’Endymion cultivait l’astronomie et passait les nuits à suivre le cours de la lune et que c’est là ce qui l’aura fait passer pour son amant.

260,

7, Ailleurs.—Certains ont vu là un écho de la légende de la Belle Ferronnière qui passa pour avoir causé la mort de François Ier, dont elle était la maîtresse, parce que le mari jaloux aurait inoculé à dessein à sa femme le virus d’une maladie mortelle à cette époque, pour que son infidèle épouse la communiquât à son insu au roi; c’est peu probable, parce que le sens de la phrase porte sur un tout autre ordre d’idée et que François Ier est mort d’une fistule au périnée et non des suites d’une maladie syphilitique. Payen.

13, Comme.—Comme leur plairait la compagnie d’un gros...

29, Brutalité.—Stupidité, bêtise.

32, Rien.—Var. de 88: guere.

37, Serue.—Tyrannique, astreignante.

262,

4, Feu.—Montaigne semble disposé à généraliser ici, en ce qui touche la femme en Italie, ce proverbe qui y a cours: «A Gênes, les hommes sont sans foi, les femmes sans pudeur, les montagnes sans bois, les mers sans poissons.»

9, Liberté.—L’éd. de 88 aj.: Ayant tant de pieces à mettre en communication, on les achemine à y employer tousiours la derniere, puisque c’est tout d’vn pris. Nous courons à peu pres mesme fortune. Ils sont trop extremes en contraincte, nous en licence. De ces trois phrases, l’ex. de Bordeaux conserve les deux dernières, que nous avons cru devoir pareillement maintenir dans la traduction.

19, Sauues.—Sans encourir de dommages. On appelait jadis bague, non seulement les anneaux qui se mettent aux doigts, mais encore tous les bijoux précieux.

22, Tousiours.—Add. de 88: estoient.

23, Sarmates.—Hérodote, VIII, 117.

29, Aristippus.—Diogène Laerce, Aristippe, II, 69.

32, Nom.—Sa réputation, sa renommée.

264,

3, Tenants.—A ceux qui ont à se défendre.—Tenants est l’opposé d’assaillants.

3, Gourmandise.—Add. de 88: et de faim.

9, Scythes.—«L’amour ne meurt jamais de besoin, mais souvent d’indigestion.» Ninon de Lenclos.

16, Intestins.—Cachés et renfermés.

19, Amazones.—Diodore de Sicile, XVII, 16; Quinte-Curce, VI, 5.—Cette peuplade, sur laquelle on a peu de données précises, semble avoir pris à un moment quelque extension par la force des armes. Les Amazones se perpétuaient, dit-on, par un commerce passager avec les habitants des pays voisins et exposaient leurs enfants mâles; on dit aussi qu’elles se brûlaient la mamelle droite pour pouvoir tirer de l’arc avec plus de facilité.—Le fait rapporté ici est, d’après Plutarque, de pure invention, et à l’appui de son dire il invoque le témoignage de Lysimachus, l’un des précepteurs d’Alexandre qui ne l’avait jamais quitté et déclarait n’en pas avoir connaissance.

33, Nous sommes.—Dans l’éd. de 88, ce paragraphe suit immédiatement la phrase du précédent où Montaigne dit que la nature a fourni les femmes de pièces uniquement propres à la défensive. Il a ajouté depuis l’histoire de Thalestris, d’où une certaine interruption dans le sens.

36, Fermir.—De fixer, d’affermir.

266,

4, Estonnent.—S’étonnent de l’inconstance en amour.

5, Incroyable.—Var. de 88: monstrueuse.

7, L’arrest.—La constance.

15, Sac.—De confiance, sans voir ni connaître ce que l’on achète. On dit aujourd’hui «chat en poche» et tel est même le texte de l’éd. de 88.—Cette expression: «acheter chat en sac» vient de ce que jadis où le braconnage était très sévèrement puni, les braconniers, pour moins s’exposer, vendaient leur gibier enfermé dans des sacs, que l’acheteur n’ouvrait même pas de peur d’être surpris; aussi parfois, au lieu du lièvre ou autre produit de chasse pour lequel il avait fait marché, ne trouvait-il qu’un chat, et, étant lui-même en faute, il n’avait garde de porter plainte.

21, Abusée.—Bayle, art. Jeanne Ire de Naples.—En 1345, André, appelé par les Italiens Andreosso, était de sa nature très ombrageux; mécontent de n’avoir aucune autorité parce qu’il n’était que le mari de la reine, alors que de son propre chef il avait des droits personnels à la couronne primant ceux de sa femme, à juste titre jaloux de ses débordements qui étaient connus de tous, redouté pour les projets de vengeance qu’on lui prêtait et son emportement, une conspiration se forma, dont tous les conjurés étaient de l’entourage de la reine, et ils l’étranglèrent avec un lacet de soie, persuadés qu’un anneau que sa mère lui avait donné était un talisman le préservant de mourir par le fer ou le poison (1547). Son frère Louis, roi de Hongrie, pour venger sa mort, envahit le royaume de Naples; Jeanne s’enfuit dans la Provence qui lui appartenait et ne put revenir dans ses états d’Italie que lorsque le Pape, au jugement duquel on convint de s’en remettre, l’eut déclarée innocente de cet assassinat, après lequel elle avait épousé son amant qui en avait été le principal auteur. Elle-même mourut étouffée en 1587.

21, Que l’action.—C’est la suite de la phrase qui commence par: «elles peuuent attaquer». Depuis l’édition de 1588, Montaigne a intercalé l’exemple de Jeanne de Naples, ce qui rend la liaison des idées moins saisissable.

22, Platon.—Traité Des Lois, XI.

27, Essayant.—Il peut advenir qu’en nous essayant, ainsi que porte l’éd. de 88.

268,

5, Personne.—Add. de 78: d’honneur.

8, Lustrum.—Il y a dans le texte d’Horace «le huitième lustre (quarante ans)», au lieu de «onzième (cinquante-cinq ans)» qu’y a plus judicieusement substitué Montaigne.

25, Consens.—Témoins.

35, Illibenter.—De ces trois vers, le premier est le commencement d’une épigramme des Veterum poetarum Catalecta, intitulée Priapus; les autres sont tirés d’une autre épigramme du même recueil, ayant pour titre Ad matronas.

41, L’essence.—Nous nous déferons aisément des vices qui ne sont tels qu’en apparence, lorsque nous n’en aurons plus de réellement enracinés en nous.

270,

2, Nouueaux.—Que nous imaginions à notre fantaisie des devoirs nouveaux.

5, Fautes.—Où les fautes sont des crimes, et où les crimes ne sont que des fautes.

10, Iustes.—Cette maxime est d’une application bien générale, qu’il s’agisse de la morale ou d’actes.

10, Superficiels.—Dont la vertu est toute en apparence.

13, Rechargeons.—Au contraire, nous en augmentons...

14, Panneaus.—Vieux haillons de drap; du latin pannus, qui signifie drap, étoffes en loques.

