NOTES (continued 17)
Michaud translation
13, Hommes.—Add. de 88: Ie suis extremement despit dequoy le plus beau couple de vies qui fut dans Plutarque, de ces deux grands hommes (Épaminondas et Scipion premier Africain), se rencontre des premiers à estre perdu.
16, Rome.—Allusion à l’hostilité intransigeante que durant sa vie entière Caton l’Ancien et autres (V. les discours de Q. Fabius, Tite-Live, XXIX, 19) témoignèrent au premier Scipion. Montaigne commet encore ici une méprise; ce même historien ne dit pas que Scipion, en Sicile, visitait des écoles et écoutait des philosophes, mais qu’il allait se promener au Gymnasium, lieu destiné aux exercices physiques, auxquels parfois il prenait part.
18, Baller.—Danser.
27, Recourir.—Secourir.
30, Tout.—V. N. III, 544: Theramenez.
32, Abstinence.—Cette beauté, c’est Alcibiade au début de leur connaissance, d’après le propre dire de celui-ci; il y avait entre eux une différence d’âge d’une vingtaine d’années.
39, Boire à lut.—Bien boire. Expression venue de l’Allemagne: boire all-aufs (all signifiant tout, complètement, et aufs, au mieux); d’où on a fait allus, puis à lut, voulant dire: «Continuer à boire durant tout le repas, sans cesser de faire raison à tous ceux qui vous provoquent»; c.-à-d. vider chaque fois son verre jusqu’à la dernière goutte, aussi souvent qu’on vous le remplit.
692,
1, Grace.—Socrate ne rougissait pas de jouer avec les enfants, Sénèque. V. N. III, 26: Gestes.
4, Perfection.—Tout ce que dit ici Montaigne, concernant Socrate, est tiré presque mot pour mot du Banquet de Platon, II, 16, dialogue dans lequel ce philosophe introduit Alcibiade qui fait de son maître l’éloge le plus beau et le plus délicat; c’est le chef-d’œuvre de Platon, et dans ce discours d’Alcibiade, il y a un art et un goût infinis. Naigeon.
7, Ply.—C.-à-d. des exemples faibles et défectueux, à peine bons à suivre sous un rapport.
18, Mespriser.—Var. de 88: hayr et desdaigner.
25, Volupté.—«Les plaisirs sont amers, d’abord qu’on en abuse.» Mme Deshoulières.
29, Exemplaire.—Diogène Laerce, VIII, 88.—Dans sa Morale à Nicomaque, X, 2, Aristote réfute cette théorie d’Eudoxe sur le plaisir en quoi il faisait consister le souverain bien, et dit positivement que lui-même se distinguait par une tempérance extraordinaire.—Eudoxe, qui fut l’ami de Platon, était du reste un philosophe d’éminente sagesse; astronome renommé de son temps, il avait apprécié l’année solaire à 365 jours un quart, ce qui fut adopté plus tard, sous César, par Sosigène pour l’établissement du calendrier Julien; géomètre, on lui doit une théorie des lignes courbes; il était aussi médecin.
694,
1, Platon.—Lois, I.
4, Volupté.—Des attraits excessifs et enchanteurs de la volupté.—Blandices vient du mot latin blanditiæ (caresses, flatteries, attraits) que Montaigne a francisé en en changeant la terminaison.
7, Escharsement.—Modérément. V. N. I, 446.
10, Elle.—Elles se subordonnent à elle, c’est là la vertu.
19, Decours.—Var. de 88: sa decadence, au lieu de: «son... decours».
23, Compose.—Je me prépare...
25, Moleste.—Fâcheuse, du latin molestus, qui a même sens. Comme adjectif, ce mot n’est pas d’usage; au contraire le verbe molester, qui a même étymologie, est d’emploi courant.
34, Pleine.—Moncrif a rendu ainsi, en vers, cette même idée:
«Plus inconstant que l’onde et le nuage, Le temps s’enfuit; pourquoi le regretter? Malgré la pente volage Qui l’oblige à nous quitter, C’est l’arrêter, d’en faire usage. Goûtons mille douceurs; Et si la vie est un passage, Sur ce passage au moins semons les fleurs.»
696,
1, Condignes.—Absolument mérités. Du latin condignus, même sens que dignus mais plus affirmatif encore.
6, Moy.—Je délibère avec moi-même, je raisonne de mon plaisir; je ne glisse pas dessus, j’approfondis.