27, N’ont.—Qu’ils ne doivent pas s’en prendre...

30, Rythme.—Pour qu’en raison de mon peu de mesure, de règle.—Certains estiment qu’il faudrait traduire: «qui, parce que je ne m’exprime pas en vers».

31, Deux.—Théodore de Bèze (auteur du vers latin qui suit), qui a écrit dans sa jeunesse qui fut assez dissolue des poésies latines élégantes, mais licencieuses; et S.-Gelais (auteur du vers français cité après), qui, bien que dans les ordres, ne s’en livrait pas moins aux plaisirs et n’y renonça que lorsqu’il fut nommé évêque (1474).

32, Crestez.—Des plus huppés, des plus en relief.

34, Traicte.—«Quelqu’un qui prononcerait aujourd’hui ce vers parmi nous, serait regardé comme un crocheteur ivre. Défaisons-nous donc de nos préjugés, quand nous lisons d’anciens auteurs ou que nous voyageons chez des nations éloignées; la nature est la même partout et les usages diffèrent partout.» Voltaire, Dictionnaire philosophique.

272,

17, Remises.—Défaillances.

27, Desfuytes.—Détours, dissimulations, défaites.

274,

2, Capitulations.—Add. de 88: ceremonieuses.

2, Faussées.—Violées.

3, Caler.—Distendre, relâcher; terme de marine: caler les voiles, les vergues contre les mâts, c’est les replier et les fixer; signifie ici céder, ployer.

4, Fois.—Plus d’une fois, dans l’intérêt de leur honneur, j’ai maîtrisé le plaisir que j’aurais pu éprouver, dans la crainte d’exposer leur réputation en les rendant mères.

5, Assignations.—J’ai, autant que j’ai pu, pris sur moi le danger de nos rendez-vous.

16, Genitales.—Dans l’ex. de Bord., Montaigne avait d’abord ajouté: Le dessein d’engendrer doit estre purement legitime, qu’il a rayé ensuite; cette addition lève tout doute sur ce qu’il a voulu dire dans la phrase précédente.

22, Deo.—Montaigne veut dire par là qu’après avoir été exposé par l’amour à bien des traverses, il est enfin débarrassé pour toujours de cette dangereuse passion.

276,

2, Est.—Sénèque, Epist. 95; le texte porte manet au lieu d’est. La Fontaine reproduit cette idée, bien que sous une autre forme, dans sa fable des Deux chiens et l’âne mort:

«Les vertus devraient être sœurs Ainsi que les vices sont frères. Dès que l’un de ceux-ci s’empare de nos cœurs, Tous viennent à la file, il ne s’en manque guères.»

6, Orbes.—Contondants, produisant des meurtrissures, sans occasionner de plaies.

9, Panetius.—Sénèque, Epist. 117.

16, Venues.—Les assauts, les chocs continus.

18, Ensemble.—Marcher de pair, s’accorder.—«Oh! qu’il est malaisé, dit Agésilas (Plutarque, Agésilas, 4), d’aimer et d’être sage tout à la fois.»

19, Illegitime.—Var. de 88: vitieuse.

23, Dilaier.—L’éloigner le plus longtemps des atteintes de la vieillesse.—Var. de 88: retarder.

31, Sage.—L’éd. de 88 port.: bon homme.

32, Socrates.—Xénophon, Banquet, IV, 27.

40, Humaines.—Add. de 88: en regle et.

41, Dea.—Pourquoi cela ne serait-il pas.

42, Estriue.—Lutte contre, combat, conteste, contrarie, interdit.

278,

4, Ingenieusement... affame.—Var. de 88: ingenieusement, d’éuiter toute viande et boisson, qui nous altere et nous affame, c’est-à-dire qui nous fasse desirer nouuelle faim.

5, Saturité.—Satiété; de saturitas, d’où viennent saturer et saturation.

12, Rigueur.—Add. de 88: et d’inhumanité.

14, Prosterné.—Délabré, affaibli, affaissé.

19, Desmembrons.—Var. de l’ex. de Bord.: dessirons, qui n’est autre que le mot «deschirons» qu’il avait d’abord mis et qu’il a effacé pour l’écrire avec une orthographe conforme à la manière dont ce mot se prononce en Gascogne.

21, Elle.—La «douleur» dont il vient d’être parlé, et non la «fantasie», c.-à-d. l’imagination dont il a été parlé beaucoup plus haut.

24, Colligance.—Union intime; du latin colligere, unir, joindre ensemble.

30, Refroidir.—D’en inspirer le dégoût à l’âme...

34, Infondre.—Imprégner; du latin infundere, verser dedans.

280,

4, Me tienne en haleine.—Var. de 88: m’exerce.

17, Les nerfs.—Var. de 88: l’aleine.

36, Ancien.—Bion.—Diogène Laerce, IV, 67.

282,

6, Peut.—Var. de 88: ne peut.

7, Conference.—A entretenir commerce avec des personnes auxquelles il est à charge.

14, Suiue.—Dans la Cyropédie, Cyrus haranguant ses soldats qu’il conduit contre Crésus, leur dit: «Poursuivre l’ennemi, frapper, tuer, s’emparer de tout, s’entendre louer, être libre, commander, voilà le partage des vainqueurs; un sort tout contraire attend les lâches; que ceux qui s’aiment, combattent donc pour moi!» C’est ce qui fait que nombre d’éditions des Essais portent: «Qui s’aymera, si me suyue», bien que l’éd. de 95 et l’ex. de Bord. où seul ce passage existe, porte: «Qui m’aymera, si me suiue», ce qui est en effet une erreur manifeste de l’auteur, que confirme la citation italienne qui précède. Il est probable que du temps même de Montaigne comme maintenant le dicton «Qui m’aime, me suive» était en usage, et aura causé une faute d’impression qui aura échappé à l’auteur et aura été se reproduisant d’édition en édition, jusqu’à ce qu’un éditeur avisé l’ait relevée. Toutefois le mot de la présente édition a bien été dit, notamment par Scipion Nasica ameutant ses partisans contre Tibérius Gracchus (133), et par bien d’autres depuis, parmi lesquels Philippe de Valois se résolvant à la guerre contre les Flamands (1328).—Dans la bouche de Cyrus, «Qui s’aime, me suive» a la même signification que cet appel que, chez les Romains, dans les cas de danger subit et grave, le Consul ou le Général, prenant un étendard, adressait à tous, en s’écriant: «Que ceux qui veulent sauver la République, me suivent»; ou que ce mot en France: «La Patrie est en danger», de la République de 1793.—Ce sont des gestes du même genre que celui de Sylla à Orchomène (87) voyant ses soldats plier, saisissant une enseigne et les ramenant en leur disant: «C’est ici que je veux périr; et, quand on vous demandera où vous avez abandonné votre Général, souvenez-vous de répondre que c’est à Orchomène!» De Souvaroff, en 1800, au pont du Diable en Suisse, se couchant pour obliger les siens en retraite à s’arrêter, ce à quoi il ne parvint pas. De Bonaparte cette même année à Marengo, reportant ses troupes en avant par ces mots: «C’est assez reculer, soldats! souvenez-vous que j’ai l’habitude de coucher sur le champ de bataille.»—Cette erreur en rappelle une autre de même nature, qui se rencontre dans Virgile, du fait de l’interpolation d’un copiste: «Audaces fortuna juvat», au lieu de: «Audentes fortuna juvat», qui présentent deux assertions de sens essentiellement différents: la première, en disant que le succès appartient aux audacieux quels qu’ils soient, est assez aventurée et pas toujours exacte; la seconde, en le préconisant pour ceux qui osent après avoir pesé le pour et le contre, est fort judicieuse et se réalise le plus souvent.

16, Composition.—Mélange.

19, Xenophon.—Anabase, II, 6, 15.

19, Menon.—Le même dont Platon a donné le nom à un de ses dialogues, fut l’un des chefs des Grecs à la solde de Cyrus le Jeune, lorsque celui-ci se révolta contre son frère (400); bien que soupçonné d’avoir trahi, lorsque les Perses attirèrent ces chefs et les mirent à mort, il fut arrêté avec eux et subit le même sort.

24, Galba.—Suétone, Galba, 21.

25, Miserable.—Ce misérable c’est Ovide qui, relégué en Sarmatie, écrit à sa femme, demeurée à Rome sur ses instances, pour intercéder en sa faveur et qui s’y emploie vainement, qu’apparemment le souci des maux qu’il endure a dû le vieillir, et termine par les vers qui suivent.—Frappé par Auguste, en l’an 9 de J.-C., pour un motif qui est demeuré une énigme, mais que l’on suppose être une intrigue de cour qu’il aurait connue et divulguée, Ovide ne rentra jamais en grâce, quelques sollicitations dont il fût l’objet; ses espérances de rappel semblent même s’être évanouies lors de l’avènement de Tibère. Il mourut dans son exil en l’an 18.

30, Emonez.—Diogène Laerce, IV, 31.

284,

3, Sophiste.—Signifie «ami de la sagesse»; s’employa d’abord en bonne part et c’est ici le cas; mais tomba dans le discrédit, quand ceux qui se disaient tels, se mirent à enseigner à prix d’argent l’art de parler et de disputer sur tout, faisant eux-mêmes profession de soutenir indifféremment en toutes questions le pour et le contre et à attaquer les principes les plus évidents et les plus respectés. Ils fleurirent en Grèce, surtout au Ve siècle; Socrate les combattit ardemment en détournant ses concitoyens de ces disputes frivoles pour les ramener à la recherche sincère de la vérité.

4, Harmodiens.—Aristogiton et Harmodius étaient deux jeunes Athéniens, liés d’une étroite amitié. La sœur du second ayant été outragée par Hipparque qui, avec Hippias son frère, exerçait la tyrannie à Athènes, ils conçurent le projet d’en délivrer la ville. Harmodius fut tué, après s’être défait d’Hipparque; et Aristogiton, mis à la torture pour dénoncer ses complices, nomma tous les amis d’Hippias qui furent aussitôt mis à mort. Interrogé s’il n’en restait pas d’autres, il répondit qu’il n’y avait plus que lui Hippias qui méritât la mort; celui-ci le fit aussitôt conduire au supplice (514). Leur initiative amena l’expulsion d’Hippias; les Athéniens leur érigèrent alors une statue et consacrèrent leur mémoire par des fêtes.—Bion donnait les noms d’Aristogitons et Harmodiens aux premiers poils follets qui venaient estomper le visage des jeunes gens, laissant entendre par là qu’ils les débarrassaient des importunités dont ils étaient l’objet, comme Aristogiton et Harmodius avaient mis fin à l’oppression d’un tyran. Plutarque, De l’amour, 34.

5, Non qu’en.—Mais pas autant que dans.

13, Port.—Le port, la figure de l’amour.

16, Nescit.—Longtemps avant saint Jérôme, Anacréon avait dit: «Bacchus, aidé de l’amour, folâtre sans règle.»

16, Galbe.—Bonne grâce, agréments. Ancien mot gaulois qui signifiait gros et gras, et qui, pour ce motif, donné comme surnom à un ancêtre de l’empereur Galba, est demeuré à la famille.

20, Folastrant.—Var. de 88: aueugle.

20, Ceps.—Aux fers, dans les chaînes; du latin cippus, entrave.

30, De faire... Socratique.—Var. de 88: d’entrer en cette noble troque.—Harde signifie troc, changement, et ici: sacrifice, concession.

33, Platon.—République, V.

286,

1, Preoccuper.—De s’emparer, avant ses compagnes, de la gloire...

20, Nostre.—«La vertu de l’homme et celle de la femme sont les mêmes,» disait Antisthène. Diogène Laerce, VI, 12.

22, Paele.—Le fourgon, long crochet en fer dont se sert le boulanger pour remuer la braise du four; paele, pelle dont il se sert pour enfourner et retirer les pains. L’un et l’autre faisant même service et également noircis par les cendres, «le fourgon se moque de la pelle» (dicton populaire qui se dit aussi: «le chaudron se moque de la poêle») peut se traduire: «l’un vaut l’autre», ou encore «qui critique les autres, n’est pas sans y prêter lui-même».

CHAPITRE VI.

23, Coches.—Au XVIe siècle, on appelait «coches» des voitures et aussi des bateaux affectés aux transports publics, tant par terre que par eau.—En tant que voiture le coche était à peu près le carrosse de nos jours, un landau ne se découvrant pas.

288,

6, Recueil.—Chez les Orientaux, l’usage est autre; c’est à celui de ces effets qui se produit par la bouche, provenant de vapeurs émises par l’estomac et témoignant d’une certaine satisfaction de cet organe quand il est repu, qu’ils font bon accueil. Ils ne se gênent aucunement pour le produire; sa manifestation chez eux ne blesse en rien la bienséance, et les assistants y répondent par la formule sacramentelle, الحمد الاله (louange à Dieu), qui correspond à celle de «Dieu vous bénisse», que nous répondons à ceux qui éternuent.

7, Aristote.—Problem., 33, 9.

7, Plutarque.—Dans le traité intitulé Les Causes naturelles, 11.

32, D’armes.—La citation qui suit, se trouve dans le Banquet, dialogue que Platon consacre à l’amour et qu’il termine par cet éloge de Socrate qu’il place dans la bouche d’Alcibiade.

32, Route.—Déroute. V. N. I, 366.

290,

23, Leuée.—Rompre la digue, la chaussée qui m’empêche d’être submergé.

24, Epicurus.—Diogène Laerce, X, 117.

27, Robe.—A moi, comme à chacun, Dieu donne le froid, selon qu’il est vêtu: «A brebis tondue, Dieu mesure le vent.»

29, Desarmé.—M’ayant peu garni de force...

32, Littiere.—C’était un lit reposant sur des brancards, qui étaient portés d’ordinaire par des chevaux, surtout quand c’était une litière de voyage.