9, Sens.—Je ne permets pas à mes sens de s’en emparer exclusivement.
10, Engager.—Var. de 88: enyurer.
23, Propose.—Je me représente...
42, A mesme.—A mesure...
44, Trauailler.—Arrien, De exped. Alex., V, 26.
47, Dire.—Qu’elle puisse ne pas éprouver...
698,
4, Maintenoit.—Diogène Laerce, I, 114.—Epiménide, d’après la légende, recevait des Nymphes une nourriture particulière qu’il conservait dans un pied de bœuf; il ne la prenait que par parcelles et on ne le vit jamais manger. On a dit aussi qu’il avait dormi cinquante ans dans une caverne; ce prétendu sommeil aurait été une absence de quelque durée durant laquelle, errant de côté et d’autre, il était occupé à recueillir des simples.
24, Suyuans.—Je voudrais que les sectateurs d’une telle philosophie n’eussent non plus de droit...
30, Fantastique.—Il n’est pas visionnaire à ce point.
700,
6, Tousiours.—Cet ancien paraît être Simonide qui dit que «les dieux composent toujours avec la nécessité». De son côté, Pittacus a dit aussi: «Les dieux eux-mêmes ne vont pas à l’encontre de la nécessité.» Et Euripide: «Le mortel qui cède à la nécessité est sage et connaît bien les dieux.»
14, Diuina.—Cette proposition de S. Augustin, De Civ. Dei, XIV, 5, vise, pour les condamner, les hérésies des Manichéens (IIIe s.), qui attribuaient la création à deux principes, l’un essentiellement bon, l’autre essentiellement mauvais, et tenaient le corps et la chair comme procédant de ce dernier.
15, Par acquit.—Var. de 88: farcesque.
16, Condition.—Add. de 88: naturelle.
19, Peregrin.—Et comme elle a plus de poids en une langue étrangère, nous insisterons sur ce point, en usant du latin.
29, Capirotade.—On dit aujourd’hui capilotade; au propre, ragoût composé de viande rôtie coupée en morceaux et assaisonnée d’ingrédients divers.
30, Archimedes.—Archimède était au bain quand il découvrit ce principe de physique qui porte son nom: «Tout corps plongé dans un fluide, perd une partie de son poids égale au volume de ce fluide qu’il déplace»; dans sa joie, il en sortit précipitamment et se mit à courir tout nu dans les rues de Syracuse, criant: Εὕρεκα, εὕρεκα! j’ai trouvé, j’ai trouvé! observation qui le mit à même de déterminer la quantité d’alliage introduite en fraude dans une couronne qu’Hiéron avait commandée en or pur. Ses distractions, en une autre circonstance, lui furent plus fatales: les Romains qui assiégeaient Syracuse dont son génie inventif contribuait à prolonger la résistance qui durait déjà depuis trois ans, ayant enfin pénétré par surprise dans la ville, Archimède, tout occupé de la solution d’un problème, ne s’en aperçut pas, et tardant à répondre à un soldat qui lui enjoignait de le suivre, celui-ci le tua, bien que l’ordre eût été donné de l’épargner (212).
31, Marmaille.—Var. de 88: voirie.
32, Diuertissent.—Et de pensées qui nous détournent de notre salut.
702,
2, S’attendre.—Dédaignent de prêter leur attention... (du latin attendere); ou de s’appliquer, comme porte l’éd. de 1635 de Mlle de Gournay.
4, Priuilege.—Add. de l’éd. de 88: Nos estudes sont tous mondains; et entre les mondains, les plus naturels sont les plus iustes.
6, Sousterraines.—Corrompues, infernales.
6, Esope.—Planude, Vie d’Esope.
18, De nos.—Var. de 88: des humaines.
21, Immortalisation.—Ou plutôt sa déification, comme porte l’éd. de 88.