292,

2, Esgallement.—Les navires, à cette époque, marchaient soit à la voile (vaisseaux), soit à la rame (galères).

2, Toue.—Remorque; d’où touage, ce procédé de remorquage établi sur la Seine, dans la traversée de Paris, au moyen d’une chaîne reposant sur le lit du fleuve et sur laquelle se hèlent les bateaux remorqueurs.

15, Peres.—Tout le XVe siècle est rempli des guerres de la Hongrie contre la Turquie.

16, Rondelier.—Soldat armé d’une rondelle ou rondache, sorte de bouclier, ainsi nommé parce qu’il était rond, au lieu d’être oblong.

18, Pauesade.—Ou pavoisade, garniture de pavois ou boucliers juxtaposés en grand nombre que l’on plaçait au-dessus du pont des bateaux armés en guerre, pour mettre de tous côtés à l’abri des traits ceux qui servaient à bord, rameurs et autres.

18, Galliotte.—Galiote.—Bateau de petite grandeur.

25, Logis.—Un poste, une position, un cantonnement, un bivouac.

26, Impost.—Impotent, peu dispos.

28, Peinture.—Semblable à ceux que je viens de décrire.

30, Neantise.—Fainéantise.

31, Race.—Ces rois sont désignés dans l’histoire sous le nom de «rois fainéants», parce qu’ils étaient dépourvus de toute autorité et que l’exercice du pouvoir était entièrement aux mains des maires du palais. Ils commencent à Thierry III (673) qui se laissa gouverner par Ebroïn, puis par Pépin d’Héristal, et prennent fin à Childéric III (752), qui fut détrôné par Pépin le Bref, son maire du palais.

32, Bœufs.

«Quatre bœufs attelés, d’un pas tranquille et lent, Promenaient dans Paris le monarque indolent.» Boileau.

34, Luy.—Et, avec lui, une jeune musicienne (la comédienne Cytheris). Plutarque, Antoine, 3; Cicéron, Philippic., II, 24; Pline, Hist. nat., VIII, 16.

34, Heliogabalus.—Æl. Lampridius, Heliog., 28, 29.

294,

1, Nud.—En des temps plus rapprochés, semblables exhibitions se sont produites. A l’entrée solennelle à Paris de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, dans le bassin d’une des places publiques, s’ébattaient deux belles filles entièrement nues.—Lors de son entrée à Anvers, Charles-Quint fut escorté d’un essaim de belles jeunes filles de la société, plus ou moins nues.—Vers 1880, à l’inauguration à Vienne (Autriche) du nouvel Opéra, le directeur, a-t-il été dit, fit défiler devant lui, dans une fête intime, le corps de ballet au grand complet, chaque danseuse, sans aucun voile, portant sur l’épaule une lampe allumée, soutenue à la manière antique.

3, Rouler.—L’historien Flavius Vopiscus, Firmus, 6, ne dit pas que Firmus attelait des autruches à son char, mais qu’assis sur elles, il semblait voler avec elles; il dit aussi qu’il montait des hippopotames et accomplissait d’autres prouesses du même genre.

13, Roy.—Discours à Nicoclès.

17, Parure.—N’ayant pas d’autre moyen de me faire distinguer, et cela m’allait bien.

18, Pleurent.—Il est des hommes auxquels de beaux habits ne conviennent pas.

21, Demosthenes.—IIIe Olynthienne.

25, Theophrastus.—C’est Cicéron, De Off., II, 16, qui est l’auteur de cette critique.

27, Aristote.—Cicéron, De Off., II, 16.

28, Commune.—La populace.

30, L’emploitte.—La dépense. Montaigne continue à reproduire les pensées de Cicéron, De Off., 17.

34, Gregoire treizieme.—S’est surtout rendu célèbre par la réforme du calendrier Julien; était très versé dans la jurisprudence; aimait les lettres et les arts et embellit Rome de plusieurs édifices; fit célébrer par d’odieuses réjouissances la S.-Barthélemy.

35, Catherine.—Catherine de Médicis, qui fit commencer les Tuileries et encouragea les travaux de Bernard Palissy, quand il eut découvert l’émail. Quant au Pont-Neuf, jeté sur la Seine à Paris où il existe encore sous ce nom, commencé en 1578 sous Henri III, ses travaux furent interrompus de 1580 à 1601, et il ne fut achevé qu’en 1604, sous Henri IV.

296,

9, Pourtant.—C’est pour cela que...

10, Porter.—Var. de 88: aporter.

11, Boëte.—Sa cassette particulière (distincte du trésor public).

12, Mien.—Plutarque, Galba, 5.—Autres temps, autres mœurs: N’avons-nous pas vu en ces temps-ci un Président de la République, élu pour entrer en charge un mois après, s’abstenir dans l’intervalle de remplir ses fonctions de Président du Sénat, en percevoir nonobstant les émoluments et croire faire largesse en faisant abandon de ces 6.000 francs au personnel inférieur sous ses ordres, à la grande admiration de tous. En équité, sinon en conscience, les avait-il gagnés et pouvait-il vraiment dire comme Galba: «Ce n’est pas du public, c’est du mien.»

17, Sien.—Aujourd’hui, et nous ne saurions le regretter, les recettes budgétaires des états sont moins que par le passé à la dévotion des souverains, qui en usaient comme ils l’entendaient; chefs d’état, rois ou autres, ont actuellement leurs revenus et leur liste civile, absolument distincts du trésor public, mais tout abus n’a pas de ce fait disparu. Il y en a qui thésaurisent comme de bons bourgeois, qui se livrent à l’agiotage, jouant sur les fonds publics en connaissance de cause comme du reste la plupart des membres du Gouvernement, grâce aux renseignements qu’ils ont avant tous autres et avec plus de certitude des événements qui peuvent influer sur les cours, il leur arrive même de les faire naître pour servir leurs intérêts. Nombreux sont ceux qui placent leurs fonds à l’étranger pour se ménager des ressources contre les fluctuations de la politique; ils n’entament même que bien peu leur liste civile dans leur représentation; quand ils ont des cadeaux à faire, des prix à allouer, ils puisent généreusement dans les manufactures de l’État, Sèvres, les Gobelins, dont c’est présentement à peu près l’unique raison d’être, dans les haras nationaux; et, à tout propos: voyages, réceptions de souverains ou visites rendues, expositions, etc., se font allouer des crédits supplémentaires; toutes choses qu’il est bon de connaître pour ne pas admirer outre mesure un faste qui, en réalité, est un surcroît de charges pour le contribuable, lequel, malgré l’apparence, en fait tous les frais.

21, Soy.—Ce principe a-t-il jamais existé autrement qu’en théorie? on en douterait à voir ce qui en est aujourd’hui, où chaque jour, au grand préjudice de nos crédits budgétaires, on crée et maintient nombre d’emplois dont le besoin ne se fait nullement sentir. Est-il rien de plus typique à cet égard que le cas des sous-préfets, devenus une superfétation depuis que les moyens de communication ont pris le développement que l’on sait (chemins de fer, automobiles, télégraphe, téléphone, machines à écrire)? leur inutilité est reconnue de tous, leur suppression est périodiquement votée; on les conserve quand même parce que ce sont de précieux agents électoraux, et que leurs emplois sont des ressources tout particulièrement décentes et avantageuses pour récompenser ce genre de services, ou encore pourvoir les créatures gouvernementales, en même temps que se ménager l’affection des villes qui en sont dotées, et à l’importance desquelles elles ajoutent; ici, comme partout, la politique intérieure intervenant, l’intérêt général est sacrifié à l’intérêt particulier.

22, D’elle.—C’est pourquoi en architecture, par exemple, il n’y a pas de véritable beauté sans l’utilité, et que dire: «Voilà un bel édifice», n’a pas de sens; on devrait dire: «Voilà une belle église, un beau palais.» Dans l’appréciation, le but poursuivi, qui est ici la destination, est la première condition dont il y a à tenir compte.—C’est ce qui fait qu’une armée dont la valeur militaire est en décroissance, une magistrature dont les arrêts prêtent à suspicion, un gouvernement qui n’a pas pour unique objectif l’intérêt public et la défense de la société, quoi qu’ils fassent d’autre part, sont jugés exclusivement sur ces points essentiels qui sont leur seule raison d’être.

34, Dionysius.—Apophth. de Plutarque.

35, Apprendroy.—J’apprendrais plutôt à un roi ce proverbe, etc. Cette sentence que Montaigne traduit après l’avoir citée est tirée de Plutarque, Si les Athéniens ont été plus excellents en armes qu’en lettres, 4, où Corinne s’en sert pour faire sentir à Pindare qu’il avait entassé trop de fables dans une de ses poésies.

298,

10, Practique.—Gagne.

16, Telle maniere.—Var. de 88: bouffons, maquereaux, menestriers et telle racaille...

35, Assenoit.—Plaçait.

300,

17, Princes.—Xénophon, Cyrop., VIII, 9 et suivants.

21, Excez.—Chez les Romains, les jeux publics faisaient partie du culte. Il y en avait de diverses sortes; les principaux étaient les «Jeux Romains» ou «Grands Jeux», institués par Tarquin l’Ancien (603); ils se célébraient du 4 au 12 septembre, tous les travaux et affaires publics étaient interrompus pendant leur célébration.

31, Coffre.—Cicéron, De Off., II, 15.—Ces reproches ne lui profitèrent guère: Alexandre se montra toute sa vie d’une prodigalité extrême. En témoignage d’admiration, il envoie 50 talents (250.000 fr.) au philosophe Xénocrate, qui les refuse d’abord, lui faisant répondre «qu’il a lui-même à satisfaire à plus de besoins que lui»; et finit par accepter 30 mines (2.700 fr.) pour ne pas désobliger ses envoyés désolés de son refus.—A un acteur qui a, dans son rôle, inséré un vers à sa louange, 10 talents (50.000 fr.).—Un de ses soldats conduisant un mulet de son trésor, l’animal étant fatigué et son conducteur pour le soulager ayant pris la charge sur son dos, Alexandre l’en gratifie.—A un courtisan tombé en défaveur, auquel il rendait ses bonnes grâces et qui lui dit: «Daignez m’en accorder un gage», 5 talents (25.000 fr.).—A l’occasion de son mariage avec Statira, fille de Darius, il acquitte toutes les dettes des Macédoniens de son armée, 9.870 talents (environ 50.000.000 fr.).—Pour les obsèques et le tombeau d’Héphestion, il dépense plus de 12.000 talents (environ 60.000.000 fr.).—Sur la fin, il avait fixé la dépense de sa table; en dehors de tous autres repas, 100 mines (9.000 fr.) étaient quotidiennement allouées pour le souper, auquel à la vérité étaient chaque jour conviés soixante à soixante-dix de ses amis, ce qui constituait encore une dépense de 150 à 160 fr. par tête.

302,

7, Probus.—Vopiscus, Probus, 19. Cet auteur donne une description détaillée de ces jeux.

15, Sufficit.—Le cens fixé par la loi pour appartenir à l’ordre équestre a varié suivant les époques; au temps de César, il était de 400.000 sesterces (77.500 fr.).

24, Vermillon.—Composition de soufre et de mercure d’un beau rouge vif.

25, Storax.—Sorte de résine jaune, brune ou rougeâtre, d’odeur agréable.

41, Surgeons.—Sources; du latin surgere, sourdre.

45, Labourez.—Travaillés; du latin laborare qui a cette signification et qui vient lui-même de labor, travail, d’où labourage, le travail par excellence.

304,

6, Retia.—Citation que Montaigne a traduite avant de la reproduire.

10, Esprits.—Bien autrement inventifs que ne sont...

14, Pas.—La puissance de la nature est infinie et l’esprit humain ne saurait préjuger ce que progressivement il lui sera donné d’en découvrir et d’en faire application, jusqu’à ce qu’une de ces évolutions prévues ou imprévues fasse prochainement ou dans des milliards de siècles, c’est tout un pour l’éternité, disparaître l’homme à son tour. Quant à ces allées et venues de la science qui font dire à Montaigne que nous tournons toujours dans le même cercle, ce qui est vrai encore et sera éternellement en ce qui touche les idées et les institutions humaines, elles provenaient de ce que jadis l’imprimerie ne fixait pas et ne propageait pas comme aujourd’hui chaque progrès réalisé; toute invention, tout perfectionnement était local et momentané, au lieu d’entrer comme maintenant immédiatement et à toujours dans le domaine public; aussi l’invention de l’imprimerie est-elle, sans conteste, la plus considérable qui se soit produite; par elle, rien ne se perd, tout progresse en bien comme en mal, seul l’homme ne change pas.

23, Poetæ.—Les deux derniers vers de cette citation sont employés ici dans un sens tout différent de celui qu’ils ont dans Lucrèce.

24, Solon.—Dans le Timée.—L’Égypte fut un des premiers états du monde connu des anciens à se civiliser, son origine se perd dans la nuit des temps; les calculs les plus modérés font régner vers l’an 2500 Ménès, le premier de leurs rois dont nos histoires font mention.

31, Formarum.—Montaigne a modifié les deux derniers mots de cette citation pour l’approprier à son sujet, qui est tout autre que dans Cicéron.

42, Auparauant.—Les Chinois font remonter leur histoire à une très haute antiquité; il semble vraisemblable d’admettre que leur premier législateur vivait vers le XXXe siècle, et eux-mêmes font partir de l’an 2637 leur ère historique. Longtemps avant les Européens, ils ont connu la boussole, l’imprimerie, la poudre à canon, mais ces inventions sont demeurées chez eux à l’état rudimentaire.

306,

7, Cettuy-là.—Le poète Lucrèce, auteur du vers qui précède et de ceux qui suivent.

14, Autre.—L’Amérique, que Christophe Colomb venait de découvrir en 1492.