23, Hammon.—Quinte-Curce, VI, 9.—Jupiter Ammon avait au milieu des sables de la Libye, près de l’oasis de Syouah, à 500 kil. du Caire, un temple dont les oracles étaient réputés. Alexandre le Grand le visita en 332, après la conquête de l’Égypte; pour l’atteindre il marcha quatre jours en plein désert; à son arrivée, les prêtres le saluèrent fils de Jupiter et lui assurèrent qu’il serait invincible jusqu’au moment où il viendrait prendre sa place parmi les dieux; et, à une question de ceux qui l’accompagnaient, l’oracle répondit qu’il serait agréable à Jupiter qu’ils rendissent les honneurs divins à leur roi. Peut-être est-ce à cela, et aussi à ce qu’il avait pu remarquer du culte grandiose dont les Égyptiens, plus que pas un autre peuple, entouraient les restes de leurs rois, qu’Alexandre voulut reposer dans le temple d’Ammon. Ptolémée Philadelphe, en conséquence de ses dernières volontés, fit transporter son corps à Memphis, d’où Ptolémée Soter le transféra à Alexandrie où il fut placé dans un cercueil d’or. Ce cercueil ayant été volé, fut remplacé par un cercueil de verre; c’est là que le virent Jules César, puis Auguste qui lui mit une couronne d’or sur la tête et le couvrit de fleurs. L’empereur Septime Sevère défendit qu’on le montrât, et depuis on ne sait ce qu’il est devenu; S. Jean Chrysostome, à la fin du IVe siècle, en parle comme ignoré de tout le monde, autrement dit comme n’existant plus.
28, Ville.—Plutarque, Pompée, 7.—En 66, alors qu’il se rendait en Asie, pour y continuer la guerre contre Mithridate. Pompée, qui n’avait alors que vingt-neuf ans, avait déjà reçu le surnom de Grand que lui avait décerné Sylla; il avait guerroyé en Italie, dans les Gaules, en Sicile, en Espagne contre Sertorius, contre les pirates, toujours avec un égal succès, et entre temps avait obtenu le consulat.
704,
6, Extrauagance.—Cette phrase clôt et résume la morale de Montaigne; morale qui n’est pas sans doute assez parfaite pour des chrétiens, mais qu’il serait à souhaiter voir servir de guide à tous ceux qui n’ont pas le bonheur de l’être. Elle formera toujours un bon citoyen et un honnête homme. Elle n’est pas fondée sur l’abnégation, mais elle a pour premier principe la bienveillance envers les autres, sans distinction de pays, de mœurs, de croyances religieuses. Elle nous instruit à aimer le gouvernement sous lequel nous vivons, à respecter les lois auxquelles nous sommes soumis, sans mépriser le gouvernement et les lois des autres nations, nous avertissant de ne pas croire que nous ayons seuls le dépôt de la justice et de la vérité. Elle n’est pas héroïque, mais elle n’a rien de faible; souvent même elle agrandit, elle transporte notre âme par la peinture des fortes vertus de l’antiquité, par le mépris des choses mortelles et l’enthousiasme des grandes vérités; mais bientôt, elle nous ramène à la simplicité de la vie commune, nous y fixe par un nouvel attrait et semble ne nous avoir élevés si haut dans ses théories sublimes, que pour nous réduire avec plus d’avantage à la facile pratique des devoirs habituels et des vertus ordinaires. Villemain.
7, Tendrement.—Plus doucement, plus délicatement, comme porte l’édition de 1588.
10, Latoe.—Apollon, fils de Latone.
11, Mente.—Juvénal résume de même ce que l’homme vraiment sage demande au ciel: La santé de l’âme unie à celle du corps. Orandum est ut sit mens sana in corpore sano.
12, Carentem.—Horace, Od., I, 31, 17.—Il est impossible de n’être pas frappé de l’espèce de contradiction que présentent la fin tant soit peu épicurienne (dans le bon sens du mot) des Essais et la mort si dévotieuse de leur auteur (V. supra, fasc. A, p. XI).—On peut dire que le souhait emprunté à Horace par lequel Montaigne termine son livre, est le dernier soupir du lettré; c’est le reflet mourant de l’enthousiasme de l’antiquité, c’est la fin de la vie écrite. Dans la vie vécue, au contraire, le Montaigne de l’apologie de Sebond reparaît, et, au point de vue religieux, il est peu de morts plus démonstratives que celle-là. Dr Payen.—Fidèle à ses principes, il finit comme Socrate «en se conformant aux façons et formes reçues autour de lui»; sa dernière pensée fut un dernier hommage à la religion de ses pères. Abbé Jay.—Et de fait, à tous points de vue, on peut dans l’ensemble lui faire application de ce vers de La Fontaine:
«Rien ne trouble sa fin, c’est le soir d’un beau jour.»
FASCICULE G