16, Heure.—Il est hors de doute qu’à l’heure actuelle, toute la surface habitable de la terre nous est connue; c’est ce qui fait que les excursions dans les régions polaires arctique et antarctique sont de si peu d’intérêt, en dehors de la notoriété qu’y recherchent ceux qui s’y livrent; mais il est non moins indubitable que des modifications considérables peuvent se produire sur la surface terrestre; que de nouveaux continents peuvent surgir, d’anciens disparaître, sous l’action des forces constamment en travail dans l’intérieur de notre planète; comme aussi de notables changements climatériques se produire, le Gulf Stream par exemple se modifiant, ou d’autres courants s’établissant, et les conditions dans lesquelles elle est habitée s’en trouver pareillement modifiées.

22, Siecle.—C.-à-d. si de ce que dit ce poète pour prouver la jeunesse de son siècle, nous concluons que notre monde avance vers sa fin...

26, Contagion.—Par notre communication avec lui.

30, Practiqué.—Gagné.

32, Eulx.—Les Américains.

34, Cusco.—Les Péruviens regardaient cette ville comme sacrée; on y admirait le temple du soleil, l’un des plus vastes et des plus riches qui aient jamais existé, et le palais des Incas (dynastie régnante lors de la conquête du Pérou par les Espagnols).

308,

19, Dure.—Allusion aux casques, cuirasses, hauberts, brassards, cuissards, etc... en métal que portaient Fernand Cortez, Pizarre et leurs compagnons.

26, Inexperimenté.—Si n’ayant aucune idée des effets de ces armes, il eût été soudainement attaqué.

310,

28, Mercadence.—Les avantages du commerce, du latin merces, marchandise.

34, Miserables.—Dans les Essais apparaît partout ce noble sentiment d’humanité, premier bienfait de la philosophie: mais il ne se montre nulle part plus énergique et plus éloquent que lorsque Montaigne portant ses regards sur le Nouveau Monde, n’y aperçoit de tous côtés que des bourreaux et des victimes. Abbé Jay.

34, Mines.—Il s’agit ici de l’expédition (1513 à 1517) de Balboa, officier espagnol qui, à la recherche des régions où gisait l’or trouvé au Mexique, au moment de sa conquête, parvint, par l’isthme de Panama, jusqu’à l’Amérique du Sud, mais dut rétrograder, n’ayant pas de troupes suffisantes.

312,

33, Enfance.—Voilà comme balbutiaient ces prétendus enfants.

36, Cannibales.—Ceci donne une idée de ce qu’étaient mes Cannibales, c.-à-d. ces hommes du Nouveau Monde que nous traitons de sauvages.

39, Peru.—Atahualpa, dernier roi du Pérou, de la famille des Incas. Fait prisonnier par Pizarre, il fut, quelques mois après (1533), étranglé par son ordre. Zarate, II, 7; de la Vega, I, 36; Gomera, 117; Herrera, V, III, 4 et autres historiens de la conquête de l’Amérique.

314,

9, Preuue.—On forma contre lui une accusation aussi fausse que les preuves qu’on en donnait, savoir qu’il...

19, Mexico.—Guatimozin, dernier empereur indien de Mexico. Fait prisonnier par Fernand Cortez en 1521, après avoir vainement tenté de défendre sa capitale contre ce chef espagnol, il fut d’abord traité avec générosité, mais plus tard eut à endurer les plus cruels tourments dans le but de lui faire dénoncer où se trouvaient ses trésors et finalement fut pendu en 1522. Bernal Diaz del Castillo, 157; Gomera, 146; Herrera, III, 11-8; Torquemada, I, et autres historiens de l’Amérique.

32, Cour.—Le cacique de Tacuba.

35, Mercy... plus.—Var. de 88: congé de dire ce qu’il en sçauoit, pour se redimer de cette peine insupportable.

316,

3, Roy.—Disons plus, un roi si grand...

4, Honteuse.—Var. de 88: vaine.

12, Ventent.—Var. de 88: publient.

24, De Castille.—Var. de 88: d’Espagne.

25, Mal voulus.—Haïs, à qui on veut du mal. Diego d’Almagro qui le premier pénétra dans le Chili, et qui dans le principe avait marché d’accord avec Pizarre le conquérant du Pérou, battu par lui à Cusco, y fut décapité par son ordre (1538). Son fils, ralliant ses partisans, vengea son père, par le meurtre de Pizarre (1541); et peu après éprouva le même sort que lui, dans le même lieu (1542). Gonzalès Pizarre, frère du précédent, se substitua à lui au Pérou, où pendant trois ans il régna en maître, jusqu’à ce que par ordre de Charles-Quint il fut arrêté et mis à mort comme rebelle (1544).

31, Prudent.—Philippe II, roi d’Espagne. Sous son règne (1556 à 1598), les colonies espagnoles de l’Amérique et des Indes rapportèrent immensément d’or et d’argent; mais ce prince consomma follement toutes ces richesses dans ses vains projets de monarchie universelle, et à sa mort, le trésor était vide et obéré.

318,

2, Commerce.—Employé au commerce, en achat de marchandises; emploite signifie ici achat ou emplette, comme on écrirait et prononcerait aujourd’hui.

17, Paumes.—Environ cinq mètres.

320,

6, Perennes.—D’eaux vives coulant continuellement, ne tarissant pas, du latin perennis, continu, permanent.

9, Chef.—Au bout, à la fin de la journée de marche, de chaque étape.

17, Apres.—Voir à ce sujet et sur tout ce qui précède, Robertson, Histoire de l’Amérique, liv. VIII. L’auteur, dans cet ouvrage, s’applique à réduire dans une juste mesure l’exagération des premiers historiens de la conquête du Nouveau Monde.—A ce travail gigantesque qu’était cette route de Quito à Cusco, on peut assimiler le Grand Canal impérial de la Chine qui met en relations Pékin, la capitale du Nord, avec Nankin, la capitale du Sud, et avec Canton; ce canal a été commencé au IXe siècle av. J.-C. et les travaux en sont continués jusqu’à nos jours; il offre une superbe voie navigable de 2.700 kil. sans compter de nombreux embranchements. Ce canal peut faire le pendant de la grande muraille élevée également en Chine sur la frontière N. et N.-E. pour protéger l’empire contre les incursions des nomades: Mongols, Mandchous, Tartares, et qui, formée d’un parapet de terre, revêtu de briques dans certaines de ses parties, s’étend sur une longueur de 1.700 kilomètres, a 6 ou 8m d’élévation et forme une sorte de chaussée pavée, assez large pour donner passage à 5 ou 6 cavaliers de front; il est aujourd’hui ruiné en bien des endroits. Gal Niox.

26, Terre.—A la bataille de Caxamalca (1532). De la Vega, II, 1, 25. Ce fut Pizarre lui-même qui le précipita ainsi de sa chaise à porteurs.—Avaller, c’est mettre à val, jeter bas.

CHAPITRE VII.

322,

2, Tomber.—Par exemple, par abdication comme firent Dioclétien, Charles-Quint, Marie-Christine; ou encore, comme les chefs d’état élus pour un temps déterminé et qui quittent le pouvoir à l’expiration de leur mandat, ou spontanément parce qu’ils ne veulent pas se prêter à des exigences que réprouve leur conscience.

9, D’affaire.—De difficulté.

15, Esgarée.—Détournée.

25, L’autre.—César.—En traversant les Alpes, dit Plutarque, César, 3, il passa par une bourgade de Barbares, habitée par quelques malheureux ayant grand’peine à vivre; dans son entourage, on se demandait en plaisantant si là aussi on intriguait pour obtenir les charges publiques et s’il y avait des compétiteurs. César, prenant la parole, dit: «Je ne sais, mais quant à moi, je préférerais être le premier ici, que le second à Rome.»

28, Incognu.—Ni avoir à me débattre aux portes avec un huissier, comme un misérable inconnu...

30, Moyen.—L’aurea mediocritas d’Horace.

«La médiocrité est le trésor des sages.» Voltaire.

«O médiocrité, Mère des bons esprits, compagne du repos.» La Fontaine, Les souhaits.

«Si le bonheur nous est permis, Il n’est point sous le chaume, il n’est point sur le trône: Voulons-nous l’obtenir, amis? La médiocrité le donne.»

32, Autrement.—Que désiré.

324,

2, A l’equipollent.—Par contre, en revanche, en compensation, en récompense.

7, Encombriers.—Accidents, empêchements, encombrements.

10, Regulus.—Vainqueur des Carthaginois en Sicile et en Afrique, il fut à son tour défait par eux et fait prisonnier (256). Quelques années après, en 250, les Carthaginois lui donnèrent la liberté sur parole, afin qu’il accompagnât la délégation envoyée par eux à Rome pour traiter de l’échange des prisonniers; mais au lieu d’appuyer cette mesure, il ne prit la parole au Sénat que pour en dissuader ses concitoyens, et, après avoir parlé ainsi contre lui-même, ne craignit pas de revenir prendre ses fers à Carthage; on l’y fit périr au milieu d’atroces supplices.

12, Luy.—Cicéron, De Fin. bon. et mal., II, 20, auquel Montaigne a emprunté ce parallèle entre Th. Balbus et Régulus, donne sans conteste la préférence à ce dernier: «La vertu, dit-il, ne laisse pas de proclamer plus heureux que Thorius vidant sa coupe sur un lit de roses, Régulus qui, retourné de Rome à Carthage sans y être contraint autrement que par la parole qu’il en avait donnée à ses ennemis, périt au milieu des plus cruels tourments, déchiré par la faim et les veilles.»

13, Mienne.—Les comparer à la mienne...

16, Aduenir.—Ce mot a ici le sens d’atteindre, comme le mot «aveindre» qui est au commencement de ce chapitre; tous deux dérivent du latin advenire.

17, Vsage.—Cette manière de voir, Montaigne a eu occasion de la traduire en fait, lorsque prirent fin ses fonctions de Maire. Il était absent, sa charge allait expirer, il n’avait plus qu’à présider à l’élection de son successeur; à ce moment la peste sévissait avec intensité à Bordeaux; il ne crut pas, dans cette situation, devoir s’y rendre. Cette attitude, contraire aux idées de nos jours, si différente de celle tenue par Rotrou dans le siècle suivant, dans des circonstances presque identiques, lui a été vivement reprochée en ces derniers temps; jusque-là on n’y avait pas prêté attention, parce qu’il était au terme de son mandat et que ce n’était pas en opposition aux idées de l’époque, bien que se soient produites à ce moment de très honorables exceptions. En cette occasion, Montaigne a été conséquent avec lui-même; homme de devoir, il ne lui convenait pas d’être sans nécessité un héros. «Rien de trop» était aussi du nombre de ses devises.

20, Perse.—Hérodote, III, 83.—A la mort de Cambyse, roi de Perse (522), un mage se fit passer pour son frère Smerdis, que lui-même avait fait mettre à mort (V. III, 178 et N. Fié), et lui succéda. La supercherie ayant été reconnue, il se forma un complot de sept grands de l’empire (Otanez était du nombre) qui tuèrent l’usurpateur (V. II, 332 et N. Deux). Pour le remplacer sur le trône, il fut convenu entre les conjurés que le premier d’entre eux dont le cheval hennirait au lever de l’aurore aurait la couronne. Ce fut Darius qui l’obtint par l’artifice de son écuyer qui avait envoyé d’avance une cavale au lieu du rendez-vous. C’est à cette épreuve que renonça Otanez, aux conditions qu’indique Montaigne.

25, Commande.—Ayant autant d’aversion à commander qu’à être commandé.

29, Desmesurée.—Cette situation s’est bien modifiée; dans les monarchies constitutionnelles, comme dans certaines républiques, qui ne diffèrent qu’en ce que, là, la royauté est à vie et héréditaire, au lieu qu’ici, le président est nommé à l’élection et pour un temps déterminé, le chef de l’état a plus le pouvoir d’empêcher que celui d’agir. Nonobstant, si restreint qu’il soit devenu, ce pouvoir est encore considérable et suffisant pour prévenir le mal, sous condition qu’il soit dévolu à un homme de caractère, qui ne soit inféodé à aucun parti, et qui, au lieu de toujours céder, use des moyens que la Constitution met à sa disposition, pour arrêter ce qu’il condamne dans son for intérieur ou même dans des manifestations platoniques; mais combien en agissent différemment, trahissant par leur faiblesse les intérêts qui leur sont confiés. A Siéyès revient dans les temps modernes l’honneur de cette conception, et il espérait au début faire accepter ces fonctions au général Bonaparte. On sait quel accueil fut fait à sa proposition. Ce rôle de fétiche, assez semblable à celui des derniers rois de la race mérovingienne, qui toutefois n’est telle que lorsque la personnalité n’en impose pas, car ici, comme en tout, tant vaut l’homme, tant vaut la chose, a été assez exactement défini par cette boutade humoristique attribuée au roi des Belges Léopold I, un jour que le Président de son conseil des ministres cherchait à l’intéresser aux difficultés avec lesquelles il était aux prises: «Avez-vous la majorité? Si oui, permettez que j’aille me promener; si non, allez-y vous-même!»

326,

4, Finer.—Trouver, disposer. Signifie proprement: mettre à fin, venir à bout de trouver.

5, Escossois.—Deux ouvrages d’auteurs écossais.

6, Populaire.—L’auteur qui se fait l’avocat du gouvernement par le peuple.

20, Eux.—J.-J. Rousseau disait: «Je respecte trop M. le prince de Conti, pour ne pas toujours le gagner aux échecs.»

27, Faëes.—Enchantées.

27, Brisson.—Plutarque, Du contentement ou repos de l’esprit, 12, dont le fait est tiré, appelle ce même athlète Crisson dans un autre de ses ouvrages, Comment discerner le flatteur de l’ami, 15.

32, Gaigné.—Saint-Simon rapporte une sincère admonestation du duc de Montausier, gouverneur du Dauphin, fils de Louis XIV, à un jeune courtisan qui se laissait toujours vaincre par ce prince au jeu du palet.

34, Crocheteur.—V. N. I, 542.

35, Troye.—Vénus, dans l’Iliade, voulant sauver Énée son fils, blessé et sur le point de succomber sous les coups de Diomède, est elle-même légèrement blessée au bras.

35, Saincte.—Déesse.

328,

11, Qualitez.—Les bonnes qualités des princes...

18, Qualité.—D’être prince.

25, Tybere.—Il ne semble pas que le Sénat romain décernât des prix d’éloquence; Suétone ne mentionne que le refus par Tibère du surnom de «Père de la patrie» qui lui était offert.

27, Ressentir.—Prévaloir.

30, Costé.—Penchant un peu sur le côté. Plutarque, De la différence entre le flatteur et l’ami, 8.

31, Dionisius.—Plutarque, De la différence entre le flatteur et l’ami, 8.

34, Luy.—Philippe de Macédoine ayant eu un œil crevé au siège de Méthone, Clisophus, un de ses courtisans, ne parut plus devant lui qu’avec un bandeau sur l’œil.

34, Greueures.—Hergnes ou hernies.

35, Plutarque.—De la différence entre le flatteur et l’ami, 8; mais Montaigne a légèrement altéré la narration du fait en question.

330,

2, Mitridates.—Plutarque, De la différence entre le flatteur et l’ami, 8.

7, Fauorinus.—Spartien, Adrien, 15. Favorinus jouit quelque temps de la faveur de l’empereur Adrien, mais finit par se l’aliéner par ses sarcasmes.

10, Asinius Pollio.—Macrobe, Saturn., II, 14.

12, Proscrire.—«A qui peut tout prendre, donne ce qu’il demande.»

14, Carrieres.—Plutarque, Du contentement de l’esprit, 10; Diodore de Sicile, XV, 6, 7; Diogène Laerce, III, 18 et 19.—Philoxène ayant exprimé trop franchement à Denys l’Ancien, à la cour duquel il vivait, sa pensée sur des vers de celui-ci, le tyran l’envoya aux carrières (lieux d’où on extrait des pierres); quelque temps après, en étant sorti et consulté à nouveau par Denys sur le mérite d’une pièce nouvelle qu’il venait de composer, au lieu de répondre, il se contenta de dire: «Qu’on me ramène aux carrières»; cette fois, le maître se mit à rire et pardonna.—Le mot est devenu proverbial, c’est être prêt à recommencer ce qui vous a déjà attiré une injuste persécution.

14, Esclaue.—Platon, se trouvant à Syracuse, s’attira par sa franchise la colère de Denys l’Ancien, qui le fit vendre comme esclave (398) pour le prix de vingt mines (1.822 fr.); les autres philosophes se réunirent pour le racheter et le renvoyèrent en Grèce, en lui rappelant comme un avis salutaire qu’un philosophe doit parler à un tyran le plus doucement possible. Plutarque, Du contentement de l’esprit, 10; Diodore de Sicile, XV, 6, 7; Diogène Laerce, III, 18 et 19.

15, Ægine.—Le cardinal de Richelieu eut un pareil accès de jalousie littéraire contre Corneille; et, à l’apparition du Cid, il fit critiquer la pièce par l’Académie (1636); par la suite, il revint sur cet acte de faiblesse, accorda une pension au poète, auquel l’Académie ouvrit ses portes (1647).

CHAPITRE VIII.

Chapitre des plus intéressants, dont le sujet est traité à fond et sans digressions étrangères. On y trouve des réflexions sur l’utilité de la conversation que Montaigne considère comme plus instructive que l’étude des livres qui est languissante et n’échauffe pas; une peinture très vive et très spirituelle des vices qui accompagnent d’ordinaire les disputes, et, à ce sujet, un mot en passant sur l’abus que les savants font de la science. Montaigne constate encore que ce qui frappe nos sens, est la cause déterminante de nos jugements; il donne une règle pour juger de la capacité d’un homme dans la conversation et termine par une appréciation sur le génie et le caractère de Tacite. Naigeon.

17, L’aduertissement.—Var. de 88: le seul exemple.

18, Platon.—Lois, XI.

24, Euiter.

«Heureux celuy qui, pour devenir sage, Du mal d’autruy fait son apprentissage!»

332,

5, Similitude.—Var. de 88: exemple.

6, Caton.—Plutarque, Caton, 4.

8, Lyre.—C’était un thébain, du nom de Gémonide; il faisait jouer devant ses disciples de bons et de mauvais joueurs de flûte et disait: «En ce mode, il faut jouer; en cet autre, non.»

20, Mauuais.—«Un fol avise un sage.» Proverbe.

20, Ordinaire.—Au lieu du développement qui suit, l’éd. de 88 porte seulement: la veuë ordinaire de la volerie, de la perfidie a reiglé mes meurs et contenu.

24, Inuincibles.—Au-dessus de ma portée.

25, Conference.—Conversation, discussion.

29, Parler.—C’est généralement ce dont conviennent les personnes qui, ayant joui de tous leurs sens, ont plus tard perdu soit l’ouïe, soit la vue. Ceux que ce malheur n’a pas atteints, peuvent néanmoins se faire une opinion à cet égard, s’ils ont eu occasion de remarquer combien en général les aveugles conservent leur bonne humeur et recherchent la société, tandis que les sourds demeurent taciturnes et la fuient, parce qu’ils s’y trouvent isolés.

334,

20, Autres.—S.-ent. Pyrrhoniens.

24, Balance.—Emblème de Montaigne.

34, Nature.—Encore faut-il reconnaître que les opinions accidentelles du vulgaire peuvent être de quelque poids, qu’elles ne sont pas absolument vaines et fantastiques, de pures rêvasseries...

336,

17, Instruit.—Var. de 88: aduertit.

21, La decision.—Var. de 88: le iugement.

27, Troigne.—Trogne, air, mine; ce mot, devenu trivial, ne s’emploie plus qu’en mauvaise part.

27, Magistrale.—D’un visage, d’une mine arrogante et trop impérieuse.

31, Ceder.—Add. de l’ex. de Bord: Ouy, à mes despens, que l’on a cru devoir insérer dans la traduction.—Montaigne veut dire que dans les discussions, il cède souvent plus par civilité que par conviction, et il en donne la raison.

36, Soys.—Quelle que soit la forme sous laquelle on me connaîtra, soit qu’on me condamne, soit qu’on m’approuve.

338,

2, Paille.—Je me brouille.—«Rompre paille» avec quelqu’un, c’était déclarer ouvertement qu’on cessait toute relation avec lui. Quand, aux temps féodaux, un vassal voulait rompre les liens qui l’unissaient à son seigneur, il lui envoyait une paille rompue, ou en rompait une devant lui; ainsi agirent, à Soissons, Robert comte de Paris et ses adhérents à l’égard de Charles le Simple ne voulant pas leur accorder le renvoi de son ministre Hagenon (922).

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